sam Mar 02, 2024
samedi, mars 2, 2024

Visite du roi Charles III en France : Pendant qu’ils se délectaient de homard à Versailles, nous mastiquions laborieusement du boulgour en cellule

Le communiqué qui est présenté ci-dessous a été écrit par des camarades du CAIII (Comité d’Action Interprofessionnel et Intergénérationnel d’Issy-les-Moulineaux), un groupe militant qui s’est formé dans le cadre de la lutte de la TIRU 92, c’est-à-dire de l’incinérateur de déchets d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Le CAIII porte plusieurs combats simultanément : pour relancer la lutte contre la réforme des retraites de Macron, avec en particulier la campagne « Ne Tournons pas la Page » ; contre la répression policière et judiciaire brutale voulue par la Macronie face à la révolte qui a secoué les quartiers populaires suite à l’assassinat à Nanterre (Hauts-de-Seine) de Nahel, 17 ans ; contre le SNU (Service National Universel) ; ou encore contre la montée des menaces fascistes, comme on a pu le remarquer pendant la dernière à Paris et ailleurs en France.

Le 20 septembre, Charles III arrivait à Paris et était accueilli avec un faste indécent et une débauche de symboles rétrogrades – à commencer par le choix d’un diner de gala à l’intérieur même du Château de Versailles, dans la célèbre Galerie des Glaces – par un locataire de l’Élysée qui se verrait bien dans la peau d’un Louis XIV mais pourrait plus facilement finir comme Louis XVI, tant il fait l’objet d’une haine massive et inextinguible de la part d’une majorité des classes populaires. Les huées immenses que le Président-apprenti-roitelet a dû récemment subir au Stade de France, lors de l’ouverture de la Coupe du Monde de rugby, n’en sont que l’une des dernières illustrations. Grand luxe et dépenses inconsidérées pour les « grands de ce monde », arrestations arbitraires et garde à vue illégale pour celles et ceux qui osaient d’approcher – de loin – de l’engeance royale et élyséenne, c’est ce que décrit le communiqué ci-dessous.

Par: Michaël Lenoir, le 30 septembre 2023

Après avoir annulé sa visite prévue fin mars en raison de la mobilisation contre la réforme des retraites, le roi d’Angleterre est finalement venu en France la semaine dernière. Pendant trois jours, des dépenses colossales se sont multipliées de Paris à Bordeaux en passant par Versailles, où 180 célébrités, banquiers, vendeurs d’armes et autres milliardaires ont savouré homard bleu et macarons à la rose, arrosés de grand crus dépassant les 2000€ la bouteille. Le tout en pleine crise sociale, alors que les gueux galèrent pour se nourrir, se loger et se chauffer.

Plus de 150 personnes ont participé au dîner d’Etat en l’honneur de Charles III, à Versailles le 20 septembre 2023 © Daniel LEAL / POOL / AFP

Une arrestation préventive

Mercredi 20 septembre, en début d’après-midi, Macron et le roi devaient descendre les Champs Élysées après une cérémonie militaire au pied de l’Arc de Triomphe. Trois de nos camarades ont tenté de s’approcher pour accueillir les souverains et rappeler que le climat social ne s’est en rien apaisé depuis mars.

Avant d’avoir pu apercevoir la moindre tête couronnée, à bonne distance du parcours des « grands », iels ont été arrêté.e.s par l’énorme dispositif policier, contrôlé.e.s, fouillé.e.s et verbalisé.e.s d’une amende de 135€ pour « participation à une manifestation interdite ». Puis iels ont été placé.e.s en garde à vue. Motif ? Outrage à personne dépositaire de l’autorité publique en réunion. Arme du crime ? Une banderole portant l’inscription « All Kings Are Bastards », accompagnée des visages de Charles III et Emmanuel 0.

Nos camarades ont passé 21h dans une geôle parisienne, pour une banderole roulée au fond d’un sac qui n’a même pas eu l’occasion d’être déployée. Le soir, alors que les puissants faisaient bombance dans la Galerie des Glaces, iels ont mangé du boulgour mal cuit dans des cellules sentant l’urine. S’iels ont heureusement pu voir leurs avocat.e.s, après avoir été interrogé.e.s à une heure tardive par un officier de police judiciaire, iels ont dormi sur de minces matelas en plastique à même le béton, avec pour seule alternative au froid des couvertures à la propreté douteuse. Le tout accompagné de quelques railleries de certains policiers, qui les ont notamment qualifié.e.s d’« animaux ».

« C’est pas la Corée du Nord ici »

Pendant qu’il scannait ses empreintes digitales pour les ficher, un agent de police scientifique narguait un.e de nos camarades: « tout ce qu’on fait ici c’est inscrit dans la loi, vous savez. La France c’est un état de droit, pas une monarchie. Depuis le 4 août 1789, ça vous dit quelque chose cette date ? C’est pas la Corée du Nord ici. »

N’en déplaise à ce policier, ces membres du CAIII ont été arrêté.e.s de façon préventive pour les empêcher de diffuser leurs idées. C’est pourtant une liberté fondamentale garantie par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, et un acquis de la Révolution Française. 

La même semaine, Ariane Lavrilleux, journaliste de Disclose, était perquisitionnée et placée en garde à vue par la DGSI pour son travail d’enquête sur une opération militaire française en Égypte, suite à laquelle une plainte a été déposée contre la France pour « complicité de crime contre l’humanité ». Le lendemain, ce sont trois journalistes de Libération qui sont convoqués par la police suite à une série d’articles sur le meurtre d’Amine Leknoune par un policier, et se sont vus accusés notamment de « violation du secret de l’instruction » et de « diffamation publique à raison de la fonction de dépositaire de l’autorité publique ». En juin dernier, un photojournaliste qui avait couvert une action de désobéissance civile contre le cimentier Lafarge avait lui aussi été mis en examen pour « association de malfaiteurs ».

Ces attaques contre la liberté de la presse et la liberté d’expression ne sont pas des cas isolés. Le 6 septembre, le dirigeant syndical Sébastien Menesplier était convoqué par la gendarmerie, du fait des grèves des énergéticiens pendant le conflit contre la réforme des retraites. Ce sont des centaines de syndicalistes qui sont confrontés à la répression de l’état et de leur employeur pendant ce conflit. Le 10 septembre, suite aux sifflets qui ont accompagné le discours de Macron lors de l’ouverture de la coupe du monde de Rugby, un député de la majorité a proposé l’interdiction des grèves pendant les grands événements sportifs. Nous n’oublions pas que Macron, pour couper cours au soulèvement de la jeunesse cet été, a également déployé l’armée, le GIGN et le RAID. Nous n’oublions pas non plus la procédure de dissolution engagée contre les Soulèvements de la Terre, la répression violente des manifestations de Sainte-Soline et de la réforme des retraites, les interdictions à répétition de manifestations contre le racisme début juillet. Oui, en France, il y a comme un avant-goût de contre-révolution pétainiste.

Unité pour la défense des libertés démocratiques

Nos camarades sont sorti.e.s du commissariat le lendemain midi avec un « classement sans suite ». La police et la justice n’avaient donc rien à leur reprocher. Iels ont bien été arrêté.e.s dans le seul but de les empêcher de manifester, pendant 21h, et de les intimider. 21h de leur vie ont été volées, pour rien. Heureusement, iels sont unanimes : cette nouvelle expérience répressive les a confortés dans leur conviction qu’il faut continuer de se mobiliser contre Macron, son monde et sa politique.

Le CAIII considère que la démocratie est en danger, aujourd’hui, en 2023. Il y a urgence à ce que les défenseurs des droits de l’homme, les militants écologistes, les associations, les syndicats, les partis politiques se réclamant du mouvement ouvrier mènent une campagne commune, et permanente, de mobilisation en faveur de la défense des droits de l’homme et des libertés démocratiques. Nous devons lutter à la fois contre les réformes anti-sociales de Macron et les remises en cause des libertés fondamentales. Les deux vont de pair. Elles exigent l’unité.




Le communiqué du CAIII envoyé aux réseaux sociaux.

Ces articles peuvent vous intéresser

Découvrez d'autres balises

Artigos mais populares