ven Juil 19, 2024
vendredi, juillet 19, 2024

Une vision marxiste de la prostitution

Le gouvernement belge, via son  ministre de la justice, est en train de réformer le droit pénal sexuel. Le projet, déjà approuvé par le conseil des ministres, prévoit une dépénalisation du proxénétisme, à part si des profits « anormaux » sont réalisés. Nous ne rentrerons pas ici dans le détail de cette réforme, mais signalons juste qu’il s’agit d’un pas en avant dans la légalisation de la prostitution en Belgique.

Dans ce contexte, lors de la manifestation du 24 novembre dernier  contre les violences faites aux femmes, un groupe pour l’abolition de la prostitution a été violemment pris à partie et expulsé de la manifestation, preuve que le débat sur la prostitution est vif au sein du mouvement féministe et  LGBT,  entre les personnes qui veulent légaliser le « travail du sexe » et celles qui veulent  abolir la prostitution.

Nous publions ici, pour la première fois en français, une contribution au débat qui a pour objectif d’en discuter d’un point de vue de classe.

***

 

« La condition des femmes est l’indicateur le plus clair et le plus éloquent pour évaluer un régime social et la politique de l’État« . Léon Trotsky, Écrits 1938.

Par: Rosa Cecilia Lemus, octobre 2015.

Si l’on en croit cette phrase de Trotsky, le régime social capitaliste dans lequel nous vivons et les politiques de ses États dans le monde ne passent pas le test. Les statistiques sur la violence à l’égard des femmes, que ses propres institutions – comme l’ONU – ont qualifiée de pandémie mondiale, les chiffres de la pauvreté qui montrent que les femmes représentent 70 % des personnes les plus pauvres du monde, le nombre de femmes qui meurent à la suite d’avortements à risque, le nombre croissant de grossesses non désirées chez les adolescentes, la réduction de leurs droits sociaux à la suite des plans d’austérité, et les chiffres effrayants sur la prostitution, la traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle des enfants, sont des indicateurs clairs et éloquents.

Dans les années 1990, lorsque la restauration du capitalisme dans les anciens États ouvriers éclata au grand jour, la bourgeoisie mondiale n’a pu cacher sa joie et a déclaré haut et fort la « suprématie du capitalisme sur le socialisme ». Son porte-parole le plus audacieux, Fukuyama, est allé encore plus loin, enterrant la lutte des classes une fois pour toutes. À sa place, nous aurions le règne de la réconciliation, du progrès et du bien-être pour tous. Est-ce qu’il mangerait ses mots aujourd’hui ? Ou dira-t-il que les chiffres des organes mondiaux de l’impérialisme sont faux ?

Comme les faits sont les faits et ne peuvent être cachés, ils ont développé et continuent de développer de profonds changements dans le langage, dans les concepts (signification), entretenant l’illusion que cela changerait la réalité. Impossible. Néanmoins, cela a produit des effets, notamment sur certaines classes, en particulier sur la petite bourgeoisie carriériste et la classe moyenne moderne. Prenons par exemple ce qui s’est passé cette année [2015] en Grèce. Tsipras, le premier ministre, et Varoufakis, son ancien ministre des finances, ont focalisé leur première négociation avec l’impérialisme européen sur le changement de nom, et cela a été présenté comme une victoire : « Troïka » par « institutions » et « impérialisme » par « partenaires ». Le pire est qu’ils ont cru à l’histoire selon laquelle les impérialismes allemand et français les traiteraient désormais comme des « partenaires ». La réalité, toujours aussi têtue, a montré que malgré tous les changements de langage, les impérialistes continuent de les traiter comme un pays semi-colonial, dans lequel ils font ce que dit la troïka.

La vérité, aussi incroyable que cela puisse paraître, est que cette approche est assez idéaliste. L’idée ne change pas la réalité, sauf si elle est transformée en action. L’existence détermine la conscience. Dans ce labyrinthe, le langage est devenu un véritable euphémisme. L’impérialisme est appelé « communauté internationale » ; les classes sociales sont appelées « strates » ou « castes », ou simplement il n’y en a pas, nous ne sommes que des citoyens ; et les prostituées sont appelées « travailleuses du sexe », avec l’illusion qu’en utilisant le mot travailleurs, parce que le travail « dignifie » les hommes et les femmes, les profondes implications sociales, économiques et psychologiques pour les femmes qui le font et pour la société dans son ensemble disparaîtront par l’art du langage. Un soulagement, pour une conscience coupable. De cette façon, les hommes qui les utilisent et les maltraitent peuvent partir heureux parce qu’ils ont donné du « travail » à une femme qui aura de l’argent pour acheter de la nourriture pour ses enfants, et la femme se sent bien parce qu’elle a travaillé.

Cependant, au-delà des idéologies que chacun des protagonistes peut avoir de lui-même, la réalité remet les choses à leur place. C’est un fléau de cette société capitaliste que des millions de femmes dans le monde doivent vendre leur corps pour survivre avec leur famille, si elles en ont une, ou qu’il y ait un nombre croissant de filles et de garçons qui ne comprennent même pas pourquoi ils doivent faire « ça ». Ce système capitaliste, au moins, n’ose pas leur offrir la possibilité de vendre leur force de travail pour être exploités par un entrepreneur, produisant des biens qui leur seront aliénés car, bien qu’ils soient le produit de leur travail, ils ne leur appartiennent pas. Ces enfants, soumis à cet esclavage, ne comprennent pas pourquoi, au lieu de jouer et de jouir de leur innocence, ils doivent être exploités et utilisés par un adulte.

Cette réalité ne peut être changée, peu importe le nombre de politiques, allant de la légalisation à la réglementation et à la criminalisation, pour la justifier et la légitimer. Le capitalisme et ses États sont incapables d’éradiquer cette forme de violence à l’encontre des femmes, des enfants, des gays, des lesbiennes et des travestis, car elle est fonctionnelle à leur système d’exploitation.

La plus ancienne « profession » du monde ?

Les gratte-papiers payés par la bourgeoisie répètent, pour commencer, ses traités sur le sujet : « le plus vieux métier du monde », et même les gens ordinaires se réfèrent à la prostitution de cette manière. Qu’y a-t-il derrière cette affirmation ? D’abord, elle lui donne un sens d’éternité, c’est-à-dire qu’on ne peut pas changer ce que l’histoire a défini comme un trait « caractéristique » et consubstanciel de l’espèce humaine. Deuxièmement, cela lui confère un sens « respectable » de profession ou de métier. Cependant, à partir du marxisme et des recherches effectuées par d’éminents anthropologues comme Morgan et Bachofen, Frederick Engels, dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, montre comment la prostitution, qui n’existait pas dans les premières étapes du développement humain, naît comme un fait social déterminé par les conditions de « production et de reproduction de la vie immédiate« , qui provoque des changements dans la superstructure institutionnelle, familiale et juridique, et qui se consolide avec l’émergence de la monogamie et de la propriété privée des moyens de production.

 » Comme nous l’avons dit, il existe trois formes principales de mariage, correspondant à peu près aux trois stades fondamentaux de l’évolution humaine : dans la sauvagerie, le mariage collectif ; dans la barbarie, le mariage syndiasmique ; dans la civilisation, la monogamie avec ses compléments, l’adultère et la prostitution. Entre le mariage syndiasmique et la monogamie, au stade supérieur de la barbarie, se glissent la soumission des femmes esclaves aux hommes et la polygamie« (1). Editores Mexicanos Unidos, p. 83 (c’est nous qui soulignons).

Dans le même ouvrage, Engels affirme que « l’abolition du droit maternel a été la grande défaite du sexe féminin », faisant référence au fait qu’avec le développement des forces productives, et avec elles de la fortune et de l’accumulation, la définition de la parenté et de l’héritage par la ligne maternelle a commencé à apparaître comme un obstacle pour les hommes, à qui appartenaient les troupeaux, puisque les descendants des membres masculins ne restaient pas dans la gens et ne pouvaient donc pas hériter.

Ainsi, en même temps que le droit maternel disparaissait, « la liberté sexuelle du mariage collectif était de plus en plus retirée aux femmes, mais pas aux hommes« . L’infidélité des femmes commence à être considérée comme un crime grave, alors que pour les hommes, elle est considérée comme un comportement honorable.

Engels poursuit : « Mais plus l’ancien hétaïrisme [la prostitution] est modifié à notre époque par la production capitaliste à laquelle il est adapté, plus il se transforme en prostitution grossière et plus son influence devient démoralisante. Et, à vrai dire, cela démoralise davantage les hommes que les femmes. La prostitution, chez les femmes, ne dégrade que les femmes malheureuses qui s’y adonnent, et même celles-ci à un degré bien moindre qu’on ne le croit généralement. D’autre part, elle avilit le caractère de l’ensemble du sexe masculin » (2) Idem.

Que veut dire Engels par cette affirmation très forte que la prostitution avilit le sexe masculin ? En premier lieu, parce que l’essor de la prostitution apparaît en même temps que le besoin de l’homme d’établir le droit d’héritage de ses biens privés à ses propres enfants et non à ceux des autres, et qu’il a donc besoin de la fidélité absolue des femmes pour le garantir. Mais il se réserve une liberté sexuelle totale par la polygamie et la prostitution. Il asservit doublement les femmes, en tant que propriété privée pour la reproduction de sa progéniture et en tant que prostitution publique pour satisfaire sa luxure. Dans un autre sens, on pourrait interpréter que la femme qui est obligée de se prostituer pour survivre le fait par nécessité ; l’homme qui la paie, pour la simple satisfaction de son désir sexuel, transforme ainsi la femme en un simple objet, une marchandise ayant une valeur d’usage.

La prostitution et la monogamie dans la société capitaliste moderne restent de véritables antinomies, mais inséparables, deux pôles d’un même état social. Le capitalisme pourra-t-il résoudre cette contradiction qui est à sa base matérielle ? Nous ne le pensons pas. Cette contradiction s’est accentuée ces derniers temps. D’une part, avec son besoin d’incorporer de grandes masses de femmes dans la production sociale, mais sans pouvoir en absorber la totalité, en tant que produit des lois capitalistes du marché, il laisse d’énormes contingents en dehors de l’appareil productif, les poussant à recourir à la prostitution comme forme de survie. D’autre part, elle a créé de véritables industries du sexe, transformant un besoin humain en marchandise, approfondissant la vision de la femme comme objet sexuel, comme source de profit et comme source de revenu.

Karl Marx, dans ses écrits sur l’aliénation du travail, a déjà montré l’essence du capitalisme d’une manière si magistrale qu’elle est toujours d’actualité.

« Il est arrivé un moment où tout ce que les gens avaient considéré comme inaliénable est devenu objet d’échange, de trafic, et pouvait être aliéné. C’est le moment où même les choses qui étaient jusqu’alors transmises mais jamais échangées ; les choses qui étaient données mais jamais vendues ; les choses qui étaient acquises mais jamais achetées : la vertu, l’amour, l’opinion, la science, la conscience, etc…, tout, en somme, est passé dans la sphère du commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour nous exprimer en termes d’économie politique, le temps où chaque chose, morale ou physique, convertie en valeur d’échange, est amenée sur le marché pour être appréciée à sa plus juste valeur. » Karl Marx, La misère de la philosophie (c’est nous qui soulignons).

Et ce phénomène, que Marx désigne comme une caractéristique de la société fondée sur le mode de production capitaliste, touche en dernier ressort la classe dépossédée des moyens de production, la classe ouvrière. Non seulement le capital les exproprie du produit de leur travail, mais il soumet leur vie entière aux lois du marché, où les travailleurs et les travailleuses n’ont d’autre choix que de vendre leur force de travail comme une marchandise, pour un salaire de misère. Que reste-t-il pour leur plaisir ?

« Après les excès de l’habitude de boire, les excès sexuels constituent l’un des principaux vices de nombreux travailleurs anglais. C’est, en outre, une conséquence fatale, une nécessité inéluctable de la situation d’une classe livrée à elle-même, qui n’a pas les moyens de faire un usage convenable de cette liberté. La bourgeoisie ne leur a laissé que ces deux plaisirs, alors qu’elle les a comblés de toutes sortes de malheurs et de douleurs : la conséquence est que les ouvriers, pour jouir un tant soit peu de la vie, concentrent toute leur passion autour de ces deux plaisirs, et s’y livrent avec excès et dans le plus grand désordre. Lorsqu’une personne est placée dans une situation qui ne peut convenir qu’à une bête, elle n’a d’autre choix que de se rebeller ou de succomber à la bestialité. Et si, de plus, la bourgeoisie elle-même contribue directement au progrès de la prostitution – combien des 40.000 filles qui remplissent chaque nuit les rues de Londres vivent aux dépens de la bourgeoisie vertueuse, combien doivent à la séduction d’un bourgeois d’être aujourd’hui obligées d’offrir leur corps à quiconque passe pour vivre – la bourgeoisie a en effet moins que quiconque le droit de reprocher à la classe ouvrière sa brutalité sexuelle« . (Engels, The Situation of the Working Class in England).

J’essaie de montrer – et j’espère avoir réussi – aux lecteurs qui ont une conscience critique, aux femmes actives qui sont indignées par les tragédies humaines, à ceux qui ne prennent pas seulement plaisir à contempler le monde mais veulent le transformer, que l’oppression des femmes et la prostitution, qui en est l’une des expressions les plus brutales, ne sont pas éternelles et ne constituent pas une profession. C’est l’une des conséquences les plus atroces de l’oppression et de l’exploitation capitalistes.

Les chiffres de la prostitution, de la traite et du commerce du sexe

À la suite de plusieurs enquêtes menées actuellement par différentes organisations, nous constatons que presque tous s’accordent à dire que le commerce de la traite des êtres humains, l’internationalisation des mafias qui l’entretiennent, la prostitution enfantine et le commerce de la pornographie ont atteint des niveaux scandaleux. Ils s’accordent également à dire que la plupart des personnes recrutées de force sont des femmes et qu’un pourcentage élevé d’entre elles sont mineures, et que le but de leur assujettissement est l’exploitation sexuelle. La grande majorité provient de pays pauvres d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes et est destinée aux pays riches d’Europe, du Japon et de l’Est.

Le 1er juin 2012, l’Organisation internationale du Travail [OIT] a publié sa deuxième enquête mondiale sur le travail forcé ; ce rapport estime que l’esclavage moderne dans le monde fait quelque 20,9 millions de victimes. Cette conclusion reconnaît que la traite des êtres humains se définit par l’exploitation, et non par les déplacements. L’OIT estime que 55% des victimes du travail forcé sont des femmes et des filles, et que 98% d’entre elles font l’objet d’un trafic à des fins d’exploitation sexuelle. En 2005, la première estimation de l’OIT faisait état de 12,3 millions de victimes du travail forcé et de la traite à des fins de commerce sexuel, soit un quasi-doublement en sept ans. Par région, l’Asie et le Pacifique (qui comprend l’Asie du Sud) continuent de compter le plus grand nombre de victimes, même si le rapport note que l’Afrique a connu une augmentation depuis 2005.

Dans son rapport de 2013, le rapporteur spécial des Nations unies sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants déclare : « Depuis 2008, le monde a connu des changements considérables qui ont eu un impact important sur l’ampleur et la nature de la vente et de l’exploitation sexuelle des enfants. La progression de la mondialisation, l’expansion continue de l’utilisation de l’internet, notamment dans les pays en développement, l’augmentation des migrations – tant internationales qu’internes – due notamment à l’urbanisation, la crise économique et financière, les catastrophes naturelles, les conflits et les changements climatiques ont tous eu un impact sur la vulnérabilité des enfants ».

Le rapport mondial 2012 sur la traite des personnes, publié par l’Office des Nations unies contre la drogue et le délit, indique que « les cas détectés de traite d’enfants représentaient 27 % au cours de la période 2007-2010, contre 20 % en 2003-2006« . Les données montrent une augmentation significative entre les deux périodes mentionnées. Ces dernières années, « l’augmentation a été plus importante pour les filles. Entre 2006 et 2009, la proportion de filles par rapport au nombre total de victimes est passée de 13 à 17 %. Deux enfants victimes sur trois sont des filles« . Il poursuit… « Bien que les tendances ne soient pas homogènes à l’échelle mondiale, le rapport indique que plus de 20 pays ont enregistré une nette augmentation de la proportion de cas de traite d’enfants détectés au cours de la période 2007-2010 par rapport à la période 2003-2006. Il est important de noter qu’en Afrique et au Moyen-Orient, plus de deux tiers des victimes de la traite détectées sont des enfants. À l’échelle mondiale, la traite à des fins d’exploitation sexuelle représente 58 % du nombre total de cas détectés. »

Comme si cela ne suffisait pas, le rapport signale également une modalité effrayante : le trafic d’organes. « Selon plusieurs études sur le sujet, le « tourisme » de transplantation d’organes a augmenté (…). Des personnes originaires de pays à hauts revenus se rendent dans des régions pauvres où les gens sont prêts à vendre leurs organes pour survivre. Plusieurs études ont souligné que les membres les plus vulnérables de la population sont particulièrement touchés par cette criminalité« . Les membres les plus vulnérables de la population : c’est-à-dire les enfants, les femmes, les jeunes – appartenant bien sûr à la classe ouvrière et à son armée de réserve -, les chômeurs, et les secteurs populaires les plus appauvris, vivant dans la périphérie des grandes villes, parmi lesquels se trouve également la population noire.

Encore une fois, le Rapporteur spécial de l’ONU fait référence au modalités de la pédopornographie : « L’utilisation abusive d’Internet pour diffuser de la pédopornographie est très courante. Selon les estimations, le nombre d’images d’abus d’enfants sur Internet se compte en millions et le nombre d’enfants représentés individuellement se chiffre probablement en dizaines de milliers. De manière générale, l’âge des victimes a diminué et les représentations sont de plus en plus explicites et violentes. De plus en plus, les images sont diffusées via des réseaux de partage de fichiers peer-to-peer, ce qui rend la détection plus difficile ».

Les estimations des Nations unies calculent que ce « business » rapporte annuellement des bénéfices compris entre 5 et 7 milliards de dollars. Selon le magazine Forbes, la pornographie rapporte chaque année environ 60.000 millions d’euros dans le monde et compte environ 250 millions de consommateurs. Et autre fait intéressant, entre 1998 et 1999, des femmes des pays de l’Est ont commencé à être vues dans la prostitution de rue. C’est-à-dire une fois le capitalisme restauré. La prostitution et la traite sont associées à des entreprises, tout comme le trafic de drogue et la contrebande d’armes.

Je me suis intéressé aux rapports des organismes officiels et aux chiffres qu’ils reconnaissent eux-mêmes, pour montrer que nous n’exagérons pas lorsque nous dénonçons cette dure réalité. Le capitalisme, fondé sur les idéaux de la Révolution française qui proclamaient « liberté, justice et fraternité », a montré et continue de montrer que ceux-ci ne s’appliquent qu’aux vainqueurs, c’est-à-dire à la bourgeoisie mondiale qui, dans la phase de développement impérialiste ne néglige aucun effort pour maintenir ses taux de profit à la hausse. L’expression des « esclaves du capital » n’est pas exagérée, car non seulement dans ce domaine de l’exploitation sexuelle, mais même dans des régions et des zones importantes de la planète, des branches de la production sociale de marchandises adoptent de véritables formes d’esclavage, avec les célèbres zones franches et navires-usines en haute mer. Cette société capitaliste montre des formes incroyables de barbarie ; Rappelons-nous seulement, comme un fait de plus, les catastrophes causées par le réchauffement climatique et les images d’immigrés qui arrivent par milliers dans les pays européens et qui sont traités par la répression. Beaucoup d’entre eux sont des femmes et beaucoup  seront poussées à la prostitution.

La femme comme objet sexuel

La prostitution confirme, au quotidien et à chaque instant, que les femmes sont transformées en marchandise pouvant être consommée par les hommes pour assouvir leurs appétits sexuels. Peu importe leur âge. Maintenant, des secteurs des LGBT sont aussi jetés dans la prostitution par l’homophobie qui les discrimine au travail et dans la société. Un autre des secteurs opprimés qui subit le même sort que de nombreuses femmes. Mais, quelle coïncidence ! Derrière tous ces crimes, qu’ils soient liés à la prostitution, à la pédophilie, au viol, à la création de réseaux pornographiques ou à leur utilisation, avec des réseaux de traite, on ne trouve quasiment que des hommes. Qu’y a-t-il derrière cette obsession sexuelle perverse et agressive ?

Certains soutiennent que des « études scientifiques » montrent que les hommes et les femmes ont « naturellement » des différences importantes dans les désirs sexuels. Ainsi, le désir masculin serait plus fort, imparable, difficile à apprivoiser ou, grossièrement dit, « plein de testostérone agitée, déchaînée, incontrôlable ». Au-delà des études sérieuses de certains sexologues, on trouvera les explications dans les sphères sociales et culturelles.

L’un des médias les plus utilisés aujourd’hui, par toutes les branches de la production, est la publicité, le marketing. Encore un gros business pour développer à fond la circulation des biens, utiliser les besoins et en créer de nouveaux, en s’appuyant sur les images, le langage et leurs effets subjectifs sur la conscience ou, de façon plus moderne, influencer ou créer des imaginaires collectifs. Mais ces imaginaires collectifs, ces préjugés qui ont déjà leurs fondements objectifs, sont portés au paroxysme par les médias de masse pour pousser à bout les besoins du marché, d’un capitalisme qui, avec ses crises récurrentes de surproduction, cherche par là désespérément à écouler des marchandises d’une durée de vie de plus en plus courte.

Dans ce cadre, l’image de la femme comme symbole sexuel, comme objet servant à promouvoir la vente d’autres marchandises, acquiert une force renouvelée. Il s’agit généralement d’une femme jeune et belle, aux proportions généreuses, qui apparaît nue ou légèrement vêtue, ou vêtue de manière très suggestive. L’effet recherché est d’attirer l’attention du sexe masculin, à travers une image érotique. Que ce soit pour promouvoir une voiture ou une moto, cette femme, hors de portée de beaucoup d’hommes, devient ainsi dans son imagination, par l’art et la magie du message subliminal, un produit accessible, si vous achetez le produit dont elle fait la publicité. La femme sert aussi de symbole de la réussite masculine, comme un trophée. Selon la culture machiste de cette société, tout homme qui se respecte doit avoir à ses côtés une femme d’une grande beauté et distinction, signe extérieur de sa richesse. Ainsi, la femme devient un bien de plus que l’homme doit posséder pour signifier sa position sociale ou sa virilité.

Cette culture machiste qui frappe à chaque minute, à chaque instant, l’esprit des consommateurs avec de véritables rafales d’images, dans l’objectif clair de la renforcer, de la légitimer, est à la base de ce qu’ils appellent les « crimes passionnels », les féminicides ; en réalité, la violence déchaînée par l’idée que « si cette femme n’est pas pour moi, elle n’est pour personne », une justification enregistrée dans les chroniques des tabloïds du monde entier, avec ceci ou un autre argument commun : « aveuglé par la rage à cause de l’infidélité de sa femme ». Viols de rue, agressions verbales et psychologiques, regards audacieux, lubriques, bref, toutes ces violences, si courantes et quotidiennes, reposent sur cette conception de la femme comme objet sexuel.

L’autre face est le symbole de la femme au foyer. Dans les publicités, une femme vêtue de son tablier apparaît, faisant la promotion d’un produit d’entretien ou de cuisine, ou d’aliments pour enfants. Tous les rôles associés à son rôle d’esclave domestique, de maîtresse de maison, de mère. Dans cet espace, c’est elle qui décide, et l’homme apparaît avec un rôle secondaire. Elle, en plus d’être femme au foyer, travaille aussi, c’est une femme moderne, qui après avoir utilisé les produits que le marché lui propose pour « soulager » ses tâches ménagères, court travailler. C’est une femme « responsabilisée », c’est une guerrière qui fait tout et, en plus, reste belle et soignée. Et ces mêmes idées sont répétées à l’infini dans les romans, dans les magazines, dans les nouvelles, dans les films, dans les chansons, dans l’éducation. C’est la reproduction des idées dominantes imposées par la classe dirigeante par la force de l’habitude.

Légalisation ou abolition ?

« Dans le monde, il existe quatre approches pour faire face à la prostitution. La prohibitionniste, fondé sur la répression pénale par l’État, où le client est la victime et où on cherche à sauvegarder la moralité ; la régulationniste, qui, incapable de combattre la prostitution, cherche à la réguler ; l’abolitionniste, qui mène des poursuites pénales contre les proxénètes et les clients, et l’approche ouvrière ou légaliste, dans laquelle la prostitution est valorisée comme un travail. (Revue SEMANA Colombie 18/08/2015).

Dans le cadre de la réunion des délégués d’Amnesty International du monde entier, dans laquelle cette ONG appelle à l’application d’une politique de dépénalisation absolue de la prostitution « consentie », son magazine fait un article dans lequel il envisage ces quatre approches. Nous devrions dire qu’il s’agit, bien sûr, de quatre façons dont les États capitalistes traitent le problème de la prostitution. Cela vaut la peine d’être clarifié, ce sont des politiques bourgeoises. Le débat est venu à l’ordre du jour à la suite des rapports de l’ONU et de l’OIT, consignés dans cet article.

Une grande partie des ONG qui pullulent dans les différents pays ont adopté l’approche «légaliste », dans laquelle la prostitution est valorisée comme un « métier ». Elles l’argumentent à partir d’une position humaniste de défense des droits humains, de respect des droits sociaux de ceux et celles qui l’exercent et contre la discrimination de ses victimes. Évidemment, la vision bourgeoise de considérer les « clients » comme victimes de la « tentation » provoquée par les « femmes immorales » mérite notre condamnation comme la plus pure expression de son double langage, puisqu’elle pénalise et persécute des victimes qu’eux-mêmes créent et recréent. C’est un cas similaire à celui du voleur qui vole une poule pour nourrir ses enfants parce qu’il n’a pas de travail et est condamné à de longues années de prison, tandis que les voleurs en col blanc qui pillent les caisses du trésor public se voient offrir leur manoir en guise de prison.

Bien sûr, nous convenons également que toutes, absolument toutes les femmes, ont droit à la sécurité sociale et à l’assistance médicale, financées et fournies par l’État comme une obligation, sans discrimination d’aucune sorte, comme il devrait en exister pour l’ensemble de la population , et à plus forte raison pour les travailleurs et les secteurs les plus pauvres. Nous défendons le droit pour les femmes qui se livrent à la prostitution à disposer d’une formation professionnelle garantie par l’État et que leur emploi soit également garanti par l’État. Si elles s’organisent à cet effet, nous serons prêts à les soutenir. De la même manière que nous les défendrons de tout type de répression et de maltraitance.

Mais, à partir de là, nous sommes absolument contre la légalisation de la prostitution ou toute autre politique bourgeoise pour la réglementer. Nous défendons la fin de la prostitution et de toutes les formes de marchandisation du corps féminin. La politique d’Amnesty International consistant à la légaliser pour ceux qui l’exercent « avec consentement » et à criminaliser la traite des êtres humains est un leurre.

Il est inexact qu’il y ait consentement des femmes qui s’y consacrent, car bien que dans certains cas cela soit le produit d’une décision personnelle, cela se fait sur la base d’absence d’alternatives, forcée par le manque de travail et par les conditions sociales d’existence. Cette politique élimine-t-elle l’existence des proxénètes ou va-t-elle simplement changer leur nom ; les appellera-t-on respectueusement des « entrepreneurs » ? Préviendra-t-elle la violence et la maltraitance des « clients » à leur égard ? Dans la logique du marché, celui qui achète une marchandise n’a-t-il pas le droit de la « consommer » comme il l’entend ?

Non seulement une grande partie des ONG, mais même des organisations politiques qui se revendiquent de gauche défendent cette position de légalisation avec des arguments comme, par exemple, le fait qu’il y ait des femmes qui se prostituent de leur plein gré et en pleine conscience de leur liberté sexuelle. Il se peut qu’il y ait une minorité qui se prostitue par choix et même des femmes bourgeoises qui le font pour le frisson de l’aventure, pour échapper à leur vie inutile, mettant ainsi un peu d’adrénaline dans la prostitution légale de leur mariage par intérêt. Mais cela n’a rien à voir avec la prostitution massive qui existe dans la société. La prostitution est étroitement liée à l’exploitation de l’homme par l’homme ; à notre époque, à l’exploitation capitaliste et à la destruction humaine qu’elle produit.

Nous en avons une preuve irréfutable à Cuba : l’un des plus grands acquis de la révolution a été qu’avec l’expropriation de la bourgeoisie, la prostitution a pris fin, non par la répression mais par la rééducation et en donnant à ces femmes une place dans le travail productif, qui ont ainsi recouvré leur dignité. Alors qu’avec le retour du capitalisme, la prostitution est également revenue et les « jineteras » sont devenues l’une des plus grandes attractions du tourisme social qui a proliféré sur l’île.

Mais il y a plus encore. Ces mêmes courants, utilisant la théorie marxiste sur la production de marchandises, argumentent : c’est un travail comme un autre, car la femme vend sa force de travail et produit de la plus-value pour un patron. Le problème est que les femmes contraintes à la prostitution ne vendent pas seulement leur force de travail, elles vendent leur corps, leur dignité. Pour cette raison, cela ressemble beaucoup plus à la vente de femmes qui se faisait pendant l’esclavage. Et nous sommes totalement contre la légalisation et la réglementation de l’esclavage, qui ne profite qu’aux esclavagistes.

Des enquêtes menées dans certains pays, principalement européens, où la prostitution a été légalisée, ont montré que les principaux bénéficiaires de cette politique étaient les « entrepreneurs » du sexe ; le nombre d’enfants et de femmes prostituées a augmenté. Sa conséquence fiscale était le paiement d’impôts, engraissant les caisses de l’État. Le remède s’est révélé pire que le mal.

La Suède, où la légalisation existait jusqu’en 1999, a pris une décision radicale et a modifié sa législation. La prostitution est désormais considérée comme un aspect de la violence masculine à l’égard des femmes et des enfants. Elle est reconnue comme une forme d’exploitation des femmes et comme un problème social important. Le pays pénalise l’achat de services sexuels, décriminalise la vente de ces services et, plus récemment, agrée des ressources pour aider les femmes qui veulent quitter leur profession, avec des plans de formation professionnelle. Le résultat est que les taux de prostitution ont chuté de façon spectaculaire et que la traite des femmes et des filles a presque disparu.

Cette expérience, dans un pays capitaliste, montre qu’il est possible d’avancer dans ce sens, et que la lutte pour les revendications démocratiques des femmes, par exemple, le droit à l’avortement légal, libre et gratuit, le droit de travailler dans des conditions décentes, doit être soutenue et fortement revendiquée par l’ensemble des travailleurs, et qu’il ne suffit pas de faire baisser les taux de prostitution : il faut l’éliminer complètement. Cela sera possible dans une société où les moyens de production ne sont pas entre les mains de quelques-uns mais appartiennent à la société dans son ensemble, où les femmes participent pleinement à la production sociale ; Comme le dit Marx dans le Manifeste communiste : « Il est évident, d’autre part, qu’avec l’abolition des rapports de production actuels, la communauté des femmes qui en est issue disparaîtra, c’est-à-dire la prostitution officielle et privée. »

Nous luttons pour une société complètement différente du capitalisme, une société socialiste dans laquelle les rapports humains, parmi lesquels ceux entre les sexes, peuvent être fondés sur une autre morale, celle de la solidarité et du bien commun, véritablement libérée des conditionnements économiques bourgeois, libérée de toutes sortes d’oppression et de soumission, exempte de commercialisation et de réification, une société dans laquelle transmettre, donner, livrer, acquérir, tout comme « toute chose, morale ou physique », n’est pas soumise à la misérable loi de la valeur capitaliste.

 

Source : https://litci.org/es/una-mirada-marxista-sobre-la-prostitucion/

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