Home AFGHANISTAN 20 ans après le 11 septembre

20 ans après le 11 septembre

Cette semaine marque le 20e anniversaire de l’attaque des tours jumelles à New York. Nous allons examiner cet événement et sa signification, puis nous analyserons son rapport avec la situation actuelle en Afghanistan.

Secrétariat international de la LIT-QI, le 10 septembre 2021

Ce jour-là, trois avions commerciaux avec leurs passagers, qui avaient été détournés, ont été dirigés contre des bâtiments du complexe du World Trade Center, dont les célèbres tours jumelles, qui se sont effondrées. Un quatrième avion, présumé se diriger vers le Capitole ou la Maison Blanche, a explosé en plein air après que des passagers se soient rebellés. 3016 personnes sont mortes et plus de 6000 ont été blessées, principalement des travailleurs des entreprises qui y avaient leurs bureaux et des pompiers venus à la rescousse. Les images impressionnantes ont fait le tour du monde. L’administration Bush a attribué l’attentat-suicide à l’organisation Al-Qaïda, dirigée par le millionnaire saoudien Oussama Ben Laden, avec le soutien du régime des talibans, alors au gouvernement en Afghanistan.

À l’époque, de nombreux travailleurs et peuples du monde ont considéré cette attaque avec sympathie, avec le sentiment que l’impérialisme étasunien « goûtait son propre poison », puisqu’il avait envahi, attaqué et bombardé des pays et des peuples à de nombreuses reprises.

Nous partageons ce sentiment anti-impérialiste mais, en même temps, nous affirmons que la LIT-QI « ne partage pas l’utilisation de méthodes terroristes individuelles, d’actions séparées du mouvement des masses. Nous pensons que le moyen de mettre fin à ce système passe par l’action directe de millions de travailleurs ». [1]

En ce sens, nous considérons que, pour les révolutionnaires, la tâche principale au sein des pays impérialistes est de gagner les travailleurs et les masses à soutenir les luttes des peuples opprimés, contre leur propre bourgeoisie impérialiste, comme cela a été le cas aux Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam. En raison de ces caractéristiques, la plupart des victimes étant des travailleurs innocents, cette attaque a eu l’effet inverse et a créé les bases d’un soutien massif pour la récupération politique par Bush.

Le projet du Nouveau Siècle Américain

Car Bush a profité de l’effet politique produit par les attentats et il a obtenu, après le 11 septembre, non seulement le soutien de secteurs centraux de la bourgeoisie impérialiste, mais aussi le soutien populaire à sa politique, qui n’apparaissait plus comme agressive mais comme « nous sommes attaqués et nous devons nous défendre ». Dans ce cadre, il a lancé la « guerre contre le terrorisme », contre ce qu’il a appelé « l’axe du mal » : entre autres, les gouvernements de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie, de la Corée du Nord et de l’Iran.

Le véritable enjeu de la guerre était la réalisation du soi-disant projet du Nouveau Siècle Américain : la nécessité de lancer une offensive militaire dans le monde pour garantir le contrôle sur les ressources naturelles (comme le pétrole) et sur les pays considérés comme géopolitiquement importants pour ce contrôle. L’administration républicaine de Bush a produit un revirement dans la politique que l’impérialisme américain menait depuis sa défaite au Vietnam (se concentrant sur d’autres tactiques pour défendre ses intérêts) et est revenu à la politique agressive de l’après seconde Guerre Mondiale (entre 1950 et 1975).

La « guerre contre le terrorisme »

Le premier épisode de cette guerre a été l’invasion de l’Afghanistan en octobre 2001, avec la participation des troupes de la Grande-Bretagne et d’autres pays impérialistes, pour renverser le gouvernement des talibans (accusés d’avoir aidé les auteurs du 11 septembre). Cette coalition a été appelée la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF). L’étape suivante a été l’invasion de l’Irak en mars 2003 pour renverser le gouvernement de Saddam Hussein (accusé de posséder des « armes de destruction massive »).

Les deux gouvernements ont été facilement renversés, mais l’impérialisme a été contraint de maintenir des occupations militaires permanentes, qui ont dû faire face à des guerres de libération nationale qui lui devenaient de plus en plus défavorables, et qui avançaient objectivement vers sa défaite. Dans cette confrontation, nous avons clairement pris parti pour le peuple afghan, contre l’impérialisme, en suivant les enseignements et les critères de nos maîtres en marxisme (Lénine et Trotsky) pour ce type de guerres.

Dans le cadre de cette position de principe, il était absolument clair pour nous que cette lutte était dirigée par les talibans, une organisation réactionnaire, présentant même des caractéristiques fascistes. C’est pourquoi nous les avons toujours combattus politiquement, bien que nous nous soyons placés dans le même camp militaire de la lutte contre l’impérialisme (tant que la guerre durait).

Le tour d’Obama

Cette dynamique de plus en plus défavorable dans la guerre en Afghanistan (tout comme en Irak) a eu un premier impact aux États-Unis lors des élections présidentielles de 2008, avec la victoire du Démocrate Barack Obama. Le nouveau président a d’abord essayé de « faire monter les enchères » et a même envoyé un contingent de 100 000 soldats étasuniens en Afghanistan, mais cela n’a pas réussi à renverser la vapeur.

C’est le début d’un tournant : le retrait progressif des troupes jusqu’à ce qu’il ne reste qu’environ 10 000 soldats sur la base de Bagram (accompagnés de contingents plus petits de soldats d’autres pays impérialistes). Les objectifs étaient, d’une part, de protéger Kaboul, les institutions centrales du régime fantoche et les quartiers les plus centraux. Et d’autre part, de mener des opérations d’« assassinat ciblé » contre les dirigeants talibans. En fait, la stratégie de retrait était déjà définie.

Obama a donc simultanément promu, équipé avec des armes, entraîné et financé copieusement la construction d’une « armée nationale afghane » capable de soutenir le régime de Kaboul et de contenir les talibans. En théorie, cette armée disposait de 300 000 soldats bien armés et entraînés. Mais cela s’est avéré être un « château de sable » qui s’est effondré lorsque le retrait définitif des troupes impérialistes était déjà irréversible. Surtout à l’intérieur du pays, où ses unités étaient commandées par des chefs de tribus régionaux corrompus, transformés en « seigneurs de guerre ».

L’« effet défaite »

Le projet Bush du Nouveau Siècle Américain et la « guerre contre le terrorisme » avaient été vaincus. Chaque fois que l’impérialisme subit une telle défaite, son impact sur la situation mondiale est très fort. Ce fut le cas, par exemple, après la défaite de la guerre du Vietnam (1975), lorsque le terme « syndrome du Vietnam » est apparu. Ce qui s’est passé aujourd’hui est différent, et peut-être pas de la même ampleur, mais l’« effet de défaite » est similaire.

Qu’est-ce que c’est ? Tout d’abord, il y a l’impact sur l’impérialisme lui-même, qui estime qu’il n’est pas en mesure d’entreprendre une action militaire profonde par crainte des conséquences, qui est beaucoup plus défensif. Il est impossible de comprendre le changement général de la politique internationale de l’administration Obama et le recours privilégié aux tactiques de négociation et à la diplomatie sans les situer dans ce cadre.

Même Donald Trump lui-même a été piégé dans cette réalité, lui qui, par vocation et par personnalité, aurait voulu « sortir en casse-cou ». Il n’a pas pu bombarder la Corée du Nord et il a dû opter pour la « voie chinoise » de la négociation ; il a notoirement échoué dans ses menaces d’envahir le Venezuela ; et c’est lui qui, à la fin de son administration, a commencé à pousser au départ définitif des soldats étasuniens. Il a déclaré : « Après toutes ces années, il est temps de ramener nos gens chez eux », et il a entamé des négociations avec les talibans.

Outre cet affaiblissement de l’impérialisme, toute défaite de ce genre, subie au terme d’une lutte juste, a également un « effet de démonstration » sur les travailleurs et les masses du monde entier : quoiqu’au prix de luttes difficiles, il est possible de vaincre l’impérialisme. Comme le souligne la déclaration antérieure de la LIT-QI : « il est impossible de comprendre la grande poussée révolutionnaire dans le monde arabe et musulman depuis 2011 sans voir qu’elle a été motivée dans une large mesure par la défaite que l’impérialisme subissait déjà objectivement [en Irak et en Afghanistan] ». [1] Depuis lors, ce processus régional et celui des pays individuels ont suivi des cours différents (certains ont même été vaincus). Mais ce cours ultérieur n’enlève rien à l’importance d’alors de cet « effet de démonstration ».

Étant donné cet affaiblissement de l’impérialisme et cet effet de démonstration, nous réaffirmons notre analyse selon laquelle le bilan global de cette défaite de l’impérialisme, avec toutes ses contradictions, est très positif pour les travailleurs et les masses du monde.

L’administration Biden est celle qui finit par effectuer le retrait, et qui en sort affaiblie parce qu’elle en paie le prix politique, une sorte de conséquence atténuée de l’effet de défaite. Certains sondages montrent qu’il serait battu par Trump s’il y avait une élection présidentielle maintenant. Et sa cote de désapprobation a augmenté. [2] En même temps, les médias et les groupes de réflexion impérialistes regorgent d’articles et d’essais polémiques sur la question de savoir si la décision de Biden était correcte ou non : certains tentent de faire un bilan sérieux de la défaite, d’autres se contentent de « présenter la facture ».

Selon nous, l’élément central de la décision de l’administration Biden est la défaite que l’impérialisme étasunien a subie en Afghanistan. Mais cela s’inscrit dans le contexte de deux autres éléments qui ont été identifiés comme les principaux objectifs de son administration : il fallait sortir des « guerres sans fin » (c’est-à-dire celles où elle a été défaite, comme en Afghanistan, ou celles qui n’avaient aucune chance réelle d’avoir un impact, comme en Syrie) pour se concentrer sur la résolution des problèmes politiques, économiques et sociaux à l’échelle nationale (comme les rébellions antiracistes de 2020 et l’impact de la pandémie) et sur la confrontation avec la Chine en politique internationale.

Le triomphe des talibans et la lutte contre le nouveau régime

Il y a une profonde contradiction dans ce que nous avons présenté jusqu’à présent : ce sont les talibans qui ont dirigé le triomphe contre l’occupation impérialiste et qui ont pris le pouvoir, une organisation profondément réactionnaire, aux traits fascistes, qui a déjà dirigé le pays entre 1996 et 2001, alors avec un régime que nous qualifions de « dictature théocratique », avec des lois basées sur une interprétation extrême et intolérante de la charia islamique.

Ces lois étaient durement oppressives et répressives à l’égard des femmes (qui devaient porter obligatoirement la burqa, ne pouvaient pas aller à l’école, et ne pouvaient même pas sortir dans la rue sans la compagnie d’un homme) et des homosexuels. Elles l’étaient également contre les minorités ethniques, religieuses et linguistiques, qui ont subi plusieurs massacres, comme les Hazara.

Le projet des talibans est de réimposer ce régime dictatorial, ce pourquoi, outre le fait que nous n’avons jamais cessé de les dénoncer et de les combattre politiquement, nous nous sommes positionnés dès leur prise de pouvoir comme des ennemis mortels de cette dictature. Nous soutenons et défendons toutes les luttes démocratiques contre leur gouvernement, comme les mobilisations naissantes qui ont commencé à avoir lieu pour la défense des droits.

D’autre part, il y a une situation économique et sociale très difficile dans le pays, surtout à Kaboul, non seulement à cause de la guerre, mais aussi parce que la quasi-totalité du budget de l’État dépendait de l’aide impérialiste. Avec la disparition de cette aide, la circulation de l’argent a été gravement affectée, les banques sont fermées, les prix ont grimpé et il y a des pénuries. Un terrain propice aux explosions sociales, auxquelles les talibans répondront sûrement par la répression.

En même temps, tout indique que ce régime dictatorial des talibans sera au service de la consolidation d’un secteur bourgeois qui s’enrichira en exploitant et en bradant les importantes réserves minérales du pays, jusqu’ici inexploitées, notamment le lithium (un métal mou dont la cote ne cesse de grimper, à cause de son rôle dans les batteries des voitures électriques). Le gouvernement chinois a déjà montré sa volonté d’investir dans cette exploitation, et la pétro-monarchie qatarie soutient fermement les talibans dans une perspective claire de partenariat. Si cette perspective se confirmait, ce serait une raison supplémentaire de combattre ce régime.

Tout cela n’enlève rien à la considération générale selon laquelle il y a eu une défaite de l’impérialisme. Non seulement des États-Unis, mais de tous les pays qui sont intervenus dans cette guerre dans le cadre de l’ISAF, avec des troupes provenant, entre autres, d’Australie, du Danemark, de la France, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, de l’Espagne et de la Turquie[3]. Tous ont été vaincus et ressentent cet impact. Pour nous, l’issue de la guerre représente un appel aux travailleurs et aux peuples du monde à affronter l’impérialisme, en particulier dans les pays dominés et colonisés. Une lutte qui ne doit pas seulement être contre le pillage économique et les plans d’austérité du FMI et de l’UE, mais aussi contre les occupations, les bases militaires et les blocus impérialistes.

Pour que cela se produise et puisse être mené à bien, il est nécessaire que les travailleurs et les peuples prennent cette lutte en main et construisent, au cours de son déroulement, des directions prêtes à la mener jusqu’au bout. La LIT-QI met ses forces au service de cette tâche.

 

Notes :

[1] https://litci.org/es/memoria-nota-sobre-los-atentados-a-las-torres-gemelas-en-2001-2/

[2] https://www.perfil.com/noticias/actualidad/estados-unidos-trump-se-impondria-ajustadamente-a-biden-por-la-presidencia-segun-una-encuesta.phtml

[3] NdT : et de la Belgique…