{"id":70895,"date":"2023-02-04T11:31:14","date_gmt":"2023-02-04T11:31:14","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=70895"},"modified":"2023-02-04T11:31:16","modified_gmt":"2023-02-04T11:31:16","slug":"la-rebellion-ne-cesse-de-croitre-contre-le-gouvernement-assassin-de-boluarte-et-le-congres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/la-rebellion-ne-cesse-de-croitre-contre-le-gouvernement-assassin-de-boluarte-et-le-congres\/","title":{"rendered":"La r\u00e9bellion ne cesse de cro\u00eetre contre le gouvernement assassin de Boluarte et le Congr\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Alors que ce texte \u00e9tait en cours de r\u00e9daction, le gouvernement de Dina Boluarte et du Congr\u00e8s ont assassin\u00e9 V\u00edctor Santisteban Yacsacilca (55 ans) \u00e0 Lima, une nouvelle action r\u00e9pressive de la police nationale. V\u00edctor Santisteban a re\u00e7u l&rsquo;impact de mitraille dans la t\u00eate, comme tant d&rsquo;autres bless\u00e9s le jour du 28 janvier, mais les blessures ont mis fin \u00e0 sa vie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Parti Socialiste des Travailleurs (PST), la section de la LIT au P\u00e9rou, <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">le 29 janvier 2023<\/p>\n\n\n\n<p>Le P\u00e9rou conna\u00eet une r\u00e9bellion populaire dont l&rsquo;\u00e9picentre est le Sud andin (notamment Cusco et Puno), et qui s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e ces derni\u00e8res semaines vers Lima, la capitale du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le massacre qui a eu lieu \u00e0 Juliaca (Puno), au cours duquel la police a tu\u00e9 17 combattants, des milliers de personnes, principalement originaires des hauts plateaux du sud, ont march\u00e9 sur Lima pour \u00e9tendre et faire entendre leur protestation.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9bellion prenant de l&rsquo;ampleur, la Conf\u00e9d\u00e9ration G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs du P\u00e9rou (CGTP) a appel\u00e9 \u00e0 une journ\u00e9e de lutte, organis\u00e9e le 19 janvier, qui a \u00e9t\u00e9 <strong>massive<\/strong> et s&rsquo;est termin\u00e9e par de violents affrontements avec la police et un incendie dantesque dans une vieille maison du centre de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de ce jour, la journ\u00e9e s&rsquo;est transform\u00e9e en rendez-vous <strong>permanent<\/strong>, et \u00e0 Lima, les marches de masses se succ\u00e8dent jour apr\u00e8s jour, se terminant toujours par de graves affrontements avec la police, laissant dans leur sillage une tra\u00een\u00e9e de bless\u00e9s, d&rsquo;arrestations et de chaos.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement consid\u00e9rait la situation \u00ab\u00a0sous contr\u00f4le\u00a0\u00bb&nbsp;; et pour ramener \u00ab\u00a0l&rsquo;ordre\u00a0\u00bb, il d\u00e9cide d&rsquo;intervenir le 21 janvier \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de San Marcos, sur le campus de laquelle 200 manifestants venus des provinces passaient la nuit (sur une moyenne de 7 \u00e0 8 000 qui restaient dans la capitale). L&rsquo;op\u00e9ration men\u00e9e avec des chars d\u00e9fon\u00e7ant les grilles d&rsquo;entr\u00e9e et avec des centaines de policiers d&rsquo;assaut faisant irruption dans le campus, arr\u00eatant violemment toutes les personnes pr\u00e9sentes, les enfermant et les pla\u00e7ant au sol, puis les emmenant \u00e0 la Dircote (Direction Contre le Terrorisme), a rappel\u00e9 les pires moments du dictateur g\u00e9nocidaire Fujimori, auquel l&rsquo;identit\u00e9 du r\u00e9gime dirig\u00e9 par Boluarte \u00e9tait automatiquement associ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame chose \u00e9tait pr\u00e9vue en province. Les forces de police contre-attaquaient dans les zones les plus radicalis\u00e9es pour tenter de lib\u00e9rer les routes bloqu\u00e9es, provoquant de nouveaux affrontements violents et sanglants. \u00c0 Chao (sur la c\u00f4te nord du pays, o\u00f9 un blocus est \u00e9galement maintenu), une autre victime a \u00e9t\u00e9 abattue. \u00c0 Ilave (Puno, \u00e0 la fronti\u00e8re avec la Bolivie), une autre personne a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9e, cette fois un adulte de 62 ans, membre de la communaut\u00e9 <strong>aymara<\/strong>. Ces deux crimes ont provoqu\u00e9 d&rsquo;autres r\u00e9actions violentes. Le peuple aymara est sorti en masse et a affront\u00e9 la police jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle s&rsquo;enfuie, br\u00fblant le poste de police et d&rsquo;autres b\u00e2timents publics et priv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Lima ne restait pas au balcon. Les secteurs d\u00e9mocratiques, d\u00e9j\u00e0 \u00e9branl\u00e9s par le massacre des combattants, ont vu dans l&rsquo;occupation de l&rsquo;universit\u00e9 non seulement la violation de son autonomie, mais une transgression brutale des libert\u00e9s d\u00e9mocratiques sous le couvert d&rsquo;un discours officiel qui qualifiait les combattants de \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb. Pour rendre les choses encore plus plausibles, Ricardo Qui\u00f1e, un policier qui faisait partie de l&rsquo;op\u00e9ration, enregistra et diffusa sur les r\u00e9seaux sociaux une vid\u00e9o dans laquelle il \u00e9talait sa satisfaction en montrant les pr\u00e9sum\u00e9s terroristes pi\u00e9g\u00e9s. Les d\u00e9tenus, cependant, \u00e9taient de simples paysans dont on n&rsquo;a rien trouv\u00e9 dans les sacoches pour les qualifier comme violents, et moins encore comme terroristes. Cela a d\u00e9clench\u00e9 une r\u00e9action du mouvement \u00e9tudiant, jusqu&rsquo;alors \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de l&rsquo;actualit\u00e9, qui s&rsquo;est rassembl\u00e9 par centaines pour manifester devant le si\u00e8ge de la pr\u00e9fecture. En m\u00eame temps, les compatriotes des d\u00e9tenus ont organis\u00e9 de nouveaux convois pour renforcer leur pr\u00e9sence \u00e0 Lima.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, la CGTP, toujours \u00e0 la tra\u00eene des \u00e9v\u00e9nements, a appel\u00e9 \u00e0 une<strong> nouvelle journ\u00e9e<\/strong> pour le mardi 24 janvier&nbsp;&nbsp;&nbsp;alors que les d\u00e9tenus avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s&nbsp;&nbsp;&nbsp;sous la pression de la mobilisation et de la protestation de divers secteurs.<a href=\"#sdfootnote1sym\" id=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La journ\u00e9e du 24<\/h4>\n\n\n\n<p>Le 24 janvier a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable jour de fureur. La mobilisation a rassembl\u00e9 trois secteurs. Il y avait le rassemblement \u00ab\u00a0officiel\u00a0\u00bb, la CGTP et les partis de gauche, qui ont d\u00e9fil\u00e9, fait un tour de piste et se sont ensuite dispers\u00e9s. La colonne provinciale, plus nombreuse et militante, qui \u00e9tait partie t\u00f4t le matin, s&rsquo;est concentr\u00e9e et s&rsquo;est dirig\u00e9e vers la place San Mart\u00edn (situ\u00e9e \u00e0 quelques rues du si\u00e8ge du Palais du gouvernement et du Congr\u00e8s), dont l&rsquo;acc\u00e8s est barricad\u00e9 par plusieurs rang\u00e9es de policiers et de chars des Forces arm\u00e9es, et o\u00f9 de lourds affrontements ont eu lieu. Et les jeunes de l&rsquo;universit\u00e9, qui sont sortis \u00e0 diff\u00e9rents moments pour former une forte colonne, ont \u00e9galement pris part aux affrontements.<\/p>\n\n\n\n<p>Les grands m\u00e9dias, qui qualifient les manifestants de \u00ab\u00a0violents\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb, racontent comment les marches seraient dirig\u00e9es et planifi\u00e9es par de suppos\u00e9s appareils subversifs, et disent qu&rsquo;elles sont financ\u00e9es par le <strong>trafique de la drogue<\/strong> et <strong>l&rsquo;exploitation mini\u00e8re ill\u00e9gale<\/strong>. Un simple observateur des marches peut voir que la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas seulement diff\u00e9rente mais particuli\u00e8rement poignante.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui sont venus \u00e0 Lima sont pour la plupart des <strong>paysans pauvres <\/strong>et des membres de <strong>communaut\u00e9s<\/strong> andines ancestralement oubli\u00e9es qui ont vu leurs espoirs de changement an\u00e9antis avec la chute de Castillo et sont sortis pour demander la fermeture du Congr\u00e8s (majoritairement de droite) et la d\u00e9mission de Boluarte (consid\u00e9r\u00e9 comme une \u00ab\u00a0tra\u00eetre\u00a0\u00bb)&nbsp;; et ils ont tout simplement explos\u00e9 face \u00e0 la r\u00e9pression sanglante,<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se montrent tels qu&rsquo;ils sont&nbsp;: habill\u00e9s de leurs v\u00eatements typiques, avec des chapeaux et certains portant des fouets. Dans les marches, ils portent des pancartes avec le nom de leur village d&rsquo;origine&nbsp;; dans d&rsquo;autres, ils portent les noms des morts et brandissent le <strong>wiphala<\/strong> (le drapeau de Tahuantinsuyo), montrant leur identit\u00e9 et leur fiert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une assembl\u00e9e de dipl\u00f4m\u00e9s en psychologie de l&rsquo;Universit\u00e9 de San Marcos a montr\u00e9 comment cette grande lutte s&rsquo;organise \u00e0 partir de la base. L&rsquo;assembl\u00e9e a discut\u00e9 de l&rsquo;organisation de <strong>groupes de d\u00e9fense<\/strong>, \u00e9quip\u00e9s de casques, de masques et de boucliers&nbsp;; de g<strong>roupes d&rsquo;aide<\/strong>, qui fournissent du vinaigre, de l&rsquo;eau et des chiffons pour contrer les effets des gaz lacrymog\u00e8nes&nbsp;; de <strong>groupes<\/strong> <strong>d&rsquo;assistance<\/strong> param\u00e9dicale, qui aident les bless\u00e9s&nbsp;; de ceux qui pr\u00e9parent la nourriture, de ceux qui rassemblent les ressources, et m\u00eame de ceux qui sont charg\u00e9s de d\u00e9samorcer les gaz lacrymog\u00e8nes en utilisant de l&rsquo;eau avec du bicarbonate de soude. C&rsquo;est \u00e9vident&nbsp;: tout le monde sait qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une lutte pacifique, car les forces de police (et, \u00e0 d\u00e9faut, les forces arm\u00e9es) attaquent avec f\u00e9rocit\u00e9, blessent beaucoup et tirent pour tuer. Et tout cela est assez bien coordonn\u00e9 via whatsapp par ceux qui se placent \u00e0 la t\u00eate des diff\u00e9rentes organisations.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9carit\u00e9 et l&rsquo;improvisation de la direction et de l&rsquo;organisation de la lutte sont \u00e9videntes \u00e0 tous points de vue. Par exemple, elle donne lieu \u00e0 des actes de vandalisme et, d&rsquo;autre part, elle ne permet pas de faire face aux urgences aux barrages.<a href=\"#sdfootnote2sym\" id=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Auto-organisation et solidarit\u00e9<\/h4>\n\n\n\n<p>Les imitations apparaissent au grand jour dans l&rsquo;action pendant la lutte. Les marches sont des confrontations, ou finissent comme telles, dans de v\u00e9ritables <strong>champs de bataille<\/strong>&nbsp;; et ce qui s&rsquo;y concocte comme organisation est tr\u00e8s peu, bien que profond\u00e9ment significatif parce que c&rsquo;est de l&rsquo;<strong>auto-organisation<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mardi 24, les affrontements se sont concentr\u00e9s autour de la <strong>Plaza San Martin<\/strong>, envahie des quatre c\u00f4t\u00e9s par d&rsquo;\u00e9normes masses de manifestants qui tentaient d&rsquo;atteindre le Congr\u00e8s. Une arm\u00e9e de policiers, occupant le centre de la place, a attaqu\u00e9 des quatre c\u00f4t\u00e9s, tirant une gr\u00eale de gaz lacrymog\u00e8nes&nbsp;; des policiers ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s sur le corps, avec de la chevrotine&nbsp;; et toute la sc\u00e8ne \u00e9tait surveill\u00e9e avec des drones et des cam\u00e9ras de surveillance. L&rsquo;attaque ne faisait que mettre le feu aux poudres et les plus exp\u00e9riment\u00e9s&nbsp;&nbsp;&nbsp;dont certains dipl\u00f4m\u00e9s des forces arm\u00e9es&nbsp;&nbsp;&nbsp; se lan\u00e7aient dans un affrontement au corps \u00e0 corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le chaos de l&rsquo;affrontement, o\u00f9 certains s&rsquo;\u00e9touffent \u00e0 cause des fum\u00e9es, tout le monde se met en action&nbsp;: les plus exp\u00e9riment\u00e9s&nbsp;&nbsp;&nbsp;dont certains sont dipl\u00f4m\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e&nbsp;&nbsp;&nbsp;partent avec leurs boucliers et leurs b\u00e2tons pour repousser les policiers. D&rsquo;autres, depuis l&rsquo;arri\u00e8re, fournissent du vinaigre, des serviettes, des masques et de l&rsquo;eau \u00e0 ceux qui quittent l&rsquo;\u00e9picentre \u00e0 leur recherche&nbsp;; d&rsquo;autres encore assistent les bless\u00e9s sur des brancards improvis\u00e9s. M\u00eame parmi ceux qui courent pour s&rsquo;abriter des bombes, certains sont vus portant de grands pots de nourriture, pr\u00e9par\u00e9s pour nourrir les manifestants.<\/p>\n\n\n\n<p>Auparavant, sur la <em>Plaza 2 de Mayo<\/em>, o\u00f9 le rassemblement a commenc\u00e9, des b\u00e9n\u00e9voles avaient distribu\u00e9 de la nourriture et des bouteilles d&rsquo;eau \u00e0 tous. C&rsquo;est ainsi que la lutte se d\u00e9roule. A l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une organisation pr\u00e9caire, ceux qui en font partie font preuve d&rsquo;une \u00e9norme fraternit\u00e9, se soutiennent, se serrent la main, s&rsquo;entraident. De l&rsquo;ext\u00e9rieur, l&rsquo;aide est sans bornes. Les gens dans la rue applaudissent et crient, d&rsquo;autres apportent des bouteilles d&rsquo;eau et de la nourriture aux manifestants.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements de la journ\u00e9e se sont sold\u00e9s par un certain nombre d&rsquo;arrestations, de bless\u00e9s, et une ville en proie au chaos. Jusqu&rsquo;au jour suivant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le chaos et la crise se propagent<\/h4>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est comme \u00e7a tous les jours \u00e0 Lima. Et c&rsquo;est plus grave dans les localit\u00e9s en conflit, qui comprennent le sud (11 r\u00e9gions) et diverses lieux du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mercredi 25, des manifestants se sont dirig\u00e9s vers l&rsquo;ambassade des \u00c9tats-Unis, et une autre colonne s&rsquo;est dirig\u00e9e vers le centre r\u00e9sidentiel de San Isidro, cherchant \u00e0 toucher d&rsquo;autres cordes sensibles. Le jeudi 26, une grande marche des d\u00e9l\u00e9gations de l&rsquo;int\u00e9rieur est partie de <em>Puente Piedra<\/em> (25 km au nord de Lima) en direction du centre, avec la pr\u00e9sence de la population locale, fermant toute la route principale. Le vendredi 27, une autre marche a eu lieu \u00e0 partir de la zone Est (San Juan de Lurigancho, le plus grand quartier de la capitale), \u00e9galement vers le centre. Le m\u00eame jour, \u00e0 Ica, une nouvelle confrontation avec la police a fait plus de 30 bless\u00e9s des deux c\u00f4t\u00e9s, dont un policier dans un \u00e9tat grave.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment de mettre sous presse, des milliers d&rsquo;\u00e9tudiants universitaires et de d\u00e9l\u00e9gations de l&rsquo;int\u00e9rieur du pays d\u00e9filent dans le centre de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chaos semble ne pas avoir de fin. Mais la confrontation est plus s\u00e9v\u00e8re dans les zones les plus convuls\u00e9es o\u00f9 les manifestants ont le contr\u00f4le. Il y a p\u00e9nurie de tous les produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, et ce qui est disponible est vendu \u00e0 des prix prohibitifs&nbsp;: \u00e0 Madre de Dios (dans l&rsquo;Est du P\u00e9rou), une bouteille de GPL domestique co\u00fbte jusqu&rsquo;\u00e0 100 dollars. Les distributeurs automatiques sont \u00e0 court d&rsquo;argent. On voit des producteurs jeter leurs produits, comme le lait, ou tenter de les vendre aux ench\u00e8res. L&rsquo;\u00e9conomie locale de nombre d&rsquo;entre eux, qui vivent de la production et du commerce \u00e0 petite \u00e9chelle, semble ruin\u00e9e. Les grandes entreprises en subissent \u00e9galement les cons\u00e9quences&nbsp;: certaines soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res (Antapaccay, Cusco) ont suspendu leurs activit\u00e9s&nbsp;; les grands agro-exportateurs subissent de lourdes pertes en raison des r\u00e9coltes non effectu\u00e9es et des produits qui ne peuvent \u00eatre exp\u00e9di\u00e9s. Le tourisme (l&rsquo;une des principales sources de revenus de ces \u00e9conomies, notamment \u00e0 Cusco) s&rsquo;est ralenti&nbsp;: le Machu Picchu est vide. Et, en g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;\u00e9conomie nationale semble \u00eatre au point mort, ce qui renforce le sentiment de d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p>La souffrance de la population en difficult\u00e9 d\u00e9passe toute description. Elle s&rsquo;accroche sto\u00efquement parce qu&rsquo;elle sait qu&rsquo;ils s&rsquo;agit non seulement d&rsquo;une lutte juste, mais aussi d&rsquo;un d\u00e9fi o\u00f9 les gens ont le sentiment que le gouvernement leur a d\u00e9clar\u00e9 la guerre et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de retour en arri\u00e8re possible, m\u00eame au prix d&rsquo;une douleur accrue et de la possibilit\u00e9 de perdre sa propre vie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Un gouvernement en crise<\/h4>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re sa pr\u00e9tendue solidit\u00e9 (ainsi que sa pr\u00e9tendue ma\u00eetrise de la situation), le gouvernement commence \u00e0 prendre l&rsquo;eau. Ses politiques r\u00e9pressives ont \u00e9chou\u00e9 et n&rsquo;ont fait qu&rsquo;accro\u00eetre les protestations et les troubles sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement de Boluarte a \u00e9t\u00e9 mis en place et est soutenu par le soutien de l&rsquo;aile droite du Congr\u00e8s, un secteur qui compte dans ses rangs des officiers sup\u00e9rieurs retrait\u00e9s des forces arm\u00e9es qui ont particip\u00e9 \u00e0 la lutte antisubversive des ann\u00e9es 1980 et 1990. Le pr\u00e9sident du Congr\u00e8s lui-m\u00eame est un ancien g\u00e9n\u00e9ral qui a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce secteur, c&rsquo;est Sendero Luminoso qui a pris le pouvoir avec l&rsquo;\u00e9lection de Pedro Castillo (juin 2021). Et c&rsquo;est pourquoi ils ne lui ont laiss\u00e9 aucun r\u00e9pit jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils parviennent \u00e0 l&rsquo;\u00e9vincer. Apr\u00e8s avoir c\u00e9l\u00e9br\u00e9 ce r\u00e9sultat, ils consid\u00e8rent les manifestations comme une \u00ab\u00a0gueule de bois\u00a0\u00bb de la subversion, et c&rsquo;est pourquoi se d\u00e9charge sur elles toute la r\u00e9pression, avec le soutien et l&rsquo;encouragement des m\u00e9dias dominants. Il y a d\u00e9j\u00e0 60 morts. Et sous la couverture de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence\u00a0\u00bb sont men\u00e9es toutes sortes d&rsquo;actions arbitraires, comme les descentes dans les locaux des partis, l&rsquo;assaut contre l&rsquo;Universit\u00e9 de San Marcos, l&rsquo;arrestation sans discernement de militants. Le pire est que ces arrestations sont effectu\u00e9es sous l&rsquo;accusation de \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb. Les dirigeants de Fredepa (Frente de Defensa de Ayacucho) ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s par la Dircote, qui a tent\u00e9 de les poursuivre pour \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb en utilisant comme seule preuve le fait qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient \u00ab\u00a0prononc\u00e9s\u00a0\u00bb en faveur d&rsquo;une Assembl\u00e9e Constituante.<\/p>\n\n\n\n<p>Associ\u00e9 au secteur de droite, on trouve le soi-disant centre politique (les anciens et les nouveaux partis de la bourgeoisie), qui voit dans ces manifestations une menace pour le r\u00e9gime d\u00e9mocratique sur lequel il fonde son pouvoir, et qui souhaite \u00e9galement qu&rsquo;elles soient vaincues, certes avec des \u00ab\u00a0formes\u00a0\u00bb plus l\u00e9gales et constitutionnelles, mais non moins douces. Le Premier ministre Ot\u00e1rola fait office de lien direct entre l&rsquo;aile la plus conservatrice du Congr\u00e8s et le gouvernement, tandis que Boluarte zigzague entre les deux camps.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comme l&rsquo;assaut r\u00e9pressif \u00e9choue, Boluarte a tent\u00e9 de d\u00e9missionner, certains de ses ministres l&rsquo;ont abandonn\u00e9e, et elle se maintient au milieu de contre-marches, soutenues par les secteurs qui veulent qu&rsquo;elle leur facilite la t\u00e2che en vue des \u00e9lections.<\/p>\n\n\n\n<p>Un nouveau front s&rsquo;est ouvert pour Boluarte dans le <strong>secteur ext\u00e9rieur<\/strong>. Apr\u00e8s la reconnaissance initiale qui lui a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e par la plupart des pays, il y a maintenant des prises de position quasi unanimes contre la violation flagrante des droits humains, et pour la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une solution politique \u00e0 la crise qui secoue le pays. En ce sens, il y a des d\u00e9clarations, du Vatican jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ONU et l&rsquo;OEA. La d\u00e9claration de Boric, pr\u00e9sident du Chili, a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement forte lorsqu&rsquo;il a dit&nbsp;: \u00ab\u00a0<em>les gens qui descendent dans la rue sont abattus par ceux qui devraient les d\u00e9fendre<\/em>\u00ab\u00a0. La Commission des droits humains (CIDH) elle-m\u00eame a publi\u00e9 un rapport qui parle d&rsquo;un scandale mondial&nbsp;: les d\u00e9c\u00e8s survenus r\u00e9pondent, pour la plupart, \u00e0 un sch\u00e9ma&nbsp;: il s&rsquo;agit de tirs visant la t\u00eate ou la r\u00e9gion abdominale, dans le but de tuer et non de dissuader&nbsp;; et la plupart des victimes n&rsquo;\u00e9taient m\u00eame pas en premi\u00e8re ligne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement veut affronter tout le monde dans l&rsquo;ar\u00e8ne diplomatique, et ses discours au monde ext\u00e9rieur sont si fallacieux que personne n&rsquo;y croit. (Boluarte s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e en mode virtuel lors d&rsquo;une audience avec l&rsquo;OEA.) Le r\u00e9gime est accul\u00e9 au pays et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cela, un secteur, l&rsquo;extr\u00eame droite, veut aller jusqu&rsquo;au bout et atteindre son objectif de vaincre la r\u00e9bellion&nbsp;; l&rsquo;autre est pr\u00eat \u00e0 trouver une issue, proposant maintenant d&rsquo;avancer l&rsquo;appel aux \u00e9lections, mais en gardant Boluarte jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le transfert ait lieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La sortie<\/h4>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, le positionnement m\u00eame des classes fondamentales tend \u00e0 changer. D&rsquo;importants secteurs des classes moyennes qui, effray\u00e9s par les \u00ab\u00a0violentistes\u00a0\u00bb, ont soutenu ou gard\u00e9 le silence face \u00e0 la r\u00e9pression sanglante, soutiennent aujourd&rsquo;hui une partie des revendications, comme les \u00e9lections anticip\u00e9es et le rejet de la r\u00e9pression. La bourgeoisie se distancie de son aile droite qui montre une volont\u00e9 de la mener au bord du pr\u00e9cipice&nbsp;; et elle penche maintenant pour l&rsquo;avancement des \u00e9lections \u00e0 la fin de cette ann\u00e9e, comme une sorte de moindre mal, au moins pour \u00e9viter une aggravation suppl\u00e9mentaire et pour gagner du temps pendant qu&rsquo;un nouveau plan est \u00e9labor\u00e9. Bien entendu, cela ne correspond pas \u00e0 la demande fondamentale des manifestants, qui r\u00e9clament au minimum la t\u00eate de Boluarte. Mais ils jouent \u00e0 isoler celle-ci, en repositionnant les secteurs d\u00e9mocratiques de leur c\u00f4t\u00e9, et ils entendent tirer profit de l&rsquo;angoisse dans les localit\u00e9s en conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;expression ultime de cette relocalisation est le Fujimorisme. Ce parti, tr\u00e8s pr\u00e9sent au Congr\u00e8s, est pass\u00e9 du soutien de la politique officielle \u00e0 la proposition d&rsquo;avancer les \u00e9lections pour cette ann\u00e9e (en octobre), co\u00efncidant avec l&rsquo;aile d\u00e9mocratique et la gauche r\u00e9formiste de Ver\u00f3nica Mendoza. La proposition implique un changement par rapport \u00e0 l&rsquo;accord pr\u00e9c\u00e9dent (\u00e9galement pris sous la pression des luttes du 29 d\u00e9cembre), de tenir des \u00e9lections en avril 2024&nbsp;; et elle doit \u00eatre approuv\u00e9e avant le lundi 31 janvier, date de cl\u00f4ture de la l\u00e9gislature actuelle. La deuxi\u00e8me l\u00e9gislature, convoqu\u00e9e pour le 15 f\u00e9vrier, se prononcera sur la ratification. Mais l&rsquo;approbation, par le Congr\u00e8s, de ces changements pour \u00ab\u00a0sortir\u00a0\u00bb de la crise est loin d&rsquo;\u00eatre facile.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vote n\u00e9cessite plus de deux tiers des voix (87) et pour y parvenir, il faut un accord multipartite, de sorte que l&rsquo;opposition d&rsquo;un seul des blocs parlementaires rend un accord impossible. Le d\u00e9bat sur la proposition dans la nuit du 27 janvier s&rsquo;est sold\u00e9 par un vote de 45 voix en faveur de l&rsquo;avancement des \u00e9lections au mois d&rsquo;octobre de cette ann\u00e9e (et de 65 voix contre), ce qui montre qu&rsquo;il est loin d&rsquo;atteindre les 87 voix n\u00e9cessaires.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise devrait encore donc <strong>s&rsquo;aggraver<\/strong> avant qu&rsquo;une issue ne soit trouv\u00e9e. Les manifestations et les affrontements vont se multiplier ces jours-ci, et sous leur feu les diff\u00e9rentes forces au parlement vont \u00e9tirer comme du chewing-gum toutes les possibilit\u00e9s de prolonger leurs mandats respectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Conscients de cette r\u00e9alit\u00e9, les manifestants proposent la <strong>chute<\/strong> de Boluarte comme seule issue viable. Non seulement parce qu&rsquo;elle est responsable des morts, mais aussi parce que cela pr\u00e9cipiterait la convocation d&rsquo;\u00e9lections, conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la r\u00e9alisation de cette sortie de crise implique une lutte plus importante. Il s&rsquo;agit de vaincre la politique de la Centrale [syndicale &#8211; NdT], qui consiste toujours encore \u00e0 accompagner la lutte et non \u00e0 la faire sienne pour garantir le triomphe des revendications fondamentales. Et de vaincre la politique de la \u00ab\u00a0gauche\u00a0\u00bb r\u00e9formiste elle-m\u00eame, qui concentre tout sur l&rsquo;issue parlementaire&nbsp;: certains en alliance avec le fujimorisme pour approuver le projet de loi visant \u00e0 avancer les \u00e9lections \u00e0 octobre, et d&rsquo;autres (Bloc des Enseignants et Perou Libre) en alliance \u00e0 des secteurs de droite qui sont dans l&rsquo;opposition.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote1anc\" id=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>Voir &lt;<a href=\"https:\/\/litci.org\/es\/peru-quienes-son-los-violentos-y-por-que-tenemos-derecho-a-la-autodefensa\/\">https:\/\/litci.org\/es\/peru-quienes-son-los-violentos-y-por-que-tenemos-derecho-a-la-autodefensa\/<\/a> &gt;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote2anc\" id=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>Voir &lt;<a href=\"https:\/\/litci.org\/es\/peru-la-segunda-ola-va-por-la-cabeza-de-boluarte\/\">https:\/\/litci.org\/es\/peru-la-segunda-ola-va-por-la-cabeza-de-boluarte\/<\/a>&gt;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que ce texte \u00e9tait en cours de r\u00e9daction, le gouvernement de Dina Boluarte et du Congr\u00e8s ont assassin\u00e9 V\u00edctor Santisteban Yacsacilca (55 ans) \u00e0 Lima, une nouvelle action r\u00e9pressive de la police nationale. V\u00edctor Santisteban a re\u00e7u l&rsquo;impact de mitraille dans la t\u00eate, comme tant d&rsquo;autres bless\u00e9s le jour du 28 janvier, mais les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":70896,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false},"categories":[3523,3533],"tags":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/2023.jpg?fit=998%2C650&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70895"}],"collection":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70895"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70895\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":70897,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70895\/revisions\/70897"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/70896"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70895"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70895"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70895"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}