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GKN et Alitalia : au-delà des barrières syndicales. Un exemple de résistance aux attaques du gouvernement Draghi.

GKN et Alitalia : au-delà des barrières syndicales.
Un exemple de résistance aux attaques du gouvernement Draghi.

Daniele Cofani (ouvrier d’Alitalia)

Paru le 27 octobre 2021 sur le site du PdAC, section de la LIT-QI en Italie.

Contrairement aux années précédentes, je pense que nous pouvons dire que cette année, il y a les prémisses d’un véritable automne de lutte, qui verra comme protagonistes non seulement des travailleurs de différents secteurs et catégories, et des militants de divers mouvements sociaux, mais également des étudiants engagés dans la grande bataille pour la défense du climat et de l’environnement (une bataille que toute la classe ouvrière devrait également soutenir).

Deux ans après le début de la pandémie, le gouvernement et les patrons présentent la facture à l’ensemble du monde du travail, et alors qu’ils ont maintenu leurs grands profits en produisant en pleine urgence sanitaire et en empochant des millions de fonds publics, ils ont désactivé le gel des licenciements, avec l’aide des bureaucraties syndicales. Cela a donné le feu vert politique à diverses restructurations et délocalisations, avec des milliers de licenciements déclarés dans les différents secteurs de production. Nous avons souvent parlé des différentes entreprises en crise et de la résistance des travailleurs et travailleuses pour la défense de l’emploi et des salaires (Whirlpool, Gianetti, Ilva, Stellantis, etc.). Mais je voudrais me concentrer sur deux luttes dont nous pouvons tirer des leçons importantes : GKN et Alitalia.

Je crois que la première chose à valoriser sont les structures organisationnelles dont les travailleurs se sont dotés : la plus ancienne et la plus solide représentée par le Collectif d’usine chez GKN de Florence ; et la plus récente, mais avec un rôle central dans la lutte, le Comité Tutti A Bordo – No al piano Ita (Tous à bord – Non au plan ITA), créé il y a quelques mois chez Alitalia.

À la base de ces deux expériences, il y avait la nécessité de construire un organisme indépendant qui mettrait la démocratie et la participation au centre, au-dessus des divisions qui caractérisent le monde syndical, et qui répondrait avant tout aux besoins des travailleurs et non à ceux des différentes structures bureaucratiques. Cette modalité s’est également reflétée dans l’approche et le dialogue avec les autres secteurs en lutte, où le point commun n’était pas l’affiliation syndicale, mais les pratiques et les revendications de la lutte, avec l’intention de dépasser les frontières sectorielles. Et je crois pouvoir dire que c’est précisément sur cette base qu’a pris forme la relation entre les travailleurs de GKN et ceux d’Alitalia, qui se sont soutenus dans la lutte, chaque fois que l’occasion se présentait.

Solidarité de classe

C’est en une chaude soirée d’août que quelques travailleurs d’Alitalia ont rejoint, avec des tracts de solidarité et leur bannière Tutti A Bordo – No al piano Ita, une manifestation organisée par le Collectif d’usine de GKN, ensemble avec l’ANPI (Association nationale de Partisans d’Italie) du lieu, à l’occasion de l’anniversaire de la libération de Florence du nazisme (le 11 août), pour rappeler la lutte de résistance dont les ouvriers florentins ont été les protagonistes. Ils ont répondu ainsi à l’appel Insorgiamo (nous nous mettons debout). Il va de soi que le lendemain, nous nous sommes rendus à l’usine GKN de Campi Bisenzio, alors occupée, où est né le lien entre ces deux situations en lutte. Autour d’un déjeuner et d’un verre de bière, nous avons eu des échanges concernant les attaques que nous subissons, et surtout concernant la façon de réagir.

Nous ne pouvions pas manquer l’énorme manifestation du 18 septembre à Florence, où des dizaines de milliers de travailleurs et de militants ont défilé ensemble dans un long cortège, avec à la tête – arborant leur bannière Insorgiamo – les travailleurs de GKN. Nous pouvons considérer qu’il s’agit, de mémoire, de l’une des manifestations ouvrières les plus combatives et participatives de ces dernières décennies : elle a donné un coup de fouet à toutes les situations de lutte du pays, en proie aux attaques et à l’isolement.

En outre, en tant que travailleurs d’Alitalia, nous n’oublierons jamais cette tortue chantante et combative de quelque 70 travailleurs de GKN qui, le 24 septembre, s’est manifestée en solidarité à l’aéroport de Fiumicino lors de la grève générale du secteur aérien. [1] Une importante grève en front commun qui a paralysé les vols et a donné lieu à un cortège de deux mille travailleurs abandonnant le terminal et se dirigeant ensuite à l’autoroute vers Rome, la bloquant pendant plus de deux heures.

 

Insorgiamo !

En tant que travailleurs d’Alitalia, nous avons pensé qu’il était de notre devoir de répondre à l’appel lancé par les travailleurs de GKN et de l’étendre à l’ensemble du monde du travail : Insorgiamo ! Oui, nous nous mettons debout, parce que nous nous sentons partie intégrante et active, non pas d’un slogan, mais d’une nécessité qui concerne tous les travailleurs : s’unir pour rejeter les attaques que nous subissons depuis des décennies de la part des gouvernements et des patrons, au sein d’un système qui est orienté exclusivement à la protection des profits de quelques dizaines de millionnaires, à la prolifération de la misère de millions de travailleurs et à la dévastation de la planète entière jusqu’à sa destruction. Quelques centaines de travailleurs organisés dans un Collectif d’usine ont donné un exemple de lutte à tout un pays, non seulement pour se défendre contre les énièmes délocalisations imposées par les fonds et les multinationales, mais aussi pour tenter de construire le nécessaire rapport de force qui, pendant trop longtemps, a été clairement contre nous. Si nous restons isolés et divisés – comme le souhaite la grande majorité des directions syndicales – nous continuerons à rester faibles et à perdre, face à toute forme d’attaque, qu’il s’agisse d’une délocalisation, d’une restructuration d’entreprise, d’un changement de contrat ou d’un simple renouvellement de contrat.

En tant que travailleurs d’Alitalia, nous avons nous aussi contribué à la reprise des mobilisations dans le pays, en faisant preuve de ténacité et de combativité à travers des pratiques organisationnelles et de lutte qui se sont manifestées pendant des mois dans des grèves et des occupations de routes et d’aéroports, contre un véritable massacre soutenu par le gouvernement mais aussi par les directions syndicales : ces dernières ont préféré les cénacles de la concertation plutôt que la lutte et sa généralisation, en essayant par tous les moyens de rendre celle-ci inoffensive. Nous avons lutté contre tout et contre tous, même contre les illusions de ce système, en cherchant nos alliés parmi les travailleurs en lutte et en défiant à plusieurs reprises ceux qui continuaient à nous vendre de la fumée tant dans le domaine politique que syndical.

S’il est vrai qu’ils ont réussi à mettre ITA en marche, nous n’avons pas baissé les bras : « de cette défaite naîtra la victoire future », comme disait la révolutionnaire Rosa Luxemburg. Mais cette grande victoire doit être construite en organisant un large front de lutte qui unit – à partir de la défense de GKN où une victoire serait importante pour toute la classe ouvrière – toutes les situations de lutte et de mouvement dans une mobilisation générale et généralisée. Cette mobilisation devra nous voir comme protagonistes, après la grève du syndicalisme de base du 11 octobre, [2] des prochaines échéances de mobilisation, à commencer par la manifestation contre le G20 à Rome. Il faut, en particulier, avancer dans la construction d’une véritable grève générale de masses jusqu’à l’éviction du gouvernement Draghi, avec l’objectif stratégique de créer également les conditions permettant de faire tomber ce système socio-économique qui ne génère qu’exploitation, oppression et dévastation. Cela vaut également pour la lutte d’Alitalia : reprendre possession de la compagnie aérienne nationale et la placer sous le contrôle des travailleurs…

Insorgiamo! Nous nous mettons debout !

 

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[1]  https://www.partitodialternativacomunista.org/articoli/sindacato/24-settembre-un-importante-giornata-di-sciopero-e-lotta-non-e-che-l-inizio

[2]  https://www.alternativacomunista.it/articoli/sindacato/11-ottobre-un-importante-giornata-di-sciopero-e-di-lotta