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jeudi, février 15, 2024

Révolution permanente et guerre en Palestine

L’importance de la guerre en Palestine met à jour des discussions stratégiques pour la gauche marxiste. L’une des plus importantes est de comprendre tout ce processus convulsif dans le cadre de la théorie-programme de la révolution permanente.

Eduardo de Almeida Neto
9 novembre 2023

Selon les critères de Lénine pour définir les guerres, la résistance palestinienne mène une guerre légitime et progressiste de libération nationale contre la guerre contre-révolutionnaire d’Israël qui cherche à imposer un nettoyage ethnique de nature nazie-fasciste.

Mais l’ensemble du processus est bien plus complexe qu’une guerre.

La revendication centrale de tout ce processus – une Palestine laïque, démocratique et non raciste – est en soi un mot d’ordre démocratique. Mais elle ne peut être réalisée sans la destruction de l’État d’Israël, ce qui nécessite un soulèvement des masses laborieuses dans le cadre d’un processus révolutionnaire objectivement socialiste, car il se retournera naturellement contre la bourgeoisie et ses organisations.

Il s’agit d’une revendication démocratique, qui peut ou non acquérir un caractère de transition dans ce processus révolutionnaire. Mais il reste la possibilité d’une véritable victoire très mince, étant donné le poids de la contre-révolution. 

La formation de l’État d’Israël est une merde historique. Un État créé par une manœuvre directe de l’impérialisme en 1948, soutenue par le mouvement sioniste, pour créer une forteresse armée jusqu’aux dents, dans la région qui possède les plus grandes réserves de pétrole de la planète.

Cette manœuvre a été explicitement soutenue (y compris par des armes) par l’URSS dirigée par Staline, dans l’un de ses plus grands crimes politiques.

Depuis l’émoi mondial suscité par le massacre des Juifs par le nazisme, le mouvement sioniste était le fer de lance d’un projet impérialiste. Un projet qui ne pouvait être réalisé que par un nettoyage ethnique et une guerre permanente contre le peuple palestinien.

Cette guerre a commencé par l’expulsion de 800 mille Palestiniens lors de la première guerre d’Israël contre les peuples arabes, dans ce que l’on appelle la Naqba (catastrophe), afin qu’Israël puisse prendre le contrôle de 77 % des terres palestiniennes. Ce territoire est connu encore aujourd’hui sous le nom de « territoire de 48 » ou « Palestine de 48 ».

Le peuple palestinien n’acceptant pas de se soumettre, le conflit reprend périodiquement. Israël profite de chacun de ces conflits pour s’étendre. Après 1948, lors de la guerre des six jours en 1967, Israël s’est emparé de la bande de Gaza, de la péninsule du Sinaï, de la Cisjordanie et du plateau du Golan.

Aujourd’hui, Israël utilise cette guerre dans le but d’occuper une partie de la bande de Gaza ou d’expulser complètement le peuple palestinien de ses terres dans cette région – quelque deux millions de personnes – vers le désert du Sinaï ; une avancée qualitative de la Naqba.

Il ne s’agit pas seulement d’une guerre contre-révolutionnaire, soutenue par l’impérialisme nord-américain et européen. Il s’agit d’une action nazie-fasciste, semblable à celle menée par les nazis contre les Juifs dans le passé.

Et comme le peuple palestinien ne se rend pas, nous avons une guerre contre-révolutionnaire d’Israël contre le peuple palestinien qui dure depuis 75 ans, avec des moments d’apogée (comme en 48, lors de la guerre des six jours en 1967, et maintenant) ; et une guerre progressiste de libération nationale des Palestiniens contre Israël.

La création d’Israël a engendré l’une des plus fortes oppressions nationales de l’histoire mondiale. C’est sans aucun doute la guerre de libération nationale qui bénéficie du plus grand soutien mondial à l’heure actuelle.

La région connue sous le nom de MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) a été historiquement très polarisée entre révolution et contre-révolution dans des processus convulsifs.

Cette situation s’explique par de lourdes raisons objectives et subjectives.

Le premier élément objectif est l’énorme richesse générée par les plus grandes réserves de pétrole du monde, qui sont stratégiques pour l’impérialisme. En outre, il s’agit d’un lieu de transit en Europe et en Asie, très important pour le commerce mondial. Telles sont les raisons fondamentales de la création d’Israël en tant que bastion de l’impérialisme.
Cette même richesse produit une polarisation sociale gigantesque, avec des bourgeoisies extrêmement riches soutenues par des dictatures (dans plusieurs pays avec des monarchies brutales), et un peuple dans un état de misère croissante.

Le deuxième élément est l’existence même de l’État israélien. Il ne fait aucun doute qu’il assure la domination militaire de l’impérialisme et une base idéologique particulièrement raciste et orientaliste (« la démocratie contre les barbares musulmans »).
Mais comme il s’agissait d’une imposition brutale aux Palestiniens, il a généré une dynamique de radicalisation politique permanente, de conflits et de guerres.

Le troisième élément est que nous avons la même dynamique d’appauvrissement des masses partout dans le monde, due à la vague descendante de l’économie mondiale depuis la récession mondiale de 2007-09, avec des plans néolibéraux successifs, tous plus lourds les uns que les autres.

Le quatrième élément est que la région est presque entièrement marquée par des dictatures détestées qui existent depuis des dizaines d’années. La polarisation sociale et l’oppression nationale ne sont pas résolues dans le cadre de démocraties bourgeoises.

En Amérique latine, une série de révolutions démocratiques a vaincu les dictatures en Argentine (1982), au Brésil (1984), en Uruguay (1985) et dans d’autres pays, générant l’établissement de démocraties bourgeoises dans la majeure partie du continent. Cela n’a pas été le cas au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Même le Printemps nord-africain n’a pas réussi à mettre fin à ces dictatures.

Il existe une tendance au bonapartisme dans le monde entier, accompagnant le déclin des économies et la nécessité de réprimer le mouvement de masse, qui s’exprime également dans la région.

Ce n’est pas un hasard si les mesures bonapartistes sont étendues dans les démocraties bourgeoises (comme Macron qui passe outre le parlement pour imposer une réforme des retraites), et si les régimes démocratiques bourgeois se transforment en régimes bonapartistes (comme en Turquie et en Hongrie).

L’une des manifestations de ce phénomène dans la région, outre la permanence des dictatures, est l’évolution au sein de l’État d’Israël lui-même.

Cet État n’a jamais connu de régime de démocratie bourgeoise. Il a toujours été un régime d’apartheid fondé sur la répression et l’oppression des Palestiniens, dont la majorité n’a même pas le droit de vote.

Cependant, pour les Juifs israéliens, il existait une démocratie, similaire au statut des Blancs dans le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud. Mais au cours des dernières décennies, les gouvernements israéliens sont devenus de plus en plus ultra-droitiers. Le gouvernement Netanyahou en est un exemple, avec des ministres carrément fascistes dans des portefeuilles clés : Itamar Ben-Gvir (Sécurité publique) et Bezalel Smotrich (Finances).

Parallèlement, Netanyahou mise sur des attaques encore plus dures contre les Palestiniens en encourageant l’occupation de colons juifs armés en Cisjordanie.

Avant la guerre, Netanyahou était confronté à une crise politique majeure parce qu’il voulait imposer une réforme judiciaire réduisant les pouvoirs de la Cour suprême du pays, une mesure bonapartiste sans précédent. Cela a provoqué une scission dans le régime israélien et des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue contre ce projet gouvernemental. Cela a renforcé la délégitimité d’Israël.

Cela a contribué à créer les conditions explosives qui expliquent les bases du 7 octobre.

L’attaque palestinienne a porté un coup à l’ensemble de l’État israélien et, en particulier, à Netanyahou, qui proclamait que son gouvernement d’ultra-droite était nécessaire pour garantir la sécurité d’Israël. Le discrédit du gouvernement s’est accéléré beaucoup. Il a été contraint de former un gouvernement d’union nationale afin de garantir une base interne pour l’attaque militaire contre Gaza.

Le retard pris par Israël dans l’invasion terrestre n’est pas seulement lié à la préparation militaire, mais aussi à des crises politiques au sein d’Israël, tant sur la stratégie que sur les étappes militaires concrètes. En outre, il y a une crise avec les parents des 240 otages qui exigent une réponse du gouvernement.

Aujourd’hui, Netanyahou mise sur un génocide et une victoire militaire pour garantir son avenir politique.

Le plan d’Israël est de faire un nouveau saut dans le nettoyage ethnique du peuple palestinien, ce qui ouvre plusieurs possibilités.

La première consiste à expulser les Palestiniens de Gaza (deux millions de personnes) vers le désert du Sinaï. L’autre option, plus médiatisée, consiste à occuper une partie de Gaza une fois pour toutes et à laisser une autre partie aux Palestiniens sous administration israélienne.

La construction de ce plan « d’après-guerre » est déjà discutée par l’impérialisme étasunien et Israël, et pourrait impliquer l’Autorité nationale palestinienne (ANP – qui est actuellement très affaiblie), les pays arabes (tels que l’Égypte, la Jordanie et l’Arabie), et une force militaire de l’ONU. Il n’est pas exclu que ce plan comprenne également le soutien de la Chine et de la Russie.

Il y a eu plusieurs processus révolutionnaires dans la région, qui ont leur bases objectives : l’exploitation brutale des travailleurs, la haine contre les dictatures locales, l’existence et l’oppression d’Israël.

Cependant, ces processus sont limités par la faiblesse sociale du prolétariat dans la région et l’absence, pratiquement, de directions révolutionnaires.

Pour ne citer que les processus les plus récents, nous pouvons mentionner le Printemps nord-africain, un grand soulèvement des masses qui a ébranlé les dictatures de la région entre 2010 et 2013. Ces mobilisations révolutionnaires ont renversé des gouvernements qui se perpétuaient depuis des décennies en Égypte, en Libye, au Soudan, en Tunisie, au Yémen, en Irak et dans d’autres pays.

Les deux autres expressions majeures ont été les Intifadas palestiniennes : la première (de 1987 à 1993) et la seconde (de 2000 à 2005).

Cependant, ces processus ont été vaincus. Le Printemps nord-africain, après près de quatre ans d’héroïques mobilisations de masses, a réussi à renverser les gouvernements en Tunisie, en Égypte, en Libye et au Yémen, mais n’a pas réussi à mettre fin aux dictatures dans ces pays, à l’exception de la Tunisie (où la lutte recule actuellement).

La première Intifada a été canalisée par l’OLP dans les accords d’Oslo de 1994. En vertu de ces accords, la principale direction palestinienne (Al Fatah) est devenue le contremaître de la domination israélienne dans les territoires occupés, par l’intermédiaire de l’ANP. La seconde Intifada a également été canalisée, dans les accords Abbas-Sharon qui ont permis la tenue d’élections en Cisjordanie et à Gaza en 2006.

Il existe de nombreuses inégalités entre les pays, mais en général, le prolétariat est socialement fragile dans la région, n’ayant un poids historique plus important qu’en Iran et en Égypte. En Syrie, avant la révolution, il y avait 600-mille ouvriers industriels pour une population de 22 millions d’habitants. En Palestine, le prolétariat est réduit et ultra-contrôlé, la plupart des syndicats étant dirigés par Al-Fatah.

Ce n’est pas un hasard si le sujet social des processus révolutionnaires du Printemps nord-africain et des Intifadas n’était pas le prolétariat, mais les masses populaires, en particulier la jeunesse appauvrie.

En outre, le prolétariat juif soutient l’État d’Israël et le sionisme. À l’origine, ce prolétariat s’est formé dans le processus de colonisation de la Palestine, avec des millions de Juifs européens venus occuper la terre et expulser les Palestiniens.

Puis, comme le dit Joseph Daher (activiste syrien, professeur à l’université de Lausanne) :
« Ce n’est pas seulement le résultat d’une dévotion idéologique, mais aussi d’un intérêt matériel dans l’État israélien, qui fournit aux travailleurs israéliens des maisons volées aux Palestiniens, ainsi que des niveaux de vie gonflés. La classe dirigeante et l’État israéliens intègrent ainsi la classe ouvrière israélienne en tant que collaborateurs dans un projet commun de colonialisme de colons.
Les institutions de la classe ouvrière, telles que son syndicat, la Histadrout, ont joué un rôle central dans le nettoyage ethnique de la Palestine. Les dirigeants syndicaux sionistes ont créé la Histadrout en 1920 en tant que syndicat exclusivement juif et l’ont utilisée pour diriger le déplacement des travailleurs palestiniens.
« 

En termes subjectifs, le problème s’aggrave. Il n’existe pas d’organisations marxistes révolutionnaires majeures dans la région. Le rôle du stalinisme dans la naissance d’Israël, avec le soutien de l’URSS, puis la capitulation des partis staliniens devant le nationalisme bourgeois, expliquent en grande partie cette situation.

Le nationalisme bourgeois arabe, qui était très important dans le passé, a connu un fort déclin depuis les années 1970, s’orientant vers des accords avec l’impérialisme. Avec Sadate et  Moubarak en Égypte, le nassérisme s’est transformé. Cela a conduit à la crise des dictatures pro-impérialistes qui sont devenues la cible de la fureur des masses lors du Printemps nord-africain en Égypte, en Syrie, en Libye, en Irak et dans d’autres pays.

Le poids des courants qui se présentent comme islamiques s’inscrit dans cette réalité de la crise de direction révolutionnaire. Divers mouvements et partis religieux sont arrivés au gouvernement dans différents pays selon des processus très variés.

C’est le cas de l’Iran, où les ayatollahs chiites ont capitalisé la révolution iranienne de 1979 et ont depuis lors imposé une dictature théocratique dans le pays, qui se heurte de plus en plus à la lutte des masses.

En Égypte, les Frères musulmans sont arrivés au pouvoir par voie électorale après la chute de Mubarak en 2012. Avec leurs projets néolibéraux et répressifs, ils ont suscité une nouvelle rébellion contre leur gouvernement, qui a été capitalisée en 2013 par un coup d’État militaire du général Sissi, qui est toujours au gouvernement aujourd’hui.

En Turquie, Erdogan a mené une réforme réactionnaire, transformant le régime de la démocratie bourgeoise en bonapartisme, toujours soutenu par un discours islamique.

Les deux principales directions palestiniennes actueles ont des orientations très différentes.  L’Autorité palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas, est en fait un produit des accords d’Oslo et est le contre-maître d’un simulacre d’État, complètement subordonné à Israël et répudié par les masses palestiniennes.

Le Hamas, l’organisation de masses palestiniennes la plus importante aujourd’hui, s’oppose à Israël et occupe une place centrale dans cette confrontation. Le Hamas a remporté les élections dans le territoire palestinien en 2006, ce qui n’a pas été accepté par Israël ; il dirige Gaza jusqu’à présent et affronte militairement le génocide israélien. Mais le programme du Hamas, comme nous le verrons, ne va pas non plus dans le sens du processus révolutionnaire.

Le poids et la responsabilité de l’impérialisme nord-américain et européen dans le soutien au génocide israélien sont bien connus.

A l’heure actuelle, cela revêt une importance décisive dans l’offensive d’Israël qui, sans le soutien impérialiste, ne disposerait ni des conditions militaires ni des politiques nécessaires.

Les grands médias bourgeois se font l’écho de l’impérialisme étasunien en parlant du « droit à se défendre » d’Israël, avec un cynisme de plus en plus contesté.

Avant la guerre, l’impérialisme américain était en train de manœuvrer pour rapprocher l’Arabie Saoudite d’Israël, ce qui permettrait de stabiliser davantage la domination impérialiste étasunienne dans la région.

Cependant, il est nécessaire de clarifier le rôle de l’autre bloc impérialiste, qui a également du poids dans la région.

La guerre en Ukraine a plongé l’impérialisme russe dans une crise majeure. À l’heure actuelle, ce sont les impérialismes nord-américain et européen qui devront supporter le discrédit causé par leur rôle ouvertement contre-révolutionnaire.

La Russie et la Chine représentent des processus historiques particuliers et uniques. Il s’agissait d’États ouvriers bureaucratisés dirigés par des partis staliniens. Ils ont connu la restauration du capitalisme et, par des voies différentes, sont devenus de nouveaux pays impérialistes. Leur situation dans la division mondiale du travail est très différente, mais ils sont impérialistes. La Chine est la deuxième puissance économique du monde et la Russie la deuxième puissance militaire.  La Chine et la Russie ont toutes deux des intérêts économiques et politiques impérialistes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Auparavant, lorsqu’ils étaient encore des États ouvriers, ces États avaient un poids fondamental dans le mouvement de masses, par le biais des partis communistes. Aujourd’hui, en tant que pays impérialistes, ils continuent à avoir du poids, bien que moins qu’auparavant. La Rencontre Internationale des Partis Communistes et Ouvriers (IMCWP), qui réunit la majorité des partis communistes du monde entier (y compris le PcdoB, le PC et le PCRR du Brésil), compte parmi ses participants le PC chinois et le PC de la Fédération de Russie (qui soutiennent l’invasion de l’Ukraine par la Russie).

L’impérialisme russe a des intérêts économiques et politiques dans toute la région, y compris avec Israël. Avant la situation actuelle, Netanyahou a rendu visite à Poutine, peu après avoir rencontré Trump. La Chine est le plus grand importateur de pétrole en provenance d’Iran et d’Arabie saoudite, et fait également des affaires avec Israël. Avant la guerre, la Chine avait fait pression en faveur d’un rapprochement entre l’Arabie et l’Iran, dans une position qui allait à l’encontre de celle des États-Unis.

La Russie et la Chine sont toutes deux intéressées par la stabilité dans la région, et non par la guerre. Qui plus est, aucune des deux ne souhaite la destruction d’Israël.

Aujourd’hui, avec la guerre, la Chine et la Russie ont pris leurs distances avec Israël afin de défendre à nouveau la stratégie ratée des accords d’Oslo, celle des « deux États ». Elles capitalisent ainsi l’érosion de l’impérialisme nord-américain dans la région. Et ils demandent à faire partie d’un « plan de paix pour la région » d’après-guerre.

La Russie est directement soutenue par un bloc appelé « Axe de la résistance » avec la Syrie, l’Iran et le Hezbollah (au Liban), le Jihad islamique et les rebelles Houthis au Yémen. Ce bloc s’est limité à des menaces et des déclarations contre le génocide et n’est pas encore entré dans la lutte contre Israël (apparemment à l’exception des Houthis), laissant Gaza seule face au génocide israélien. L’ensemble de la gauche réformiste mondiale qui soutient le Hezbollah et l’Iran devrait exiger leur entrée en guerre.

La guerre en Palestine polarise davantage la crise de l’ordre mondial, avec des répercussions sur l’économie, sur l’instabilité politique des pays et sur l’environnement. En résumé, les possibilités de reprise de l’économie mondiale sont limitées et les conflits inter-bourgeois dans les pays s’aggravent. D’autre part, l’accent mis sur la production de combustibles fossiles revient, amplifiant la crise environnementale.

Tout cela est renforcé par d’importantes mobilisations en faveur des Palestiniens. Ce que nous disions prend ici tout son sens : la cause palestinienne est la plus importante lutte de libération nationale au monde. Elle est relayée par les masses d’immigrés et la jeunesse des pays impérialistes. Ce n’est pas par hasard qu’il y a d’énormes mobilisations en Angleterre et aux États-Unis. Les masses arabes et musulmanes des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord en font leur propre cause. Des manifestations de masse ont lieu en Turquie, en Jordanie, en Égypte et dans de nombreux autres pays de la région.

En outre, dans de nombreux pays du monde, de vastes mobilisations d’avant-garde bénéficient d’un soutien de masses.

Des actions de solidarité active de travailleurs avec la lutte palestinienne commencent à avoir lieu. Trois syndicats belges de travailleurs des transports ont appelé leurs membres à ne pas autoriser les livraisons d’armes à Israël. À Oakland (États-Unis), une action d’avant-garde a retardé le départ d’un navire transportant des armes vers Israël.

Il ne s’agit pas d’un processus à sens unique. On assiste à une polarisation politique, avec le poids croissant de l’ultra-droite. Les gouvernements impérialistes imposent des mesures bonapartistes contre les mobilisations et les organisations qui soutiennent les Palestiniens.

Mais il y a un sens politique général dans le processus politique mondial. Même avec tout le soutien des grands médias bourgeois, le sionisme est en train de perdre la bataille pour la conscience des masses mondiales.

Actuellement, Israël a envahi la bande de Gaza et encerclé la ville de Gaza, et il se prépare à l’occuper. Il devra faire face à la résistance héroïque des Palestiniens, qui utiliseront des tactiques de guérilla, soutenus par leurs tunnels, tout comme le Vietcong utilisait la jungle contre les soldats nord-américains.

Alors qu’Israël progresse dans la bataille terrestre à Gaza, il recule politiquement dans le monde.

C’est ce qui explique les récents sondages montrant que 66 % des Nord-américains sont favorables à un cessez-le-feu. Les Juifs nord-américains opposés à l’invasion israélienne ont occupé le Capitole et des gares lors de manifestations massives.

Les mobilisations en Turquie ont fait pression sur Erdogan, qui a dû se prononcer contre Israël et appeler lui-même à une manifestation pour freiner le processus. En Amérique latine, la Bolivie a rompu ses relations diplomatiques avec Israël, tandis que la Colombie et le Chili ont rappelé leurs ambassadeurs.

L’évolution du conflit à Gaza tend à exacerber la polarisation politique qui existe déjà dans le monde.

Il y a une conjoncture mondiale nouvelle et explosive qui commence à se développer et qui pourrait prendre de multiples directions.

Face à cette réalité, nous voulons revenir à ce que nous avons dit au début de ce texte. La seule façon de vaincre Israël est de transformer cette guerre de libération nationale en un processus révolutionnaire international.

Les programmes réformistes dans leurs versions les plus variées ont été testés dans la région et ont échoué. Le traité d’Oslo, avec ses propositions de « deux États », s’est concrétisé par le contrôle de certaines parties de la Cisjordanie par l’Autorité palestinienne en tant que contremaître d’Israël. Ce « semi-État » ne dispose d’aucune force armée, d’aucune autonomie économique ni politique. Son territoire est systématiquement découpé et réduit par des colons juifs lourdement armés qui continuent d’occuper des terres et d’expulser des Palestiniens.

Il n’y a aucune possibilité de cohabitation entre les deux États, car Israël est un État aux caractéristiques nazies et fascistes, dont le but est d’expulser les Palestiniens manu militari. Ce serait comme proposer, dans les années 1940, « deux États »: l’un nazi et l’autre juif non armé.

La proposition originale de l’OLP d’une « Palestine laïque, libre et non raciste » est la bannière historique des Palestiniens. Mais la seule façon de réaliser cette proposition est moyennant la destruction de l’État d’Israël, afin de revenir à la situation antérieure à sa création, lorsque les musulmans, les juifs et les chrétiens vivaient ensemble démocratiquement dans la même région.

Cependant, il s’agit d’une guerre très difficile en raison de l’inégalité militaire. Israël est la quatrième puissance militaire de la planète. Et il est directement soutenu par l’impérialisme nord-américain, ainsi que par les impérialismes européens. Si nous ne considérons que l’aspect militaire, la défaite est presque certaine, comme cela a été le cas jusqu’à présent.

L’histoire nous enseigne toutefois qu’il est possible de vaincre même la puissance impérialiste hégémonique lorsque l’on combine la mobilisation des masses avec la lutte armée.

Lors de la révolution haïtienne, les esclaves insurgés ont vaincu l’impérialisme espagnol et imposé l’une des premières défaites militaires à l’impérialisme français de Napoléon Bonaparte. Lors de la révolution russe, l’Armée rouge nouvellement créée a vaincu l’invasion militaire contre-révolutionnaire de 16 pays impérialistes.

Pour prendre un exemple plus récent, les États-Unis ont été vaincus au Vietnam en 1975. C’est le résultat de la résistance héroïque du Vietcong combinée à des mobilisations dans le monde entier et, en particulier, aux États-Unis.

Pour être précis, il est nécessaire de comprendre la guerre de libération nationale palestinienne comme faisant partie du processus de révolution permanente. Comme affirmait  Trotsky dans le Programme de transition : 

« C’est ce qui détermine la politique du prolétariat des pays arriérés : il est obligé de combiner la lutte pour les tâches les plus élémentaires de l’indépendance nationale et de la démocratie bourgeoise avec la lutte socialiste contre l’impérialisme mondial.
Les revendications démocratiques, les revendications transitoires et les tâches de la révolution socialiste ne sont pas séparées dans des époques historiques différentes, mais découlent immédiatement les unes des autres.
« 

Il est possible de vaincre Israël, mais pour cela il faudra, en plus du maintien et de l’approfondissement de la résistance militaire à Gaza, quelque chose comme la combinaison d’une nouvelle intifada palestinienne, la reprise du Printemps nord-africain dans les pays de la région, et des mobilisations de masse dans tous les pays du monde, en particulier dans les pays impérialistes.

Une nouvelle intifada ouvrira des confrontations de masse en Cisjordanie et dans les territoires des 1948, amplifiant le foyer unique de Gaza.

Un nouveau Printemps nord-africain confrontera les gouvernements arabes de la région ‑ à la fois ceux qui soutiennent directement Israël et ceux de « l’axe de la résistance » qui se lavent les mains ‑ à soutenir activement la lutte palestinienne.

Les mobilisations dans les pays impérialistes peuvent jouer le même rôle essentiel que les manifestations contre la guerre du Vietnam, qui ont fracturé la bourgeoisie nord-américaine et ont grandement aidé la lutte vietnamienne à remporter la victoire.

Mais pour cela, il faudra vaincre les directions bourgeoises de ce processus.

Cette compréhension de la stratégie de la révolution permanente comprend quatre éléments essentiels.

Le premier est la nécessaire unité d’action avec tous ceux qui s’opposent au génocide israélien et soutiennent la lutte palestinienne. Cela inclut le Hamas et tous les secteurs impliqués dans cette lutte.

Le deuxième est la compréhension de cette lutte démocratique comme faisant partie d’un processus socialiste révolutionnaire, ce qui conduit nécessairement à une confrontation avec les bourgeoisies arabes, qui ont conduit tous les processus précédents à la défaite et pourraient répéter cela en ce moment. Ces dirigeants ne sont pas disposés à mobiliser et à armer les travailleurs et les jeunes de la région parce qu’ils craignent que cela ne se retourne contre eux.

Le troisième est que le projet de révolution permanente est nécessairement international, un des besoins fondamentaux de ce processus. Cette lutte ne peut être gagnée uniquement en territoire palestinien, mais doit être combinée avec une lutte révolutionnaire dans les pays arabes et impérialistes.

Le quatrième est qu’il est nécessaire de construire une nouvelle direction pour l’ensemble de ce processus. Nous prônons l’unité d’action la plus large avec le Hamas, la direction palestinienne la plus respectée à l’heure actuelle. Mais la stratégie du Hamas comprend ses alliances avec les bourgeoisies régionales des gouvernements qui s’opposent à l’extension de la révolution, comme l' »Axe de la Résistance », et non la mobilisation indépendante des masses, y compris contre les gouvernements de l’Iran, de la Syrie et du Liban.

L’un des principaux quartiers généraux du Hamas se trouve en Turquie, sous la protection d’Erdogan. Le Hamas a soutenu l’invasion turque d’Afrin en Syrie, qui a conduit à l’expulsion de 200-mille Kurdes. 

La stratégie du Hamas continue à être celle d’un État théocratique, avec son poids répressif à l’égard des femmes et des personnes LGBTQ, et sa thèse religieuse qui divise. Il s’agit d’un programme différent du nôtre, qui prône une « Palestine laïque, démocratique et non raciste ».

Enfin, le Hamas n’a pas de programme socialiste révolutionnaire, mais un programme de développement bourgeois. Cela reproduit la dynamique de ce type de mouvement qui, lorsqu’il accède au gouvernement, conduit au développement d’une nouvelle bourgeoisie, comme cela a déjà été le cas en Iran, en Égypte, en Syrie, etc. Cela ne conduit pas non plus à une rupture avec les impérialismes. On ne peut pas échapper à l’impérialisme étasunien et soutenir l’impérialisme russe.

Rien de tout cela ne nous empêche de nous battre aux côtés du Hamas et des masses palestiniennes contre l’État d’Israël et les impérialismes. Mais nous maintenons la tradition léniniste de frapper ensemble mais de marcher séparés, séparés non seulement du Hamas, mais de tous les courants staliniens, les réformistes en général, et les bourgeois qui soutiennent ces courants dans le monde ; en maintenant notre indépendance politique et notre programme socialiste et révolutionnaire. Traduit de <https://litci.org/pt/2023/11/09/revolucao-permanente-e-guerra-na-palestina/

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