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IL N’Y A PAS DE PLACE POUR LA NEUTRALITÉ DANS LA GUERRE D’AGRESSION CONTRE L’UKRAINE

ON EST SOIT AVEC POUTINE, SOIT AVEC LA RÉSISTANCE.

CE N’EST QU’EN SOUTENANT LA RÉSISTANCE UKRAINIENNE QUE L’ON PEUT COMBATTRE L’OTAN, LES US ET L’UE.

Par: F. Alegría

La guerre déclenchée après l’invasion russe, comme il arrive dans toute guerre, donne lieu aux jugements et aux positions les plus disparates et divise les sociétés, y compris parmi les personnes que nous connaissons comme étant de gauche et des défenseurs de la paix.

L’invasion russe a déclenché un mouvement massif de rejet de la guerre et de défense de la paix, et cela d’autant plus que des dirigeants mondiaux sont allés jusqu’à évoquer le risque de conflit nucléaire. Le « Non à la guerre » est aussi, pour la grande majorité, une désapprobation de la brutale invasion russe et une sympathie ouverte avec le peuple ukrainien massacré. Nous partageons pleinement ce sentiment, et nous sommes aussi en désaccord avec les courants politiques qui, se prétendant pacifistes, adoptent une position neutre au nom de la thèse selon laquelle « toutes les guerres se valent« .

Toutes les guerres ne se valent pas, tout comme il n’est pas équivalent de défendre le « Non à la guerre » à Moscou ou dans les grandes capitales de l’UE. À Moscou, ce slogan n’a rien de neutre : il signifie faire face à l’invasion commises par les troupes de son pays et, par conséquent, se ranger du côté de la résistance ukrainienne. A Madrid, s’il n’est pas accompagné d’un soutien clair au peuple ukrainien, il revient à s’opposer à la guerre « en général », sans comprendre qu’il ne peut y avoir de paix digne de ce nom sans la défaite de l’invasion russe.

C’est pourquoi il est si important de définir la nature d’un conflit militaire dès son début, car la position à adopter en dépend.

L’invasion russe est une guerre d’agression nationale contre l’Ukraine.

Lénine, confronté à une guerre, se demandait : « Peut-on expliquer la guerre sans la relier à la politique antérieure de tel ou tel État, de tel ou tel système d’États, de telle ou telle classe [sociale] ? » – et il concluait : « C’est la question cardinale, toujours oubliée, et dont l’incompréhension fait que neuf discussions sur dix sur la guerre sont de vaines disputes et de simples bavardages« .  Voici quelles étaient ses questions : « Quel est le caractère de classe de la guerre, pourquoi a-t-elle été déclenchée, quelles classes la soutiennent, quelles conditions historiques et historico-économiques l’ont provoquée?« .

Ce que nous avons sous les yeux, c’est une guerre d’agression nationale de la deuxième puissance militaire du monde contre une nation beaucoup plus faible qu’elle veut soumettre par la violence, avec des méthodes d’une extrême cruauté. Tout au long de son histoire, à l’exception de la courte période initiale de l’URSS du vivant de Lénine, l’Ukraine a été soumise, d’abord par le tsarisme, puis par la bureaucratie stalinienne.

Cette intervention de la Russie en Ukraine fait suite à la guerre et à l’occupation sanglante de la Tchétchénie, à l’intervention militaire de la Russie en Géorgie, au soutien direct au dictateur Loukachenko au Bélarus, à l’annexion de la Crimée et à l’occupation du Donbass, ainsi qu’à l’intervention militaire au Kazakhstan en janvier dernier pour mater une révolte populaire contre la dictature pro-russe.

Les conférences de presse de Poutine avec, en arrière-plan, l’image de la Grande Catherine, la grande figure de l’expansion impériale russe au XVIIIe siècle, sont une déclaration d’intention. La nature de ce conflit est une guerre d’agression nationale, dont l’objectif est le contrôle militaire, économique et politique d’un pays qui est un immense grenier à blé, dont la situation géographique est déterminante pour le transit de l’énergie et du commerce, et dont la taille et les ressources sont considérées par le Kremlin comme essentielles à son projet capitaliste de Grande Russie.

Cette invasion reflète paradoxalement la faiblesse économique du capitalisme russe, économiquement dépendant et dominé par une poignée d’oligarques dont le rôle dans la division mondiale du travail se réduit fondamentalement à celui de fournisseur d’énergie. Cependant, le capitalisme russe est, en même temps, une superpuissance militaire nucléaire héritée de l’URSS qui, pour préserver ses intérêts en tant que puissance dans ce qu’elle considère comme son espace vital, doit recourir à la force militaire, avec laquelle elle soutient des dictatures sous sa coupe.

Face à une guerre d’agression nationale comme celle d’aujourd’hui, la seule position légitime du point de vue des intérêts de la classe ouvrière internationale est la solidarité et le soutien à la résistance du peuple ukrainien pour vaincre l’agression impériale russe. C’est pourquoi nous devons être dans le camp militaire du peuple ukrainien. C’est ce que Lénine nous a enseigné[1] en écrivant : « Si, par exemple, demain, le Maroc déclarait la guerre à la France, l’Inde à l’Angleterre, la Perse ou la Chine à la Russie, etc., ces guerres seraient des guerres « justes », « défensives », quel que soit le premier attaquant, et tout socialiste sympathiserait avec la victoire des États opprimés, dépendants, bafoués dans leurs droits, sur les « grandes » puissances oppressives, asservissantes et spoliatrices« .

Les civils préparent la défense des villes ukrainiennes

C’est dans le même sens que Léon Trotsky écrivait[2] en 1937 : « Nous ne plaçons pas et n’avons jamais placé toutes les guerres sur le même plan. Marx et Engels ont soutenu la lutte révolutionnaire des Irlandais contre la Grande-Bretagne, celle des Polonais contre le Tsar – et il ajoutait – bien que dans les deux guerres les dirigeants étaient pour la plupart des membres de la bourgeoisie et parfois même de l’aristocratie féodale…… en tout cas, des catholiques réactionnaires« .

Il n’y a rien d' »anti-impérialiste » dans la guerre de Poutine.

Il ne sert à rien de polémiquer avec ceux qui soutiennent Poutine parce que c’est un « communiste », car leur raisonnement obéit, plutôt qu’à une argumentation politique sérieuse, à une sorte de câble débranché dans leur cerveau.

D’autres, cependant, arrivent à la même conclusion de soutien à l’agression brutale de Poutine en recourant à la « théorie des camps », si chère au stalinisme, qui la défend depuis près d’un siècle. Selon Staline, le monde était divisé en deux grands camps, le « camp progressiste », qui était celui des alliés de la bureaucratie du Kremlin, et le camp réactionnaire, celui de ceux qui étaient contre elle. Dans la réalité, la composition des camps a varié en fonction des intérêts diplomatiques de Staline. Dans les années 30, ses premiers alliés ont été les impérialismes britannique et français ; puis, d’avril 1939 à juin 1941, ce furent les nazis. Puis, après l’invasion de l’URSS par les nazis, ses alliés sont devenus les États-Unis et la Grande-Bretagne, ce qui a duré jusqu’à la « Guerre froide ». Ensuite, la soi-disant « coexistence pacifique » s’est mise en place avec deux camps consolidés : le « camp de la paix« , le camp progressiste, à l’ombre du Kremlin; et le camp impérialiste, dirigé par les États-Unis. Bien entendu, la position dans tout combat international n’était pas déterminée par la nature et les intérêts de classe en conflit, mais par l' »amitié » avec la bureaucratie du Kremlin.

Aujourd’hui, des décennies après la restauration du capitalisme en Chine et en Russie, les partisans de la théorie des camps continuent de proclamer que ce qui définit un « anti-impérialiste » est d’être dans « le camp où l’OTAN n’est pas« . Sur la base de cette argumentation, ils soutiennent la guerre d’agression de Poutine. Mais, en vérité, il ne s’agit pas d’un problème idéologique, puisque ces thèses sont soutenues par des régimes capitalistes réactionnaires et anti-populaires comme ceux de Cuba, du Nicaragua ou du Venezuela, ou encore par la théocratie iranienne, qui trouvent refuge dans la Russie de Poutine et dans la Chine de Xi Jinping, que certains ont d’ailleurs fait apparaître comme rien de moins que le « socialisme réel » de notre époque.

En vérité, en soutenant la guerre d’agression de Poutine, ces forces favorisent l’OTAN et les puissances impérialistes, en leur permettant d’apparaître comme des défenseurs du peuple ukrainien et, comme le dit le manifeste de la gauche socialiste russe, en leur donnant des « justifications pour placer des missiles et des bases militaires le long de nos frontières« [3], pour impulser un réarmement indécent.

La justification selon laquelle l’Ukraine est un « régime nazi » est délirante.

Alors que Poutine, le grand ami de l’extrême droite internationale, utilise les méthodes de la Wehrmacht d’Hitler, la propagande russe, reproduite par des organisations d’origine stalinienne, a tenté de justifier son agression par le « caractère nazi » du régime ukrainien, présidé, soit dit en passant, par une personnalité juive russophone. Pour le démontrer, ils exhibent des photos du bataillon Azov, une force paramilitaire composée principalement de militants d’organisations d’extrême droite ukrainiennes telles que Pravy Sector et Svoboda.

Chacun sait que les gros mensonges, pour avoir une quelconque crédibilité, doivent contenir des ingrédients de vérité. Bien sûr, il existe des organisations d’extrême droite en Ukraine, y compris celles qui se réclament du nazisme et qui, assez fréquemment, entretiennent ou ont entretenu des liens avec des secteurs de l’armée et avec des oligarques. L’Ukraine n’a pas fait exception à la règle en Europe, et là aussi, l’extrême droite a fait acte de présence. Cependant, il faut reconnaître que son influence sociale et son poids politique sont bien moindres que dans de nombreux pays européens. La Coalition nationale d’extrême droite qui s’est présentée aux élections générales de 2019 a obtenu 2,15 % des voix et n’a pas réussi à obtenir de sièges ; lors des dernières élections présidentielles, le candidat de Svoboda, Koshulynskyi, a récolté 1,6 % des voix. Par conséquent, si l’on appliquait la règle de trois, l’État espagnol, la France, l’Italie ou l’Allemagne seraient super-nazis.

La propagande pro-Poutine cache également la présence de combattants d’extrême droite et de nazis avoués dans les milices pro-russes du Donbass, comme le célèbre bataillon Vostok, qui comprend des monarchistes russes nostalgiques de l’empire tsariste, des soldats arborant des tatouages nazis, d’anciens membres de la Légion étrangère française et des volontaires de l’extrême droite serbe et d’autres régions d’Europe centrale.

Ces groupes pro-nazis, d’un côté et de l’autre, sont liés dès le départ à divers oligarques issus du pillage mafieux de l’économie du pays lorsque le capitalisme a été restauré à l’initiative de l’ancien parti stalinien. Dans le même temps, ces oligarques étaient en conflit les uns avec les autres pour leurs affaires, certains étant orientés vers la Russie et d’autres vers l’UE. C’est le cas des pro-russes Rinat Akhmetov, un magnat de l’acier et des mines du Donbass, et Viktor Medvedchouk, parrain d’une fille de Poutine, qui ont financé les groupes paramilitaires pro-russes dans le Donbass. Ou celui d’Igor Kolomoïski, d’origine juive et sioniste reconnu, cofondateur de la banque Privat, possédant des actifs dans le secteur du pétrole et du gaz et propriétaire de grands médias, financeur du groupe fasciste Pravy Sektor.

Prétendre justifier l’agression militaire contre l’Ukraine au nom de la lutte contre le nazisme, comme le font Poutine et ses acolytes, est une insulte à l’intelligence, une banalisation répugnante de la barbarie qu’a représenté le régime nazi et une insulte aux millions de victimes russes et ukrainiennes qui l’ont subie.

L’invasion russe de l’Ukraine n’est pas une guerre entre puissances impérialistes

Il ne manque pas non plus de courants qui, tout en condamnant l’agression de Poutine, finissent par la justifier parce que « l’OTAN a provoqué la Russie« . Ils déclarent alors qu’il s’agit d’une confrontation entre puissances impérialistes, face à laquelle ils se déclarent « neutres« , tout en criant « pour la paix« .

Bien sûr, personne ne peut nier que l’OTAN est, entre autres, un instrument d’expansion de l’impérialisme américain et européen vers l’Europe de l’Est, à des fins de pillage. De la même manière, l’objectif de Poutine avec son agression contre l’Ukraine est de négocier avec les grandes puissances impérialistes occidentales une situation favorable pour le capitalisme russe dans ce qu’il considère comme son espace vital. L’agression russe n’est, d’un autre côté, que le reflet de la crise profonde de l’ordre impérialiste mondial, qui a éclaté précisément au niveau de son maillon le plus faible.

Cela étant, il n’est pas acceptable de dissoudre la guerre brutale d’agression nationale contre l’Ukraine dans une abstraction géopolitique mondiale. Nous avons affaire à une guerre d’agression nationale absolument inégale entre la deuxième puissance militaire du monde et une nation opprimée et beaucoup plus faible. Et cela signifie que la première tâche internationaliste, sur laquelle reposent toutes les autres tâches, est de prendre le parti du peuple ukrainien et de l’aider à vaincre l’agression militaire russe. Sans cela, toute proclamation de désapprobation de l’invasion et de défense de la paix sont des mots vides de sens.

Il n’est pas légitime de confondre une guerre d’agression nationale avec un conflit militaire entre puissances impérialistes pour se partager le monde. Si tel avait été le cas, comme lors de la Première Guerre mondiale, nous ne nous alignerions sur aucune des puissances en conflit et, comme Lénine et les internationalistes, loin de rester neutres, nous défendrions le défaitisme révolutionnaire (« la défaite de son propre impérialisme est le moindre mal« ) et nous lutterions pour « transformer la guerre inter-impérialiste en une guerre de classes révolutionnaire« .

Il ne sert à rien de dire que l’on est contre l’agression militaire russe et de ne pas prendre parti pour la résistance ukrainienne. Ni de parler de soutien au peuple ukrainien et de s’opposer à l’envoi d’armes à la résistance pour qu’elle se défende.

Il y a une grande partie de ce que nous connaissons comme la gauche qui dit répudier l’agression militaire et réclame le retrait des troupes russes. Cependant, tout en parlant de solidarité avec le peuple ukrainien massacré, ils refusent de prendre parti pour le camp ukrainien et pour la défaite de la puissance agressive, alors que les troupes russes continuent d’assiéger les villes et de tuer leur population.

Un aspect particulièrement controversé est l’envoi d’armes à la résistance, auquel cette gauche-là est farouchement opposée, tout en s’indignant que les gouvernements de l’UE aient finalement décidé d’envoyer des armes aux Ukrainiens. Il est vrai que l’Ukraine n’est pas traitée de la même manière que les Palestiniens, soumis à la barbarie sioniste, ou que les victimes du génocide du régime syrien. Et c’est une aberration humaine que de discriminer les réfugiés ukrainiens d’origine africaine et asiatique aux frontières de l’UE. Il est également vrai que l’envoi d’armes est le résultat d’un calcul stratégique intéressé des gouvernements de l’UE : ils l’ont fait lorsque la résistance ukrainienne inattendue a fait échec à la guerre éclair à laquelle tout le monde s’attendait, lorsque la sauvagerie russe a provoqué une vague d’indignation populaire dans leurs pays, et lorsqu’ils ont senti la défaite stratégique de Poutine et ont voulu se mettre en bonne position pour s’approprier ensuite les ressources de l’Ukraine (sans oublier celles de la Russie).

Il y a effectivement deux poids, deux mesures et beaucoup d’hypocrisie parmi les gouvernements des États-Unis et de l’Union européenne. Cependant, utiliser cette indignité pour refuser l’envoi d’armes à un peuple qui se fait massacrer par la deuxième puissance militaire du monde, loin de corriger une injustice, ne fait que l’universaliser. Ce qu’il faut faire, c’est le contraire : dénoncer l’hypocrisie des gouvernements et exiger l’envoi d’armes aux Palestiniens, aux rebelles birmans ou aux combattants sahraouis.

L’hypocrisie des gouvernements ne connaît pas de limites. Un exemple clair de cela est le gouvernement espagnol de coalition de Sánchez, qui justifie son alignement sur l’OTAN pour défendre la souveraineté nationale ukrainienne tout en sacrifiant de manière flagrante la souveraineté nationale du peuple sahraoui à la monarchie réactionnaire marocaine. Sánchez a également fait grand cas de l’envoi d’armes à l’Ukraine, mais celles-ci sont non seulement rares, mais aussi d’une efficacité douteuse : les meilleures armes qu’il a envoyées, 1 370 lance-grenades C-90, sont des armes antichars à usage unique. L’autre arme expédiée, un nombre non spécifié de mitrailleuses de modèle Ameli, s’enraye et c’est pourquoi l’armée de terre s’en est débarrassée. Ce qu’il faut exiger, c’est plus d’armes et de meilleures armes pour la résistance ukrainienne.

Bien sûr, nous parlons d’envoi inconditionnel d’armes pour que le peuple ukrainien puisse se défendre contre une agression. Des armes qui doivent être envoyées sans condition et qui, au-delà de l’armée ukrainienne, doivent assurer l’armement général des travailleurs et de la population civile. En même temps, nous sommes totalement opposés à l’envoi de troupes de l’OTAN, car leur présence ne peut servir qu’à transformer l’Ukraine en une semi-colonie militaire et à la dépouiller de sa souveraineté.

Dans les années 30, Léon Trotsky, polémiquant sur une hypothétique livraison d’armes de l’Italie de Mussolini à l’insurrection algérienne contre l’impérialisme français, ne doutait pas qu’il fallait la soutenir, sans que cela signifie que la bataille contre le fascisme italien se relâche d’un millimètre. C’est aussi de cela qu’il s’agit maintenant.

Après la décision du gouvernement espagnol d’envoyer des armes en Ukraine, la direction de Podemos – qui fait partie de ce gouvernement – l’a publiquement critiquée au nom de la « défense de la paix », opposant la « voie diplomatique » au « bellicisme« , sans, bien sûr, prendre parti pour le peuple ukrainien. Cependant, Podemos – qui a été quelque temps la grande référence de la « nouvelle » gauche européenne – fait partie depuis plus de deux ans d’un gouvernement qui appartient à l’OTAN, accueille des bases américaines, a des troupes stationnées dans des missions de l’OTAN et n’a pas cessé de vendre des armes aux dictatures les plus détestables comme l’Arabie saoudite. Jusqu’à présent, Podemos n’en avait jamais dit un seul mot. Ils n’ont pas non plus éprouvé de réticences quand l’ancien chef d’état-major de la défense (JEMAD) et ancien responsable espagnol des armements a été intégré l’OTAN en première ligne. Bien sûr, comme il est de coutume chez les leaders podemites, « ils ne faisaient qu’exprimer une opinion« , car « la politique étrangère relève de la responsabilité du président« . Avant tout, garder leurs fauteuils !

Il est cependant frappant de constater que certaines forces de gauche à Madrid, dont l’une est considérée comme de la gauche radicale et un certain syndicat alternatif, appellent à une Assemblée populaire contre la guerre, reproduisant le pacifisme vide de Podemos.

Les sanctions économiques doivent viser les oligarques russes et leur gouvernement

Des opposants à l’agression russe se demandent s’ils doivent soutenir les sanctions économiques appliquées par les États-Unis et l’Union européenne, qui ont un coût social élevé et ne servent pas à arrêter la machine de guerre de Poutine.

Le prix que paient les travailleurs en Russie est très élevé : chute du rouble, forte augmentation des prix, pénuries, argent cher. Et ce n’est qu’un début, car un processus généralisé de fermetures d’entreprises vient de commencer.

D’autre part, les oligarques, que représente Poutine, malgré la propagande fallacieuse de nos gouvernements, ne sont pas vraiment touchés dans les biens qu’ils ont pillés. Et c’est là, cependant, que Poutine peut et doit être frappé pour le faire reculer.

Selon diverses études[4], les grands oligarques russes ont déposé dans les pays occidentaux une fortune équivalente à 85 % du PIB de la Russie. Cependant, les gouvernements des puissances impérialistes ne les saisissent pas parce que des hommes d’affaires et des politiciens occidentaux influents partagent des affaires avec eux et parce que, pour ce faire, il faut s’attaquer aux grandes institutions financières qui blanchissent leur argent, tout comme ils le font pour celui des magnats occidentaux, qui s’appuient sur la même législation permissive.

Au lieu de punir le peuple travailleur russe, nous exigeons que les gouvernements des États-Unis et de l’Union européenne saisissent les grandes fortunes des oligarques et les mettent à disposition pour armer le peuple ukrainien et reconstruire son pays, et qu’ils les restituent au peuple travailleur russe.

Nous désavouons également les représailles exercées par des institutions de certains pays et de l’UE à l’encontre de citoyens russes au seul motif qu’ils sont russes, par exemple en fermant leurs expositions artistiques.

Il faut encourager et soutenir les actions de boycott international entreprises par les travailleurs. Construire un mouvement de solidarité matérielle avec les travailleurs ukrainiens.

En parallèle, nous devons encourager et soutenir les actions de boycott menées par les travailleurs à travers leurs organisations. Par exemple, à la raffinerie d’Ellesmere dans le Cheshire, en Angleterre, où ils ont refusé de décharger du pétrole en provenance de Russie, reproduisant ce que les travailleurs avaient fait au terminal gazier du Kent et dans des ports des Pays-Bas.

En même temps, nous devons construire une solidarité matérielle directe avec les travailleurs qui résistent en Ukraine et avec les réfugiés ukrainiens, quelle que soit leur origine. Des appels comme celui de Yuri Petrovich Samoilov, président du syndicat indépendant des mineurs de Krivoy Rog, constituent un pas encourageant dans cette direction. C’est pourquoi nous soutenons fermement la campagne de solidarité lancée par la LITci et d’autres organisations en réponse à cet appel.

Pour l’OTAN, les États-Unis et l’UE, la souveraineté et l’intégrité de la nation ukrainienne ne sont que des pièces dans leurs jeux de pouvoir. On ne peut faire face à leur hypocrisie et la dénoncer que depuis les tranchées de la résistance ukrainienne.

Nous savons que pour l’OTAN, les États-Unis et l’UE, la vie du peuple ukrainien n’est qu’une pièce dans leurs jeux de pouvoir. Il ne nous échappe pas qu’ils n’hésiteront pas à sacrifier les revendications nationales ukrainiennes sur l’échiquier de leurs intérêts géopolitiques. Les négociations avec Zelensky indiquent qu’un accord est en préparation à cet égard.

Nous savons que l’OTAN a été et reste le bras militaire de l’impérialisme pour avancer en Europe de l’Est, préserver son ordre mondial et réprimer les révoltes qui le contestent. Il n’y a pas un seul exemple historique où l’OTAN a joué un rôle libérateur. L’ex-Yougoslavie, l’Irak, la Syrie et l’Afghanistan en sont de bonnes illustrations. La classe ouvrière et les peuples d’Europe ne sont ni plus en sécurité ni mieux protégés par cette alliance militaire, et encore moins avec le réarmement qu’ils mettent en place. Tout au contraire : l’expansion de l’OTAN signifie une plus grande militarisation de l’Europe et de plus grands risques de guerre.

Nous ne voulons pas de troupes de l’OTAN sur le sol ukrainien ou ailleurs, nous rejetons la course aux armements déclenchée par les gouvernements impérialistes et nous exigeons la dissolution de l’OTAN, la fermeture de ses bases, le démantèlement de l’arsenal nucléaire et de toutes les autres armes de destruction massive.

Nous ne doutons pas que l’OTAN et l’UE d’une part, et la Russie d’autre part, veulent coloniser l’Ukraine. Mais on ne peut pas se tromper de moment. Ce que nous avons maintenant n’est pas une invasion de l’OTAN mais de la Russie de Poutine, face à laquelle nous devons soutenir le peuple ukrainien. Ce n’est qu’en prenant le parti de la résistance ukrainienne que nous pourrons dévoiler les mensonges et l’hypocrisie de l’OTAN et de ses gouvernements. Il n’y a pas d’autre moyen.

Sans oublier qu’en fin de compte, l’Ukraine, une grande nation européenne coincée entre le capitalisme impérial russe d’une part, et l’OTAN et l’UE impérialistes d’autre part, avec ces deux flancs beaucoup plus forts et intéressés à la soumettre et à la contrôler, ne parviendra à retrouver et à maintenir durablement son intégrité et sa souveraineté nationales que dans le cadre d’une union libre des peuples libres d’Europe, ou, en d’autres termes, d’États-Unis socialistes d’Europ construits sur les décombres de l’UE et du capitalisme russe.

Nous ne pouvons pas lutter contre la politique pro-impérialiste de Zelensky sans être dans le camp militaire ukrainien.

Tout comme nous ne pouvons démasquer l’OTAN sans nous ranger dans le camp ukrainien, nous ne pouvons combattre politiquement Zelensky et les oligarques ukrainiens sans nous engager pleinement dans la défense de l’Ukraine contre l’agression russe.

Certains disent que nous ne pouvons pas soutenir la résistance ukrainienne, et encore moins défendre la livraison d’armes, parce que le gouvernement de Zelensky est pro-impérialiste. Ce raisonnement est profondément erroné.

Il est vrai que Zelensky est pro-impérialiste, qu’il est associé aux oligarques pro-occidentaux, qu’il est partisan de livrer le pays à l’OTAN et aux capitalistes de l’UE et qu’avant l’invasion, son gouvernement défendait le plan du FMI qui appauvrissait la population et incluait la vente massive de terres à des capitaux étrangers pour rembourser la dette ukrainienne illégitime. Mais il est tout aussi vrai que c’est le gouvernement Zelensky qui dirige la défense contre les troupes russes et qu’il n’y a pas d’autre moyen de le démasquer et de construire une force socialiste victorieuse si nous ne sommes pas « les meilleurs combattants » contre l’agression russe. Sinon, ce ne sont que des proclamations vides qui profitent à l’agresseur.

D’autre part, c’est ainsi que les trotskystes ont agi pendant la guerre civile espagnole, où nous nous sommes placés dans le camp militaire de la République et avons défendu, face à la politique de « Non-Intervention » de la France et de l’Angleterre, l’envoi d’armes. Et nous l’avons fait alors que le gouvernement républicain était engagé dans le démantèlement des acquis révolutionnaires du début de la guerre. Ce n’est qu’en étant les meilleurs soldats que nous pouvions dénoncer la politique pro-bourgeoise du gouvernement républicain, lutter pour gagner la majorité et ensuite, oui, mettre un gouvernement révolutionnaire à sa place.

[1] Lénine : Le socialisme et la guerre, 1915

[2] L. Trotsky : Sur la guerre sino-japonaise, lettre à Diego Rivera, 23 septembre 1937

[3] https://jacobinmag.com/2022/03/russia-ukraine-antiwar-socialism-communism-opposition

[4] Novokment, Piketty et Zucman.