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Une question de principes

La defense de Chirino


 


Comme presque tous les faits qui touchent au gouvernement de Hugo Chavez, la campagne contre le licenciement d’Orlando Chirino et pour sa reintegration a PDVSA a aussi donne lieu a une polemique intense a faveur ou contre cette derniere.


 


Dans ce cadre, la position de la militante cubaine bien connue, Celia Hart, et celle d’Olmedo Beluche, dirigeant du MPU (Mouvement Populaire Unifie) de Panama, ont ete exprimees publiquement. Les deux coincident essentiellement et peuvent etre resumees en trois aspects.


 


a)      Ils ne sont pas d’accord avec le licenciement de Chirino, comme en general ils ne sont pas d’accord avec le licenciement d’aucun travailleur.


b)      Ils considerent que les actuelles positions politiques defendues par Chirino favorisent « les ennemis de la revolution bolivarienne » et son licenciement serait meme la consequence de ces positions politiques (declaration du MPU, 25/02/08).


c)      Ils ne signent aucune des petitions qui circulent en solidarite avec Chirino, parce que celles-ci « font partie d’une campagne contre le gouvernement bolivarien ».


 


Nous pretons specialement attention a eux parce que tous les deux se reclament du trotskysme. Olmedo Beluche se revendique, en outre, du « morenisme », c’est-a-dire qu’il est partisan du courant fonde par l’argentin Nahuel Moreno, dont la LIT-QI est l’expression principale. Nous affirmons, au contraire, que leur position n’a rien a voir avec la tradition trotskyste ni avec la tradition moreniste dans ce genre de situations.


 


Il ne s’agit pas « d’un travailleur en plus »


 


Tout d’abord, il est impossible d’aborder le licenciement de Chirino comme celui « d’un travailleur en plus », etant donne qu’il est un dirigeant syndical reconnu, avec des decennies de trajectoire publique. Rappelons qu’une partie de cette trajectoire a ete sa lutte active contre le putsch pro-imperialiste de droite d’avril 2002 et contre le lock-out mis en oeuvre par ces memes secteurs, cette meme annee. Actuellement, Chirino est un des principaux dirigeants de l’UNT et membre du comite de direction de Sinutrapetrol (Syndicat Unique de Travailleurs Petroliers).


 


L’annee derniere, Chirino a manifeste des critiques dures contre la politique du gouvernement de Hugo Chavez, en defense de l’autonomie syndicale, et il s’est aussi oppose a son recent projet de reforme constitutionnelle. On ne peut donc pas prendre position sur le licenciement de Chirino, pour ou contre, sans le placer dans ce contexte. Pour nous, il donc est evident que son licenciement de PDVSA, outre qu’il est une attaque contre les plus elementaires principes de liberte syndicale, represente une agression du gouvernement venezuelien contre les dirigeants qui ont defendu l’autonomie syndicale et qui s’opposent aujourd’hui au cours de la politique gouvernementale. Pour Hart et Beluche, au contraire, bien qu’ils ne le disent pas avec une totale clarte, ce sont ces positions de Chirino qui, en dernier ressort, justifieraient finalement son licenciement.


 


C’est le gouvernement de Chavez qui l’a licencie


 


Deuxiemement, il n’y a pas moyen de rejeter son licenciement et de reclamer sa reintegration a PDVSA, meme si ce n’etait « qu’un travailleur en plus », sans combattre contre le gouvernement de Chavez, tout simplement parce que c’est lui qui l’a licencie et c’est de lui qu’il faut exiger la reintegration a son travail. Il est evident que toute campagne pour cette exigence ira objectivement contre ce gouvernement parce que, pour atteindre son objectif et etre couronnee de succes, elle devra lui imposer quelque chose qu’il ne veut pas faire. Ce serait la meme chose que pretendre obtenir la reintegration d’un travailleur ou d’un dirigeant de la Ford ou d’une autre entreprise multinationale, sans combattre contre cette entreprise.


 


Hart et Beluche sont totalement conscients de cela. C’est pourquoi ils ont refuse de signer la petition avec laquelle se developpe la campagne, a partir de leur soutien au gouvernement chaviste, bien que la petition ne fasse aucune reference au gouvernement national venezuelien.


 


Une question de principes


 


La question centrale est que Hart et Beluche, en refusant de reclamer la reintegration de Chirino, passent outre a ce qui a toujours ete un principe du mouvement ouvrier et de la gauche dans toute son histoire : la solidarite et la defense de tout travailleur ou dirigeant ouvrier poursuivi par les patrons ou par les gouvernements bourgeois, independamment des differences politiques qu’on a avec lui. Face a ces attaques, ces differences sont laissees de cote et il faut serrer les rangs contre les patrons et/ou les gouvernements bourgeois.


 


Rappelons qu’aussi bien Trotsky comme Moreno ont revendique ce principe comme un des plus importants pour les travailleurs et les organisations de gauche, face a son abandon par le stalinisme et, dans le cas de Moreno, par certains courants trotskystes.


 


Hart et Beluche ont tout le droit politique de soutenir et de defendre le gouvernement de Chavez et de critiquer Chirino pour ne pas le faire. Mais si, a partir de cet appui, ils justifient l’attaque et la persecution dont ce dirigeant est victime aujourd’hui, et s’ils restent passifs, face a lui, alors ils trahissent ce principe elementaire et deviennent, dans les faits, des complices de cette attaque. Nous pouvons dire qu’en realite, ils se sont mis a appliquer un principe contraire : si un gouvernement bourgeois est « progressiste », il faut toujours le soutenir contre les combattants poursuivis.


 


Qu’ils le fassent ou non, c’est a eux d’en decider. Mais, s’il vous plait, cessez de vous revendiquer du trotskysme et/ou du morenisme, parce qu’avec cette attitude vous souillez les noms de Trotsky et de Moreno.