Alors qu'elle poursuit son agression militaire brutale dans les territoires palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie, l'armée israélienne a lancé une guerre féroce contre le Liban. Dans les deux cas, le prétexte a été l'enlèvement de trois soldats israéliens : l'un par l'organisation Jihad Islamique en Palestine ; les deux autres par le Hezbollah, au Liban. Le caractère génocidaire des attaques a déjà provoqué des centaines de victimes civiles et a même amené de nombreux médias
Alors qu'elle poursuit son agression militaire brutale dans les territoires palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie, l'armée israélienne a lancé une guerre féroce contre le Liban. Dans les deux cas, le prétexte a été l'enlèvement de trois soldats israéliens : l'un par l'organisation Jihad Islamique en Palestine ; les deux autres par le Hezbollah, au Liban.
Le caractère génocidaire des attaques a déjà provoqué des centaines de victimes civiles et a même amené de nombreux médias et gouvernements impérialistes (les complices traditionnels du sionisme) à parler d'une « réaction disproportionnée » de la part d'Israël.
Pour comprendre cette « réaction disproportionnée » et, en même temps, comprendre pourquoi, au lieu de renforcer Israël, cela peut l'affaiblir, il est nécessaire de prendre en compte deux questions-clé. La première est la crise de l'ensemble de la politique « de guerre contre le terrorisme » entamée par Bush le 11 septembre 2001, appliquée avec une intensité spéciale dans la région du Moyen-Orient, mais qui ne parvient pas à mettre en échec la mobilisation croissante des masses arabes et musulmanes. La deuxième est le caractère de l'état d'Israël, enclave militaire impérialiste qui fonctionne, depuis sa fondation, comme un « état gendarme ».
La crise de la politique de Bush au Moyen-Orient
Dans le Courrier International n°120 (juin 2006) nous indiquions : « Depuis le 11 septembre 2001, le gouvernement de George Bush a essayé de reprendre à feu et à sang un contrôle absolu sur le Moyen- Orient, suivi, avec des contradictions plus ou moins grandes, de l'impérialisme européen. La première action de cette politique a été l'invasion de l'Afghanistan (2001) et la deuxième, l'invasion en Irak (2003). (…) Toutefois l'impérialisme est loin d'avoir atteint son objectif de contrôler la région, et sa position est en recul. Malgré sa dure offensive militaire génocidaire et l'augmentation des dépenses pour la guerre, alors même qu'il ne réussit pas à contrôler le « premier front » en Irak, étant harcelé par une résistance militaire soutenue par les masses, il voit un « second front » se rouvrir en Afghanistan, pays qui, jusqu'à il y a peu, paraissait dominé ».
C'est dans ce cadre que vient s'ajouter maintenant l'aggravation de la situation en Palestine-Liban suite à l'échec de la politique des Accords d'Oslo et à la constitution de l'ANP (Autorité Nationale Palestinienne). Avec celle-ci, Bush et Israël ont cherché, à partir de la capitulation de la direction du Fatah et avec sa complicité, sous le couvert de l'ONU, à démanteler la lutte des Palestiniens pour la récupération de leur territoire historique. La victoire du Hamas aux élections palestiniennes récentes a compromis ce plan politique et a été à l'origine de l'ouverture d'un « troisième front » dans la région : mais, cette fois-ci, la lutte militaire n'est pas menée par l'impérialisme, sinon par son agent, l'état sioniste.
La raison profonde de cette crise globale de la politique impérialiste dans la région est l'existence d'une colossale ascension des masses arabes et musulmanes, dont l'expression la plus haute se trouve dans les guerres de libération nationale que l'impérialisme n'arrive pas à mettre en échec et qui, maintenant, commencent à se renforcer face à un ennemi qui s'affaiblit.
Un rapport récemment publié par la presse indique que 85% des experts au Moyen-Orient pensent que la politique de Bush a échoué et qu'il n'y a plus de retour en arrière possible en Irak. Cette situation a commencé à ouvrir des brèches chaque fois plus grandes au sein de la bourgeoisie nord-américaine elle-même, avec des secteurs qui critiquent l'« unilatéralisme » de la politique de Bush et qui cherchent des « politiques multilatérales » leur permettant de sortir de ce bourbier. Ainsi, le puissant quotidien New York Times a encouragé une campagne défendant la fermeture de la prison de Guantánamo et la fin des tortures dans les prisons de l'Irak. De même, le titre de la dernière couverture du traditionnel Time Magazine était « La fin de la diplomatie du cow-boy ».
Il est nécessaire d'indiquer toutefois, que les partis bourgeois américains, tant républicains que démocrates, étaient unis au Congrès pour soutenir Israël et que cette position a, pour le moment, reçu l'appui de la majorité de la population du pays.
La « réaction disproportionnée » de l'état d'Israël apparaît alors en fait comme une tentative – probablement encouragée par le propre gouvernement de Bush- pour inverser cette situation de crise et parvenir à un triomphe après plusieurs échecs consécutifs. C'est pourquoi, le gouvernement Bush s'oppose à un cessez-le-feu immédiat, afin qu'Israël ait le temps d'atteindre ses objectifs militaires.
Des décennies de victoire faciles
L'état d'Israël a été créé par l'ONU, en 1947, sous impulsion de l'impérialisme, officialisant ainsi le « vol armé » de la plus grande partie du territoire palestinien réalisé par le sionisme : 55% du territoire ; puis, 20% en plus l'année suivante, moyennant des méthodes génocidaires d'expulsion.
L'état d'Israël est né comme une « enclave militaire » de l'impérialisme, un « état gendarme » destiné à réprimer la lutte des masses palestiniennes, arabes et musulmanes. C'est pourquoi, actuellement, c'est la cinquième puissance militaire du monde et sa puissance de frappe (avions de combat, missiles, hélicoptères, tanks et plus de 200 ogives nucléaires) est plusieurs fois supérieure à n'importe quel pays, proportionnellement à sa population. Ce pouvoir militaire est principalement financé par les USA, qui envoient des milliards de dollars par an dans ce but.
Cette « essence » de l'état d'Israël explique ses actions et sa politique : Israël ne peut subsister qu'à condition de réaffirmer son caractère « de forteresse militaire » inexpugnable, dotée d'une supériorité indiscutable sur les Palestiniens et les états arabes voisins. Tout ce qui remet en cause cette situation est un facteur de crise qui doit être éliminé.
Pendant des décennies, l'armée sioniste et les habitants d'Israël, à partir de leur supériorité militaire remarquable, se sont habitués à obtenir des victoires rapides et déconcertantes contre les armées arabes. C'est ce qui s'est produit dans les guerres de 1948, de 1956, de 1967 et, même, dans celle de 1973. La capitulation croissante des bourgeoisies arabes leur facilitait encore plus les choses. Avec très peu de pertes, Israël et son armée sont sortis de ces guerres avec un moral de fer et un territoire chaque fois plus grand.
Mais cette réalité a commencé à changer dans les années 80, avec l'invasion du sud du Liban. L'armée israélienne a été mise en échec par un front de milices dirigé par le Hezbollah, et a entamé un long retrait qui s'est terminé en 2000. Ce fut la première défaite militaire d'Israël, qui brisa alors le mythe de son « invincibilité ».
Cette défaite du sionisme, ainsi que les terribles conditions de vie dans les territoires palestiniens, ont encouragé la première et la deuxième Intifada dans les territoires palestiniens occupés ; là, les soldats israéliens, armés jusqu'aux dents, ont dû faire face à des jeunes et à des enfants qui les affrontaient avec des frondes et des pierres, dans une guerre totalement différente. La combinaison de ces deux éléments a déclenché une crise profonde dans l'armée israélienne et, corollairement car l'armée est une « institution centrale » – a semé les germes d'un possible effondrement de cet «état gendarme ».
L'impérialisme et les gouvernements israéliens successifs ont cherché à résoudre cette crise à travers les accords d'Oslo et la création de l'ANP. Mais l'échec de cette politique, dans le contexte de la crise globale de l'intervention impérialiste au Moyen-Orient, a obligé l'impérialisme et Israël à reprendre une simple politique du « bâton ».
La « réaction disproportionnée »
Le fait nouveau est l'apparition d'organisations arabes de guérilla qui, avec l'appui des masses, montrent leur capacité à frapper l'armée israélienne dans ses postes militaires, à tuer et à kidnapper des soldats sionistes, et même, pour la première fois en 25 ans, à attaquer des villes israéliennes, avec un niveau militaire très supérieur à celui des attentats-suicides. En même temps, les luttes contre Israël tendent à s'unifier, comme le montrent clairement les processus en Palestine et au Liban. Ces actions questionnent la toute-puissance de l' « état gendarme » sur son terrain le plus sensible : le domaine militaire.
C'est cette remise en question qui explique la « disproportion » de la réponse, c'est-à-dire, la férocité de l'attaque, aussi bien dans les territoires palestiniens, que dans la guerre totale lancée contre le Liban. Mais, Israël a fait un pari très risqué : certes, puisque toute la population israélienne a été unifiée derrière cette guerre, une victoire nette renforcerait évidemment Israël ; mais, en revanche, une nouvelle défaite au Liban ou, même, « une victoire à la Pyrrhus », peuvent signifier une crise grave pour l' « état gendarme ».
L'objectif stratégique des attaques israéliennes au Liban est de détruire ou, tout du moins, de désarmer le Hezbollah et ainsi de lui faire payer la défaite passée. Jusqu'à présent, la majorité des attaques israéliennes ont été des bombardements aériens. Mais, malgré l'immense destruction qu'ont provoquée ses attaques dans le pays, les rapports de la presse indiquent que le Hezbollah maintient sa capacité d'action militaire et de frappe en territoire israélien.
C'est pourquoi, Israël a dû entamer des attaques terrestres, beaucoup plus difficiles, et coûteuses en vies humaines. Tous les commentateurs s'accordent à dire que, pour parvenir à détruire le Hezbollah, l'état d'Israël serait obligé d'envahir et d'occuper totalement le Liban, d'assassiner des dizaines de milliers de Libanais. Une alternative extrêmement difficile dans l'actuel contexte politique de la région et, comme nous l'indiquions déjà, un pari très risqué.
Mais, même l'objectif tactique d'Israël (récupérer les soldats séquestrés ou obliger le Hezbollah à les restituer) paraît difficile à réaliser. Sa politique de « guerre totale », avec le message de « s'ils défendent le Hezbollah, ils paieront les conséquences », cherchait à isoler l'organisation du Hezbollah et à pousser les autres forces politiques libanaises à faire pression. Mais tout s'est retourné contre cet objectif, avec l'unification des Libanais contre l'état d'Israël et la transformation du Hezbollah en avant-garde de la lutte pour la défense du pays.
Ainsi, les journaux ont informé que la destruction d'un torpilleur israélien par un missile lancé par cette organisation a été fêtée dans tous les quartiers de Beyrouth. Cet appui populaire a amené également de nombreux politiciens libanais, très opposés au Hezbollah et liés à l'impérialisme, comme l'ex-président chrétien Michel Aoun, à devoir déclarer qu' « il est l'heure d'unir le peuple contre l'agression ». D'autres, comme le dirigeant druze Whalid Jumblatt, ont commencé à attaquer le Hezbollah, en l'accusant « d'être l'exécutant au Liban d'un plan syrio-iranien destiné à empêcher que le Liban récupère son indépendance et' à le transformer en un champ de bataille contre l'état d'Israël ».
Mais la situation peut s'aggraver et aller beaucoup plus loin, dans la mesure où l'état d'Israël est en train de livrer une guerre contre le Liban dans son ensemble, en tant que pays. Mais, jusqu'à présent, le Hezbollah est la seule force qui a répondu politiquement et militairement à cette agression : le gouvernement et le parlement libanais ne se sont pas prononcés avec clarté, disparaissant ainsi dans les faits comme pouvoir politique. Cette situation ouvre très certainement la possibilité d'une prise de pouvoir du Hezbollah, grâce à l'appui des masses libanaises.
Face à cette possibilité, le gouvernement libanais du premier ministre Siniora « a assuré que si l'état d'Israël envahit le territoire, son armée défendra la nation et montrera qu'il faut la respecter ». Bien que l'armée libanaise ne soit pas une force militaire effective, ce fait changerait qualitativement la situation parce ce ne serait plus « une attaque de l'état d'Israël contre le Hezbollah » mais une guerre ouverte entre deux pays, le pays attaqué faisant partie de la communauté arabe et du monde musulman.
Cela ne laisserait aucune marge d'indétermination aux autres pays de la zone, particulièrement à la Syrie, dont l'influence est traditionnelle dans la politique libanaise ou à l'Iran, qui possède une grande influence sur le Hezbollah. La situation actuelle a déjà commencé à déstabiliser la région, avec de grandes manifestations de masse, répudiant l'état d'Israël et soutenant le Liban. Cela apparaît aussi avec les mobilisations dans des pays amis d'Israël, dotés de régimes très répressifs, comme en Égypte ou en Jordanie.
La recherche d'alternatives
Les risques graves qu'implique cette situation ont amené d'autres pays impérialistes à rechercher des politiques alternatives. Bien que tous les gouvernements européens se soient placés du côté de l'état d'Israël et exigent le désarmement du Hezbollah, certains, comme le gouvernement français, veulent mettre un frein à la politique sioniste. C'est pourquoi, ils ont prononcé des déclarations sur « la réaction disproportionnée » de l'état d'Israël et ont lancé la proposition d'une « force d'intervention » de l'ONU qui sépare les parties en conflit au Liban. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Anan, défend activement cette proposition. Pour le moment, le gouvernement des Etats-Unis s'y oppose puisque, comme nous l'avons vu, il préfère donner davantage de temps à l'intervention militaire de l'état d'Israël.
Mais nous ne pouvons pas écarter l'hypothèse que, dans un futur proche, une « force de paix » de l'ONU devienne l'instrument central de la politique impérialiste, soit pour « protéger ses arrières » en cas de triomphe militaire ou, plus encore, pour « lui sauver la face » si le cours de la guerre lui est défavorable.
Dans ce contexte, les difficultés augmentent pour que le gouvernement d'Olmert puisse mettre en uvre « la solution finale au problème palestinien ». C'est-à-dire, la « séparation unilatérale », à travers le « mur de la honte » entre l'état d'Israël et l'hypothétique « état palestinien », un archipel de petits territoires sans connexion entre eux et sans aucune viabilité économique.
Le triomphe électoral du Hamas remettait déjà en question ce plan et les actions du Hezbollah ont donné, maintenant, de nouvelles déterminations à la résistance palestinienne qui a tué un soldat israélien à Naplouse et continue en lançant des fusées Quassam depuis Gaza. Une défaite israélienne au Liban placerait sur un plan totalement différent la situation en Palestine : elle marginaliserait encore plus le camp de Mahmoud Abbas, qui défend la capitulation, signifierait davantage de capacité de pression sur la direction du Hamas, et redonnerait énormément de confiance aux combattants palestiniens.
Encore une fois, il est démontré que le problème de fond dans la situation de conflit militaire permanent auMoyen-Orient est la politique impérialiste de « contrôle armé » de la région et l'existence de l'état d'Israël comme « état gendarme » au service de cette politique.
Il n'y aura pas de paix au Moyen-Orient tant que l'impérialisme ne sera pas mis en échec en Irak et en Afghanistan et jusqu'à ce que, comme partie de cette défaite, l'état d'Israël ne soit détruit. La tâche de tous les combattants et révolutionnaires est de contribuer à cette défaite. Cela signifie aujourd'hui soutenir les peuples irakiens et afghans contre les troupes impérialistes des occupants, et les peuples palestiniens et libanais dans leur lutte contre l'armée israélienne.


