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« No Austerity » est né : les luttes les plus radicales commencent à se coordonner

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La salle de la coopérative sociale La Speranza, dans la commune Cassina dè Pecchi (province de Milan), était remplie de travailleurs autochtones et immigrés et de quelques représentants des luttes étudiantes. L'Assemblée autoorganisée des travailleurs et militants syndicaux avait été créée pour unir certaines des luttes les plus radicales qui ont récemment eu lieu en Italie.


L'objectif fut atteint avant même le début des discours, avec la présence de représentants des principales luttes du nord de l'Italie : les travailleurs d'Esselunga, de Pioltello, qui représentaient, en plus de leur propre lutte, celle de beaucoup d'autres coopératives, en particulier dans le domaine de la logistique ; les ouvriers de Ferrari, de Modène ; les ouvriers de Marcegaglia, de Milan et de Casalmaggiore ; les ouvriers de Jabil, l'entreprise voisine, occupée ; les immigrés de la Coordination de migrants ; les travailleurs du Réseau ouvrier de Val Seriana ; les travailleurs de Same, deTreviglio ; plusieurs RSUi des régions de Milan et de Varèse ; et bien d'autres. Et alors que cette première assemblée était promue par la situation vécue dans le Nord, elle put compter également avec la présence d'ouvriers d'Irisbus, de Flumeri (Avellino), qui avaient fait un voyage de mille kilomètres pour y assister.
 
La section de Milan du Parti d'Alternative Communiste (section italienne de la LIT-QI) a soutenu l'initiative dès le début. Voici un compte-rendu de cette journée qui, à notre avis, représente un premier pas très important pour commencer à coordonner les luttes les plus radicales à travers le pays.
 
Les premières interventions ont expliqué la proposition de coordination
 
Après une brève introduction par Stefano Bonomi, qui présidait l'Assemblée, les débats ont commencé avec l'intervention de Patrizia Cammarata, travailleuse de la ville de Vicenza et déléguée RSU de la Confédération Unitaire de Base (CUB), qui accueillit les travailleurs présents et insista sur le sens de la convocation à l'Assemblée, à savoir la discussion d'une plate-forme de revendications, et par la suite, sur cette base, la création d'une Coordination des travailleurs en lutte. Cette Coordination devrait être ouverte à toutes les initiatives de lutte qui se situent dans la perspective d'une véritable lutte des classes : des groupes de travailleurs qui sont en train de défendre leurs emplois ; des RSU ; des collectifs d'étudiants et de travailleurs ; des organisations syndicales et politiques ; des associations, des comités en défense de l'école et de la santé publique ; et tous ceux qui s'identifient à la plateforme proposée.
 
La deuxième intervention fut celle de Ramona Bartolini, travailleuse de Jabil, qui raconta l'histoire de leur lutte. Après avoir maintenu un piquet permanent et une occupation pendant plus d'un an, les ouvriers ont obtenu, la semaine dernière, un engagement formel du gouvernement, qui a chargé Invitaliaii de créer un plan de relance industrielle. Ramona a insisté aussi sur le rôle des femmes, tant dans la lutte contre la mise à l'arrêt de la production puis pendant l'occupation, que dans l'organisation du piquet permanent à l'extérieur de l'entreprise. Elle a conclu en disant que nous devions nous battre pour sauver les emplois et l'avenir de nos enfants.
 
Paolo Ventrella, délégué FIOM chez Ferrari, de Maranello (Modena) intervint ensuite. Il parla de l'application du « Modèle Pomigliano » chez Ferrari, et fit une brève analyse de l'attaque contre les travailleurs de la part des patrons, qui essaient d'imputer les frais de la concurrence internationale sur le dos de ceux-ci, selon l'idéologie de la compétitivité absolue du néolibéralisme débridé, détruisant ainsi le bien-être des travailleurs et les écrasant. Le délégué FIOM de Ferrari a, en outre, mis en évidence la « schizophrénie au sein de la CGILv et de la FIOM », avec leur vue légaliste concernant la conclusion du référendum sur le « modèle Pomigliano » : dans la pratique, une attitude de soumission aux juges et à la politique. En conclusion de son discours, Paolo a souligné la nécessité de construire un travail de base pour se débarrasser des bureaucraties syndicales qui, tout comme les patrons, humilient les travailleurs. Et il proposa la ville de Maranello pour accueillir la prochaine réunion de la Coordination en construction, afin d'encourager la participation des expressions de lutte d'autres régions. « Il faut unir les luttes, a-t-il conclu, parce que le temps presse et qu’ils sont en train de nous massacrer. »
 
Luis Seclen, travailleur licencié d'Esselunga, de Pioltello, et délégué du S.I. COBAS, commença son intervention avec une mise en garde aux travailleurs de ne jamais faire confiance aux patrons, parce que ce faisant, ils attendent l'initiative de l'autre, alors que le problème historique des travailleurs ne peut être résolu que par les travailleurs eux-mêmes, à travers la lutte. Puis, à propos de l'Assemblée, il a souligné son importance. « Cela fait un an que je parcoure l'Italie, et j'ai toujours, et partout, défendu l'unité de la classe ouvrière. Aujourd'hui est un jour historique : nous sommes ici pour dire que nous voulons l'unité, que nous construisons l'unité ! Et c'est parce que les ennemis de la classe ouvrière sont unis. La bourgeoisie et leurs laquais syndicaux et politiques nous haïssent, et à vrai dire, les travailleurs servent les patrons pour les enrichir, mais les patrons savent que c'est le prolétariat qui fait l'histoire et ils ont peur des luttes des travailleurs. » En terminant, Seclen a mis en évidence le fait que l'ensemble du secteur coopératif, de Lombardie et d'autres régions, est en ébullition et se prépare à de nouvelles luttes, qui doivent progressivement se renforcer. Lutter est une obligation historique de la classe, même si elle conduit à une confrontation avec l'appareil répressif de la bourgeoisie et de l'Etat.
 
Moustapha Wagne, de la Coordination des immigrants de Vérone et responsable national de la CUB-Immigration, était l'orateur suivant. Wagne souligna qu'en Italie, les syndicats de concertation ont divisé les travailleurs, qu'il est donc nécessaire de créer cette Coordination pour lutter contre le système capitaliste mondial, et qu'il faut, pour y parvenir, combattre à l'intérieur et à l'extérieur des lieux de travail. Par la suite, il a parlé de certaines questions concernant l'immigration, soulignant que la lutte des travailleurs immigrés est la même que celle des travailleurs autochtones : la lutte contre le capitalisme. « Ces dernières années, la rivalité entre immigrants et travailleurs autochtones a diminué, mais la condition des immigrants a empiré. Il semble que de nombreux travailleurs italiens se soient retirés du combat. Il est maintenant clair, cependant, que ce ne sont pas les immigrants qui « volent » les emplois des Italiens, mais que c'est le système qui applique des coupes. Nous sommes tous dans le même bateau, nous devons lutter ensemble contre la bourgeoisie. » En guise de conclusion, il lança un appel à son propre syndicat pour tenter d'unir davantage de syndicats de base.
 
La dernière intervention de l'introduction, avant l’ouverture de la discussion, était celle de Fabiana Stefanoni, enseignante précaire et militante de la CUB de Modène. Dans son intervention, la camarade a souligné le fait que les attaques du gouvernement sur les écoles publiques, tout en étant une attaque contre l'avenir de tous les jeunes, sont aussi une attaque contre les femmes, étant donné qu’elles représentent la majorité des enseignants. Elle a ensuite dit que la classe ouvrière est divisée par la volonté des bureaucraties syndicales, que la pratique des grèves constamment isolées n'a pas donné de résultats favorables aux travailleurs, et que, même lors de la dernière et très lourde réforme des pensions, les bureaucraties syndicales n'ont pas vraiment organisé de grève mais se sont limitées à la proclamation de grèves symboliques. Si de nombreuses luttes de ces dernières années n'ont pas été victorieuses, c'est parce qu'il manquait une coordination entre ces différentes luttes. Fabiana a dénoncé ensuite l'arnaque de la dette, qui est une dette des patrons, et non des travailleurs, et a souligné que, dans le capitalisme, chaque conquête que laclasse ouvrière parvient à arracher aux patrons n'est que temporaire, parce que, tôt ou tard, la bourgeoisie trouvera le moyen de récupérer tout ce qu'elle a « donné ». Finalement, elle s'est arrêtée sur les exigences pratiques pour donner continuité à l'Assemblée : l'adoption d'une plateforme de revendications ; la création d'une Coordination ; le besoin d'outils pour informer sur les luttes, par le biais d'un site web et de bulletins à distribuer aux travailleurs ; et surtout, l'organisation d'autres assemblées pour élargir la participation afin d'unir et de soutenir les différentes luttes en cours et celles qui viendront.
 
Un débat important et riche
 
Un vif débat a alors commencé, avec la participation, entre autres, de Salvatore D'Amato, travailleur d'Irisbus, de la ville d'Avellino, qui parla de leur importante et célèbre expérience de lutte ; puis de Dirceu Travesso, brésilien, responsable international de CSP-Conlutas (le plus grand syndicat de base d'Amérique latine), qui transmit à l'Assemblée les salutations de son syndicat et qui invita la Coordination à participer à la prochaine Conférence internationale des syndicats de combat, qui se tiendra à Paris au mois de mars, promue par Conlutas, Solidaire (France) et d'autres organisations de plusieurs continents. Cette intervention, très importante, de Dirceo Travesso mit l'accent sur la nécessité incontournable d'une coordination internationale des luttes.
 
Le débat était animé, avec des interventions de travailleurs et d'étudiants. N'étant pas en mesure de citer toutes les interventions, nous nous limitons à quelquesunes : celle des représentants du Réseau 28 avril, celle de Cosimo Scarinzi (coordinateur national de la CUB-Ecoles) ; celle de Massimiliano Murgo, de la coordination de travailleurs auto-convoqués ; celle des représentants de l'Association « Voix de la mémoire – Eternit NON » de Casale Monferrato.
 
Une Coordination est née
 
A la fin du débat, l'Assemblée a adopté à l'unanimité la création de la Coordination appelée « No Austerity – Coordination des luttes » (un nom proposé par les ouvriers de Ferrari). En outre, la plate-forme, à partir de laquelle l'Assemblée avait été convoquée, a été discutée et votée (avec quelques amendements proposés dans le débat), et une Coordination nationale a été élue à l'unanimité, composée de représentants des grandes manifestations de lutte, présents à la réunion du samedi. Sa tâche est de mettre en pratique les décisions prises et de leur donner une continuité, ainsi que d'organiser les prochaines initiatives de lutte et d'assemblée. Enfin, la participation de la Coordination nouvellement créée, à la Conférence syndicale internationale qui se tiendra à Paris en mars, fut approuvée.
 
Les premiers engagements annoncés sont les suivants : la participation aux luttes des ouvriers des coopératives (selon le calendrier établi pour ce week-end à Esselunga et Ikea) ; et une prochaine initiative à Ferrari de Maranello, les premières semaines de l'année prochaine.
 
Un premier pas important vers l'unité de la classe ouvrière a été concrétisé. Il s'agit maintenant de renforcer cet instrument que les travailleurs se sont donné, en stimulant l'adhésion d'autres manifestations de lutte, de comités et d'organisations syndicales et politiques de gauche. Le Parti d'Alternative Communiste, quant à lui, comme il le déclara encore dans l'assemblée du samedi, mettra ses propres énergies militantes à disposition pour renforcer cette importante coordination de luttes.
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