sam Juil 20, 2024
samedi, juillet 20, 2024

VIOLENCES POLICIERES ET JUDICIAIRES :

TEMOIGNAGES DEPUIS UNE SALLE D’AUDIENCE

Le tract qui est présenté ci-dessous a été écrit par des camarades du groupe militant qui s’est formé autour de la lutte de la TIRU 92, c’est-à-dire de la grève de l’incinérateur de déchets d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Ce groupe militant porte le nom de CAIII (Comité d’Action Interprofessionnel et Intergénérationnel d’Issy-les-Moulineaux). Il est très impliqué, notamment, dans la lutte contre la réforme des retraites, ainsi que dans le combat contre la répression policière et judiciaire brutale voulue par la Macronie face à la révolte des quartiers populaires qui a fait suite à l’assassinat à Nanterre (Hauts-de-Seine) de Nahel, 17 ans.

Ces combats se situent dans le cadre d’un régime à l’autoritarisme croissant, multipliant les textes de lois liberticides et les mesures visant à museler les droits démocratiques (avec notamment des interdictions de manifestations de plus en plus fréquentes). Cet État dirigé par la Macronie revêt la forme hideuse d’un État policier de moins en moins masqué, accompagné par des éléments de fascisation toujours plus nombreux, dans la police et dans les médias notamment. Notons trois faits très récents pour l’illustrer.

Premier fait : des secteurs entiers de l’appareil policier, notamment les syndicats Alliance et SGP-FO, défendent dans les faits le droit de tuer pour les flics, afin que ces derniers, déjà très chouchoutés par le régime, ne risquent plus quoi que ce soit. Dans le cas de Hedi, à Marseille, évoqué dans le tract des camarades du CAIII, on a même vu un spectacle extrêmement choquant : des flics ont formé une haie d’honneur et lancé des slogans solidaires à destination de leurs collègues de la BAC (Brigade Anticriminalité) mis en examen, alors que tout indique que ces brutes ont grièvement blessé au flash-ball, puis passé à tabac et laissé pour mort le jeune Hedi (avec quand même 150 jours d’arrêt de travail à la clé), un garçon qui n’avait rien à voir avec les émeutes, et qui n’avait eu que le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment avec un copain! Certains secteurs de la police virent ainsi à la milice fasciste !

Deuxième fait abject récent : juste après l’assassinat de Nahel, on a assisté à la montée en flèche de la « cagnotte de la honte ». Le flic qui a tiré sur Nahel à bout portant a été gratifié d’une caisse de solidarité initiée par le haut fonctionnaire, homme politique et polémiste d’extrême droite Jean Messiha. Cette cagnotte – censée être destinée à la famille du policier de Nanterre, « qui a fait son travail et qui paie aujourd’hui le prix fort » – selon l’initiateur, a rapidement dépassé 1,6 million d’euros avant d’être clôturée le 4 juillet. Une grosse prime à l’assassinat, en fait ! La famille de Nahel a déposé une plainte[1] et une enquête est en cours.

Jean Messiha, organisateur de la cagnotte de la honte. Photo : MAXPPP – Alexis Sciard. Source : L’Indépendant (20/07/2023)

Troisième fait, toujours d’actualité : le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré est présent notamment dans la télévision (Canal+, CNews, C8), la radio (Europe 1, RFM et Virgin Radio) et la presse écrite (les torchons « people » Voici et Gala, le magazine Capital, et plus récemment Paris-Match et le JDD (Journal du Dimanche). La rédaction de ce dernier hebdomadaire, une feuille de chou bourgeoise traditionnelle, est en grève presque totale depuis près d’un mois contre la nomination par Bolloré d’un nouveau rédacteur en chef : Geoffroy Lejeune, ancien directeur de la rédaction de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs Actuelles…

Dans ce vilain contexte, la Justice bourgeoise joue aussi sa partition brutalement réactionnaire, c’est ce qui ressort aussi du témoignage apporté par le tract publié ci-dessous.

Michaël Lenoir, le 22 juillet 2023

Suite à l’exécution de Nahel :

Tous les procès sont politiques !

Issy, jeudi 20 juillet 2023, 14h

L’appareil d’état s’est abattu lourdement et massivement, en employant des méthodes policières, militaires et judiciaires de l’anti-terrorisme, contre des jeunes utilisant… des feux d’artifice !

Le maintien de l’ordre républicain :

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés

Voilà comment « l’ordre républicain » a été rétabli : Le 30 juin, à Mont Saint-Martin, Aimène, agent de sécurité de 25 ans, alors qu’il est en voiture, se prend une bean bag du RAID en pleine tête. Depuis il est dans le coma. Le 1er juillet, à Marseille, Hedi reçoit un tir de LBD lui-aussi en pleine tête, et se fait tabasser par les policiers. Il est laissé pour mort, dans le coma. Il en sortira miraculeusement. Le même soir, Mohammed, livreur de 27 ans, s’est fait tuer par la police par un tir de LBD dans le torse. Cinq personnes ont également perdu un œil : deux à Nanterre, une à Saint-Denis, une à Angers, une aux Ulis. Aucun d’entre eux ne semble avoir participé aux émeutes.

Pour rappel, au cours du soulèvement de la jeunesse et de leurs soutiens, il y a eu plus de 3000 interpellations. Mercredi 19 juillet, 1278 jugements avaient déjà eu lieu, ayant abouti à 1056 condamnations à une peine de prison, de 8 mois en moyenne. Plus de 600 jeunes en prison suite à leur soulèvement, voilà un bilan partiel de la situation. Les effectifs des prisons françaises ont grossi de 600 prisonniers politiques. 

Derrière ceux qui se soulèvent, il y a tous les autres

Et la justice crie « Haro sur les pauvres ! »

Ce mercredi, nous nous sommes rendus au tribunal judiciaire de Paris, afin d’assister au report de procès de personnes s’étant soulevées. Nous n’avons pas pu réussi à les retrouver. Mais nous avons à nouveau vu la machine judiciaire broyer des vies. Trois juges blancs et deux procureurs blancs, face une dizaine de racisés dans le box des accusés.

Un jeune algérien au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes. Il est venu en France pour avoir une vie meilleure. Le 26 mai, un égyptien de 56 ans y avait été retrouvé mort. Depuis, la situation est tendue. Il y a quelques jours, il y a eu un début d’émeutes au CRA. Un incendie commence dans la cour. La police tape dans le tas, gaze, se jette sur un gars, le menotte. Les policiers l’accusent de provoquer l’incendie, l’émeute et l’accusent d’outrage. Un témoignage d’un policier dit que le jeune ne les a pas insultés. Les caméras de surveillance ne montrent pas sa culpabilité. Le jeune ne demande qu’à rentrer dans son pays. Le CRA « c’est l’enfer ». Verdict ? Sur l’incendie, « bénéfice du doute », mais pour l’outrage : le juge tranche avec 6 mois de prison. Et 300 euros pour le policier. La victime est coupable de… séjourner dans une prison pour sans-papier, et d’être désigné à la vindicte par des policiers. Parce que tu es en CRA aujourd’hui, tu iras en prison demain !

Un jeune arabe sans papier. Il bosse au noir. Logement contre service : il s’occupe d’une personne hémiplégique (ménage, repas…). Il fait un boulot que personne ne veut. Il a eu le malheur de se bagarrer avec un autre gars qui lui devait de l’argent. Il y avait de nombreux témoins au moment de la bagarre, les faits ne sont pas clairs, mais l’enquête est bâclée et les juges se fichent de savoir ce qu’il s’est vraiment passé. Une juge : « Vous êtes en France depuis 4 ans et vous ne parlez pas français, il faudrait faire un effort ». Verdict ? 6 mois de prison. Au terme desquels, n’ayant pas de papiers, il sera surement enfermé en CRA, puis expulsé. A quoi bon le mettre en prison ?

Un jeune noir se balade sur les Champs-Élysées. Soudain on l’attaque par derrière, on lui met une balayette, il chute au sol, se fait mal. Par qui vient-il d’être agressé ? Sept hommes blancs. Métier ?  Policier ! Ils se jettent sur lui, lui mettent des coups, lui arrachent ses vêtements, il se retrouve à poil sur les Champs ! Ils sont à la recherche de drogue. Ils ne trouvent évidemment rien. Ils l’arrêtent pour « outrage et rébellion » alors qu’il a réagi par peur. Les policiers reconnaissent avoir été virulents. Il a la jambe en très mauvais état. L’enquête retiendra qu’ils l’ont confondu avec un autre noir. Le jeune homme a été mis sous écrou en attendant sa comparution devant le juge. Comme de nombreuses personnes passant en procès, il est atteint de schizophrénie. Sa jeune vie alterne entre prison et hôpital psychiatrique. Il a de très bonnes garanties de représentation, est très gentil et doux. Il était en train de s’en sortir, notamment en étant entraineur de football auprès d’enfants de sa ville. Verdict ? Le jugement est renvoyé au 25 août 2023. En attendant, il est placé en détention provisoire. Alors que c’est lui la victime de violences policières ! Il annonce au juge qu’il est hors de question qu’il aille en prison et qu’il tentera de se suicider pendant la nuit. Le juge ne s’en est pas ému.

Dans les deux cas d’outrage et rébellion, on remarque que le délit est créé par l’intervention des forces de l’ordre : on demande ainsi aux jeunes de subir la brutalité policière sans s’énerver, sans se débattre, en somme de tendre l’autre joue. Les victimes de violences policières sont désignées coupables. Et en plus il y a un business de la plainte de la part des policiers !

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de courvous rendront blanc ou noir

On met en prison des personnes ayant un travail, en leur demandant ensuite de trouver un nouvel emploi pour… se réinsérer. On met des amendes à des personnes ayant commis des petits vols, au motif qu’elles n’ont…  pas d’argent. Des personnes sont en train de se noyer et les juges continuent de les enfoncer !

Par contre tous les riches, les possédants, licencieurs, affameurs, écocidaires, profiteurs de guerre, vendeurs de LBD ou de bean bag, voleurs d’argent public, professionnels de l’évasion fiscale… on ne les arrête pas, on ne les juge pas, on ne les fout pas en taule.

La police et la justice sont racistes. Elles servent à défendre un système basé sur l’exploitation des hommes, femmes, enfants et celle la nature : le capitalisme.

Le système capitaliste brutalise des pans entiers de la population. L’institution judiciaire, loin de corriger cette brutalité, la redouble par ses décisions. Nous l’avons vécu dans notre chair aujourd’hui. Nous en avons pleuré. C’est un problème systémique. Il ne s’agit pas de virer un juge raciste ou un procureur zélé. C’est toute cette justice et cette économie au service de la classe dominante qu’il faut abattre !

Prochaines dates de procès d’émeutiers :
27 juillet : Paris, chambre 13-1, suite retraite
31 juillet : Bobigny 13h
3 août : Bobigny 17e chambre, 13h
4 août : Bobigny, 13h
8 août : Versailles 14h chambre 5, suite émeutes 10 août : Versailles 14h chambre 5, suite émeutes
10 août : Paris, 13h30  chambre 23-3

Et rendez-vous tous les jours, à partir de 13h,

dans tous les tribunaux judiciaires de France :

Justice pour les émeutiers, et tous les autres

Le CAIII, Comité d’Action Interprofessionnel et Intergénérationnel d’Issy-les-Moulineaux                            

Mail : lecaiii.jdbn@gmail.com


[1] La famille a de Nahel a porté plainte pour « escroquerie en bande organisée, recel d’escroquerie en bande organisée, détournement de finalité d’un traitement de données à caractère personnel et recel de détournement de finalité d’un traitement de données à caractère personnel » et a dénoncé des « manœuvres frauduleuses » et des « mensonges » de Jean Messiha, visant à « tromper » les donateurs pour récolter des fonds. Les proches de Nahel reprochent à Messiha d’avoir « publiquement et mensongèrement présenté l’adolescent comme un ‘multirécidiviste » tout en décrivant le policier « comme un ‘héros du Bataclan' » alors que lors de l’attentat jihadiste qui a visé la salle de spectacle le 13 novembre 2015, le fonctionnaire « ne serait, en aucun cas, intervenu » a déclaré Bouzrou, l’avocat de la famille de Nahel. Source : L’Indépendant 20/07/2023.

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