{"id":71382,"date":"2024-07-11T07:15:48","date_gmt":"2024-07-11T07:15:48","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=71382"},"modified":"2024-07-11T07:15:49","modified_gmt":"2024-07-11T07:15:49","slug":"une-sequence-electorale-tendue-et-mouvementee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/une-sequence-electorale-tendue-et-mouvementee\/","title":{"rendered":"Une s\u00e9quence \u00e9lectorale tendue et mouvement\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Un pr\u00e9c\u00e9dent article faisait le point sur les enjeux de la dissolution<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a> et les grandes tendances qui s\u2019annon\u00e7aient pour les l\u00e9gislatives express que Macron nous a concoct\u00e9es au soir du 9 juin dernier. Plus r\u00e9cemment nous avons voulu donner une image la plus pr\u00e9cise et fid\u00e8le possible de la campagne l\u00e9gislative du Rassemblement National (RN) et des dynamiques qu\u2019elle a d\u00e9clench\u00e9es<\/em><a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a><em>. Il s\u2019agit maintenant de saisir l\u2019\u00e9volution du paysage politique fran\u00e7ais qui s\u2019est mise en place au cours des quatre semaines qui viennent de s\u2019\u00e9couler pour mieux percevoir les tendances \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la p\u00e9riode qui s\u2019ouvre apr\u00e8s le second tour de ces \u00e9lections.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Par: LIT &#8211; France , le 10 juillet 2024<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons sommairement les principales cons\u00e9quences de la d\u00e9faite de la Macronie aux \u00e9lections europ\u00e9ennes et de la dissolution de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale d\u00e9cid\u00e9e alors sur le champ par Macron&nbsp;: affaiblissement profond de son camp politique&nbsp;; pouss\u00e9e sans pr\u00e9c\u00e9dent du RN&nbsp;; fracture et crise majeure de la droite classique, une partie de celle-ci choisissant l\u2019alliance avec le RN&nbsp;; unification des gauches avec la constitution du Nouveau Front Populaire (NFP).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le premier tour et ses principales le\u00e7ons<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats du premier tour ont, pour l\u2019essentiel, confirm\u00e9 les sondages&nbsp;: forte pouss\u00e9e du RN, lourde d\u00e9faite de la Macronie, et une dynamique insuffisante du NFP, l\u2019emp\u00eachant d\u2019inverser la pr\u00e9dominance du RN et de ses alli\u00e9.es. Une donn\u00e9e pas vraiment anticip\u00e9e de ce scrutin est que la forte participation, proche de celle d\u2019une pr\u00e9sidentielle (66,71%) n\u2019a pas d\u00e9favoris\u00e9 le RN, qui semble en avoir profit\u00e9 en partie. On obtient ces r\u00e9sultats nationaux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><strong>Partis et coalitions<\/strong><\/td><td><strong>Voix<\/strong><\/td><td><strong>% inscrits<\/strong><\/td><td><strong>% exprim\u00e9s<\/strong><\/td><td><strong>Si\u00e8ges obtenus<\/strong><\/td><\/tr><tr><td>RN + LR \u00ab&nbsp;Ciotti&nbsp;\u00bb<\/td><td>10 628507<\/td><td>21,54%<\/td><td>33,15%<\/td><td>38<\/td><\/tr><tr><td>NFP<\/td><td>8 974 566<\/td><td>18,19%<\/td><td>27,99%<\/td><td>32<\/td><\/tr><tr><td>Ensemble (coalition Macron)<\/td><td>6 425 217<\/td><td>13,02%<\/td><td>20,04%<\/td><td>2<\/td><\/tr><tr><td>LR (\u00ab&nbsp;non Ciotti&nbsp;\u00bb)<\/td><td>2 104 918<\/td><td>4,27%<\/td><td>6,57%<\/td><td>1<\/td><\/tr><tr><td>Divers droite<\/td><td>1 172 548<\/td><td>2,38%<\/td><td>3,66%<\/td><td>2<\/td><\/tr><tr><td>Divers gauche<\/td><td>491 069<\/td><td>1,00%<\/td><td>1,53%<\/td><td>0<\/td><\/tr><tr><td>Divers centre<\/td><td>391 408<\/td><td>0,79%<\/td><td>1,22%<\/td><td>0<\/td><\/tr><tr><td>Extr\u00eame gauche<\/td><td>367 158<\/td><td>0,74%<\/td><td>1,15%<\/td><td>0<\/td><\/tr><tr><td>Reconqu\u00eate<\/td><td>240 006<\/td><td>0,49%<\/td><td>0,75%<\/td><td>0<\/td><\/tr><tr><td>Autres<\/td><td>1 202 878<\/td><td>2,44%<\/td><td>3,75%<\/td><td>1<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Large avantage au RN<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il apparait que le parlement sera domin\u00e9 par trois grands blocs politiques : celui autour du RN (avec les LR pro-Ciotti et d\u2019autres \u00e9ventuellement)&nbsp;; celui regroup\u00e9 dans le NFP, que nous avons pr\u00e9sent\u00e9 dans un article ant\u00e9rieur<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;; et le bloc \u00ab&nbsp;Ensemble&nbsp;!&nbsp;\u00bb issu de l\u2019ex-majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, agr\u00e9gant les partis Renaissance (celui de Macron), Modem et Horizons.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce premier tour est une nette victoire pour le RN qui, pour la premi\u00e8re fois de son histoire, arrive en t\u00eate d\u2019une \u00e9lection l\u00e9gislative nationale. <em>R\u00e9volution Permanente<\/em> observe ainsi la progression historique du parti lep\u00e9niste&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Sous Sarkozy et Hollande, le parti d\u2019extr\u00eame droite a gagn\u00e9 pr\u00e8s de dix points. Sous Macron, il en a gagn\u00e9 vingt, dont plus de quinze sur les deux derni\u00e8res ann\u00e9es&nbsp;<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Au soir du premier tour, la question centrale est de savoir si le bloc d\u2019extr\u00eame droite obtiendra une majorit\u00e9 absolue. C\u2019est le bloc RN qui est parvenu \u00e0 faire \u00e9lire le plus grand nombre de d\u00e9put\u00e9.es d\u00e8s le premier tour (39 au total). Le RN et ses alli\u00e9.es sont en t\u00eate dans plus de la moiti\u00e9 des 577 circonscriptions (exactement 297 pour le RN contre 110 en 2022, et contre 155 pour le NFP arriv\u00e9 second). Autres mesures de cette pouss\u00e9e&nbsp;: avec ses plus de 10,6 millions de voix, l\u2019ensemble RN-Ciotti enregistre 2,5 fois plus de votes que le RN aux l\u00e9gislatives de 2022&nbsp;; en comparant avec la pr\u00e9sidentielle de 2022, le seul RN fait mieux que Marine Le Pen il y a deux ans (9 377 397 voix contre 8 133 828), et la diff\u00e9rence approche les 2,5 millions (+30%) si l\u2019on inclut les suffrages \u00ab&nbsp;ciottistes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vote RN a touch\u00e9 des r\u00e9gions o\u00f9 il \u00e9tait bien plus faible&nbsp;auparavant. C\u2019est en particulier le cas en Bretagne, terre en g\u00e9n\u00e9ral socialiste puis macroniste, o\u00f9 le RN obtient 27,76%, arrivant peu derri\u00e8re le NFP et le camp pr\u00e9sidentiel. Dans une r\u00e9gion o\u00f9 il n\u2019avait jamais pu participer \u00e0 un second tour de l\u00e9gislatives, le RN y parvient dans presque toutes les circonscriptions. L\u00e0 comme ailleurs, sa pouss\u00e9e est nette dans les zones rurales. Dans le sud-ouest, le gain \u00e9lectoral du RN est aussi clair, sur des terres traditionnellement socialistes. Dans plusieurs de ces d\u00e9partements, le RN se qualifie pour le second tour, parfois dans des conditions favorables.<\/p>\n\n\n\n<p>Le RN progresse dans toutes les cat\u00e9gories de la population. Le parti lep\u00e9niste conforte son ancrage dans les milieux socioprofessionnels o\u00f9 il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fort, tout en faisant une perc\u00e9e dans des secteurs o\u00f9 il restait faible. Selon une enqu\u00eate OpinionWay pour <em>Les Echos<\/em>, le RN progresse parmi les ch\u00f4meurs\/ses (40%), chez les personnes qui n\u2019ont pas le bac (48%) et chez les ouvriers (53%). Mais il grandit aussi chez les retrait\u00e9s (largement derri\u00e8re Macron jusqu\u2019ici), ainsi que chez les cadres et les dipl\u00f4m\u00e9.es. L\u2019\u00e9tude note que le RN \u00ab&nbsp;<em>s\u00e9duit d\u00e9sormais autant les hommes (34&nbsp;% des votants) que les femmes (32&nbsp;%), les jeunes de 18-24 ans (33&nbsp;%) que les plus \u00e2g\u00e9s (39&nbsp;% des 50-64 ans), les actifs (35&nbsp;%) que les ch\u00f4meurs (40&nbsp;%)<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le RN \u00e9crase ses concurrents les plus directs, \u00e0 commencer par Reconqu\u00eate, le parti d\u2019Eric Zemmour. Celui-ci n\u2019avait pas fait \u00e9lire des d\u00e9put\u00e9.es en 2022, et dans les 330 circonscriptions o\u00f9 il \u00e9tait pr\u00e9sent cette fois-ci, il n\u2019obtient que 0,7%. Ce parti va-t-il survivre&nbsp;? Cela intervient apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des n\u00e9gociations entre le RN et cette formation qui avait arrach\u00e9 des \u00e9lu.es au Parlement europ\u00e9en le 9 juin et le RN. La ni\u00e8ce de Marine Le Pen (Marion Mar\u00e9chal) semble avoir jou\u00e9 la carte de l\u2019alliance RN-Reconqu\u00eate, contre Zemmour qui voulait faire entendre sa diff\u00e9rence. On s\u2019interroge aussi sur le devenir politique de l\u2019ex-alli\u00e9 de Marine Le Pen \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2017, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, d\u00e9put\u00e9 de l\u2019Essonne depuis 1997 et \u00e0 la r\u00e9\u00e9lection tr\u00e8s incertaine \u00e0 l\u2019issue de ce premier tour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dynamique insuffisante du NFP<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019union des gauches au sein du NFP leur a permis de progresser un peu par rapport \u00e0 2022, mais la dynamique n\u2019a pas suffi \u00e0 enrayer l\u2019avanc\u00e9e du RN. Avec pr\u00e8s de 28% et de 9 millions de voix, le NFP arrive derri\u00e8re le bloc RN, et fait \u00e9lire 32 d\u00e9put\u00e9.es au premier tour, notamment des figures nationales&nbsp;: Olivier Faure (premier secr\u00e9taire du PS), Sandrine Rousseau (d\u00e9put\u00e9e \u00e9cologiste \u00e0 Paris)&nbsp;; Eric Coquerel et Cl\u00e9mentine Autain pour LFI en Seine Saint Denis).<\/p>\n\n\n\n<p>Le NFP r\u00e9alise une perc\u00e9e \u00e0 Paris, o\u00f9 il arrive en t\u00eate dans 13 des 18 circonscriptions, et fait \u00e9lire neuf d\u00e9put\u00e9.es d\u00e8s le premier tour, permettant clairement \u00e0 la capitale de r\u00e9sister \u00e0 la vague RN. Le NFP se porte globalement bien en Ile de France, avec une position de force dans le Val d\u2019Oise (avec deux \u00e9lu.es)&nbsp;; progresse en Essonne, et semble bien parti pour remporter les batailles du second tour en Seine-Saint-Denis.<\/p>\n\n\n\n<p>Au plan national, la dynamique NFP est bien plus limit\u00e9e. Il semble qu\u2019une partie de l\u2019\u00e9lectorat de la gauche de droite n\u2019ait pas voulu voter NFP, essentiellement par rejet de LFI. L\u2019\u00e9lectorat LFI semble aussi s\u2019\u00eatre moins mobilis\u00e9 qu\u2019en 2022. La divergence des projets entre composantes du NFP a transparu malgr\u00e9 l\u2019accord pass\u00e9, limitant le vote en sa faveur. Il s\u2019y ajoute un fort diff\u00e9rentiel de votes pour le NFP selon les types de territoires&nbsp;: il est fort \u00e0 Paris et en r\u00e9gion parisienne, et plus largement dans les zones tr\u00e8s urbanis\u00e9es et les banlieues, mais rarement en milieu rural (\u00e0 part dans le Limousin et autres exceptions). Sur les territoires ruraux ou p\u00e9riurbains, le NFP s\u2019en sort difficilement. Globalement, le NFP se renforce dans la majorit\u00e9 de ses bastions, mais ne conquiert pas de nouvelles fractions de l\u2019\u00e9lectorat.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sein du NFP, le r\u00e9\u00e9quilibrage des forces semble se confirmer suite aux europ\u00e9ennes. Le vote PS a repris du poids, largement au d\u00e9triment de LFI. L\u2019\u00e9limination d\u00e8s le premier tour du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCF Fabien Roussel par un candidat RN dans le Nord lui porte un sacr\u00e9 coup. Mais le PC r\u00e9ussit deux r\u00e9\u00e9lections au premier tour, notamment celle d\u2019Elsa Faucillon dans les Hauts-de-Seine avec 65% des voix.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9faite majeure de la Macronie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le pari de la dissolution est compl\u00e8tement rat\u00e9 pour Macron&nbsp;: au lieu de redonner du souffle et des \u00e9lu.es \u00e0 son camp, le pr\u00e9sident lui a inflig\u00e9 une \u00e9preuve o\u00f9 il arrive seulement en troisi\u00e8me position, avec 20,04% des voix et seulement deux r\u00e9\u00e9lections d\u00e8s le premier tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Le recul macroniste est tr\u00e8s massif, m\u00eame si le camp pr\u00e9sidentiel r\u00e9siste dans quelques d\u00e9partements, face au RN et au NFP. C\u2019est le cas dans les territoires favoris\u00e9s de l\u2019ouest parisien&nbsp;: les Hauts-de-Seine, o\u00f9 un macroniste est \u00e9lu au premier tour&nbsp;ou les Yvelines o\u00f9 d\u2019autres, parmi les figures les plus connues de la Macronie sont bien plac\u00e9.es au second. En dehors de la R\u00e9gion Parisienne, la Macronie s\u2019en sort bien face \u00e0 la pouss\u00e9e du RN dans quelques d\u00e9partements comme l\u2019Ille-et-Vilaine, la Mayenne ou l\u2019Aveyron.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019entre-deux tours et la question des d\u00e9sistements<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le syst\u00e8me \u00e9lectoral fran\u00e7ais, par circonscription, uninominal \u00e0 deux tours, conduit \u00e0 ce que l\u2019Assembl\u00e9e Nationale soit n\u00e9cessairement une repr\u00e9sentation d\u00e9form\u00e9e de l\u2019\u00e9lectorat. On le voit encore aujourd\u2019hui, avec un bloc RN qui a obtenu les scores les plus \u00e9lev\u00e9s au premier tour, mais qui n\u2019obtient que la troisi\u00e8me repr\u00e9sentation parlementaire apr\u00e8s le second tour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La question des triangulaires et quadrangulaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En particulier pour nos lecteurs\/trices \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, nous devons pr\u00e9ciser les r\u00e8gles de passage du premier au second tour. Un.e candidat.e est qualifi\u00e9.e pour le second tour d\u2019\u00e9lections l\u00e9gislatives s\u2019il ou elle a obtenu les suffrages d\u2019au moins 12,5% des inscrit.es. Avec 50% d\u2019abstention<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, cela correspond \u00e0 25% des suffrages exprim\u00e9s. Mais lorsque la participation est plus forte, de l\u2019ordre des deux tiers comme le 30 juin, on comprend que le nombre de candidat.es qualifi\u00e9.es pour le second tour augmente m\u00e9caniquement, car il suffit alors \u00e0 un candidat.e d\u2019avoir recueilli (en moyenne) 18,75% des exprim\u00e9s du premier tour dans sa circonscription pour \u00eatre \u00e9ligible au second. De fait, au soir du premier tour, <em>Le Figaro <\/em>d\u00e9nombrait 306 \u00e9lections potentiellement triangulaires et une \u00e9lection quadrangulaire (contre 190 duels), alors qu\u2019il n\u2019y avait eu que 7 scrutins triangulaires en 2022, ann\u00e9e d\u2019abstention bien plus forte. Or, un scrutin \u00e0 trois ou quatre est encore plus incertain qu\u2019un duel entre deux candidat.es. La question pos\u00e9e le 30 juin au soir \u00e9tait&nbsp;: qui allait se retirer de la comp\u00e9tition&nbsp;? G\u00e9n\u00e9ralement, ce sont les candidat.es arriv\u00e9.es en troisi\u00e8me position qui se retirent, avec des consignes de vote plus ou moins pr\u00e9cises pour faire battre le ou la candidat.e arriv\u00e9.e en premier ou second. Potentiellement donc, les trois blocs (RN, Macronie et NFP) pouvaient encore s\u2019affronter au second tour dans la majorit\u00e9 des circonscriptions, les autres cas \u00e9tant bien plus rares. Il est donc important d\u2019observer ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans l\u2019entre-deux-tours sur cette question, tout en observant qu\u2019il y existe trois niveaux de mise en \u0153uvre d\u2019une politique de d\u00e9sistement, de retrait de candidatures ou d\u2019appel ou vote : celui des consignes d\u2019\u00e9tats-majors&nbsp;; celui des candidat.es dans leur circonscription, qui peuvent r\u00e9sister \u00e0 ces consignes, voire les refuser&nbsp;; celui de l\u2019\u00e9lectorat, qui ne suit toujours que partiellement \u2013 mais dans des proportions variables selon les scrutins \u2013 les consignes des dirigeant.es politiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9sistements, consignes de vote et tentatives de d\u00e9bauchage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Notons l\u2019implication inhabituelle, dans une telle \u00e9lection, des syndicats et de leurs leaders, le plus souvent d\u00e8s le premier tour et en faveur du NFP, mais plus g\u00e9n\u00e9ralement contre le RN. Apr\u00e8s le premier tour, les prises de position syndicales, communes et individuelles, se sont multipli\u00e9es. D\u00e8s le 1<sup>er<\/sup> juillet, une d\u00e9claration intersyndicale regroupant la CFDT, la CGT, l\u2019UNSA, la FSU et Solidaires soutenaient&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Rien n\u2019est jou\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, appelant \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>un sursaut d\u00e9mocratique, social et r\u00e9publicain&nbsp;dans les urnes<\/em>&nbsp;\u00bb. Sophie Binet (CGT) a appel\u00e9 \u00e0 combattre le \u00ab&nbsp;ni-ni&nbsp;\u00bb (ni gauche ni RN), face \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>un danger mortel pour notre R\u00e9publique<\/em>&nbsp;\u00bb. Pour Marylise L\u00e9on (CFDT), face au RN, \u00ab&nbsp;<em>aucun calcul politique ne tient. Les candidats les moins bien plac\u00e9s, quels qu\u2019ils soient, doivent se d\u00e9sister pour battre les candidats d\u2019extr\u00eame droite au deuxi\u00e8me tour. Point barre \u00bb<\/em>. Solidaires a appel\u00e9 <em>\u00ab \u00e0 l\u2019unit\u00e9 des forces syndicales et associatives pour emp\u00eacher l\u2019extr\u00eame droite de gouverner \u00bb<\/em>. Laurent Escure (UNSA), contre le \u00ab&nbsp;<em>danger d\u2019une majorit\u00e9 RN<\/em>&nbsp;\u00bb, exigeait aussi le \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9sistement r\u00e9publicain<\/em>&nbsp;\u00bb. Et la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne s\u2019est dite \u00ab&nbsp;<em>inqui\u00e8te au plus haut point<\/em>&nbsp;\u00bb de voir le RN si pr\u00e8s du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sein du NFP, tr\u00e8s vite la consigne a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par tous les \u00e9tats-majors de retirer les candidatures arriv\u00e9es troisi\u00e8mes, du moins dans le cas o\u00f9 l\u2019\u00e9lection d\u2019un.e d\u00e9put\u00e9.e RN \u00e9tait possible et ce, d\u00e8s le soir du 30 juin. Cela a m\u00eame d\u00e9bouch\u00e9, en particulier, sur des retraits de candidatures NFP dans les circonscriptions o\u00f9 la Macronie \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e par des figures tristement embl\u00e9matiques&nbsp;: G\u00e9rald Darmanin, ministre de l\u2019int\u00e9rieur dans le Nord&nbsp;; Elisabeth Borne, ex-premi\u00e8re ministre en charge d\u2019imposer la r\u00e9forme des retraites&nbsp;! Pour la fraction de LR oppos\u00e9e \u00e0 Eric Ciotti, il y a eu clart\u00e9 aussi&nbsp;: ni retrait ni appel \u00e0 voter \u00e0 gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est par contre la cacophonie qui a pr\u00e9domin\u00e9 dans les \u00e9curies pr\u00e9sidentielles. Il y a eu quelques cas de retraits rapides en faveur de la gauche \u2013 m\u00eame LFI \u2013 pour battre le RN. Mais parmi les t\u00e9nors de la Macronie, toute une gamme de nuances a pr\u00e9sid\u00e9 aux consignes pour le second tour, et le \u00ab&nbsp;retrait r\u00e9publicain&nbsp;\u00bb n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 du tout syst\u00e9matique. Certain.es macronistes se sont maintenu.es en triangulaires, contre les consignes centrales&nbsp;; d\u2019autres ont fini par c\u00e9der \u00e0 la pression des \u00e9tats-majors. En aucun cas, les chefs macronistes n\u2019ont clairement appel\u00e9 \u00e0 voter pour l\u2019ensemble du NFP pour battre le RN. Rien d\u2019\u00e9tonnant, apr\u00e8s avoir diabolis\u00e9 la gauche unie autant voire plus que le RN. Le plus souvent, une distinction a \u00e9t\u00e9 faite entre LFI \u2013 souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00ab&nbsp;non r\u00e9publicaine&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;antis\u00e9mite&nbsp;\u00bb pendant des mois \u2013 et les autres composantes du NFP. Pour beaucoup, comme l\u2019ex-premier ministre Edouard Philippe, c\u2019est une consigne de \u00ab&nbsp;ni-ni&nbsp;\u00bb contre \u00ab&nbsp;l\u00e9zextr\u00eame&nbsp;\u00bb&nbsp;: ni LFI, ni RN. Le ministre de l\u2019\u00c9conomie Bruno Le Maire a aussi rejet\u00e9 les deux en d\u00e9clarant&nbsp;qu\u2019il s\u2019agirait de \u00ab<em>deux Frexit d\u00e9guis\u00e9s<\/em>\u00bb. Beaucoup de macronistes revendiquent une logique du cas par cas, comme Ya\u00ebl Braun-Pivet, ex-pr\u00e9sidente de l\u2019Assembl\u00e9e, qui appelle \u00e0 ne donner aucune voix au RN mais veut faire le distinguo entre les candidat.es LFI, jugeant que \u00ab&nbsp;<em>tous ne se valent pas<\/em>&nbsp;\u00bb.&nbsp; Il est finalement rest\u00e9 14 candidat.es macronistes qui, face \u00e0 l\u2019appel \u00e0 faire barrage au RN, ont choisi de se maintenir \u00e0 partir d\u2019une troisi\u00e8me position.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, toutes ces nuances au sein du camp pr\u00e9sidentiel, non seulement refl\u00e8tent des d\u00e9saccords entre individus, mais cachent aussi ce qui s\u2019est profil\u00e9 plus nettement dans les derniers jours avant le second tour&nbsp;: une tentative, notamment orchestr\u00e9e par Attal, de diviser le NFP pour parvenir \u00e0 gouverner avec ses secteurs les plus droitiers. Pour cela, mieux vaut pas froisser la gauche dans son ensemble. D\u2019o\u00f9 le retour de paroles plus feutr\u00e9es qu\u2019avant le premier tour. Cette entreprise, de nature \u00e0 faire \u00e9clater le NFP, a produit des effets de s\u00e9duction d\u00e8s avant le second tour. Marine Tondelier, dirigeante des \u00c9cologistes a plusieurs fois envisag\u00e9 publiquement un gouvernement commun avec la Macronie, d\u00e9clarant notamment&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il n\u2019y aura pas de bonne solution. On trouvera la moins mauvaise et la meilleure pour la France. Mais oui, on doit se montrer pr\u00eats \u00e0 gouverner<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Hollande a lui aussi laiss\u00e9 la porte ouverte \u00e0 un tel gouvernement de coalition, qui devrait selon lui se fonder sur \u00ab&nbsp;<em>des promesses minimales, au moins pour un an, pour que le pays soit gouvern\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le surprenant verdict du second tour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats annonc\u00e9s au soir du 7 juillet n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9vus. Certes, les derniers sondages de l\u2019entre-deux-tours pr\u00e9disaient une absence de majorit\u00e9 absolue et r\u00e9v\u00e9laient un recul en si\u00e8ges du RN par rapport aux projections initiales, mais ils indiquaient une premi\u00e8re place en si\u00e8ges pour le RN et ce recul \u00e9tait per\u00e7u comme la cons\u00e9quence des d\u00e9sistements. Mais ce qui s\u2019est finalement d\u00e9roul\u00e9 dans les urnes n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 anticip\u00e9&nbsp;: une premi\u00e8re place donn\u00e9e au NFP, un camp macroniste qui arrive second avec un nombre d\u2019\u00e9lu.es inesp\u00e9r\u00e9, et le bloc RN qui est rel\u00e9gu\u00e9 au rang de troisi\u00e8me au parlement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La transformation des voix en si\u00e8ges<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si le premier tour repr\u00e9sentait une claire victoire du RN, le second constitue donc un revers pour celui-ci, qui n\u2019a pas pu transformer l\u2019essai. Voici l\u2019image de la nouvelle Assembl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"696\" height=\"389\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Elections2-1024x573.jpg?resize=696%2C389&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-71383\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Elections2.jpg?resize=1024%2C573&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Elections2.jpg?resize=300%2C168&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Elections2.jpg?resize=768%2C430&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Elections2.jpg?resize=150%2C84&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Elections2.jpg?resize=696%2C390&amp;ssl=1 696w, https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Elections2.jpg?resize=1068%2C598&amp;ssl=1 1068w, https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Elections2.jpg?w=1170&amp;ssl=1 1170w\" sizes=\"(max-width: 696px) 100vw, 696px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Source\u00a0: minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Infographie <em>Le Figaro<a id=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\"><strong>[9]<\/strong><\/a><\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du NFP, les 184 \u00e9lu.es se d\u00e9composent en 78 LFI, 69 PS, 28 \u00e9cologistes et 9 PC. Une partie au moins des \u00ab&nbsp;divers gauche&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;r\u00e9gionalistes&nbsp;\u00bb (parmi les \u00ab&nbsp;divers&nbsp;\u00bb) pourraient les rejoindre. Les 166 \u00e9lu.es du camp macroniste se r\u00e9partissent en 99 Renaissance, 33 Modem, 26 Horizon et 9 \u00ab&nbsp;autres&nbsp;maj. pr\u00e9sidentielle&nbsp;\u00bb. La droite (LR et divers droite) arrive \u00e0 sauver les meubles avec 65 \u00e9lu.es tandis que le RN plafonne \u00e0 143 d\u00e9put\u00e9.es, y incluant les 17 LR-Ciotti.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment expliquer ce retournement de situation \u2013 si rapide \u2013&nbsp;entre les deux tours ? D\u2019abord, de nombreux scrutins locaux ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s serr\u00e9s, et des dizaines de d\u00e9put\u00e9.es ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lu.es ou r\u00e9\u00e9lu.es avec quelques centaines de voix d\u2019avance, voire moins. Il ressort aussi que les d\u00e9sistements anti-RN ont bien fonctionn\u00e9. Sans doute une majorit\u00e9 d\u2019\u00e9lecteurs\/trices de gauche a vot\u00e9 pour la Macronie ou LR, un nombre important d\u2019\u00e9lecteurs\/trices de droite ou du centre ont aussi vot\u00e9 \u00e0 gauche. Mais il semble fort que les d\u00e9sistements ont plus favoris\u00e9 la Macronie que la gauche, en particulier parce que les consignes \u00e0 gauche \u00e9taient plus claires et parce que l\u2019\u00e9lectorat de gauche a plus vot\u00e9 pour la droite LR ou macroniste que les \u00e9lecteurs\/trices de ces sensibilit\u00e9s n\u2019ont vot\u00e9 \u00e0 gauche. On peut supposer que ce dernier point est plus vrai pour des candidatures LFI. Ga\u00ebl Sliman, de l\u2019Institut Odoxa, explique le point suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>les \u00e9lecteurs du NFP qui doivent choisir entre un candidat Ensemble et un candidat RN se d\u00e9clarent \u00e0 64% incit\u00e9s \u00e0 voter pour le candidat Ensemble, contre seulement 5% pour le candidat RN. La tendance est moins forte, mais toute aussi importante pour les \u00e9lecteurs du bloc central, \u2018qui sont 4 \u00e0 5 fois plus nombreux (49% vs 11%) \u00e0 dire que cela joue bien aupr\u00e8s d\u2019eux pour ce vote de barrage plut\u00f4t que contre lui&nbsp;\u2018. Pour les LR, la donne est plus contrari\u00e9e, puisque seulement 35% d\u2019entre eux se d\u00e9clarent plus incit\u00e9s \u00e0 faire barrage au RN, alors que 28% estiment que cela renforce leur volont\u00e9 de voter en faveur de la coalition d\u2019extr\u00eame-droite<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Il faudra regarder de pr\u00e8s les prochaines \u00e9tudes d\u2019opinion sur ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, le NFP et \u00ab&nbsp;Ensemble&nbsp;!&nbsp;\u00bb ont, par leurs d\u00e9sistements, pu gagner la majorit\u00e9 de leurs duels face au RN. S\u2019il est faux de parler de d\u00e9faite de ce parti, qui a largement augment\u00e9 sa force \u00e9lectorale et passe de 89 d\u00e9put\u00e9.es \u00e0 143 (avec ses alli\u00e9.es), le scrutin du 7 juillet ne confirme pas la dynamique ant\u00e9rieure. Alors que le 30 juin, le bloc RN avait remport\u00e9 39 circonscriptions, qu\u2019il \u00e9tait en t\u00eate dans 258 et qualifi\u00e9 pour le second tour dans 186 autres, il n\u2019obtient, avec ses alli\u00e9.es, que 104 victoires le 7 juillet. Le RN r\u00e9alise ses meilleures performances en r\u00e9\u00e9lisant les d\u00e9put\u00e9.es de ses bastions du nord, du nord-est et du sud-est, et en \u00e9largissant son emprise institutionnelle dans ces territoires, mais il confirme peu sa pouss\u00e9e en termes d\u2019\u00e9lu.es dans des terres de moindre implantation, en Bretagne par exemple. Il semble aussi \u2013 c\u2019est un point mis en avant par certain.es analystes et par Bardella lui-m\u00eame \u2013 que les quelque 80 candidat.es RN d\u00e9nonc\u00e9.es pour leurs propos racistes, homophobes, antis\u00e9mites, etc. ont pes\u00e9 lourd au final. Selon un analyste, <em>\u00ab&nbsp;cela a jou\u00e9 dans la bascule \u00e0 gauche, car les \u00e9lecteurs ont (re)d\u00e9couvert une image du RN qu&rsquo;ils ne connaissaient pas&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que montrent ces \u00e9lections ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour comprendre ce qui s&rsquo;est pass\u00e9, il faut prendre en compte la situation de profonde crise politique et sociale qui secoue l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Europe, y compris la France, et qui est \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;\u00e9norme polarisation sociale et politique que nous observons dans le pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, d&rsquo;une part, on observe une tendance au renforcement des luttes et \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de militant.es ind\u00e9pendant.es, non li\u00e9.es aux forces politiques, et qui s&rsquo;affrontent \u00e0 la bureaucratie syndicale, d&rsquo;autre part, on constate une nette augmentation des tendances nationalistes, au moment m\u00eame o\u00f9 l&rsquo;UE, prise au milieu de l&rsquo;affrontement entre les deux principaux imp\u00e9rialismes mondiaux, les \u00c9tats-Unis et la Chine, joue un r\u00f4le de plus en plus subalterne dans l&rsquo;\u00e9conomie et la politique mondiales.<\/p>\n\n\n\n<p>En l&rsquo;absence de partis r\u00e9volutionnaires capables de repr\u00e9senter les luttes et de les faire avancer dans le sens d&rsquo;une remise en cause du syst\u00e8me capitaliste, les partis de la gauche r\u00e9formiste progressent \u00e9lectoralement. Mais le populisme de droite et d&rsquo;extr\u00eame droite progresse aussi, comme celui du RN en France, qui tente de d\u00e9tourner en sa faveur le m\u00e9contentement et la col\u00e8re populaires contre la politique de Macron, en s&rsquo;appuyant notamment sur la classe moyenne inf\u00e9rieure paup\u00e9ris\u00e9e. Pour ce faire, il utilise une propagande raciste et x\u00e9nophobe qui tente d&rsquo;imputer tous les maux aux secteurs les plus opprim\u00e9s, tels que les travailleurs migrants, fomentant ainsi des divisions au sein du prol\u00e9tariat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce second tour montre aussi qu\u2019une nette majorit\u00e9 de la population fran\u00e7aise ne veut pas du RN, et qu\u2019elle s\u2019est mobilis\u00e9e pour lui barrer l\u2019acc\u00e8s au gouvernement. Ce parti est install\u00e9 \u2013 sans doute durablement \u2013 comme la premi\u00e8re force politique du pays, il attire et s\u00e9duit un bon tiers de l\u2019\u00e9lectorat, et h\u00e9las une fraction sup\u00e9rieure de notre classe, mais ce qui s\u2019est pass\u00e9 le 7 juillet montre qu\u2019il suscite aussi, encore, un important ph\u00e9nom\u00e8ne de rejet.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Incertitudes imm\u00e9diates<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La semaine suivant le 7 juillet va \u00eatre d\u00e9cisive, ainsi que les jours suivants. La Macronie est parvenue \u00e0 freiner sa d\u00e9route. Macron semble vouloir jouer la montre\u2026 jusqu\u2019\u00e0 laisser passer les JO\u00a0? Attal lui a remis sa d\u00e9mission d\u00e8s le 8 juillet, mais il l\u2019a refus\u00e9, lui demandant de se maintenir en poste jusqu\u2019au 18, ce qu\u2019Attal a accept\u00e9. Il faudra sans doute attendre un peu pour savoir ce qui se met exactement en place.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dirigeants du Front populaire n\u00e9gocient pour proposer le nom d&rsquo;un premier ministre qui devra \u00e9galement \u00eatre ratifi\u00e9 par Macron. Le premier secr\u00e9taire du Parti socialiste, Olivier Faure, a d\u00e9j\u00e0 rejet\u00e9 M\u00e9lenchon, bien que la France insoumise soit le parti de la coalition qui a le plus d&rsquo;\u00e9lu.es. Pour l&rsquo;instant, la direction de LFI exige l&rsquo;application du \u00ab\u00a0programme, tout le programme mais rien que le programme\u00a0\u00bb du NFP. Parmi les politiciens les plus repr\u00e9sentatifs de la gauche bourgeoise (Glucksmann, Hollande et beaucoup d\u2019autres) on sent une vraie disponibilit\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0sauver le soldat Macron\u00a0\u00bb en formant un gouvernement d\u2019union nationale anti-RN. Ya\u00ebl Braun-Pivet n\u2019a d\u2019ailleurs pas attendu pour enfoncer un coin entre les gauches, appelant \u00e0 la constitution d\u2019un \u00ab <em>grand bloc central <\/em>\u00bb, sans LFI ni le RN.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, le RN n\u2019est pas mort. \u00ab <em>Je vois l\u2019ensemble des ferments qui sont ceux de la victoire de demain \u00bb&nbsp;<\/em>: c\u2019est ce qu\u2019a d\u00e9clar\u00e9 Marine Le Pen pour conjurer l\u2019amertume de sa base, ajoutant&nbsp;: <em>\u00ab La mar\u00e9e monte, elle n\u2019est pas mont\u00e9e assez haut cette fois-ci, mais elle continue de monter. Notre victoire n\u2019est que diff\u00e9r\u00e9e \u00bb<\/em>.Il est hautement probable que le RN se renforce encore dans la s\u00e9quence politique qui s\u2019ouvre, en particulier si le NFP r\u00e9v\u00e8le son incoh\u00e9rence programmatique \u2013 s\u2019il essaye de le mettre en \u0153uvre \u2013 ou au contraire s\u2019il \u00e9clate, une fraction suffisamment massive de ses \u00e9lu.es d\u00e9cidant d\u2019avaler la soupe macroniste. Une soupe bourgeoise n\u00e9cessairement immangeable pour les classes populaires, et qui les pr\u00e9cipite, depuis des ann\u00e9es, dans le malheur, la pauvret\u00e9 et le d\u00e9sespoir, terreau du lep\u00e9nisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nos t\u00e2ches<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019oppos\u00e9 des d\u00e9rives et des renoncements \u00e0 pr\u00e9voir, la lutte antifasciste qui s\u2019annonce devra en m\u00eame temps \u00eatre une lutte de classe intransigeante.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas de figure, la mobilisation et les luttes de notre classe seront d\u00e9terminantes. Nous devons insister sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ind\u00e9pendance de classe, syst\u00e9matiquement bafou\u00e9e \u00e0 un moment ou un autre par les chefs r\u00e9formistes et syndicaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qui dit lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance de classe dit aussi un travail politique acharn\u00e9 pour remettre en avant les valeurs de l\u2019internationalisme. Cela signifie d\u2019abord de relever le drapeau de la lutte contre l\u2019imp\u00e9rialisme et le colonialisme fran\u00e7ais et ses innombrables m\u00e9faits, de la Fran\u00e7afrique \u00e0 la Kanaky. Cela veut dire aussi, \u00e0 la fois soutenir la r\u00e9sistance ukrainienne contre l\u2019imp\u00e9rialisme russe et \u00eatre aux c\u00f4t\u00e9s du peuple palestinien contre le g\u00e9nocide men\u00e9 par l\u2019Etat isra\u00e9lien. Cela comprend aussi, bien s\u00fbr, une solidarit\u00e9 sans faille avec nos fr\u00e8res et s\u0153urs immigr\u00e9.es ou issu.es de l\u2019immigration.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Last but not least<\/em>, l\u2019id\u00e9e de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale n\u2019est gu\u00e8re dans les esprits aujourd\u2019hui, mais face au danger de l\u2019extr\u00eame droite, aux man\u0153uvres macronistes et aux trahisons \u00ab&nbsp;de gauche&nbsp;\u00bb \u00e0 venir, il est essentiel de la pr\u00e9parer patiemment, d\u2019\u0153uvrer \u00e0 la faire m\u00fbrir en cherchant syst\u00e9matiquement le regroupement pour la lutte des secteurs militants les plus d\u00e9cid\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous appelons \u00e0 descendre dans la rue pour d\u00e9fendre les mesures du programme du NFP telles que l&rsquo;abrogation de la r\u00e9forme des retraites ou l&rsquo;augmentation du salaire minimum, dont nous ne pouvons pas attendre qu&rsquo;elles soient obtenues uniquement par la voie parlementaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les semaines qui viennent, avant m\u00eame la rentr\u00e9e de septembre, nous indiqueront plus pr\u00e9cis\u00e9ment le cadre politique dans lequel nous allons devoir nous mobiliser.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> <a href=\"https:\/\/litci.org\/fr\/elections-europeennes-dissolution-de-lassemblee-la-crise-politique-saccelere-danger-imminent\/\">https:\/\/litci.org\/fr\/elections-europeennes-dissolution-de-lassemblee-la-crise-politique-saccelere-danger-imminent\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <a href=\"https:\/\/litci.org\/fr\/le-rn-demagogie-programmatique-et-fond-politique\/\">https:\/\/litci.org\/fr\/le-rn-demagogie-programmatique-et-fond-politique\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> <a href=\"https:\/\/litci.org\/fr\/elections-europeennes-dissolution-de-lassemblee-la-crise-politique-saccelere-danger-imminent\/\">https:\/\/litci.org\/fr\/elections-europeennes-dissolution-de-lassemblee-la-crise-politique-saccelere-danger-imminent\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.revolutionpermanente.fr\/Consolidation-du-RN-crise-du-macronisme-limites-de-la-gauche-que-dit-le-1er-tour-des-legislatives\">https:\/\/www.revolutionpermanente.fr\/Consolidation-du-RN-crise-du-macronisme-limites-de-la-gauche-que-dit-le-1er-tour-des-legislatives<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.lesechos.fr\/elections\/legislatives\/legislatives-2024-le-rn-confirme-sa-poussee-dans-toutes-les-categories-de-la-population-2105149\">https:\/\/www.lesechos.fr\/elections\/legislatives\/legislatives-2024-le-rn-confirme-sa-poussee-dans-toutes-les-categories-de-la-population-2105149<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> En y ajoutant les bulletins blancs et nuls.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.revolutionpermanente.fr\/Gouvernement-avec-les-macronistes-Tondelier-prete-a-participer-Ruffin-recule\">https:\/\/www.revolutionpermanente.fr\/Gouvernement-avec-les-macronistes-Tondelier-prete-a-participer-Ruffin-recule<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Idem.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.lefigaro.fr\/elections\/legislatives\/resultats-legislatives-2024-decouvrez-la-nouvelle-assemblee-nationale-20240707\">https:\/\/www.lefigaro.fr\/elections\/legislatives\/resultats-legislatives-2024-decouvrez-la-nouvelle-assemblee-nationale-20240707<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.publicsenat.fr\/actualites\/politique\/sondage-legislatives-les-desistements-republicains-devraient-priver-le-rn-dune-majorite-absolue-selon-notre-derniere-etude-odoxa\">https:\/\/www.publicsenat.fr\/actualites\/politique\/sondage-legislatives-les-desistements-republicains-devraient-priver-le-rn-dune-majorite-absolue-selon-notre-derniere-etude-odoxa<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un pr\u00e9c\u00e9dent article faisait le point sur les enjeux de la dissolution[1] et les grandes tendances qui s\u2019annon\u00e7aient pour les l\u00e9gislatives express que Macron nous a concoct\u00e9es au soir du 9 juin dernier. Plus r\u00e9cemment nous avons voulu donner une image la plus pr\u00e9cise et fid\u00e8le possible de la campagne l\u00e9gislative du Rassemblement National (RN) [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":71384,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false},"categories":[3498,3499],"tags":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Elections1.jpg?fit=1250%2C828&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71382"}],"collection":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71382"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71382\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":71385,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71382\/revisions\/71385"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/71384"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71382"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71382"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71382"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}