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Collectif « la coupe est pleine »

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Collectif La Coupe est pleine : Conférence de presse, le 10 juin 2014, avec Dirceu Travesso Où en est la situation sociale au Brésil ? Aujourd’hui, le tintamarre médiatique autour de la Coupe du monde s’est calmé, et de nouvelles grèves éclatent. Une conférence de presse tenue à Paris le 10 juin dernier, à la veille de l’ouverture de la Coupe au Brésil, a permis d’appréhender le cadre dans lequel se sont développées et se poursuivent ces mobilisations sociales.

 

Au début de cette conférence de presse qui a été organisée par le collectif La Coupe est pleine, Christian Mahieux, au nom des organisations du collectif, rappelle « que l’objet du collectif est d’organiser, en France, l’information et le soutien aux mouvements sociaux qui se passent actuellement au Brésil dans le contexte de  la préparation et de la Coupe du monde  qui a lieu à partir du 12 juillet. Dans ce cadre là, on a pris un certain nombre d’initiatives dont un rassemblement le 12 juin à 18 h devant l’ambassade du Brésil en soutien aux mouvements sociaux, et notamment aux manifestations importantes qui se dérouleront le même jour au Brésil, et en soutien aux mouvements » comme celui des Sans terre ou celui des Sans logement « sans parler des grèves qui ont lieu dans de nombreuses entreprises », par exemple « celle du métro de São Paulo » qui « a été suspendue hier soir ».  

 

 

Cette conférence  de presse s’est tenue le 10 juin à Paris avec Dirceu Travesso,  l’un des secrétaires nationaux du syndicat brésilien CSP Conlutas, qui a  présenté la situation sociale au Brésil, et les perspectives.

Coupe du monde, industrie du sport et multinationales

Didi : Je pense que la situation que nous sommes en train de vivre au Brésil, qui s’est ouverte l’année dernière, en juin 2013, n’est pas propre au Brésil, mais qu’elle fait partie d’une situation  plus générale au niveau mondial.

Cette situation a donc un double aspect. D’un côté, il y a un processus général et de l’autre il y a la Coupe du monde au Brésil, avec ce qu’elle met en œuvre.

Le fait qu’un gouvernement se mette au service des multinationales, que l’argent public soit investi selon les intérêts des multinationales, avec des détournements d’argent, des phénomènes de corruption,  tout cela résulte d’un projet global qui est celui du secteur financier investi dans l’industrie des loisirs.

Aujourd’hui, il y a de nouvelles méthodes pour soutirer de l’argent des peuples au profit des multinationales.

Ainsi, il y a eu une modification de l’organisation de l’industrie du football. Il ne s’agit plus d’organiser un championnat, de vendre quelques produits, d’organiser des événements ponctuels, non, il s’agit aujourd’hui de remuer des millions et des millions de dollars pour des grands investissements, pour de grands échanges commerciaux et industriels.

La FIFA  a expliqué que  son objectif était de brasser dix milliards de dollars.

Et non seulement elle ne va pas payer un seul dollar d’impôt mais elle va recevoir des aides publiques  de l’État brésilien.

Par exemple, Adidas, pense  extraire  de tout ce processus deux milliards de dollars.

Il faut bien comprendre la dimension de ce qui est en jeu dans cette Coupe au Brésil. Prenons l’exemple du ballon utilisé dans les matchs de la Coupe et qui est changé à chaque match. Ce ballon, qui vaut 400 Réals au Brésil, est fabriqué  par Adidas en  Indonésie.

Or, un travailleur indonésien gagne deux cents vingt Réals par mois, c'est-à-dire qu’il lui faut deux mois de salaire pour pouvoir acheter un tel ballon.

Un autre exemple est celui des stades de foot, dont la construction ou l’aménagement devait initialement coûter 8 milliards de dollars. Aujourd’hui, on parle d’un budget de 25 milliards de dollars.

S’ils disent 25, cela veut dire que c’est beaucoup plus d’argent qui a été investi dans l’aménagement des stades. 

En outre, cet argent devait, pour l’essentiel, venir de capitaux privés. En réalité, les études officielles montrent que 90 % des investissements viennent de fonds publics.

Tout cela fait partie des débats qui se mènent aujourd’hui au Brésil, dans une situation économique qui est la suivante : un pays où la misère populaire est extrêmement forte malgré les apparences d’amélioration globale qui a eu lieu dans le pays. Ainsi, dans l’esprit de la population, tout ce qui a été décidé pour la Coupe du monde, tout cet argent qui devait apporter un standing nouveau, moderne, dans les travaux – un standard FIFA de très  haut niveau – est désormais remis en question.

Ce que voulaient les gens, c’est que, dans leur vie quotidienne, dans l’école, dans la santé, eux aussi obtiennent  le « standard FIFA ».

Et c’et l’inverse qui a lieu. Ils coupent dans tous les budgets, ceux de la santé, de l’école, pour  investir et répondre aux exigences du standard FIFA de la Coupe du monde.

Et le gouvernement utilise n’importe quelle méthode pour satisfaire ces exigences.

Pour construire les stades, pour réaliser les infrastructures, les moyens de transport pour accéder aux stades, 170 000 familles ont été déplacées, expulsées de l’endroit où elles vivaient, avec les méthodes du Brésil, de la police brésilienne dont la culture est celle de la brutalité et de la violence.     Certains disent 250 000 en comptant les familles qui vont être expulsées pour les prochains jeux Olympiques au Brésil (c'est-à-dire  800 000 à un million de personnes au total).

L’appareil répressif au service des multinationales

Cette année, c’est le 50è  anniversaire du coup d’État militaire de 1964, et, de nouveau, on voit l’armée qui patrouille dans les rues, dans les favelas.

Cinquante années après le coup d’État militaire, nous nous retrouvons donc avec un gouvernement  qui utilise l’armée, à nouveau, pour imposer l’ordre dans les favelas, dans les rues, pour garantir ce pour quoi en 1964 l’armée était montée au pouvoir, c'est-à-dire pour garantir les bénéfices des multinationales.

Cette armée intervient dans les déplacements de familles, la répression des manifestations, et dans un contexte où le gouvernement essaie de faire approuver des lois qui remettent en question tous les droits élémentaires du citoyen, avec des tribunaux spéciaux émettant  des jugements rapides sous le chef d’accusation de terrorisme qui a été utilisé contre certains des manifestants.   

Mesurez que cette politique est conduite par un gouvernement dont la Présidente est issue du secteur qui a combattu la dictature, une Présidente qui était, au moment du coup d’État de 64, dans la guérilla, qui a été emprisonnée, torturée. De fait, sur la question d’une loi accusant les manifestants de terrorisme, le gouvernement a dû reculer ; mais, sur l’ensemble de la politique répressive pour imposer l’ordre, pour que la Coupe se tienne, il a maintenu toute sa politique.

La subordination aux intérêts des grandes multinationales, elle va de ces  choses importantes dont je viens de parler, comme la répression, les droits de l’Homme, etc… jusqu’à de  petits faits amusants.  

Par exemple, au Brésil, pour combattre la violence dans le football, entre les spectateurs des matchs, il y a une loi qui interdit la consommation et la vente de boissons alcoolisées.

Mais l’un des sponsors de la Coupe est un fabriquant de bières, ils ont donc changé la loi : durant la Coupe, la vente de bière est autorisée dans les stades. (AB-inBev, trust international belgo-brésilien, est le sponsor officiel de la Coupe du monde 2014. Il est propriétaire de nombreuses marques, dont  la Budweiser, la bière officielle de la compétition).

Cela ressemble à une blague, une plaisanterie, mais en réalité, cela exprime le fond de tout ce que je viens d’expliquer : l’État brésilien se met à genoux, complètement, devant les  multinationales pour que les capitaux puissent opérer.

L’État national, c’est une blague. La plaisanterie, ce n’est pas la bière, la plaisanterie c’est l’État national.

D’un côté, on a donc cette politique de grandes opérations financières qui se poursuit en réalisant ce type de grands événements sportifs.

Et d’un autre côté, on a la résistance des populations face à ces grandes affaires organisées autour de la politique des loisirs, et face aux conséquences que cela a. Cette résistance avait commencé à s’exprimer en Afrique du Sud, elle s’exprime maintenant au Brésil, et va continuer à s’exprimer, par exemple à l’occasion de la Coupe du monde prévue au Qatar.

Mobilisations de juin 2013 : une nouvelle situation s’est ouverte au Brésil

Les mobilisations qui ont eu lieu en  juin 2013 ont réellement changé les rapports de force au sein du Brésil.

Une situation qualitativement nouvelle s’est alors ouverte par la combinaison des premiers éléments de la crise économique, qui touche non seulement le Brésil mais l’ensemble des BRICS  (Indes, etc), avec des événements provocateurs comme la Coupe du monde et les affaires financières. Cela a créé une  indignation et en même temps, contradictoirement, les gens ont senti que l’attention du monde était portée sur leur pays et que cela ouvrait une opportunité pour exprimer ce qu’ils avaient à dire.

Donc, quand nous parlons de solidarité, ce n’est pas une solidarité avec le Brésil et ce qui se passe là bas.

Certes, la solidarité telle que nous l’entendons est bien sûr nécessaire, nous en avons besoin. Mais  il s’agit aussi d’un processus de lutte qui, sur le fond, avec des caractéristiques particulières dans chaque  pays, pose le même type de problème, parce qu’il y a une unité profonde avec les luttes que vous connaissez, contre les coupes dans le budget de l’éducation, de la santé, pour les retraites, etc. Les attaques menées au Brésil pour permettre que les multinationales fassent des bénéfices, vous les connaissez ici aussi : ce sont les coupes qui sont faites dans l’éducation, les retraites, etc. Donc il s’agit d’avoir un débat qui permette de voir l’unité de l’ensemble de ces phénomènes qui sert un même modèle de fonctionnement de l’économie, de la société.

Le processus ouvert au Brésil va continuer, avec les caractéristiques intéressantes de la dernière période. L’année dernière, la caractéristique principale des manifestations était d’être des manifestations de rues dans lesquelles il y avait une immense majorité de la jeunesse, mais des jeunesqui ne partaient pas de  leur lycée, de leur université, mais qui partaient de leur quartier, avec leurs amis, de façon inorganisée, et des manifestations composées aussi de secteurs des classes moyennes déclassées. Il y avait aussi des travailleurs  mais, pareillement, ils ne venaient pas de leur entreprise, en groupes,  mais venaient en famille, et de façon atomisée.

Aujourd’hui, le processus n’est pas le même.

Il n’y a plus ces grandes manifestations de l’année dernière, avec 200 000, 300 000 personnes  manifestants. Pour l’ensemble des villes, on totalisait 2 millions de manifestants. Ces manifestations ont constitué  l’un des processus les plus importants qu’on ait connu jamais au Brésil et ont changé la situation au Brésil.

Mais si aujourd’hui elles paraissent moins nombreuses, les processus sont plus profonds.

Aujourd’hui, se mêle l’insatisfaction générale qui s’était exprimée dans les manifestations de juin 2013, avec la mise en avant de revendications propres, d’insatisfactions particulières, et c’est un processus qui vient de par en bas. Il y a des grèves dans les secteurs les plus divers et dans de  très, très nombreux endroits du Brésil : les professeurs, dans les universités, dans les écoles ; les éboueurs, la construction civile, les chauffeurs d’autobus ; il y a même des grèves de la  police, et dans la jeunesse il y a aujourd’hui des grèves dans les universités, avec un processus qui aujourd’hui passe par l’organisation des travailleurs, des étudiants. Ils s’organisent pour mettre en avant leurs revendications à partir des endroits où  ils travaillent, où ils  étudient.

Tout ce processus va continuer.

Particularités des grèves aujourd’hui

Vous avez été attentifs au développement de la grève du métro à São Paulo, à la violence avec laquelle  le gouvernement  régional de l’État de São Paulo, qui est un gouvernement de droite dirigé par le PSDB,  a traité cette grève.

Nous, nous avons préparé de façon consciente cette grève puisque la direction du syndicat travaille avec la centrale syndicale populaire Conlutas, que je représente ici. La convention collective du métro devait être renouvelée en mai de cette année. Nous avons donc essayé de repousser au maximum les négociations pour qu’elles se rapprochent le plus du moment où s’ouvrait la Coupe du monde.  

La grève a éclaté dans le métro jeudi, mais il y avait, et il y a toujours au Brésil en ce moment, une multitude de grèves avec certaines conquêtes partielles qui sont obtenues.

Il y a certains secteurs qui sont dirigés par des syndicats combattifs mais beaucoup de secteurs qui ont fait grève l’ont fait contre leur direction syndicale. C’est aussi une caractéristique importante de la situation.

Pour que vous compreniez bien les caractéristiques des luttes de réorganisation qui sont en train de se faire, je donne l’exemple des chauffeurs d’autobus, dont la grève a éclaté il y a 15 jours. Il s’agissait de renouveler la convention collective.

Le syndicat a mené les négociations avec la direction des autobus de São Paulo. Il est arrivé à un accord  et il  a convoqué une assemblée pour que l’accord soit validé par la base.

Alors, à 18 h, cette assemblée s’est tenue, avec  2000  travailleurs,  et a accepté  l’accord passé avec le patron. 

Le lendemain matin, les chauffeurs ont pris les autobus, ils les ont sortis des garages, et ils sont partis comme s’ils allaient travailler.

Et alors, ils ont commencé à arrêter leur autobus et à les mettre en lignes dans les avenues de São Paulo.

Ils fermaient les autobus, ils formaient des groupes et ils allaient discuter avec les autres chauffeurs  pour que ceux-ci s’arrêtent aussi. Il s’est formé d’immenses files d’autobus qui  ont bloqué toute la ville : les gens qui devaient prendre l’autobus étaient bloqués, ils ne pouvaient pas monter, et les gens qui étaient en voiture ne pouvaient pas passer parce que les autobus bloquaient la circulation. Cela a été le chaos.

Il y a eu une interview télévisée d’un des chauffeurs, qui est très symbolique  de ce qui s’est passé.

Le journaliste demande au chauffeur : « Pourquoi n’êtes vous pas venu ? Puisque vous étiez contre  la convention collective, pourquoi ne pas être allé à l’assemblée pour voter contre ? » 

Et le chauffeur répond : « Moi, aller à l’assemblée ? Si je vais à l’assemblée, je vais devoir m’affronter à la direction syndicale, elle va même me frapper  ».   

Le journaliste demande alors : « Pourquoi vous n’avez-vous pas utilisé les autobus pour bloquer les dépôts ? Pourquoi  êtes vous sortis dans les rues ? ».

Et le gars répond : « Bon, pensez que dans les dépôts, il va y avoir le patron  et le syndicat  pour  me frapper. Dans la rue, nous sommes entre nous ».

Cette interview est symbolique de ce que nous appelons le processus de réorganisation qui est en train de s’opérer au Brésil. Nous sommes un certain nombre à avoir déjà assisté dans le passé à un phénomène de ce type. Ce fut un phénomène de rébellion par en bas contre les directions syndicales et contre le fonctionnement des partis politiques d’alors ; cela donna lieu à la formation de deux grandes conquêtes organisationnelles que furent la constitution de la centrale unique des travailleurs, la CUT, et la formation du PT (Parti des travailleurs). On ne sait pas, aujourd’hui, comment ni à quoi va aboutir ce processus de confrontation avec la bureaucratie et de réorganisation syndicale et politique, mais cela nous rappelle cette période.


          C’était à quel moment ? 

À la fin des années 70 et au début des années 80.

Pour une mobilisation solidaire en défense des travailleurs licenciés

À partir de là, je fais deux propositions. La première est conjoncturelle, mais a de l’importance.

L’attaque contre la grève des travailleurs du métro de São Paulo est très importante et a un caractère  symbolique  tant pour les patrons et les gouvernements de là bas que pour nous.

Il est évident que s’il y avait une victoire de la grève du métro, et cela à deux jours de l’ouverture de la Coupe du monde, ce serait une incitation au surgissement de grèves partout, y compris parmi les arbitres de la FIFA.

Mais s’ils réussissent à vaincre cette grève, il n’y aura pas d’inversion de la situation ouverte en juin 2013,  mais celle-ci sera contenue pour un temps.

Comme il s’agit, au métro, d’un syndicat très organisé, qui est une référence parmi les quatre plus puissants, il y a là un enjeu  symbolique : soit la victoire,  soit la défaite, et s’ils réussissent à défaire la grève du métro, le plus probable est qu’ils obtiennent une chute du rythme des mobilisations.

Il y a eu des licenciements de plusieurs camarades, des employés du métro, et la grève a été suspendue hier (le 9 juin). Il y a 48 licenciés pour le moment

Demain, le 11 juin, il y a une nouvelle assemblée. Il s’y discutera de la possibilité de faire une grève jeudi,  le jour d’ouverture de la Coupe. Mais une telle grève jeudi est peu probable.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas utiliser ce qui vient de se passer  pour notre campagne de solidarité, pour la ré-intégration des travailleurs expulsés de leur travail par la direction, par le gouvernement provincial.

On va avoir quand même un mois de scénographie de la Coupe dans lequel on pourra avoir des interventions. Il va y avoir des événements qui auront lieu, une campagne pour exiger la réintégration immédiate des licenciés du métro et d’autres éléments d’appui aux revendications.


Cela, c’est l’aspect immédiat,  conjoncturel. Mais il est très important pour la manifestation du 12 juin que vous  allez tenir devant l’ambassade, en plus de la question générale de la Coupe.

Si vous pouvez introduire dans cette manifestation la revendication de la réintégration des licenciés du métro, cela a une importance conjoncturelle très grande.

Une intervenante : Didi, je voulais ajouter quelque chose et nuancer un peu le pronostic. C’est que, dans deux ans, il y aura les Jeux olympiques au Brésil, avec la même méthode que la FIFA, avec les mêmes exploitations, les mêmes contraintes, les mêmes règles, et les brésiliens savent pertinemment comment ça sepasse ailleurs, et je pense que cela va  alimenter l’espoir d’obtenir des revendications sociales.  

Didi : pour être bien précis, peut être que le rythme actuel va un peu diminuer,  mais ça ne renverse pas la situation ouverte  au Brésil, et c’est vrai que dans la perspective des deux ans qui viennent, le processus va s’approfondir. 

Une défaite d’un secteur important peut provoquer un repli momentané mais ne va pas modifier la dynamique générale.

C’est pour ça qu’il faut absolument entourer de solidarité  la conjoncture actuelle, et le processus, effectivement, va continuer ensuite avec la préparation des jeux Olympiques.

Des thèmes  d’agitation générale

Ma seconde proposition, plus générale, concerne les questions de fond, plus structurelles, plus importantes pour le futur. 

Je l’ai dit, ce n’est pas un processus spécifiquement brésilien tant en ce qui concerne  les objectifs de l’impérialisme qu’en ce qui concerne les luttes et les résistances.

Notre rôle est donc de réfléchir à la manière dont on organise un débat entre nous par rapport aux opportunités qui sont en train de s’ouvrir ?

Il y a aujourd’hui  la possibilité de discuter entre nous, sur le plan mondial, de stratégie : la stratégie du modèle capitaliste qui s’exprime par exemple dans l’organisation de la Coupe, dans tout ce système global dont on a discuté ici ; et s’ouvre la possibilité de discuter des rythmes, des formes que cela prend, au Brésil et dans les autres pays.

Une autre intervenante : Il y a un  marché de l’immobilier et du foncier qui se tient tous les ans en France, à Cannes, le MIPIM, qui est le seul marché international sur cette question. Cette année, le Brésil est à l’honneur avec la Russie. Ce n’est pas un hasard : c’est Sotchi et c’est la Coupe du monde. Toutes les multinationales – brésiliennes incluses – étaient là, avec les maquettes qui représentent les quartiers, les transports, etc, et cela s’est vendu comme des petits pains. Ce qui serait bien, c’est qu’on ait des objectifs très concrets pour que, au moment où se tient ce marché, on soit capable de manière solidaire de mener des actions contre ce marché qui conduit à expulser  250 000 familles. 

Un changement dans les consciences

Autre intervenant : quel est l’état de l’opinion publique par rapport à la Coupe du monde ? Est-ce qu’il y a un lien avec les mobilisations dans les secteurs professionnels ?

Didi : J’ai abordé le problème par la question des grèves. Il faut que vous compreniez qu’il y a un changement historique dans la conscience publique, un changement dans les mentalités au Brésil.

Prenons un exemple. Il y a une plaisanterie pour se moquer de l’image que l’on a du Brésil. Ce serait un peuple pauvre, misérable, mais qui est heureux parce qu’on joue au football et qu’on danse. Mais cette année, au moment du carnaval, les éboueurs ont fait une grève en plein milieu du carnaval. Or, d’habitude, les éboueurs, à la fin du défilé du carnaval, ils nettoyaient le sambodrome en dansant. Cette année ils ont profité du carnaval pour faire la grève, non pourdanser.

Cet exemple, et tout ce qui est ainsi en train de se passer par rapport à la Coupe du monde,  c’est l’expression  d’un changement dans les consciences.

Même si il n’y n’a pas une conscience claire des objectifs de lutte, c’est ce changement dans la conscience qui fait que les luttes peuvent tenir aujourd’hui, et se développer, parce qu’elles reçoivent l’appui  de l’opinion publique.

La bronca contre la loi  gouvernementale, la colère contre les gouvernements (fédéral et des États),  le scandale que représentent les investissements pour les stades, etc., tout cela a créé cette conscience  qui fait que, ensuite, il y a un appui aux luttes.

Ainsi, la grève des gens du métro  affecte brutalement  la population  de São Paulo, mais  70% de la population appuie la grève.

Une violente campagne des médias a été menée contre les grévistes et, néanmoins, les gens disent : « Je ne peux pas travailler, je suis emmerdé, mais  j’appuie la grève ». 70% de la population de São Paulo !

Concernant l’aspect structurel, et l’agitation générale que nous pouvons mener, comment pouvons nous transformer cette compréhension que nous avons en conscience concrète, en projets, en initiatives ? Par exemple contre le fait que le Brésil vendrait des terres, des immeubles, etc. ?

Pour des campagnes mondiales face à des questions mondiales

Le problème c’est le modèle, le système économique. Par exemple, les multinationales brésiliennes sont elles même  liées à d’autres capitaux. Ainsi la Petrobras, dans le pétrole, est en grande partie privatisée, investie par des capitaux étrangers ; c’est donc un modèle multinational, c’est par rapport à ce modèle qu’il faut discuter.

Une intervenante : ce sont les multinationales qui vendent au MIPIM

Autre  intervenant : non, ce ne sont pas les multinationales, ce sont les pouvoirs publics, c’est l’État, ce sont les régions ; des terrains publics sont vendus aux grands promoteurs mondiaux, internationaux qui viennent faire leur marché, au Miti  acheter des terrains publics des pays du monde entier. 

Didi : Prenons un autre exemple, celui du métro. Il y a des projets pour réorganiser les déplacements dans les villes, avec de grands chantiers, y compris au Brésil, avec Alsthom. Alsthom avait  formé un cartel avec Siemens,  des groupes japonais, canadien, et un groupe espagnol, et ils négociaient entre eux quand il y avait un marché, de façon à présenter les prix les plus élevés possibles. Ce type d’accord existe, on le sait.

Ce qui est nouveau, c’est que l’entreprise qui a dénoncé ce cartel à la justice du Brésil, tout en étant elle-même impliquée, c’est Siemens. En fournissant des documents qui prouvent la formation de ce cartel, Siemens a eu la garantie qu’elle échapperait à la répression.

Et l’entreprise qui a été la plus impliquée, c’est Alsthom. Il est ainsi possible de mener une campagne mondiale pour dénoncer une telle corruption

Nous pouvons donc prendre trois, quatre, ou cinq questions ayant un caractère mondial et pouvant se traduire par des campagnes mondiales.

Prenons, par exemple la grève des cheminots qui a lieu en ce moment. Elle pose une question qui nous concerne tous, celle de la privatisation. La vérité, c’est que la privatisation est à l’origine de tout ce qui est en train de se passer pour les transports, dans le monde. Cette grève se fait dans un contexte où la  privatisation des transports est organisée à l’échelle du monde. Donc, dans une grève comme celle qui a lieu aujourd’hui en France, comment dégager concrètement des thèmes qui permettent de dénoncer comment fonctionne le monde aujourd’hui ? Comment pouvons-nous, à partir d’ancrages nationaux très concrets, engager des campagnes ; comment pouvons nous, mondialement, organiser et alimenter de telles campagnes, par exemple sur le fait que, aujourd’hui, les  multinationales  veulent privatiser l’ensemble du système des transports ?  C’est de cela dont on a maintenant l’opportunité de discuter.

 

L’intervention se poursuit par des échanges, et s’achève par l’annonce des initiatives prévues, en particulier le rassemblement devant l’ambassade le 12 juin, une réunion publique le 23 juin à la Bourse du travail, ainsi qu’une « coupe alternative » organisée parSortir du colonialisme.

Au  delà, l’activité de mobilisation pourra se poursuivre, dans la perspective des prochains jeux olympiques notamment.

 

Traduction faite à l’oral par Jean Puyade. Transcription et mise au point faites  par L’insurgé.



Collectif La Coupe est pleine : Conférence de presse, le 10 juin 2014, avec Dirceu Travesso



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