sam Mar 02, 2024
samedi, mars 2, 2024

La stratégie impérialiste de colonisation de l’Ukraine

Dans la guerre de libération nationale en cours, l’Ukraine a remporté une victoire, partielle mais importante, sur l’occupation de l’armée russe. Depuis le début de la guerre, la LIT-QI a soutenu sans ambiguïté la résistance ukrainienne, et nous avons donc célébré cette victoire comme un pas vers la défaite militaire de Poutine. Nous affirmions que le facteur central qui l’expliquait était l’héroïsme et l’abnégation de la classe ouvrière ukrainienne dans la défense de son pays.[1]

Par: Alexander Iturbe, le 4 octobre 2022

Nous avons en même temps souligné que dans cette récente offensive ukrainienne, la fourniture d’armes et le soutien technologique de l’impérialisme étasunien avaient joué un rôle majeur. [2] Il ne s’agit pas du tout d’un soutien désintéressé : cela fait partie d’une politique qui vise, d’une part, à construire une armée ukrainienne régulière dépendante des États-Unis et, d’autre part, à affaiblir les Défenses Territoriales en tant qu’expression la plus claire d’un processus de lutte armée de la classe ouvrière qui peut acquérir une indépendance plus grande et dangereuse. Et le gouvernement bourgeois de Zelensky agit comme un instrument de toute cette politique.

La dépendance militaire des forces armées d’un pays vis-à-vis de l’impérialisme est l’une des principales caractéristiques d’une situation semi-coloniale. C’est pourquoi c’est l’un des objectifs stratégiques que l’impérialisme étasunien s’est fixé en Ukraine, avec la collaboration du gouvernement Zelensky.

Mais cet objectif stratégique n’est pas le seul : il est intimement lié à celui de faire progresser la semi-colonisation du pays dans les domaines financier et économique. Ce deuxième objectif implique non seulement l’impérialisme étasunien, mais aussi les puissances européennes, à travers l’Union européenne (UE). Toutes les « aides financières » (et même militaires) que l’UE, le FMI et le gouvernement de Joe Biden accordent seront facturées à l’avenir, dévorant l’Ukraine sous le camouflage de sa « reconstruction ». C’est pourquoi tous les versements d’« aide », effectués et à effectuer dans les mois à venir, sont liés à des engagements signés par le gouvernement Zelensky pour garantir cet octroi.

Un peu d’histoire

Avant d’analyser ces engagements, il est important de rappeler que ce processus de semi-colonisation de l’Ukraine n’est pas nouveau : bien qu’il soit médiatisé par la guerre actuelle, il s’inscrit dans la continuité du processus qui a débuté en 2014, après la « Révolution de Maïdan » et la chute du régime de Viktor Ianoukovytch. Un projet de reddition que le gouvernement Zelenskiy (et les secteurs de la bourgeoisie ukrainienne qu’il représente) a assumé très clairement depuis 2019.

L’Ukraine est une république qui faisait partie de l’ancienne Union soviétique (URSS), dans laquelle Gorbatchev a lancé le processus de restauration du capitalisme en 1986. Par la suite, fin 1991, l’URSS a été dissoute et l’Ukraine est devenue une république indépendante. Une bourgeoisie ukrainienne a commencé à émerger de la restauration capitaliste, principalement à partir de sections de l’ancien appareil stalinien. Cette bourgeoisie s’est rapidement enrichie en privatisant et en pillant les entreprises d’État et en s’appropriant une partie des très riches terres ukrainiennes.

Malgré cet enrichissement rapide, cette bourgeoisie ukrainienne est structurellement faible et cherche donc à être un « partenaire secondaire », dépendant de bourgeoisies étrangères plus fortes. Certains secteurs sont liés à la bourgeoisie russe, avec des entreprises communes, tandis que d’autres cherchent à se lier aux impérialismes européen et étasunien. Ce qui donne lieu à une politique oscillante.

Confronté à ce choix (rejoindre l’UE en tant que semi-colonie ou rester allié à Poutine), le régime de Viktor Ianoukovytch a choisi la seconde option. En réponse a eu lieu le processus révolutionnaire de Maïdan, fin 2013 et début 2014. Il s’agissait d’une révolution démocratique classique, en ce sens qu’elle a renversé un régime essentiellement bonapartiste et qu’elle a instauré des libertés démocratiques beaucoup plus larges. Mais dans la conscience des travailleurs et des masses ukrainiennes, il y avait une grande confusion politique, exprimée par l’illusion semée par d’importants secteurs bourgeois, que l’adhésion à l’UE garantirait non seulement la démocratie, mais également l’indépendance et la prospérité économique.

Malgré cette confusion et la politique de détournement du processus révolutionnaire par la réaction démocratique (les processus électoraux bourgeois), il y a eu un changement dans le rapport de forces entre les classes, qui s’est exprimé par de nombreuses grèves ouvrières avec occupation d’entreprises et la formation de nouveaux syndicats indépendants qui ont combattu ces gouvernements.

En même temps, sur la base de cette confusion, le gouvernement Zelensky a clairement avancé, à partir de 2019, dans cette politique d’intégration semi-coloniale à l’UE, y compris la possibilité d’incorporer le pays à l’OTAN. Et dans ce cadre, Poutine a ordonné l’invasion de l’Ukraine en 2022, et la situation interne ukrainienne s’est transformée en une guerre de libération nationale pour l’existence même du pays.

Cependant, comme nous l’avons dit dans un article récent : « même en pleine guerre de résistance nationale, cette bourgeoisie et le gouvernement Zelensky ont maintenu leur projet stratégique de livrer l’Ukraine comme une semi-colonie aux impérialismes européen (par l’adhésion à l’Union européenne) et étasunien. »[3] Examinons donc les faits, les chiffres de « l’aide » et des « engagements » que le gouvernement de Zelensky signe en contrepartie.

Les « aides » sont un investissement impérialiste visant à « dévorer l’Ukraine toute crue ».

Un article publié en mai dernier sur le site de la Commission européenne (l’organe exécutif de l’UE) nous informe que depuis le début de la guerre en Ukraine, l’UE a « soutenu » l’Ukraine à hauteur de 4,1 milliards d’euros et que, pour le reste de l’année 2022, elle lui accorderait des prêts pour 9 milliards supplémentaires. En outre, à cette date, le FMI avait prêté près de 15 milliards de dollars.[4]

Une première précision : il ne s’agit pas d’une « aide », mais de prêts que l’Ukraine devra rembourser à l’avenir et qui s’ajoutent à la dette extérieure déjà existante. Un autre article paru dans un média étasunien spécialisé nous informe que, considérée en pourcentage du PIB, la dette extérieure était passée de 50,7 % en 2021 à 90,7 % en 2022.[5]

L’UE prévoit de nouveaux prêts futurs pour « soutenir la reconstruction de l’Ukraine ». Denys Shmiyal, le premier ministre ukrainien, a estimé les « dommages physiques de la guerre » à environ 100 milliards de dollars.[6] Dans ce cadre, même dans le langage euphémique traditionnel de ces organismes, on commence à apercevoir les intentions des puissances impérialistes de l’UE. L’article de la Commission européenne indique, d’une part, que l’Ukraine va payer ces prêts « par tranches, avec des échéances longues et des taux d’intérêt favorables », et d’autre part, que l’Ukraine « doit accepter la disponibilité de garanties supplémentaires ».[7]

Le point central est de savoir qui va diriger cette « reconstruction » et au service de quels objectifs et intérêts : ceux de l’Ukraine en tant que nation indépendante ou ceux des puissances de l’UE ? L’article répond à cette question dans son langage :

« Une plateforme de coordination internationale, la « plateforme de reconstruction ukrainienne », codirigée par la Commission représentant l’UE et le gouvernement ukrainien, fonctionnerait comme un organe de gouvernance stratégique global, chargé d’approuver un plan de reconstruction, élaboré et mis en œuvre par l’Ukraine. Le plan de reconstruction « RebuildUkraine » approuvé par la plate-forme, basé sur une évaluation des besoins, servirait de base à l’UE et à d’autres partenaires [lire : et à l’impérialisme étasunien] pour déterminer les domaines prioritaires sélectionnés pour le financement et les projets spécifiques. »

L’Allemande Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, apporte des précisions à ce sujet : « Cela signifie que les investissements iront de pair avec les réformes qui aideront l’Ukraine à suivre sa voie européenne. » En d’autres termes, il ne s’agit pas d’« aide » mais d’investissements, et la « reconstruction » se fera selon les priorités fixées par les puissances impérialistes et au service de leurs intérêts et de leurs objectifs de semi-colonisation de l’Ukraine.

Ci-dessus, nous avons mentionné l’action des puissances impérialistes de l’UE. L’impérialisme étasunien est un partenaire dans ce projet. Comme nous l’avons vu, ses prêts et « aides » se sont immédiatement concentrés sur l’aspect militaire de la semi-colonisation.[8] Mais il intervient aussi par le biais du FMI, un organisme dans lequel il a un poids qualitatif.

De toute l’expérience historique, nous savons que le FMI ne prête pas un seul dollar aux pays dépendants sans leur engagement à réaliser des « réformes structurelles » (c’est-à-dire des privatisations d’entreprises publiques et des facilités pour les capitaux étrangers) et l’acceptation de « missions » de supervision et de contrôle de leurs politiques économiques. Les prêts du FMI à l’Ukraine ont commencé en 2015. Et l’organisme s’est mis en colère en 2020 parce que le gouvernement de Zelensky n’avançait pas assez vite sur l’une des principales « réformes structurelles » : la privatisation des terres.

« Les affaires sont les affaires ».

Les gouvernements des puissances impérialistes, et les grandes entreprises capitalistes dont ils défendent les intérêts, ne font pas de cadeaux. Il en est ainsi également dans les guerres. D’une part, ils prennent position dans ces guerres en fonction de leurs intérêts profonds et de leurs objectifs fondamentaux ; d’autre part, ils profitent des guerres en tant que telles pour faire des affaires. Voyons donc les « affaires » immédiates, et les projets à court et à long terme.

Un exemple d’affaire immédiate pour l’impérialisme étasunien est celle des armes. Comme nous l’avons vu, les postes budgétaires déjà votés et ceux maintenant proposés par le gouvernement de Joe Biden pour la guerre en Ukraine visent à renouveler le stock et la technologie de son arsenal. Cela signifie de grandes opportunités pour les entreprises privées de ce que l’on appelle le complexe militaro-industriel, comme Lockheed Martin, Northrop Grumman et Boeing.

En termes de projets à court terme, l’accent sera clairement mis sur la « reconstruction » de l’Ukraine. Nous ne savons pas encore quelles entreprises étasuniennes ou européennes bénéficieront de ces contrats. Mais nous avons un précédent dans la guerre en Irak : Halliburton, et sa filiale Kellogg, Brown & Root, ont remporté d’importants contrats pour la construction d’installations militaires et la reconstruction de bâtiments détruits. Rappelons que Dick Cheney (alors vice-président de George Bush Jr) avait été PDG de cette société, qui, dans la foulée, a fait un énorme bond en avant.

Dans les projets à plus long terme, il y a ce qu’on appelle les « réformes structurelles » de l’État ukrainien. Il s’agit de tirer profit des privatisations d’entreprises d’État, et de contrôler les secteurs clés de l’infrastructure et des services qui en résultent. Depuis les années 1990, nous avons vu de nombreux exemples de ce que signifient ces « réformes » et privatisations, et de leurs conséquences : une profonde avancée de la nature semi-coloniale d’un pays.

La cerise sur le gâteau : l’opulence des terres ukrainiennes

Cependant, l’objectif le plus stratégique des puissances impérialistes et de leurs entreprises est de s’approprier les excellentes terres du pays. L’Ukraine possède l’une des trois plus grandes plaines des meilleures terres du monde, avec la pampa argentine et les prairies centrales étasuniennes. (La Russie possède également de telles grandes plaines.)

Ce n’est pas par hasard que le pays est appelé le « grenier de l’Europe » : avant la guerre, il fournissait 12 % des exportations mondiales de blé et 16 % des exportations de maïs. Un autre produit important est le tournesol, dont l’huile est exportée en grandes quantités. En 2020, les exportations agricoles totales du pays s’élevaient à 22 milliards dollars.[9]

L’Ukraine est également riche en minéraux, métalliques et non métalliques   dont le fer et d’autres éléments plus rares mais de plus en plus utilisés dans les nouveaux processus industriels, tels que le titane, le gallium et le germanium   qui ont un certain poids dans les exportations.[10]

En d’autres termes, la propriété foncière est la clé du contrôle de l’économie ukrainienne. Dans ce qui suit, nous allons nous concentrer sur les terres agricoles : sur une superficie totale de l’Ukraine d’un peu plus de 60 millions d’hectares, 70 % sont consacrées à l’agriculture (42,5 millions d’hectares, dont 32 millions de la plus haute qualité productive).

Jetons un coup d’œil sur l’histoire de cette propriété foncière. Lorsque l’Ukraine faisait partie de l’ancienne Union soviétique, toutes les terres arables appartenaient à l’État et étaient exploitées dans des fermes collectives avec des ouvriers agricoles. Après la restauration du capitalisme et la dissolution de l’URSS (1991), les gouvernements de l’Ukraine, désormais indépendante, ont entamé un processus de privatisation qui a duré 30 ans : aujourd’hui, 68 % des terres sont entre les mains de particuliers, tandis que 32 % restent entre les mains de l’État.

Dans un premier temps, cette privatisation a été réalisée en remettant des certificats de propriété de petites parcelles de terre aux travailleurs des anciennes fermes collectives. Cette politique a été guidée et financée par le FMI et d’autres agences internationales. On estime qu’il y avait environ sept millions de nouveaux petits exploitants dans ces conditions. Mais la baisse de rentabilité et la crise économique du pays ont fait que nombre de ces agriculteurs se sont endettés et ont dû vendre leurs parcelles. Un processus de concentration de la propriété a commencé, capitalisé par une nouvelle oligarchie agraire. En 2001, le gouvernement a institué un moratoire sur ces dettes, afin d’empêcher de nouveaux transferts de terres privées, et a arrêté la privatisation des terres publiques. Le processus que nous venons d’analyser a alors été « gelé ».[11]

Il a été rouvert à partir de 2016, avec les gouvernements du nouveau régime politique qui a émergé après la Révolution de Maïdan. Le gouvernement de Zelensky a notamment « ordonné au Parlement ukrainien de soumettre un projet de loi sur la réforme foncière dans le but d’ouvrir le marché foncier du pays avant le 1er décembre 2019 ».[12] Nous avons déjà mentionné qu’en 2020, le FMI était « en colère » contre ce gouvernement parce qu’il n’avançait pas assez vite dans cette « réforme structurelle ».

L’oligarchie agraire ukrainienne ne manqua pas d’exploiter cette politique, qui profite toutefois essentiellement aux grandes entreprises internationales de production alimentaire. Celles-ci pourront acheter des terres de première qualité à des prix bien meilleurs que dans leurs propres pays impérialistes ou dans d’autres pays (comme l’Argentine).

Au terme de la période du « moratoire » susmentionné, en 2016, on estimait que « dix multinationales contrôlaient 2,8 millions d’hectares de terres ukrainiennes ». Et sous Zelensky, ce chiffre serait passé à 3,4 millions d’hectares. D’autres estimations, si l’on tient compte des partenariats avec des oligarques ukrainiens en tant qu’actionnaires, avancent le chiffre de 6 millions.

La guerre a signifié une impasse dans la mise en œuvre de cette politique, mais pas la fin de celle-ci. Au contraire, les gouvernements impérialistes et les grandes entreprises visent un bond en avant après la fin de la guerre : « Trois grandes multinationales étasuniennes ont acheté 17 millions d’hectares de terres de premier choix à Zelensky. […] Les banques occidentales imposent la consolidation du modèle agro-industriel à grande échelle, aux dépens des petits producteurs qui constituent une grande partie de la population du pays. » Pour reprendre les termes d’un document de la Banque mondiale de 2019 : « l’accélération de l’investissement privé dans l’agriculture ».[13]

Une publication étasunienne de gauche fait référence sans euphémismes à l’ensemble de la politique d’après-guerre que Zelensky prépare (et met déjà en œuvre dans certains cas) : « L’Occident se prépare à piller l’Ukraine d’après-guerre avec une thérapie de choc néolibérale : privatisation, déréglementation, réduction des protections des travailleurs. » [14]

Quelques considérations finales

Nous avons caractérisé le conflit militaire en Ukraine comme une juste guerre de libération nationale du peuple ukrainien contre l’invasion russe. Nous apportons donc notre soutien inconditionnel à la résistance ukrainienne et, dans la mesure de nos possibilités, nous exprimons ce soutien de manière concrète, comme lors des 1er et 2e convois d’aide aux travailleurs en Ukraine. Cette caractérisation et cette politique nous placent dans le même camp militaire que le gouvernement bourgeois Zelensky, dans ce que nous, marxistes, appelons « unité d’action ».

En même temps, également en tant que marxistes, nous sommes pleinement conscients que, au sein de ce camp militaire commun et de cette unité d’action, il existe des intérêts de classe différents et antagonistes. D’une part, ceux de la bourgeoisie ukrainienne et du gouvernement bourgeois de Zelensky ; d’autre part, ceux de la classe ouvrière et du peuple ukrainien. C’est pourquoi, dans le cadre de cette unité d’action, nous devons combattre politiquement ce gouvernement, qui est celui qui conduit actuellement la guerre.

D’abord, à cause de la manière même dont il la conduit : en construisant une armée bourgeoise « normale », dépendante de l’impérialisme, au détriment des Défenses Territoriales des travailleurs et du peuple. Deuxièmement, mais non moins important, parce que, comme nous l’avons dit dans notre article précédent, « même au milieu de la guerre de résistance nationale, cette bourgeoisie et le gouvernement Zelensky ont maintenu leur projet stratégique de livrer l’Ukraine en tant que semi-colonie aux impérialismes européen (par l’adhésion à l’Union européenne) et étasunien. En fait, ils mettent les efforts et l’héroïsme du peuple ukrainien au service de ce projet

En d’autres termes, le gouvernement Zelesnky lutte contre l’asservissement à la Russie, mais en même temps, il pousse à un autre asservissement, « pacifique » celui-là. Cela signifie que la classe ouvrière et le peuple ukrainiens doivent combiner la lutte urgente et indispensable pour défendre leur souveraineté contre l’agression russe avec la tâche de défendre cette souveraineté contre son abandon aux impérialismes européen et étasunien. Cet abandon est une politique que le gouvernement Zelensky mène déjà et qu’il s’apprête à intensifier dans l’après-guerre. Dans les deux luttes, la classe ouvrière et le peuple ukrainiens seront confrontés à la nécessité d’avancer dans des tâches et des mesures qui concernent la transition vers le socialisme.

Nous parlons d’une combinaison de tâches sur la base dynamique de la conception trotskyste de la révolution permanente. C’est-à-dire, comment combiner deux tâches « démocratiques » (la lutte pour la défense du pays contre l’agression russe, et la lutte contre ce projet de semi-colonisation des impérialismes européen et étasunien) avec des tâches minimales, propres à la classe ouvrière (comme la défense des salaires et des conditions de travail, sans oublier la défense des conditions de l’intégration dans les Défenses Territoriales). Ainsi qu’avec des tâches propres à la transition socialiste : l’expropriation des grandes entreprises, nationales et étrangères, industrielles ou agraires ; le contrôle ouvrier de la production et de la distribution ; le rejet de la dette extérieure.

La clé du progrès dans cette dynamique est que la classe ouvrière ukrainienne progresse dans sa mobilisation et son organisation indépendante. Une classe ouvrière placée sous les armes dans la guerre contre la Russie, qui s’organise dans cette lutte. Une expérience qu’elle doit appliquer pour se défendre contre les lois anti-ouvrières du gouvernement de Zelensky et contre le projet semi-colonisateur que nous avons analysé ; d’autant plus si la guerre se termine par une victoire ukrainienne, puisque ces lois et ce projet commenceront à être appliquées rapidement, camouflées en « reconstruction ».

La déclaration de la LIT-QI du 6/9/2022 a formulé de la manière suivante cette combinaison de tâches qu’elle propose à la classe ouvrière et au peuple ukrainien. Elle appelle à défendre : « l’expropriation de tous les actifs des oligarques russes et des entreprises associées au régime de Poutine ; la nationalisation et la centralisation entre les mains de l’État de l’économie, au service de la défense nationale, sous le contrôle des travailleurs ; et la centralisation des Défenses Territoriales comme l’organisation de la résistance en milices ouvrières favorisant la tendance à l’indépendance vis-à-vis du gouvernement. Nous devons appeler à défendre la souveraineté nationale au détriment des profits capitalistes et vaincre les licenciements, les suspensions forcées, et garantir le plein emploi, dans le cadre d’un plan de défense nationale, avec une politique d’exigence et de dénonciation envers la politique concrète de Zelensky aujourd’hui. » [15]

Dans cette dynamique de révolution permanente, le rôle de la classe ouvrière mondiale est également essentiel. D’une part, en soutien à la résistance ukrainienne. D’autre part, en particulier pour les travailleurs des pays impérialistes d’Europe et des États-Unis, nous proposons qu’ils s’expriment également dans la lutte contre la politique, de leurs gouvernements et de leurs entreprises, de « dévorer l’Ukraine toute crue ».

________________

[1] https://litci.org/fr/2022/09/16/a-propos-de-loffensive-ukrainienne-a-kharkiv-et-les-conditions-pour-une-defaite-militaire-de-poutine/

[2] https://litci.org/es/la-guerra-de-ucrania-y-el-imperialismo-estadounidense/

[3] Voir la référence ci-dessus.

[4] https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_22_3121

[5] EU Aims to Finalize $9.5 Billion Ukraine Loan Package This Week – Bloomberg

[6] https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2022/09/09/ukraine-recovery-and-reconstruction-needs-estimated-349-billion

[7] Voir la référence 4.

[8] Biden pide US$ 33.000 millones en ayuda a Ucrania, ante nueva fase de la guerra (cnn.com)

[9] ¿Qué recursos naturales y energéticos tiene Ucrania? (expansion.mx)

[10] Íbidem.

[11] https://www.oaklandinstitute.org/blog/who-really-benefits-creation-land-market-ukraine

[12] https://www.wsws.org/en/articles/2019/10/03/ukra-o03.html

[13] https://global.ilmanifesto.it/the-truth-about-corporations-taking-over-ukrainian-agricultural-lands/

[14] https://mronline.org/2022/08/01/west-prepares-to-plunder-post-war-ukraine-with-neoliberal-shock-therapy/

[15] https://litci.org/es/ucrania-la-resistencia-a-la-agresion-rusa-se-convierte-en-el-epicentro-mundial-de-la-lucha-de-clases-y-acelera-la-crisis-del-orden-mundial/

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