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Stop au génocide ! Casse immédiate des brevets de vaccins

Cemetery workers in protective clothing maneuver the coffin of 57-year-old Paulo Jose da Silva, who died from the new coronavirus, in Rio de Janeiro, Brazil, Friday, June 5, 2020. According to Monique dos Santos, her stepfather mocked the existence of the virus, didn't use a mask, didn't take care of himself, and wanted to shake hands with everybody. "He didn't believe in it and unfortunately he met this end. It's very sad, but that's the truth," she said. (AP Photo/Leo Correa)

En ce moment, l’impérialisme nous annonce l’avenir : capitalisme avec barbarie. ». C’est ce que nous dénoncions il y a un an face à l’augmentation du nombre de morts et aux attaques contre les travailleurs en pleine pandémie. Beaucoup ont considéré que le « programme d’urgence contre la pandémie et la crise économique », proposé par la LIT-QI était alarmiste ou exagéré, mais l’état actuel des conditions de vie de la majorité du prolétariat dans le monde entier, et particulièrement dans les pays dominés, ne laisse aucun doute : nous sommes face à un génocide !


Ligue Internationale des Travailleurs – QI
12 mars 2021


Le 7 mars 2021, le conteur de covidvax.live marquait 2,28 % de la population mondiale vaccinée. [1] À ce rythme, 70 % de la population (chiffre considéré par l’OMS comme nécessaire pour atteindre une immunité de groupe et surmonter la pandémie) ne serait vaccinée avec deux doses qu’en janvier 2025.

Mais ces chiffres, bien que choquants, ne disent pas tout : ils cachent un facteur essentiel de la réalité, la profonde inégalité du rythme de vaccination entre les pays. Le vaccin est devenu le négoce du siècle. Examinons le graphique qui illustre le rythme d’administration du vaccin dans certains pays et régions.

Alors que le taux de vaccination augmente dans certains pays et régions du monde, comme les États-Unis et l’Europe occidentale, dans la plupart des pays, ce qui augmente réellement, c’est le nombre de décès, produit de l’engrenage meurtrier qui met la vie de la majorité de la population mondiale à la merci d’une poignée d’oligopoles pharmaceutiques et de leurs États.

La ligne presque plate de l’Afrique, en bas du graphique, montre le chemin de la tragédie, mais dans d’autres continents, certains pays qui ont avancé un peu plus dans la vaccination finissent par relever la ligne du graphique sans refléter le véritable état de la région.

Si nous examinons le nombre de morts, nous pouvons nous faire une idée plus réaliste du génocide en cours. Le bond du nombre de décès au Brésil contraste fortement avec la même ligne du graphique ci-dessus qui reflète les progrès de la vaccination aux États-Unis.

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Dans la plupart des pays, les gouvernements assassins, en plus de faire fonctionner les usines et les entreprises (la « nouvelle normalité »), ne garantissent pas les conditions sociales minimales d’isolement, ce qui implique une tendance à augmenter le nombre de contagions. Si l’on ajoute à cela les mutations du virus, qui peuvent rendre les vaccins inefficaces, nous pourrions vivre une catastrophe aux proportions encore plus amples dans la plupart des pays qui n’ont pas accès à la vaccination (voir le graphique sur la dynamique des décès chaque jour par million d’habitants).

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Si les données sur la vaccination mondiale peuvent être considérées comme proches de la réalité, car basées sur des pays dont l’infrastructure étatique permet le contrôle, les statistiques sur les décès sont catégoriquement sous-estimées. Non seulement en raison de l’utilisation politique des chiffres, mais aussi en raison de l’absence absolue de contrôles dans un grand nombre de pays.

Hypocritement, les bourgeoisies de certains pays, soucieuses de leur négoce, utilisent la presse pour réclamer une « vaccination de masse ». Sans paralyser le fonctionnement de leurs entreprises et l’exploitation des travailleurs, elles ne versent que des larmes de crocodile en ce qui concerne l’augmentation des infections et des décès, mais ils ne proposent aucune mesure en ce qui concerne la casse des brevets de vaccins, seul moyen actuel d’augmenter le processus de vaccination.

Un brevet est un enregistrement de la manière de produire quelque chose, de sorte que le titulaire de ce brevet a l’exclusivité de sa production et de sa vente, ou la possibilité de percevoir un « droit de brevet » s’il autorise quelqu’un d’autre à la produire. Ce critère de la propriété privée des brevets et de leurs droits se transforme ainsi en un grand négoce du capitalisme sous le nom de « propriété intellectuelle ».

 

La gestion d’un génocide

La politique des gouvernements des pays subordonnés à l’impérialisme se résume en une gestion de la mort par les conséquences de la faim et du chômage ou par le Covid, tous deux le résultat de la subordination à l’impérialisme.

L’écart entre le nombre croissant de décès dans certains pays et le nombre de personnes vaccinées dans d’autres pourrait commencer à se réduire si les brevets sur les vaccins Covid étaient cassés. C’est-à-dire si les processus de production des vaccins pouvaient être utilisées librement.

La contradiction absolue entre les besoins de l’humanité et les profits, qui signifie une mort lente par la misère et la famine, est accélérée par la pandémie et se transforme maintenant en génocide.

Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), il existe aujourd’hui 200 vaccins expérimentaux en cours de développement, dont plus de 60 sont en phase clinique. Le feu vert donné par l’OMS pour le vaccin de Pfizer a été donné le 31 décembre 2020 et celui d’AstraZeneca/Oxford le 15 février. 2021 Après cela, le vaccin chinois CoronoVac et le vaccin russe Sputnik ont suivi leur propre chemin.

La réalité est que, selon Médecins Sans Frontières (MSF), sur la base d’études de l’Université John Hopkins (USA), les pays impérialistes estiment que seul un cinquième de la population aura accès au vaccin jusqu’en 2022. Un rapport de l’Institut de santé globale de l’université Duke (États-Unis) a noté qu’à la mi-janvier, un groupe de pays à revenu élevé, où vit 16 % de la population mondiale, avait réservé 60 % de l’approvisionnement mondial en vaccins. Cela signifie que ces pays ont réservé beaucoup plus de vaccins que nécessaire pour leur propre population. Selon un rapport de l’ONG One Campaign, ils auraient un « surplus » d’un milliard de doses.

Alors qu’une poignée d’entreprises pharmaceutiques oligopolistiques réalisent des profits fabuleux pour leurs actionnaires, avec des prix inabordables pour la plupart des pays, elles profitent de l’exclusivité dont elles bénéficient actuellement, tandis que des millions de personnes sont condamnées à mort.

La note précitée de Médecins Sans Frontières dénonce : « Nous assistons à un scénario de tensions énormes et de négociations opaques. Jusqu’à présent, le contexte est caractérisé par le fait que les pays qui paient le plus sont ceux qui ont la plus grande partie de leur population vaccinée, et que les sociétés pharmaceutiques opèrent par le biais d’accords d’achat bilatéraux secrets. »

Cette propriété intellectuelle à laquelle nous avons fait référence (son application dans les lois bourgeoises et son coût en paiement de royalties) empêche divers pays, qui ont la capacité technique et l’infrastructure industrielle pour produire au moins certaines des versions de vaccin déjà testées, d’avoir une production de masse répondant aux besoins de la majorité de la population de leurs pays et des autres pays du monde. Ce serait le cas, par exemple, du Brésil et de l’Argentine.

Ces entreprises affirment avoir investi des millions de dollars dans leurs recherches. Mais la réalité est que ce sont les gouvernements des États où ils ont leur siège qui leur accordèrent cet argent (par exemple, ceux des États-Unis et de la Grande-Bretagne), leur donnant un total de 12 milliards de dollars pour le développement de vaccins. En d’autres termes, il s’agit d’argent public et, si l’on va encore plus loin, une partie importante de cet argent provenait de l’exploitation des pays dominés, qui n’ont pour le moment pas accès au vaccin.

Qui plus est, dans les pays où un lent plan de vaccination est en cours, celui-ci est conditionné par la corruption, le copinage et les petites disputes politiques entre factions bourgeoises, comme c’est le cas en Argentine et au Brésil.[2]

En bref, il y a une gestion de classe au service des profits des grands oligopoles pharmaceutiques. Ce qui montre que, malgré les conditions technologiques et productives en place, le capitalisme impérialiste ne parvient pas à empêcher la mort de millions de personnes, des décès qui auraient pu être évité.

Dans le cas de la Chine et de la Russie, tous les sophismes et mensonges selon lesquels il s’agirait de pays non capitalistes tombent à l’eau : ils vendent leurs vaccins sur le marché mondial, tout comme les monopoles occidentaux. Tout au plus, ils proposent un prix inférieur pour disputer le marché.

Ils conservent leurs brevets intacts dans le cadre de la machinerie meurtrière du capitalisme mondial. La Chine, en particulier, utilise cette capacité de production dans le cadre de ce que l’on a appelé « la diplomatie du vaccin », en faisant des dons aux pays où elle souhaite étendre ou maintenir son influence politique.

 

Le Paraguay montre de quoi il s’agit

Samedi dernier, le 6 mars, au Paraguay, il y a eu de grandes manifestations exigeant la démission du président Mario Abdo Benítez en raison du manque de médicaments de base pour maintenir en vie les patients hospitalisés du Covid, une situation dénoncée par les syndicats d’infirmières et les proches des personnes hospitalisées.

Pour tenter de contenir la colère manifestée dans la rue, le président paraguayen licencia quelques ministres, mais cela n’a pas encore arrêté le processus. Selon la presse, l’explosion de la haine de la part de la population, dans un pays qui dispose de 4000 doses de vaccins pour une population de sept millions de personnes, s’explique par une « mauvaise gestion [face à] la pandémie du nouveau coronavirus ».

La « mauvaise gestion » du gouvernement corrompu d’Abdo Benítez n’est pas une caractéristique de cette épidémie seulement au Paraguay. C’est une caractéristique générale des gouvernements bourgeois, et elle est plus évidente dans les pays semi-coloniaux. Il existe une corruption intrinsèque du système dans lequel les « mafias bourgeoises », organisées en partis, volent les budgets de l’État. Ce sont des bourgeoisies de type lumpen qui, séparées des secteurs centraux de l’accumulation capitaliste, ne volent pas seulement l’État par des moyens légaux (privatisations, dette publique, crédits privilégiés), mais également par le vol pur et simple, ou par des activités criminelles. Et la pandémie n’y change rien.

Au Brésil, en plus de cette corruption, le gouvernement de Bolsonaro mise de manière criminelle et consciente sur « l’immunité de groupe » qui pourrait être atteinte lorsqu’un pourcentage élevé de la population a déjà été infectée, même au prix de millions de vies. Le bilan quotidien a déjà dépassé les 2000 morts et atteindra bientôt les 3000, les hôpitaux des grands centres s’étant déjà effondrés.

Si la « mauvaise gestion » est une caractéristique des pays périphériques, on ne peut pas dire non plus que les pays impérialistes soient des exemples de « bonne gestion ». Aux États-Unis, qui, comme nous l’avons vu, disposent d’importants stocks de vaccins achetés, la vaccination est assez chaotique en raison de l’absence d’un système de santé publique centralisé et des profondes différences d’infrastructure et de capacité entre les différents États.

 

La duperie de la « solidarité » européenne

Les gouvernements européens se trouvent dans l’incapacité de contrôler la vaccination et ont de sérieuses difficultés à en réaliser les plans, en raison de leur soumission aux grandes entreprises pharmaceutiques.

Les milliards d’euros « d’aide » sont transférés à chaque pays en fonction de sa puissance économique, et la disparité entre les pays marque alors le contraste. De plus, au sein de chaque État, il y a le contraste entre les gros transferts aux grandes entreprises et les miettes dédiées aux travailleurs et aux PME.

Le caractère fallacieux de la « solidarité européenne », qui se manifeste dans l’achat commun de vaccins, est apparu clairement après le scandale du début de la pandémie (interdiction d’exporter du matériel médical à d’autres pays de l’UE…). L’Allemagne et la France, une fois bien approvisionnés, ne pouvaient pas permettre qu’une partie des pays de l’UE manque de vaccins (ou en achète à la Russie ou à la Chine). Le coup porté à leur autorité et à l’unité de l’UE aurait été dévastateur.

Mais l’harmonie apparente durera tant que la crise sociale ne se déclenche dans la périphérie, et que les impositions de la Commission européenne ne soient révélées au grand jour. Parce que les fonds distribués par la Commission sont le contraire de la solidarité entre les peuples européens. Ce sont des fonds subordonnés aux plans du capitalisme allemand et français et destinés à maintenir et à renforcer la dépendance de la périphérie européenne, en renforçant ses caractéristiques structurelles et sa position subordonnée dans la division européenne du travail. L’énorme endettement avec lequel l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou la Grèce entrèrent dans la pandémie a fortement augmenté tout au long de 2020 et continuera à gonfler en 2021, laissant ces pays aux frais de la BCE et de la Commission européenne.

 

L’urgence de casser les brevets

Mais que ce soit au Paraguay, au Brésil, aux États-Unis ou en Europe, aucun secteur bourgeois ne remet sérieusement en question l’appareil juridique qui protège les immenses profits de ces conglomérats pharmaceutiques : les brevets et leur propriété privée.

Cette contradiction est beaucoup plus profonde dans certains pays périphériques, car le respect des brevets sur les vaccins existants les empêche de les produire en quantité et rapidité suffisantes pour servir l’ensemble de la population. Elle ne profite pas non plus aux travailleurs des pays impérialistes, car ce que leurs gouvernements dépensent aujourd’hui pour les plans de vaccination nationaux devra également être« payé » tôt ou tard par leur travail et l’exploitation…

La soif de gros profits tirés des brevets de services et de fournitures médicales (ajoutée à l’inexistence de véritables systèmes de santé publique ou à la détérioration des systèmes existants) a fait que même la population des pays impérialistes n’était pas à l’abri de contagions massives. Les chiffres relatifs à l’impact de la pandémie aux États-Unis en sont un exemple clair.

Des pays comme le Brésil, l’Argentine ou l’Afrique du Sud, entre autres, ont la capacité industrielle de produire des vaccins en quantité suffisante pour leur population, et d’en envoyer, par exemple, au Paraguay.

Les milliards de dollars que reçoivent les actionnaires des entreprises privées productrices de vaccins commencent déjà à se voir dans les cotisations en bourse et dans la fortune de leurs propriétaires (véritables vampires au milieu de cette catastrophe). Aujourd’hui, l’homme le plus riche de Chine, avec une fortune de 85 milliards de dollars, est Zhong Shanshan, le principal actionnaire de Beijing Wantai Biological Pharmacy Enterprise, fabricant d’un vaccin « privé ». On estime que les bénéfices d’autres entreprises manufacturières, de l’hémisphère occidental, pourraient quadrupler (Moderna) ou doubler (BioNTech) d’ici 2022. [4]

 

Jusqu’à présent, il n’y a que des lamentations

Le débat aux Nations Unies (ONU) concernant la demande d’une « casse d’urgence et provisoire » des brevets, impulsé par l’Afrique du Sud et l’Inde et soutenue par une centaine de pays, a été réduit à une simple lamentation. Les représentants des pays impérialistes et de nombreux gouvernements laquais ont préféré maintenir le génocide actuel. Une preuve de plus que l’ONU existe pour défendre les intérêts de l’impérialisme et non ceux des peuples et des masses du monde.

Nous précisons que nous ne faisons pas référence ici à une mesure socialiste d’expropriation de ces entreprises, ce que nous défendons également avec force. Si la rupture avec l’impérialisme est la seule issue pour le monde semi-colonial, aujourd’hui une mesure simple, la casse des brevets, doit être décrétée immédiatement par les pays avec capacité de production de vaccins et peut contribuer à arrêter le génocide en cours. La mesure que nous proposons est beaucoup plus élémentaire que l’expropriation ; elle ne ferait que restreindre les super-profits d’une poignée de vampires, obtenus actuellement sur des millions de malades et de morts.

Si dans les prochains mois les entreprises pharmaceutiques cassent les brevets, après avoir vu augmenter leurs fortunes de façon obscène, elles seront retenues par l’histoire officielle bourgeoise comme « philanthropiques » et « humanistes ». Mais il sera déjà trop tard pour les morts de la pandémie qui, entre-temps, continueront à augmenter de plus en plus. La casse des brevets devra être imposée de façon immédiate par la mobilisation des masses.

C’est donc un devoir des gouvernements des pays qui pourraient produire massivement des vaccins, comme l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil et l’Inde, de casser unilatéralement les brevets et de commencer à produire les vaccins immédiatement ; et, tant qu’ils ne sont pas produits, de garantir immédiatement l’isolement social avec des subventions pour garantir la vie des travailleurs des villes et de la campagne.

C’est une revendication qui, de toute urgence, doit être reprise par toutes les organisations des travailleurs et des masses de ces pays.

 

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[1] https://ourworldindata.org/covid-vaccinations Chiffres de https://covidvax.live/

 

[2] Sur cette question, voir l’article « Vaccination contre le Covid-19 : entre chaos capitaliste et privilèges de classe », dans https://litci.org/es/64870-2/
Et https://litci.org/fr/programme-durgence-contre-la-pandemie-et-la-crise-economique/ .

 

[3] https://www.nytimes.com/es/2021/02/15/espanol/vacunas-diplomacia.html

 

[4] https://cincodias.elpais.com/cincodias/2020/11/26/companias/1606411859_470807.html