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Afrique du Sud : les métallurgistes montrent la voie de la lutte

Au mois de juillet de cette année, l’Afrique du Sud a connu une gigantesque vague de pillages de supermarchés, de centres commerciaux et de magasins en général. La répression fut également violente et on parle de plus de 300 morts. Parmi les travailleurs, la discussion concernait en particulier la question si nous devions, ou non, soutenir les pillards, et la signification du pillage.

César Neto, le 4 novembre 2021

Soutenir les pillages, ou non ?

Étant posé la question, il y avait ceux qui disaient qu’il ne fallait pas soutenir les pillages parce que c’était le gang de Zuma qui les avait commencées. Ils ne voyaient pas que, biens qu’effectivement des conflits internes au CNA étaient à l’origine des pillages, ceux-ci acquirent à partir du deuxième jour leur propre dynamique, avec l’entrée en scène de la population pauvre et affamée, pillant et tentant d’obtenir ce qui lui manquait à cause des bas salaires.

Parmi les groupes de gauche, il y avait ceux qui refusaient de soutenir les pillages parce que, étant quelque chose de spontané, cela ne servait donc pas à organiser les masses dans le parti révolutionnaire. En ce sens, ils se sentaient en droit de rester neutres.

Il y avait aussi ceux qui, comme nous, disaient que les pillages étaient la première manifestation contre la faim et la misère, et que même avec toutes les limitations des actions explosives, nous devons accompagner tous ceux qui sont du côté des travailleurs et soutenir la lutte, organiser des assemblées de quartier et discuter démocratiquement les orientations du mouvement. Et face à la répression, nous devons dénoncer l’État bourgeois et ses gouvernements, et défendre inconditionnellement les travailleurs.

 

Quel est le sens des pillages ?

Il y avait en outre une autre discussion. Quel était le sens de ces pillages et à quoi visaient-ils ? Pour nous, les pillages ne pouvaient pas être considérés comme un événement isolé. Les pillages signifiaient que les ouvriers commençaient à dire basta ! Et que l’attitude de Zuma n’était que l’étincelle qui manquait et qui pouvait ouvrir une importante période de lutte.[1]

Il est fondamental pour l’organisation marxiste de cadres de comprendre cette dynamique probable. Á partir de la compréhension des luttes qui pointent à l’horizon, l’organisation marxiste doit préparer ses cadres à intervenir dans les processus qui s’annoncent.

 

Les métallurgistes ont dit NON !

La négociation de la Convention collective pour une période de trois ans aboutit à une impasse dans la mesure où le NUMSA (le principal syndicat), qui revendiquait initialement 15 %, finit par réduire ses exigences à 8 %, plus 2 % au-dessus de l’inflation en 2022 et 2023, alors que les patrons, habitués à être relativement méfiants concernant le chômage, offrirent 4,4 %, et 0,5 % et 1 % au-dessus de l’inflation pour les deux prochaines années.

Et les travailleurs ont dit NON !

 

La force de la grève

La grève, qui débuta le 5 octobre, était très forte, tant par le nombre d’entreprises paralysées, que par la radicalité des travailleurs et les soutiens reçus. A Johannesburg, une ville de près d’un million d’habitants, il y a eu une marche avec vingt mille personnes. Autrement dit, un habitant sur cinquante y est allé.

Les jours passaient, la grève continuait vigoureusement malgré la répression pratiquée par l’État capitaliste sud-africain dirigé par le CNA, une répression qui a causé au moins deux morts et quelques dizaines de blessés.

Après trois semaines de grève, il y eut un accord. Les patrons acceptèrent de relever leur proposition à 6 % pour les salaires les plus bas, et entre 5 et 5,5 % pour les plus élevés.

 

NUMSA, la direction syndicale

Le NUMSA (National Union of Metalworkers of South Africa / Syndicat national des métallurgistes de l’Afrique du Sud) représente environ 400 000 travailleurs. Tous ne sont pas des métallurgistes, car même en se faisant appeler Syndicat national des métallurgistes, dans le modèle de structure syndicale sud-africaine, il représente également des transporteurs, des employés de commerce, des chimistes, etc. De ces 400 000 membres, environ 155 000 sont des métallurgistes, qui étaient donc en grève.

En décembre 2018, le NUMSA avait lancé, avec le soutien d’autres organisations plus petites, un parti politique au nom pompeux de Parti socialiste révolutionnaire des travailleurs. Le manifeste faisait de nombreuses références à la lutte anticapitaliste et pour le socialisme. C’était un grand espoir, jusqu’au moment de la publication d’un projet de statut, extrêmement centralisé, bureaucratique, suivant le modèle stalinien. Ils revendiquaient d’ailleurs, lors du lancement, la figure de Joseph Staline.

En 2019, le NUMSA a participé aux élections présidentielles, et c’est précisément pendant la campagne électorale qu’il est devenu clair que sans démocratie de base il n’y aurait pas de participation des travailleurs. Les innombrables meetings électoraux impliquèrent d’importantes dépenses pour le transport, la nourriture et les apports financiers en vue d’obtenir la participation de la population, mais le résultat fut déplorable : ils n’obtinrent que 24 500 voix, soit 0,14 %.

 

La fin de la grève

La grève fut très forte, avec l’arrêt total des usines. Et la bourgeoisie commençait à en ressentir les effets. BMW eut des problèmes d’approvisionnement de pièces pour produire les voitures destinées à l’exportation. L’industrie sidérurgique fit pression pour un retour au travail afin de ne pas nuire à ses exportations vers la Chine. Et entre-temps, l’État sud-africain, gouverné par une coalition CNA-COSATU-PC, utilisait toutes ses armes pour faire pression, allant des mesures juridiques à la répression ouverte. Mais les travailleurs continuèrent à résister.

La direction du NUMSA décida alors de mettre fin à la grève. N’ayant pas obtenu l’agrément de la base, c’est la direction générale qui prit la décision. Vu l’ampleur de la grève et de son caractère radical, l’accord convenu avec les patrons fut un fiasco. Trois semaines de grève pour obtenir seulement 6 %, soit l’inflation annuelle cumulée jusqu’en octobre, entre 0,6 et 1,4 % au-dessus de ce qui était initialement proposé par les patrons.

 

La grève prit fin, mais la vie ne s’est pas améliorée.

La direction du NUMSA a mis fin bureaucratiquement à la grève. La situation de la classe ouvrière reste la même. Les salaires sont insuffisants, et donc, « la lutte continue », comme on dit en Afrique du Sud.

Les travailleurs ont déjà montré leur disposition pour la lutte. Mais pour que celle-ci continue et obtienne les résultats nécessaires, une nouvelle direction syndicale du NUMSA est nécessaire, sans bureaucrates et avec démocratie ouvrière.

 

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[1] Sudáfrica | retomando el camino de la lucha, contra el CNA y el Partido Comunista (21/9/2021), <https://litci.org/es/africa-del-sur-retomando-el-camino-de-la-lucha-contra-el-cna-y-el-partido-comunista/>