{"id":71018,"date":"2023-05-18T10:28:18","date_gmt":"2023-05-18T10:28:18","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=71018"},"modified":"2023-05-18T10:28:20","modified_gmt":"2023-05-18T10:28:20","slug":"le-npa-le-secretariat-unifie-et-les-partis-larges-5-5-les-partis-larges-et-le-npa-selon-francois-sabado","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/le-npa-le-secretariat-unifie-et-les-partis-larges-5-5-les-partis-larges-et-le-npa-selon-francois-sabado\/","title":{"rendered":"Le NPA, le Secr\u00e9tariat Unifi\u00e9 et les partis larges 5\/5: Les partis larges et le NPA selon Fran\u00e7ois Sabado"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les partis larges et le NPA selon Fran\u00e7ois Sabado<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le week-end des 9 au 11 d\u00e9cembre 2022 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 en France par la scission m\u00e9diatis\u00e9e du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Nouveau&nbsp;? Pas tout \u00e0 fait&nbsp;: ce parti \u00e9tait n\u00e9 il y a pr\u00e8s de 14 ans, mais portait toujours un nom vou\u00e9 \u00e0 disparaitre\u2026 En 1995, le Secr\u00e9tariat Unifi\u00e9 de la 4<sup>e<\/sup> Internationale<a href=\"#_edn1\" id=\"_ednref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a>, apr\u00e8s la restauration du capitalisme en URSS et en Europe de l\u2019Est, faisait un virage strat\u00e9gique et d\u00e9cidait de construire des partis anticapitalistes larges. Plusieurs exp\u00e9riences avaient commenc\u00e9. Sa section fran\u00e7aise, la LCR, se dissolvait en 2009 dans le NPA, qui se voulait large. L\u2019article &nbsp;pr\u00e9c\u00e9dent (4) tirait les principales le\u00e7ons de l\u2019exp\u00e9rience de six partis&nbsp;larges&nbsp;(ce que le NPA \u00e9tait aussi cens\u00e9 devenir): le PT (Br\u00e9sil), Rifondazione (Italie), le Bloco de Esquerda (Portugal), Die Linke (Allemagne), Syriza (Gr\u00e8ce) et Podemos (Espagne). Il se donnait aussi l\u2019objectif de saisir comment le SU-CI r\u00e9agissait face \u00e0 cette exp\u00e9rience accumul\u00e9e.&nbsp;Ce 5<sup>e<\/sup> et dernier article de cette s\u00e9rie proc\u00e8de \u00e0 une analyse critique des propos tenus lors d\u2019une r\u00e9cente interview par Mediapart de Fran\u00e7ois Sabado, dirigeant du SU-CI, ancien dirigeant de la LCR et membre fondateur du NPA<a href=\"#_edn2\" id=\"_ednref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Par Michael Lenoir<\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 la scission du NPA, Fran\u00e7ois Sabado \u00e9tait interrog\u00e9 par Matthieu Dejean, sur le journal en ligne <em>Mediapart<\/em>, le 24 d\u00e9cembre. Cette interview est int\u00e9ressante \u00e0 plus d\u2019un titre. Par ce que l\u2019on apprend de la bouche de Sabado, mais peut-\u00eatre encore plus par ce qu\u2019il parvient \u00e0 taire, et par les artifices de communication utilis\u00e9s. Dans cet entretien, il est question de la p\u00e9riode actuelle, de la strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire, du type de partis \u00e0 construire, de l\u2019exp\u00e9rience du NPA, et de la question g\u00e9n\u00e9rale des partis larges, notamment <em>Podemos<\/em> et <em>Syriza<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les fondamentaux erron\u00e9s du SU-CI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>Etat du monde et analyse de la p\u00e9riode&nbsp;: la \u00ab&nbsp;fin d\u2019une \u00e9poque&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Sabado revient sur la nature de la p\u00e9riode historique, et il utilise l\u2019expression de \u00ab&nbsp;<em>fin d\u2019une \u00e9poque&nbsp;<\/em>\u00bb, qui toucherait \u00ab&nbsp;<em>l\u2019ensemble <\/em><em>du mouvement ouvrier dans les pays capitalistes avanc\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb. Il tente de pr\u00e9ciser sa pens\u00e9e, ax\u00e9e sur le \u00ab&nbsp;<em>triptyque&nbsp;: nouvelle \u00e9poque, nouveau programme, nouveau parti<\/em>&nbsp;\u00bb cher aussi \u00e0 Daniel Bensa\u00efd. Sabado explique comment sa perception \u2013 et celle de Bensa\u00efd \u2013 de cette fin d\u2019\u00e9poque s\u2019est amplifi\u00e9e \u00ab&nbsp;<em>Quand il y a eu la chute du mur de Berlin en 1989 et l\u2019\u00e9clatement de l\u2019Union sovi\u00e9tique, nous avons d\u2019abord pris note d\u2019un changement d\u2019\u00e9poque&nbsp;<\/em>\u00bb. Il ajoute&nbsp;plusieurs niveaux de bouleversements&nbsp;:\u00ab&nbsp;<em>Nous pensions alors que ce n\u2019\u00e9tait que la fin d\u2019un cycle, celui du stalinisme. Puis, nous avons constat\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait pas seulement la fin du cycle stalinien, mais celle, plus profonde, de l\u2019effet propulsif de la r\u00e9volution d\u2019Octobre. Si on creuse un peu, on per\u00e7oit m\u00eame dans certaines tendances contemporaines la fin de tout ce qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 l\u2019histoire du mouvement ouvrier au milieu du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: lad\u00e9mocratie parlementaire, l\u2019\u00c9tat national, le mouvement ouvrier syndical et politique, la social-d\u00e9mocratie, les partis communistes et les courants r\u00e9volutionnaires&nbsp;: tout est en crise, c\u2019est la fin d\u2019une \u00e9poque<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons des d\u00e9saccords de fond avec cette approche g\u00e9n\u00e9rale. Sur le principe, tenir compte des bouleversements induits par l\u2019effondrement du stalinisme&nbsp;: oui&nbsp;; mais \u00e0 condition de reconnaitre que cela signifiait aussi la fin du plus \u00e9norme appareil contre-r\u00e9volutionnaire ayant \u00e9treint le mouvement ouvrier depuis sa naissance. Reconnaitre la fin de l\u2019effet propulsif d\u2019Octobre&nbsp;: oui, mais cette fin remonte sans doute \u00e0 avant 1989-91. Ce que Sabado y ajoute est moins clair. La fin de la d\u00e9mocratie parlementaire&nbsp;? Certes, certains mouvements populistes d\u2019extr\u00eame droite y \u0153uvrent&nbsp;; mais la domination de classe via des appareils de la \u00ab&nbsp;d\u00e9mocratie&nbsp;\u00bb parlementaire reste encore le mode pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de gouvernance politique de la bourgeoisie. L\u2019Etat national subsiste, m\u00eame si des instances supranationales (l\u2019UE notamment) ont acquis une place nouvelle historiquement&nbsp;; et si les d\u00e9cisions de l\u2019Etat national, en particulier face aux mastodontes capitalistes, financiers ou autres, de l\u2019\u00e8re n\u00e9olib\u00e9rale ont perdu beaucoup de poids, les Etats n\u2019ont pas disparu. La crise du mouvement ouvrier syndical et politique est bien r\u00e9elle, mais n\u2019est-ce pas avant tout celle de sa d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence bureaucratique, et des innombrables trahisons&nbsp;de classe auxquelles celle-ci a donn\u00e9 lieu? Par exemple, on observe, en sens inverse, un int\u00e9r\u00eat croissant pour de \u00ab&nbsp;nouveaux syndicats&nbsp;\u00bb<a href=\"#_edn3\" id=\"_ednref3\">[3]<\/a> d\u00e8s lors qu\u2019ils s\u2019av\u00e8rent combatifs et d\u00e9mocratiques. On remarque aussi le d\u00e9veloppement de mouvements sociaux auto-organis\u00e9s, dans des champs d\u2019action tr\u00e8s vari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, cette notion passe-partout de \u00ab&nbsp;fin d\u2019une \u00e9poque&nbsp;\u00bb ne nous convient gu\u00e8re, pour plusieurs raisons. Etions-nous d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la \u00ab&nbsp;fin d\u2019une \u00e9poque&nbsp;\u00bb au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990&nbsp;? Si oui, \u00e9tait-ce la m\u00eame \u00e9poque&nbsp;? S\u2019agit-il d\u2019une fin qui n\u2019en finit pas de finir&nbsp;? D\u2019une fin qui se complique en s\u2019\u00e9ternisant&nbsp;? Surtout, une \u00ab&nbsp;nouvelle&nbsp;\u00e9poque&nbsp;\u00bb n\u2019a-t-elle pas commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9merger, plus dure, plus tendue que dans les ann\u00e9es 1990, faite de luttes aux caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes, mais toujours marqu\u00e9e, pour l\u2019instant, par un vide sid\u00e9ral en mati\u00e8re de direction r\u00e9volutionnaire&nbsp;? L\u2019approche de l\u2019\u00e9tat du monde et de la p\u00e9riode par Sabado est floue et assez unilat\u00e9rale, et elle n\u2019est pas en mesure de prendre en compte la recrudescence de mouvements sociaux massifs, et de mont\u00e9es r\u00e9volutionnaires auxquelles nous avons assist\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Il nous semble surtout que tout ce discours confus vise \u00e0 justifier une strat\u00e9gie et une orientation qui s\u2019av\u00e8rent funestes mais dont le SU-CI ne veut pas sortir. Voudrait-il en sortir qu\u2019il ne saurait sans doute pas comment le faire. Des d\u00e9g\u00e2ts irr\u00e9parables semblent avoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 commis. C\u2019est que le SU-CI et ses partis ont d\u00e9j\u00e0 subi une mutation g\u00e9n\u00e9tique tr\u00e8s profonde\u2026<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>L\u2019\u00e9cosocialisme et la question strat\u00e9gique<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Sabado poursuit&nbsp;en insistant sur l\u2019\u00e9cologie : \u00ab&nbsp;<em>Ma g\u00e9n\u00e9ration n\u2019\u00e9tait pas consciente de ce probl\u00e8me, mais l\u2019\u00e9cologie n\u2019est pas un th\u00e8me \u00e0 part&nbsp;: on vit dans un monde fini, sans perspective d\u2019abondance, et il n\u2019y a pas la nature d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les forces productives de l\u2019autre. On doit tout repenser \u00e0 partir d\u2019une articulation entre la remise en cause du march\u00e9 capitaliste et l\u2019exigence \u00e9cologique, qui est une exigence de survie&nbsp;: les revendications \u00e9conomiques, comme d\u00e9mocratiques. La nouvelle perspective politique r\u00e9volutionnaire doit s\u2019arrimer \u00e0 ces deux dimensions&nbsp;: l\u2019\u00e9cologie et la lutte des classes<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u00e0-dessus, nous sommes d\u2019accord. Force est de constater, d\u2019ailleurs, que le SU-CI a beaucoup \u00e9labor\u00e9 sur ces questions tout \u00e0 fait fondamentales. Certain.es militant.es du SU-CI sont tr\u00e8s productifs\/ves sur ce terrain et m\u00e9ritent un coup de chapeau pour le progr\u00e8s global des connaissances et l\u2019\u00e9laboration qu\u2019ils et elles ont permis. Il en est ainsi, entre autres, de Daniel Tanuro, tr\u00e8s en pointe pour comprendre et expliquer les enjeux de la crise \u00e9cologique et climatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, cela ne suffit pas. On pourrait repr\u00e9senter la probl\u00e9matique \u00e9cosocialiste que d\u00e9veloppe le SU-CI comme une fus\u00e9e \u00e0 trois \u00e9tages. Le premier \u00e9tage, c\u2019est celui du diagnostic, du bilan de l\u2019existant, du r\u00e9el. Cet \u00e9tage est fonctionnel, et en mesure d\u2019alimenter les \u00e9tages sup\u00e9rieurs&nbsp;: la compr\u00e9hension de la crise \u00e9cologique massive, prot\u00e9iforme et cumulative, nous semble juste et compl\u00e8te. Le troisi\u00e8me \u00e9tage, c\u2019est le projet politique, \u00e9conomique et social \u00e0 mettre en \u0153uvre pour limiter la gravit\u00e9 de la crise \u00e9cologique et le chaos climatique. Sur ce point \u2013 les solutions technologiques, les mesures drastiques \u00e0 prendre, les transformations structurelles radicales \u00e0 r\u00e9aliser&nbsp;; sur leur urgence et sur le cadre socialiste dans lequel tout cela doit n\u00e9cessairement \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 \u2013 l\u2019\u00e9laboration du SU-CI nous parait tr\u00e8s riche. Le troisi\u00e8me \u00e9tage de la fus\u00e9e semble donc en \u00e9tat de fonctionnement et r\u00e9pond aux besoins. Mais \u2013 malheureusement il y a un \u00ab&nbsp;mais&nbsp;\u00bb \u2013 pour que la fus\u00e9e se tienne, il lui faut un second \u00e9tage entre le premier et le troisi\u00e8me. Et c\u2019est bien l\u00e0 que le b\u00e2t blesse&nbsp;: ce second \u00e9tage, c\u2019est celui de la strat\u00e9gie choisie pour la transformation sociale. Sans un second \u00e9tage bien con\u00e7u, adapt\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 environnante, et efficace, c\u2019est-\u00e0-dire capable de vaincre les r\u00e9sistances des capitalistes et de leurs secteurs les plus destructeurs de l\u2019environnement, le troisi\u00e8me \u00e9tage ne pourra jamais \u00eatre aliment\u00e9 et sa mise en route n\u2019aura jamais lieu. C\u2019est ce que nous critiquons et continuerons de critiquer inlassablement dans la politique du SU-CI&nbsp;: la strat\u00e9gie est d\u00e9faillante. Et nous esp\u00e9rons que les articles pr\u00e9c\u00e9dents le font clairement apparaitre&nbsp;: les partis larges voulus et construits par le SU-CI sont des engins vou\u00e9s aux pannes \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, aux avaries permanentes, et m\u00eame, souvent, aux explosions&nbsp;en vol ! Avec un second \u00e9tage pareillement dysfonctionnel et d\u00e9faillant, le premier \u00e9tage d\u00e9crivant le monde r\u00e9el et sa dynamique terrifiante ne pourra jamais servir de base au troisi\u00e8me \u00e9tage du projet \u00e9cosocialiste. Toute la vaste et experte contribution d\u2019un Tanuro n\u2019y pourra rien changer&nbsp;: l\u2019\u00e9nergie se dilapidera eu niveau du second \u00e9tage.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>La d\u00e9finition du parti \u00e0 construire, de Bensa\u00efd \u00e0 Sabado<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Il est de bon ton, au SU-CI, de relativiser la question du parti. On se flatte d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;cool&nbsp;\u00bb, non dogmatique. L\u00e0-dessus, de Bensa\u00efd \u00e0 Sabado, de Besancenot \u00e0 Poutou, on aime le faire savoir<a href=\"#_edn4\" id=\"_ednref4\">[4]<\/a>&nbsp;! Dans l\u2019interview, Sabado est d\u2019ailleurs servi par un journaliste qui semble tout acquis \u00e0 sa cause<a href=\"#_edn5\" id=\"_ednref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un style bien \u00e0 lui, Bensa\u00efd, interview\u00e9 dans le contexte de la gestation de ce qui allait devenir le NPA, \u00e9voquait ainsi cette question en 2008&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00c0 la diff\u00e9rence d\u2019autres courants qui s\u2019en r\u00e9clament, nous n\u2019avons jamais fait de la r\u00e9f\u00e9rence au trotskisme un f\u00e9tiche. C\u2019est un terme r\u00e9ducteur, forg\u00e9 par l\u2019adversaire. Nous l\u2019avons assum\u00e9 et l\u2019assumons sans honte, avec fiert\u00e9 m\u00eame, par d\u00e9fi. Mais s\u2019il s\u2019av\u00e9rait que nous avons trimball\u00e9, et trimballons encore, dans notre h\u00e9ritage des bagages inutiles, des signes identitaires sans pertinence pratique, il faudrait y voir une mani\u00e8re de cultiver une singularit\u00e9 artificielle, donc sectaire, dont il faudrait se d\u00e9barrasser au plus vite<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_edn6\" id=\"_ednref6\">[6]<\/a>. A un niveau g\u00e9n\u00e9ral, on peut \u00eatre d\u2019accord avec certains \u00e9l\u00e9ments au moins de cette formulation. C\u2019est vrai que ce sont les staliniens qui ont invent\u00e9 le concept de trotskisme, pour discr\u00e9diter et criminaliser Trotski et l\u2019Opposition de gauche. Trotski lui-m\u00eame parlait de son courant comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;bolchevik-l\u00e9niniste&nbsp;\u00bb. C\u2019est vrai aussi qu\u2019un parti r\u00e9volutionnaire doit se d\u00e9barrasser des \u00ab&nbsp;bagages inutiles&nbsp;\u00bb d\u00e9crits par Bensa\u00efd. Et certaines sectes \u00ab&nbsp;trotskistes&nbsp;\u00bb sont grotesques en s\u2019affublant des oripeaux d\u2019un tel folklore. Mais il faut aussi \u00eatre tr\u00e8s s\u00e9rieux par rapport \u00e0 la th\u00e9orie et ne pas jeter par-dessus bord, sous pr\u00e9texte de \u00ab&nbsp;modernit\u00e9&nbsp;\u00bb ou de lutte contre le dogmatisme et les pratiques sectaires, des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019enseignement de L\u00e9nine ou de Trotski qui restent valables et dont l\u2019incorporation dans la th\u00e9orie ou dans le programme du parti sont indispensables pour que ce dernier puisse s\u2019orienter correctement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le cas du concept de parti r\u00e9volutionnaire d\u00e9mocratiquement centralis\u00e9. Le largage de cet \u00e9l\u00e9ment par Bensa\u00efd, Sabado et le SU-CI \u00e0 partir de 1995 \u00e9tait indispensable pour construire des partis larges, avec les succ\u00e8s pratiques que nous avons not\u00e9s dans les articles 3 et 4&nbsp;! D\u2019ailleurs, lorsqu\u2019on lui pose la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pourquoi un parti, qui semble une forme dat\u00e9e, et non pas quelque chose de plus souple, de moins centralis\u00e9, de plus en rapport avec les formes souples contemporaines de r\u00e9seaux&nbsp;?&nbsp;\u00bb, Bensa\u00efd r\u00e9pond&nbsp;: \u00ab&nbsp;<\/em><em>Parti, mouvement, ligue, alliance\u2026 Peu importe le mot. Ce qui importe en revanche c\u2019est l\u2019efficacit\u00e9 pour l\u2019action et les principes de vie d\u00e9mocratique. Nous voulons une organisation de militants, et non de simples adh\u00e9rents, qu\u2019on ne voit que les jours de congr\u00e8s <\/em>\u00bb<a href=\"#_edn7\" id=\"_ednref7\">[7]<\/a>. Une organisation de militant.es, nous sommes d\u2019accord. Mais le mode de fonctionnement n\u2019est pas indiff\u00e9rent. Quid de l\u2019efficacit\u00e9 pour l\u2019action si un parti est compos\u00e9 de forces strat\u00e9giquement divergentes&nbsp;? En faisant des partis larges, pr\u00e9cis\u00e9ment, on rend difficile ou impossible l\u2019efficacit\u00e9 dans l\u2019action, ou alors c\u2019est que les actions sont d\u00e9cid\u00e9es selon une proc\u00e9dure non d\u00e9mocratique. A propos du processus de regroupement qui allait conduire au NPA, Bensa\u00efd d\u00e9clarait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pour peu que nous avancions sur la voie d\u2019un nouveau parti, les formes d\u00e9pendront de ces avanc\u00e9es. Elles ne sont pas fix\u00e9es d\u2019avance. Diverses hypoth\u00e8ses sont ouvertes&nbsp;: un parti pluraliste avec droit de tendance, un front d\u2019organisations ou de courants comme le Bloc de Gauche au Portugal, etc.<\/em>&nbsp;\u00bb. Ici, on note encore mieux avec quelle l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 sont appr\u00e9hend\u00e9es les formes d\u2019organisation. Sur ce point, Bensa\u00efd, qui connaissait pourtant bien l\u2019\u0153uvre de L\u00e9nine, semble avoir beaucoup d\u00e9sappris&nbsp;! Les cons\u00e9quences politiques de formes organisationnelles vari\u00e9es peuvent \u00eatre elles-m\u00eames tr\u00e8s diverses, et les modes de fonctionnement ne sont pas neutres. Ce qui est r\u00e9trospectivement ironique, c\u2019est que les deux \u00ab&nbsp;hypoth\u00e8ses&nbsp;\u00bb mentionn\u00e9es par Bensa\u00efd ont d\u00e9bouch\u00e9 r\u00e9cemment sur des impasses et des effondrements. Le \u00ab&nbsp;parti pluraliste avec droit de tendance&nbsp;\u00bb caract\u00e9risait \u2013 entre autres \u2013 le NPA, qui vient d\u2019exploser justement parce que son \u00ab&nbsp;canal historique&nbsp;\u00bb ne supportait plus le mode de fonctionnement que cela induisait. Quant au <em>Bloco<\/em>, il ne semblait peut-\u00eatre pas encore trop malade en 2008, mais pas plus de sept ann\u00e9es plus tard, la gangr\u00e8ne bureaucratique et institutionnelle l\u2019emportait d\u00e9finitivement, le transformant en actes en un ennemi des travailleurs\/ses, rien de moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les formes d\u2019organisation, Sabado est encore moins rigoureux et pr\u00e9cis que Bensa\u00efd, une quinzaine d\u2019ann\u00e9es plus tard. A la question&nbsp;de M. Dejean, \u00ab&nbsp;<em>Il faut trouver une forme interm\u00e9diaire entre le parti et le mouvement \u00ab&nbsp;gazeux&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb, il r\u00e9pond tr\u00e8s \u00e9vasivement&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>Peut-\u00eatre. Si cette crise du NPA existe, c\u2019est que les mod\u00e8les doivent \u00eatre revus. On a un mod\u00e8le de vote permanent, sur tout, et une histoire, une tradition, d\u00e9j\u00e0 dans la Ligue, de ne pas mettre l\u2019accent sur ce qui nous rassemble, mais sur ce qui nous divise. Il faut revenir l\u00e0-dessus&nbsp;<\/em>\u00bb. Vote permanent, sur tout\u2026 Etait-ce l\u00e0 le probl\u00e8me du NPA&nbsp;? Nous esp\u00e9rons que les articles 1 et 2 ont montr\u00e9 que les probl\u00e8mes, tr\u00e8s s\u00e9rieux, r\u00e9sidaient ailleurs. La r\u00e9ponse de Sabado ressemble \u00e0 du bla bla bla\u2026 Mettre l\u2019accent sur ce qui nous divise&nbsp;? Mais, r\u00e9p\u00e9tons-le, l\u2019histoire du NPA a montr\u00e9 qu\u2019il existait en son sein des divergences strat\u00e9giques profondes \u2013 et m\u00eame programmatiques \u2013 et que cohabiter impliquait de faire des choix, ce qui divise toujours entre majorit\u00e9 et minorit\u00e9. De plus, quand on veut qu\u2019un parti large mette l\u2019accent sur ce qui rassemble, que choisir&nbsp;? L\u2019opposition au n\u00e9olib\u00e9ralisme&nbsp;? On a bien vu qu\u2019on ne pouvait pas aller bien loin dans cette voie, face \u00e0 un ennemi de classe d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 passer en force chaque fois qu\u2019il le faut.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>Partis larges et \u00ab&nbsp;strip-tease programmatique&nbsp;pr\u00e9ventif \u00bb<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>R\u00e9p\u00e9tons-le&nbsp;: le programme d\u2019un parti large qui est compos\u00e9, m\u00eame en minorit\u00e9, d\u2019\u00e9l\u00e9ments r\u00e9formistes ne peut pas aller au-del\u00e0 du r\u00e9formisme. Bensa\u00efd ne semblait pas vouloir s\u2019en rendre compte, d\u00e9j\u00e0 en 2008. Il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>S\u2019il parvenait \u00e0 rassembler des partenaires significatifs, un nouveau parti impliquerait sans doute des compromis. Mais les compromis ne sont pas pr\u00e9ventifs. Ils ne sont pas un point de d\u00e9part ou un pr\u00e9alable, mais au contraire l\u2019aboutissement de discussions et de confrontations franches et loyales. Nous ne demandons \u00e0 personne \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de ce processus de renoncer \u00e0 son histoire ou de renier ses convictions. Personne, r\u00e9ciproquement, ne saurait exiger de nous un strip-tease programmatique pr\u00e9ventif, et nous n\u2019avons pas nous-m\u00eames \u00e0 changer d\u2019habits et \u00e0 nous travestir<\/em>&nbsp;\u00bb. Pas de \u00ab&nbsp;strip-tease programmatique&nbsp;\u00bb n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019avance&nbsp;? Mais nous avons point\u00e9 (dans l\u2019article 2) les incoh\u00e9rences programmatiques du NPA qui, peu apr\u00e8s ces propos de Bensa\u00efd, \u00e9taient cens\u00e9es permettre au nouveau parti d\u2019int\u00e9grer des militant.es d\u2019origine diverse, certain.es n\u2019\u00e9tant pas convaincu.es de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une voix r\u00e9volutionnaire et insurrectionnelle. Et il est bien \u00e9vident que plus on agr\u00e8ge vers la droite, plus l\u2019effeuillage programmatique des participant.es de l\u2019extr\u00eame gauche \u00e0 cette aventure doit aller loin. Pour refonder la gauche sur une base antilib\u00e9rale, avec LFI par exemple, on peut \u00eatre certain qu\u2019un \u00ab&nbsp;Full Monty&nbsp;\u00bb<a href=\"#_edn8\" id=\"_ednref8\">[8]<\/a> de rupture avec le programme r\u00e9volutionnaire va s\u2019imposer&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"326\" height=\"506\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/NPA5_2.jpg?resize=326%2C506&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-71021\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/NPA5_2.jpg?w=326&amp;ssl=1 326w, https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/NPA5_2.jpg?resize=193%2C300&amp;ssl=1 193w, https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/NPA5_2.jpg?resize=150%2C233&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/NPA5_2.jpg?resize=300%2C466&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 326px) 100vw, 326px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<ul>\n<li><strong>Sabado et la strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Sabado semble vouloir innover en mati\u00e8re de strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire. Il d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La formule que je d\u00e9fends, et qui n\u2019est pas partag\u00e9e par tous, c\u2019est que le d\u00e9but d\u2019un processus r\u00e9volutionnaire \u2013 pas sa fin \u2013 peut passer par un gouvernement de gauche. Le d\u00e9but peut avoir une forme parlementaire. Il faut \u00eatre sensible \u00e0 \u00e7a, et soutenir tous les pas qui vont dans le bon sens, que ce soit Syriza ou Podemos<\/em>&nbsp;\u00bb. On ne peut pas nier qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9 d\u2019un processus r\u00e9volutionnaire \u2013 pourquoi seulement au d\u00e9but d\u2019ailleurs&nbsp;? \u2013 il puisse exister un \u00ab&nbsp;gouvernement de gauche&nbsp;\u00bb. Mais ce que Sabado ne saisit pas, c\u2019est que, tant que le capitalisme est en place et que l\u2019Etat bourgeois n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9, un tel gouvernement \u00ab&nbsp;de gauche&nbsp;\u00bb (avec une multiplicit\u00e9 de nuances possibles) reste un gouvernement bourgeois. Pas forc\u00e9ment un gouvernement de la bourgeoisie. Mais, de toute fa\u00e7on, un gouvernement bourgeois, qui peut avoir des projets progressistes, des id\u00e9es de r\u00e9formes, distribuer des revenus aux pauvres, etc. Bourgeois dans le sens o\u00f9 il est pris dans une logique institutionnelle construite par et pour la bourgeoisie, o\u00f9 il est sous sa pression incessante, nationalement et internationalement, parce que la bourgeoisie d\u00e9fend toujours bec et ongles son patrimoine et ses int\u00e9r\u00eats les plus divers. En ce sens, le gouvernement de la \u00ab&nbsp;gauche radicale&nbsp;\u00bb de Tsipras restait un gouvernement bourgeois, m\u00eame si la bourgeoisie, nationale et plus encore internationale, avait d\u00e9cid\u00e9 de le mettre \u00e0 genoux. A aucun moment, Tsipras et son gouvernement n\u2019ont envisag\u00e9 l\u2019appel \u00e0 l\u2019insurrection populaire pour renverser le capitalisme. Et c\u2019est l\u00e0 tout le drame de gouvernements r\u00e9formistes ou n\u00e9o-r\u00e9formistes&nbsp;: ils veulent \u00e0 la fois trop et trop peu. Trop, vis-\u00e0-vis de la bourgeoisie, pour laquelle rien n\u2019est tol\u00e9rable de ce qui pourrait remette en cause le statu quo de son inf\u00e2me syst\u00e8me social&nbsp;; trop peu, parce que ce que veulent les r\u00e9formistes n\u2019est pas suffisant pour imposer le bouleversement n\u00e9cessaire. Il faut briser la r\u00e9sistance de la classe nuisible, l\u2019exproprier, la d\u00e9sarmer dans tous les sens du terme. Les r\u00e9formistes s\u2019arr\u00eatent bien avant.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le \u00ab&nbsp;soutien&nbsp;\u00bb pr\u00e9conis\u00e9 par Sabado n\u2019a aucun sens. Pire, il est contre-productif. Soutenir les pas de <em>Syriza<\/em> qui vont dans le bon sens&nbsp;? Mais lesquels&nbsp;? Avant m\u00eame d\u2019\u00eatre au gouvernement, on l\u2019a vu, <em>Syriza<\/em> faisait des pas en arri\u00e8re. Elle a continu\u00e9 \u00e0 reculer entre janvier et juillet 2015, une fois au gouvernement. Sabado est-il amn\u00e9sique&nbsp;? N\u2019a-t-il pas assist\u00e9 \u00e0 cette terrifiante le\u00e7on de choses politiques, avec cette implacable tro\u00efka qui avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019avoir la peau d\u2019un gouvernement qui voulait effectivement faire \u00ab&nbsp;des pas&nbsp;\u00bb contre l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Ce gouvernement ne pouvait pas faire ces \u00ab&nbsp;pas&nbsp;\u00bb, parce que l\u2019UE, la BFE, le FMI \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 l\u2019en emp\u00eacher et \u00e0 le faire plier, tandis que <em>Syriza<\/em> se refusait \u00e0 les envoyer au diable, \u00ab&nbsp;pro-europ\u00e9enne&nbsp;\u00bb convaincue qu\u2019elle \u00e9tait. Par cons\u00e9quent, les seuls \u00ab&nbsp;pas&nbsp;\u00bb (en avant) que <em>Syriza<\/em> a pu faire, c\u2019est de parvenir au gouvernement, et d\u2019y susciter un immense espoir, que la coalition de \u00ab&nbsp;gauche radicale&nbsp;\u00bb allait elle-m\u00eame briser, en capitulant devant un pouvoir financier qui, lui, n\u2019a pas peur d\u2019utiliser les grands moyens&nbsp;! La seule fa\u00e7on d\u2019\u00eatre utile au prol\u00e9tariat et aux masses populaires grecques, entre janvier et juillet 2015, c\u2019\u00e9tait, tout en soutenant les luttes et en cherchant \u00e0 leur offrir des perspectives r\u00e9volutionnaires, d\u2019expliquer que pour gagner, il fallait aller beaucoup plus loin que <em>Syriza<\/em> et \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 briser les reins \u00e0 la bourgeoisie. Le soutien, que la gauche de <em>Syriza<\/em> et le SU ont apport\u00e9 au gouvernement Tsipras a eu lieu, mais les masses laborieuses grecques, elles, ont pay\u00e9 cher l\u2019incoh\u00e9rence fondamentale de <em>Syriza <\/em>et l\u2019attitude de celles et ceux, comme le SU-CI, qui l\u2019ont soutenue alors qu\u2019il fallait agir en opposition de gauche \u00e0 ce gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p>Sabado aime \u00e0 se dire marxiste, mais il ne semble pas percevoir les contradictions abyssales d\u2019un parti comme <em>Syriza<\/em>, et le recul immense que son incoh\u00e9rence a impos\u00e9 aux masses laborieuses, souffrances mat\u00e9rielles et d\u00e9sespoir r\u00e9unis. Avec cette \u00ab&nbsp;gauche radicale&nbsp;\u00bb, le peuple grec a subi une d\u00e9faite majeure. La r\u00e9volution grecque, \u00e0 en croire Sabado, aurait donc pu commencer par un gouvernement de gauche (<em>Syriza<\/em>)\u2026 Mais que se passe-t-il si le gouvernement de gauche n\u2019est pas d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 renverser le capitalisme ? Sous la pression du capital, il capitule, il trahit les travailleurs\/ses, voire r\u00e9prime les gr\u00e8ves (<em>Syriza<\/em>, <em>Bloco<\/em>\u2026). Est-ce l\u00e0 une \u00ab&nbsp;\u00e9tape&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;des pas&nbsp;\u00bb dans le sens de la marche r\u00e9volutionnaire&nbsp;? Au contraire, cela conduit \u00e0 la d\u00e9faite, \u00e0 la d\u00e9moralisation, et non \u00e0 une \u00e9tape plus avanc\u00e9e du processus r\u00e9volutionnaire. A vrai dire, pour que l\u2019hypoth\u00e8se strat\u00e9gique de Sabado puisse fonctionner, il faudrait que d\u00e8s le d\u00e9but du processus, le gouvernement soit d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 aller jusqu\u2019au bout du bout. Il peut s\u2019agir alors de deux types de gouvernements&nbsp;: soit une force authentiquement r\u00e9volutionnaire, comme les Bolcheviks&nbsp;; soit des r\u00e9formistes sinc\u00e8res mais bourr\u00e9s d\u2019illusions, et qui ne comprennent pas la question de la violence en politique (Allende au Chili). Mais le premier cas a montr\u00e9 qu\u2019au d\u00e9but d\u2019une r\u00e9volution, les r\u00e9volutionnaires sont minoritaires \u2013 les Bolcheviks ont d\u00fb attendre Octobre pour obtenir la majorit\u00e9 dans les soviets \u2013 et c\u2019est parfaitement logique&nbsp;: l\u2019\u00e9ducation politique des masses se fait sans doute vite dans une r\u00e9volution, mais peu \u00e0 peu, au feu de la lutte, et celles-ci se radicalisent pendant une phase plus ou moins longue, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il leur devienne suffisamment clair que la r\u00e9volution est n\u00e9cessaire. Le deuxi\u00e8me cas ne sera pas discut\u00e9 ici, des r\u00e9formistes jusqu\u2019au-boutistes comme Allende n\u2019\u00e9tant gu\u00e8re apparu.es r\u00e9cemment.<\/p>\n\n\n\n<p>Sabado conserve des bribes de marxisme r\u00e9volutionnaire dans ses inventions strat\u00e9giques. Mais elles ne lui servent \u00e0 rien. Il d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>ce qui me reste de mon \u00e9ducation politique, c\u2019est que je ne vois pas comment \u00e9chapper in fine \u00e0 une confrontation. On ne peut pas aller graduellement au socialisme. Je ne connais pas d\u2019exp\u00e9rience o\u00f9 les classes dominantes ont c\u00e9d\u00e9 le pouvoir de bonne gr\u00e2ce<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est indiscutable. Mais justement, ce qui se passe AVANT ce moment-l\u00e0, cela ne compte pas&nbsp;? Si le d\u00e9but du processus \u00ab&nbsp;r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb r\u00e9el ou potentiel est condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec et enterr\u00e9 par l\u2019\u00e9tape parlementaire et gouvernementale, la question de la confrontation \u00ab&nbsp;<em>in fine<\/em>&nbsp;\u00bb ne se posera m\u00eame pas. S\u2019est-elle pos\u00e9e avec <em>Syriza<\/em>&nbsp;? Avec le <em>Bloco<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019en ai discut\u00e9 souvent avec M\u00e9lenchon. L\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution citoyenne, qui passerait par le fait de gagner le maximum de positions au sein d\u2019une Assembl\u00e9e nationale, fait l\u2019impasse sur le moment o\u00f9 l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, policier et militaire, bloque, et o\u00f9 il y a une confrontation. \u00c0 ce moment, il ne faut pas \u00eatre prisonnier de l\u2019\u00c9tat. M\u00e9lenchon se r\u00e9clame de Jaur\u00e8s qui dit lui-m\u00eame que l\u2019\u00c9tat est \u00ab&nbsp;<u>le lieu du rapport de force<\/u>&nbsp;\u00bb. Le probl\u00e8me, c\u2019est que l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas neutre. Il est marqu\u00e9 socialement par les int\u00e9r\u00eats de la bourgeoisie et des classes dominantes. Il faut construire un contre-pouvoir repr\u00e9sentant les classes populaires. Une des le\u00e7ons strat\u00e9giques de l\u2019histoire des r\u00e9volutions, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de grand soir. Il y a un processus de dispute entre les forces politiques dans les institutions et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. L\u2019objectif \u00e9tant que ceux d\u2019en bas l\u2019emportent sur ceux d\u2019en haut<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce qui pr\u00e9c\u00e8de est plut\u00f4t juste, m\u00eame si la discussion sur le \u00ab&nbsp;grand soir&nbsp;\u00bb nous semble inint\u00e9ressante. Mais Sabado a-t-il le sentiment qu\u2019il peut convaincre M\u00e9lenchon&nbsp;? Si oui, qu\u2019il explique comment il transformera un politicien r\u00e9formiste en un r\u00e9volutionnaire. Sinon, \u00e0 quoi bon alors imaginer faire un parti commun avec M\u00e9lenchon&nbsp;? Ce qui pose probl\u00e8me, ce n\u2019est pas ce qui pr\u00e9c\u00e8de, mais la non-r\u00e9ponse de Sabado \u00e0 la question suivante&nbsp;: que se passe-t-il si, dans les institutions, la \u00ab&nbsp;gauche large&nbsp;\u00bb m\u00e8ne une politique qui d\u00e9sarme les masses et les fait perdre&nbsp;? Car on ne voit pas de contre-exemple dans toutes les exp\u00e9riences \u00e9tudi\u00e9es dans cette s\u00e9rie d\u2019articles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sur l\u2019exp\u00e9rience accumul\u00e9e des partis larges<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sabado affirme dans l\u2019interview&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quant \u00e0 la gauche r\u00e9volutionnaire, elle n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 appara\u00eetre comme une alternative&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>Echec historique global de la gauche r\u00e9volutionnaire&nbsp;? Mais pourquoi&nbsp;?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Certes, on constate bien un \u00e9chec global \u00e0 ce niveau. Mais si le SU-CI est loin d\u2019\u00eatre seul en cause dans ce bilan \u2013 il existe bien des mani\u00e8res de se tromper en politique \u2013, en pr\u00e9tendant repr\u00e9senter LA 4<sup>e<\/sup> Internationale et en \u00e9tant le regroupement le plus nombreux et le plus implant\u00e9 mondialement parmi ce qu\u2019une certaine presse pr\u00e9sente comme \u00ab&nbsp;les h\u00e9ritiers de Trotski&nbsp;\u00bb \u2013 il joue un des r\u00f4les pr\u00e9pond\u00e9rants de ce c\u00f4t\u00e9. Il faut se demander pourquoi la gauche r\u00e9volutionnaire n\u2019est pas apparue comme une alternative. Or Sabado n\u2019a pas l\u2019air vraiment obs\u00e9d\u00e9 par cette question&nbsp;! Mais, si l\u2019on s\u2019en tient ici \u00e0 la place qu\u2019a tenue le NPA, \u00e0 direction majoritairement SU-CI, dans les grandes luttes en France depuis 2009 (comme nous l\u2019avons fait dans l\u2019article 2 de cette s\u00e9rie), on observe qu\u2019il n\u2019a servi \u00e0 rien et que donc, les masses en recherche de solution dans ces luttes n\u2019avaient aucune raison de se tourner vers ce parti. Si l\u2019on consid\u00e8re maintenant les exemples de partis larges analys\u00e9s dans les articles 3 et 4 de cette s\u00e9rie, on a envie de dire \u00e0 Sabado de balayer d\u2019abord devant sa porte. Alternatif, le chemin suivi \u00e0 moyen-long terme par le PT et la DS&nbsp;? Alternative, la solution incarn\u00e9e par <em>Rifondazione<\/em>&nbsp;? Alternative, la voie prise par le <em>Bloco<\/em> au Portugal, en particulier depuis 2015&nbsp;? Alternative et dynamique, <em>Die Linke<\/em>&nbsp;? Alternative, la \u00ab&nbsp;gauche radicale&nbsp;\u00bb incarn\u00e9e par <em>Syriza<\/em>, face \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du pouvoir&nbsp;? Alternative, la politique d\u2019alliances et d\u2019appareils men\u00e9e par <em>Podemos<\/em> \u2013 et ses diverses composantes, dont <em>Anticapitalistas<\/em> \u2013 quelques ann\u00e9es \u00e0 peine apr\u00e8s son \u00e9mergence&nbsp;? Or, il s\u2019agit, \u00e0 chaque fois, de cadres politiques voulus, ou au moins accept\u00e9s par le SU-CI. Nous pensons au contraire que seule une internationale r\u00e9volutionnaire constitu\u00e9e de partis marxistes-r\u00e9volutionnaires implant\u00e9s dans le prol\u00e9tariat et les couches opprim\u00e9es du peuple, et fid\u00e8les, notamment, aux principaux enseignements de L\u00e9nine et Trotski et pourraient constituer une v\u00e9ritable alternative.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l\u2019analyse du monde contemporain, Sabado concluait : \u00ab&nbsp;<em>Malgr\u00e9 toutes ces modifications, ce qui reste \u2013 et c\u2019est pourquoi je suis marxiste \u2013, c\u2019est la lutte des classes. C\u2019est le socle fondamental \u00e0 partir duquel il faut comprendre le monde. Une lutte des classes ouverte, modifi\u00e9e, \u00e9largie, qui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la lutte revendicative dans l\u2019entreprise, mais qui se lie aux nouveaux mouvements sociaux et aux luttes intersectionnelles. Sur le fond, c\u2019est la lutte entre les exploit\u00e9s, les opprim\u00e9s et les poss\u00e9dants<\/em>&nbsp;\u00bb. Certes, mais la question reste de savoir ce que les partis voulus par Sabado et consorts font concr\u00e8tement dans cette lutte des classes. Retour au paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Sabado dit quelques mots sur <em>Podemos<\/em> et <em>Syriza<\/em>, mais il a pr\u00e9alablement pris soin de se flatter de \u00ab&nbsp;<em>l\u2019histoire d\u2019un courant<\/em> [le sien] <em>marxiste r\u00e9volutionnaire, critique et d\u00e9mocratique<\/em>&nbsp;\u00bb, en pr\u00e9cisant&nbsp;pompeusement :&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>D\u00e9mocratique au sens profond&nbsp;: dans les luttes, dans les institutions et dans le parti&nbsp;<\/em>\u00bb. M. Dejean pose la question suivante \u00e0 Sabado&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le NPA a pendant un moment regard\u00e9 avec beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat les exp\u00e9riences de Podemos et de Syriza (\u2026) : des organisations fond\u00e9es sur des mouvements sociaux, et non pas sur des partis traditionnels. Est-ce que vous prendriez encore aujourd\u2019hui ces exp\u00e9riences en exemple&nbsp;?&nbsp;<\/em>\u00bb Cette question pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat en soi, mais vaut surtout ici par la non-r\u00e9ponse de Sabado.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>A propos de <em>Podemos<\/em><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Pour <em>Podemos<\/em>, celui-ci s\u2019en sort par une sorte de pirouette, en r\u00e9pondant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On s\u2019int\u00e9grait m\u00eame dedans&nbsp;! Des amis \u00e0 nous \u00e9taient impliqu\u00e9s dans ces processus. En Espagne, Anticapitalistas a \u00e9t\u00e9 membre fondatrice de Podemos, avant d\u2019\u00eatre vir\u00e9e par Pablo Iglesias<\/em>&nbsp;\u00bb. Pourquoi cela rel\u00e8ve-t-il de la pirouette, m\u00eame si ce n\u2019est pas dr\u00f4le&nbsp;? Parce que Sabado revient sur la premi\u00e8re partie de la question, qui est, de fait, une affirmation servant d\u2019introduction \u00e0 la vraie question. Le NPA a effectivement \u00ab&nbsp;regard\u00e9 avec beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat les exp\u00e9riences de <em>Podemos<\/em> et de <em>Syriza<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas seulement le NPA qui s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 <em>Podemos<\/em> et <em>Syriza<\/em>, mais aussi le SU-CI, qui n\u2019apparait pas dans la r\u00e9ponse de Sabado, si ce n\u2019est sous une double forme, assez mystificatrice&nbsp;: celle \u00ab&nbsp;d\u2019amis&nbsp;\u00bb d\u2019une part&nbsp;; de \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb, d\u2019autre part. Amis de qui&nbsp;? Du NPA&nbsp;? De Sabado&nbsp;? Pourquoi ne pas dire ce qu\u2019est <em>Anticapitalistas<\/em>&nbsp;: la section du SU-CI en Espagne&nbsp;? Le \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb qui s\u2019int\u00e9grait dans <em>Podemos<\/em>, c\u2019\u00e9tait effectivement <em>Anticapitalistas<\/em>, mais plus largement le SU-CI, derri\u00e8re sa section espagnole. Ensuite, Sabado profite de l\u2019occasion pour faire savoir que, bien que \u00ab&nbsp;membre fondatrice&nbsp;\u00bb de <em>Podemos<\/em>, <em>Anticapitalistas<\/em> s\u2019est fait \u00ab&nbsp;virer&nbsp;\u00bb par Pablo Iglesias. A lire Sabado, on aurait presque envie de pleurer&nbsp;! Alors qu\u2019<em>Anticapitalistas<\/em> a aval\u00e9 bien des couleuvres, montrant tant de volont\u00e9 de construire <em>Podemos<\/em> et de coop\u00e9rer avec ses courants majoritaires, quelle injustice&nbsp;! Mais ce que Sabado, grand d\u00e9fenseur de la d\u00e9mocratie, ne dit \u00e9videmment pas, c\u2019est que ses \u00ab&nbsp;amis&nbsp;\u00bb d\u2019<em>Anticapitalistas<\/em> avaient exclu un courant militant en son sein, qui se montrait critique vis-\u00e0-vis de <em>Podemos.<\/em> Ce courant s\u2019est ensuite constitu\u00e9 en petit parti ind\u00e9pendant, sous le nom d\u2019IZAR (<em>Izquierda Anticapitalista Revolucionaria<\/em>). Le SU, malgr\u00e9 son attachement principiel \u00e0 la d\u00e9mocratie dans le parti \u2013 \u00e0 en croire Sabado \u2013 a dit \u00ab&nbsp;amen&nbsp;\u00bb \u00e0 la d\u00e9cision autoritaire d\u2019<em>Anticapitalistas<\/em>, et du coup, IZAR s\u2019est retrouv\u00e9 dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais surtout, en se concentrant sur l\u2019introduction \u00e0 la question du journaliste, Sabado trouve un moyen de ne pas r\u00e9pondre \u00e0 la question elle-m\u00eame. On ne saura pas si Sabado prendrait encore les exp\u00e9riences de <em>Syriza<\/em> et de <em>Podemos<\/em> en exemple\u2026 Dommage, cela aurait pu \u00eatre int\u00e9ressant&nbsp;! Peut-\u00eatre que Sabado aurait d\u00fb ramer un peu pour s\u2019expliquer. Mais le journaliste n\u2019insiste pas sur ce point.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>Quant \u00e0 Syriza\u2026<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L\u2019artifice utilis\u00e9 par Sabado pour ne pas r\u00e9pondre \u00e0 une question d\u00e9licate \u2013 celle du bilan de <em>Podemos<\/em> \u2013 lui permet de faire d\u2019une pierre, deux coups, et de ne pas avoir \u00e0 tirer des le\u00e7ons trop d\u00e9licates \u00e0 propos de <em>Syriza<\/em> \u00e9galement. Pour ce qui est de la Gr\u00e8ce, il d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nous avions aussi des camarades \u00e0 la direction de Syriza en Gr\u00e8ce. Notre projet \u00e9tait de construire un courant de gauche dans Syriza, une force critique qui p\u00e8se dans un mouvement potentiellement amen\u00e9 \u00e0 gouverner<\/em>&nbsp;\u00bb. On reste pantois&nbsp;en lisant cette r\u00e9ponse. Ce qui est assez hallucinant ici, c\u2019est que Sabado trouve le moyen de ne tirer aucune le\u00e7on du cataclysme qui a secou\u00e9 la Gr\u00e8ce. Pour un peu, il semblerait presque fier de la politique men\u00e9e, du fait qu\u2019il avait ces \u00ab&nbsp;camarades \u00e0 la direction de <em>Syriza<\/em>&nbsp;\u00bb, et du grandiose projet mentionn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, on sent que son cerveau a besoin de fuir la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019histoire r\u00e9elle. Le choix des mots ne compte pas pour rien. L\u2019expression utilis\u00e9e par Sabado, \u00ab&nbsp;un mouvement potentiellement amen\u00e9 \u00e0 gouverner&nbsp;\u00bb m\u00e9rite notre attention. Elle semble indiquer que cette hypoth\u00e8se d\u2019un gouvernement de <em>Syriza<\/em> est encore devant nous, que ce gouvernement n\u2019a pas exist\u00e9, que toute cette trag\u00e9die ne s\u2019est pas d\u00e9roul\u00e9e. Avant 2015, <em>Syriza<\/em> ETAIT un mouvement POTENTIELLEMENT amen\u00e9 \u00e0 gouverner. EN 2015, <em>Syriza<\/em> ETAIT EN TRAIN de gouverner. Fin 2022, <em>Syriza<\/em> AVAIT DEJA gouvern\u00e9. Ce passage par des \u00e9l\u00e9ments linguistiques de base semble s\u2019imposer ici. Rester dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u2019une hypoth\u00e8se, comme le fait Sabado, c\u2019est sans doute une fa\u00e7on de ne pas avoir \u00e0 tirer les le\u00e7ons de ce qui s\u2019est effectivement d\u00e9roul\u00e9, et qui est si douloureux&nbsp;! Donc il fuit, et sa tournure alambiqu\u00e9e signale un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9. Voil\u00e0 ce qui, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, prime dans la direction du SU-CI, et que nous d\u00e9non\u00e7ons tout au long de ces articles&nbsp;: un refus de regarder en face la politique qui a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e et le type d\u2019histoire qu\u2019elle a contribu\u00e9 \u00e0 produire. Poursuivons&nbsp;: quelle a \u00e9t\u00e9 la politique men\u00e9e par <em>Syriza<\/em>, et par sa \u00ab&nbsp;gauche&nbsp;\u00bb en 2015&nbsp;? Les lecteurs\/trices de <em>Mediapart<\/em> pourraient juger int\u00e9ressant d\u2019y revenir, peut-\u00eatre&nbsp;! Quelles le\u00e7ons en tire Sabado&nbsp;? Aucune, apparemment. Ou en tout cas, il ne veut pas en parler&nbsp;! Il pourrait user de la langue de bois, afficher une sorte d\u2019humilit\u00e9 euph\u00e9mique, d\u00e9clarer par exemple que\u2026 la politique men\u00e9e par le SU n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9e de tout le succ\u00e8s esp\u00e9r\u00e9\u2026 M\u00eame pas. L\u2019interview ne dira pas ce qui s\u2019est pass\u00e9 et les le\u00e7ons qu\u2019en ont tir\u00e9es Sabado et le SU. Ce qui est s\u00fbr, \u00e0 lire cette interview, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019en ont pas tir\u00e9 les bonnes le\u00e7ons, si toutefois ils en ont tir\u00e9es&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Effectivement, le projet de la direction du SU \u00e9tait bien celui qu\u2019indique Sabado, comme on l\u2019a dit plus haut. Et comme ce parti a \u00e9t\u00e9 (pas seulement \u00ab&nbsp;potentiellement&nbsp;\u00bb) amen\u00e9 \u00e0 gouverner, les groupes formant la \u00ab&nbsp;gauche de <em>Syriza<\/em>&nbsp;\u00bb, dont les supporters du SU, \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 participer au gouvernement de <em>Syriza<\/em> et\/ou \u00e0 le soutenir. Ce que ces groupes ont fait. Sabado se garde bien de signaler ici que le SU avait une section grecque, l\u2019OKDE-<em>Spartakos<\/em>, qui \u00e9tait oppos\u00e9e \u00e0 cette orientation, et qui d\u00e9fendait contre la direction du SU le maintien d\u2019une voie r\u00e9volutionnaire, notamment en participant \u00e0 l\u2019alliance anticapitaliste <em>Antarsya<\/em>. Contre la volont\u00e9 de sa section grecque, le SU a donc bricol\u00e9 une politique oppos\u00e9e \u00e0 celle-ci. Mais en reconnaissant ces faits, Sabado rendrait peut-\u00eatre moins cr\u00e9dibles ses propos insistants sur la d\u00e9mocratie comme valeur cardinale de son courant politique. Etait-ce d\u00e9mocratique \u2013 et m\u00eame simplement statutaire \u2013 de \u00ab&nbsp;<em>bypasser<\/em>&nbsp;\u00bb de la sorte l\u2019OKDE-<em>Spartakos<\/em>, sa section nationale, de l\u2019invisibiliser et, au lieu de la soutenir, de soutenir l\u2019intervention dans <em>Syriza<\/em> ?<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons \u00e0 nos lecteurs\/trices la politique alternative propos\u00e9e par la section grecque du SU et largement tue par celui-ci. <em>Antarsya<\/em> s\u2019\u00e9tait form\u00e9 en 2009, regroupant 10 organisations issues du mao\u00efsme et du trotskisme, dont l\u2019OKDE-<em>Spartakos<\/em>. <em>Antarsya<\/em> n\u2019avait obtenu que 0,36% des voix en 2009, puis 1,19% en 2012, victime du \u00ab&nbsp;vote utile&nbsp;\u00bb pour <em>Syriza<\/em> et n\u2019obtenant pas les 3% n\u00e9cessaires \u00e0 une repr\u00e9sentation au parlement. Contrairement \u00e0 <em>Syriza<\/em>, <em>Antarsya<\/em> avance, non seulement l\u2019annulation de la dette, mais aussi la nationalisation sous contr\u00f4le ouvrier des banques et des grandes entreprises, et, de fa\u00e7on coh\u00e9rente, exige la sortie de l\u2019euro et de l\u2019UE. <em>Antarsya<\/em> pr\u00f4ne l\u2019auto-organisation des luttes et la prise en main de celles-ci par les travailleurs\/ses. Au sein d\u2019<em>Antarsya<\/em>, l\u2019OKDE-<em>Spartakos<\/em> va encore plus loin et d\u00e9fend la prise du pouvoir par les travailleurs\/euses, l\u2019expropriation pure et simple des banques et grandes soci\u00e9t\u00e9s capitalistes&nbsp;; et, au-del\u00e0 de l\u2019UE, la rupture avec la totalit\u00e9 des institutions bourgeoises. Une orientation r\u00e9volutionnaire, qui s\u2019oppose de fa\u00e7on tr\u00e8s nette aux positions floues et mollassonnes du SU et de la gauche de <em>Syriza<\/em>. Mais au lieu de d\u00e9battre de fa\u00e7on scrupuleuse et fraternelle avec l\u2019OKDE-<em>Spartakos<\/em>, la majorit\u00e9 du SU va chercher \u00e0 l\u2019invisibiliser, puis \u00e0 la calomnier&nbsp;! Pour les \u00e9lections parlementaires de mai 2012, la direction du SU ne soutient pas sa section grecque, elle ne la consulte m\u00eame pas, elle la boycotte. Ne parvenant ni \u00e0 convaincre, ni \u00e0 contraindre l\u2019OKDE-<em>Spartakos<\/em> \u00e0 s\u2019allier \u00e0 <em>Syriza<\/em>, et vu que la section grecque du SU est d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e dans <em>Antarsya<\/em>, le SU d\u00e9cide de soutenir <em>Syriza<\/em> et de suivre, contre le choix de sa section, les militant.es qui se retrouvent dans <em>Syriza<\/em>, leur offrant un statut de sympathisant.es du SU. Contre ce coup de force, l\u2019OKDE-<em>Spartakos<\/em> \u00e9met des protestations et pr\u00e9vient de fa\u00e7on clairement politique&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il est clair que les objectifs politiques de SYRIZA demeurent d\u00e9finitivement dans le cadre du capitalisme et de la d\u00e9mocratie bourgeoise&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant plusieurs ann\u00e9es, jusqu\u2019au tremblement de terre du 13 juillet 2015 \u2013 et sans doute au-del\u00e0 \u2013 les dirigeant.es du SU, sourds \u00e0 cet avertissement \u00f4 combien lucide, et emp\u00e9tr\u00e9.es dans ce qui fonctionnait maintenant clairement comme un dogme \u2013 rester dans le cadre politique des partis larges&nbsp;\u2013 se sont comport\u00e9.es de fa\u00e7on sectaire et malhonn\u00eate, poussant le bouchon jusqu\u2019\u00e0 traiter les militant.es de l\u2019OKDE-<em>Spartakos<\/em> de contre-r\u00e9volutionnaires&nbsp;! Un comble&nbsp;! Et un vilain relent d\u2019insulte stalinienne, de la part des \u00ab&nbsp;trotskistes&nbsp;\u00bb de LA 4<sup>e<\/sup> Internationale&nbsp;! Les dirigeant.es du SU n\u2019ont pas, par contre, \u00e9t\u00e9 avares de louanges vis-\u00e0-vis de <em>Syriza,<\/em> longtemps pr\u00e9sent\u00e9e par elles et eux comme un mod\u00e8le d\u2019organisation \u00ab&nbsp;anti-aust\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb. Les inventifs\/ves penseurs\/ses \u00e0 la t\u00eate du SUQI sont m\u00eame all\u00e9.es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9senter le gouvernement de <em>Syriza<\/em> form\u00e9 en 2015 comme un \u00ab&nbsp;gouvernement anti-aust\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb. Un concept bien peu marxiste, \u00e0 dire vrai, et qui n\u2019a m\u00eame pas pris six mois \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler sa totale vacuit\u00e9. Ce concept flasque visait \u00e0 la fois \u00e0 apporter une justification \u00e0 bon compte \u00e0 l\u2019opportunisme sans rivage du SU et \u00e0 camoufler la \u00ab&nbsp;d\u00e9-radicalisation&nbsp;\u00bb r\u00e9elle de <em>Syriza<\/em> avant m\u00eame janvier 2015, et ses reculs progressifs face \u00e0 la tro\u00efka jusqu\u2019au cataclysme de juillet 2015. De m\u00eame, l\u2019alliance de <em>Syriza<\/em> avec le parti bourgeois ANEL n\u2019a pas attir\u00e9 l\u2019attention et les critiques n\u00e9cessaires des penseurs\/ses anti-aust\u00e9ritaires de choc \u00e0 la t\u00eate du SU.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 une partie au moins de ce que les lecteurs\/trices de <em>Mediapart<\/em> n\u2019auront pas eu l\u2019heur d\u2019apprendre de l\u2019interview de Sabado. Une r\u00e9alit\u00e9 bien lamentable, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des semi-fanfaronnades et des \u00ab&nbsp;trous de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb par trop opportuns de celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sabado et l\u2019\u00e9clatement du NPA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais le c\u0153ur de l\u2019interview tourne logiquement autour du NPA et de son \u00e9clatement. Il revient d\u2019abord sur les conditions de formation du NPA, suite aux succ\u00e8s \u00e9lectoraux de Besancenot et de la dynamique qui existait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>des milliers de gens viennent \u00e0 nous, mais ils sont dubitatifs et la Ligue reste \u00e0 3&nbsp;500 militants. On sentait qu\u2019il y avait un courant qui d\u00e9passait la Ligue, mais qui ne restait pas. Il fallait le cristalliser<\/em>&nbsp;\u00bb. Il ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On s\u2019est alors dit que le moment \u00e9tait venu d\u2019un nouveau parti<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>Sabado analyse \u00e0 sa fa\u00e7on l\u2019\u00e9chec du NPA<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L\u2019autocritique de Sabado porte, non pas sur le bien-fond\u00e9 de cette d\u00e9marche, mais sur une sorte d\u2019abc\u00e8s de fixation sur le nouveau parti et lui seul. Il d\u00e9clare exactement, \u00e0 propos du lancement du NPA&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>on a tutoy\u00e9 les 10&nbsp;000 cartes, c\u2019\u00e9tait un joyeux bordel, il y avait une vraie dynamique<\/em>&nbsp;\u00bb. Voil\u00e0 pour l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de la direction de la LCR en 2007-2009, et le rappel de ce bon vieux temps. C\u2019est la suite du propos de Sabado, qui se veut autocritique, et qui est moins claire. Il ajoute aussit\u00f4t&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nous avons fait une erreur de contournement, de substitutisme&nbsp;: l\u2019important \u00e9tait de f\u00e9d\u00e9rer autour de nous. Du coup, nous n\u2019avons pas vu venir l\u2019initiative de M\u00e9lenchon<\/em>&nbsp;\u00bb. Tentons de d\u00e9crypter&nbsp;: on comprend que pour Sabado, le lancement du NPA \u00e9tait une bonne chose, mais qu\u2019il fallait ne pas se focaliser sur le seul nouveau parti, mais regarder plus largement autour. Il pr\u00e9cise ailleurs : \u00ab&nbsp;<em>aux questions pos\u00e9es par la nouvelle \u00e9poque, cette r\u00e9ponse conjoncturelle du nouveau parti n\u2019\u00e9tait pas suffisante. On s\u2019est tromp\u00e9s de perspective. Ce qui se passait autour des campagnes Besancenot en 2002 et en 2007 ne pouvait pas constituer le nouveau parti, \u00e7a ne pouvait \u00eatre qu\u2019un segment. Mais il fallait bouger&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, l\u2019erreur de \u00ab&nbsp;perspective&nbsp;\u00bb, c\u2019est d\u2019avoir pris le segment pour le tout. En d\u2019autres termes, ce qui s\u2019est construit avec le NPA, ce ne pouvait \u00eatre qu\u2019une partie d\u2019un tout \u2013 ce que n\u2019ont alors pas compris Sabado et les autres fondateurs\/trices du NPA \u2013 mais le reste de ce tout a manqu\u00e9. Qu\u2019\u00e9tait-ce donc que le reste de ce tout&nbsp;? Sabado donne ces nouveaux \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je pense toujours que nous avons eu raison de lancer le NPA pour d\u00e9passer la Ligue. Mais on a pens\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0, il fallait tout reconstruire autour du NPA. Le probl\u00e8me des alliances devenait second. C\u2019\u00e9tait un cours triomphaliste du NPA. Cette tendance \u00e0 vouloir se substituer aux forces politiques de gauche n\u2019a pas march\u00e9. C\u2019est l\u00e0 que les probl\u00e8mes ont commenc\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. On arrive ici au c\u0153ur de la r\u00e9ponse de Sabado. C\u2019est l\u2019id\u00e9e que le NPA n\u2019aurait pas d\u00fb \u00ab&nbsp;se substituer&nbsp;\u00bb aux autres forces politiques de gauche, et qu\u2019il fallait \u00e9laborer des alliances. Sabado, en quelque sorte, critique une grenouille-NPA qui voulait se faire aussi grosse que le b\u0153uf. Mais de quel gros bovin s\u2019agissait-il exactement&nbsp;? Etait-ce toute la gauche&nbsp;? L\u2019ensemble de la gauche moins la gauche social-lib\u00e9rale&nbsp;? Connaissant les fondamentaux du NPA, sur lesquels nous sommes revenus dans le deuxi\u00e8me article de cette s\u00e9rie, on penche pour cette derni\u00e8re r\u00e9ponse. La conclusion qui s\u2019impose \u00e0 la lecture de tout ceci, c\u2019est donc que le NPA aurait d\u00fb sortir de ce \u00ab&nbsp;cours triomphaliste&nbsp;\u00bb en int\u00e9grant le Front de gauche&nbsp;? Sabado refuse de le dire aussi nettement, mais au fond c\u2019est ce qu\u2019il pense.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs le sens de la question que pose M. Dejean imm\u00e9diatement apr\u00e8s&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Un courant de la LCR, celui de Christian Picquet et de Francis Sitel, estimait \u00e0 l\u2019\u00e9poque qu\u2019il fallait regrouper non seulement les anticapitalistes, mais aussi des courants issus de la crise du PS et du PC\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb. Sabado r\u00e9torque&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019\u00e9tait le point de v\u00e9rit\u00e9 de leur argumentation. Le point faux, c\u2019est qu\u2019on s\u2019acheminait vers une nouvelle \u00e9poque, et que les appareils traditionnels entraient en crise \u2013 ce que la suite a prouv\u00e9. Cette orientation vers les vieux appareils traditionnels du mouvement ouvrier \u00e9tait une erreur. La n\u00f4tre a \u00e9t\u00e9 une erreur de contournement, de substitutisme<\/em>&nbsp;\u00bb. Autrement dit, pour Sabado, le courant de Picquet et Sitel, qui allait quitter le NPA seulement au bout de quelques mois, en juin 2009, avait en partie raison, mais aussi en partie tort, en ce qu\u2019il concevait trop la recomposition du mouvement ouvrier en fonction des vieux appareils (comme le PCF). A lire cela, connaissant les tensions entre ce courant et la direction de la LCR dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, on per\u00e7oit que Sabado refuse d\u2019avoir l\u2019air trop d\u2019accord avec Picquet et Sitel\u2026 Mais au fond, Sabado semble vraiment regretter d\u2019avoir loup\u00e9 le coche du lancement du Front de gauche par le PG de M\u00e9lenchon et PCF&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ils sont apparus comme unitaires, l\u00e0 o\u00f9 nous avions refus\u00e9 de l\u2019\u00eatre. J\u2019ai une responsabilit\u00e9 l\u00e0-dedans<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u00e0 ce qui est au c\u0153ur de la seule autocritique qu\u2019on trouvera dans l\u2019interview de Sabado. Elle ne va vraiment pas dans le bon sens&nbsp;: elle signifie que Sabado, encore bien plus opportuniste maintenant qu\u2019il ne l\u2019\u00e9tait en 2009, regrette d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 insuffisamment droitier alors.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ajoute encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le NPA ne pouvait pas \u00eatre la r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un nouveau parti. Ce ne pouvait \u00eatre qu\u2019une r\u00e9ponse partielle. On a perdu beaucoup de militants. Nous avons \u00e9t\u00e9 sous la pression de l\u2019offensive politique du PCF et de M\u00e9lenchon&nbsp;<\/em>\u00bb. On se demande ici&nbsp;ce que Sabado refuse de dire clairement : aurait-il fallu contrer cette offensive en y c\u00e9dant&nbsp;? Dit autrement&nbsp;: aurait-il fallu faire d\u00e8s 2009 ce que le NPA \u00ab&nbsp;canal historique&nbsp;\u00bb (PfB) fait maintenant avec LFI&nbsp;? Il est \u00e9vident que c\u2019est l\u00e0 ce que pense Sabado, et avec lui la direction actuelle du CI. D\u2019autant plus qu\u2019il dit de M\u00e9lenchon et de sa campagne de 2022&nbsp;: \u00e0 part la divergence \u00e0 propos de l\u2019Ukraine, \u00ab&nbsp;<em>il a fait une bonne campagne et a eu une bonne intuition avec la Nupes. Les conditions n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9unies pour que le NPA en fasse partie, mais politiquement, c\u2019est ce vers quoi il fallait s\u2019orienter. C\u2019est \u00e9vident que c\u2019\u00e9tait positif<\/em>&nbsp;\u00bb. Au fond, quand Sabado dit la NUPES, \u00e7a va dans le bon sens, ne dit-il pas \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose que ce que disaient Picquet et Sitel en 2009&nbsp;? Voire pire&nbsp;: dans la NUPES, il y a le PS, un parti bourgeois de sinistre m\u00e9moire, qui a cass\u00e9 tant d\u2019acquis sociaux, privatis\u00e9 tant d\u2019entreprises publiques, etc. et dont m\u00eame les courants les plus droitiers de la LCR et du NPA ont toujours voulu se d\u00e9marquer\u2026<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>L\u2019avenir de l\u2019ex-NPA selon Sabado<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Mathieu Dejean demande \u00e0 Sabado&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Que va devenir la moiti\u00e9 du NPA avec Olivier Besancenot et Philippe Poutou&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb. Observons que le journaliste semble se moquer int\u00e9gralement de l\u2019autre moiti\u00e9&nbsp;!&#8230; Il a certainement sur ce point la m\u00eame approche que Sabado, qui ne veut voir dans les courants de gauche du NPA que des \u00ab&nbsp;sectes&nbsp;\u00bb. Sa r\u00e9ponse, gu\u00e8re surprenante, est la suivante&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Je l\u2019ignore, mais dans la situation g\u00e9n\u00e9rale de changement d\u2019\u00e9poque pour la gauche et la gauche r\u00e9volutionnaire, compte tenu du danger que repr\u00e9sente l\u2019extr\u00eame droite lib\u00e9ralo-fasciste, il faut qu\u2019il se vive comme un courant marxiste r\u00e9volutionnaire, d\u00e9mocratique et unitaire. Et unitaire pour 1&nbsp;000&nbsp;! Le NPA, avec d\u2019autres, a un r\u00f4le dans la construction d\u2019une nouvelle force politique&nbsp;<\/em>\u00bb. Unitaire pour 1000&nbsp;? Mais pour faire quoi&nbsp;? Le vocable d\u2019\u00ab&nbsp;unitaire&nbsp;\u00bb, \u00e9l\u00e9ment de langage v\u00e9n\u00e9r\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du SU-CI, a presque toujours pour fonction de brouiller les pistes, comme on l\u2019a signal\u00e9 dans les deux premiers articles de cette s\u00e9rie. Unitaire, comment&nbsp;? Rassembler pour favoriser l\u2019ampleur des luttes \u00e0 mener, dans un cadre de front unique, notamment face aux dangers de cette extr\u00eame droite, un vrai parti r\u00e9volutionnaire le ferait aussi. Mais on voit ressurgir la vieille embrouille \u00ab&nbsp;unitariste&nbsp;\u00bb&nbsp;: il s\u2019agit de cr\u00e9er \u00ab&nbsp;une nouvelle force politique&nbsp;\u00bb. Sur quel programme&nbsp;? On connait trop bien&nbsp;la r\u00e9ponse : ce sera n\u00e9cessairement une force politique plus \u00e0 droite que le NPA. Sinon, pourquoi la PfB aurait-elle tant tenu \u00e0 rompre avec les courants de gauche du NPA&nbsp;? Sera-ce un parti au r\u00e9formisme assum\u00e9&nbsp;? Ou pas encore tout \u00e0 fait&nbsp;? Nous verrons bien, mais voil\u00e0 ce vers quoi les grand.es strat\u00e8ges du CI et de la PfB veulent se diriger.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une Internationale compl\u00e8tement \u00e0 la d\u00e9rive<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>Le SU-CI plus \u00e0 droite que le NPA<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif d\u2019un rapprochement avec LFI est clairement ce qui est en jeu. Un rapprochement politique de toute fa\u00e7on, et organisationnel aussi. Mais sur ce point ni Sabado ni les scissionnistes de la PfB ne semblent avoir de projet pr\u00e9cis \u00e0 ce jour. C\u2019est si vrai que Sabado \u00e9prouve le besoin de gommer encore plus les fronti\u00e8res entre la droite scissionniste du NPA et le parti de M\u00e9lenchon. Il d\u00e9clare notamment dans l\u2019interview&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Dans la derni\u00e8re campagne, la divergence avec M\u00e9lenchon portait sur l\u2019Ukraine&nbsp;<\/em>\u00bb. Certes, tout le monde a pu constater la divergence entre Poutou et M\u00e9lenchon sur cette question. Certes, il ne s\u2019agit ici que des th\u00e8mes d\u2019une campagne \u00e9lectorale, et pas des partis en g\u00e9n\u00e9ral. Mais dire que c\u2019\u00e9tait la seule divergence est de nature \u00e0 agacer m\u00eame les \u00e9l\u00e9ments les plus droitiers du NPA \u00ab&nbsp;canal historique&nbsp;\u00bb, car ceux-ci restent, malgr\u00e9 tout, fiers de leur identit\u00e9 politique. Mais ailleurs, Sabado insiste sur l\u2019importance de la d\u00e9mocratie, temp\u00e9rant la pr\u00e9c\u00e9dente affirmation&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est un des probl\u00e8mes avec Jean-Luc M\u00e9lenchon, ainsi que la question internationale&nbsp;<\/em>\u00bb. Mais il est oblig\u00e9 de relativiser son propos&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>notre fonctionnement d\u00e9mocratique n\u2019\u00e9tait pas sup\u00e9rieur aux autres \u2013 nos r\u00e9cents d\u00e9boires en t\u00e9moignent \u2013 mais, pour continuer le combat, il faut int\u00e9grer cette question<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_edn9\" id=\"_ednref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"148\" height=\"258\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/NPA5_3.jpg?resize=148%2C258&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-71022\" data-recalc-dims=\"1\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Si on lit, ou relit, le programme de ce qu\u2019\u00e9tait la LCR en 1977<a href=\"#_edn10\" id=\"_ednref10\">[10]<\/a>, et qu\u2019on en compare le contenu avec les propos actuels de Sabado \u2013 qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque un des dirigeants de la LCR \u2013 on est atterr\u00e9 par la distance parcourue de la gauche vers la droite. Quelle d\u00e9gringolade&nbsp;! Quelle d\u00e9confiture&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>On constate finalement que Sabado \u2013 et le SU-CI avec lui \u2013 est plus \u00e0 droite que m\u00eame la plus grande partie de la PfB scissionniste du NPA. Et cela n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant si l\u2019on sait que dans la section fran\u00e7aise du CI actuel, on trouve des adh\u00e9rent.es appartenant au NPA, mais d\u2019autres aussi \u00e0 LFI (via \u00ab&nbsp;Ensemble&nbsp;!&nbsp;\u00bb puis aujourd\u2019hui la GES, Gauche Ecosocialiste)<a href=\"#_edn11\" id=\"_ednref11\">[11]<\/a>. Tout ce petit monde dans le m\u00eame bain&nbsp;! On sent venir de fa\u00e7on imminente \u2013 \u00e0 moins que ce ne soit d\u00e9j\u00e0 fait \u2013 d\u2019\u00e9mouvantes retrouvailles avec celles et ceux de la GA (qui ont tent\u00e9 de piquer la caisse du NPA en 2012 pour s\u2019en servir dans le FdG)&nbsp;! Au c\u0153ur du projet de nouvelle force politique en France, dans la mouvance id\u00e9ologique du SU-CI, il y a en tout premier lieu, bien s\u00fbr, le rapprochement entre les membres du SU-CI au NPA et celles et ceux qui l\u2019ont quitt\u00e9 et\/ou se retrouvent aujourd\u2019hui \u00e0 la GES et LFI. Ces courants droitiers sont depuis lors devenus clairement r\u00e9formistes, m\u00eame s\u2019ils aiment \u00e0 se parer de vertus \u00ab&nbsp;\u00e9cosocialistes&nbsp;\u00bb, f\u00e9ministes etc. Ce rapprochement entre ancien.nes et nouveaux\/elles opportunistes en rupture de NPA a commenc\u00e9&nbsp;: cela se constate d\u00e9j\u00e0 notamment dans des manifestations. Il implique forc\u00e9ment des \u00e9l\u00e9ments programmatiques et strat\u00e9giques plus \u00e0 droite que ce qu\u2019\u00e9tait le NPA, m\u00eame dans sa version PfB. Il n\u2019est con\u00e7u que comme une premi\u00e8re \u00e9tape \u2013 qui prendra quelles formes, \u00e0 quels rythmes, nous l\u2019ignorons encore \u2013 vers un regroupement plus large, et sans doute encore plus \u00e0 droite, car on voit mal, \u00e0 ce niveau, qui, si on scrute vers la gauche, pourrait \u00eatre int\u00e9ress\u00e9 par cette cuisine.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019il faut retenir, en tout cas, c\u2019est que le SU-CI est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de toute cette \u00e9volution droiti\u00e8re et que son influence dans le NPA n\u2019est pas pour rien dans l\u2019\u00e9clatement qui vient d\u2019avoir lieu.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>De nouvelles catastrophes pr\u00e9visibles<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 donc ce qui se profile \u00e0 court terme du c\u00f4t\u00e9 du NPA \u00ab&nbsp;canal historique&nbsp;\u00bb. Pour notre part, nous pensons qu\u2019un pas qualitatif a \u00e9t\u00e9 franchi, sorte de m\u00e9tamorphose par laquelle la quantit\u00e9 se mue en qualit\u00e9, et cette \u00e9volution vers la droite confirme qu\u2019il vain d\u2019esp\u00e9rer que le SU-CI, et en son sein le courant de la PfU, puisse retrouver un jour un cours vraiment r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>On a d\u2019ailleurs toutes les raisons d\u2019\u00eatre plus qu\u2019inquiet \u00e0 propos du devenir du PSOL au Br\u00e9sil, qui s\u2019est unifi\u00e9 sur le principe d\u2019un soutien au gouvernement Lula-Alckmin, avec participation de membres du parti au gouvernement<a href=\"#_edn12\" id=\"_ednref12\">[12]<\/a>. Quand on sait que le CI reconnait aujourd\u2019hui quatre sections au Br\u00e9sil \u2013 <em>Comuna<\/em>, <em>Insurg\u00eancia<\/em>, <em>Subverta<\/em>, et le MES \u2013 toutes pr\u00e9sentes int\u00e9grantes du PSOL<a href=\"#_edn13\" id=\"_ednref13\">[13]<\/a>, et est aussi en discussion avec d\u2019autres, on ne peut que constater que le SU-CI, vingt ans apr\u00e8s le pourrissement de la DS, n\u2019en a tir\u00e9 aucune le\u00e7on salutaire. On a toutes les raisons de s\u2019alarmer de l\u2019\u00e9volution du PSOL, parti aujourd\u2019hui r\u00e9formiste incluant des \u00e9l\u00e9ments centristes. Avec un tel positionnement, de nouvelles catastrophes, pas seulement dans les id\u00e9es, mais dans les faits, sont \u00e0 attendre au Br\u00e9sil.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, il est fort \u00e0 craindre que la strat\u00e9gie funeste adopt\u00e9e par le SU en 1995 continue d\u2019apporter son lot de calamit\u00e9s, de naufrages politiques et de trahisons de classe, ailleurs encore qu\u2019en France et au Br\u00e9sil. Esp\u00e9rons, dans l\u2019imm\u00e9diat, qu\u2019en France et au Br\u00e9sil au moins, le plus possible de militant.es individuellement, voire de petits courants \u2013 il n\u2019est gu\u00e8re r\u00e9aliste d\u2019esp\u00e9rer plus \u2013 prennent conscience de tout ce g\u00e2chis politique et militant et rompent avec le SU et sa d\u00e9marche calamiteuse.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li><strong>Rompre avec le SU-CI, construire des partis et une internationale r\u00e9volutionnaires<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te, par la mise en \u0153uvre du changement strat\u00e9gique et des orientations d\u00e9cid\u00e9es par le SU en 1995, a eu un effet r\u00e9troactif parfaitement d\u00e9plorable sur le SU-CI lui-m\u00eame et ses sections. Les exp\u00e9riences analys\u00e9es dans cette s\u00e9rie d\u2019articles ont elles-m\u00eames contribu\u00e9 \u00e0 faire du SU-CI, non plus une organisation r\u00e9volutionnaire, mais un regroupement international domin\u00e9 par une d\u00e9marche r\u00e9formiste, o\u00f9 l\u2019on trouve encore des \u00e9l\u00e9ments centristes (mais ceux-ci sont minoritaires et sont happ\u00e9s par la dynamique g\u00e9n\u00e9rale). Cette mouvance politique et organisationnelle totalement \u00e0 la d\u00e9rive refuse obstin\u00e9ment de tirer les le\u00e7ons, engrange \u00e9checs sur cataclysmes, dans une spirale descendante qui ne semble pas devoir s\u2019arr\u00eater. Sa d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence est un processus qui s\u2019autoalimente, s\u2019amplifie et, sans doute, s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, dans le sens d\u2019un naufrage complet, beaucoup plus visible de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce courant international, le NPA devait \u00eatre un parti large. D\u2019ailleurs, certains dirigeant.es du SU dans le NPA en gestation n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 expliquer que le nouveau parti n\u2019\u00e9tait pas con\u00e7u comme un parti pour la prise du pouvoir. Mais si on ne construit pas un parti \u00ab&nbsp;pour la prise du pouvoir&nbsp;\u00bb, que construit-on, si ce n\u2019est un parti qui ne pourra ni ne voudra faire la r\u00e9volution socialiste&nbsp;? Si ce parti ne prend pas le pouvoir, qui le prendra&nbsp;? Ou plut\u00f4t qui le gardera&nbsp;? La r\u00e9ponse est tristement claire&nbsp;: la bourgeoisie&nbsp;! Tout cela a une coh\u00e9rence interne diabolique&nbsp;: c\u2019est parce que le SU-CI a cess\u00e9 de croire \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 de la r\u00e9volution socialiste qu\u2019il a adopt\u00e9 le principe de partis non con\u00e7us pour la prise du pouvoir par le prol\u00e9tariat, et il maintient cette orientation, qui \u00e9loigne toujours plus de la prise du pouvoir, report\u00e9e aux calendes grecques\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La politique de dilution avec le r\u00e9formisme est calamiteuse. Elle englue des militant.es, au d\u00e9part r\u00e9volutionnaires sinc\u00e8res, dans des partis ou des fronts incapables d\u2019aider les travailleurs\/ses \u00e0 avancer vers la prise du pouvoir, car ce n\u2019est pas l\u2019objectif de ces forces politiques. Lorsque certain.es en leur sein s\u2019en rendent compte, c\u2019est trop tard, la d\u00e9faite est consomm\u00e9e (comme avec <em>Syriza<\/em>)&nbsp;; et\/ou le parti a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en un appareil pour opportunistes et politiciens professionnels perdus \u00e0 jamais pour la r\u00e9volution (<em>Bloco<\/em>). Le CI n\u2019en tire aucune le\u00e7on s\u00e9rieuse et honn\u00eate. Et \u2013 quel dommage pour lui, semble-t-il&nbsp;! \u2013 le NPA n\u2019avait pas pu, jusqu\u2019ici, \u00eatre d\u00e9finitivement frapp\u00e9 par les maladies d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives mortelles qui ont terrass\u00e9, comme parti de l\u2019espoir populaire, le PT (et sa section la DS)&nbsp;; tu\u00e9 le PRC et gravement handicap\u00e9e le SU en Italie&nbsp;; fait pourrir le <em>Bloco<\/em> et le SU-CI lui-m\u00eame au Portugal&nbsp;; laiss\u00e9 en Allemagne v\u00e9g\u00e9ter et s\u2019\u00e9tioler sans perspective l\u2019ISO, embourb\u00e9e dans un parti large, <em>Die Linke<\/em>, lui-m\u00eame en crise&nbsp;; conduit <em>Syriza<\/em> \u00e0 la capitulation et \u00e0 la trahison de classe, menant \u00e0 l\u2019impuissance \u2013 voire la complicit\u00e9 \u2013 ses courants de gauche, dont ceux en lien avec le SU-CI&nbsp;; et d\u00e9bouch\u00e9 sur la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence rapide et profond\u00e9ment d\u00e9courageante de <em>Podemos<\/em>, larguant <em>Anticapitalistas<\/em> comme on jette sur le bas-c\u00f4t\u00e9 de la route une roue de secours d\u00e9j\u00e0 crev\u00e9e. Le NPA \u00e9tait un parti en crise mais son \u00e9volution lui avait \u00e9pargn\u00e9 les turpitudes r\u00e9sum\u00e9es ci-dessus. C\u2019est pourquoi il a \u00e9t\u00e9 poignard\u00e9 dans le dos par son \u00ab&nbsp;canal historique&nbsp;\u00bb. Le NPA, fiert\u00e9 du SU au d\u00e9but, \u00e9tait devenu pour lui un contre-exemple, un parti large rat\u00e9&nbsp;! L\u2019op\u00e9ration r\u00e9alis\u00e9e par Poutou, Besancenot, Poupin et consorts \u00ab&nbsp;normalise&nbsp;\u00bb donc la situation du NPA, en particulier par rapport aux autres sections europ\u00e9ennes du SU-CI, et \u00e0 la volont\u00e9 de sa direction internationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme disait Einstein, \u00ab&nbsp;<em>LA FOLIE, c\u2019est de toujours faire la m\u00eame chose et de s\u2019attendre \u00e0 un r\u00e9sultat diff\u00e9rent&nbsp;<\/em>\u00bb. La politique de l\u2019union avec les r\u00e9formistes et des partis larges ne cesse de prouver son caract\u00e8re calamiteux. Mais il semble que pour le SU-CI, il faille la poursuivre \u00e0 tout prix&nbsp;et partout ! La direction du SU-CI est-elle donc folle, ainsi que celle de la PfB&nbsp;? A en croire Einstein, on pourrait le penser. Mais le psychologisme n\u2019est pas d\u2019une grande aide ici. A quoi est due une telle pers\u00e9v\u00e9rance dans l\u2019\u00e9chec&nbsp;? Cela m\u00e9riterait une \u00e9tude plus compl\u00e8te et plus d\u00e9taill\u00e9e. Mais dans l\u2019imm\u00e9diat, pensons \u00e0 organiser travailleurs\/ses et opprim\u00e9.es sur une base r\u00e9volutionnaire claire, et incitons celles et ceux qui sont encore dans la mouvance du SU-CI \u00e0 quitter cette p\u00e9taudi\u00e8re&nbsp;pour construire des partis et une internationale qui n\u2019ont pas renonc\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution !<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref1\" id=\"_edn1\">[1]<\/a> <strong>Le Secr\u00e9tariat Unifi\u00e9 de la 4<sup>e<\/sup> Internationale (SU ou SUQI<\/strong>, courant historique incarn\u00e9 par Ernest Mandel puis Daniel Bensa\u00efd), a pris plus r\u00e9cemment le nom de <strong>Comit\u00e9 International (CI)<\/strong>. Ce courant parle de lui comme \u00e9tant LA 4<sup>e<\/sup> Internationale, ce qui est bien s\u00fbr contest\u00e9 par les autres courants internationaux se r\u00e9clamant du trotskisme. Cette pr\u00e9tention du SU-CI est d\u2019autant plus frauduleuse que ce sont des pans entiers du trotskisme qui ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s par-dessus bord, depuis fort longtemps dans la pratique, mais tout particuli\u00e8rement apr\u00e8s 1995 dans la th\u00e9orie. Avec les cons\u00e9quences des choix de construction&nbsp;faits en faveur des partis larges, ou fronts politiques, des r\u00e9volutionnaires, r\u00e9el.les ou pr\u00e9tendu.es, et des r\u00e9formistes assum\u00e9.es. Une lourde erreur qui a montr\u00e9 \u00e0 quelles d\u00e9b\u00e2cles elle conduisait. En ne prenant que des exemples assez r\u00e9cents, on pense ici, en particulier, \u00e0 la d\u00e9b\u00e2cle de <em>Rifondazione<\/em> en Italie, au naufrage de <em>Syriza<\/em> en Gr\u00e8ce en 2015 (dont nous disons plus bas quelques mots), \u00e0 la \u00ab&nbsp;normalisation&nbsp;\u00bb de <em>Podemos<\/em> en Espagne, et \u00e0 l\u2019int\u00e9gration du <em>Bloco de Esquerda<\/em> dans les institutions bourgeoises au Portugal.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref2\" id=\"_edn2\">[2]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/politique\/241222\/scission-du-npa-un-changement-d-epoque-pour-la-gauche-revolutionnaire\">https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/politique\/241222\/scission-du-npa-un-changement-d-epoque-pour-la-gauche-revolutionnaire<\/a>. Toutes les citations de F. Sabado et de M. Dejean dans le pr\u00e9sent article sont issues de cette interview.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref3\" id=\"_edn3\">[3]<\/a> C\u2019est le cas au Royaume-Uni, par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref4\" id=\"_edn4\">[4]<\/a> Dans une interview \u00e0 <em>Lib\u00e9ration<\/em>, Poutou r\u00e9pond ainsi \u00e0 la question de l\u2019identit\u00e9 politique et partisane&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong><em>Continuez-vous de vous r\u00e9clamer du trotskisme ? Et de l\u2019extr\u00eame gauche ? <\/em><\/strong><em>Je ne le revendique plus. Le trotskisme, c\u2019est du marxisme, mais \u00e0 une \u00e9poque tr\u00e8s particuli\u00e8re qui correspond \u00e0 la lutte antistalinienne. Aujourd\u2019hui, on n\u2019est plus du tout l\u00e0-dedans. Le NPA n\u2019est pas un parti trotskiste. On n\u2019a pas compl\u00e8tement r\u00e9ussi ce qu\u2019on voulait faire, mais notre ambition de d\u00e9part \u00e9tait de construire un parti qui r\u00e9unisse diff\u00e9rentes traditions militantes : des libertaires, des trotskistes, des communistes r\u00e9volutionnaires\u2026 L\u2019\u00e9tiquette extr\u00eame gauche ne me g\u00eane pas, mais je pr\u00e9f\u00e8re me dire anticapitaliste ou r\u00e9volutionnaire. Apr\u00e8s, cela voudrait dire que nous sommes les plus \u00e9loign\u00e9s de l\u2019extr\u00eame droite sur l\u2019\u00e9chiquier. Ce n\u2019est pas pour me d\u00e9plaire<\/em><strong>&nbsp;<\/strong>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref5\" id=\"_edn5\">[5]<\/a> M. Dejean formule la question suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pourtant, contrairement \u00e0 certaines fractions qui ont conduit \u00e0 l\u2019\u00e9clatement du NPA aujourd\u2019hui, d\u00e8s 1968 la JCR s\u2019est distingu\u00e9e des organisations d\u2019extr\u00eame gauche par le fait qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas dogmatique&nbsp;<\/em>\u00bb. On sent bien ici que Sabado a un interviewer tout conquis&nbsp;! Mais, en n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 faire porter la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9clatement du NPA sur ces fractions, le journaliste en question ne fait que reprendre sans aucun recul le discours du \u00ab&nbsp;canal historique&nbsp;\u00bb du NPA, et il ne fait pas de la bonne information. Nous avons insist\u00e9 dans l\u2019article 1 de cette s\u00e9rie sur la fa\u00e7on dont la rupture s\u2019est r\u00e9ellement produite. Ensuite, il faudrait bien pr\u00e9ciser ce que veut dire ne pas \u00eatre dogmatique. Qu\u2019est-ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme un dogme \u2013 et qui ne l\u2019est pas forc\u00e9ment \u2013 et quels dogmes faut-il \u00e9viter&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref6\" id=\"_edn6\">[6]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-lignes-2008-1-page-83.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-lignes-2008-1-page-83.htm<\/a> &#8211; Nouvelle p\u00e9riode, nouveau programme, nouveau parti. Daniel Bensa\u00efd, M. Surya. Dans Lignes 2008\/1 (n\u00b0&nbsp;25), pages 83 \u00e0 101.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref7\" id=\"_edn7\">[7]<\/a> Idem.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref8\" id=\"_edn8\">[8]<\/a> \u00ab&nbsp;The Full Monty&nbsp;\u00bb (Le Grand Jeu) estun film britannique r\u00e9alis\u00e9 par Peter Cattaneo et sorti en 1997. On y voit des ch\u00f4meurs du nord de l\u2019Angleterre monter un spectacle de strip-tease masculin pour tenter de sortir de la d\u00e8che et payer leurs dettes.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref9\" id=\"_edn9\">[9]<\/a> Sabado dit \u00e0 propos du principal dirigeant LFI&nbsp;apr\u00e8s M\u00e9lenchon : \u00ab&nbsp;<em>Les d\u00e9clarations de Manuel Bompard selon lesquelles, par souci d\u2019efficacit\u00e9, le vote interne est secondaire, je ne suis pas d\u2019accord. On vote peut-\u00eatre trop souvent au NPA, ce qui pousse au clivage, mais il faut tout de m\u00eame voter pour les dirigeants et sur l\u2019orientation. On ne va pas faire une orientation au tirage au sort&nbsp;! La fragilit\u00e9 de LFI est aussi plus profonde&nbsp;: un projet politique ne peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9 en un seul livre<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref10\" id=\"_edn10\">[10]<\/a> Programme intitul\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui, le socialisme&nbsp;!&nbsp;\u00bb, Editions Maspero, 1977.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref11\" id=\"_edn11\">[11]<\/a> Voir <a href=\"https:\/\/gauche-ecosocialiste.org\/\">https:\/\/gauche-ecosocialiste.org\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref12\" id=\"_edn12\">[12]<\/a> Lire \u00e0 ce sujet deux articles r\u00e9cents&nbsp;du PSTU pol\u00e9miquant avec ce positionnement: <a href=\"https:\/\/litci.org\/fr\/2022\/12\/19\/sur-le-psol-et-sa-relation-avec-le-nouveau-gouvernement-du-pt\/\">https:\/\/litci.org\/fr\/2022\/12\/19\/sur-le-psol-et-sa-relation-avec-le-nouveau-gouvernement-du-pt\/<\/a> et&nbsp;: <a href=\"https:\/\/litci.org\/fr\/2022\/12\/19\/le-psol-uni-dans-son-soutien-au-gouvernement-lula-alckmin\/\">https:\/\/litci.org\/fr\/2022\/12\/19\/le-psol-uni-dans-son-soutien-au-gouvernement-lula-alckmin\/<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref13\" id=\"_edn13\">[13]<\/a> PSOL : Parti socialisme et libert\u00e9, fond\u00e9 en 2004 suite \u00e0 une rupture de quelques courants et parcelles de courants avec le PT. Cf&nbsp;: <a href=\"https:\/\/fourth.international\/fr\/organisations\">https:\/\/fourth.international\/fr\/organisations<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les partis larges et le NPA selon Fran\u00e7ois Sabado Le week-end des 9 au 11 d\u00e9cembre 2022 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 en France par la scission m\u00e9diatis\u00e9e du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Nouveau&nbsp;? 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