Inicio MOYEN ORIENT La guerre civile marque les étapes de la révolution

La guerre civile marque les étapes de la révolution

C'est un fait. Dans le cadre du processus révolutionnaire impressionnant qui secoue l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, la lutte des classes en Syrie a atteint son apogée : la guerre civile.

 

Ce mois de mars, cela fait un an que le soulèvement populaire contre la dictature de Bachar al-Assad – au pouvoir depuis 12 ans, dans un régime totalitaire qui date depuis quatre décennies – a commencé. Depuis lors, la lutte du peuple pour des libertés démocratiques et l'amélioration de son niveau de vie s'est propagée à travers le pays, à des degrés divers.

 

 

Au cours de ces mois, les manifestations populaires furent réprimées sans pitié. En février dernier, le nombre de morts a déjà atteint 7 500 selon l'ONU, et bien plus selon les organisations de l'opposition syrienne, y compris celles des droits de l'homme.
La révolution et la contre-révolution s'affrontent dans la rue, à coups de fusils et de canons, dans un vrai bain de sang.

Emergence et développement de l'Armée de la Syrie Libre

La montée en puissance des mouvements populaires et l'élan que les victoires dans d'autres pays de la région ont imposé à l'ensemble du processus révolutionnaire (comme celle du peuple libyen contre le sanguinaire Kadhafi), ont fini par générer, d'une part, l'initiative de secteurs de la population de s'armer et, d'autre part, une crise profonde et un nombre important de désertions dans l'armée syrienne régulière. Ainsi est née, à la fin de 2011, l'Armée dite de la Syrie Libre (ASL), composée de civils qui ont pris les armes et de soldats déserteurs.

Dans ses premières incursions, l'ASL a attaqué quelques cibles politiques, telles que les locaux du parti Baas au pouvoir, ainsi que des centres militaires et de la police. Dans ce processus, la force de l'ASL s'est agrandie, suite à la radicalisation des protestations, au point de devenir une force de combat importante.

Face à une armée régulière qui conserve toujours une supériorité matérielle, l'ASL utilise des tactiques militaires de guérilla. Le colonel Riad Al-Assaad, un commandant de l'armée rebelle, a dit que l'ASL compte plus de 40 000 combattants et que « les opérations de l'ASL sont caractérisées par des attaques rapides contre les positions pro-Assad, suivies de retraites tactiques à des zones plus sûres » (France-Presse).

Le cours de la guerre civile accélère la crise de l'armée d'Assad

La crise de l'armée syrienne régulière, quoique plus lente que celle de l'armée de Kadhafi, est incessante et a comme base non seulement l'impact du mouvement de masse, mais aussi des contradictions internes assez marquées.

L'armée qui répond à Assad est calquée sur la minorité alaouite à laquelle appartient la famille Assad. On estime que 80 % des officiers supérieurs appartiennent à cette branche du chiisme. Cette armée élitiste commence à montrer des signes de fatigue après des mois de déploiement continu. Les manifestations et l'utilisation d'armes par le peuple s'intensifient au fur et à mesure que le régime utilise des chars et de l'artillerie lourde dans les zones urbaines, en dépit des destructions évidemment très grandes causées par ceux-ci.

Le fait est qu'Assad se trouve face au grand problème de la composition même de son armée. Elle est nombreuse, mais la très grande majorité de ses 300 000 soldats sont des recrues sunnites, auxquelles on n'assigne généralement pas de missions de répression, leur loyauté étant douteuse. Ce n'est pas par hasard que la plupart des désertions viennent de ces forces. La répression est donc généralement confiée à la Garde républicaine, qui compte environ 10 000 soldats, et à la Quatrième division mécanisée, qui en compte 20 000. L'écrasante majorité de ces deux forces, dirigées par l'infâme Maher al-Assad, le frère du président, sont des Alaouites.

La situation militaire d'Assad se complique. La lutte fait rage à Homs, à Hama, à Idlib, à Deraa et même dans la ville côtière de Lattaquié, le berceau de la famille d'Assad. Bien que ce dernier parvienne à écraser quelques poches rebelles, il est dépassé par l'insurrection populaire qui s'étend. Jusqu'à présent, l'armée du régime n'a pas réussi à écraser le soulèvement populaire armé, malgré sa supériorité en nombre et en armes : après qu'une ville ait été arasée, les soldats de Maher al-Assad doivent la quitter pour en assaillir une autre, et encore une autre. Puis, les rebelles refont surface, et ainsi de suite.

La ville de Homs nous donne un exemple. Elle a été soumise à quatre semaines de bombardements intensifs et à deux jours de combats acharnés, maison par maison. Le quartier de Baba Amr, le centre de la résistance, a été le plus harcelé. Face à une écrasante supériorité en nombre et en puissance de feu, des milliers de miliciens y ont résisté dans la rue, soutenus par la majorité de la population.

A Homs, le régime syrien a utilisé la même méthode que celle mise en oeuvre pour écraser la rébellion islamiste à Hama, il y a exactement 30 ans. A cette occasion, Hafez al-Assad, le père du dictateur actuel, a bombardé la ville pendant un mois et a lancé par la suite sur elle un assaut terrestre sans relâche. Hama fut arasée et le nombre réel de morts nous est toujours inconnu, les chiffres variant entre 14 000 et 40 000 personnes.

La milice de Homs a finalement annoncé un repli tactique, mais Assad fils n'a pas obtenu à Homs ce que le père avait obtenu à Hama. A Homs, la résistance armée du peuple syrien n'a pas été écrasée, comme veut célébrer le régime assassin d'Assad. Dans cette opération, le dictateur a utilisé quelque 7 000 soldats d'élite et des dizaines de chars, y compris des missiles à longue portée, pour des bombardements incessants. Même avec toutes ces forces, le régime a échoué à écraser la résistance. Au contraire, le président Assad a dû reconnaître, dans des déclarations à la télévision qatarie Al Jazeera, que ses forces « ont également subi de lourdes pertes dans les combats », des pertes infligées par l'ASL.

Et ainsi, alors que les incendies n'étaient pas encore éteints à Homs, les combats se déplaçaient déjà à deux autres villes rebelles, Hama et Idlib, contre lesquelles commencèrent les bombardements. La guerre civile s'est étendue à tel point qu'il y eut aussi des affrontements dans une zone très controversée : le plateau du Golan, un territoire conquis et annexé par Israël.

Il est clair que la victoire des rebelles n'est pas assurée d'avance, mais les éléments d'information dont nous disposons nous permettent de dire que la guerre civile s'intensifie et que la résistance populaire armée s'étend. Nir Rosen, un journaliste américain qui a passé des semaines en Syrie, a relaté son expérience à Al Jazeera en soulignant le fait que les comités locaux et les milices armées des villes ou des provinces sont en train de s'unir et de créer des structures plus grandes.

Pour Rosen, la plus impressionnante de ces organisations est précisément le Conseil révolutionnaire de Homs, qui est, de fait, « un Etat dans l'Etat ». Ce Conseil assume les tâches de sécurité, de soins de santé et d'alimentation de plus de 16 000 familles et organise la lutte sociale et armée contre la dictature.

Un autre fait important apporté par Rosen concerne la composition de l'ASL, constituée principalement par des civils armés, des gens ordinaires qui ont pris les armes, plutôt que par des déserteurs de l'armée régulière syrienne. Selon Rosen, les désertions, bien réelles et en augmentation, ont commencé bien après le début de la résistance armée populaire. Cette dernière a obtenu des armes sur le marché noir et s'est mise en place par la nécessité de protéger les manifestations de la répression.

Les manœuvres de « l'ouverture démocratique »

La répression du régime augmente dans la mesure de son désespoir. Assad s'accroche au pouvoir, refuse de négocier quoi que ce soit sur la base de son départ, durcit la répression et déclare au monde qu'il continuera à utiliser la « poigne de fer » et qu'il « se maintiendra ferme face à ses ennemis », face à ce qu'il dénonce comme une « conspiration étrangère ».

Parallèlement, il essaye toutefois d'amorcer un timide mouvement pour légitimer son régime et maintenir la base sociale qui continue à le soutenir. En février, en même temps qu'il bombardait Homs, il tint un référendum constitutionnel pour légitimer une prétendue « ouverture démocratique ». Cependant, selon le texte de ces réformes, il maintiendrait des pouvoirs décisifs – y compris la possibilité de choisir le Premier ministre et de rejeter des lois, contre la majorité au « parlement » – et surtout, il pourrait rester « constitutionnellement » au pouvoir au moins jusqu'en 2028.

Malgré cette manœuvre, le régime se trouve toujours dans une situation très délicate, à la fois politiquement et militairement. Assailli par la mobilisation populaire et les actions armées de l'ASL, il doit aussi faire face à une autre dure réalité : l'impérialisme, auquel il a toujours été si fidèle, mais qui prend aujourd'hui de plus en plus de distances.

La politique de l'impérialisme

Depuis plusieurs mois, l'impérialisme étasunien et européen et la bourgeoisie arabe, qui initialement soutinrent Assad sans réserve, ont commencé à se distancier de lui. Ils l'ont d'abord mis en garde et ils ont fait pression sur lui afin de rechercher une issue négociée. Puis ils ont appliqué des sanctions économiques. Ensuite, la Ligue arabe – un instrument docile de la politique des puissances impérialistes et qui a essayé pendant des mois de négocier avec Assad – a haussé le ton, toujours sur le terrain de la diplomatie, et a décidé de suspendre ce pays en tant que membre.

Au début de février, la Ligue arabe proposa une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU, où elle condamna la répression et proposa, comme condition sine qua non pour résoudre la crise, la sortie d'Assad et la formation d'un « gouvernement d'unité nationale ». La Russie et la Chine opposèrent leur veto à cette résolution et furent alors sévèrement dénoncées par d'autres dirigeants mondiaux, en tant que « complices » des crimes d'Assad.

Finalement, une déclaration du Conseil des droits de l'homme de l'ONU condamna la « violation systématique » des droits des civils en Syrie. La Russie, la Chine et Cuba, qui soutiennent le maintien au pouvoir d'Assad, ont voté contre cette résolution.

L'impérialisme, en voyant que le torchon brûle, se rend compte que cela devient très compliqué de manifester ouvertement un soutien à Assad. C'est pourquoi il le dénonce, lui applique des sanctions économiques et essaye de l'isoler sur la scène internationale, en le poussant pour qu'il mette en oeuvre certains changements tactiques dans sa manière de faire face à la révolution populaire, ou directement, pour qu'il renonce, tant que la situation le lui permet encore.

Pourquoi ces personnages de l'impérialisme étasunien et européen et des bourgeoisies arabes font-ils maintenant des déclarations contre Assad ? Les raisons n'ont rien d'un prétendu sentiment humanitaire soudain envers le peuple syrien massacré, ni d'une réelle défense des libertés démocratiques dans ce pays. Ces puissances sont les mêmes qui ont toujours soutenu la dynastie des Assad, qui à son tour leur a toujours été fidèle pour brader le pétrole, appliquer les recettes néolibérales du FMI et garantir la sécurité des frontières d'Israël.

Ce qu'il y a derrière cette rhétorique « humanitaire », c'est le besoin vital de l'impérialisme de venir à bout du processus révolutionnaire en Syrie et dans toute la région, un processus qui s'intensifie avec la permanence d'Assad au pouvoir. Le dictateur syrien est devenu de nos jours un élément de déstabilisation. L'impérialisme est non seulement hypocrite, mais aussi pragmatique. Il distingue très bien ce qui est stratégique et ce qui est tactique et, en ce sens, le maintien ou non d'un laquais est pour lui une question purement tactique.

Il est clair toutefois que, pour le moment, l'impérialisme n'est disposé à promouvoir aucune intervention armée, contrairement à ce qu'il a fait en Libye. Pour l'impérialisme étasunien, qui se trouve à la veille d'élections et qui vient d'encaisser une défaite en Irak et en Afghanistan, toute entreprise militaire s'avère extrêmement difficile. Pour l'impérialisme européen, submergé dans la crise, ce n'est pas moins compliqué. D'autre part, l'option militaire serait trop risquée dans un pays où il y a une armée bien équipée et dont la situation géopolitique est explosive. La Syrie a des frontières avec le Liban et la mer Méditerranée à l'ouest ; avec Israël au sud-ouest ; avec la Jordanie au sud ; avec l'Irak à l'est et avec la Turquie au nord. Une intervention armée pourrait avoir des résultats inattendus et pourrait enflammer le Moyen Orient tout entier. De toute évidence, en matière politique et militaire, la Syrie n'est pas la Libye.

Pour l'instant, l'impérialisme table sur l'usure économique et diplomatique, peut-être avec une issue comme au Yémen, avec le transfert du pouvoir au vice-président, octroyant certaines réformes démocratiques tout en sauvant l'essentiel du régime. L'intervention armée est peu probable. Si elle avait été considérée comme opportune, elle aurait été appliquée depuis longtemps, sans se soucier du veto de la Russie et de la Chine à l'ONU.

Pour les mêmes raisons, tout en clamant qu'Assad doit s'en aller, les impérialistes en font tout un plat quand le CNS et l'ASL lui exigent des armes et des conseillers militaires pour combattre le dictateur. Hillary Clinton abat ses cartes quand elle pose la question : « Si nous faisions cela, chez qui les armes arriveraient-elles ? » L'impérialisme ne se fie pas aux rebelles.

Le castro-chavisme continue à soutenir les dictateurs assassins

De fait, Assad n'a plusbeaucoup d'alliés sur la scène internationale. Nous pouvons les compter sur les doigts des mains : la Russie, la Chine, l'Iran, Cuba, le Venezuela et le Nicaragua.

Hugo Chavez a publié un communiqué, à travers son ministère des Affaires étrangères, où il « manifeste le soutien le plus fort » au gouvernement syrien et où il « reconnaît les efforts considérables déployés par le président Bachar al-Assad pour faciliter une solution politique dans la conjoncture complexe où se trouve le pays » (AFP, 12.01.12).

Chavez accuse le peuple syrien et les masses de la région de commettre des « actes terroristes », et il n'oublie pas le refrain habituel d'une « attaque impérialiste » contre un supposé dirigeant anti-impérialiste qui serait en cours d'être déstabilisé par « des forces provenant de l'étranger » (voir le communiqué officiel).

La position de la dictature de Castro est tout aussi regrettable, mais elle ne surprend pas. Le site du Granma fait l'éloge d'un supposé « processus de réforme » qu'Assad serait en train de mettre en oeuvre, avec le référendum que nous avons mentionné plus haut. On y dit que les bombardements du gouvernement sur Homs sont dirigés contre « des groupes armés » qui, financés par l'étranger, seraient en train d'attaquer la ville. Face à ce massacre, les représentants diplomatiques du gouvernement cubain déclarent que l'issue doit être « pacifique », et dans ce contexte, ils soulignent les efforts de Kofi Annan, en tant que médiateur (Cubadebate).

Le soutien à ces dictateurs est non seulement dégoûtant ; il finit par renforcer la position de l'impérialisme puisqu'il lui facilite la politique d'apparaître comme « le défenseur de la démocratie et des droits de l'homme ». Qui plus est, la solidarité castro-chaviste avec les tyrans du monde arabe sape la solidarité dont la juste lutte du peuple syrien et les autres peuples ont tellement besoin.

Le problème majeur

En Syrie, comme en Libye et dans d'autres pays de cette région, la contradiction centrale réside entre d'une part, les luttes héroïques des masses, et d'autre part, leurs directions bourgeoises et pro-impérialistes. Dans le cas de la Syrie, cela se manifeste dans le Conseil national syrien (CNS) qui a émergé au cours des derniers mois. Celui-ci se présente comme un gouvernement alternatif au sein duquel se retrouvent les Frères musulmans, les libéraux, les différentes factions kurdes et, apparemment, les Comités de coordination locale.

Le CNS soutient les actions armées de l'ASL, mais il appelle en même temps à l'intervention impérialiste, exigeant « une action rapide » de la part de la communauté internationale pour protéger les civils « par tous les moyens nécessaires » (France-Presse).

Parmi ces organismes, l'espace le plus progressiste semble être occupé par les Comités de coordination locale, composés de gens ordinaires, de jeunes de différentes villes et de différents quartiers, avec la tâche d'organiser les manifestations dans des zones amples.
Nous, la LIT, nous soutenons que la question de la direction révolutionnaire est le problème majeur, en Syrie comme dans les autres pays de la région secoués par le processus révolutionnaire. A cet égard, nous exhortons le peuple syrien et les combattants les plus conscients de la résistance à n'avoir confiance que dans leurs propres forces révolutionnaires et à ne rien attendre de l'impérialisme ni des courants politiques bourgeois, qu'ils soient laïcs ou islamistes.

Aux travailleurs et aux jeunes qui s'organisent dans des comités régionaux, qui prennent les armes et essayent de se coordonner entre eux, nous disons que c'est une question de vie ou de mort que ce soit le peuple et la classe ouvrière syrienne qui, dans le feu de la lutte contre le régime d'Assad, s'organisent entre eux et s'autodéterminent au moment de la définition du sort de leur lutte.

Ceux qui dirigent actuellement le CNS ou l'ASL peuvent se trouver temporairement dans le même camp militaire que le peuple pauvre, contre Assad. Mais tôt ou tard, par leur caractère de classe, ils finiront par trahir les aspirations réelles du peuple,  aspirations non seulement économiques, mais aussi celles concernant les libertés démocratiques.

Pour une victoire stratégique, la seule issue est la construction d'une direction révolutionnaire et internationaliste qui prenne en main les rênes du processus.

Tout le soutien à la lutte du peuple syrien pour la chute du régime assassin d'Assad !

Il est nécessaire d'unifier les manifestations à travers le pays et d'intensifier la lutte armée jusqu'à la chute du régime. C'est le moment d'approfondir la division dans les forces armées du régime, c'est le moment, pour les masses, d'étendre leur organisation sous la forme de conseils populaires avec fonctionnement démocratique, des conseils qui, à leur tour, organisent des milices armées dont les actions doivent être régies par l'intérêt général de la lutte.

En ce sens, la LIT rejette catégoriquement, et appelle à rejeter, tout type d'intervention impérialiste en Syrie. C'est le peuple syrien, et lui seul, qui doit décider de son sort. Nous ne devons avoir aucune illusion dans les puissances impérialistes et leurs marionnettes, qui visent seulement le pillage et l'exploitation de nos peuples.

De même, nous faisons un appel à tous les mouvements sociaux et les organisations politiques qui se considèrent de gauche ou qui veulent défendre les droits de l'homme, d'entourer la lutte du peuple syrien de solidarité active.

Dans nos organisations, nous devons exiger une rupture immédiate de tous les gouvernements avec l'assassin Assad. Cela inclut, bien sûr, les gouvernements de Chavez et de Castro, fidèles défenseurs de ce régime, ainsi que le gouvernement de Dilma au Brésil, qui a également exprimé son soutien politique, bien que de façon plus sournoise.

En outre, nous devons exiger de tous les gouvernements d'envoyer immédiatement des armes et des conseillers militaires pour combattre dans le camp militaire de l'ASL. En ce sens, nous nous tournons en particulier vers les peuples libyen, égyptien et tunisien, et tous les autres peuples de la région.

La lutte est pour la chute immédiate d'Assad et pour la mise en place d'un gouvernement des classes exploitées syriennes. Seul un gouvernement ouvrier et populaire pourra convoquer et garantir la mise en œuvre d'une Assemblée constituante libre, démocratique et souveraine pour conquérir toutes les libertés démocratiques et libérer le pays de l'impérialisme. Seul un gouvernement ouvrier et populaire pourra envisager une véritable lutte contre l'Etat nazi-sioniste d'Israël, enclave politico-militaire de l'impérialisme dans la région, en commençant par la récupération du territoire syrien du plateau du Golan, usurpé par les sionistes depuis 1967.

Ce gouvernement, basé sur les organisations et les milices populaires, doit également poursuivre et punir tous les crimes d'Assad et de sa clique dictatoriale ; confisquer leurs richesses et les placer sous le contrôle du peuple affamé et à son service ; annuler tous les contrats pétroliers et d'autres accords conclus par Assad et qui lient le pays à l'impérialisme ; nationaliser immédiatement le pétrole et toutes les richesses du pays, sous l'administration du peuple et au service de la mise en oeuvre d'un plan d'urgence qui répond aux besoins pressants du peuple travailleur syrien, tout cela dans la perspective de la création d'une Fédération de Républiques socialistes arabes.

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Le castro-chavisme sournois du PTS-FT

Le PTS-FT >1 semble ne rien apprendre des processus révolutionnaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Concernant la Syrie, il commence à esquisser la même orientation que celle maintenue pour la Libye. Dans le cas de la Libye, le fait que les masses se soient armées et aient renversé violemment un dictateur sanguinaire et pro-impérialiste comme Kadhafi, au point de le lyncher, à la vue du monde, ne représente pas un triomphe des masses pour le PTS-FT. Au contraire, pour eux, c'est l'impérialisme qui a gagné et qui a réussi à installer « un gouvernement encore plus pro-impérialiste que celui de Kadhafi ».

Pour ces hérauts de l'orthodoxie révolutionnaire, les actions héroïques des masses n'avaient rien à voir avec une révolution, car parmi les gens, il n'y avait pas de combattants, mais, au contraire, « des troupes au sol » centralisées par l'OTAN et les dirigeants bourgeois du Conseil national de transition (CNT).

Comme on peut le constater, cette position arrive à la même conclusion que celle du castro-chavisme, ornée toutefois de terminologie « trotskyste » et transitant par un autre chemin : 1) en Libye, il n'y a pas eu de révolution, mais une contre-révolution où l'impérialisme l'a emporté ; 2) la lutte des masses libyennes est le plus réactionnaire imaginable, s'agissant de « mercenaires » ou de « troupes au sol » de l'impérialisme ; 3) Kadhafi était, au moins, le moindre mal, parce que l'impérialisme l'a remplacé par « un gouvernement plus pro-impérialiste ».

Le PTS-FT maintient la même qualification que le castro-chavisme, et pour être conséquent, il devrait dire, au moins, que les marxistes révolutionnaires, nous devrions nous trouver dans le même camp militaire que celui deKadhafi, et maintenant à côté de la CNT qui veut désarmer les « troupes au sol » de l'OTAN. Mais il n'ose pas faire ce pas.

Le fait est que, pour le PTS-FT, les actions des masses ne valent presque rien. Pour eux, ce que nous voyons en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ne sont pas des révolutions, mais un « cycle de rébellions »2. Ainsi, en Syrie il n'y a pas de guerre civile, mais seulement « une escalade de protestations et d'affrontements ».

Au moment de définir la situation de la lutte des classes en Syrie, l'impressionnante lutte menée par les masses n'est jamais prise en compte. Il n'y a que les orientations politiques de l'impérialisme qui comptent : « En Syrie se croisent donc la stratégie impérialiste de vaincre la révolte arabe, et l'offensive pour réaffirmer sa domination sur le Moyen-Orient. » Qu'en est-il des masses ? Ne sont-elles pas en train de se battre, ne fût-ce qu'inconsciemment, contre la stratégie impérialiste ?

Bien qu'il n'exprime pas explicitement un soutien au régime d'Assad et qu'il dise que les masses ne doivent entretenir aucun intérêt dans la préservation de ce régime, le PTS-FT tient à préciser qu'Assad « n'est pas un agent direct de l'impérialisme, comme l'Egyptien Moubarak, ni un ''converti'' à l'alliance avec l'Occident, comme Kadhafi ». Assad ne serait donc pas un « agent direct » de l'impérialisme. C'est ce que dit le castro-chavisme. Mais qu'est-il donc ? Un dirigeant anti-impérialiste, ou au moins un nationaliste bourgeois qui commande un pays indépendant ?

Le PTS-FT fait un effort déguisé pour atténuer ou embellir le régime d'Assad, tout comme le castro-chavisme, et il affirme qu'avec ce dictateur au pouvoir, « il y a toujours des frictions importantes avec l'Occident, telles que son alliance avec l'Iran, son soutien à l’Hezbollah et son exigence envers Israël de restituer le Golan ». Le PTS-FT affirme, en outre, que s'il y avait une intervention militaire de l'impérialisme, l'intérêt de ce dernier serait d'établir un « régime plus fonctionnel » pour ses intérêts.

On aperçoit de nouveau, cette fois pour le cas de la Syrie, l'idée du moindre mal à partir e la possibilité d'un régime « plus fonctionnel » ou un gouvernement « plus pro-impérialiste », comme ce fut le cas avec Kadhafi.

D'autre part, le PTS-FT transfère le caractère contre-révolutionnaire du CNS aux actions des masses, en essayant de déprécier les actions de celles-ci. Pour ce parti, « la contradiction politique la plus importante du soulèvement est que, en absence de développement d'une dynamique révolutionnaire indépendante, il est subordonné au CNS et à son programme pro-impérialiste, comme un facteur de pression dans la recherche du ''changement de régime'' subordonné aux Etats-Unis et à l'UE ».

Dans le cas de la Syrie, le PTS-FT n'a même pas attendu une intervention militaire pour annexer la lutte des masses au camp de la contre-révolution. C'est la même logique que celle du raisonnement par lequel les masses libyennes furent accusées d'être « des troupes au sol » subordonnées à l'impérialisme et à la CNT.

Le PTS-FT affirme que la stratégie doit être « d'imposer par voie révolutionnaire le renversement d'al-Assad et l'établissement d'un pouvoir ouvrier et populaire ». Nous sommes entièrement d'accord sur ce point. Le problème est que ces idéalistes, qui se disent maîtres dans la méthode d'analyse marxiste, confondent leurs désirs avec la réalité, ce qui est habituel chez eux.

Pour un marxiste révolutionnaire, ce sont les faits de la réalité, et non ses propres désirs, qui sont le point de départ. Ainsi, au lieu de nier l'ensemble du processus – en raison de l'absence d'une avant-garde de la classe ouvrière et d'une direction révolutionnaire – les marxistes doivent avoir, au sein du camp de la révolution, une politique pour surmonter ces graves limitations, une politique qui part des contradictions du processus révolutionnaire et qui en identifie les éléments progressistes, qu'il essaye alors de développer le plus possible.

Mais cette tâche devient impossible pour un courant qui ne parvient pas à identifier, globalement, où se trouve la révolution et où la contre-révolution, dans tout le processus politique qui secoue l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
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1 Le Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) est la section argentine de la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale (FT-QI).
2 Eduardo Molina, El imperialismo quiere imponer un « nuevo régimen » favorable a sus intereses. Sur le site Web de la Fraction Trotskyste, 3.2.2012. Toutes les citations sont de cet article.