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+CORONAVIRUS EN RDC: Plus que le virus, c’est le capitalisme qu’il faut combattre !

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Du déni à la panique

En trois semaines, la RDC est passée d’un à 30 cas. Débutée sous le fond du doute et de la polémique alimentée par une communication ratée du ministère de la santé concernant l’identité et l’origine du premier porteur du Coronavirus en RDC, la population n’a pas pris la juste mesure du danger qui la guettait. Ce n’est qu’après la deuxième semaine que finalement une timide sensibilisation a débuté et que les mesures de prévention ont été édictées par le gouvernement.

Entre temps, le virus a eu le temps de  se propager avec une prévalence qui avoisine son début en Italie.

Le comble est que la RDC a eu tout son temps pour observer et comprendre comment les autres pays atteints ou menacés réagissaient ; elle pouvait mieux préparer sa riposte et éviter qu’un seul porteur ne franchisse les postes d’entrée sans se faire repérer. Mais, ce n’est qu’après  la catastrophe et en catastrophe que le gouvernement a réagi.

Un plan de riposte désastreux

Plusieurs éléments peuvent prédire une flambée très préoccupante de la pandémie en RDC et avec des pertes humaines très importantes.  En effet, le plan de riposte déjà tardif mis en place par le gouvernement semble totalement inefficace :

– Des postes frontaliers mal équipés et fermés tardivement au point que la plupart des cas n’ont pas été identifiés à l’entrée du pays, mais plutôt longtemps après leur entrée au pays;

– Un nombre insignifiant de structures d’accueil et d’isolement des malades. Pour une population estimée a près de 14 millions d’habitants à Kinshasa, le gouvernement n’a disposé que 5 hôpitaux et dont les noms, les capacités  et adresses n’ont pas été communiquées jusque là ;

– Des kits respiratoires insuffisants : il est bien connu que l’une de complications majeures de cette pandémie est respiratoire, surtout pour les patients âgés. À ce jour, le système de santé congolais ne disposerait que de 5o kits respiratoires dans tout le pays et pour une population qui avoisine 90 millions d’habitants.  Interviewé, le ministre de la santé n’a pas pu dire avec exactitude où se trouveraient ces fameux kits. Il a simplement promis que le gouvernement allait en ajouter d’autres. Combien? Et quand? Aucune précision;

– le non-isolement de la ville de Kinshasa : alors que la pandémie s’est vite propagée dans la ville de Kinshasa qui a été sa porte d’entrée, le gouvernement n’a pas vite isolé cette agglomération des autres villes et cités. Conséquence: plusieurs personnes ont voyagé de Kinshasa vers différentes provinces sans qu’un contrôle rigoureux ne soit fait à la sortie. Ce qui peut déjà faire craindre une propagation vers l’intérieur du pays où malheureusement, aucune structure de santé n’est capable d’identifier avec précision les cas et les prendre en charge;

– Un budget insuffisant : pour parer à la propagation du virus, le gouvernement n’a disposé que d’une enveloppe de $ 1,800 millions. Sachant que déjà les hôpitaux congolais sont vétustes et manquent de simples  lits et matelas, d’alcool et même d’eau courante. Le personnel est moins expérimenté et mal payé et ces hôpitaux fonctionnent plus avec les frais que paient les malades, car les subventions de l’État sont soit inexistantes soit insuffisantes. On se demande si ce paquet disposé par le gouvernement servira à acheter le matériel pour équiper les hôpitaux existants ou pour ajouter de nouvelles infrastructures adaptées aux spécificités de la pandémie.  Ce fond ne peut en réalité suffire même pour la seule ville de Kinshasa ; et pourtant dans l’arrière-pays, la population parcourt des kilomètres pour avoir accès aux soins de santé primaire ;

– L’asepsie: C’est l’un des moyens de prévention efficace préconisée par l’OMS. Mais à Kinshasa la capitale , ce moyen est déjà inefficace. En effet, la plupart des familles n’ont pas accès à l’eau courante. Là ou il y a des robinets, l’eau ne coule pas à tout moment. D’où, se laver les mains n’est pas une chose très sure pour tous. A la place, les détergents pouvaient aider. Malheureusement, leur coût élevé ne les rend accessibles qu’à une certaine classe;

– Le Confinement: Kinshasa est une ville ou la majeure partie de la population n’a pas d’emploi et donc vit au jour le jour de la débrouille et de petits coups de main. N’ayant pas de revenu mensuel pour faire des provisions de nourriture et, même quand on le peut, il n’y a pas d’électricité pour les conserver. Donc, il n’est pas possible que la population de Kinshasa reste confinée à domicile pour plus de 3 jours. Il faut sortir aller se débrouiller pour avoir de quoi payer la nourriture et le loyer. Sachant que la population ne s’approvisionne pas dans des supermarchés, mais dans des marchés populaires, le contact interpersonnel est donc difficile à éviter  ou à limiter ;

– Le port du masque: contraint de sortir pour survivre, le masque pouvait enfin être la seule mesure palliative. Fort malheureusement, les commerçants véreux ont profité de l’absence des mesures  par le gouvernement pour tripler le prix du masque qui est passé de 30 cents à l’équivalent d’un dollar.  Il y a donc un vrai choix à faire pour la population entre acheter un masque et acheter la nourriture.

Tout ceci mis ensemble, on voit donc que le Coronavirus qui  affiche déjà 30 cas a Kinshasa pourrait vite se répandre et causer plus de dégâts qu’en Italie si les mesures ne sont pas vite augmentées pour le contenir.

Le capitalisme fait le lit de la misère au Congo

Quand on voit ce tableau désastreux de la riposte, on peut se demander comment un pays doté d’autant de potentialités naturelles peut ne pas disposer d’un système de santé structuré?

À un désordre structurel, la cause ne peut être que structurelle. Tout commence quand, vers les années 70, le FMI se met à prêter de l’argent de manière massive aux États. À Mobutu, on prête des milliards à investir dans des projets dont on sait déjà que la rentabilité sera soit faible soit nulle pour le pays. Ces éléphants blancs n’ont pas pu soit fonctionner, soit rembourser le prêt.

C’est alors que vers les années 80, le FMI reviendra avec son fameux “plan d’ajustement structurel” qui finalement est un vrai acte d’arrêt de mort pour les Etats et d’asphyxie des peuples. Il a essentiellement consisté à :

– désaffecter les ressources réservées à la subvention de besoins sociaux de base( éducation, santé,adduction d’eau, salubrité publique, etc.) pour les affecter au remboursement de la dette; une dette exponentielle et même odieuse;

– privatiser les entreprises d’État; ce qui l’a privé d’importantes sources de revenus;

– capitaliser tous les secteurs vitaux. Tout ayant été remis entre les mains du capitalisme financier, alors tout est devenu marchandise plutôt que service et, du coup, les plus démunis se sont vite retrouvés en marge de la société et incapables d’accéder aux services vitaux. Et l’État lui, privé de moyens n’a plus été capable d’élargir ses services au rythme d’une population qui pourtant a énormément augmenté.

Voilà qui justifie finalement cette incapacité structurelle à être prêt à riposter à toute épidémie dans le temps.

Bien sûr qu’il faut ajouter à cela des causes endogènes telles la corruption et une gloutonnerie financière des politiciens et la petite bourgeoise régnante. Mais cela est conjoncturel.

Que faire?

L’incidence de cette pandémie éveille notre conscience et fait appel à la classe ouvrière congolaise et à la masse  à finalement ouvrir l’œil pour effectivement constater que le capitalisme n’a pas pu constituer une réponse à leurs problèmes.

Il faut actuellement exiger du gouvernement, mais surtout de ces centaines d’entreprises qui jour après jour grattent et creusent dans le sol congolais de reverser une part bien importante qui sera uniquement affectée à l’amélioration et la couverture des besoins sociaux de base; tout en sachant que la solution définitive ne passera que par une nationalisation de nos ressources et  entreprises.

Entre temps, plutôt que d’imaginer comment sauver les entreprises de la faillite, l’État devrait réfléchir sur comment obliger les entreprises à sauver ce peuple qui est déjà en danger!

Yves Sangol Mwana Mayas

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