Home BELGIQUE Une première : la lutte obstinée des aides-ménagères

Une première : la lutte obstinée des aides-ménagères

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Le secteur des titres-services a été créé en 2001. Il emploie aujourd’hui environ 150 000 personnes, qui rendent des « services de proximité » (aide au ménage, repassage, etc.) à plus d’ un million de « clients ».
De ces 150.000 personnes, 98 % sont des femmes, 24 % ne sont pas nés en Belgique, 30 % ont 50 ans ou plus, et 46 % n’ont pas terminé leurs études secondaires 1. On y trouve beaucoup de travailleuses de l’Europe de l’Est, de l’Afrique (du Nord et Subsaharienne), de l’Amérique (Centrale et du Sud).
Le système a donné lieu à la création d’emplois, chassant en partie le travail non déclaré. Mais à quel prix ?
Le département d’économie appliquée de l’ULB y a consacré une étude. Le résultat est inquiétant. Ce type de travail affecte négativement la santé des aides-ménagères, qui courent le risque de souffrir des maladies musculo-squelettiques (mal au dos, arthrose, etc.) Le risque d’être en incapacité de travail est 85 % plus élevé que chez d’autres travailleuses, et le risque de tomber en invalidité s’élève à presque trois fois (260 %), dans les cinq années qui suivent l’entrée dans le système. Mais ce travail n’est pas inclus dans les « métiers pénibles » 2.
Le 28 novembre 2019, un millier d’aides-ménagères se sont mobilisées a Bruxelles, la première action nationale du secteur. Un chiffre bas si on le compare avec les 150 000 qui travaillent dans le secteur. La plupart des ouvrières n’ont pas été informées de la manifestation et n’ont pas non plus été organisées par les syndicats. Nous aurions bien aimé être organisées, faire des assemblées et pouvoir prendre nos propres décisions. Il s’agit de notre lutte, notre pain quotidien, notre santé et de notre futur.
L’accord interprofessionnel 2019-2020 prévoyait une marge d’augmentation salariale de 1,1 %, mais pour les grands patrons qui se sont emparés du système en 2004 et y font de plantureux bénéfices, c’était « impossible ». Nous avons des salaires très bas et la plupart d’entre nous travaillent à temps partiel, car c’est pratiquement impossible de travailler à temps plein à cause de la lourdeur et la pénibilité du travail. Et ça a des conséquences négatives concernant le chômage et la pension. Ce n’est pas un système de vie, mais de survie 3.
Le 3 février 2020, après des mois de luttes, avec des négociations sans participation des travailleuses, les directions syndicales et les employeurs sont arrivés à un projet d’accord social : une augmentation du salaire brut de 0,8 % rétroactif au 1er janvier 2020 ; un chèque cadeau de 20 € ; une prime de 10 % pour les heures de repassage à domicile ; congé pour aidants-soignants de proches ; primes incitatives au congé parental ; et une charte contre les comportements inappropriés.
C’est une victoire, insuffisante mais importante, de cette première vague de mobilisations, car elle constitue un exemple et un précédent pour mener la bataille dans tous les lieux de travail. Nous méritons cette augmentation et nous exigeons plus du respect pour notre travail ; plus de formation pour la manipulation des produits de nettoyage qui sont nocifs pour notre santé ; être payées pour les heures de déplacement d’un client à un autre ; sans oublier une chose très importante qui est l’organisation des ouvrières au sein d’un syndicat combatif où règne la démocratie ouvrière.

 

Photo: FGTB-Horval
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1 Etude de 2018 d’IDEA-Consult
2 https://www.rtbf.be/info 7.2.2020
3 Une femme travaillant dans ce système gagne en moyenne 5000 € de moins que celles dans d’autres emplois.

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