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Manifeste politique du 14e Congrès de la LIT-QI

6 septembre 2022

Le 14e Congrès de la Ligue Internationale des Travailleurs, qui s’est réuni en août 2022, a adopté la déclaration qui suit sur la situation politique mondiale. Nous la mettons à la disposition de notre militantisme et de l’avant-garde ouvrière et sociale de tous les pays.

Après la pandémie, qui a fait plus de victimes parmi les masses populaires du monde que la Première Guerre mondiale, la guerre en Ukraine, contre l’agression génocidaire et l’occupation par la Russie, est actuellement l’épicentre de la lutte de classes internationale. Elle a comme protagoniste central la résistance tenace et héroïque du peuple ukrainien, avec le combat en première ligne  -des Défenses Territoriales, constituées principalement de travailleurs et de travailleuses. Cette guerre, produit et expression de la crise de l’ordre impérialiste mondial, approfondit à son tour toutes les contradictions mondiales et aiguise la lutte de classes.

La guerre accélère les confrontations des États-Unis avec la Russie et la Chine, poussant vers une alliance entre ces dernières. En outre, les États-Unis tentent d’imposer leurs conditions à l’Allemagne et à la France et de réorganiser à leur propre avantage leurs relations avec l’Union européenne (UE) et d’autres puissances impérialistes. Ils déclenchent une redoutable course générale aux armements et la militarisation des relations internationales, y compris la menace de guerres locales, dans une dynamique de plus en plus agressive et globale.

La guerre aggrave la crise économique mondiale, alimentée par la crise énergétique et céréalière (qui sera aggravée par l’absence de la prochaine récolte en Ukraine), par l’inflation galopante, et par la crise de la dette, qui touche avec une virulence particulière les pays semi-coloniaux et se combine avec les crises alimentaires, c’est-à-dire la famine, dans les pays les plus vulnérables.

L’urgence climatique s’accentue, exacerbant la catastrophe environnementale et provoquant des effets dramatiques pour des millions de personnes en raison du réchauffement de la planète et de ses conséquences : les sécheresses, les inondations et les migrations climatiques, qui conduisent le monde à des situations de plus en plus irréversibles et augmentent, à leur tour, le risque de nouvelles pandémies.

Le conflit de Taïwan, alimenté par la visite de Nancy Pelosi, reflète l’accentuation de l’affrontement entre les États-Unis et la Chine. Pour cette dernière, l’unification nationale avec Taïwan, vestige de son passé colonial, est essentielle pour affirmer son hégémonie en Asie et donc pour ses propres aspirations mondiales, alors que pour les États-Unis, il est tout aussi primordial d’empêcher une telle unification afin de réaffirmer leur hégémonie mondiale en déclin. C’est pourquoi l’impérialisme américain abandonne clairement la soi-disant « ambiguïté stratégique » de la politique d’une « Chine unique » de Nixon. Le conflit de Taïwan est désormais le point sensible de la confrontation entre les États-Unis et la Chine et pourrait s’aggraver qualitativement si la Chine décidait d’occuper militairement l’île dans les années à venir.

En pleine crise de la division mondiale du travail sur laquelle reposait la soi-disant mondialisation, un organe de presse du capital financier, le Financial Times, évoque deux grands scénarios pour l’économie mondiale : la stagflation, c’est-à-dire une stagnation accompagnée d’inflation, ou, si la stagnation s’accentue, la descente dans une dépression économique générale de portée mondiale. A cela s’ajoute la crise de la dette extérieure et de l’endettement public qui s’annonce dans toute une série de pays semi-coloniaux et qui pourrait même atteindre la périphérie de l’UE, ainsi que la crise de la dette des entreprises (les fameuses entreprises zombies) ; ce qui pourrait déclencher une crise financière. Tout cela confirme la crise du capitalisme, sa crise de rentabilité et son impossibilité, dans les circonstances actuelles, d’inverser la baisse du taux de profit.

Parallèlement au développement des nouvelles technologies, aux tendances à la configuration de blocs économiques régionaux et à la recolonisation, on assiste à un fort recul de pays entiers dans la hiérarchie de l’ordre impérialiste, notamment les grandes semi-colonies industrialisées, comme le Brésil ou la Turquie, ce qui entraîne la désindustrialisation, le chômage, la précarité et le travail informel généralisé. Dans le même paquet, nous trouvons la chute dans l’abîme d’un certain nombre de pays d’Afrique et d’autres continents. Cela provoque des migrations massives qui, en très peu de temps, injectent des dizaines de milliers de travailleurs migrants dans le prolétariat des pays d’accueil, modifiant sa composition et facilitant pour la bourgeoisie une aggravation de la précarité et de la division parmi les travailleurs.

Les conséquences de tout cela pour les travailleurs et les masses populaires des différentes régions du monde sont dévastatrices : de nouvelles vagues d’attaques sur les salaires, la précarité généralisée, la destruction des services publics, une forte dégradation générale des conditions de vie et une augmentation scandaleuse des inégalités. La faim touche non seulement les secteurs les plus appauvris de l’ensemble des pays semi-coloniaux, mais également les pays impérialistes, et elle affecte dramatiquement les pays les plus fragiles. Á cela s’ajoute un processus d’appauvrissement généralisé de secteurs de la petite bourgeoisie, dont une partie se radicalise vers la gauche et une autre alimente les mouvements d’ultra-droite.

Le revers de la médaille est l’augmentation de la répression, les attaques contre les libertés démocratiques, et une augmentation substantielle des oppressions. C’est le cas de l’oppression nationale ; des lois et attaques racistes et xénophobes concentrées contre les travailleurs migrants ; des lois sexistes et des agressions contre les femmes (telles que, en particulier, la récente décision de la Cour suprême des États-Unis) ; et des crimes de haine contre la population LGTBI.

En réponse au besoin du capital d’imposer ses plans de récupération et de surexploitation, et de le faire en aggravant les oppressions et en affrontant les mobilisations de masse contre ces plans et ces oppressions, les régimes se durcissent et l’extrême droite se renforce ; celle-ci atteint les différentes régions de la planète et est devenue l’une des options gouvernementales des différentes bourgeoisies, ce qui accélère la bonapartisation et, en même temps, la déstabilisation des régimes bourgeois qui ont garanti la stabilité bourgeoise pendant des décennies, comme nous le voyons dans le cas de l’UE.

La brutalité des attaques provoque la réponse des masses, avec d’énormes mobilisations comme nous l’avons vu ces dernières années dans des endroits comme le Myanmar, le Soudan, le Chili et la Colombie. Cela s’est manifesté maintenant dans les grands soulèvements populaires semi-insurrectionnels au Sri Lanka et en Équateur ou dans les grèves nationales prolongées au Panama ; et  nous le voyons dans le puissant mouvement de grève actuel en Grande-Bretagne face à l’inflation. Ces mouvements laissent présager dans un avenir proche des processus similaires dans d’autres pays.

Jusqu’à présent, le rôle principal dans la riposte a été joué par la jeunesse précaire et les secteurs opprimés, la participation massive de la classe ouvrière étant diluée dans le mouvement. La réponse de masse au Sri Lanka ou au Panama, ou avant cela au Myanmar, a comporté une participation importante, bien que sporadique, des mouvements de grève de la classe ouvrière, mais celle-ci n’a pas encore joué un rôle de premier plan dans le soulèvement populaire et n’a pas avancé de façon significative dans son auto-organisation démocratique.

Le mouvement de grève britannique, quant à lui, est marqué par une forte radicalisation, des conflits qui ont échappé au contrôle de la bureaucratie syndicale ; et il y a une pression croissante de la base pour une grève générale à l’échelle nationale. Ce mouvement ne s’est toutefois pas encore étendu au continent européen et nous ne savons pas encore quand le mouvement syndical étasunien reprendra sa récente bataille pour les salaires et les droits.

Tous ces processus sont limités par des phénomènes tels que les délocalisations, la désindustrialisation et la fragmentation ouvrière (consentie et concertée avec la bureaucratie syndicale) dans les processus productifs, ce qui entrave l’organisation de la classe telle que nous la connaissions traditionnellement : c’est un défi majeur pour nous.

En tant que révolutionnaires, nous devons nous préparer à un saut substantiel des déséquilibres sociaux et politiques dans les différentes régions du monde, un saut qui provoquera des explosions et, dans certains pays, des situations prérévolutionnaires et révolutionnaires, mais aussi des réponses réactionnaires et même contre-révolutionnaires. Dans cette situation, les partis réformistes, comme celui de Boric et du PC chilien, celui de Petro en Colombie, ou le PT de Lula, sont l’instrument pour détourner et vaincre la mobilisation, ainsi que pour imposer les plans de leurs bourgeoisies, partenaires juniors de l’impérialisme, à partir des gouvernements de collaboration de classes qu’ils président. En réaction aux politiques des gouvernements de Boric, de Petro, et très probablement de Lula, nous pouvons nous attendre à ce que des secteurs de la lutte ouvrière et populaire, en particulier la jeunesse, entrent dans un processus de rupture avec ces gouvernements de collaboration de classes. Ce sera une bataille difficile de les gagner pour la révolution et pour le parti ouvrier et révolutionnaire, dans laquelle nous devrons nous battre non seulement contre le réformisme, mais également contre l’extrême droite.

Dans la lutte pour les revendications les plus profondes des masses, la bataille pour le développement et le renforcement d’un syndicalisme démocratique et combatif, indépendant des patrons et des gouvernements – la bataille pour l’auto-organisation démocratique du mouvement, pour l’autodéfense et l’organisation des secteurs opprimées de la classe ouvrière – joue un rôle essentiel.

Pour l’emploi et les droits fondamentaux du travail , pour l’échelle mobile des salaires, un salaire minimum décent et la stabilité de l’emploi ; pour le non-paiement de la dette ; contre le démantèlement des services publics ; pour les libertés démocratiques et la liberté des personnes emprisonnées pour avoir lutté ; contre la violence à l’égard des femmes et de la population LGTBI, pour le droit à l’avortement et pour des mesures de socialisation du travail domestique ; pour les droits des nationalités opprimées et des peuples autochtones ; pour les droits des migrants ; pour des mesures immédiates face à l’urgence environnementale et en particulier afin d’arrêter le réchauffement climatique dès maintenant, y compris l’expropriation, sous le contrôle des travailleurs et des communautés, des grandes entreprises énergétiques et minières ; pour la destruction des armes nucléaires et des armes de destruction massive et pour la réduction drastique des dépenses militaires ; pour un gouvernement des travailleurs basé sur des conseils ouvriers et du peuple.

La bataille pour retrouver la solidarité internationaliste avec la lutte des travailleurs et des peuples est une tâche essentielle. En tant que LIT-QI, nous nous engageons à donner une continuité et un élan renouvelé à la campagne de solidarité avec la classe ouvrière ukrainienne armée et partisane, qui résiste aujourd’hui à l’invasion et à l’occupation génocidaire de Poutine, et lutte pour sa souveraineté nationale.

La lutte pour gagner la conscience de l’avant-garde militante de la classe ouvrière et des sections opprimées du prolétariat pour le programme de la révolution socialiste devient l’élément clé pour avancer dans la construction de la direction révolutionnaire mondiale, c’est-à-dire la construction de la LIT-QI, comme embryon de la reconstruction de la Quatrième Internationale. C’est ça notre tâche.

Il y a du pain sur la planche !

Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale

Août 2022.

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