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CHILI: Les défis de la Première Ligne

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Mouvement International des Travailleurs (MIT)
Section chilienne de la LIT-QI
20 février 2020

« Regardez tous ces gens qui manifestent, avec des chansons, des orchestres, des cris et des discours. Là, en revanche, en première ligne, il y a ceux qui permettent au peuple chilien de manifester. »

C’est ce que dit un père, avec son fils sur son épaule, dans une vidéo virale d’Instagram, où il montre des centaines d’hommes et de femmes cagoulés défendant les points névralgiques pour le développement de la manifestation sur la Plaza de Dignidad, Vicuña Mackenna, et le carrefour Alameda – Ramón Corvalán. Dans une interview, un participant de la Première Ligne dit : « La première Ligne est quelque chose de très beau, car je ne connais aucun de mes camarades, c’est de la fraternité pure et l’individuel passe à l’arrière-plan. »
La Première Ligne est l’une des conquêtes les plus importantes de cette révolution :  avec des outils précaires et artisanaux, ils ont le courage d’affronter l’une des polices les mieux équipées techniquement et les mieux organisées d’Amérique latine. Au Chili, l’État a dépensé plus de 4900 millions de pesos [5,5 millions d’euros] pour acheter des grenades de gaz lacrymogène, des fusils de chasse, des canons à gaz, des canons à eau et des cartouches de grenaille de plomb calibre 12 qui ont été responsables de plus de 400 blessures aux yeux au Chili, sans parler de l’investissement dans des véhicules et du matériel pour réprimer le peuple mapuche en Araucanie. (Données collectées moyennant la Loi de la transparence)

Le gouvernement et la police ont emprisonné une grande partie de nos camarades de lutte, ce qui affaiblit nos forces. Plus de 25 mille ont été arrêtés lors des affrontements, dont plus de 2400 en détention provisoire, sans preuves et avec des peines aggravées. Il est de notre devoir de lutter pour leur libération immédiate.

La Première Ligne, les barricades et les barrages routiers font partie des tactiques de défense que toutes les grèves et révolutions ont héritées et développées pour faire face à la puissance militaire de la police et des gouvernements. Dans certains cas, ces brigades d’autodéfense sont nées pour pouvoir sécuriser la grève dans une usine, dans d’autres pour protéger de la police les quartiers, et au Chili, on les a principalement vues dans les manifs sur les places principales des différentes villes.

Pierres contre balles
Nos méthodes de défense ont une limite qui nous est imposée par les forces de police et l’armée, avec leur formation professionnelle à la répression et à la guerre, avec des chars et l’un des équipements militaires les plus avancés d’Amérique latine. Cela sans tenir compte du soutien possible en assistance en matière de répression de la part de l’Allemagne et de l’Espagne, ou d’un éventuel soutien direct ou indirect des États-Unis aux hommes d’affaires chiliens.
Les armées et la police sont des institutions qui ont historiquement été au service des classes dirigeantes et des élites ; elles sont le dernier recours dont celles-ci disposent pour défendre leurs privilèges, et qu’elles n’hésiteront pas à utiliser lorsqu’elles se sentent acculées. Nous devons être préparés pour ça. Un des défis de cette révolution est donc d’affaiblir cette répression contre le peuple chilien, d’incorporer dans nos rangs des secteurs de la base de l’armée et de la base des Forces Spéciales. Beaucoup d’entre eux viennent de familles pauvres qui se battent au jour le jour pour de meilleures pensions et contre la répression.

Que les bases des forces répressives rompent avec leur haut commandement et le gouvernement, pour défendre le peuple !
Dans des révolutions du passé, qui étaient à un degré de développement supérieur à celle du Chili , l’une des politiques centrales des milices populaires et des organes d’autodéfense était non seulement de faire pression pour la lutte populaire dans les rues, mais également de faire de l’agitation dans les rangs ennemis, en appelant de manière permanente aux soldats et gendarmes appartenant aux secteurs exploités et pauvres, mais que l’État avait dépouillé de toute conscience d’eux-mêmes par la torture psychologique dans les régiments.
Pour le triomphe de cette révolution chilienne, il est nécessaire de briser la police et l’armée : que leurs sous-officiers se joignent à la lutte du peuple sous diverses formes d’organisation, que ce soient des assemblées territoriales ou d’autres instances. Mais il est en outre nécessaire d’incorporer à cette révolution le mouvement ouvrier (mineurs, ouvriers du bâtiment, forestiers, etc.) organisé avec ses propres méthodes de combat et de défense.
En tant que Mouvement International des Travailleurs, nous croyons en la capacité de prise de décision des travailleurs et travailleuses, des résidents des quartiers pauvres, des jeunes, concernant la façon d’utiliser la défense contre les attaques des patrons, contre les responsables de crimes contre les droits humains, et pour assurer les acquis du peuple travailleur.

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