sam Mai 25, 2024
samedi, mai 25, 2024

Le Congo saigne et l’impérialisme et ses transnationales en profitent

Introduction

Ces dernières semaines, nous avons vu des images de joueurs de l’équipe de football de la République démocratique du Congo faisant deux signaux simultanés. Une main sur la bouche et l’autre avec les doigts simulant une arme contre la tête. Cette image est le symbole de décennies de violence contre la population congolaise. Actuellement, il exprime la violence pratiquée par des mercenaires organisés depuis le pays voisin, le Rwanda, et avec le soutien des États-Unis, de la France, de la Belgique et de l’Angleterre, qui, par ces actions, pratiquent le nettoyage ethnique et soutiennent le réseau de contrebandiers de minerais. De grandes manifestations ont eu lieu ces dernières semaines au Congo et à l’étranger.

En 1885, avec la partition de l’Afrique, l’impérialisme belge – sous le régne de Leopold II – occupait une superficie 75 fois plus grande que son territoire. Au cours des 30 premières années de l’occupation, elle – la Belgique – a tué des milliers d’éléphants pour extraire l’ivoire, puis a exploité le caoutchouc pour produire des pneus pour l’industrie automobile naissante. Pour retirer le latex, l’occupant a imposé de violentes punitions aux ouvriers congolais et à leurs enfants, notamment en coupant les pieds et les mains des adultes et des enfants[1].

Léopold II de Belgique, le Hitler belge qui a réduit des millions d’Africains en esclavage, les mutilant et les maltraitant

Le roi Léopold II de Belgique, un mélange d’Adolf Hitler et de Benjamin Netanyahu, est décédé en 1909 et la Belgique a continué à dominer le pays jusqu’à son indépendance en 1960. Durant cette période, le Congo était le troisième pays le plus industrialisé du continent et sa classe ouvrière a mené des luttes héroïques qui ont imposé son indépendance en 1960.

C’était une indépendance timide dans la mesure où elle n’était qu’une indépendance dans le domaine politique. Le principal dirigeant, Patrice Lumumba Premier ministre de la république démocratique du Congo est mort assassiné le 17 janvier 1961 près d’Elisabethville par les militaires Belges au Katanga (NT1) et a ainsi ouvert la voie à la dictature sanguinaire de Mobutu Sese Seko (1965 à 1997) qui a vaincu la lutte de résistance ouvrière.


En 1997, le gouvernement Mobutu tombe et Laurent Kabila prend le pouvoir avec le soutien de Paul Kagame, du Rwanda. Était-ce vraiment un support ? Après tout, ce soutien signifiait que le commandant de l’armée congolaise était un Rwandais nommé par Kagame. Laurent Kabila a dirigé le pays de 1997 à 2001, date à laquelle il a été assassiné. Telle une dynastie, son fils Joseph Kabila a pris le relais et a gouverné jusqu’en 2019. Il y a eu 24 années successives de gouvernements bonapartistes (NT2) de la famille Kabila.

Entre 1998 et 2003, un conflit aux proportions gigantesques impliquant huit pays africains et 25 groupes armés a décimé environ 5 à 6 millions de Congolais. Ce conflit est considéré comme le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale. (NT3)

République Démocratique du Congo 6 millions de morts

Comment expliquer ces gouvernements successifs bonapartistes et génocidaires

Les massacres contre la population congolaise ont commencé avec le roi Léopold II, de Belgique au service de l’industrie automobile naissante (Ford, Peugeot, etc.) et des industries du pneumatique comme Dunlop, Good Year, etc., qui avaient besoin du latex naturel existant au Congo.
Le massacre perpétré par Léopold II tourne au scandale international. Pour améliorer son image, il a favorisé deux frères anglais qui, avec le travail forcé et le nettoyage ethnique, ont formé les Lever’s Brothers, et ils ont fondé un empire qui est aujourd’hui connu sous le nom d’Unilever, ou Unkiller[2].


Les richesses minérales et naturelles ont toujours été une source d’avidité de la part des différents impérialismes. Par exemple, pour construire la bombe atomique, les États-Unis ont retiré un million deux cent mille tonnes d’uranium de la mine de Shinkolobwe, sans mesures de protection contre les radiations et aujourd’hui, 80 ans plus tard, des enfants naissent encore avec des malformations congénitales.

Au Congo, le silence entoure la mine oubliée qui a alimenté les premières bombes atomiques

Au Congo, le silence entoure la mine oubliée qui a alimenté les premières bombes atomiques

La région orientale du Congo, composée des États du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Nord-Kivu, frontalière du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda, est extrêmement riche en minéraux tels que l’or, le coltan, la cassitérite, le cobalt et l’uranium.

Depuis au moins les années 1990, le Rwanda est devenu un exportateur majeur de produits agricoles et minéraux. C’est un tout petit pays, le plus petit d’Afrique, 88 fois plus petit que le Congo. Dans une zone aussi petite, il n’est pas possible d’être producteur et exportateur majeur de divers produits naturels et minéraux. En fait, une grande partie vient clandestinement du Congo et il existe à cet effet tout un réseau de passeurs et de miliciens.

Au Rwanda et en Ouganda (pays voisin), l’or provenant clandestinement du Congo est raffiné par des sociétés belges appartenant à la famille de Tony Goetz. La famille est accusée d’avoir acheté et vendu illégalement de l’or, de financer des milices et de blanchir de l’argent. Tony Goetz est décédé en 2018 et son empire continue d’être dirigé par ses enfants. L’un des fils, Sylvain Goetz, condamné par la justice belge pour blanchiment d’argent et trafic d’or, est propriétaire de l’entreprise de raffinage d’or North Star, située entre Baia do Guajajara et Av. Artur Bernardes, à Belém do Pará/Brésil [3 ]. Les Gaetz, en plus de blanchir l’argent de l’or à Dubaï, sont également fournisseurs de « Tesla, Amazon, Dell, Johnson & Johnson et HP, et même de cafetières pour Starbucks »[4].

L’implication de ces entreprises sape tout le débat dans la presse bourgeoise qui traite les conflits au Congo comme une conséquence des conflits ethniques entre Hutus et Tutsis et d’autres ethnies.

Le Rwanda, État gendarme et miroir d’Israël

Paul Kagame dirige le Rwanda depuis 1994. D’abord militairement et à partir de 2000 en tant que président élu. Kagame est Tutsi, son appartenance ethnique ont été massacrée par les Hutus en 1994 lors du massacre bien connu au Rwanda, au cours duquel de 800 000 à 1 000 000 de personnes ont été assassinées 7 avril au 17 juillet 1994. Même s’il faisait partie de la minorité massacrée, il s’est imposé militairement aux Hutus. Paul Kagame est également tenu pour responsable des I et II guerres du Congo. À l’intérieur, le pays est une dictature sanguinaire. Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements rwandais, s’est brouillé avec Paul Kagame et est parti vivre en Afrique du Sud où il a été assassiné. La déclaration de Kagame aux journaux au sujet de l’assassinat s’explique d’elle-même :

«Celui qui trahit le pays en paiera le prix, je vous l’assure. Tous ceux qui sont encore en vie et qui pourraient conspirer contre le Rwanda, quels qu’ils soient, en paieront le prix. une question de temps »[5]

Le Rwanda a aujourd’hui le même profil qu’Israël dans la mesure où il agit comme un État gendarme dans la région. Dans plusieurs conflits, des troupes rwandaises sont envoyées pour intervenir. Contrairement aux autres armées, l’armée rwandaise est hautement professionnalisée, bénéficiant d’une grande aide financière de la Belgique, de l’Angleterre, de la France et des États-Unis. Lorsque les intérêts de Total Energies et d’ExxonMobil, pour l’exploration gazière à Cabo Delgado (Mozambique), ont été menacés, ce sont les troupes rwandaises qui ont vaincu les groupes islamistes. Si l’armée nationale, comme dans le cas mozambicain, ne dispose pas de forces suffisantes, le Rwanda loue son armée de professionnels.

Dans le cas congolais, les intérêts du Rwanda sont liés au contrôle territorial des zones aurifères, à l’exploration et à la contrebande. Leurs actions incluent de nombreux cas de nettoyage territorial, expulsant la population locale. Ces derniers jours par exemple, 135 000 personnes ont été expulsées de Masisi vers la capitale Goma. Avant leur expulsion, ils ont commis des enlèvements massifs, des meurtres et des viols. Selon l’organisation Médecins sans frontières, on recense au moins 60 cas par jour.

Au Congo, toutes ces violences sont perpétrées par une milice très bien armée, comprenant des avions, des bombes et des drones, appelée M23, et qui, de l’ONU au plus simple habitant, sait qu’elle est financée par le Rwanda, et ce pays est financé par le Royaume-Uni, la France, la Belgique et les États-Unis. Tous ces financements visent à garantir les intérêts des sociétés transnationales qui opèrent au Congo ou qui ont besoin de ses matières premières.


Outre le M23, 120 autres groupes armés opèrent dans la région, selon des études réalisées par plusieurs organisations internationales.

Le capitalisme tue. Mort au capitalisme

L’histoire de la République démocratique du Congo est associée à des génocides successifs. Pratiquées par les nations impérialistes au service de leurs sociétés transnationales.

Le roi Léopold de Belgique est accusé du meurtre de plusieurs millions de personnes. Il existe des données qui varient entre 1 et 10 millions de Congolais[6]. Ces meurtres était lié au nettoyage ethnique et à l’esclavage d’hommes, femmes et des enfants ,pour extraire du caoutchouc qui serait vendu à Dunlop, Firestone, GoodYear, entre autres. Ces fabricants de pneumatiques étaient des fournisseurs des constructeurs automobiles Peugeot, Ford, Daimler Benz, etc.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis lancent le projet Manhattan pour produire la bombe atomique. La matière première essentielle était l’excellent uranium de la mine de Shinkolobwe, propriété de la société belge Union Minière du Haut Katanga. L’exploration, le transport et l’expédition vers les États-Unis ont rapporté des bénéfices astronomiques aux entreprises : Bechtel, DuPont, Raytheon, Eastman Kodak, Union Carbide, Pan American Airways, Caltex (actuellement ChevronTexaco), etc. Des décès parmi la population congolaise se sont produits au fil des années en raison de la contamination par des matières radioactives. Les quelques photos de l’époque montrent des inspecteurs nord-américains portant des équipements de protection et des ouvriers congolais sans protection. L’uranium était transporté dans des wagons camouflés, sans protection et, au cours du long voyage, il contaminait les populations.[7]


Pendant la dictature de Mobutu, la politique imposée par la Banque mondiale, appelée Stratégie pour l’exploitation minière en Afrique, a été appliquée, imposant la privatisation de la Gécamines, une entreprise publique, et la déréglementation totale de l’exploitation minière. À cette époque, de gigantesques entreprises comme Rio Tinto, Anglo American, Glencore, entre autres, émergent et commencent à contrôler toute l’extraction industrielle. Dans le même temps, l’exploitation minière semi-artisanale a pris un essor considérable, entraînant avec elle le commerce illégal, la contrebande et l’émergence de milices. Un rapport de l’ONU de 2014 affirme que : « La République démocratique du Congo (RDC), deuxième producteur mondial de diamants et premier exportateur mondial de minerai de cobalt, est le pays le plus touché par l’exploitation illégale de ses ressources naturelles, notamment » exploitation illégale de minerais et exportations » et que, plus grave encore, l’argent généré par ce trafic finance des groupes armés ».

Dans cette séquence, il y a des entreprises qui explorent l’extraction de ressources minérales ou naturelles, des entreprises qui opèrent dans la pré-industrialisation comme la famille Gaetz, propriétaire de l’African Gold Refinery (Ouganda) capable de raffiner plus de 220 tonnes d’or par an, de la raffinerie d’Aldango (Rwanda) qui peut traiter jusqu’à 75 tonnes par an et d’une société de Dubaï, PGR Gold Trading qui achète tout cet or. En plus de ces entreprises, les Gaetz, comme nous l’avons dit plus haut, ont installé une raffinerie d’or dans l’État du Pará (Brésil) et, par coïncidence, la participation des milices dans le pays a notament augmentée.

Outre l’or, le coltan de la région passe par le même processus et sera utilisé par des entreprises telles que Tesla, Dell, Microsoft, Amazon, HP ou encore Starbucks.

Comme vous pouvez le constater, le capitalisme tue. Nous devons lutter pour la fin du capitalisme et le remplacer par une societé dirigé pour et par les travailleurs eux mêmes, cette societé est le Socialisme. Mais dans l’immédiat, nous devons dénoncer le génocide récurrent au Congo et surtout, en ce moment, être aux côtés des grandes manifestations qui ont lieu en Belgique et en France contre les actions du M23, contre l’ingérence du régime de Paul Kagame (Rwanda ) et contre le financement des milices et de l’armée rwandaises par les sociétés transnationales et les pays impérialistes.


[1] Le génocide au Congo belge et la lutte pour la réparation – https://litci.org/pt/2018/11/28/o-genocidio-no-congo-belga-e-a-luta-pela-reparacao/
[2] Boycott d’UNILEVER – http://www.eatnoshit.de/unilever.html
[3] THE WAY TO GOLD – Une nouvelle raffinerie d’or en Amazonie a un partenaire reconnu coupable de blanchiment d’argent en Belgique – https://www.intercept.com.br/2022/02/16/nova-refinaria-de-ouro – da-amazonia-a-comme-partenaire-condamné-pour-blanchiment-d-argent-en-belgique/
[4] idem
[5] Khashoggi au Rwanda : qui a tué le chef espion en exil ? – https://www.theguardian.com/news/2019/jan/15/rwanda-who-killed-patrick-karegeya-exiled-spy-chief
[6] L’héritage du roi Léopold sur la violence en RDC – http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/3516965.stm
[7] Williams, Suzanne. Espions au Congo. La course au minerai qui a construit la bombe atomique (Londres : Hurst & Company, 2018), p. 266
César Neto – Membre du Secteur International de CSP-Conlutas

[NT1] Patrice Lumumba Premier ministre de la république démocratique du Congo et ses camarades sont mort assassiné le 17 janvier 1961 près d’Elisabethville au Katanga. Ligotés, humiliés et torturés par des responsables katangais, dont Moïse Tshombé, Godefroid Munongo, Evariste Kimba, Kibwe, Kitenge, mais aussi les Belges Gat et Vercheure. Ils seront ensuite fusillés le soir même (vers 22h45) par des soldats sous le commandement d’un officier belge. Le lendemain, une opération est menée par des agents secrets belges pour faire disparaître dans l’acide les restes des victimes découpées auparavant en morceaux.

[NT2] le bonapartisme, entre en scène, dans l’histoire, quand l’âpre lutte de deux adversaires paraît hausser le pouvoir au-dessus de la nation et assure aux gouvernants une indépendance apparente à l’égard des classes, tout en ne leur laissant en réalité que la liberté dont ils ont besoin pour défendre les privilégiés. » (Trosky, La Révolution trahie)

[NT3] La Seconde/Deuxième Guerre du Congo est une guerre d’Agression de la République démocratique du Congo par le Rwanda et l’Ouganda essentiellement, parrainés par les États-Unis d’Amérique, qui a commencé le 02 août 1998, un peu plus d’un an après la Première Guerre du Congo, et qui a officiellement pris fin en juillet 2003 lorsque le gouvernement de transition de la République démocratique du Congo a pris le pouvoir. Bien qu’un accord de paix ait été signé en 2002, les violences se sont poursuivies dans de nombreuses régions du pays, notamment dans l’est. Neuf pays africains et environ vingt-cinq groupes armés ont pris part à cette guerre.  En 2008, l’International Rescue Committee (IRC) a estimé que la guerre et ses conséquences avaient causé 5,4 millions de morts, faisant de la Seconde Guerre du Congo le conflit le plus meurtrier au monde depuis la Seconde Guerre mondiale. Deux autres millions ont été déplacés de leurs foyers ou ont demandé l’asile dans les pays voisins. Les minerais de conflit et la volonté de balkaniser le pays sont la raison principale de la guerre à haute intensité et des combats qui ont suivi.

Traduction Silas Teixeira

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