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Italie : après les élections bourgeoises

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Relancer la lutte dans les usines et les places publiques !

Accueillons « chaleureusement » le prochain gouvernement !

Le dimanche 4 mars ont eu lieu les élections législatives italiennes, avec d’amples confirmations des prévisions et des surprises relatives. La première confirmation qui sort des urnes est qu’il n’y a pas encore de projet qui aurait rencontré le consensus majoritaire de la bourgeoisie italienne, de relance du mécanisme d’accumulation du capital italien (que les journaux appellent pudiquement la « sortie de crise », quoiqu’en réalité, cela ne corresponde en rien aux intérêts des travailleurs). Cette bourgeoisie est plus divisée que jamais entre les différents camps : un symptôme de cette division était la loi électorale elle-même, une loi qui semble irrationnelle, écrite dans le but évident de ne faire gagner aucun secteur.

   Voici une déclaration, datée du 8 mars, de la direction du  Parti d’Alternative Communiste (Partito di Alternativa Comunista – PdAC), la section italienne de la LIT-QI.

Plusieurs commentateurs bourgeois attendaient donc la naissance d’une « grande coalition » de gouvernement au lendemain des élections, et voici la première surprise : une grande partie du prolétariat et de la petite bourgeoisie, touchée par les effets de la crise, reconnaissait dans le Parti Démocrate (PD) et Forza Italia deux partis qui, au-delà de la repartition des rôles, avaient géré les politiques antipopulaires des années de crise et les gouvernements « techniques » de Monti ; mais ces partis électoraux ont été sévèrement punis, ce qui rend impossible une coalition qui n’inclut pas la Lega ou le Mouvement 5 étoiles. La coalition du Parti Démocrate a perdu 2,5 millions de voix, une raclée électorale qui semble avoir mis Renzi hors-jeu comme Secrétaire du PD, alors que Forza Italia en perd 2,8 millions. Et quoique cette dernière puisse s’en sortir grâce à l’alliance avec la Lega, Berlusconi est maintenant relégué au rôle de « figure de proue associée » dans le centre-droit.[1] 
La Lega de Salvini augmente son propre score de 4 millions de voix, alors que le Mouvement 5 étoiles en gagne « seulement » 2 millions : ces deux forces sont candidats pour gouverner le pays, bien qu’ils n’aient actuellement pas le nombre de sièges au parlement pour former un gouvernement stable.
La surprise relative (surtout pour ceux qui analysent la politique avec une vision de classe) est l’ouverture de Di Maio à une alliance gouvernementale avec le Parti Démocrate (et avec « ceux qui sont en place » ; en fait, Libre et Egaux a déjà accepté) : les premières déclarations officielles après les élections du dirigeant du Mouvement 5 étoiles étaient toutes orientées pour se faire accepter, en tant que dirigeant responsable, par la bourgeoisie italienne et internationale, ainsi que par le Président Mattarella lui-même, qui devra décider s’il va confier un mandat de gouvernement ou annoncer le retour aux urnes.
Par contre, les déclarations de Salvini restent nettement populistes, en ligne avec ses principales références européennes, Le Pen en particulier : cela pourrait suggérer à Mattarella d’essayer la voie Di Maio, surtout si des secteurs du Parti Démocrate décident de le soutenir dans une éventuelle expérience gouvernementale. Cependant, l’hypothèse de gouvernements techniques n’est pas exclue.
Du côté de la gauche réformiste et centriste (c’est-à-dire semi-réformiste), d’autre part, il n’y a pas de surprise, mais bien la confirmation que les perspectives électorales n’ont aucun avenir : Pouvoir au Peuple – l’expérience qui, selon certains, aurait réveillé la passion des militants et des travailleurs pour la politique – a obtenu la moitié des voix que Rivoluzione civile, déjà en banqueroute, avait obtenues lors des élections législatives précédentes, ou un tiers des voix que la liste Tsipras avait obtenues aux élections européennes l’année suivante (deux listes dirigées par Refondation communiste). Nous ne croyons pas du tout que l’Assemblée nationale, convoquée pour le 18 mars, donnera une nouvelle vie à ce projet – au mieux, elle peut le maintenir en vie artificiellement –, tout simplement parce qu’il est essentiellement impossible de relancer Refondation sans cacher le même vieux projet réformiste derrière une nouvelle phraséologie tout aussi vide.[2] 
Difficile de trouver un adjectif pour décrire la réalité de « Pour une gauche révolutionnaire », le cartel électoral de PCL et SCR.[3] Ce cartel a obtenu quatre fois moins de voix que le seul PCL avait obtenues aux élections de 2013, ce qui soulève de sérieux doutes sur l’état de santé de ces deux partis ; mais au-delà des chiffres (0,08 %), qui de toute façon ont une valeur très marginale pour l’analyse des révolutionnaires, nous posons à nouveau à ces camarades la question que nous avions déjà posée avant le vote : sur quelle base ce front électoral a-t-il été fait ? Les bases nous semblent très peu solides si, peu de temps après le vote, les récriminations commencent sur le choix du nom et du symbole (c’est donc cela les principaux problèmes…). Mais revenons à la question sur le genre de « programme révolutionnaire » qu’ils ont présenté : Bellotti (candidat de la liste à Premier ministre) a revendiqué au cours de la campagne électorale les expériences de certains gouvernements « de gauche », c’est-à-dire la collaboration de classes, comme les gouvernements « progressistes » d’Amérique latine et même le « premier Tsipras », ainsi que des personnalités comme Corbyn et Bernie Sanders (représentants de partis bourgeois). Comme nous l’avons analysé,[4] ce front électoral était l’antithèse de la politique léniniste de l’utilisation des élections pour la propagande du programme révolutionnaire. Cela confirme notre décision de ne pas accepter l’invitation à participer à ce cartel électoral. Après avoir mesuré le manque d’espace pour développer une propagande révolutionnaire visible, en partie à cause des lois antidémocratiques de l’Etat bourgeois, nous avons décidé de ne pas nous présenter aux élections, mais de lancer une campagne en parallèle contre certaines des lois les plus antiouvrières qui ont été approuvées au cours des dernières années.[5]

Pas de réponse à la crise par les urnes. Relançons les combats !

Il est difficile de dire maintenant qui va gouverner l’Italie dans quelques semaines, et un retour aux urnes n’est même pas exclu. Mais une chose est certaine : dans les prochains mois, le gouvernement du pays se trouvera dans une position très faible et délégitimée. (Pensez, par exemple, au ministre de l’Intérieur, Minniti, délégitimé par la défaite de son parti – le PD – et en outre, par sa défaite électorale personnelle.) Dans les prochains mois, n’importe quel gouvernement que les travailleurs auront à affronter sera encore plus faible que le gouvernement de Gentiloni au cours des derniers mois. Il lui sera difficile, par exemple, d’imposer une nouvelle loi antigrève ou d’autres mesures antiouvrières si les travailleurs descendent dans la rue pour s’y opposer. Et c’est la raison pour laquelle le mouvement ouvrier doit reprendre les grandes batailles qu’il menait déjà contre les patrons et leur gouvernement, en commençant par la campagne pour la nationalisation d’Alitalia, la bataille contre la loi du travail et les lois Fornero, sans oublier la lutte des enseignants, des instituteurs et des étudiants contre la « Buona scuola » (bonne école) de Renzi. Ce n’est qu’en commençant par les luttes contre le capitalisme que nous pourrons changer la société pour le mieux, dans l’intérêt des travailleurs.

Parti d’Alternative Communiste
Ligue internationale des travailleurs – Quatrième internationale

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[1] Le Parti Démocrate (Partito Democratico – PD), dirigé par Matteo Renzi, est étiqueté de « centre-gauche ». En est membre Paolo Gentiloni, le Chef du gouvernement sortant, une coalition avec deux autres partis, créés en 2017.
A sa droite se trouvait une coalition électorale de Lega, de Matteo Salvini, et Forza Italia, de Silvio Berlusconi, avec quatre autres formations mineures. Berlusconi dominait la droite jusqu’en 2013, quand Salvini a assumé la direction la Lega Norte (Ligue du Nord) d’Umberto Bosssi, lui a donné une envergure nationale (supprimant l’adjectif Norte) et a poussé son audience à un niveau qui se rapprochait de celle de Forza Italia.
A sa gauche, il y avait Libres et Egaux (Liberi e Uguali – LeU) dirigé par Pietro Grasso, une coalition formée en décembre 2017 à partir de dissidences dans le PD.
Un Mouvement 5 étoiles (Movimento 5 Stelle – M5S) de Beppe Grillo, né en 2009 avec l’idée de la « démocratie directe » (avec Internet…), contre les « partis », se présente finalement à des élections et devient en peu de temps un parti incontournable, le grand favori des élections de 2018 sous la direction de Luigi Di Maio.
[2] Pouvoir au Peuple (Potere al Popolo – PaP) était un cartel électoral promu essentiellement par  Refondation communiste (Partito della Rifondazione Comunista – PRC).Rivoluzione civile était un cartel éphémère des élections législatives italiennes de 2013, qui avait alors obtenu 2,25 % des voix. L’Altra Europa con Tsipras (L’Autre Europe avec Tsipras) était un cartel de gauche lors des élections européennes de 2014, qui dépassait alors de justesse le seuil électoral de 4 % et obtint trois députés.
[3] Pour une gauche révolutionnaire (Per una Sinistra Rivoluzionaria – PuSR) était un cartel électoral constitué par le Parti communiste des travailleurs (Partito comunista dei lavoratori – PCL), de Marco Ferrando, et Gauche, Classe, Révolution (Sinistra Classe Rivoluzione – SCR) de Claudio Bellotti.
[4] Voir l’interview à Ricci qui a fait un exposé sur la situation électorale.
[5] La campagne « Mobilisons-nous pour les stopper ! »

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