{"id":344,"date":"2013-01-18T13:51:21","date_gmt":"2013-01-18T13:51:21","guid":{"rendered":"http:\/\/litci.org\/fr\/2013\/01\/18\/notes-a-propos-de-la-lettre-a-la-societe-haitienne\/"},"modified":"2013-01-18T13:51:21","modified_gmt":"2013-01-18T13:51:21","slug":"notes-a-propos-de-la-lettre-a-la-societe-haitienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/notes-a-propos-de-la-lettre-a-la-societe-haitienne\/","title":{"rendered":"Notes \u00e0 propos de la \u201cLettre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 ha\u00eftienne\u201d"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n\t<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" align=\"left\" alt=\"\" border=\"0\" height=\"169\" hspace=\"6\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.litci.org\/pt\/images\/image\/HAITI_(1).jpg?resize=250%2C169\" vspace=\"4\" width=\"250\" data-recalc-dims=\"1\" \/>Ce texte du militant ha&iuml;tien Franck S&eacute;guy est une r&eacute;ponse &agrave; la &ldquo;Lettre &agrave; la soci&eacute;t&eacute; ha&iuml;tienne&rdquo; publi&eacute;e par le politologue ha&iuml;tien, Jean-L&eacute;on Ambroise, le samedi 05 janvier dernier. La Lettre est accessible via Le link suivant:&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.alterpresse.org\/spip.php?article13892\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.alterpresse.org\/spip.php?article13892<\/a><\/div>\n<div align=\"center\">\n\t<b>&nbsp;<\/b><\/div>\n<div align=\"right\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"right\">\n\t<i>&ldquo;Qui ne fait rien <\/i><\/div>\n<div align=\"right\">\n\t<i>n&rsquo;est pas loin <\/i><\/div>\n<div align=\"right\">\n\t<i>de mal faire&rdquo;<\/i><\/div>\n<div align=\"right\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tQuand, le dimanche 06 janvier dernier, par hasard (&eacute;tant hors de chez moi, sans mes &eacute;quipements de travail, jusqu&rsquo;&agrave; 22 janvier) j&rsquo;ai ouvert mon courrier &eacute;lectronique et d&eacute;couvert qu&rsquo;un camarade tr&egrave;s respect&eacute; m&rsquo;avait transf&eacute;r&eacute; la veille le lien de cette &ldquo;<i>Lettre &agrave; la soci&eacute;t&eacute; ha&iuml;tienne<\/i>&rdquo;, je ne m&rsquo;en doutais de rien. G&eacute;n&eacute;ralement, un titre pareil, &ccedil;a fait partie des messages sur lesquels je concentre peu d&rsquo;attention. Mais comme le m&eacute;dium est aussi le message, venant de ce camarade, je me suis pratiquement pr&eacute;cipit&eacute; sur le lien pour voir ce qu&rsquo;il contient. J&rsquo;ai eu &ndash; et ce n&rsquo;est pas exag&eacute;r&eacute; de le dire &ndash; ma premi&egrave;re surprise en ce d&eacute;but de la vieille ann&eacute;e 2013. L&rsquo;inqui&eacute;tude qui m&rsquo;a envahi apr&egrave;s avoir lu cette lettre sign&eacute;e Jean-L&eacute;on Ambroise, politologue, a &eacute;t&eacute; telle que j&rsquo;ai mis du temps &agrave; en revenir. Elle n&rsquo;a &eacute;t&eacute; que plus grande quand je me suis rendu compte qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une initiative individuelle. Mais bien de &ldquo;[&#8230;]<strong><i> nous autres, qui assumons cet appel et ce rappel [&#8230;]<\/i><\/strong><strong><i>&rdquo;<\/i><\/strong><strong>. (Le soulignement est de l&rsquo;auteur).<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>&nbsp;<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>Note 1<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>&nbsp;<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>D&rsquo;abord, si le document est rendu public sous le titre de <i>Lettre &agrave; la soci&eacute;t&eacute; ha&iuml;tienne<\/i>, il faut se rendre compte qu&rsquo;elle s&rsquo;adresse de pr&eacute;f&eacute;rence aux &ldquo;<\/strong><i>Membres de la communaut&eacute; culturelle et politique ha&iuml;tienne<\/i>&rdquo;. Dans un premier temps, j&rsquo;&eacute;tais tent&eacute; de demander s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une nouvelle organisation, association, club&hellip; entit&eacute; quelconque nouvellement cr&eacute;&eacute;e au tournant de 2012-2013 sous le nom de <i>Communaut&eacute; culturelle et politique ha&iuml;tienne<\/i>. D&rsquo;autant que l&rsquo;auteur parait seulement authentifier la lettre: &ldquo;<i>Pour Sibawo<\/i>&#8230;&rdquo;. Mais, j&rsquo;ai d&ucirc; me r&eacute;soudre &agrave; admettre qu&rsquo;il est question du pays tout entier que, de la t&ecirc;te au pied, du d&eacute;but jusqu&rsquo;&agrave; la fin, la <i>Lettre<\/i> consid&egrave;re comme &eacute;tant une <i>Communaut&eacute;<\/i> homog&egrave;ne au point que &ldquo;<i>le s&eacute;isme du 12 janvier 2010 devrait &ecirc;tre v&eacute;cu comme un tournant dans la vie de la population ha&iuml;tienne et des institutions qui la desservent tout en la constituant comme communaut&eacute; culturelle et politique<\/i>&rdquo;.<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tBon! L&rsquo;affection de certaines cat&eacute;gories d&rsquo;acad&eacute;miques &ndash; les philosophes en particulier &ndash; pour l&rsquo;abstraction est c&eacute;l&egrave;bre. N&rsquo;emp&ecirc;che qu&rsquo;il soit n&eacute;cessaire de rappeler que consid&eacute;rer un pays du point de vue de sa population est une d&eacute;marche trop abstraite pour esp&eacute;rer qu&rsquo;elle aboutisse &agrave; quoi que ce soit de concret. Car la population n&rsquo;est strictement rien de plus qu&rsquo;une abstraction lorsqu&rsquo;on oublie les classes qui la composent. M&ecirc;me ces classes seraient encore un mot creux si l&rsquo;on n&eacute;glige les &eacute;l&eacute;ments qui en constituent la base: le travail salari&eacute;, le travail de moiti&eacute;, le capital etc. De sorte que, consid&eacute;rer un pays uniquement par sa population ne permet rien de mieux qu&rsquo;une repr&eacute;sentation chaotique du tout<a href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Luere\/Downloads\/renato%20cesar.docx#_ftn1\" name=\"_ftnref1\" title=\"\">[1]<\/a>. Exactement comme expos&eacute; dans la <i>Lettre &agrave; la soci&eacute;t&eacute; ha&iuml;tienne<\/i>. Car, l&rsquo;auteur fait fi totalement d&rsquo;une v&eacute;rit&eacute; &eacute;l&eacute;mentaire: le pays d&rsquo;Ha&iuml;ti comme entit&eacute; concr&egrave;te est une synth&egrave;se de multiples d&eacute;terminations, unit&eacute; certes, mais d&rsquo;une diversit&eacute; tellement vari&eacute;e que la n&eacute;gliger ne peut &ecirc;tre que funeste.<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tPar exemple, consid&eacute;rer que LA population ha&iuml;tienne devrait vivre le s&eacute;isme du 12 janvier comme un tournant dans SA vie revient carr&eacute;ment &agrave; nier que, en m&ecirc;me temps que des centaines de milliers d&rsquo;Ha&iuml;tiennes et d&rsquo;Ha&iuml;tiens se sont retrouv&eacute;s sous des tentes, d&eacute;pendantes et d&eacute;pendants de l&rsquo;assistance &eacute;trang&egrave;re pour survivre, d&rsquo;autres Ha&iuml;tiens et Ha&iuml;tiennes ont, par la m&ecirc;me circonstance, ajout&eacute; des millions &agrave; leurs millions de dollars. C&rsquo;est ne pas voir que, en m&ecirc;me temps que des missionnaires de l&rsquo;Internationale Communautaire<a href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Luere\/Downloads\/renato%20cesar.docx#_ftn2\" name=\"_ftnref2\" title=\"\">[2]<\/a> sont venus &ldquo;porter secours&rdquo; &agrave; une cat&eacute;gorie d&rsquo;Ha&iuml;tiens et d&rsquo;Ha&iuml;tiennes qui ont tout perdu (y compris l&rsquo;espoir), d&rsquo;autres Ha&iuml;tiens et Ha&iuml;tiennes, profitant de la pr&eacute;sence de ces missionnaires, affichent d&eacute;sormais presque tous les prix de la place en dollar (supermarch&eacute;s, location de maison etc.), ce qui finit par rendre encore plus pr&eacute;caire la vie des premiers et enrichir encore plus les derniers. C&rsquo;est donc ne pas comprendre que le s&eacute;isme du 12 janvier 2010 est en m&ecirc;me temps une catastrophe pour une cat&eacute;gorie d&rsquo;Ha&iuml;tiennes et d&rsquo;Ha&iuml;tiens et une aubaine pour une autre cat&eacute;gorie d&rsquo;Ha&iuml;tiennes et d&rsquo;Ha&iuml;tiens&#8230; Et c&rsquo;est la diversit&eacute; de toutes ces cat&eacute;gories d&rsquo;Ha&iuml;tiens et d&rsquo;Ha&iuml;tiennes, les rapports sociaux entre elles etc. qui constituent l&rsquo;unit&eacute; qu&rsquo;est Ha&iuml;ti.<\/div>\n<div>\n\t<strong>&nbsp;<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>Proclamer le pays d&rsquo;Ha&iuml;ti : communaut&eacute; culturelle et politique! s&rsquo;approche ainsi d&rsquo;un ang&eacute;lisme divinement bon enfant. M&ecirc;me les l&eacute;gislateurs (du pr&eacute;ambule) de la Constitution, pourtant investis de haute autorit&eacute; performative, ne se sont pas hiss&eacute;s &agrave; pareil degr&eacute; de d&eacute;tachement de la r&eacute;alit&eacute;. <\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>&nbsp;<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>Note 2<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>&nbsp;<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>L&rsquo;auteur conf&egrave;re &agrave; chaque Ha&iuml;tien et &agrave; chaque Ha&iuml;tienne la pr&eacute;tention de poss&eacute;der ce pays en commun, de <i>partager en commun<\/i> cette communaut&eacute;. Je me demande si mon ami et comp&egrave;re se r&eacute;f&egrave;re &agrave; <i>Utopie &ndash;<\/i> ce pays insulaire imaginaire, id&eacute;al et parfait d&eacute;crit sous le nom d&rsquo;Utopie dans l&rsquo;&oelig;uvre du philosophe anglais Thomas Moore, en 1516, &ndash; ou s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;Ha&iuml;ti-Toma des Cara&iuml;bes. Car <i>poss&eacute;der quelque chose en commun<\/i> veut dire que ce quelque chose appartient &agrave; part &eacute;gale &agrave; chacun de ses propri&eacute;taires. <i>Partager en commun<\/i> implique n&eacute;cessairement une communion (koinonia en grec) du type de celle liant deux conjoints qui, selon la m&eacute;taphore biblique, &ldquo;deviennent une seule chair&rdquo;. <i>Partager en commun<\/i> est une superbe expression de <i>t&egrave;t ansanm<\/i>[t&ecirc;te ensemble, union]. Dans la <i>Lettre<\/i>, elle est une bonne illustration philosophique de la nocive propagande <i>NOU TOUT F&Egrave; YOUN<\/i> [nous sommes tous un] lanc&eacute;e depuis le carnaval de 2006. Son ton &#8211; poli et lisse &ndash; et son caract&egrave;re &ndash; rassembleur &ndash; t&eacute;moignent que, de 2006 &agrave; nos jours, son auteur a d&eacute;j&agrave; parcouru presque tout le chemin. En effet, on peut facilement r&eacute;p&eacute;rer dans la Lettre plus d&rsquo;une vingtaine de fois les expressions &ldquo;notre communaut&eacute; culturelle et politique&rdquo; sans compter les autres &ldquo;nous, notre&#8230;&rdquo; qui renvoient &agrave; la m&ecirc;me entit&eacute; imaginaire. Pour qui connait le r&ocirc;le de la r&eacute;p&eacute;tition, de la redondance dans la construction des discours et des repr&eacute;sentations, l&rsquo;inqui&eacute;tude ne peut &ecirc;tre que plus grande!<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>&nbsp;<\/strong><\/div>\n<div>\n\t&ldquo;<i>Ne poss&eacute;dons-nous pas ce pays en commun?<\/i>&rdquo; La r&eacute;ponse est: NON, monsieur le politologue! Ha&iuml;ti est peut-&ecirc;tre &ndash; peut-&ecirc;tre seulement &ndash; notre pays commun; mais nous ne la poss&eacute;dons pas en commun. Certains le poss&egrave;dent plus que d&rsquo;autres; certains autres ne le poss&egrave;dent pas du tout. &Agrave; commencer par les prol&eacute;taires qui, dans la r&eacute;alit&eacute;, n&rsquo;ont m&ecirc;me pas de patrie mais qui sont coinc&eacute;s dans cet espace, oblig&eacute;s, pour survivre, de vendre leur force de travail dans les conditions les plus inhumaines imaginables. D&rsquo;ailleurs, combien d&rsquo;Ha&iuml;tiennes et d&rsquo;Ha&iuml;tiens se reconnaissent dans la question : &ldquo;<i>Ne sommes-nous pas jaloux de nos 4&#215;4, des maisons, des terrains cl&ocirc;tur&eacute;s et de tous biens poss&eacute;d&eacute;s&nbsp;?<\/i>&rdquo; On peut tranquillement parier qu&rsquo;elles et ils ne sont pas en grand nombre.<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tCeux qui poss&egrave;dent ce pays sont connus. Et leur nombre n&rsquo;est pas tr&egrave;s grand! C&rsquo;est en derni&egrave;re analyse, du pur nationalisme bourgeois que de faire croire &agrave; tous les Ha&iuml;tiens et toutes les Ha&iuml;tiennes que par le fait d&rsquo;&ecirc;tre Ha&iuml;tiens et Ha&iuml;tiennes, ils et elles poss&egrave;dent ce pays en commun. C&rsquo;est m&ecirc;me carr&eacute;ment une ind&eacute;cente expression de &laquo;&nbsp;bonne volont&eacute;&nbsp;&raquo;.<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tEn r&eacute;alit&eacute;, cette id&eacute;e que NOUS poss&eacute;dons ce pays en commun, c&rsquo;est du contractualisme pur et dur. Ce contractualisme suinte au travers d&rsquo;affirmations comme: &ldquo;<i>Nous avons d&eacute;cid&eacute; par &nbsp;<strong>l&rsquo;Acte de l&rsquo;Ind&eacute;pendance d&rsquo;Ha&iuml;ti <\/strong>&nbsp;de vivre ensemble, de partager une communaut&eacute; de destin et d&rsquo;exister en tant que communaut&eacute; politique distincte en nous gouvernant nous-m&ecirc;mes<\/i>&rdquo;. Ce qui traduit l&rsquo;id&eacute;e r&eacute;pandue depuis <a href=\"http:\/\/www.wikiberal.org\/wiki\/Thomas_Hobbes\" title=\"Thomas Hobbes\">Thomas Hobbes<\/a>&nbsp;(<a href=\"http:\/\/www.wikiberal.org\/wiki\/L%C3%A9viathan\" title=\"L\u00e9viathan\"><i>L&eacute;viathan<\/i><\/a>,&nbsp;1651) et&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.wikiberal.org\/wiki\/John_Locke\" title=\"John Locke\">John Locke<\/a>&nbsp;(<i>Second Trait&eacute; du gouvernement civil<\/i>,&nbsp;1690) selon laquelle toute&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.wikiberal.org\/wiki\/Soci%C3%A9t%C3%A9\" title=\"Soci\u00e9t\u00e9\">soci&eacute;t&eacute;<\/a>&nbsp;est fond&eacute;e sur un&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.wikiberal.org\/wiki\/Contrat_social\" title=\"Contrat social\">contrat social<\/a>, accord ou engagement par lequel on pr&eacute;tend que des hommes abandonnent l&rsquo;&eacute;tat de nature pour former la soci&eacute;t&eacute; dans laquelle ils se retrouvent maintenant. Plus sp&eacute;cifiquement, une d&eacute;claration comme celle-ci: &ldquo;<i>[&hellip;] parce que nous sommes aussi dans cette communaut&eacute; culturelle et politique que nous partageons toutes et tous au m&ecirc;me titre, et parce qu&rsquo;il-elle-s sont repr&eacute;sentant-e-s et dirigeant-e-s en raison d&rsquo;un certain accord de notre part en tant qu&rsquo;il-elle-s sont m&ecirc;me th&eacute;oriquement l&rsquo;&eacute;manation de notre&nbsp;<\/i><b>volont&eacute; g&eacute;n&eacute;rale<\/b>&rdquo;, situe son auteur dans la droite lign&eacute;e du contractualisme hobbesien. En m&ecirc;me temps que son appel: &ldquo;<i>Obligeons la R&eacute;publique &agrave; respecter ses promesses<\/i>&rdquo; le rapproche de Locke.<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tS&rsquo;il fallait analyser les implications de cette affirmation-d&eacute;cret, on prendrait du temps. 1- elle &eacute;galise par une fiction\/pirouette (juridique) tous les Ha&iuml;tiens et toutes les Ha&iuml;tiennes sans aucun &eacute;gard pour leurs conditions mat&eacute;rielles d&rsquo;existence (<i>nous partageons toutes et tous au m&ecirc;me titre cette communaut&eacute;)<\/i>; 2- elle proclame nos dirigeants et dirigeantes comme &ldquo;<i>l&rsquo;&eacute;manation de <b>notre volont&eacute; g&eacute;n&eacute;rale<\/b><\/i>&rdquo;; 3- ces m&ecirc;mes gens qui s&rsquo;occupent des affaires priv&eacute;es de toute la classe bourgeoise, capables d&rsquo;accorder des franchises douani&egrave;res aux capitalistes mais incapables de faire respecter le code du travail envers les ouvriers, elle fait d&rsquo;eux NOS repr&eacute;sentants et repr&eacute;sentantes &agrave; tous. Les institutions au service de la classe qui nous opprime, la <i>Lettre<\/i> en fait &ldquo;<i>des institutions de ce pays que nous partageons en commun<\/i>&rdquo;.<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tAvant la lecture de cette lettre, on m&rsquo;aurait parl&eacute; de la <i>volont&eacute; g&eacute;n&eacute;rale<\/i>, j&rsquo;aurais r&eacute;pondu que cette expression et ce concept ne sont que des mystifications. J&rsquo;aurais pris tous les exemples du quotidien pour montrer que <b>la soci&eacute;t&eacute; est plut&ocirc;t mue par la lutte entre les classes<\/b>. J&rsquo;aurais montr&eacute; que celles et ceux qui nous dirigent ne sont pas choisis pas NOUS mais par ceux et celles qui nous dominent et nous exploitent (Ha&iuml;tiens et non-Ha&iuml;tiens). M&ecirc;me devant un bull-dozer ou une tanque de guerre pr&ecirc;t &agrave; me passer dessus, j&rsquo;aurais gard&eacute; ma position que nous avons les dirigeants que nous avons par la force des choses et non par notre <i>volont&eacute; g&eacute;n&eacute;rale<\/i>. J&rsquo;aurais cherch&eacute; tous les arguments montrant que la <i>volont&eacute; g&eacute;n&eacute;rale<\/i>, non seulement n&rsquo;existe pas, mais elle n&rsquo;est m&ecirc;me pas capable d&rsquo;exister dans une soci&eacute;t&eacute; de classes &ndash; mais que de pr&eacute;f&eacute;rence la classe dominante (&agrave; travers ses id&eacute;ologues) est dans l&rsquo;obligation, pour asseoir sa domination, de pr&eacute;senter ses int&eacute;r&ecirc;ts particuliers comme de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral. Exactement comme le fait cette Lettre venue des Lumi&egrave;res. Car, quand j&rsquo;observe la soci&eacute;t&eacute; ha&iuml;tienne, j&rsquo;ai envie de demander &agrave; l&rsquo;auteur: <b>Que voulez-vous dire au juste lorsque vous dites &ldquo;NOUS&rdquo;?<\/b><\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tIl y a cependant un point sur lequel je dois &ecirc;tre d&rsquo;accord: &ldquo;<i>Qu&rsquo;on le veuille ou non, nous partageons un ensemble de savoirs et savoir-faire, de mani&egrave;res d&rsquo;&ecirc;tre, d&rsquo;agir, de sentir et de penser qui nous distinguent culturellement plus ou moins du reste de l&rsquo;humanit&eacute;<\/i>&rdquo;. C&rsquo;est bien cela que des anthropologues d&eacute;crivent sous le concept de culture. En effet, la culture commune est globale et enveloppante, repose sur un support qu&rsquo;est la langue. Mais elle est &eacute;galement un lieu de conflits. Et en Ha&iuml;ti, son support m&ecirc;me est un haut lieu de conflits. Ce d&eacute;bat est trop vaste pour avoir sa place ici. D&rsquo;ailleurs tout Ha&iuml;tien ayant v&eacute;cu en Ha&iuml;ti sait que la coexistence entre le cr&eacute;ole et le fran&ccedil;ais n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; pacifique. Quant &agrave; la probl&eacute;matique de la culture,&nbsp; la <i>Lettre<\/i> m&rsquo;a fait remonter &agrave; la m&eacute;moire un texte que j&rsquo;avais publi&eacute; d&eacute;but de 2009, sous le titre &ldquo;<b>Lakilti: yon gadj&egrave;, yon kalfou lag&egrave;<\/b>[La culture&nbsp;: un lieu de luttes, un carrefour de guerre]<b><i>&rdquo;<\/i><\/b>. Cette discussion est trop vaste pour la r&eacute;prendre ici.<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t<b>Note 3<\/b><\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tA la v&eacute;rit&eacute;, la plus grande inqui&eacute;tude est autre: si ces &ldquo;[&#8230;] <strong><i>nous autres, qui assumons cet appel et ce rappel [&#8230;]<\/i><\/strong><strong><i>&rdquo;<\/i><\/strong><strong> avaient un quelconque engagement politique r&eacute;el, ne serait ce que minimum, dans cette soci&eacute;t&eacute; pourrie, ils n&rsquo;auraient pas d&eacute;pens&eacute; leur &eacute;nergie &agrave; &eacute;crire une lettre &agrave; une entit&eacute; id&eacute;elle inexistante. L&rsquo;auteur a rat&eacute; une bonne occasion d&rsquo;appeler le camp diss&eacute;min&eacute; de ceux et celles qui ne poss&egrave;dent pas ce pays &agrave; s&rsquo;organiser pour en prendre possession. Sauf que m&ecirc;me cette d&eacute;marche aurait &eacute;t&eacute; infructueuse, car ce camp-l&agrave; n&rsquo;a pas acc&egrave;s au support de culture qu&rsquo;est la langue fran&ccedil;aise. <\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>&nbsp;<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>Une fois de plus, la preuve est faite: &ldquo;qui ne fait rien, n&rsquo;est pas loin de mal faire&rdquo;!<\/strong><\/div>\n<div>\n\t<strong>&nbsp;<\/strong><\/div>\n<div align=\"right\">\n\t<strong>&nbsp;<\/strong><\/div>\n<div align=\"right\">\n\t<strong>10 janvier 2013<\/strong><\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t<i>*Franck S&eacute;guy est sociologue. Il vit actuellement au Br&eacute;sil o&ugrave; il d&eacute;veloppe sa th&egrave;se de doctorat autour de la coop&eacute;ration internationale dans le contexte de la suppos&eacute;e reconstruction en Ha&iuml;ti apr&egrave;s le s&eacute;isme du 12 janvier 2010<\/i>.<\/div>\n<div>\n\t<br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div id=\"ftn1\">\n<div>\n\t\t\t<a href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Luere\/Downloads\/renato%20cesar.docx#_ftnref1\" name=\"_ftn1\" title=\"\">[1]<\/a> Lire Marx, <i>Introduction &agrave; la critique de l&rsquo;&eacute;conomie politique<\/i>, item III.<\/div>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"ftn2\">\n<div>\n\t\t\t<a href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Luere\/Downloads\/renato%20cesar.docx#_ftnref2\" name=\"_ftn2\" title=\"\">[2]<\/a> Jn Anil Louis-Juste, assassin&eacute; le 12 janvier 2010 peu avant le s&eacute;isme, a cr&eacute;&eacute; le concept d&rsquo;<b>Internationale Communautaire<\/b> pour d&eacute;signer les institutions internationales et leur complexe id&eacute;ologico-politique appel&eacute; de &laquo;&nbsp;<i>Communaut&eacute; internationale&nbsp;<\/i>&raquo;. Car, d&rsquo;apr&egrave;s lui, le terme de <i>Communaut&eacute; internationale<\/i> constitue une fa&ccedil;on de gommer le fait qu&rsquo;internement il s&rsquo;agit de soci&eacute;t&eacute;s de classes, profond&eacute;ment divis&eacute;es par des contradictions et des antagonismes et qu&rsquo;externement, ce que cette soi-disant communaut&eacute;&nbsp;r&eacute;ussit de mieux, depuis son existence, c&rsquo;est de reproduire le cadre structurel hi&eacute;rarchique de subordination entre pays du centre et pays de la p&eacute;riph&eacute;rie. Le v&eacute;ritable r&ocirc;le de cette Internationale Communautaire cach&eacute;e sous l&rsquo;apparence de &laquo;&nbsp;communaut&eacute;&nbsp;internationale&raquo; consiste, &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, &agrave; dissuader et mettre en d&eacute;route toute lutte qui chercherait &agrave; &eacute;pouser la trajectoire de l&rsquo;Internationale Communiste ou &agrave; suivre une autre route qui ne soit pas celle trac&eacute;e par l&rsquo;Occident moderne\/colonial.<\/div>\n<div>\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\tLa premi&egrave;re trace de pr&eacute;cision du concept d&rsquo;Internationale Communautaire, nous la rep&eacute;rons dans un texte publi&eacute; par Louis-Juste le 15 octobre 2003. Nous y lisons en bas de page, la d&eacute;finition de l&rsquo;auteur lui-m&ecirc;me&nbsp;: <i>&laquo;&nbsp;L&rsquo;Internationale Communautaire forme l&rsquo;ensemble des organisations et institutions nationales et internationales qui font la politique du capital mondialis&eacute; sous la forme de la sp&eacute;culation financi&egrave;re. Elle comprend aussi bien les institutions de l&rsquo;ONU que les ONGs locales et &eacute;trang&egrave;res, qui militent contre l&rsquo;association volontaire des travailleurs, des minorit&eacute;s, des femmes, des indiens, etc.&nbsp;&raquo;<\/i>Jn Anil Louis-juste<i>, Universit&eacute; et Citoyennet&eacute; en Ha&iuml;ti,<\/i> disponible sur&nbsp;: www.alterpresse.org, acc&egrave;s&nbsp;: 23 nov. 2009<i>.<\/i><\/div>\n<div>\n\t\t\tSignalons que le concept d&rsquo;Internationale Communautaire est particuli&egrave;rement th&eacute;oris&eacute; dans la th&egrave;se de doctorat en Travail social de Jn Anil Louis-Juste, <i>Internacional Comunit&aacute;ria: ONGs chamadas alternativas e Projeto de livre individualidade. <\/i><i>Cr&iacute;tica &agrave; parceria enquanto forma de solidariedade de espet&aacute;culo no Desenvolvimento de comunidade no Haiti\/<\/i>Internationale Communautaire: ONG dites alternatives et Projet de libre individualit&eacute;. Critique du partenariat en tant que forme de solidarit&eacute; de spectacle dans le D&eacute;veloppement communautaire en Ha&iuml;ti, 2007. 353 p. Th&egrave;se (Doctorat en service social). Universidade Federal de Pernambuco, 2007.<\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ce texte du militant ha&iuml;tien Franck S&eacute;guy est une r&eacute;ponse &agrave; la &ldquo;Lettre &agrave; la soci&eacute;t&eacute; ha&iuml;tienne&rdquo; publi&eacute;e par le politologue ha&iuml;tien, Jean-L&eacute;on Ambroise, le samedi 05 janvier dernier. La Lettre est accessible via Le link suivant:&nbsp;http:\/\/www.alterpresse.org\/spip.php?article13892 &nbsp; &nbsp; &ldquo;Qui ne fait rien n&rsquo;est pas loin de mal faire&rdquo; &nbsp; Quand, le dimanche 06 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":667,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false},"categories":[3531],"tags":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/344"}],"collection":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=344"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/344\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=344"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=344"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=344"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}