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AFRIQUE DU SUD AU-DELÀ DE LA RÉCESSION ÉCONOMIQUE, AU PIRE, CORONAVIRUS

Le gouvernement sud-africain vient d’adopter deux lignes d’assistance. Pour que la bourgeoisie ne se sépare pas, elle a libéré jusqu’à 16,2 milliards de dollars. Pour les travailleurs, 6 versements de 18 USD ont été effectués.

Yves Mwana Mayas

Cesar Neto

Dans la révolution arc-en-ciel, les bourgeois sont sauvés et les pauvres doivent se debrouiller.

L’Afrique du Sud, avec le Nigéria, sont les plus grandes économies d’Afrique subsaharienne. En Amérique latine, nous pouvons comparer avec les économies de l’Argentine et de la Colombie. Le produit intérieur brut de l’Afrique du Sud en 2018 était de 368,3 milliards de dollars. Alors que la Colombie et l’Argentine avaient un PIB de 331,0 et 519,9 milliards de dollars respectivement. Le PIB par habitant était respectivement de 6 374,03 USD, 6 667,79 et 11 683,95 pour l’Afrique du Sud, la Colombie et l’Argentine.

Par conséquent, l’Afrique du Sud et le Nigéria ne devraient pas avoir les images de la faim que nous voyons en Afrique. Même ainsi, la pauvreté est énorme. L’Afrique du Sud a toujours été le pays le plus industrialisé de l’Afrique subsaharienne, ce qui a provoqué (et provoque toujours) de forts courants migratoires en provenance de secteurs pauvres en Afrique. Avec le processus de désindustrialisation et de réduction de l’exploitation minière au cours des dernières décennies, l’Afrique du Sud a vu le taux de chômage, avant la crise des coronavirus, atteindre un nombre astronomique de 35%.

Dans le même temps, la concentration de la richesse est scandaleuse. Seulement 10% de la population possède environ 86% de la richesse du pays, c’est-à-dire que 10% en possèdent 85,6% et les 90% restants en possèdent 14,4%. Parmi ces 10%, les 3 500 personnes les plus riches (0,01% de la population adulte) ont plus de richesse que les 32 millions de personnes les plus pauvres.

Lutter contre la pauvreté ou lutter contre la richesse?

Au cours des deux dernières décennies, nous avons vu plusieurs gouvernements populistes de gauche en Afrique et en particulier en Amérique latine. Tout le monde a parlé de lutter contre la pauvreté et n’a jamais parlé de lutter contre la richesse. Ainsi, les restes du banquet bourgeois étaient distribués aux pauvres et le banquet lui-même continuait d’être contrôlé par la bourgeoisie.

Ces gouvernements ont baptisé leurs gouvernements sous différents noms: BeautifulRevolution, Democratic and PopularGovernment, Rainbow Revolution, donc Chávez, Lula ou Mandela n’a jamais parlé de révolution anticapitaliste.

Dans ce cycle actuel de récession économique mondiale combinée à une crise de coronavirus, la situation de la classe ouvrière dans ces pays est dramatique. La faim au Venezuela dure depuis plus de 3 ans, dans les grandes villes brésiliennes la mort frappe à la porte des maisons des travailleurs et en Afrique du Sud, nous voyons des kilomètres pour aller chercher de la nourriture[1].

Face à la récession économique, le gouvernement de l’ANC fait de généreuses concessions à la bourgeoisie

Face à la récession économique mondiale, les entrepreneurs sont mobilisés de deux manières. D’un côté, ils veulent de l’argent de l’État pour sauver leurs entreprises et de l’autre ils demandent la fin du blocage pour que leurs ouvriers et semi-esclaves puissent produire la richesse dont ils ont besoin.

Le gouvernement Ramaphosa vient de débloquer jusqu’à R300 milliards ou 16,2 milliards de dollars pour «aider les entreprises». Cette «subvention bourgeoise» peut réclamer des entreprises ayant gagné jusqu’à R300 millions ou 16,2 millions de dollars . En ce sens, des entreprises reconnues pour leur puissance économique ont reçu cette aide. Nous pouvons citer, «de grandes entreprises dans un éventail de secteurs ont déposé une demande de sauvetage d’entreprise, notamment l’opérateur de courses de chevaux Phumelela Gaming and Leisure, la société d’aviation du secteur privé Comair et le détaillant Edcon tandis que plus de quatre entreprises formelles sur 10 craignent de ne pas pouvoir pour survivre à la crise, selon une récente enquête de Stats SA [2]«.

Selon le site Internet d’investissement MarketScreener, «Edcon est aux prises avec la dette depuis plusieurs années après que les problèmes dans son activité de crédit en 2014 ont coïncidé avec un ralentissement économique. Bain Capital, qui a pris le contrôle d’Edcon dans le cadre d’un rachat par emprunt en 2007, a cédé des capitaux propres contrôle en 2016 aux créanciers[3] « . Le cas du groupe Edcon est l’un des nombreux cas d’entreprises qui connaissaient déjà des difficultés économiques et qui utilisent le coronavirus et le verrouillage pour obtenir des avantages, récupérer et augmenter leur richesse. Edcon possède deux chaînes de magasins de vêtements Edgars et Jet, emploie 14 000 employés directs et 25 000 travailleurs externalisés.

Les prêts seront accordés par des banques privées et le garant sera l’Etat sud-africain. Et si les groupes économiques ne sont pas en mesure de payer les banques privées? Pas de problème, le gouvernement sud-africain s’est déjà engagé à acheter ces dettes impayables. Ainsi, les entreprises pourront faire défaut et les banques auront la garantie qu’elles n’ont rien perdu, au contraire, en intermédiant les prêts dont elles gagneront leur part.

Les travailleurs et les pauvres: combine vont- ils recevoir?

La pauvreté en Afrique du sud est endémique au point qu’une bonne tranche de la population espère survivre grâce à l’assistance sociale qui du reste ne représente absolument rien si ce n’est pour donner à la bourgeoisie gouvernante un semblant de bonne conscience d’avoir « assister » les plus vulnérables.

En 2016, le Plan national de développement (PND) s’est fixé pour objectif d’éradiquer la pauvreté absolue de 39% des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté à zéro d’ici 2030[4] .

Tito Mboweni, le ministre des Finances a annoncé en février 2019 que dans le 2019/2020, les allocations sociales ont été augmentées comme suit[5]:

–  Personnes âgées (plus de 75 ans): augmentation de R1715 à R1800

– Anciens combattants: de R1715 à R1800

– Personnes avec handicap: de R1695 à R1780

– Enfants adoptifs: de R960 à R1000

– Dépendance aux soins: de R1695 à 1780

– Pension alimentaire pour enfants: de R405 à R425

C’est peut-être de cette manière et à cette vitesse que l’Anc est sûre d’atteindre son objectif 2030[6].

Covid-19 n’a fait qu’empirer une situation qui déjà était intenable. Et le gouvernement, pour venir en aide à toutes ces personnes va donc se montrer très attentif comme il l’a fait avec les compagnies. Seulement, pendant que l’enveloppe pour « sauver  les compagnies en « détresse » était R300 billions, celle pour assister les nombreuses familles directement affectées économiquement par les mesures de confinement n’est que de R50 billions. Cette «assistance» prévoit d’ajouter R500 dans les catégories de subventions et donne R350 (18 $) aux chômeurs.

Alors que le gouvernement s’est porté garant dans le prêt que les compagnies recevront des banques privées et donc disposé à prélever sur la misère de la masse pour couvrir le non remboursement par les compagnies, il n’a pris aucune mesure financière pour garantir le payement de loyer de nombreuses familles amputées de revenu suite au covid-19, si ce n’est de leur demander de trouver un arrangements avec leurs bailleurs pour considérer la somme non payée comme une dette qu’ils payeront après covid-19.

Du coup, après covid-19, beaucoup de familles se retrouveront avec 2, 3, 4 mois de loyer non payerq u’elles s’efforceront de liquider sans assistance. La page covid-19 sera tournée pour le peuple, alors que le gouvernement sera entrain de faire le suivi attentif de son accord avec la bourgeoisie des banquiers au profit de la bourgeoisie des entreprises.

C’est cela le gouvernement du peuple !

Traitement inhumain aux demandeurs d’asile

L’Afrique du sud a constitué pendant deux bonnes décennies une destination pour de nombreux ressortissants des pays africains en quête de refuge ou d’asile. Qu’ils soient qualifiés de réfugiés politiques ou économiques, tous ces expatriés africains sont arrivés convaincus du rêve que leur a vendu la libération de Mandela ; celui pour qui tout africain s’était battu. Ce pays dont la liberté a été retrouvée suite aux efforts de tant d’anonymes étrangers s’est vite reconverti en un cauchemar où les noirs reproduisent sur les autres noirs africains la discrimination et la xénophobie qu’ils ont subi par le passé et vaincues grâce au concours et à la solidarité de ces autres africains aujourd’hui à leur tour en quête de solidarité.

Les vagues répétitives d’attaques xénophobes des années passées ont obligé la plupart d’étrangers africains à  aller vivre dans des quartiers  au-delà de leur bourse. Au point que, quand ils sont sincères, la plupart reconnaissent travailler que pour payer leur loyer qui prend près de 95% de leurs salaires.

En ce moment de confinement, la mesure de soulagement prise par le gouvernement est de permettre aux travailleurs de se faire payer leur UIF( Fonds d’assurance chômage) , coupé mensuellement par l’employeur.

Curieusement, tous les étrangers africains travaillant avec leurs permis d’asile se voient refuser ce droit légal reconnu à tout employé. Il leur est exigé de se présenter avec un passeport ayant un permis de travail avant d’avoir accès à ce sésame.

Le scandale est que le permis d’asile est délivré par le gouvernement et dessus il est clairement écrit que le propriétaire « peut étudier et travailler ». Et c’est avec ce permis qu’ils ont été engagés et mensuellement, comme à tout travailleur, on ponctionne le UIF ; au moment de payer, on exige un tout autre document.

Entretemps, le loyer reste impayé, et les familles sont en rupture de nourriture ! Quelle injustice !

Le capitalisme tue ; mort au capitalisme !

Aujourd’hui plus que hier, au-delà de la pandémie, de la famine tout comme du chômage, c’est le capitalisme qu’il faut combattre et supprimer. Ce système qui créé l’injustice, confisque par des artifices devenus « normalisés » et concentre l’essentiel de la richesse entre les mains de quelques spéculateurs qui, quand cela leur plaît, créent la crise financière, la rareté des produits sur le marché, l’inflation et va même jusqu’à spéculer et se faire du bénéfice sur la santé et la mort des millions d’innocents.

Comment peut-on refinancer à coups des milliards  la bourgeoisie qui s’enrichit de la surexploitation des travailleurs et de leur sous-payement et laisser la masse se partager des miettes et compter sur la charité ?!!

En ce moment, les masses laborieuses veulent et exigent un salaire équitable; les gens s’attendent à une redistribution équitable du revenu national, plutôt que des miettes d’aide programmées pour les maintenir coincés dans le système. Cependant, en ce moment de crise, nous voyons que l’État capitaliste ne regarde que d’un côté et, pour cette raison, il est nécessaire de construire un autre État. Un État gouverné par les travailleurs et sans bourgeois ni hommes d’affaires. Un État au service de l’édification d’une société juste, égalitaire et fraternelle. Une société socialiste.

Pour conclure que la mort de ce capitalisme obsolète est nécessaire, il faut aussi balayer les régimes qui servent de tampons dans la lutte du peuple organisé. Il faut construire une organisation politique où les travailleurs assument leur destin!

Le capitalisme tue, mort au capitalisme!

 

[1] https://twitter.com/ABC/status/1262065356396470272?s=09

[2] https://www.businesslive.co.za/bd/economy/2020-05-12-government-launches-r100bn-covid-19-loan-guarantee-scheme/

[3] https://www.marketscreener.com/PACKAGES-LIMITED-6492802/news/South-African-retailer-Edcon-to-file-for-bankruptcy-protection-30493705/

[4] https://www.vukuzenzele.gov.za/over-17-million-receive-social-grants

[5] https://www.sanews.gov.za/south-africa/increased-allocations-grants-education-and-health

[6] Que pouvez-vous acheter avec cette aide sociale? Un kilo de viande coûte plus de 100 rands. Un paquet de 5 kg de riz coûte 180 et les billets de transport varient entre 10 et 20 rands par voyage ou 20 à 40 par jour, 400 à 800 par mois. De plus, la santé publique est presque nulle et les universités publiques sont payantes.