{"id":71387,"date":"2024-08-18T07:12:32","date_gmt":"2024-08-18T07:12:32","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=71387"},"modified":"2024-08-18T07:25:21","modified_gmt":"2024-08-18T07:25:21","slug":"capitalisme-en-declin-petite-bourgeoisie-en-crise-fascisme-lactualite-de-lanalyse-de-trotsky","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/capitalisme-en-declin-petite-bourgeoisie-en-crise-fascisme-lactualite-de-lanalyse-de-trotsky\/","title":{"rendered":"Capitalisme en d\u00e9clin, petite bourgeoisie en crise, fascisme. L&rsquo;actualit\u00e9 de l&rsquo;analyse de Trotsky"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Le d\u00e9bat sur la nature du fascisme est malheureusement d&rsquo;une grande actualit\u00e9. Partout en Europe et dans le monde, de nouvelles organisations et de nouveaux groupes fascistes se r\u00e9pandent et s&rsquo;enracinent de plus en plus. S&rsquo;appuyant sur la crise \u00e9conomique et la mis\u00e8re des masses, ils promeuvent la x\u00e9nophobie et la haine raciale, tout en mettant en \u0153uvre la violence de bandes arm\u00e9es.(1). La presse et les m\u00e9dias exploitent ces ph\u00e9nom\u00e8nes. Souvent, notamment lors des campagnes \u00e9lectorales, les partis bourgeois agitent le \u00ab\u00a0danger fasciste\u00a0\u00bb pour gagner quelques voix au d\u00e9triment des partis populistes. <\/em><em>I<\/em><em>l est clair que le contexte actuel de crise \u00e9conomique et sociale pr\u00e9sente de nombreux points communs avec celui des ann\u00e9es 1920 et 1930. L&rsquo;histoire ne se r\u00e9p\u00e8te jamais : il serait profond\u00e9ment erron\u00e9 de cr\u00e9er des analogies historiques m\u00e9caniques en ignorant les sp\u00e9cificit\u00e9s des diff\u00e9rents contextes. Mais il est certain que la relecture des caract\u00e9ristiques du fascisme du si\u00e8cle dernier en Italie et en Allemagne par Trotsky est utile pour comprendre les ph\u00e9nom\u00e8nes actuels. Cela nous aide, par exemple, \u00e0 ne pas utiliser le mot \u00ab\u00a0fascisme\u00a0\u00bb \u00e0 tort et \u00e0 travers, en le confondant avec d&rsquo;autres types de r\u00e9gimes (par exemple, une dictature bonapartiste). Comprendre la sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne historique est la pr\u00e9misse pour faire face \u00e0 sa r\u00e9apparition.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Fabiana Stefanoni<br>PdAC &#8211; 21 octobre 2022 *<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Une analyse de classe<\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>L&rsquo;apparition de cette forme particuli\u00e8re de r\u00e9gime bourgeois, d\u00e9sign\u00e9e comme <em>fascisme<\/em>, doit tout d&rsquo;abord \u00eatre replac\u00e9e dans le contexte d&rsquo;un capitalisme en d\u00e9cadence. Si dans la phase de mont\u00e9e du capitalisme, la bourgeoisie a privil\u00e9gi\u00e9 les m\u00e9thodes r\u00e9volutionnaires (pensons aux grandes r\u00e9volutions de l&rsquo;\u00e9poque moderne)&nbsp;; si dans la phase de stabilisation et de consolidation du syst\u00e8me, elle a opt\u00e9 pour des \u00ab\u00a0formes d\u00e9mocratiques, ordonn\u00e9es, pacifiques, conservatrices, d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb de gouvernement&nbsp;; tout change lorsque, avec la consolidation de l&rsquo;imp\u00e9rialisme vers la fin du 19e si\u00e8cle, la bourgeoisie commence \u00e0 utiliser des m\u00e9thodes de \u00ab\u00a0guerre civile\u00a0\u00bb contre le prol\u00e9tariat pour d\u00e9fendre son \u00ab\u00a0droit \u00e0 l&rsquo;exploitation\u00a0\u00bb. (2) C&rsquo;est ce que Trotsky appelle la phase de r\u00e9action capitaliste, qui est d&rsquo;une telle violence parce que les forces productives se sont d\u00e9velopp\u00e9es dans la phase historique pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une dynamique bien analys\u00e9e par Trotsky dans divers \u00e9crits, et ce n&rsquo;est pas par hasard qu&rsquo;on la retrouve dans les premi\u00e8res pages du <em>Programme de transition<\/em>. (3) La situation actuelle est tr\u00e8s similaire \u00e0 celle des ann\u00e9es 1930, avec une crise g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du capitalisme qui entra\u00eene de larges masses dans des conditions de d\u00e9nuement et de pauvret\u00e9 extr\u00eames. Si, apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste a connu une phase d&rsquo;un relatif essor \u00e9conomique, nous nous retrouvons aujourd&rsquo;hui dans un contexte de pourrissement et de stagnation qui, sans r\u00e9volution socialiste, menace d&rsquo;entra\u00eener l&rsquo;humanit\u00e9 dans la catastrophe.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi, dans une phase de d\u00e9cadence capitaliste, la bourgeoisie a-t-elle d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;utiliser des m\u00e9thodes de guerre ouverte contre le prol\u00e9tariat, allant m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 jouer &#8211; comme nous le verrons&nbsp;&nbsp;&nbsp;la carte du fascisme&nbsp;? La r\u00e9ponse se trouve dans l&rsquo;analyse des rapports entre les classes. La grande bourgeoisie est une classe puissante parce qu&rsquo;elle poss\u00e8de les moyens de production. Elle repr\u00e9sente en m\u00eame temps une infime minorit\u00e9 de la population du point de vue num\u00e9rique, et elle a donc besoin, pour donner de la stabilit\u00e9 \u00e0 son pouvoir, de s&rsquo;appuyer sur la petite bourgeoisie, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur l&rsquo;ensemble &#8211; large, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et stratifi\u00e9 &#8211; de toutes les classes sociales qui n&rsquo;appartiennent pas \u00e0 la classe capitaliste ni au prol\u00e9tariat. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, gr\u00e2ce \u00e0 des secteurs de la petite-bourgeoisie qui sont \u00e0 la t\u00eate des partis et des syndicats r\u00e9formistes, la grande bourgeoisie assure son contr\u00f4le sur les grandes masses prol\u00e9tariennes. La \u00ab\u00a0bureaucratie ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb est une section de la petite bourgeoisie qui entra\u00eene derri\u00e8re elle des millions de travailleurs. En m\u00eame temps, dans les phases o\u00f9 s&rsquo;ouvre une crise sociale &#8211; qui sont aussi, dialectiquement, les phases o\u00f9 s&rsquo;ouvre une situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire, comme nous le verrons, &#8211; quand les tensions entre les capitalistes et la classe ouvri\u00e8re deviennent aigu\u00ebs, une partie de la grande bourgeoisie commence \u00e0 regarder avec suspicion la \u00ab\u00a0bureaucratie ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb, parce qu&rsquo;elle n&rsquo;offre pas de r\u00e9sultats s\u00fbrs (elle n&rsquo;arrive pas \u00e0 contr\u00f4ler la lutte de classes et perd le consensus) et qu&rsquo;elle provoque des d\u00e9penses excessives (des accords qui impliquent des concessions \u00e9conomiques partielles en faveur du prol\u00e9tariat). Mais dans un premier temps et pendant une longue p\u00e9riode, la grande bourgeoisie se m\u00e9fie \u00e9galement du fascisme, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il est l&rsquo;expression d&rsquo;une autre classe, \u00e0 laquelle elle ne fait en derni\u00e8re instance pas confiance. Quand donc les capitalistes commencent-ils \u00e0 opter pour \u00ab\u00a0l&rsquo;intervention chirurgicale du fascisme\u00a0\u00bb ? (4) Nous r\u00e9pondrons plus loin \u00e0 cette question.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Le r\u00f4le de la petite bourgeoisie<\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Poussi\u00e8re d&rsquo;humanit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb : telle est l&rsquo;expression f\u00e9roce par laquelle Trotsky caract\u00e9rise la petite bourgeoisie. Et l\u00e0 se trouve la base de masse du fascisme. Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, c&rsquo;est une classe, tr\u00e8s large et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, qui comprend toutes les couches sociales interm\u00e9diaires entre le prol\u00e9tariat et la grande bourgeoisie&nbsp;: petits artisans et commer\u00e7ants, fonctionnaires, techniciens, intellectuels, petits propri\u00e9taires terriens. (5) C&rsquo;est une classe qui ne peut pas avoir une politique ind\u00e9pendante, en raison de son caract\u00e8re extr\u00eamement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Dans ses couches inf\u00e9rieures, elle se confond avec le prol\u00e9tariat (et avec le lumpenprol\u00e9tariat)&nbsp;; dans ses couches plus riches, elle est proche du capital financier (et elle collabore activement avec lui). N&rsquo;ayant pas de programme autonome propre, elle oscille dans les diff\u00e9rentes phases historiques entre des positions multiples, voire oppos\u00e9es les unes aux autres. C&rsquo;est une classe qui, par sa consistance num\u00e9rique, a un poids important dans les \u00e9lections, mais celles-ci sont toujours un \u00ab\u00a0miroir d\u00e9formant\u00a0\u00bb et ne repr\u00e9sentent pas les rapports de force r\u00e9els dans la soci\u00e9t\u00e9 : \u00ab\u00a0<em>seule la lutte r\u00e9volutionnaire met \u00e0 nu les r\u00e9els rapports de force<\/em>\u00a0\u00bb (6).<\/p>\n\n\n\n<p>Trotsky souligne comment la petite bourgeoisie, au 20\u00e8me si\u00e8cle, a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois la base de masse du fascisme et des SR (Socialistes R\u00e9volutionnaires) russes (qui avaient en fait une grande force \u00ab\u00a0\u00e9lectorale\u00a0\u00bb en vertu de leur base paysanne). La petite bourgeoisie n&rsquo;est pas toujours r\u00e9actionnaire dans son ensemble. Au contraire, c&rsquo;est une classe qui joue un r\u00f4le d\u00e9cisif dans une phase r\u00e9volutionnaire : \u00ab\u00a0<em>pour qu&rsquo;une crise sociale conduise \u00e0 la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne, il est indispensable, entre autres, que la classe petite-bourgeoise se tourne de fa\u00e7on d\u00e9cisive vers le prol\u00e9tariat<\/em>\u00ab\u00a0. (7) Mais comme nous le verrons, cela d\u00e9pend dans une large mesure de l&rsquo;insertion dans la classe et de la politique du parti r\u00e9volutionnaire. En essayant d&rsquo;actualiser l&rsquo;analyse de Trotsky, nous pouvons dire que la petite bourgeoisie a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisive dans l&rsquo;exploitation \u00e9lectorale de ph\u00e9nom\u00e8nes politiques tr\u00e8s diff\u00e9rents : de <em>Podemos<\/em> en Espagne au <em>Front national<\/em> en France, de <em>Syriza<\/em> en Gr\u00e8ce au <em>M5S<\/em> et \u00e0 la <em>Lega<\/em> en Italie, de Trump aux \u00c9tats-Unis \u00e0 Bolsonaro au Br\u00e9sil.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que la tendance actuelle est au renforcement \u00e9lectoral des partis populistes de droite et d&rsquo;extr\u00eame droite : un ph\u00e9nom\u00e8ne qui a une explication tr\u00e8s pr\u00e9cise. La crise du capitalisme signifie \u00ab\u00a0<em>putr\u00e9faction sociale et culturelle<\/em>\u00a0\u00bb (8), sa prolongation ne peut que se traduire par \u00ab\u00a0<em>une paup\u00e9risation de la petite bourgeoisie, et une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence vers le lumpenprol\u00e9tariat de couches de plus en plus larges du prol\u00e9tariat<\/em>\u00a0\u00bb (9). Sous les coups de cette crise qui semble sans fin, la petite bourgeoisie s&rsquo;oriente non pas vers la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne (qui lui semble un objectif lointain et abstrait) mais vers la r\u00e9action, voire \u00ab\u00a0<em>vers la r\u00e9action imp\u00e9rialiste extr\u00eame, entra\u00eenant derri\u00e8re elle d<\/em><em>e larges<\/em><em> couches ouvri\u00e8res<\/em>\u00ab\u00a0. (10)<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une phrase de Trotsky qui explique de fa\u00e7on pertinente les victoires \u00e9lectorales des partis populistes et d&rsquo;extr\u00eame droite et surtout le consensus qu&rsquo;ils re\u00e7oivent dans de larges sections du prol\u00e9tariat, en l&rsquo;absence de grandes luttes ouvri\u00e8res : \u00ab\u00a0<em>Lorsque la masse prol\u00e9tarienne est anim\u00e9e d&rsquo;un espoir r\u00e9volutionnaire, elle entra\u00eene in\u00e9vitablement avec elle des couches importantes et de plus en plus larges de la petite bourgeoisie sur le chemin de la r\u00e9volution. Mais, justement par rapport \u00e0 cela, les \u00e9lections donnent une image totalement oppos\u00e9e&nbsp;: le d\u00e9sespoir contre-r\u00e9volutionnaire s&#8217;empare avec une telle force de la masse petite-bourgeoise qu&rsquo;il entra\u00eene avec elle des couches consid\u00e9rables du prol\u00e9tariat.<\/em>\u00a0\u00bb&nbsp;(11) Dans certaines conditions historiques, comme nous le verrons, tout cela peut conduire \u00e0 la victoire du fascisme, mais est-il in\u00e9vitable qu&rsquo;une crise \u00e9conomique et sociale du capitalisme conduise au fascisme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les lectures lin\u00e9aires et simplistes du d\u00e9veloppement historique se heurtent au mat\u00e9rialisme dialectique que nous devons \u00e0 Marx. Plus les forces productives d&rsquo;un capitalisme national se sont d\u00e9velopp\u00e9es, plus la crise \u00e9conomique engendre de profonds bouleversements sociaux et politiques. En Allemagne, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1920, les antagonismes sociaux et politiques ont atteint des niveaux explosifs. C&rsquo;est une situation &#8211; il faut le pr\u00e9ciser &#8211; qui, sous certaines conditions, favorise potentiellement le renforcement du parti r\u00e9volutionnaire : la crise \u00e9conomique, sociale et politique conduit \u00e0 une situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire qui, s&rsquo;il existe un solide parti ouvrier r\u00e9volutionnaire \u00e9prouv\u00e9 par la lutte, peut rapidement devenir une situation r\u00e9volutionnaire. (12) Mais en m\u00eame temps, ces m\u00eames conditions peuvent conduire \u00e0 la r\u00e9action la plus sordide, \u00e0 cette \u00ab\u00a0<em>r\u00e9gurgitation d&rsquo;une mauvaise digestion de la barbarie capitaliste<\/em>\u00a0\u00bb qu&rsquo;est le fascisme&nbsp;: c&rsquo;est le prol\u00e9tariat qui fait la diff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fascisme a besoin de deux \u00e9l\u00e9ments pour s&rsquo;affirmer&nbsp;: une crise sociale profonde, et la faiblesse r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re. Au-del\u00e0 du miroir d\u00e9formant des \u00e9lections, dans l&rsquo;ar\u00e8ne vivante de la lutte, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9quivalent entre la petite bourgeoisie et le prol\u00e9tariat. La sup\u00e9riorit\u00e9 sociale et militante du prol\u00e9tariat est incontestable : les ouvriers \u00ab\u00a0<em>qui contr\u00f4lent les moyens de production et de transport, qui, par les conditions m\u00eames de leur travail, constituent l&rsquo;arm\u00e9e du fer, du charbon, des chemins de fer, de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb (13) sont infiniment sup\u00e9rieurs \u00e0 la \u00ab\u00a0<em>poussi\u00e8re d&rsquo;humanit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb sur laquelle s&rsquo;appuient les fascistes. L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment subjectif &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire la situation du parti r\u00e9volutionnaire, sa politique, ses rapports avec la classe &#8211; est, comme nous le verrons, le facteur d\u00e9terminant qui peut transformer une situation en r\u00e9volutionnaire ; si ce facteur fait d\u00e9faut, la crise peut conduire \u00e0 la r\u00e9action imp\u00e9rialiste, voire pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;affirmation de r\u00e9gimes fascistes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;essence du fascisme<\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un fait \u00e9tabli de l&rsquo;histoire que l&rsquo;heure du fascisme tend \u00e0 sonner lorsque la bourgeoisie ne parvient plus \u00e0 tirer profit du r\u00e9gime parlementaire. Mais du point de vue de la classe, un r\u00e9gime d\u00e9mocratique bourgeois et un r\u00e9gime fasciste ne sont pas diff\u00e9rents : ce sont deux formes de domination de la m\u00eame classe, la bourgeoisie&nbsp;; c&rsquo;est-\u00e0-dire que les deux r\u00e9gimes sont l&rsquo;expression du capital monopoliste. Le fascisme au pouvoir ne change pas le syst\u00e8me \u00e9conomique et social : il pr\u00e9serve le capitalisme et, avec lui, les profits multimillionnaires de la grande bourgeoisie. Le fascisme peut arriver au pouvoir \u00ab&nbsp;<em>lorsque les moyens politico-militaires \u00ab\u00a0normaux\u00a0\u00bb de la dictature bourgeoise, avec sa couverture parlementaire, deviennent insuffisants pour maintenir la soci\u00e9t\u00e9 en \u00e9quilibre&nbsp;\u00bb<\/em> (14) et pour garantir les profits des capitalistes. Quelle est alors la diff\u00e9rence sp\u00e9cifique du fascisme par rapport aux autres formes (\u00e9galement autoritaires) de domination bourgeoise&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque imp\u00e9rialiste, la bourgeoisie ne joue pas toujours les m\u00eames cartes dans des conditions similaires. Surtout, le fascisme n&rsquo;est pas le r\u00e9gime politique privil\u00e9gi\u00e9 par la bourgeoisie. Comme l&rsquo;explique efficacement Trotsky avec une m\u00e9taphore bien connue, \u00ab\u00a0<em>la grande bourgeoisie recourt au fascisme avec la joie <\/em><em>d<\/em><em>&lsquo;une personne \u00e0 la m\u00e2choire malade qui se fait arracher les dents<\/em>\u00ab\u00a0. (15) En effet, le fascisme est un mouvement de masse de la petite bourgeoisie, une classe dont la grande bourgeoisie a besoin pour rester au pouvoir, mais dont elle pr\u00e9f\u00e9rerait se passer. Le fascisme, en effet, met en mouvement \u00ab\u00a0<em>la masse de la petite bourgeoisie en col\u00e8re, les bandes de laiss\u00e9s-pour-compte, le lumpenprol\u00e9tariat d\u00e9moralis\u00e9, tous ces innombrables \u00eatres humains que le capitalisme financier lui-m\u00eame pousse au d\u00e9sespoir et \u00e0 la col\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb (16). Le fascisme, agissant au profit de la grande bourgeoisie, utilise ces masses comme \u00ab\u00a0un b\u00e9lier\u00a0\u00bb pour d\u00e9truire les organisations du mouvement ouvrier. En m\u00eame temps, le fascisme, n&rsquo;\u00e9tant pas l&rsquo;expression directe de la grande bourgeoisie (c&rsquo;est-\u00e0-dire n&rsquo;\u00e9tant pas un parti bourgeois) \u00ab\u00a0<em>exproprie politiquement<\/em>\u00a0\u00bb la bourgeoisie. (17)<\/p>\n\n\n\n<p>Nous trouvons ici l&rsquo;autre caract\u00e9ristique particuli\u00e8re du fascisme : \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;essence et la fonction du fascisme consistent \u00e0 abolir compl\u00e8tement les organisations ouvri\u00e8res et \u00e0 emp\u00eacher leur reconstruction<\/em>\u00ab\u00a0. La fonction du fascisme consiste \u00e0 \u00ab\u00a0<em>opposer \u00e0 l&rsquo;attaque du prol\u00e9tariat &#8211; au moment o\u00f9 il s&rsquo;affaiblit &#8211; l&rsquo;attaque des masses petites-bourgeoises enrag\u00e9es<\/em>\u00ab\u00a0. (18) Il n&rsquo;y a pas de fascisme sans cette sp\u00e9cificit\u00e9, \u00e0 savoir la \u00ab\u00a0<em>mobilisation de la petite bourgeoisie contre le prol\u00e9tariat<\/em>\u00ab\u00a0. (19) C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment en profitant de cette arm\u00e9e, \u00e0 la fois faible et f\u00e9roce, que la grande bourgeoisie parvient \u00e0 pr\u00e9server sa propre domination dans les phases de crise sociale et politique. Et c&rsquo;est pourquoi le fascisme, bien qu&rsquo;il arrive au pouvoir en s&rsquo;appuyant sur la petite bourgeoisie,est loin d&rsquo;\u00eatre un gouvernement de la petite bourgeoisie lorsqu&rsquo;il arrive au pouvoir. \u00ab\u00a0<em>Le fascisme au pouvoir est tout sauf un gouvernement de la petite bourgeoisie. Au contraire, c&rsquo;est la dictature la plus impitoyable du capital monopoliste.<\/em>\u00a0\u00bb (20) Cela d\u00e9coule, comme nous l&rsquo;avons dit, de la nature m\u00eame de la petite bourgeoisie, qui est une classe trop h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne pour pouvoir mener une politique ind\u00e9pendante.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous trouvons ici \u00e9galement la raison pour laquelle la bourgeoisie ne recourt pas de bon gr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;option fasciste. La grande bourgeoisie n&rsquo;a aucune confiance dans la petite bourgeoisie, ni dans un r\u00e9gime d\u00e9mocratique bourgeois (o\u00f9 elle utilise celle-ci pour maintenir son contr\u00f4le sur le prol\u00e9tariat) ni, encore moins, dans un r\u00e9gime politique comme le fascisme, qui repose initialement sur la mobilisation des masses petites bourgeoises. La grande bourgeoisie consid\u00e8re la petite bourgeoisie avec la m\u00eame m\u00e9fiance que celle des aristocrates qui, \u00e0 la cour des rois de France, consid\u00e9raient la bourgeoisie rampante \u00e0 la recherche d&rsquo;un titre de noblesse : \u00ab\u00a0<em>la bourgeoisie, quoique s&rsquo;appuyant sur la petite bourgeoisie, n&rsquo;a pas confiance en elle&nbsp;; car elle craint \u00e0 juste titre que celle-ci ait toujours la propension \u00e0 franchir les barri\u00e8res qui lui sont impos\u00e9es d&rsquo;en haut.<\/em>\u00a0\u00bb (21) Elle sait cependant que dans les phases de crise r\u00e9volutionnaire, elle ne peut s&rsquo;en passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Essayons d&rsquo;expliquer le concept par une image. Imaginons un capitaliste riche et rassasi\u00e9 qui, le soir, dans son luxueux salon, fait le bilan des profits de plusieurs millions r\u00e9alis\u00e9s dans la journ\u00e9e sur le dos de milliers de travailleurs. Ce qu&rsquo;il appr\u00e9cie le plus, c&rsquo;est la tranquillit\u00e9, le silence, la possibilit\u00e9 de continuer \u00e0 passer des nuits paisibles \u00e0 compter de l&rsquo;argent. Il m\u00e9prise ses ouvriers, qu&rsquo;il exploite jusqu&rsquo;\u00e0 la moelle, mais il m\u00e9prise tout autant les commer\u00e7ants appauvris qui lui demandent sans cesse des pr\u00eats, les bandes de ch\u00f4meurs qui attendent leur aum\u00f4ne, les petits entrepreneurs ruin\u00e9s qui le regardent avec haine quand il passe&nbsp;: il ne fait pas confiance \u00e0 ces envieux, \u00e0 cette classe \u00ab\u00a0exploit\u00e9e et d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9e\u00a0\u00bb. Mais ce qu&rsquo;il craint par-dessus tout, c&rsquo;est de perdre ses b\u00e9n\u00e9fices. Si les manifestations ouvri\u00e8res sont fr\u00e9quentes dans son usine et que les ouvriers risquent de prendre le contr\u00f4le de la production, il n&rsquo;h\u00e9sitera pas \u00e0 utiliser tous les moyens n\u00e9cessaires pour \u00e9viter cette \u00e9ventualit\u00e9, la plus d\u00e9sastreuse pour lui. Le riche bourgeois va m\u00eame, nostalgique des nuits tranquilles du pass\u00e9, se mettre \u00e0 financer des bandes de commer\u00e7ants, d&rsquo;hommes d&rsquo;affaires en faillite, de ch\u00f4meurs, de d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, afin de noyer dans le sang la protestation ouvri\u00e8re. Le riche bourgeois peut-il \u00eatre heureux de devoir financer, mobiliser, armer jusqu&rsquo;aux dents ces bandes qu&rsquo;il m\u00e9prise tant&nbsp;? Certainement pas&nbsp;: il n&rsquo;aime pas les \u00e9meutes, il pr\u00e9f\u00e9rerait les nuits sereines et paisibles d&rsquo;autres temps, sans bruit dans les rues. Mais pour continuer \u00e0 honorer le Dieu Profit, il est oblig\u00e9 de recourir aux m\u00e9thodes du fascisme, qui sont des m\u00e9thodes de guerre civile.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 au pouvoir, le fascisme saura se faire pardonner tant de d\u00e9sagr\u00e9ments : \u00ab\u00a0<em>d\u00e9truire les organisations ouvri\u00e8res, r\u00e9duire le prol\u00e9tariat \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat amorphe, cr\u00e9er un syst\u00e8me d&rsquo;organismes qui p\u00e9n\u00e8trent profond\u00e9ment dans les masses, destin\u00e9 \u00e0 emp\u00eacher l&rsquo;organisation ind\u00e9pendante du prol\u00e9tariat (&#8230;)&nbsp;: en cela consiste l&rsquo;essence du r\u00e9gime fasciste.<\/em>\u00a0\u00bb (22) Voil\u00e0 donc le bourgeois riche et rassasi\u00e9, rassur\u00e9&nbsp;: ses profits sont dans de bonnes mains !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Bonapartisme et fascisme<\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>Le mot fascisme est souvent utilis\u00e9, aussi par la gauche, de fa\u00e7on impr\u00e9cise, comme synonyme de \u00ab\u00a0r\u00e9gime policier\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0bonapartiste\u00a0\u00bb&nbsp;: selon Trotsky, il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9finition incorrecte, qui peut conduire (et a conduit) \u00e0 des erreurs tactiques et strat\u00e9giques non n\u00e9gligeables. Contrairement \u00e0 l&rsquo;usage courant du mot, le fascisme n&rsquo;est pas seulement un syst\u00e8me de r\u00e9pression, de violence et de terreur polici\u00e8re. Le propre du fascisme est de mobiliser les masses petites-bourgeoises contre les organisations du mouvement ouvrier (r\u00e9formistes, r\u00e9volutionnaires, mutualistes, etc.) et, une fois au pouvoir, d&rsquo;\u00e9liminer \u00ab\u00a0<em>tous les \u00e9l\u00e9ments de la d\u00e9mocratie prol\u00e9tarienne dans la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise<\/em>\u00a0\u00bb (23). Le fascisme ne se fixe pas seulement l&rsquo;objectif de d\u00e9truire, y compris physiquement, l&rsquo;avant-garde prol\u00e9tarienne&nbsp;: il veut \u00ab\u00a0<em>an\u00e9antir tous les points d&rsquo;appui du prol\u00e9tariat<\/em>\u00a0\u00bb (24). Le mouvement ouvrier, en tant que sujet autonome et ind\u00e9pendant, doit tout simplement dispara\u00eetre. Pour ce faire, le fascisme \u00ab\u00a0<em>mobilise les classes imm\u00e9diatement sup\u00e9rieures au prol\u00e9tariat et qui craignent la chute au niveau de celui-ci, il les organise et les militarise avec les moyens du capital financier, sous le couvert de l\u2019\u00c9tat officiel, et les oriente vers la destruction des organisations prol\u00e9tariennes, des plus r\u00e9volutionnaires aux plus mod\u00e9r\u00e9es<\/em>\u00a0\u00bb (25).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est essentiel de distinguer un r\u00e9gime de dictature militaire polici\u00e8re de type bonapartiste d&rsquo;un r\u00e9gime de dictature militaire polici\u00e8re de type fasciste. Dans le premier cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;un gouvernement bourgeois autoritaire qui appara\u00eet comme s&rsquo;\u00e9levant au-dessus de la m\u00eal\u00e9e (comme l&rsquo;a fait Napol\u00e9on III \u00e0 l&rsquo;occasion du coup d&rsquo;\u00c9tat en France en 1851, d&rsquo;o\u00f9 le nom de \u00ab\u00a0bonapartisme\u00a0\u00bb) : le gouvernement se pr\u00e9sente comme \u00ab\u00a0ind\u00e9pendant\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers la domination d&rsquo;une bureaucratie et de l&rsquo;arm\u00e9e. Au-del\u00e0 de la fa\u00e7ade, le gouvernement continue en fait d&rsquo;agir au profit de la classe dominante, il joue le r\u00f4le de \u00ab\u00a0<em>commissaire des classes poss\u00e9dantes<\/em>\u00a0\u00bb m\u00eame si \u00ab\u00a0<em>le commissaire s&rsquo;assoit sur le dos du propri\u00e9taire, lui tape sur la nuque et, si n\u00e9cessaire, n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 lui donner un coup de pied au visage<\/em>\u00ab\u00a0. (26) Par exemple, en Allemagne, les gouvernements qui ont imm\u00e9diatement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la victoire d&rsquo;Hitler sont consid\u00e9r\u00e9s par Trotsky comme des gouvernements pr\u00e9-bonapartistes (Br\u00fcning) et bonapartistes (Von Papen). Dans un gouvernement bonapartiste, qui cherche \u00e0 contr\u00f4ler les tensions sociales par la force, les espaces d\u00e9mocratiques sont fortement restreints, parfois brutalement&nbsp;: sous Von Papen, par exemple, les grands industriels et les banquiers ont tent\u00e9 de d\u00e9fendre leur propre cause en utilisant impitoyablement la police et l&rsquo;arm\u00e9e. Mais ce gouvernement fut de courte dur\u00e9e : en g\u00e9n\u00e9ral, un r\u00e9gime bonapartiste n&rsquo;acquiert un caract\u00e8re de stabilit\u00e9 que lorsqu&rsquo;il cl\u00f4t une phase r\u00e9volutionnaire (comme ce fut le cas du r\u00e9gime de Napol\u00e9on III, qui succ\u00e9da \u00e0 la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire de 1848), lorsque les \u00e9nergies r\u00e9volutionnaires des masses prol\u00e9tariennes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9es, mais que les classes poss\u00e9dantes conservent encore la terreur de nouveaux bouleversements. Au contraire, si perdure une phase pr\u00e9r\u00e9volutionnaire ou r\u00e9volutionnaire, caract\u00e9ris\u00e9e par une profonde instabilit\u00e9 sociale, la bourgeoisie peut \u00eatre pouss\u00e9e \u00e0 remplacer le bonapartisme par le fascisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le fascisme est bel-et-bien une chose diff\u00e9rente du bonapartisme. Bien que le fascisme conduise en fin de compte \u00e0 l&rsquo;instauration d&rsquo;un r\u00e9gime politico-militaire bonapartiste, il pr\u00e9sente des caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques que l&rsquo;on ne retrouve pas dans un simple r\u00e9gime bonapartiste : le fascisme s&rsquo;appuie, comme on l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit, sur les mobilisations des masses petites-bourgeoises, il ouvre une p\u00e9riode de guerre civile contre le prol\u00e9tariat et ses structures, bref, il construit un r\u00e9gime qui d\u00e9truit syst\u00e9matiquement tout \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re existant dans la soci\u00e9t\u00e9. Le parlementarisme lui-m\u00eame est compl\u00e8tement aboli, ayant fait l&rsquo;objet de la haine furieuse des bandes petites-bourgeoises mobilis\u00e9es contre les travailleurs. Contrairement au bonapartisme qui, dans une phase de crise sociale, se pr\u00e9sente comme un r\u00e9gime de transition o\u00f9 la classe ouvri\u00e8re peut r\u00e9pondre \u00e0 la r\u00e9pression par la lutte r\u00e9volutionnaire, le fascisme inaugure une phase de r\u00e9action durable, car il an\u00e9antit la classe ouvri\u00e8re. Les si\u00e8ges des syndicats et des partis avec base ouvri\u00e8re sont ferm\u00e9s ou incendi\u00e9s, les militants politiques et syndicaux, et m\u00eame les gr\u00e9vistes, sont d\u00e9port\u00e9s dans des camps de concentration, dans ce qui devient finalement \u00ab\u00a0<em>la dictature la plus impitoyable du capital monopoliste<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0<em>la pire forme d&rsquo;imp\u00e9rialisme<\/em>\u00a0\u00bb (27). Si, dans un r\u00e9gime bonapartiste, la classe ouvri\u00e8re dispose encore d&rsquo;une certaine base pour poursuivre la lutte, dans le fascisme, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 mortellement bless\u00e9e, elle est submerg\u00e9e et noy\u00e9e dans la boue d&rsquo;une \u00ab\u00a0<em>r\u00e9gurgitation d&rsquo;une mauvaise digestion de la barbarie capitaliste<\/em>\u00ab\u00a0, faite de racisme, de mysticisme, de machisme, d&rsquo;homophobie, de croyances irrationnelles, de culte de la personnalit\u00e9, de nationalisme agressif, d&rsquo;intol\u00e9rance, d&rsquo;ignorance mesquine \u00e9lev\u00e9e au rang de religion d&rsquo;\u00c9tat. Mais comment est-il possible d&rsquo;en arriver \u00e0 tout cela dans une phase pr\u00e9-r\u00e9volutionnaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire lorsque les chances de victoire de la classe ouvri\u00e8re sont les plus grandes ?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir du fascisme italien.<\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>On paie inexorablement \u00ab\u00a0<em>la peine et l&rsquo;expiation de l&rsquo;injustice<\/em>\u00ab\u00a0, disait un philosophe antique. (28) Et il n&rsquo;est pas extravagant de le citer \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 l&rsquo;on cherche les responsabilit\u00e9s de la mont\u00e9e du fascisme en Italie dans les ann\u00e9es 1920 et en Allemagne dans les ann\u00e9es 1930. Le fascisme est, m\u00e9taphoriquement, une punition pour les fautes du prol\u00e9tariat qui n&rsquo;a pas su se battre pour le pouvoir quand les conditions de la lutte des classes le permettaient. Commentant un livre de Tasca sur le fascisme italien, Trotsky souligne ce qui suit (il vaut la peine de citer un long passage). (29) :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Les organisations ouvri\u00e8res \u00e9taient tr\u00e8s puissantes. Il y avait 160 d\u00e9put\u00e9s socialistes au Parlement&nbsp;; ils contr\u00f4laient en outre plus d&rsquo;un tiers des municipalit\u00e9s&nbsp;; les zones les plus importantes de l&rsquo;Italie \u00e9taient entre les mains des socialistes, centre organisateur du pouvoir ouvrier. Aucun capitaliste ne pouvait embaucher ou licencier un travailleur, qu&rsquo;il soit agricole ou industriel, sans l&rsquo;accord des syndicats. La dictature du prol\u00e9tariat semblait acquise \u00e0 49 %. Cependant, la r\u00e9action de la petite bourgeoisie et des officiers d\u00e9mobilis\u00e9s face \u00e0 cette situation fut \u00e9norme (&#8230;) ils organis\u00e8rent de petites bandes sous la direction de quelques officiers qui furent envoy\u00e9s par camions partout o\u00f9 l&rsquo;on avait besoin d&rsquo;eux. Trente hommes organis\u00e9s arrivaient dans une ville de dix mille habitants sous contr\u00f4le socialiste&nbsp;; ils incendiaient la mairie, les maisons&nbsp;; ils fusillaient les dirigeants et imposaient les conditions de travail voulues par les capitalistes&nbsp;; de l\u00e0, ils repartaient ailleurs, faisant la m\u00eame chose dans des centaines et des centaines de villes, l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre. Avec ces activit\u00e9s syst\u00e9matiques de terreur, ils ont totalement d\u00e9truit les syndicats, se rendant ainsi ma\u00eetres de l&rsquo;Italie, bien qu&rsquo;ils \u00e9taient une minorit\u00e9 insignifiante<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En bref, quelques milliers de fascistes bien organis\u00e9s ont r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9truire un puissant mouvement prol\u00e9tarien, qui s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9 apr\u00e8s la guerre, conduisant en 1920 \u00e0 l&rsquo;occupation de toutes les principales usines du pays, ce que l&rsquo;on a appel\u00e9 le \u00ab\u00a0Biennat rouge\u00a0\u00bb (30). Comme l&rsquo;explique bien Trotsky&nbsp;: en Italie, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, la dictature du prol\u00e9tariat \u00e9tait une possibilit\u00e9 concr\u00e8te&nbsp;; il s&rsquo;agissait seulement de l&rsquo;organiser et de la mener \u00e0 ses cons\u00e9quences ultimes. L&rsquo;\u00c9tat bourgeois \u00e9tait en miettes, la bourgeoisie t\u00e2tonnait dans l&rsquo;obscurit\u00e9, les ouvriers contr\u00f4laient les usines. Mais le parti socialiste, le parti qui organisait les grandes masses prol\u00e9tariennes, a eu peur et a recul\u00e9. Ici encore, il convient de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une longue citation de Trotsky. (31) :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>A l&rsquo;automne 1920, le prol\u00e9tariat italien rejoint le plus haut niveau de mobilisation de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Les fabriques, les usines, les chemins de fer, les mines \u00e9taient occup\u00e9s. L&rsquo;\u00c9tat est en d\u00e9sarroi, la bourgeoisie est \u00e0 genou, sa colonne vert\u00e9brale est presque bris\u00e9e. Il semblait qu&rsquo;il ne restait plus qu&rsquo;un autre pas \u00e0 faire pour que la classe ouvri\u00e8re italienne conqui\u00e8re le pouvoir. Mais \u00e0 ce moment-l\u00e0, son parti (&#8230;) entre-temps terroris\u00e9 face \u00e0 la possibilit\u00e9 de la prise du pouvoir, de la guerre civile, a laiss\u00e9 le prol\u00e9tariat sans d\u00e9fense. Contre le prol\u00e9tariat appara\u00eet donc une attaque de la part de l&rsquo;aile la plus r\u00e9solue de la bourgeoisie, qui utilise le fascisme et toutes les forces qui lui restaient dans la police et l&rsquo;arm\u00e9e. Le prol\u00e9tariat fut \u00e9cras\u00e9.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est donc pourquoi apparaissent les petits et les grands Mussolinis lorsque s&rsquo;ouvre (ou peut s&rsquo;ouvrir) une situation r\u00e9volutionnaire. La bourgeoisie, terrifi\u00e9e par l&rsquo;action du prol\u00e9tariat, met en mouvement les bandes fascistes, attise la fureur de la petite bourgeoisie contre les organisations de la classe ouvri\u00e8re. Le fascisme italien est n\u00e9 directement de la trahison de la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne : si le parti socialiste &#8211; qui, rappelons-le, \u00e9tait alors une section de la IIIe Internationale, bien que, comme le dit Trotsky, encore impr\u00e9gn\u00e9 de l&rsquo;esprit de la IIe Internationale&nbsp;&nbsp; avait mis en pratique ce qu&rsquo;il ne proclamait qu&rsquo;en paroles, c&rsquo;est-\u00e0-dire la dictature du prol\u00e9tariat, nous aurions probablement \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s de vingt ans de fascisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;\u00eatre coh\u00e9rent avec le programme que la direction du Parti socialiste pr\u00e9tendait d\u00e9fendre en paroles : amener la classe ouvri\u00e8re au pouvoir, exproprier la grande bourgeoisie, entamer la construction d&rsquo;une \u00e9conomie et d&rsquo;un \u00c9tat socialistes. Toutes les conditions \u00e9taient r\u00e9unies&nbsp;: l&rsquo;\u00e9norme puissance de la classe ouvri\u00e8re en lutte n&rsquo;aurait certainement pas \u00e9t\u00e9 intimid\u00e9e par une quelconque bande de voyous. Mais les dirigeants socialistes ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 attendre et tourner autour du pot&nbsp;: ils ont retenu leurs travailleurs de toutes leurs forces dans la lutte contre les fascistes&nbsp;; ils se sont inclin\u00e9s en fait devant la l\u00e9galit\u00e9 bourgeoise, et voil\u00e0 vingt ans de dictature fasciste servie sur un plateau d&rsquo;argent par les l\u00e2ches dirigeants r\u00e9formistes !<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas un hasard si le parti socialiste italien allait bient\u00f4t \u00eatre exclu de facto de la IIIe Internationale, puisqu&rsquo;il n&rsquo;acceptait pas de remettre en cause son propre \u00ab\u00a0centrisme\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire sa tendance \u00e0 osciller entre des positions r\u00e9volutionnaires (seulement proclam\u00e9es) et des positions r\u00e9formistes. (Il refuse de rompre avec l&rsquo;aile r\u00e9formiste de Turati, malgr\u00e9 la demande de l&rsquo;Internationale.)<\/p>\n\n\n\n<p>Le fascisme a \u00e9t\u00e9 une le\u00e7on tragique pour le prol\u00e9tariat italien : l&rsquo;absence d&rsquo;un parti de type bolchevique a \u00e9t\u00e9 ch\u00e8rement pay\u00e9e. Ce parti ne verra le jour qu&rsquo;en janvier 1921 &#8211; bien qu&rsquo;avec de nombreuses limites, dues aux positions de Bordiga qui le dirigeait&nbsp;: le Parti communiste d&rsquo;Italie. Sa vie sera br\u00e8ve, car le fascisme au pouvoir entra\u00eenera la dispersion de ses cadres, condamnant les communistes \u00e0 la clandestinit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;exil, \u00e0 l&#8217;emprisonnement et \u00e0 la d\u00e9portation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Le fascisme allemand<\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir d&rsquo;Hitler et du national-socialisme allemand porte, bien s\u00fbr, le poids accablant d&rsquo;une d\u00e9faite historique de la classe ouvri\u00e8re, mais la direction de celle-ci, en l&rsquo;occurrence le stalinisme, est une fois de plus responsable. Au moment des \u00e9v\u00e9nements, le prol\u00e9tariat allemand a fait preuve d&rsquo;une \u00ab\u00a0faiblesse r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb qui avait essentiellement deux causes&nbsp;: d&rsquo;une part, la social-d\u00e9mocratie allemande et son r\u00f4le historique, d&rsquo;autre part, l&rsquo;incapacit\u00e9 du parti communiste allemand (dirig\u00e9 par le stalinisme) \u00e0 unir les travailleurs sous la banni\u00e8re de la r\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>La social-d\u00e9mocratie allemande, d&rsquo;orientation r\u00e9formiste, a toujours jou\u00e9 un r\u00f4le contre-r\u00e9volutionnaire : elle \u00e9tait l&rsquo;agent du capitalisme dans les rangs du mouvement ouvrier. C&rsquo;est pourquoi Trotsky la d\u00e9finit comme un \u00ab\u00a0obstacle objectif\u00a0\u00bb qui doit \u00eatre \u00e9limin\u00e9. (32) Trotsky est implacable lorsqu&rsquo;il condamne la social-d\u00e9mocratie allemande pour sa responsabilit\u00e9 : \u00ab\u00a0la partie la plus pourrie de l&rsquo;Europe capitaliste est constitu\u00e9e par la bureaucratie social-d\u00e9mocrate\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0<em>a renonc\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution au nom des r\u00e9formes<\/em>\u00ab\u00a0, qui est all\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 soutenir activement la guerre imp\u00e9rialiste en se donnant pour but la sauvegarde de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. Non contente de cela, elle accepte m\u00eame de renoncer \u00e0 tous ses acquis : \u00ab\u00a0<em>Il n&rsquo;y a pas de spectacle historique plus tragique et en m\u00eame temps plus r\u00e9pugnant que la d\u00e9composition naus\u00e9abonde du r\u00e9formisme au milieu des d\u00e9bris de ses acquis et de tous ses espoirs.<\/em>\u00a0\u00bb (33) Lorsque le fascisme \u00e9tait aux portes, ils ont fait appel \u00e0 l&rsquo;appareil d&rsquo;\u00c9tat, aux juges, \u00e0 la police&#8230; renon\u00e7ant de fait \u00e0 la lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais que la social-d\u00e9mocratie allemande (c&rsquo;est-\u00e0-dire le r\u00e9formisme) ait agi de la sorte n&rsquo;est pas surprenant : l&rsquo;activit\u00e9 de ces agents de la bourgeoisie est tout-\u00e0-fait pr\u00e9visibles quand il s&rsquo;agit de vendre la classe. Ce qui n&rsquo;a toutefois pas du tout \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme acquis, c&rsquo;est la grande responsabilit\u00e9 historique du Parti communiste allemand (stalinien) dans cette trag\u00e9die. Le Parti communiste allemand n&rsquo;\u00e9tait pas un petit parti : il organisait des dizaines de milliers de militants et obtenait m\u00eame des pourcentages \u00e9lectoraux importants. Mais sous la responsabilit\u00e9 de sa direction, sous les ordres de Staline, il a refus\u00e9 en pratique de lutter contre le fascisme. Il a surtout refus\u00e9, par une sorte de sectarisme bureaucratique (alternant avec des politiques ultra-opportunistes), d&rsquo;utiliser la tactique du front unique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une tactique qui d\u00e9coule de la condition objective du prol\u00e9tariat, qui n&rsquo;est pas une classe homog\u00e8ne : ses composantes acqui\u00e8rent une conscience \u00e0 des rythmes diff\u00e9rents, et c&rsquo;est pourquoi il se pr\u00e9sente politiquement divis\u00e9 en de nombreux partis (et syndicats) dans la plupart des phases historiques. Le parti r\u00e9volutionnaire doit toujours maintenir une ind\u00e9pendance politique et organisationnelle totale par rapport aux autres partis de la classe (par exemple, les partis r\u00e9formistes et centristes) mais, afin de gagner la majorit\u00e9 du prol\u00e9tariat &#8211; une condition pr\u00e9alable indispensable \u00e0 la r\u00e9volution &#8211; il ne doit jamais entrer en conflit avec le besoin des travailleurs de construire l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;action dans la lutte contre le capital. En outre, il doit constamment mettre au d\u00e9fi les directions r\u00e9formistes de construire une lutte unie, afin de d\u00e9masquer leurs v\u00e9ritables intentions aux yeux des travailleurs. Ceci est d&rsquo;autant plus vrai face \u00e0 la menace du fascisme&nbsp;: refuser, comme l&rsquo;a fait le Parti communiste allemand, de lancer des actions communes avec les organisations r\u00e9formistes contre le danger fasciste, c&rsquo;est capituler devant le fascisme. Seule une politique de front unique, bas\u00e9e sur des accords pratiques limit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exigence de l&rsquo;action &#8211; maintenant ainsi une ind\u00e9pendance totale au niveau du programme (\u00ab\u00a0marcher s\u00e9par\u00e9ment, frapper ensemble\u00a0\u00bb) &#8211; permet la mobilisation de masse de la classe et cr\u00e9e ainsi les conditions de la d\u00e9faite des fascistes et de la maturation politique du prol\u00e9tariat (la conscience ouvri\u00e8re se d\u00e9veloppant plus facilement dans la lutte). Ce n&rsquo;est que par la politique du front unique que le parti r\u00e9volutionnaire peut gagner la confiance des masses laborieuses qui ont encore le r\u00e9formisme comme r\u00e9f\u00e9rence : \u00ab\u00a0<em>le parti communiste doit d\u00e9montrer aux masses et \u00e0 leurs organisations la volont\u00e9 effective de mener la lutte avec elles, m\u00eame avec les objectifs les plus modestes, si ces objectifs sont sur la voie du d\u00e9veloppement historique du prol\u00e9tariat.<\/em>\u00a0\u00bb (34).<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est donc avant tout la responsabilit\u00e9 du \u00ab\u00a0facteur subjectif\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire le refus du parti communiste d&rsquo;agir avec une politique de front unique, que le prol\u00e9tariat allemand, le plus puissant d&rsquo;Europe \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, \u00ab\u00a0<em>s&rsquo;est trouv\u00e9 impuissant, d\u00e9sarm\u00e9 et paralys\u00e9 au moment de sa plus grande \u00e9preuve historique<\/em>\u00ab\u00a0. (35) Bien que nous n&rsquo;ayons pas la possibilit\u00e9 dans cet article d&rsquo;approfondir ce sujet, il convient de rappeler les oscillations criminelles du stalinisme allemand en Allemagne dans les ann\u00e9es 1920 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 : il est pass\u00e9 d&rsquo;une politique d&rsquo;opportunisme total dans la confrontation avec la social-d\u00e9mocratie (1926-1928) \u00e0 la politique visionnaire de la \u00ab\u00a0Troisi\u00e8me p\u00e9riode\u00a0\u00bb (\u00e0 partir de 1928), au point de th\u00e9oriser, au moment le plus critique, le \u00ab\u00a0social-fascisme\u00a0\u00bb (1930-1932), c&rsquo;est-\u00e0-dire de la pr\u00e9tendue identit\u00e9 entre fascisme et social-d\u00e9mocratie (d&rsquo;o\u00f9 le rejet du front unique de lutte avec les r\u00e9formistes).<\/p>\n\n\n\n<p>Les analyses du fascisme que nous avons rappel\u00e9es dans cet article montrent \u00e0 quel point la th\u00e9orie du social-fascisme est d\u00e9nu\u00e9e de tout fondement. Mais surtout, malheureusement, l&rsquo;histoire l&rsquo;a d\u00e9montr\u00e9 encore plus clairement. Les fascismes italien et allemand, une fois au pouvoir, ont an\u00e9anti toutes les organisations du prol\u00e9tariat : c&rsquo;est sans doute la plus grande d\u00e9faite historique de la classe ouvri\u00e8re. (36)<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Conclusion<\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>En conclusion de ce bref article, apr\u00e8s avoir examin\u00e9 la v\u00e9ritable nature du fascisme et les responsabilit\u00e9s historiques du r\u00e9formisme et du centrisme dans la mont\u00e9e de celui-ci au pouvoir en Italie et en Allemagne, le moment est venu de tracer une ligne imaginaire reliant les ann\u00e9es 1920 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 \u00e0 aujourd&rsquo;hui. A l&rsquo;heure actuelle, le capitalisme, apr\u00e8s avoir impos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 une nouvelle guerre mondiale et des dizaines de conflits r\u00e9gionaux, est entr\u00e9 dans une nouvelle crise g\u00e9n\u00e9rale en ce d\u00e9but de si\u00e8cle. Les effets de la crise \u00e9conomique sont d\u00e9vastateurs sur les conditions de vie des masses petites-bourgeoises et prol\u00e9taires&nbsp;: les tensions sociales sont \u00e0 leur comble. Cette situation alimente la col\u00e8re de la petite bourgeoisie, qui se d\u00e9tourne des partis bourgeois traditionnels, se retourne contre les institutions parlementaires, et renforce les partis populistes (comme <em>Fratelli d\u2019Italia<\/em> et la <em>Lega<\/em>) qui brandissent les \u00e9tendards du racisme et du nationalisme pour surfer \u00e9lectoralement sur le malaise social. Dans un tel contexte, il est probable qu&rsquo;avec l&rsquo;ouverture d&rsquo;une situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire, des conditions favorables seront cr\u00e9\u00e9es pour le renforcement d&rsquo;un parti r\u00e9volutionnaire. Mais, dialectiquement, il faut pr\u00e9voir \u00e9galement que le grand capital n&rsquo;h\u00e9sitera pas \u00e0 soutenir de plus en plus fr\u00e9quemment les hypoth\u00e8ses bonapartistes, comme cela s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 produit dans le pass\u00e9&nbsp;; et \u00e0 rejouer la carte du fascisme lorsqu&rsquo;il ne pourra plus s&rsquo;en passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc essentiel que la classe ouvri\u00e8re se pr\u00e9pare \u00e0 une confrontation dure&nbsp;: dans un contexte aussi instable, la lutte de classes peut se transformer en guerre civile. Il ne suffit pas, comme le font certains repr\u00e9sentants de la gauche r\u00e9formiste ou des intellectuels, de se lamenter sur le danger fasciste du haut des chaires universitaires ou assis dans les confortables fauteuils des plateaux de t\u00e9l\u00e9vision. Ces \u00ab\u00a0lamentations\u00a0\u00bb cachent souvent le seul but de r\u00e9colter des voix pour les partis bourgeois. L\u00e0 o\u00f9 le danger fasciste est r\u00e9el &#8211; et on ne peut pas exclure que cela arrive bient\u00f4t &#8211; il faudra organiser l&rsquo;autod\u00e9fense des travailleurs&nbsp;; il faudra, comme le rappelle Trotsky, construire des milices d&rsquo;autod\u00e9fense \u00e0 partir des piquets de gr\u00e8ve, \u00e0 partir des quartiers d&rsquo;immigr\u00e9s pauvres qui risquent quotidiennement leur vie face aux assauts des groupes fascistes et racistes. Ce que nous devons faire maintenant, c&rsquo;est construire ce front uni d&rsquo;action et de lutte des travailleurs que Trotsky consid\u00e9rait comme fondamental pour s&rsquo;opposer aux politiques bourgeoises, afin de cr\u00e9er la base du pouvoir des travailleurs et ainsi emp\u00eacher le fascisme de s&rsquo;enraciner.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pas de meilleurs mots pour conclure un article sur le fascisme que ceux contenus dans le Programme de Transition, c&rsquo;est-\u00e0-dire le manifeste fondateur de la Quatri\u00e8me Internationale, \u00e9crit \u00e0 un moment historique (vers la fin des ann\u00e9es 1930), o\u00f9 les r\u00e9gimes fascistes semblaient destin\u00e9s \u00e0 durer \u00e9ternellement :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Les d\u00e9mocrates petits-bourgeois (&#8230;), plus ils crient haut et fort contre le fascisme, plus ils capitulent avec habilet\u00e9 dans les faits. Seuls des d\u00e9tachements arm\u00e9s de travailleurs, soutenus par des dizaines de millions de travailleurs, peuvent vaincre les bandes fascistes. La lutte contre le fascisme ne commence pas dans les r\u00e9dactions des journaux lib\u00e9raux, mais dans les usines, pour aboutir dans les rues.<\/em>\u00a0\u00bb (37).<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Notes<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des sources en fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es par les traducteurs. (Signal\u00e9es par un \u2022.)<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Un camarade du PdAC de Bari a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 et gravement bless\u00e9 par une bande de fascistes de Casapound. Voir &lt;<a href=\"https:\/\/www.partitodialternativacomunista.org\/politica\/nazionale\/-sp-1474816983\">https:\/\/www.partitodialternativacomunista.org\/politica\/nazionale\/-sp-1474816983<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(2) L. Trotsky, \u00ab\u00a0La sola via\u00a0\u00bb (1932), in I problemi della rivoluzione cinese e altri scritti, Einaudi, 1970, p.359. Dans certains cas, les traductions en italien ont \u00e9t\u00e9 partiellement r\u00e9vis\u00e9es par l&rsquo;auteure de cet article sur la base d&rsquo;une comparaison avec les traductions du m\u00eame article dans d&rsquo;autres langues.(NdA)<br>\u2022 L. Trotsky, <em>La seule voie<\/em> (1932), \/ <em>2. Bourgeoisie, petite bourgeoisie et prol\u00e9tariat<\/em><br>&lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/oeuvres\/1932\/10\/321015.htm\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/oeuvres\/1932\/10\/321015.htm<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(3) Si vedano le pagine 67-71 di L. Trotsky, Programma di transizione (1938), Massari Editore, 2008.<br>\u2022 L. Trotsky, <em>Programme de Transition<\/em> \/ Le prol\u00e9tariat et ses directions &lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/trans\/tran.htm\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/trans\/tran.htm<\/a>&gt; .<\/p>\n\n\n\n<p>(4) L. Trotsky, \u201cLa svolta dell\u2019Internazionale comunista e la situazione in Germania\u201d (1930), in I problemi della rivoluzione cinese e altri scritti, cit., p. 304.<br>\u2022 L. Trotsky, <em>Comment vaincre le fascisme ? <\/em>\/ <em>Le tournant de l&rsquo;Internationale Communiste et la situation en Allemagne<\/em>. (26.09.1930) &lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/cvf\/cvf.htm\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/cvf\/cvf.htm<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(5) L. Trotsky, \u201cLa chiave della situazione \u00e8 in Germania\u201d (1931), in Scritti 1929-1936, Einaudi, 1962, p. 289.<br>\u2022 L. Trotsky, <em>La cl\u00e9 de la situation internationale est en Allemagne,<\/em> dans \u00ab\u00a0<em>Comment vaincre le fascisme ?<\/em> pt 18, &lt;https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/cvf\/cvf.htm&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(6) L. Trotsky, \u201cE ora?\u201d (1932), Ivi 304.<br>\u2022 L. Trotsky, <em>La r\u00e9volution allemande et la bureaucratie stalinienne. Probl\u00e8mes vitaux du prol\u00e9tariat allemand<\/em> \/ 1&nbsp;La social-d\u00e9mocratie &lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/oeuvres\/1932\/01\/320127.htm\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/oeuvres\/1932\/01\/320127.htm<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(7) \u201cLa svolta dell\u2019Internazionale comunista e la situazione in Germania\u201d (1930), in I problemi della rivoluzione cinese e altri scritti, cit., p. 305<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Voir la note (4).<\/p>\n\n\n\n<p>(8) \u201cE ora?\u201d, cit., 295.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Voir la note (6) \/ Pr\u00e9face<\/p>\n\n\n\n<p>(9) Ibidem<\/p>\n\n\n\n<p>(10) \u201cLa svolta dell\u2019Internazionale comunista e la situazione in Germania\u201d, cit., p. 305.<br>\u2022 Voir la note (4)<\/p>\n\n\n\n<p>(11) Ivi, p. 305.<br>\u2022 Voir la note (4)<\/p>\n\n\n\n<p>(12) L.Trotsky, \u201c<em>La questione tedesca<\/em>\u201d (1934), dans <em>La Terza Internazionale dopo Lenin<\/em>, Schwarz Editore, 1957, pp. 264-265. \u00ab\u00a0<em>Le d\u00e9sarroi et la division des classes dirigeantes, l&rsquo;indignation de la petite-bourgeoisie, sa m\u00e9fiance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;ordre existant, l&rsquo;activit\u00e9 militante croissante de la classe ouvri\u00e8re et, enfin, une politique correcte de la part du parti r\u00e9volutionnaire : telles sont les conditions imm\u00e9diates d&rsquo;une r\u00e9volution.\u00a0\u00bb<\/em><br>\u2022 <em>La question allemande<\/em>, dans L. Trotsky, <em>L&rsquo;Internationale Communiste apr\u00e8s L\u00e9nine.<\/em> &lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/ical\/ical5.html\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/ical\/ical5.html<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(13) \u201cLa chiave della rivoluzione \u00e8 in Germania\u201d, cit., p. 290.<br>\u2022 Voir la note (5).<\/p>\n\n\n\n<p>(14) \u201cE ora?\u201d, cit., p. 308.<br>\u2022 Voir la note (6).<\/p>\n\n\n\n<p>(15) \u201cLa sola via\u201d, cit., p. 362.<br>\u2022 Voir la note (2).<\/p>\n\n\n\n<p>(16) \u201cE ora?\u201d, cit., p. 308.<br>\u2022 Voir la note (6).<\/p>\n\n\n\n<p>(17) \u00ab\u00a0<em>Actuellement, la bourgeoisie allemande ne gouverne pas directement : politiquement, elle se trouve dans une soumission compl\u00e8te \u00e0 HitIer et \u00e0 ses bandes. N\u00e9anmoins, la dictature de la bourgeoisie en Allemagne reste inalt\u00e9r\u00e9e, car toutes les conditions de sa domination sociale sont conserv\u00e9es et renforc\u00e9es. En expropriant politiquement la bourgeoisie, Hitler l&rsquo;a sauv\u00e9e, ne f\u00fbt-ce que provisoirement, de l&rsquo;expropriation \u00e9conomique<\/em>.\u00a0\u00bb Dans L. Trotsky, \u00ab\u00a0La natura di classe dello Stato sovi\u00e9tico\u00a0\u00bb (1933), in Opere scelte, vol. 5<br>\u2022 L. Trotsky, <em>La Quatri\u00e8me Internationale et l&rsquo;U.R.S.S. &#8211; La nature de classe de l&rsquo;\u00c9tat sovi\u00e9tique.<\/em> (1.10.1933) &lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/oeuvres\/1933\/10\/4urss.pdf\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/oeuvres\/1933\/10\/4urss.pdf<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(18) \u201cE ora?\u201d, cit., p. 309.<br>\u2022 Voir la note (6).<\/p>\n\n\n\n<p>(19) \u201cE ora?\u201d, cit., p. 347<br>\u2022 Voir la note (6).<\/p>\n\n\n\n<p>(20) \u201cLa questione tedesca\u201d, cit., 260<br>\u2022 Voir la note (12).<\/p>\n\n\n\n<p>(21) \u201cLa sola via\u201d, cit., p. 360.<br>\u2022 Voir la note (2)..<\/p>\n\n\n\n<p>(22) \u201cE ora?\u201d, cit., p. 308.<br>\u2022 Voir la note (6).<\/p>\n\n\n\n<p>(23) \u201cE ora?\u201d, cit., p. 296.<br>\u2022 Voir la note (6).<\/p>\n\n\n\n<p>(24) Ibidem.<\/p>\n\n\n\n<p>(25) Ibidem.<\/p>\n\n\n\n<p>(26) \u201cLa sola via\u201d, cit., p. 355.<br>\u2022 Voir la note (2).<\/p>\n\n\n\n<p>(27) L. Trotsky, \u00ab\u00a0<em>Che cos&rsquo;\u00e8 il nazionalsocialismo ?<\/em>\u00a0\u00bb (1933), dans <em>La rivoluzione cinese e altri scritti<\/em>, cit. p. 422-423.<br>\u2022 L., Trotsky, <em>Qu&rsquo;est-ce que le national-socialisme ?<\/em> (10.06.1933),<br>&lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/oeuvres\/1933\/06\/330610.htm\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/oeuvres\/1933\/06\/330610.htm<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(28) Anaximandre.<br>\u2022 Un philosophe et savant grec pr\u00e9socratique, r\u00e9put\u00e9 comme \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une approche \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb de la r\u00e9alit\u00e9.[NdT]<\/p>\n\n\n\n<p>(29) L. Trotsky, \u00ab\u00a0Completare il programma e metterlo all&rsquo;opera\u00a0\u00bb, in appendice al Programma di transizione, cit. 160.<\/p>\n\n\n\n<p>(30) Voir \u00e0 ce sujet l&rsquo;article de Ruggero Mantovani, \u00ab\u00a0<em>Biennio rosso : la storia di una rivoluzione mancata<\/em>\u00a0\u00bb [\u00ab\u00a0Biennium rouge : l&rsquo;histoire d&rsquo;une r\u00e9volution manqu\u00e9e\u00a0\u00bb], dans : <em>Trotskismo oggi<\/em>, n. 9.<\/p>\n\n\n\n<p>(31) L. Trotsky, \u00ab\u00a0Relazione di bilancio sul quarto congresso dell&rsquo;Internazionale comunista\u00a0\u00bb (1922), in Scritti sull&rsquo;Italia, Massari Editore, 1990, pp. 92-93.<br>\u2022 En espagnol: <em>Informe sobre el Cuarto Congreso Mundial de la Internacional Comunista<\/em> (28.12.2022) &lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/espanol\/trotsky\/1922\/diciembre\/28.htm\">https:\/\/www.marxists.org\/espanol\/trotsky\/1922\/diciembre\/28.htm<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(32) \u201cLa chiave della rivoluzione \u00e8 in Germania\u201d, cit., p. 281.<br>\u2022 Voir la note (5)<\/p>\n\n\n\n<p>(33) \u201cE ora?\u201d, cit., p. 295.<br>\u2022 Voir la note (6)<\/p>\n\n\n\n<p>(34) \u201cE ora?\u201d, cit., p. 237.<br>\u2022 Voir la note (6)<\/p>\n\n\n\n<p>(35) L. Trotsky, \u00ab\u00a0La tragedia del proletariato tedesco\u00a0\u00bb, in La terza internazionale dopo Lenin, cit. 243<br>\u2022 <em>La trag\u00e9die du prol\u00e9tariat allemand<\/em> dans L. Trotsky, <em>La troisi\u00e8me internationale apr\u00e8s L\u00e9nine<\/em>. &lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/ical\/ical5.html\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/ical\/ical5.html<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>(36) Il faut rappeler que le stalinisme est pass\u00e9 peu apr\u00e8s, en un \u00e9clair, \u00e0 une politique totalement oppos\u00e9e : celle des \u00ab\u00a0fronts populaires\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;alliance gouvernementale avec les partis bourgeois (7e Congr\u00e8s de l&rsquo;Internationale communiste, 1935). Plus tard, le stalinisme ira m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 signer un pacte militaire et colonial (partage de la Pologne) avec Hitler : le pacte Molotov-Ribbentrop (ao\u00fbt 1939).<\/p>\n\n\n\n<p>(37) Programma di transizione, cit. p. 91.<br>\u2022 Programme de Transition &lt;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/trans\/tran.htm\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/trans\/tran.htm<\/a>&gt;<\/p>\n\n\n\n<p>__________<\/p>\n\n\n\n<p>* Traduction, par la LCT, la section belge de la Ligue Internationale des Travailleurs &#8211; QI (LIT-QI), d&rsquo;un article publi\u00e9 en 2018 dans <em>Trotskismo oggi,<\/em> la revue th\u00e9orique du Partito di Alternativa Comunista (PdAC), le parti italien de la LIT &#8211; Q.I., et reproduit sur le site du PdAC le 21.10.2022. &lt;<a href=\"https:\/\/www.partitodialternativacomunista.org\/politica\/nazionale\/capitalismo-in-decadenza-piccola-borghesia-in-crisi-fascismo-l-attualita-dell-analisi-di-trotsky\">https:\/\/www.partitodialternativacomunista.org\/politica\/nazionale\/capitalismo-in-decadenza-piccola-borghesia-in-crisi-fascismo-l-attualita-dell-analisi-di-trotsky<\/a>&gt;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9bat sur la nature du fascisme est malheureusement d&rsquo;une grande actualit\u00e9. 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