{"id":409,"date":"2014-09-24T04:32:33","date_gmt":"2014-09-24T04:32:33","guid":{"rendered":"http:\/\/litci.org\/fr\/2014\/09\/24\/adieu-a-un-militant-exemplaire\/"},"modified":"2014-09-24T04:32:33","modified_gmt":"2014-09-24T04:32:33","slug":"adieu-a-un-militant-exemplaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/adieu-a-un-militant-exemplaire\/","title":{"rendered":"Adieu \u00e0 un militant exemplaire"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" align=\"left\" alt=\"\" border=\"0\" height=\"173\" hspace=\"6\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.litci.org\/fr\/images\/image\/bresil\/didi.jpg?resize=240%2C173\" vspace=\"4\" width=\"240\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/p>\n<h3>\n\tAdieu camarade et ami Didi&nbsp;!<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\tUn parti n&rsquo;est pas seulement fait d&rsquo;un programme, d&rsquo;une politique et de statuts. Il est aussi fait de ses traditions. Traditions d&rsquo;interventions collectives dans les grandes luttes, dans les grands combats politiques. Et aussi des exemples individuels de ses cadres et de ses militants. Hier dans la matin&eacute;e, Dirceu Travesso est d&eacute;c&eacute;d&eacute;. <br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;A ses c&ocirc;t&eacute;s, sa compagne Marta. Ainsi Didi (comme nous l&rsquo;appelions), Dirceu (pour sa famille) s&rsquo;est incorpor&eacute; aux traditions du PSTU, de la LIT, de la CSP Conlutas et du mouvement syndical. <br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; Didi &eacute;tait un de ceux que Brecht appelait les &laquo;&nbsp;indispensables&nbsp;&raquo;. Un de ceux qui militent tous les jours, toute leur vie. Une figure qui a d&eacute;di&eacute; toute sa vie &agrave; un projet collectif, quand la majorit&eacute; absolue de sa g&eacute;n&eacute;ration cherchait une solution individuelle. L&rsquo;id&eacute;ologie individualiste impos&eacute;e par le capital pousse &agrave; ce que les gens passent leur vie &agrave; obtenir une place, un appartement, une automobile.<br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;La majorit&eacute; croit qu&rsquo;un militant comme Didi est une personne &eacute;trange. Comment d&eacute;dier le meilleur de son temps et de ses efforts &agrave; la lutte collective&nbsp;? Cependant, ces &laquo;&nbsp;indispensables&nbsp;&raquo; obtiennent avec leurs vies non seulement des r&eacute;alisations collectives, mais aussi un &eacute;l&eacute;ment subjectif, individuel, inestimable. Ils parviennent &agrave; donner un sens &agrave; leur vie, celui d&rsquo;avoir particip&eacute; &agrave; la grande lutte pour changer le monde.<br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lors de la fondation de la IVe Internationale, voici ce que Trotsky disait dans un discours&nbsp;:<em>&nbsp; &laquo;&nbsp;Oui, notre parti nous prend enti&egrave;rement. Mais en compensation, il nous donne la plus grande des satisfactions, la conscience de participer &agrave; la construction d&rsquo;un futur meilleur, de prendre sur nos &eacute;paules une minuscule part du destin de l&rsquo;humanit&eacute; et de ne pas vivre en vain.&nbsp;&raquo;<\/em><br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;Combien de ceux qui passent leurs vies &agrave; acheter des choses, &agrave; obtenir des postes, peuvent regarder derri&egrave;re eux &agrave; l&rsquo;approche de la mort et se sentir fiers de ce qu&rsquo;ils ont fait&nbsp;? Didi le pouvait, et cela lui donnait la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; et le courage avec lesquels il fit face &agrave; la sentence de mort du cancer. Il aida &agrave; construire la CSP Conlutas, le PSTU, la LIT. En prenant part &agrave; cette lutte collective, il &eacute;tait &eacute;galement conscient de n&rsquo;avoir pas v&eacute;cu en vain.<br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il commen&ccedil;a &agrave; militer en 1977. Il fut leader estudiantin dans les mobilisations de la fin de la dictature et fut arr&ecirc;t&eacute; sous la Loi de S&eacute;curit&eacute; nationale. Il travailla &agrave; l&rsquo;usine &agrave; Volta Redonda, centre de la r&eacute;sistance prol&eacute;tarienne. Il fut dirigeant des grandes gr&egrave;ves bancaires dans les ann&eacute;es 1980. Au long de ces ann&eacute;es, il gagna l&rsquo;admiration de plusieurs g&eacute;n&eacute;rations de militants combatifs, et le respect de ses adversaires. Ce n&rsquo;est pas un hasard que nous ayons fait cette c&eacute;r&eacute;monie d&rsquo;adieu dans le Syndicat des travailleurs bancaires de San Pablo, avec la pr&eacute;sence de la direction de la Gr&egrave;ve nationale des travailleurs de banque et de la direction de la gr&egrave;ve de l&rsquo;Universit&eacute; de San Pablo, qui ont interrompu leur r&eacute;union pour dire adieu &agrave; Didi. <br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il y eut plus de 1000 personnes rassembl&eacute;es pour cette c&eacute;r&eacute;monie, la grande majorit&eacute; compos&eacute;e par ses camarades du PSTU et de la CSP Conlutas. Mais il y eut aussi la pr&eacute;sence de pratiquement tous les partis de lagauche br&eacute;silienne, comme le PT, le PSOL, le PCB et de PCdoB, en plus de la CUT, l&rsquo;Intersyndicale et la CGTB. <br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;Didi fut un internationaliste concret. Ce fut une partie centrale de ses activit&eacute;s, particuli&egrave;rement au cours des derni&egrave;res ann&eacute;es. Il a &eacute;t&eacute; &agrave; la Place Tahrir en Egypte, en Palestine occup&eacute;e. Il fut le fondateur et un des principaux organisateurs de la rencontre du Syndicalisme alternatif, qui r&eacute;un&icirc;t des dizaines d&rsquo;organisations syndicales des Etats europ&eacute;ens, d&rsquo;Am&eacute;rique, d&rsquo;Afrique, du Moyen-Orient et d&rsquo;Asie, de presque 30 pays, en mars 2013, en France. Ce n&rsquo;est pas un hasard si &agrave; son enterrement furent lus de nombreux messages &eacute;mouvants de pays du monde entier. Les plus &eacute;mouvants vinrent d&rsquo;Afrique du Sud et d&rsquo;Espagne.<br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aujourd&rsquo;hui, &agrave; la c&eacute;r&eacute;monie de cr&eacute;mation de Vila Alpina, le cercueil &eacute;tait couvert des drapeaux de ses passions&nbsp;: le PSTU, la LIT, la CSP Conlutas et le club de football &laquo;&nbsp;Corinthians&nbsp;&raquo;. Son p&egrave;re disait qu&rsquo;on pouvait savoir combien une personne &eacute;tait aim&eacute;e par le nombre d&rsquo;amis qu&rsquo;elle avait. &laquo;&nbsp;<em>Et le rassemblement d&rsquo;hier, mon fils, a montr&eacute; que tu as aim&eacute; beaucoup.&nbsp;&raquo;<\/em><br \/>\n\tIl y a presque cinq ans, Didi se pr&eacute;parait pour prendre la parole &agrave; une des rencontres nationales qui men&egrave;rent plus tard &agrave; la construction de la CSP Conlutas. Il tomba et ne put continuer. Deux jours plus tard, il fallut l&rsquo;op&eacute;rer pour extraire une tumeur qui lui obstruait les intestins. <br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;C&rsquo;&eacute;tait le d&eacute;but d&rsquo;une dure lutte contre le cancer. Un autre exemple&nbsp;: A aucun moment ses camarades n&rsquo;entendirent une plainte ou une lamentation. Pour ceux qui &eacute;taient &eacute;tonn&eacute;s de voir que son corps devenait chaque fois plus maigre, il avait un &eacute;norme sourire. Nous avons tous des probl&egrave;mes dans la vie. Certains en ont plus, d&#39;autres moins. Mais combien feraient face &agrave; ce type de probl&egrave;me avec la joie de vivre et la force de ce camarade&nbsp;? Combien affronteraient quatre op&eacute;rations et trois chimioth&eacute;rapies sans en arriver &agrave; de l&#39;auto-apitoiement, sans baisser la garde&nbsp;?<br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;L&#39;apr&egrave;s-midi de la veille de la r&eacute;union de Paris, Didi eut une violente crise de douleur. Il fut transport&eacute; &agrave; l&#39;h&ocirc;pital, o&ugrave; je l&#39;ai trouv&eacute; sur une civi&egrave;re de garde, avec un sourire ironique. Pendant la nuit, le m&eacute;decin fran&ccedil;ais voyait d&#39;un mauvais oeil le scan de l&#39;abdomen. Ne connaissant pas le cas, il prit peur. Il donna &agrave; Didi deux possibilit&eacute;s&nbsp;: soit &ecirc;tre hospitalis&eacute; l&agrave; m&ecirc;me ou sortir avec une tr&egrave;s forte dose d&#39;analg&eacute;siques pour &ecirc;tre trait&eacute; plus tard au Br&eacute;sil. Didi n&#39;a pas h&eacute;sit&eacute;. Il re&ccedil;ut les m&eacute;dicaments et sortit. Mais il n&#39;&eacute;tait pas pr&eacute;occup&eacute; par un retour au Br&eacute;sil, mais par la r&eacute;union du lendemain. Il a parl&eacute; dans son discours d&#39;ouverture et personne, en dehors de ceux qui &eacute;taient avec lui &agrave; ce moment, ne sut le drame de la nuit pr&eacute;c&eacute;dente. Son sourire fut ce que virent les centaines de personnes venues du monde entier.<br \/>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il garda cette attitude jusqu&#39;&agrave; la fin. Dans ses derniers jours, il nous dit, &agrave; sa compagne Marta et &agrave; moi, que le jour de sa mort, il ne voulait pas des pleurs, mais une f&ecirc;te. <br \/>\n\tIl est impossible de ne pas pleurer, Didi. Mais la f&ecirc;te qu&#39;il voulait (un rassemblement politique de c&eacute;l&eacute;bration de la vie etde la lutte) fut ce qui s&#39;est pass&eacute; hier au Syndicat des travailleurs des banques. Plus d&#39;un millier d&#39;hommes et de femmes, nouveaux et anciens militants, pleur&egrave;rent et clamaient&nbsp;: Camarade Didi, pr&eacute;sent&nbsp;!<\/p>\n<p>\tAdieu, mon camarade et ami.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div id=\"ftn3\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<p> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Adieu camarade et ami Didi&nbsp;! Un parti n&rsquo;est pas seulement fait d&rsquo;un programme, d&rsquo;une politique et de statuts. Il est aussi fait de ses traditions. 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