L’impérialisme étasunien a mené un bombardement contre le Venezuela et a, en outre, séquestré le dictateur Nicolás Maduro, président du pays. Ce fait gravissime constitue un acte de guerre qui menace et affecte non seulement le Venezuela, mais aussi le reste de l’Amérique latine, et n’a rien à voir avec la raison invoquée par Donald Trump, le président d’extrême droite des États-Unis : « la lutte contre le trafic de drogues ».
Leonardo Arantes (UST, Venezuela)
11 février 2026 01
Quelles sont les véritables raisons de cette offensive interventionniste au Venezuela ? Quel a été le cadre préalable ? Comment les faits ont-ils évolué ? Quelles en sont les implications et les conséquences ? Quelle est la stratégie d’ensemble de l’impérialisme étasunien pour le Venezuela et le reste de la région ? Quelles perspectives s’ouvrent ? Quelle est la dynamique du régime chaviste à partir de ces faits ? Avec quel programme, quelle politique, quelle tactique devons nous, révolutionnaires, agir pour affronter la stratégie de l’impérialisme étasunien ? Ce sont des questions que nous tenterons d’aborder dans le présent article.
Pression politique et déploiement militaire
Nous considérons pertinent de décrire et d’analyser le contexte politique et les événements qui ont précédé les événements survenus dans les premiers jours du mois de janvier 2026. Depuis la première quinzaine d’août 2025, les États-Unis ont entamé, sous l’argument de la prétendue « lutte contre le trafic de drogue », un déploiement d’armement disproportionné sur les côtes des Caraïbes et de l’Amérique latine, particulièrement dans le voisinage des côtes vénézuéliennes.
Auparavant, le chef d’État étasunien, Donald Trump, a émis un ordre autorisant l’usage des forces armées pour « la lutte contre les cartels de drogue étrangers, dans le but de défendre sa nation ». De la même façon, le gouvernement étasunien a doublé, à 50 millions de dollars, la récompense pour toute information menant à l’arrestation de Nicolás Maduro, accusé de diriger une présumée organisation
criminelle dénommée « Le Cartel des Soleils », dédiée au trafic de drogues et au terrorisme. Simultanément, de l’argent, des bijoux, des biens et des propriétés attribués à Maduro comme produit de son activité criminelle ont été saisis.
Dans les semaines précédentes, l’administration Trump avait développé un processus de négociation avec le gouvernement de Maduro, incluant l’échange de prisonniers étasuniens contre des migrants vénézuéliens retenus par le gouvernement de Bukele dans des prisons d’El Salvador, la libération de certains prisonniers politiques sur le territoire vénézuélien, et l’octroi d’une nouvelle licence autorisant Chevron à opérer dans le pays, à extraire et à commercialiser le pétrole vénézuélien.
Dès lors, un déploiement militaire inhabituel a été initié par les États-Unis, comprenant au départ trois navires de guerre (des destroyers dotés du système de défense aérienne Aegis, armés de missiles guidés Tomahawk pour attaquer des cibles au sol, de dernière technologie de la Marine étasunienne), un sous-marin nucléaire avec capacité de missiles et d’opérations de renseignement, ainsi que des aéronefs de patrouille maritime P-8 Poseidon et un personnel militaire dépassant les 4000 effectifs de marines. Cette manœuvre s’est intensifiée au fil des mois, avec l’incorporation de toujours plus de navires de guerre, d’avions F 35 et de bombardiers stratégiques B 52, ainsi que l’envoi dans les Caraïbes du porte-avions USS Gerald Ford, le plus grand des forces armées étasuniennes, et l’augmentation du nombre d’effectifs militaires à environ 10 000, incluant des troupes d’assaut. Bref, tout un déploiement de forces et de ressources belliqueuses qui, dès le début, s’est révélé plus propre à des guerres et/ou des invasions militaires qu’à des actions de lutte contre le trafic de drogue.
Pendantr des mois (depuis septembre 2025), l’impérialisme étasunien a mené une offensive militaire moyennant des actions de guerre, telles que plus de 25 attaques contre de petites embarcations dans les Caraïbes et le Pacifique, laissant un bilan de plus d’une centaine de morts, des pêcheurs de diverses nationalités (vénézuéliens, colombiens, trinidadiens, entre autres), ainsi que la saisie de cargos pétroliers en provenance du Venezuela avec le vol des tonnes de pétrole qu’ils contenaient, et une cyberattaque contre Petroleos de Venezuela_SA (PDVSA), affectant les opérations de l’entreprise et mettant en danger les travailleurs pétroliers, et peut-être une attaque de drones contre « une grande installation sur la côte vénézuélienne » (se suppose dans les jetées de Maracaibo, État de Zulia). Ce dernier point n’est pas confirmé, mais Donald Trump lui-même assure l’avoir mené à bien. Lors d’un appel téléphonique à la station de radio WABC pour parler avec le milliardaire John Catsimatidis, Trump a affirmé que : « Je ne sais pas si vous l’avez lu ou vu, mais ils ont une grande usine, de grandes installations d’où sortent les navires, et il y a deux nuits, nous les avons détruites. » (BBC News Mundo 29/12/2025). À cela, il faut ajouter la déclaration d’un blocus naval total contre les pétroliers entrant ou sortant du pays, avec le but clair d’asphyxier l’économie vénézuélienne en coupant le commerce de sa principale ressource et, avec elle, l’entrée de dollars. Il y a également l’orientation d’un blocus aérien contre le pays, qui a été partiellement respecté par diverses compagnies aériennes au niveau international. Après les bombardements contre le territoire vénézuélien du 03/01/2026 dernier, toute cette force belliqueuse reste postée sur les côtes des Caraïbes, à proximité du Venezuela, comme mécanisme de menace et de coercition.
Une agression belliqueuse criminelle contre un pays opprimé.
Comme on le sait, le samedi 03 janvier 2026, vers 01:50 du matin, un bombardement par hélicoptères et drones a été initié par le gouvernement de l’extrême droite de Donald Trump ; les
forces militaires étasuniennes ont bombardé plusieurs points de la ville de Caracas, à savoir Fuerte Tiuna, la base aérienne de La Carlota, le Cuartel de la Montaña (où reposent les restes de Chávez), le commandement général de la Milice, et l’Académie de la Marine (École Navale sur le plateau de Mamo, État de La Guaira). De plus, des aéroports civils comme celui de Higuerote (État de Miranda) et le port de La Guaira (le principal du pays) ont été attaqués, et des attaques ont été signalées dans des installations militaires de l’État voisin d’Aragua. Tous ces objectifs se trouvent dans la ville de Caracas (capitale du pays) ou dans des États proches de la capitale, dans des zones à forte densité de population, certaines d’entre elles entourées d’immeubles et de zones résidentielles.
Ainsi, alors que des aéronefs survolaient et bombardaient de manière soutenue la ville de Caracas et d’autres points du territoire vénézuélien, et que des explosions étaient enregistrées aux abords d’objectifs militaires, de ports, d’aéroports et de zones urbaines, des forces spéciales menaient l’opération d’enlèvement du dictateur Nicolás Maduro et de son épouse et première dame Cilia Flores ; un fait qui, quelques heures plus tard, a été annoncé par Donald Trump sur son réseau social Truth Social et ratifié ensuite lors d’une conférence de presse à Mar-a-Lago. Cela a été confirmé par des porte-paroles officiels du gouvernement vénézuélien, qui ont exigé du gouvernement étasunien la vie souve du chef d’État enlevé et de son épouse.
Ces faits constituent une agression belliqueuse criminelle contre la souveraineté d’un pays opprimé, une immixtion impérialiste inacceptable de la part du gouvernement étasunien, avec Donald Trump d’extrême droite à sa tête, et qui, loin de représenter une quelconque lutte contre le trafic de drogue et/ou le terrorisme, s’inscrit dans la stratégie de l’impérialisme étasunien d’appliquer la fameuse Doctrine Monroe, augmentée du dénommé « Corollaire Trump », dans le contexte des disputes et négociations pour les territoires, les marchés et les zones d’influence entre les puissances impérialistes.
Il s’agit d’une attaque sans précédent contre le Venezuela, perpétré par les États-Unis, la principale puissance impérialiste du monde. Elle constitue une menace non seulement pour ce pays, mais pour l’ensemble de l’Amérique latine , étant la première intervention militaire directe — c’est-à-dire en faisant usage de ses propres forces armées — de l’impérialisme étasunien au cours des 36 dernières années sur le continent02 et la première de toute l’histoire contre un pays sud-américain. De cette manière, les États-Unis inaugurent à nouveau sur le continent la modalité d’immixtion dans les affaires politiques internes des pays par l’intervention militaire directe, reprenant ouvertement la diplomatie des canonnières, le chantage et la militarisation.
L’objectif stratégique est d’approfondir brutalement la condition semi-coloniale du Venezuela, en subordonnant son régime politique, son économie et ses ressources stratégiques aux dictats de la Maison Blanche, tout en tentant de discipliner l’ensemble des peuples d’Amérique latine. Cette opération guerrière, aux caractéristiques similaires à l’intervention de 1989-1990 au Panama, fait partie d’une politique globale de Donald Trump qui cherche à inverser la crise de domination des États-Unis, en tant que principale puissance impérialiste, dans un contexte plus large de crise économique mondiale du capitalisme, la plus grande de l’histoire.
La Stratégie de recolonisation. Document sur la Stratégie de Sécurité Nationale
Il est évident qu’en pleine crise économique mondiale du capitalisme et dispute inter-impérialiste avec des puissances émergentes comme la Chine et la Russie, l’impérialisme étasunien prétend récupérer sa domination hégémonique sur un continent qu’il a toujours considéré comme son
arrière-cour, en « revivifiant » la Doctrine Monroe et en l’étendant à l’hémisphère occidental dans son ensemble.
Cela a été annoncé formellement dans la nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale 2025, un document publié par l’administration Trump le 5 décembre 2025, dans lequel cet objectif est présenté comme une priorité centrale de la politique étrangère étasunienne, affirmant que l’hémisphère occidental est la principale zone d’intérêt stratégique de Washington.
Il ne s’agit pas seulement d’un plan gouvernemental, ni d’un document de perspectives politiques supplémentaire, mais de l’annonce formelle de tout un changement radical pour l’intervention étasunienne dans la lutte inter-impérialiste, une élévation du niveau d’agressivité et de protectionnisme de l’impérialisme étasunien pour récupérer le terrain perdu, en se basant sur un contrôle plus ferme et plus direct de l’Amérique latine, une zone géographique qu’il considère historiquement comme sa colonie, ainsi que son expansion au reste de l’hémisphère occidental (Europe, Groenland), tel que l’indique le « corollaire Trump » à la Doctrine Monroe :.
« Après des années d’abandon, les États-Unis réaffirmeront et appliqueront la Doctrine Monroe pour restaurer la prééminence étasunienne dans l’Hémisphère Occidental et protéger notre territoire national et notre accès à des zones géographiques clés dans toute la région. Nous refuserons aux concurrents non hémisphériques la capacité de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes ou de posséder
ou contrôler des actifs stratégiquement vitaux, dans notre Hémisphère. Ce « Corollaire Trump » à la Doctrine Monroe est une restauration raisonnable et énergique du pouvoir et des priorités étasuniennes, en accord avec les intérêts de sécurité des États-Unis. Nos objectifs pour l’Hémisphère Occidental peuvent se résumer en « Recruter et Étendre ». Nous recruterons des alliés consolidés dans l’Hémisphère, pour contrôler la migration, arrêter le flux de drogues et renforcer la stabilité et la sécurité sur terre et sur mer. Nous nous étendrons en cultivant et en renforçant de nouveaux partenaires, tout en renforçant l’attrait de notre propre nation en tant que partenaire économique et de sécurité privilégié de l’Hémisphère. » (La Estrella de Panamá, 26/12/2025).03
Suite à la publication du document mentionné, le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a déclaré : « Les activités du Département dans tout l’hémisphère occidental ne se limitent pas à éliminer les narcoterroristes, mais incluent également la dissuasion, et la défense des intérêts de notre nation contre d’autres menaces dans l’hémisphère. […] Cela inclut de garantir l’accès militaire et commercial des États-Unis à des zones stratégiques comme le Canal de Panama, les Caraïbes, le Golfe d’Amérique, l’Arctique et Groenland. » (Revista Opera, 19/12/2025).04 Une déclaration qui réaffirme les objectifs stratégiques de l’impérialisme étasunien, avec Trump comme extrême droite à sa tête.
C’est donc cela le cadre stratégique, politique, géopolitique et militaire dans lequel l’impérialisme étasunien développe l’attaque contre le Venezuela et menace le reste du continent, rendant explicite l’objectif du gouvernement Trump d’avoir des gouvernements fantoches dans toute l’Amérique latine. Il ne se contente pas, pour ses intérêts hégémoniques et colonisateurs, de gouvernements pro impérialistes appliquant les plans néolibéraux. Il prétend avoir des gouvernements d’extrême droite, complètement soumis à lui et à ses intérêts.
C’est pourquoi des pressions économiques, politiques et militaires sont exercées afin d’imposer ce type de gouvernements sur le continent. En ce sens, par des pressions économiques et politiques, et aidé par les désastres commis par les gouvernements de conciliation de classes, on a réussi à imposer, par voie électorale, des gouvernements comme celui de Milei en Argentine, de Kast au Chili, de Bukele au Salvador, d’Asfura en Honduras. Et on cherche à poursuivre cette avancée avec l’uribisme en Colombie (d’où les menaces et les pressions sur Petro).
Maintenant, Maduro a été déposé par l’invasion militaire, bien qu’il avait livré la souveraineté du pays et a fait de grandes concessions tant dans la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque que dans l’Arc Minier de l’Orénoque.
L’objectif est de voler le pétrole vénézuélien et d’imposer un gouvernement fantoche de l’impérialisme, pour l’instant à travers Delcy Rodríguez, la vice-présidente exécutive en fonction jusqu’alors, désormais investie comme présidente de la République. Et entre-temps, Trump affirme qu’il gouvernera directement le Venezuela, et qu’il mènera une nouvelle incursion militaire si le « nouveau gouvernement » vénézuélien recyclé ne fait pas ce qu’il ordonne. Il impose des conditions et garde María Corina Machado en réserve pour un éventuel gouvernement fantoche si la formule Delcy ne lui convient pas.
Entre-temps, les actions exécutées jusqu’à présent par le gouvernement de Delcy, ses annonces, les engagements pris et les accords signés témoignent d’un collaborationnisme propre aux gouvernements fantoches dont Trump veut disposer.
Dans le contexte de la crise capitaliste mondiale et de la dispute inter-impérialiste, de l’attaque contre le Venezuela, de la prétention explicite de coloniser ce pays et de piller ses ressources pour mieux se positionner dans cette crise et cette dispute, toute cette stratégie de Trump et de l’impérialisme étasunien laisse présager aussi des attaques plus dures contre les travailleurs immigrés – vénézuéliens, latino-américains et d’autres latitudes – aux États-Unis, ainsi que contre la classe ouvrière dans son ensemble. Cela laisse présager également de nouvelles pressions, menaces et interventions dans d’autres pays de la région et du monde. C’est pourquoi il faut construire des stratégies unifiées pour affronter et vaincre les prétentions et les attaques de l’impérialisme étasunien et de ses rivaux dans leurs zones d’influence respectives.
Complicité interne : un élément clé de l’opération étasunienne
L’opération déployée contre le Venezuela à l’aube du 03 janvier de l’année en cours n’a rencontré qu’une résistance quasi nulle des forces armées et des organismes de défense vénézuéliens. Environ une centaine d’aéronefs (avions, drones et hélicoptères) ont survolé le ciel de Caracas, tandis qu’environ douze hélicoptères armés ont traversé la frontière de La Guaira vers Caracas, trompant les radars sans un seul coup de semonce, et ils ont bombardé Fuerte Tiuna, siège du commandement général et du ministère de la Défense, ainsi que trois autres centres militaires et le parlement. Un de ces hélicoptères s’est posé sur le palais, a capturé Nicolás Maduro et Cilia Flores sans grand remue ménage, et les a sortis du pays. Il n’y a eu des affrontements qu’au niveau de sécurité le plus proche de Maduro, laissant un bilan de la mort d’au moins 32 effectifs cubains de la garde de sécurité personnelle du président.
Rien de tout cela ne peut avoir lieu sans la collaboration des appareils militaires et de sécurité intérieure, encore moins dans un pays dont le gouvernement a affirmé posséder des défenses antiaériennes incluant des radars, des systèmes de missiles, des roquettes et des canons achetés à la Chine et à la Russie. Ceci, ajouté aux déclarations ultérieures de Donald Trump, de Marco Rubio et d’autres porte-paroles du gouvernement étasunien, ainsi qu’aux attitudes et mesures de Delcy Rodríguez, met en évidence la complicité interne pour que l’opération yankee atteigne ses objectifs, et que Maduro soit trahi et livré par le chavisme lui-même pour sa capture. Cette complicité interne, jointe à l’évidente supériorité militaire étasunienne, qui a détruit 90 % des défenses antiaériennes signalées du pays, et l’incompétence des militaires vénézuéliens responsables de la défense du pays,
expliquent la relative facilité avec laquelle les forces étasuniennes ont mené à bien leur opération d’incursion au Venezuela.05
Delcy Rodríguez a-t-elle participé à la trahison ?
Il est évident que la complicité interne basée sur une négociation préalable a abouti à la livraison capture de Nicolás Maduro (livraison par le chavisme, capture par les forces étasuniennes) ; cela vaut la peine de citer les déclarations d’Eric Rojo, général à la retraite de l’armée étasunienne et conseiller de Marco Rubio en Amérique latine, qui a affirmé que « …Maduro a été livré par les Vénézuéliens aux forces armées des États-Unis… ».06 Or, quels dirigeants et secteurs du chavisme ont négocié la
livraison et le départ de Maduro du pouvoir ?
Les réponses claires de Trump, lorsqu’on l’a interrogé sur le personnage qui aurait été le facilitateur depuis Caracas, ont été : « ...les négociations ont été menées avec Delcy Rodríguez... »07 et il a ajouté : « Marco Rubio négocie la transition avec Delcy Rodríguez. La vice-présidente a parlé avec Rubio et a dit qu’elle ferait ce que nous disons ». Cela rend claire sa participation aux négociations pour la livraison du président déposé et, par ailleurs, son collaborationnisme avec l’impérialisme étasunien.
Tout cela est renforcé par sa reconnaissance, finalement et sans aucune objection immédiate de la part des États-Unis , par le Tribunal Suprême de Justice vénézuélien comme successeure légale de Maduro, en plus de son investiture devant l’Assemblée Nationale (AN, le parlement vénézuélien), présidée depuis 2021 par son frère Jorge Rodríguez.
La reconnaissance de Delcy Rodríguez a eu lieu au détriment des ambitions de protagonisme de la Prix Nobel de la Paix María Corina Machado et de la revendication de pouvoir d’Edmundo González Urrutia qui, jusqu’alors, semblaient les favoris de Trump pour diriger la transition. Ainsi, le tandem Delcy – Jorge, désormais connu sous le nom de « Les Rodríguez », serait le secteur chaviste qui aurait négocié avec le gouvernement des États-Unis les termes et conditions de collaboration que ce dernier imposerait pour la continuité du régime chaviste à la tête de l’État sous tutelle des États-Unis. Ce secteur aurait entraîné vers ses objectifs un autre secteur dirigé par le ministre de la Défense, Vladimir Padrino López, qui se serait replié face au harcèlement de la CIA. Un troisième secteur, mené par Diosdado Cabello, serait le moins puissant et le plus contesté par les Étasuniens.08
Delcy Rodríguez s’est forgé une réputation d’opératrice astucieuse dans la gestion des affaires politiques et économiques du pays, ainsi que dans les aspects administratifs, mais elle manque d’une influence suffisante au sein du parti pour garantir l’unité du chavisme. C’est pourquoi elle cherche à
s’entourer d’un secteur dur sur le plan politique, tout en se pliant à la tutelle de Washington sur le plan économique. Dans son discours au pays, elle recourt à des allusions à Bolívar et à Chávez, ainsi qu’à des références à Maduro en tant que président du Venezuela, pour rassurer la base chaviste (bien que celle-ci tende à s’amenuiser), tandis qu’avec l’administration Trump, elle parle de travailler « de manière conjointe » avec les États-Unis, et se tait devant la décision de Washington de contrôler les ressources énergétiques et d’obliger à n’acheter que des produits étasuniens avec cet argent.
Alors, à l’intérieur du pays, le pouvoir exécutif et législatif se concentre chez les Rodríguez, avec l’aide de Diosdado Cabello et Vladimir Padrino, respectivement ministres de l’Intérieur et de la Justice et de la Défense, c’est-à-dire garants du pouvoir militaire et policier, pour accentuer le modèle répressif qui reste en vigueur, tandis que l’impérialisme étasunien avec Donald Trump, Marco Rubio et Pete Hegseth, dictent, contrôlent et régulent les décisions économiques et politiques
transcendantales pour les destins du pays, dans une relation coloniale sans précédent dans l’histoire récente du pays.
La dynamique du régime chaviste, un régime collaborationniste et un gouvernement fantoche. Les accords en matière pétrolière.
Le régime chaviste conserve une partie importante de ses caractéristiques, surtout en ce qui concerne son caractère répressif contre le mouvement ouvrier et de masse, la centralité du pouvoir exécutif appuyé fondamentalement sur les forces armées et les corps répressifs policiers et parapoliciers, et le caractère d’ajustement contre la classe ouvrière et le peuple humble ; de même qu’il préserve la continuité administrative dans la gestion de l’État.
Cependant, ce qui a changé par essence, c’est sa relation avec l’impérialisme étasunien, passant d’être dirigé, au cours des vingt-cinq dernières années, par des gouvernements (celui de Chávez d’abord puis celui de Maduro) serviles et dépendants, mais avec des frictions avec les différents gouvernements étasuniens, à être commandé par un gouvernement totalement collaborationniste, potentiel fantoche de l’impérialisme étasunien et du gouvernement de Donald Trump, et qui consent à une relation de type colonial entre cet impérialisme et le Venezuela.
Une preuve frappante en sont les déclarations émises par Trump et rapportées par divers médias internationaux, dans lesquelles il affirme être celui qui est aux commandes du Venezuela et que le gouvernement étasunien dirigera le pays sud-américain dans l’immédiat, acceptant et approuvant de traiter avec Delcy Rodríguez comme nouvelle présidente en fonction, sous une combinaison de caution et de pression.
Le gouvernement de Rodríguez est de toute évidence un gouvernement instable et de crise, sans soutien populaire, que seul le soutien impérialiste gringo maintient dans la mesure où il remplit scrupuleusement (selon les critères de Trump et cie) son rôle collaborationniste et sa fonction de fantoche.
La plus grande preuve de cette relation de collaboration (de la part du gouvernement de Delcy) et de tutelle (de la part de Donald Trump et de l’impérialisme yankee) réside dans les accords conclus en matière pétrolière après que le président étasunien a annoncé qu’il administrerait les ressources pétrolières vénézuéliennes.
Ces accords, annoncés par Donald Trump09 et confirmés ultérieurement par le gouvernement vénézuélien lui-même et la direction de Petróleos de Venezuela S.A. (PDVSA) par un communiqué officiel,10 consistent en ce que le gouvernement de Delcy livrera aux États-Unis entre 30 et 50 millions de barils de pétrole. Ce communiqué de PDVSA stipule explicitement que la négociation avec les transnationales pétrolières étasuniennes se fera selon les termes déjà établis avec Chevron Texaco, c’est-à-dire sans obligation pour la transnationale de payer des impôts et/ou des redevances à l’État vénézuélien sur les bénéfices obtenus, et avec la liberté de payer les salaires à sa discrétion. Mais le Département de l’Énergie des États-Unis explique plus en détail l’accord pétrolier annoncé par Trump:
« Le pétrole sera vendu sur le marché mondial au profit des États-Unis, du Venezuela et des alliés ; tout l’argent de la vente du pétrole arrivera d’abord sur un compte étasunien dans des banques reconnues pour garantir l’intégrité et la légitimité de la dernière distribution ; les fonds seront destinés au bénéfice des Étasuniens et des Vénézuéliens sous la direction du gouvernement des États-Unis ; la vente de ce pétrole commence immédiatement et se poursuivra indéfiniment ; le transport du pétrole vers et depuis le Venezuela se fera uniquement par des canaux légitimes et autorisés cohérents avec la
sécurité nationale des États-Unis. Les États-Unis retirent sélectivement les sanctions pour permettre le transport et la vente de ce pétrole vénézuélien sur le marché mondial ; le pétrole léger étasunien ira au Venezuela, selon les besoins, pour optimiser la production et le transport du pétrole vénézuélien très lourd, dans le cadre de la modernisation, l’expansion et le développement. Les États-Unis autoriseront l’importation au Venezuela d’équipements pétroliers et de services pour remédier à des décennies de mauvaise gestion et de corruption, ce qui impliquera de la technologie, des experts et de l’investissement. Les États-Unis travailleront sur le réseau électrique vénézuélien, pour corriger également la destruction qu’il a subie » (Département de l’Énergie États-Unis 06/01/2026).11 12 13
En dehors de cela, le gouvernement de États-Unis établit des conditions telles que l’interdiction de la vente de pétrole vénézuélien à des puissances impérialistes rivales, comme la Chine et la Russie ; la suspension des envois de pétrole à Cuba e ;t l’exigence que l’achat de fournitures et de produits réalisés avec l’argent de la vente pétrolière se fasse exclusivement auprès des États-Unis. Il faudrait remonter à l’époque du dictateur Juan Vicente Gómez pour trouver des conditions de tutelle et de colonialisme aussi aberrantes dans les cent ans de l’histoire de l’exploitation pétrolière vénézuélienne.
D’autres exemples du collaborationnisme de Delcy et de la nature potentiellement fantoche de son gouvernement sont les démarches en vue de rouvrir l’ambassade étasunienne dans le pays, ainsi que le fait qu’il est déjà annoncé que les quatre principales corporations bancaires étasuniennes – JP
Morgan Chase & Co., Bank of America (BofA), Wells Fargo et Citigroup (Citi) – prévoient de commencer leurs opérations à partir de la semaine du 12/01/2026 à Caracas, sous le contrôle du Département du Trésor des États-Unis, et que ce serait à travers ces banques que les États-Unis géreraient toutes les transactions au Venezuela. Il semble, en outre, que les employés publics percevraient leurs salaires via ces banques ; c’est ce que rapportent le compte X ElObservadorBinario, tout comme des portails web comme Forbes.com.mx et Bancaynegocios.com qui le présentent comme une possibilité. Il y a toute sorte d’annonces dans ce sens qui apparaissent ces derniers jours.
La situation des masses vénézuéliennes
Au milieu de tout ce tourbillon colonialiste et de cet acharnement collaborationniste du gouvernement vénézuélien, la question se pose quant à la situation de la classe ouvrière et des masses vénézuéliennes. Celles-ci continuent de subir les rigueurs de l’ajustement pro-patronal et anti ouvrier que le gouvernement de Maduro, formellement au moins depuis 2018 (parce que dans les faits, il s’appliquait déjà avant), décharge sur leurs épaules. Le salaire minimum perçu par les travailleurs est de seulement 0,39 $ par mois. Les primes accordées par le gouvernement, sans incidence salariale, comme celle de l’alimentation et celle affichée, sont respectivement de 40$ et de 120$ par mois (bien qu’elles n’atteignent jamais de tels montants, à cause de la dévaluation). Ce qui fait un revenu minimum mensuel de 160,39 $ (revenu, non salaire, car sur ce montant, seul 0,39 $ constituent le salaire) , face à un panier de base familial qui, selon les données du Centre de Documentation et d’Analyse de la Fédération Vénézuélienne des Maîtres (Cendas – FVM) et de la Chambre de Commerce de Maracaibo (CCM), dépasse les 630 $ par mois.
L’inflation frappe durement le portefeuille des travailleurs vénézuéliens. Selon le portail BloombergLinea, le taux d’inflation s’est établi à 556 % sur les 12 mois de l’année 2025, brutal face aux 45 % de l’année 2024.14 Les masses et les travailleurs vénézuéliens continuent de souffrir la faim et la misère, survivant en grande partie grâce aux transferts de fonds de membres de la famille à l’étranger, des fonds qui s’amenuisent de plus en plus par les effets de la dévaluation et de l’inflation. À cela s’ajoute le fait que les services de base comme l’électricité, le gaz, l’eau, la téléphonie et
l’internet progressent dans un processus de privatisation ou de renchérissement et sont une calamité permanente.
A part tout ça, les droits du travail, contractuels et syndicaux, ont été bafoués par des mécanismes comme le Mémorandum 2792 et l’instruction Onapre,15 qui font partie du programme d’ajustement appliqué par le gouvernement de Maduro, baptisé du nom pompeux de « Programme de Récupération et de Réactivation Économique ». Rien de tout cela n’a changé et il est prévu que cela continue ainsi durant le gouvernement de Delcy Rodríguez sous la tutelle de Donald Trump.
Puis il y a encore la violation systématique des libertés démocratiques dont continuent de souffrir les travailleurs vénézuéliens : les prisons vénézuéliennes regorgent de centaines de prisonniers politiques qui subissant isolement, tortures, et violation des droits les plus élémentaires et de toutes les normes et procédures juridiques établies dans la législation. De même, des centaines de dirigeants syndicaux, de délégués chargés d’assurer la sécurité du travail ou de travailleurs sans mandat de représentation sont détenus ou font l’objet de procédures judiciaires ouvertes, uniquement pour avoir protesté en défense de droits du travail non respectés ou pour avoir exprimé une opinion politique. En outre, la majorité des partis d’opposition sont illégalisés ou privés de leurs directions légitimes, le gouvernement en imposant d’autres affines à ses intérêts. Les récentes annonces de libération de prisonniers politiques, faites par le président de l’AN, Jorge Rodríguez, se sont limitées à des prisonniers emblématiques et des dirigeants politiques reconnus, tandis qu’une grande quantité de citoyens ordinaires, arrêtés durant les protestations contre la fraude électorale du 28 octobre 2024, reste derrière les barreaux.
Les réactions du mouvement ouvrier et de masse
La brutale crise économique qui frappe l’économie vénézuélienne depuis au moins 2013 et qui est déchargée sur les épaules des travailleurs et des masses populaires à travers l’ajustement anti-ouvrier et anti-populaire appliqué par le gouvernement du dictateur déposé Nicolás Maduro, maintient les travailleurs et le peuple humble du pays dans des conditions de pauvreté et de misère ; cela, ajouté à la détérioration des services de base tels que les soins de santé, l’éducation, la provision d’électricité et d’eau, augmente la détresse et le désespoir du peuple travailleur vénézuélien.
En outre il y a la politique de livraison des ressources minérales et énergétiques, principalement aux transnationales étasuniennes, chinoises et russes, mais dans une moindre mesure aussi à d’autres ; la corruption grossière du régime chaviste, facteur clé de l’émergence et de l’enrichissement abject de la « bolibourgeoisie » ; l’inégalité sociale générée également par l’enrichissement de la bourgeoisie traditionnelle ;, les salaires misérables ; le despotisme des hiérarques et bureaucrates gouvernementaux. Et il y a les violations continues des libertés démocratiques et des droits humains, sociaux, syndicaux et politiques les plus basiques, propres au caractère dictatorial du régime, auxquels s’ajoute la répression brutale contre le mouvement ouvrier et de masse. Tout cela sont des éléments qui ont contribué à ce que les travailleurs et les masses vénézuéliennes en arrivent majoritairement à la conclusion qu’ils n’avaient rien à défendre au Venezuela. Et ils célèbrent l’intervention impérialiste, la voyant avec des attentes de démocratisation et de revendication sociale.
Le mépris justifié pour le régime dictatorial chaviste et pour sa politique affameuse, corrompue et répressive, fait que les propositions de rejet des attaques du gouvernement étasunien contre le pays et contre l’ingérence de l’impérialisme dans les affaires politiques internes du Venezuela soient perçues comme une défense du régime chaviste détesté. Et cela se manifeste tant chez la majorité de la
population que dans des secteurs syndicaux et politiques qui se revendiquent de gauche et même des
secteurs révolutionnaires. Le fait certain est que la politique d’ajustement, appauvrissante, corrompue et répressive du gouvernement de Maduro et du chavisme n’a fait que jouer un rôle de facilitateur pour les plans interventionnistes et l’immixtion impérialiste, des plans qui se sont développés avec une résistance nulle des masses et même avec une revendication majoritaire de leur part.
Depuis l’aube du samedi 03 janvier 2026, on n’enregistre aucune manifestation de masse dans la rue de manière spontanée et indépendante pour rejeter les attaques militaires yankees, bien que non plus pour les revendiquer (nous croyons que ce dernier point est dû à la peur de la répression et/ou de l’arrestation). Toutefois, les réseaux sociaux de la majorité des citoyens vénézuéliens, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, ont abondé en expressions de célébration.
Aux premières heures de la matinée du jour de l’attaque, des secteurs de l’officialisme ont tenté de mobiliser les dénommés « collectifs » armés, ainsi qu’une partie de leur appareil, tant dans la capitale que dans les principales villes du pays ; cependant, partout, cela n’a pas dépassé quelques centaines de militants et miliciens (groupes de réserve militaire), pour la plupart des salariés d’organismes publics centraux ainsi que des gouvernorats et mairies, qui sont régulièrement utilisés pour alimenter les mobilisations gouvernementales.
Dans l’État d’Aragua, à une heure de Caracas, la gouverneure a convoqué les milices, les abitants des quartiers et les militaires devant la base aérienne de Maracay, qui était un bastion anti-putschiste en 2002. Au fil des heures et dans les jours suivants, des gouverneurs d’États et des maires de plusieurs municipalités du pays ont convoqué quelques mobilisations qui n’ont pas dépassé ce qui a été décrit précédemment. Aucune de ces actions n’a été accompagnée massivement par des travailleurs ou des habitants des secteurs populaires, et il n’y a pas eu de manifestations d’importance sociale ; même les restes de secteurs de base du chavisme ne sont pas sortis de manière significative. Des secteurs de la bureaucratie chaviste ont tenté, par leur discours et par les actions décrites, d’émuler la situation actuelle avec celle survenue en 2002, lors du coup d’État contre le défunt président Hugo Chávez ; cependant, la situation est complètement différente.
Une comparaison nécessaire
Comme on le sait, en 2002, un coup d’État contre celui qui était alors président du Venezuela, Hugo Rafael Chávez Frías, a été mené par un secteur des forces armées vénézuéliennes, allié à la quasi-totalité des partis de l’opposition bourgeoise, des ONG comme SUMATE – dirigée par María Corina Machado avec le soutien financier et politique de George Bush – , des secteurs de gestion de PDVSA, la majorité des grands médias (principalement les grandes chaînes de TV et de stations de radio), Fedecámaras (principal syndicat patronal du pays), d’autres syndicats patronaux et la Centrale des Travailleurs du Venezuela (CTV — la principale centrale syndicale bureaucratique du pays, dirigée alors par le parti Action Démocratique en la personne de Carlos Ortega), et d’autres forces politiques et sociales. Tout cela avait été impulsé et soutenu politiquement, logistiquement et financièrement par l’impérialisme étasunien, sous le gouvernement de George W. Bush, alors président des États-Unis.
Après des semaines de pressions, de marches, de mobilisations massives et de concentrations dans les rues, principalement à Caracas mais aussi dans d’autres villes importantes du pays, le 11 avril, une marche massive d’opposition fut dirigée vers le Palais de Miraflores avec la prétention de l’occuper ; cela a produit des affrontements, à la hauteur de Puente Llaguno, entre des secteurs de la police métropolitaine et des groupes armés alliés au coup d’État en cours, et des secteurs fidèles au
gouvernement qui défendaient le palais, laissant pour résultat un bilan important de blessés et de morts.
Alors que cela se produisait, des secteurs des forces armées liés à la tentative de coup d’État ont enlevé Chávez, le transférant à l’île de la Orchila ; quelques heures plus tard, déjà à l’aube du 12 avril, celui qui était alors général en chef de l’armée, Lucas Rincón Romero, apparaissait dans les médias télévisés annonçant que, au nom du haut commandement militaire vénézuélien, ils avaient demandé sa démission à Chávez et que celui-ci l’avait acceptée.
« Les membres du haut commandement militaire de la République Bolivarienne du Venezuela déplorent les regrettables événements survenus dans la capitale hier. Devant de tels faits, il a été demandé à monsieur le Président de la République la démission de son poste, laquelle il a acceptée. Les membres du haut commandement remettent leurs postes à disposition, lesquels nous remettrons aux officiers désignés par les nouvelles autorités ». (12-04-2002, 03h20, inspecteur général de l’armée Lucas Rincón Romero) .16
Le coup d’État s’était concrétisé. Pedro Carmona Estanga, alors président du syndicat patronal Fedecámaras, fut investi et assermenté président de la République devant le parlement national, où il fit une série d’annonces au pays. Après quelques premières heures de désarroi, les masses travailleuses et populaires du pays commencèrent à réagir ; des secteurs syndicaux, de quartier, populaires, des étudiants, entre autres, commencèrent à occuper les rues des principales villes du pays et à parcourir les quartiers et localités pour expliquer l’invalidité de la prétendue démission de Chávez et appeler les gens dans les rues pour exiger son retour.
De tels appels ont abouti à des mobilisations massives dans les principales villes du pays ; à Caracas, la population des quartiers les plus populeux a occupé le centre de la ville et a entouré les abords du Palais de Miraflores en exigeant le retour de Chávez ; face à cela, la direction chaviste commença à réapparaître et à occuper ses postes de gouvernement ; la troupe et la moyenne et basse officialité se mirent du côté des masses, ne réprimèrent pas, applaudirent et encouragèrent les mobilisations autour du palais ; les hauts officiers fidèles au gouvernement réapparurent et assumèrent le commandement des troupes ; la pression populaire fit fuir en débandade la direction putschiste et ses facteurs alliés du Palais de Miraflores ; à la fin de la journée du 12 avril, Diosdado Cabellon, alors président de l’Assemblée Nationale, fut investi président ; et déjà à l’aube du 13 avril, Chávez fut ramené et réinstallé dans ses fonctions de président de la République.
D’énormes différences existent entre ce moment et l’actuel. A l’époque, nous avions déjà des différences avec Chávez et son gouvernement depuis son élection en 1998. Mais fondamentalement, il était un président légitimement élu et était perçu comme tel par les masses. En outre, en conséquence de cela, il comptait sur un énorme prestige et le soutien du mouvement de masses, majoritairement des secteurs populaires, mais aussi de secteurs de poids considérable dans le mouvement syndical et étudiant. Cela explique les mobilisations massives pour mettre en échec le coup d’État et lui rendre à la présidence.
Rien de tout cela n’arrive avec Maduro aujourd’hui ; au contraire, c’est un président frauduleux qui a été battu lors du dernier processus électoral présidentiel et qui a occupé le poste en méconnaissant la volonté des masses, d’une très large majorité de la population vénézuélienne et des facteurs politiques du pays. Maduro ne bénéficie d’aucun soutien populaire, d’où le fait que les masses et la classe ouvrière ne se mobilisent pas pour sa défense.
Rejet total de l’intervention impérialiste,
aucun soutien politique à Maduro et au régime chaviste
Le rejet que nous exprimons – avec d’autres secteurs d’avant-garde, pour la plupart des organisations de gauche et révolutionnaires – contre l’intervention impérialiste au Venezuela et même contre l’enlèvement de Maduro et de son épouse Cilia Flores, ne peut être confondu avec un soutien politique à l’ égard de celuci-ci. Au contraire, nous dénonçons son caractère pro-patronal, ennemi des travailleurs, dictatorial, corrompu et servile.
Ce que nous défendons, c’est la souveraineté vénézuélienne, qui est attaquée par l’impérialisme étasunien à un niveau de colonialisme infiniment supérieur au servilisme de Maduro envers lui. Nous dénonçons l’enlèvement de Maduro comme un acte d’interventionnisme de la part des États Unis qui s’arrogent le droit de décider des destins politiques du Venezuela et d’imposer des gouvernements dans ce pays ; nous sommes contre cela dans ce pays comme dans n’importe quel pays du monde. Les destins politiques des pays et leurs gouvernements doivent être décidés par leurs propres peuples, les États-Unis n’ont aucun droit ni autorité politique ni morale pour s’en mêler et encore moins par la voie des armes. En conséquence, nous rejetons et dénonçons aussi le pacte collaborationniste pour imposer le gouvernement de Delcy Rodríguez et la tutelle imposée par le gouvernement de Trump sur la direction politique et économique du pays. Nous rejetons la stratégie de l’impérialisme étasunien de réinaugurer la « diplomatie des canonnières », ainsi que ses prétentions coloniales continentales et hémisphériques exposées dans le Document de Sécurité Nationale des États-Unis de 2025.
Une politique et un programme pour affronter les plans impérialistes et le collaborationnisme gouvernemental
Comme nous l’avons dit tout au long de cet article, il existe un pacte de tutelle, de collaborationnisme entre l’impérialisme étasunien et le régime chaviste, désormais avec Delcy Rodríguez à sa tête, qui a transformé le chavisme d’un régime servile ayant des frictions avec l’impérialisme étasunien en un régime totalement collaborationniste avec ce dernier. Cela rend impensable et impossible tout type d’unité politique avec ledit régime pour affronter les plans de l’impérialisme étasunien. Ce pacte découle de l’objectif d’approfondir le pillage de notre pétrole et de nos ressources, ce qui a toujours été l’objectif de Donald Trump, en tant que représentant maximal du principal impérialisme de la planète. De plus, ledit pacte s’inscrit dans une stratégie plus générale d’approfondissement du contrôle politique, géopolitique, économique et militaire de tout le continent latino-américain et de l’hémisphère occidental.
La tâche qui s’impose à nous au Venezuela est donc de construire une large unité d’action avec les secteurs qui s’opposent à l’interventionnisme yankee, à ses prétentions coloniales dans le pays. Et nous nous opposons au régime chaviste, auquel nous n’avons jamais apport le moindre soutien politique, ni lorsqu’il était dirigé par Maduro ni maintenant avec Rodríguez. Nous voulons mettre en échec ces prétentions coloniales, dans le pays comme à l’échelle continentale et hémisphérique.
Nous considérons qu’un programme pour défaire ce pacte et cette politique de l’impérialisme étasunien passe par le rejet catégorique des attaques impérialistes contre le Venezuela et de l’immixtion dans les affaires politiques du pays, en défendant le droit souverain du Venezuela à se donner son propre gouvernement. De même, les récents accords pétroliers qui approfondissent la livraison de notre pétrole et de nos ressources énergétiques par le chavisme aux États-Unis, ainsi que le pillage et la rapine du gouvernement de ce pays impérialiste sur ceux-ci, doivent être rejetés. Il faut
rejeter d’ores et déjà la possible extension de ces accords à d’autres secteurs, comme celui des minerais.
Il faut nationaliser l’industrie pétrolière à 100 %, en mettant fin aux accords d’entreprises mixtes avec les transnationales et en expulsant ces dernières du secteur pétrolier. Dehors Trump et les transnationales du secteur pétrolier.
Le non payement de la dette extérieure doit également être un mot d’ordre central de ce programme, tout comme le rejet de l’intervention de la banque privée étasunienne dans la gestion des ressources et des opérations financières de la nation. Parallèlement à cela, il faut exiger l’augmentation du salaire minimum et des pensions au niveau du panier de base, indexés sur l’augmentation de celui-ci et de l’inflation ; la fin de la bonification du salaire ; ainsi que l’abrogation du mémorandum 2792 et de l’instruction Onapre, et la restitution de tous les droits du travail, contractuels, syndicaux et sociaux bafoués.
Pour la restitution et le respect des libertés démocratiques, politiques et syndicales ; cessation de la répression ; non à la criminalisation de la protestation ouvrière et sociale ; respect du droit de manifester politiquement ; et légalisation des partis et des organisations politiques aujourd’hui proscrits par la dictature.
Libération immédiate et pleine de tous les prisonniers politiques et de tous les activistes syndicaux, sociaux et populaires détenus pour avoir lutté pour la défense de leurs droits ; et liberté pour tous les détenus des protestations des 28, 29 et 30 octobre 2024. Non aux libérations au compte gouttes ni aux mécanismes de porte tournante.17
Des armes pour les travailleurs pour affronter l’agression belliqueuse impérialiste. Non à la colonisation du Venezuela : mettons en échec les prétentions colonisatrices de Donald Trump et de l’impérialisme yankee, dans le pays, en Amérique latine et dans l’hémisphère occidental. Dehors Trump et l’impérialisme yankee du Venezuela et de l’Amérique latine. ____________________
01 Traduit par la LCT, la section de la LIT-QI en Belgique.
<https://litci.org/es/intervencionismo-norteamericano-en-venezuela-control-politico-y-sed-de-petroleo-2> 02 La dernière avait eu lieu fin 1989, plus précisément à partir du 17 décembre 1989, quand des troupes étasuniennes ont occupé le Panama. Après treize jours d’occupation, le président du pays à l’époque, Manuel Noriega, fut capturé, transféré aux États-Unis et jugé pour des faits de trafic de drogues.
03 <https://www.laestrella.com.pa/opinion/columnistas/ee-uu-declara-el-regreso-de-la-doctrina-monroe-IL18643694> 04 <https://revistaopera.operamundi.uol.com.br/2025/12/19/a-nova-estrategia-nacional-de-seguranca-de-trump/> 05 L’incompétence et la trahision expliquent le manque de résistance du Venezuela face aux EE. UU.
<https://noticias.uol.com.br/opiniao/coluna/2026/01/05/incompetencia-e-traicao-explicam-nula-resistencia-da venezuela-aos-eua.htm?utm_source=whatsapp
network&utm_medium=compartilhar_conteudo&utm_campaign=organica&utm_content=geral> 06 ¿Qui alivré Maduro? <https://www.tiempoar.com.ar/ta_article/quien-entrego-a-maduro/ >
07 Ibidem
08 L’incompétence et la trahision expliquent le manque de résistance du Venezuela face aux EE. UU. <https://noticias.uol.com.br/opiniao/coluna/2026/01/05/incompetencia-e-traicao-explicam-nula-resistencia-da venezuela-aos-eua.htm?utm_source=whatsapp
network&utm_medium=compartilhar_conteudo&utm_campaign=organica&utm_content=geral> 09 Venezuela transferirá 50 millones de barriles de petróleo aux EE.UU.
<https://noticias.uol.com.br/internacional/ultimas-noticias/2026/01/06/delcy-entregara-50-milhoes-de-barris-de petroleo-aos-eua-diz-trump.htm?cmpid=copiaecola>
10 PDVSA confirma la negociación con Estados Unidos.
11 < https://www.politico.com/news/2026/01/05/trump-venezuela-oil-fields-00710893>
12 https://t.me/jhormancruznoticias/72751
13 https://serviciodeinformacionpublica.com/
14 L’inflation au Venezuela dépasse 500 % devant la pression accrue de Donald Trump
<https://www.bloomberglinea.com/latinoamerica/venezuela/inflacion-en-venezuela-supera-500-ante-mayor- presion-de-donald-trump/ >
15 Le mémorandum 2792 laisse les mains libres aux patrons publics et privés pour modifier les conditions de travail et éliminer les avantages établis à leur discrétion et selon leur convenance ; de son côté l’instruction Onapre, élaborée par l’Office National du Budget, a réduit la base de calcul pour les primes et les bonifications, laquelle a cessé d’être le salaire effectivement perçu par les travailleurs selon l’échelle salariale, pour devenir le salaire minimum ; elle a également établi des grilles salariales qui tendent à égaliser vers le bas les salaires des travailleurs de l’administration publique.
16 < https://es.wikipedia.org/wiki/Lucas_Rinc%C3%B3n_Romero>
17 Nom donné à la pratique consistant à ce que, au fur et à mesure que certains prisonniers politiques sont libérés, d’autres sont arrêtés.


