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Courrier international : Accords et réformes juridiques pour approfondir la cession du pétrole et de la souveraineté nationale

Leonardo Arantes, UST 

Le 10 février 2026 

Suite à l’attaque criminelle perpétrée contre le pays aux premières heures du 3 janvier 2026,  Donald Trump, chef de l’impérialisme étasunien, a fait plusieurs déclarations clarifiant ses véritables  intentions et les véritables raisons pour lesquelles il a maintenu des mois de siège militaire et a  finalement perpétré l’incursion militaire au Venezuela, kidnappant le chef d’État de l’époque, le  dictateur Nicolás Maduro, et son épouse Cilia Flores. 

Peu après l’incursion militaire au Venezuela, Trump, faisant fi de ses arguments sur les libertés  démocratiques et la lutte contre le trafic de drogue, a affirmé que le gouvernement étasunien  administrerait et superviserait directement le pétrole vénézuélien, dont il avait auparavant prétendu  qu’il avait été volé aux États-Unis par le Venezuela ; il affirmait qu’il récupérerait ce qui lui  appartenait ; et il a ensuite annoncé que le Venezuela livrerait entre 30 et 50 millions de barils de  pétrole aux États-Unis. 

Ces affirmations du président étasunien ont été appuyées ultérieurement par le secrétaire  étasunien à l’Énergie, Chris Wright, qui a déclaré : « Les États-Unis contrôleront indéfiniment la vente  du pétrole vénézuélien et déposeront le produit de ces transactions sur des comptes contrôlés par  Washington. » (DW 07.01.2026)

Chris Wright a ensuite expliqué cela lors d’une conférence sur l’énergie organisée par Goldman  Sachs à Miami : « …nous allons mettre le pétrole brut vénézuélien sur le marché, en premier lieu ce  pétrole bloqué ; puis nous vendrons de manière permanente la production vénézuélienne » (DW  07.01.2026) ; et il ajoutait : « …nous travaillons directement en coopération avec les Vénézuéliens, suite à l’annonce faite mardi dernier par le président Donald Trump selon laquelle le Venezuela livrera entre  30 et 50 millions de barils de pétrole aux États-Unis pour la vente sur le marché étasunien. Les États Unis autoriseront la vente de ce pétrole brut vénézuélien aux raffineries étasuniennes et dans le monde  entier, mais ces ventes seront effectuées par le gouvernement étasunien et les recettes seront déposées sur des comptes qu’il contrôle. Ces fonds pourront ensuite être reversés au Venezuela pour bénéficier au  peuple vénézuélien, mais nous devons avoir ce pouvoir et ce contrôle sur les ventes de pétrole pour  impulser les changements indispensables au Venezuela… » (DW 07.01.2026). 

En outre, le gouvernement des États-Unis établit des conditions telles que la limitation, le contrôle et, si nécessaire, l’interdiction pure et simple, de la vente de pétrole vénézuélien aux puissances impérialistes rivales, telles que la Chine et la Russie ; la suspension des livraisons de pétrole à Cuba ;  et la garantie que l’achat de fournitures et de produits, effectué avec l’argent provenant des ventes de  pétrole, se fasse exclusivement auprès des États-Unis. 

Ces annonces publiques de négociations avec le gouvernement vénézuélien, désormais dirigé par  Delcy Rodríguez qui y collabore, ont été confirmées par un communiqué de la compagnie pétrolière  nationale PDVSA qui – outre la confirmation que le Venezuela vendrait entre 30 et 50 millions de  barils de pétrole aux États-Unis – précise que les négociations avec les compagnies pétrolières  étasuniennes transnationales se dérouleront selon les conditions déjà établies avec Chevron-Texaco. 

Par la suite, le vendredi 9 janvier, Donald Trump a rencontré les principaux PDG des compagnies  pétrolières transnationales à la Maison Blanche, pour leur expliquer ces conditions et leur proposer  d’investir l’équivalent de 100 milliards de dollars dans le secteur au Venezuela ; et pour prendre des  décisions concernant l’avenir du pétrole vénézuélien. 

D’autre part, le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis et la réouverture de  l’ambassade étasunienne au Venezuela sont en cours. Et la possibilité que Delcy Rodríguez se rende  aux États-Unis pour rencontrer Trump est également envisagée. 

Une réforme juridique pour formaliser et approfondir la cession du pétrole. 

Le 22 janvier 2026, l’Assemblée nationale, contrôlée presque exclusivement par le chavisme, a  approuvé en première lecture une réforme de la Loi Organique sur les Hydrocarbures, grâce au vote  favorable d’un secteur de la petite mais viable minorité des députés de la opposition chez les patrons, ce qui ouvre la voie à une profonde transformation de la gestion de l’industrie pétrolière dans le pays, accélérant et approfondissant la tendance à la privatisation qui avait commencé déjà, même sous le  gouvernement Chávez. 

Cette réforme est menée par un gouvernement entièrement collaborationniste, agissant sous la  tutelle et les ordres du gouvernement étasunien, lequel, pour sa part, ne se soucie absolument pas du  bien-être des travailleurs pétroliers, ni de celui de l’ensemble des travailleurs et du peuple  vénézuéliens, et encore moins du développement national ; au contraire, il ne cherche qu’à satisfaire  ses ambitions politiques, géopolitiques, économiques et militaires ; pour ce faire, il doit subordonner  le Venezuela et le reste du continent afin de réaffirmer son hégémonie impérialiste. 

Cet amendement à la loi sur les hydrocarbures, promulgué sous prétexte « de moderniser  l’industrie pétrolière » et « d’attirer les investissements », constitue une étape importante vers la  privatisation du secteur pétrolier vénézuélien. Il vise à ouvrir totalement le secteur pétrolier aux  

investissements privés – nationaux et/ou étrangers – qui ne seront plus tenus d’opérer en partenariat  avec PDVSA par le biais de coentreprises. Désormais, les partenaires, nationaux ou étrangers,  participeront directement et prendront les décisions relatives à l’exploration, à l’extraction et à la  commercialisation du pétrole, grâce à des « contrats de participation productive » (CPP). Ces  contrats confèrent aux capitaux étrangers, issus de sociétés transnationales impérialistes, (et aux  capitaux nationaux minoritaires), une autonomie opérationnelle et de gestion dans le secteur  pétrolier, sans le contrôle de PDVSA. Ceci supprime de fait le contrôle que l’État exerçait auparavant, par l’intermédiaire de la compagnie pétrolière nationale, sur l’exploitation et la commercialisation du pétrole brut.

Il convient de noter que, bien que le système de coentreprises mis en place par Chávez ait marqué  le début d’une ouverture au processus de privatisation de l’industrie pétrolière, grâce auquel les  multinationales associées ont réalisé d’énormes profits – les sociétés transnationales sont passées du  statut de simples contractants de l’État à celui de partenaires dans le secteur pétrolier – , la législation  du secteur des hydrocarbures qui régissait ce système garantissait jusqu’à présent un contrôle  étatique direct de l’exploration, de l’exploitation, de la commercialisation et de la vente du pétrole,  que ce soit par le biais de PDVSA ou des coentreprises. 

La loi sur les hydrocarbures exigeait une participation majoritaire dans la compagnie pétrolière  d’État (plus de 50 % des actions, bien que ce soit généralement plus de 60 %) ; cependant, cette  législation a été arbitrairement bafouée et violée par le gouvernement Maduro depuis 2015 et plus  particulièrement depuis l’adoption de la loi dite anti-blocus en octobre 2020. 

Contrairement à ce qui était prévu dans la loi sur les hydrocarbures de 2006, la réforme menée  par le gouvernement collaborationniste de Delcy Rodríguez permet aux entreprises privées,  nationales ou étrangères, d’opérer directement et sans contrôle de l’État dans le secteur pétrolier  primaire, c’est-à-dire dans l’exploration et la production ; et elle permet également de  commercialiser directement le produit de ces activités, transférant ainsi le contrôle de la production  et des ventes, et l’appropriation de la rente, à l’industrie pétrolière. 

Ainsi, même si l’État peut formellement conserver une participation majoritaire dans les  coentreprises, les capitaux privés associés – nationaux ou étrangers – pourront gérer l’exécution  opérationnelle, prendre les décisions techniques et commercialiser les hydrocarbures selon leurs  propres critères, ce qui, en pratique, revient à céder le contrôle stratégique de l’industrie et de  l’activité. Ce dispositif étend à l’ensemble du secteur pétrolier le modèle déjà en vigueur avec la  multinationale Chevron sous l’administration Maduro. 

Le cadre politique de la réforme, d’autres aspects clés et ses conséquences 

Cette réforme juridique s’inscrit dans le contexte des ambitions hégémoniques et impérialistes des États-Unis dans le Continent et au Venezuela, dans le cadre du conflit inter-impérialiste qui les  oppose à leurs concurrents régionaux ; autrement dit, dans le cadre des objectifs des États-Unis  visant à assurer la prééminence de leurs intérêts politiques, géopolitiques, économiques et militaires  dans la région. C’est dans ce contexte qu’il faut la comprendre. 

Outre l’aspect stratégique de la réforme mentionné précédemment, qui en est sans doute le plus  essentiel, elle comprend d’autres éléments clés, tels que la réduction des redevances que les sociétés  transnationales et les entreprises nationales doivent verser à l’État vénézuélien, de 33,3 % à 15 %, et à  20 % pour certains projets. De plus, elle supprime l’obligation de régler les litiges avec ces entreprises devant les tribunaux nationaux, permettant ainsi de porter ces affaires directement devant les  instances internationales, dans une démonstration de capitulation sans précédent. 

De même, il est important de noter que, puisque les redevances sont un impôt que les entreprises  versent à l’État pour leur participation à l’activité pétrolière, leur réduction signifie, d’une part, des  profits plus importants pour les compagnies pétrolières transnationales et, d’autre part, des revenus  moindres pour le pays. 

Cette réforme capitularde et néocoloniale consolide le pacte collaborationniste et ouvertement  pro-impérialiste entre le régime chaviste, désormais dirigé par le gouvernement de Delcy Rodríguez, et le gouvernement étasunien de Donald Trump. Elle ouvre la voie à une modification profonde et  structurelle du régime de propriété et de contrôle des ressources pétrolières stratégiques du pays, au  profit du capital transnational et de l’impérialisme étasunien. Ce processus approfondit et légalise la  privatisation et la braderie de l’industrie pétrolière nationale et progresse vers le démantèlement de la souveraineté nationale – un processus amorcé par les gouvernements précédents. 

La privatisation et la soumission qui se développent depuis des années s’intensifient et sont  désormais ouvertement légalisées. Il s’agit de la consolidation d’une voie qui supprime la  souveraineté sur la ressource la plus stratégique du pays et qui livre les rênes de la production et de la commercialisation aux intérêts internationaux des grandes entreprises. 

La continuité d’un bradage 

Ce que nous venons d’énoncer n’est autre que la poursuite, et une avancée qualitative, dans un  processus en cours depuis le gouvernement du défunt président Chávez. Il convient de rappeler  qu’en 2007, avec le plan dit de « souveraineté pétrolière totale », les multinationales présentes au  Venezuela sont devenues partenaires de PDVSA dans le secteur pétrolier par la création de  coentreprises. Celles-ci ont remplacé les accords d’exploitation et les partenariats stratégiques par un système de participation allant jusqu’à 51 %/49 %. Il est important de noter que, de fait, les  multinationales n’ont jamais quitté le Venezuela. 

Dans le cadre de ce modèle économique, des coentreprises ont été créées avec Chevron, Repsol,  Shell, Total, China National Petroleum, Statoil, Eni, Petrobras et d’autres entreprises ; par la suite,  Mitsubishi, Lukoil, Gazprom et Rosneft les ont rejointes. Exxon Mobil et ConocoPhillips ont été  exclues de ce projet parce qu’elles ont choisi de ne pas y participer ; Exxon Mobil a notamment  engagé une procédure judiciaire contre le Venezuela devant le Centre international pour le  règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).*** 

Dans le cadre de cette politique, Chávez a cédé à des sociétés transnationales, en 2010, plusieurs  blocs de la ceinture pétrolière de l’Orénoque, la plus grande réserve de pétrole brut au monde,  accentuant ainsi la cession de notre pétrole. 

De ce fait, les ressources considérables qui ont afflué dans le pays ont fini dans les caisses des  compagnies pétrolières transnationales ainsi que et d’autres secteurs : dans les banques  internationales via le remboursement de la dette extérieure, et dans les poches de la bourgeoisie  bolivarienne corrompue. Et en quelques années seulement, le pays a sombré dans la pire crise de son  histoire récente, en contraste frappant avec l’abondance de ressources qu’il avait reçue. 

Par la suite, à partir de 2018, Maduro a commencé à mettre en œuvre des politiques assouplissant  le contrôle de l’État sur le secteur pétrolier, en contournant des aspects tels que la participation  majoritaire obligatoire dans les coentreprises, ou l’utilisation des ressources et des actifs pétroliers  comme garantie pour les dettes, en ignorant des éléments établis dans la législation sur les  hydrocarbures, en accordant aux sociétés transnationales le contrôle de certains aspects de l’activité  réservés exclusivement à l’État, dont la plus grande expression fut les accords de l’Arc minier de  l’Orénoque (AMO) et le « modèle Chevron ». 

Cette braderie et cette privatisation du pétrole auront des conséquences désastreuses sur la vie de  millions de Vénézuéliens. La capitulation de l’industrie pétrolière et la colonisation du pays se traduiront par le pillage de nos ressources et de nos biens, au profit du capital privé, tant national  qu’étranger, et surtout au détriment des travailleurs et des plus démunis. 

Il faut donc préparer la lutte contre le bradage et le pillage du pétrole, et vaincre l’agression  impérialiste globale, qui ne cherche qu’à imposer ses intérêts économiques, politiques, géopolitiques  et militaires à la souveraineté du Venezuela et de l’Amérique latine, ainsi qu’à la classe ouvrière du  pays et du continent. 

Pour vaincre ces ambitions impérialistes, il est nécessaire de construire la mobilisation ouvrière et populaire la plus large possible, tant dans le pays que dans le reste du continent et dans le monde,  ainsi qu’une vaste solidarité internationale.

<https://litci.org/es/acuerdos-y-reformas-legales-para-profundizar-la-entrega-del-petroleo-y-la soberania-nacional>

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