{"id":3198,"date":"2022-05-05T20:03:37","date_gmt":"2022-05-05T18:03:37","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=3198"},"modified":"2022-05-05T20:03:37","modified_gmt":"2022-05-05T18:03:37","slug":"macron-reelu-et-maintenant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/macron-reelu-et-maintenant\/","title":{"rendered":"Macron r\u00e9\u00e9lu \u2013 Et maintenant ?"},"content":{"rendered":"<p><em>Les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles viennent de se tenir en France, les 10 et 24 avril dernier<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a>. Comme lors de l\u2019\u00e9lection de 2017, le second tour a oppos\u00e9 le pr\u00e9sident sortant, Emmanuel Macron, \u00e0 Marine Le Pen. Un duel auquel les sondages et les m\u00e9dias nous avaient pr\u00e9par\u00e9.es depuis des semaines. Un duel entre un pr\u00e9sident de droite (m\u00eame s\u2019il refuse de se pr\u00e9senter ainsi, pr\u00e9f\u00e9rant se dire \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb) \u00e0 sa rivale d\u2019extr\u00eame droite (m\u00eame si ce terme est rejet\u00e9 par elle, et si sa campagne a \u00e9t\u00e9 beaucoup ax\u00e9e sur les questions sociales, en particulier le pouvoir d\u2019achat). Un premier tour qui a encore mis hors-jeu tout ce qui, dans un vaste melting-pot assez confusionniste, est class\u00e9 \u00e0 gauche dans la vie politique fran\u00e7aise. Et le candidat favori de la bourgeoisie et de ses m\u00e9dias, Macron, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu.<\/em><\/p>\n<p>Par:\u00a0 Michael Lenoir, le 5 mai 2022<\/p>\n<p><strong>Quelques rappels sur le premier quinquennat Macron<\/strong><\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit ici que de se rem\u00e9morer quelques faits importants des cinq ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es. Ce rappel est utile pour pouvoir poser une premi\u00e8re question\u00a0: comment se fait-il au vu de son bilan (qui lui vaut une massive d\u00e9testation sociale), que Macron reste chef de l\u2019Etat aujourd\u2019hui\u00a0? En effet, il a accumul\u00e9, pendant sa pr\u00e9sidence, des mesures et une attitude arrogante<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a> qui en ont fait certainement le pr\u00e9sident le plus ha\u00ef de la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, tout particuli\u00e8rement parmi les classes populaires. Sa r\u00e9\u00e9lection semble donc \u00e0 premi\u00e8re vue paradoxale.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidence Macron a \u00e9t\u00e9, d\u00e8s le d\u00e9but, non pas seulement celle des riches \u2013 le pr\u00e9sident des riches, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 Sarkozy \u2013 mais celle des ultra-riches<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>. Parmi les toutes premi\u00e8res mesures prises, on notera la suppression de l\u2019Imp\u00f4t de solidarit\u00e9 sur la fortune (ISF), et la mise en \u0153uvre de la <em>flat tax <\/em>(\u00ab\u00a0ou pr\u00e9l\u00e8vement forfaitaire unique\u00a0\u00bb)<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a>. Des mesures purement en faveur des tr\u00e8s, tr\u00e8s riches, au d\u00e9triment de ce qui est g\u00e9n\u00e9ralement appel\u00e9 la \u00ab\u00a0solidarit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, et qui conduisent \u00e0 penser que Macron, est bel et bien l\u2019ex\u00e9cutant de la volont\u00e9 de s\u00e9cession sociale de la haute bourgeoisie.<\/p>\n<p>Des cadeaux aux milliardaires, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et des coups violents ass\u00e9n\u00e9s aux travailleurs\/ses et aux milieux les plus d\u00e9favoris\u00e9s, de l\u2019autre, avec en particulier l\u2019approfondissement de la casse du code du travail dont Macron avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019origine alors qu\u2019il \u00e9tait ministre de l\u2019Economie de Fran\u00e7ois Hollande\u00a0; et avec l\u2019attaque brutale contre les retraites, qui a valu un grand mouvement social \u00e0 l\u2019hiver 2019-2020<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a>. A la t\u00eate de l\u2019Education nationale, le m\u00eame ministre, Blanquer, a s\u00e9vi pendant 5 ans, augmentant la charge de travail des personnels \u00e0 tous les niveaux, d\u00e9mantelant les mesures sp\u00e9cifiques en faveur des \u00e9tablissements des ex-zones d\u2019\u00e9ducation prioritaire, s\u2019attaquant au caract\u00e8re national du baccalaur\u00e9at, bref, mettant en place une \u00e9cole toujours g\u00e9n\u00e9rant toujours plus de s\u00e9gr\u00e9gation sociale. Le \u00ab\u00a0progressisme\u00a0\u00bb de Macron en mati\u00e8re d\u2019immigration s\u2019est traduit par des op\u00e9rations polici\u00e8res violentes contre des sans-papiers, et un durcissement de la politique d\u2019expulsion contre ces prol\u00e9taires nomades, les plus vuln\u00e9rables parmi notre classe. Quant aux ch\u00f4meurs\/ses, leurs allocations ont \u00e9t\u00e9 amput\u00e9es \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2021\u2026<\/p>\n<p>Assez vite, on a pu constater que la pr\u00e9sidence Macron allait \u00eatre riche en luttes sociales, notamment avec la lutte contre la r\u00e9forme ferroviaire au printemps 2018. Mais c\u2019est surtout \u00e0 partir du 17 novembre 2018, qu\u2019un vaste mouvement social a surgi. Le soul\u00e8vement des Gilets jaunes a balay\u00e9 le pays pendant plusieurs mois, g\u00e9n\u00e9rant des occupations de ronds-points et autres lieux, de grandes manifestations tr\u00e8s peu encadr\u00e9es, des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019auto-organisation et une mise en mouvement de couches prol\u00e9tariennes g\u00e9n\u00e9ralement non organis\u00e9es syndicalement et politiquement, souvent parmi les plus pr\u00e9caires. La r\u00e9volte, qui a \u00e9clat\u00e9 face \u00e0 une mesure de hausse du prix du carburant, s\u2019est vite politis\u00e9e en \u00e9voluant vers la gauche et en int\u00e9grant des exigences sociales (telles que la r\u00e9instauration de l\u2019ISF), et d\u00e9mocratiques (telles que le RIC \u2013 r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019initiative citoyenne). Ce puissant mouvement social s\u2019est toutefois us\u00e9 par manque de perspectives strat\u00e9giques et du fait d\u2019une r\u00e9pression f\u00e9roce, qui a beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 diminuer le nombre des manifestant.es. Les violences polici\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s nombreuses, bien que ni\u00e9es par le pouvoir et les m\u00e9dias dominants. Cette p\u00e9riode a vu des morts suspectes, malgr\u00e9 les d\u00e9n\u00e9gations et les proc\u00e9dures qui s\u2019\u00e9ternisent<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a>. On d\u00e9compte une trentaine d\u2019yeux crev\u00e9s, des amputations graves (pieds, mains). Et des arrestations massives, avec des peines d\u2019emprisonnement pour des centaines de personnes.<\/p>\n<p>Puis est arriv\u00e9e la pand\u00e9mie. Alors que le mouvement social contre les retraites venait de s\u2019\u00e9tioler, conduit \u00e0 l\u2019\u00e9touffement par la politique des directions syndicales, la macronie s\u2019est retrouv\u00e9e \u00e0 g\u00e9rer une situation sanitaire o\u00f9 le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019elle n\u2019a pas brill\u00e9\u00a0! Mensonges vari\u00e9s et \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>, autoritarisme infantilisant vis-\u00e0-vis de la population<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a>, politique pro-business, en particulier apr\u00e8s le premier confinement (de mi-mars \u00e0 d\u00e9but mai 2020), chaos dans les \u00e9tablissements scolaires, saturation des h\u00f4pitaux \u00e0 certains moments\u00a0 et\u2026 une politique de destruction de la sant\u00e9 publique qui a, malgr\u00e9 la pand\u00e9mie, poursuivi la suppression de lits d\u2019h\u00f4pitaux. Un tel culot et un tel cynisme dans un tel contexte, cela m\u00e9riterait un oscar\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019autoritarisme est un trait marquant du n\u00e9olib\u00e9ralisme macroniste. On a pu constater le renforcement des brutalit\u00e9s polici\u00e8res, et pas seulement contre les Gilets jaunes<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\">[9]<\/a>. Et Macron a gouvern\u00e9 en s\u2019appuyant sur des lois et des mesures d\u2019exception, utilisant notamment la situation sanitaire comme pr\u00e9texte. La police se veut au-dessus des lois, et Macron et son ministre de l\u2019int\u00e9rieur Darmanin l\u2019encouragent en ce sens. La sinistre Loi dite de \u00ab\u00a0S\u00e9curit\u00e9 globale\u00a0\u00bb, initialement, pr\u00e9voyait m\u00eame d\u2019interdire de filmer les op\u00e9rations polici\u00e8res. Mais les protestations massives en 2020 ont fait \u00e9chouer cette ignominie et finalement, la loi promulgu\u00e9e le 25 mai 2021 n\u2019en parle pas, m\u00eame si elle inclut des reculs liberticides en mati\u00e8re de police municipale, de soci\u00e9t\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9es, d\u2019outils de surveillance (cam\u00e9ras pi\u00e9tons, vid\u00e9oprotection, etc.) et quant \u00e0 la protection des forces de l\u2019ordre. La loi du 24 ao\u00fbt 2021, dite \u00ab\u00a0contre le s\u00e9paratisme\u00a0\u00bb, s\u2019en prend aux libert\u00e9s publiques (culte, association, enseignement) et c\u2019est une machine de lutte contre les musulmans, sous pr\u00e9texte de bataille \u00e0 mener contre l\u2019islam politique.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re d\u2019\u00e9cologie et de lutte contre le r\u00e9chauffement climatique, malgr\u00e9 les annonces pr\u00e9sidentielles, et en dehors de ses effets de manche et de son <em>greenwashing<\/em> \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb, le bilan de Macron est compl\u00e8tement nul. Cela lui a valu le d\u00e9part, annonc\u00e9 sur les m\u00e9dias, de son seul ministre de l\u2019environnement qui a voulu croire \u00e0 la bonne volont\u00e9 pr\u00e9sidentielle en la mati\u00e8re, Nicolas Hulot, au bout d\u2019un an et trois mois. Quant aux 150 personnes tir\u00e9es au sort pour constituer la Convention citoyenne pour le climat (constitu\u00e9e en novembre 2019), leurs travaux se sont trouv\u00e9s pour l\u2019essentiel enterr\u00e9s et leurs propositions rejet\u00e9es \u00e0 environ 90% par l\u2019ex\u00e9cutif, et le r\u00e9f\u00e9rendum promis par Macron n\u2019a pas eu lieu. La bienveillante complicit\u00e9 de ce dernier avec Total, notamment pour ses op\u00e9rations en Ouganda, montre bien l\u2019hypocrisie et l\u2019irresponsabilit\u00e9 qui r\u00e8gnent en ce domaine. Ajoutons qu\u2019\u00e0 deux reprises l\u2019Etat fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour inaction climatique.<\/p>\n<p>Sans m\u00eame s\u2019\u00e9tendre sur les affaires et scandales, souvent \u00e9touff\u00e9s, qui se sont multipli\u00e9s pendant ces cinq ann\u00e9es, et sur la m\u00e9diocrit\u00e9 croissante du personnel politique et son inf\u00e9odation au monde des affaires que tout cela r\u00e9v\u00e8le, on saisit ais\u00e9ment qu\u2019au vu d\u2019un tel bilan, une large part de l\u2019\u00e9lectorat, particuli\u00e8rement dans les milieux populaires, ne voulait \u00e0 aucun prix voter Macron.<\/p>\n<p><strong>Une campagne pr\u00e9sidentielle tr\u00e8s particuli\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>Mais justement\u00a0: l\u2019habilet\u00e9 de Macron, que d\u2019aucuns verront plut\u00f4t comme de la l\u00e2chet\u00e9 politique, et les opportunit\u00e9s que divers \u00e9v\u00e8nements, en France et dans le monde, lui ont offert, ont permis que ce bilan ne soit pas vraiment discut\u00e9, et que le pr\u00e9sident-candidat n\u2019ait pas \u00e0 en rendre compte, ce qui semble assez hallucinant d\u2019un point de vue d\u00e9mocratique et quand il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9\u00e9lection.<\/p>\n<p>Comment cela s\u2019est-il pass\u00e9\u00a0? Plusieurs \u00e9l\u00e9ments entrent en jeu. Les choix du pr\u00e9sident en place d\u2019abord. En premier lieu, m\u00eame si tout le pays s\u2019attendait \u00e0 ce que Macron soit candidat \u00e0 sa r\u00e9\u00e9lection, ce dernier ne l\u2019a officialis\u00e9 que tr\u00e8s tard, le 3 mars dernier<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\">[10]<\/a>, soit un mois et une semaine avant le premier tour. Il a donc fait le choix d\u2019une campagne express, presque d\u2019une non-campagne. Pour le premier tour, apr\u00e8s une conf\u00e9rence de presse le 17 mars pour annoncer son programme, il a tenu son unique meeting de campagne en r\u00e9gion parisienne le 2 avril, \u00e0 une semaine du scrutin. En second lieu, et contrairement \u00e0 la pratique r\u00e9cente, notamment en 2017, Macron a refus\u00e9 un grand d\u00e9bat pluraliste avec les autres candidats, o\u00f9 les risques d\u2019une mise en cause de sa politique et de son bilan auraient \u00e9t\u00e9 assez \u00e9lev\u00e9s. Il \u00e9tait clair qu\u2019il voulait se retrouver face \u00e0 Marine Le Pen au second tour, et qu\u2019il pensait pouvoir la battre. Le seul d\u00e9bat t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 auquel il a particip\u00e9 a eu lieu face \u00e0 cette derni\u00e8re, entre les deux tours\u00a0; et outre la m\u00e9diocrit\u00e9 des \u00e9changes et des th\u00e9matiques, gu\u00e8re \u00e9tonnante avec ces finalistes, l\u2019impression dominante est qu\u2019il s\u2019en est plut\u00f4t mieux sorti qu\u2019elle.<\/p>\n<p>En plus de sa strat\u00e9gie consistant \u00e0 fuir le d\u00e9bat sur son bilan, et \u00e0 miser sur le r\u00e9flexe consistant \u00e0 \u00ab\u00a0faire barrage\u00a0\u00bb \u00e0 Le Pen, Macron a \u00e9t\u00e9 aid\u00e9 par d\u2019autres \u00e9v\u00e8nements dans les derniers mois. D\u2019abord la puissante vague du variant Omicron, qui a fait des ravages pendant l\u2019hiver, a \u00e9t\u00e9 fort heureusement moins l\u00e9tale proportionnellement que les vagues ant\u00e9rieures, et a reflu\u00e9 dans les derniers mois et semaines de la campagne pr\u00e9sidentielle, ce que Macron a su exploiter en supprimant la plupart des contraintes de la politique sanitaire d\u00e8s le 14 mars. Et quasi-miraculeusement, le Coronavirus, qui \u00e9tait au centre de l\u2019actualit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, faisant croire \u00e0 beaucoup de gens que la pand\u00e9mie est d\u00e9j\u00e0 derri\u00e8re nous. C\u2019est aussi que la sale guerre de Poutine contre l\u2019Ukraine est pass\u00e9e sur le devant de la sc\u00e8ne m\u00e9diatique. Et dans ce cadre, Macron a saisi une nouvelle opportunit\u00e9 de ne pas avoir \u00e0 s\u2019expliquer sur son bilan g\u00e9n\u00e9ral, posant au contraire au grand chef d\u2019Etat, au grand responsable politique du monde moderne. Ces deux \u00e9l\u00e9ments ont favoris\u00e9 la t\u00e2che au pr\u00e9sident-candidat, dans un contexte o\u00f9 les luttes sociales \u00e9taient plus atones que dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du quinquennat, tout en \u00e9tant souvent ignor\u00e9es m\u00e9diatiquement. Mais la logique de la Constitution, en lien avec la configuration des candidatures \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, a aussi jou\u00e9 en faveur de Macron.<\/p>\n<p><strong>Les candidatures du premier tour<\/strong><\/p>\n<p>Lors de la plupart des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles sous la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, le second tour a oppos\u00e9 des candidat.es appartenant \u00e0 la droite classique, \u00ab\u00a0r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb d\u2019un c\u00f4t\u00e9\u00a0; et \u00e0 la \u00ab\u00a0gauche\u00a0\u00bb, g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019origine social-d\u00e9mocrate<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\">[11]<\/a> de l\u2019autre. On constate donc que la r\u00e8gle, sous la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t l\u2019opposition de deux blocs politiques au second tour\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la droite traditionnelle\u00a0; de l\u2019autre la gauche r\u00e9formiste (m\u00eame si cette derni\u00e8re faisait de moins en moins de r\u00e9formes, et de plus en plus de contre-r\u00e9formes). Il apparait que cela a chang\u00e9 et ce changement semble durable. Il faut en mesurer la port\u00e9e, car la logique des pr\u00e9f\u00e9rences \u00e9lectorales s\u2019y est adapt\u00e9e et continuer \u00e0 changer en cons\u00e9quence. Dans une logique d\u2019affrontement de deux blocs (\u00ab\u00a0gauche-droite\u00a0\u00bb) il \u00e9tait admis qu\u2019au premier tour, les \u00e9lecteurs\/trices pouvaient facilement voter pour la candidature la plus proche de leurs v\u0153ux au premier tour, pour faire barrage au camp oppos\u00e9 lors du second, selon la formule\u00a0: \u00ab\u00a0au premier tour on choisit, au second tour on \u00e9limine\u00a0\u00bb. Des \u00e9lecteurs\/trices de gauche, en particulier, ont souvent eu le loisir de voter pour des candidatures \u00e0 gauche du PS au premier tour, pour se reporter sur ce dernier au second. Mais progressivement, on a vu surgir, puis se d\u00e9velopper, un troisi\u00e8me bloc, \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, autour du Front National, devenu Rassemblement National. On saisit ais\u00e9ment que si l\u2019\u00e9lection cl\u00e9 de la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, dont le second tour ne peut opposer que deux candidat.es, se joue non plus entre deux mais entre trois grands blocs \u00e9lectoraux, l\u2019un des trois blocs est n\u00e9cessairement absent du second tour, ce qui diminue de beaucoup la repr\u00e9sentativit\u00e9 (et donc la l\u00e9gitimit\u00e9) de l\u2019\u00e9lection. Lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2002, le Front National de Le Pen p\u00e8re \u00e9tait moins fort \u00e9lectoralement que le parti de sa fille Marine aujourd\u2019hui (J-M. Le Pen avait obtenu 4,8 millions de voix (16,86%) au premier tour, contre 8,1 millions (21,95%) \u00e0 Marine Le Pen cette ann\u00e9e), mais l\u2019\u00e9parpillement des candidatures de la gauche en 2002 (tous courants confondus) avait plac\u00e9 Lionel Jospin (PS) en 3<sup>e<\/sup> position. En 2017, quatre blocs principaux avaient \u00e9merg\u00e9\u00a0et obtenu des scores rapproch\u00e9s au premier tour : celui autour d\u2019Emmanuel Macron (24%), de Marine Le Pen (21,3%), Fran\u00e7ois Fillon (droite classique, 20%) et de Jean-Luc M\u00e9lenchon (19,5%). En 2017 la gauche r\u00e9formiste \u00e9tait moins divis\u00e9e qu\u2019en 2002 ou en 2022, mais la candidature du PS (Benoit Hamon, 6,36%) avait sans doute d\u00e9tourn\u00e9 de M\u00e9lenchon des voix qui lui auraient sans doute permis d\u2019acc\u00e9der au second tour.<\/p>\n<p>Quelle \u00e9tait la donne pour l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2022\u00a0? On pouvait, a priori &#8211; disons, il y a environ un an \u2013 s\u2019attendre \u00e0 voir apparaitre, ou r\u00e9apparaitre (comme en 2017) quatre forces principales, autour de quatre candidatures\u00a0: une probable candidature Macron, une candidature Le Pen, une candidature M\u00e9lenchon, et une candidature Les R\u00e9publicains (LR, droite classique) dont le nom devait \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 ult\u00e9rieurement. Or ce n\u2019est pas exactement ainsi que les choses se sont pass\u00e9es. Pour plusieurs raisons.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re raison\u00a0: \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2021, on a vu \u00e9merger, d\u2019abord officieusement, une candidature d\u2019extr\u00eame-droite concurrente \u00e0 celle de Marine Le Pen\u00a0: celle d\u2019\u00c9ric Zemmour, devenue officielle le 30 novembre. Zemmour, pol\u00e9miste raciste et islamophobe, r\u00e9inventeur de l\u2019histoire<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\">[12]<\/a>, adepte de la th\u00e8se du \u00ab\u00a0grand remplacement\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\">[13]<\/a> semblait en mesure de donner le \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb des d\u00e9bats politiques et m\u00e9diatiques \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e, et de regrouper derri\u00e8re lui non seulement une partie de l\u2019\u00e9lectorat lep\u00e9niste, mais aussi de la bonne bourgeoisie r\u00e9actionnaire, souvent de la droite catholique \u2013 il a \u00e9t\u00e9 soutenu financi\u00e8rement par le milliardaire Bollor\u00e9 \u2013 et le ban et l\u2019arri\u00e8re ban des groupes fascistes et racistes du pays. Mais Zemmour, contrairement au RN, s\u2019est toujours pr\u00e9sent\u00e9 comme un grand d\u00e9fenseur des in\u00e9galit\u00e9s sociales, des politiques n\u00e9olib\u00e9rales, de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, de la casse des retraites\u2026 A l\u2019automne, certains sondages cr\u00e9ditaient Zemmour de 17%, voire de 19% d\u2019intentions de votes, passant souvent devant Marine Le Pen, qu\u2019il semblait alors en mesure d\u2019emp\u00eacher d\u2019acc\u00e9der au second tour. Une extr\u00eame droite divis\u00e9e, c\u2019\u00e9tait assez nouveau dans ces proportions, d\u2019autant plus qu\u2019un troisi\u00e8me larron, Nicolas Dupont-Aignan, d\u00e9j\u00e0 candidat en 2017, certes plus souvent class\u00e9 dans la droite extr\u00eame que dans l\u2019extr\u00eame droite \u2013 des subtilit\u00e9s m\u00e9diatiques\u00a0! \u2013 et sur une base souverainiste, annon\u00e7ait aussi sa candidature. Il se pr\u00e9parait donc un lot de trois candidatures d\u2019extr\u00eame droite, de quoi changer la donne par rapport \u00e0 2017.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me raison de la diff\u00e9rence entre ce qui se dessinait il y a environ un an et ce qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9, est \u00e0 rechercher du c\u00f4t\u00e9 de la droite classique. On pouvait penser, notamment au printemps 2021, que l\u2019usure politique d\u2019Emmanuel Macron, et son rejet visc\u00e9ral par une grande partie de la population, pourrait pousser les secteurs dominants de la bourgeoisie \u00e0 opter pour une candidature alternative, du c\u00f4t\u00e9 LR (Les R\u00e9publicains) en particulier, par exemple Xavier Bertrand, ancien ministre sous Chirac et Sarkozy, aujourd\u2019hui pr\u00e9sident du Conseil r\u00e9gional des Hauts-de-France. Finalement, LR a organis\u00e9 une \u00e9lection primaire en son sein, o\u00f9 Bertrand a \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9 au premier tour, et qui s\u2019est sold\u00e9e par un duel entre Val\u00e9rie P\u00e9cresse, pr\u00e9sidente de la R\u00e9gion Ile de France, et Eric Ciotti, d\u00e9put\u00e9 de Nice. De peu, P\u00e9cresse, qui s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e sur une ligne plus mod\u00e9r\u00e9e que Ciotti \u2013 plus ouvertement r\u00e9actionnaire et islamophobe \u2013 s\u2019est impos\u00e9e comme candidate LR. Les choses avaient mal d\u00e9marr\u00e9 pour elle (Sarkozy lui-m\u00eame refusant de la soutenir\u00a0et appelant \u00e0 voter Macron!) et sa campagne s\u2019est progressivement enlis\u00e9e, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre entre autres bas\u00e9e sur une adaptation aux d\u00e9bats f\u00e9tides sur l\u2019immigration, l\u2019islam et l\u2019identit\u00e9 nationale, relanc\u00e9s en permanence par l\u2019extr\u00eame droite et notamment Zemmour, et reprises aussi par le camp macroniste. P\u00e9cresse a vite cess\u00e9 d\u2019apparaitre comme une alternative potentielle \u00e0 Macron, du point de vue des int\u00e9r\u00eats de la bourgeoisie. Cr\u00e9dit\u00e9e de 20% des intentions de vote en d\u00e9cembre, et apparaissant comme en mesure de battre Macron au second tour, celle-ci n\u2019a cess\u00e9 de perdre du terrain.<\/p>\n<p>Laissons de c\u00f4t\u00e9 la candidature difficile \u00e0 classer, mais situ\u00e9e autour de la demande d\u2019une plus large d\u00e9mocratie bourgeoise, du d\u00e9put\u00e9 Jean Lassalle, boute-en-train rougeaud et iconoclaste de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Et remarquons que la troisi\u00e8me raison du sc\u00e9nario qui a finalement pr\u00e9valu \u00e0 cette \u00e9lection pr\u00e9sidentielle est \u00e0 rechercher dans le panorama des gauches tel qu\u2019il s\u2019est affich\u00e9 dans cette campagne.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par la gauche bourgeoise, dans laquelle j\u2019inclus particuli\u00e8rement deux partis\u00a0: le PS, et EELV (Europe Ecologie Les Verts). La nature bourgeoise du PS \u2013 ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment sa transformation d\u2019un parti r\u00e9formiste \u00ab\u00a0ouvrier bourgeois\u00a0\u00bb tel qu\u2019il \u00e9tait dans les ann\u00e9es 1970 \u00e0 un parti purement bourgeois, adepte pas toujours honteux du n\u00e9olib\u00e9ralisme, tel qu\u2019il est devenu ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e par sa politique tout au long des derni\u00e8res d\u00e9cennies, avec des sommets atteints sous le quinquennat Hollande. Ce parti, d\u00e9j\u00e0 lamin\u00e9 par l\u2019\u00e9lection de Macron en 2017, pr\u00e9sentait la maire de Paris, Anne Hidalgo, \u00e0 cette pr\u00e9sidentielle. Une autre tentative issue de la mouvance du PS a fait long feu, celle de l\u2019ancien ministre Arnaud Montebourg. Puis, alors que la campagne Hildalgo ne semblait pas devoir d\u00e9coller, on a assist\u00e9 \u00e0 une nouvelle tentative, cette fois-ci de la part de Christiane Taubira, ancienne ministre de la justice sous Fran\u00e7ois Hollande, de repr\u00e9senter une union large de la gauche qui semblait plus que mal partie. Mais l\u2019op\u00e9ration Taubira a elle aussi tourn\u00e9 court, et finalement Hidalgo et Jadot (EELV) ont continu\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter cette gauche bourgeoise \u00e0 cette pr\u00e9sidentielle. La nature bourgeoise d\u2019EELV est peut-\u00eatre moins \u00e9vidente que celle du PS, mais son \u00e9lectorat reste ancr\u00e9 dans les classes moyennes sup\u00e9rieures sensibles aux questions \u00e9cologiques, et son \u00e9cologie reste globalement compatible avec le capitalisme et donc ne va pas loin. Son attachement \u00e0 l\u2019UE, en particulier, en fait un courant incapable de rompre avec la logique \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9rale dominante. Des courants plus proches du r\u00e9formisme, plus proche de M\u00e9lenchon et de la France Insoumise, toutefois, y sont pr\u00e9sents. Le candidat EELV \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, Yannick Jadot, repr\u00e9sentait l\u2019aile la plus droiti\u00e8re, la plus pro-capitaliste, du parti. Sa concurrente malheureuse \u00e0 la primaire EELV, Sandrine Rousseau, battue de peu, son aile plus r\u00e9formiste et FI-compatible.<\/p>\n<p>Difficile de classer le PCF parmi la gauche bourgeoise, vu son origine historique et ce qui reste encore de son ancrage populaire, mais force est de constater que la droitisation de ce parti qui n\u2019en finit pas de d\u00e9cliner s\u2019est encore poursuivie ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ce qui n\u2019emp\u00eache pas des r\u00e9flexes de crispation identitaire, comme celui ayant consist\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter la candidature de Fabien Roussel \u00e0 cette pr\u00e9sidentielle. Le PCF a fait une campagne situ\u00e9e globalement \u00e0 droite de la France Insoumise. D\u00e9fenseur de l\u2019ordre (bourgeois), on l\u2019a vu r\u00e9cemment soutenir une manifestation de policiers factieux \u2013 tout comme le PS et EELV d\u2019ailleurs. Le r\u00e9formisme du PCF est toujours plus droitier. Et parmi les vieux traits staliniens toujours pr\u00e9sents dans ce parti, la d\u00e9fense de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire tient encore une bonne place. La candidature Roussel n\u2019\u00e9tait finalement rien d\u2019autre qu\u2019une pure affirmation identitaire du PCF, doubl\u00e9e d\u2019une volont\u00e9 \u2013 frustr\u00e9e \u2013 de prendre une revanche sur M\u00e9lenchon et la FI qui l\u2019avait encore plus marginalis\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n<p>Avant que le Conseil constitutionnel ne valide les candidatures, notamment en v\u00e9rifiant les fameuses 500 signatures d\u2019\u00e9lu.es, on pouvait s\u2019attendre aussi \u00e0 3 candidatures de l\u2019extr\u00eame-gauche\u00a0: Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA)\u00a0; Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvri\u00e8re (LO), et Annasse Kazib, cheminot syndicaliste \u00e0 Sud Rail et candidat pour le courant CCR (li\u00e9 \u00e0 la Fraction trotskiste, FT-QI), qui a quitt\u00e9 le NPA \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2021. Finalement, Annasse Kazib n\u2019a pas obtenu les fatidiques 500 signatures et Poutou et Arthaud ont repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019extr\u00eame gauche.<\/p>\n<p>Dans cet ensemble des gauches, c\u2019est tr\u00e8s clairement dans les voiles de M\u00e9lenchon et de l\u2019Union populaire (UP) rassembl\u00e9e autour de la FI que le vent a souffl\u00e9. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 vrai en 2017, et on pouvait s\u2019attendre \u00e0 ce que cela se produise \u00e0 nouveau en 2022. Avec ses sp\u00e9cificit\u00e9s, certes, la FI repr\u00e9sente en France un courant n\u00e9o-r\u00e9formiste que l\u2019on a vu \u00e0 l\u2019\u0153uvre ailleurs\u00a0: en Gr\u00e8ce avec Syriza, au Portugal avec le <em>Bloco de Esquerda<\/em>, en Espagne avec <em>Podemos<\/em>\u2026 Misant sur la voie institutionnelle et les \u00e9lections pour changer la donne politique, pour une VI<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, le programme de l\u2019UP, intitul\u00e9 <em>L\u2019Avenir en commun<\/em> annonce des r\u00e9formes \u00e9conomiques et sociales progressistes, une politique en faveur des services publics, le rel\u00e8vement des minimas sociaux, un SMIC augment\u00e9 \u00e0 1400\u20ac mensuels, le retour de la retraite \u00e0 60 ans, une planification \u00e9cologique, etc. Mais tout cela est cens\u00e9 \u00eatre obtenu sans affrontement majeur avec la bourgeoisie, sans l\u2019exproprier\u2026 On pourrait relever aussi des choses critiquables aussi en mati\u00e8re de politique \u00e9trang\u00e8re et de positionnement par rapport \u00e0 l\u2019Etat et \u00e0 ses appareils r\u00e9pressifs. Tr\u00e8s longtemps, les sondages n\u2019accordaient que 8 \u00e0 10% des intentions de votes \u00e0 M\u00e9lenchon. Ce dernier n\u2019a obtenu des pr\u00e9visions de l\u2019ordre de 15% que dans les derniers jours avant le premier tour, mais en se situant toujours tr\u00e8s loin de Macron et de de Marine Le Pen.<\/p>\n<p><strong>Un premier tour\u00a0pas tout \u00e0 fait sans surprises<\/strong><\/p>\n<p>Un des enjeux de cette \u00e9lection pr\u00e9sidentielle r\u00e9sidait dans le taux d\u2019abstention. En effet, \u00e0 part peut-\u00eatre tout \u00e0 fait \u00e0 la fin de la campagne, celle-ci s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e sur fond d\u2019une vaste indiff\u00e9rence populaire et d\u2019une lassitude certaine face aux choix politiques propos\u00e9s. Le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, voire le d\u00e9go\u00fbt, face \u00e0 la politique (au moins la politique institutionnelle) telle qu\u2019elle est propos\u00e9e n\u2019a fait que grandir tout au long de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. L\u2019impression de ne pas pouvoir changer la vie par les \u00e9lections grandit dans la population, et c\u2019est tout particuli\u00e8rement vrai dans les milieux d\u00e9favoris\u00e9s et les quartiers populaires. La mont\u00e9e de l\u2019abstentionnisme se v\u00e9rifie, grosso modo, dans l\u2019ensemble des scrutins, m\u00eame si la participation est traditionnellement plus \u00e9lev\u00e9e lors des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\">[14]<\/a>. Mais d\u00e9j\u00e0, la pr\u00e9sidentielle de 2017 avait connu une abstention \u00e9lev\u00e9e (22,23% au premier tour, 25,44% au second)<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\">[15]<\/a>. Peu apr\u00e8s, m\u00eame des \u00e9lections d\u2019impact national comme les l\u00e9gislatives ont connu en juin 2017 une participation inf\u00e9rieure \u00e0 50% (51,3% d\u2019abstention au premier tour et 57,36% au second). Certains scrutins, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ont connu des taux d\u2019abstention extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9s. Les \u00e9lections europ\u00e9ennes, traditionnellement marqu\u00e9es par une faible participation, ont fris\u00e9 les 50% en 2019 (49,88%). Aux \u00e9lections municipales de 2020 l\u2019abstention \u00e9tait de 55,25% au premier tour et de 58,6% au second. Les \u00e9lections r\u00e9gionales et d\u00e9partementales des 20 et 27 juin 2021 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par une abstention record (au premier tour, 66,72% d\u2019abstention aux r\u00e9gionales et\u00a066,68% aux d\u00e9partementales\u00a0; respectivement 65,31% et 65,64% au second tour).<\/p>\n<p>Or la participation au premier tour de la pr\u00e9sidentielle 2022, certes ne s\u2019est pas effondr\u00e9e \u2013 ce qui constitue en soi un premier succ\u00e8s relatif pour Macron \u2013 mais elle a tout de m\u00eame diminu\u00e9 par rapport \u00e0 2017, avec une abstention s\u2019\u00e9levant cette fois \u00e0 26,31%. Cette participation confirme la mont\u00e9e du d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la vie politique telle qu\u2019elle est, m\u00eame si son niveau ne constitue pas une d\u00e9l\u00e9gitimation compl\u00e8te du scrutin pr\u00e9sidentiel. N\u00e9anmoins, il faut constater que cette ann\u00e9e, les deux finalistes de la pr\u00e9sidentielle n\u2019ont obtenu, sur l\u2019ensemble des \u00e9lecteurs\/trices inscrit.es, que 20,07% des voix (Macron) et 16,69% (Le Pen), ce qui veut dire que les deux personnes rest\u00e9es en lice pour l\u2019\u00e9lection cl\u00e9 de la vie politique fran\u00e7aise n\u2019ont obtenu, ensemble, que les suffrages d\u2019un gros tiers de l\u2019\u00e9lectorat (36,76% exactement). Dit autrement, le cumul des abstentionnistes, des votes blancs et nuls et des \u00e9lecteurs\/trices ayant choisi d\u2019autres candidatures repr\u00e9sente 63,24% de l\u2019\u00e9lectorat, ce qui signifie qu\u2019il y a pr\u00e8s des deux tiers de la population dont le choix n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pris en compte. Cela pose bel un bien un probl\u00e8me de repr\u00e9sentativit\u00e9, et contribue \u00e0 miner la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019institutions qui repr\u00e9sentent de moins en moins bien la volont\u00e9 populaire.<\/p>\n<p>Mais incontestablement, la principale r\u00e9ussite de Macron \u00e0 ce premier tour, outre d\u2019arriver en t\u00eate avec 27,84% des suffrages exprim\u00e9s, c\u2019est d\u2019avoir fait exploser les deux partis traditionnels de \u00ab\u00a0l\u2019alternance molle\u00a0\u00bb droite-gauche, qui a structur\u00e9 la vie politique fran\u00e7aise pendant des d\u00e9cennies, entre ce qui s\u2019appelle aujourd\u2019hui LR<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\">[16]<\/a> d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et le PS de l\u2019autre. D\u00e9j\u00e0, on a vu qu\u2019en 2017 le score du candidat PS (Benoit Hamon) avait chut\u00e9 \u00e0 6,36%. Mais le score de Fillon \u00e9tait encore de 20% il y a cinq ans. En 2022, ces deux forces politiques en sont arriv\u00e9es \u00e0 une quasi-disparition\u00a0: pour LR, Val\u00e9rie P\u00e9cresse n\u2019obtient que 4,78% et pour le PS, Anne Hidalgo fait encore pire\u00a0(1,75%)<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\">[17]<\/a>, et au niveau de sa repr\u00e9sentativit\u00e9 nationale, le PS semble avoir maintenant subi le m\u00eame processus que le PASOK grec. Ayant obtenu moins de 5%, ni l\u2019une ni l\u2019autre des candidates (LR et PS) ne verront leurs frais de campagne rembours\u00e9s par l\u2019Etat. Rappelons qu\u2019il y a dix ans seulement, le PS (Hollande) repr\u00e9sentait 28,63% des suffrages exprim\u00e9s au premier tour, et l\u2019UMP (Sarkozy) 27,18%. A eux deux, ces partis regroupaient 55,81% des suffrages exprim\u00e9s. Aujourd\u2019hui, LR et le PS ensemble ne repr\u00e9sentent plus que 6,53%\u00a0de l\u2019\u00e9lectorat! Si la marginalisation politique du PS avait commenc\u00e9 en 2017, en 2022 elle semble devenue d\u00e9finitive (au moins en termes d\u2019audience nationale), tandis que celle de LR est bien engag\u00e9e\u00a0! L\u2019espace de la politique bourgeoise n\u00e9olib\u00e9rale et autoritaire qui se partageait, encore sous le quinquennat Hollande, entre la droite classique et la fausse gauche est \u00e0 pr\u00e9sent occup\u00e9 par Macron qui se dit \u00ab\u00a0d\u2019extr\u00eame-centre\u00a0\u00bb. Le premier tour de la pr\u00e9sidentielle n\u2019a donc pas fait apparaitre un bloc politique assez fort dans la droite classique, contrairement \u00e0 2017 avec Fillon.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, on a finalement vu se dessiner non pas quatre, mais trois candidatures de t\u00eate, au-dessus de 20% des suffrages exprim\u00e9s, et assez proches les unes des autres\u00a0: Macron (env. 9,8 millions de voix, 27,84%), Le Pen (env. 8,1 millions, 23,15%), et M\u00e9lenchon (env. 7,7 millions, 21,95%). Les candidatures suivantes sont loin derri\u00e8re<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\">[18]<\/a>. Les points forts de ces trois candidat.es apparaissent comme suit\u00a0: pour Macron, les CSP+ et les retrait\u00e9.es. Pour Le Pen, un \u00e9lectorat nettement plus jeune, une partie des milieux populaires (souvent des zones p\u00e9riurbaines, d\u2019anciennes r\u00e9gions industrielles appauvries \u2013 le nord et l\u2019est en particulier) et le Midi m\u00e9diterran\u00e9en. Pour M\u00e9lenchon, un vote fort dans la jeunesse<a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\">[19]<\/a>, des r\u00e9sultats \u00a0majoritaires dans les DOM<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\">[20]<\/a>, souvent une premi\u00e8re place et de tr\u00e8s bons scores dans des municipalit\u00e9s ouvri\u00e8res et populaires. De bons r\u00e9sultats \u00e0 Paris (30,09%) et en r\u00e9gion parisienne, et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale dans les grandes villes o\u00f9 il est en hausse par rapport \u00e0 2017 (31,12% \u00e0 Marseille; 35,48% \u00e0 Strasbourg\u00a0; 40,73% \u00e0 Montpellier\u00a0; 29,06 \u00e0 Bordeaux\u2026)<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\">[21]<\/a>. Les banlieues pauvres de la r\u00e9gion parisienne ont beaucoup vot\u00e9 M\u00e9lenchon, tout particuli\u00e8rement la Seine-St Denis, o\u00f9 l\u2019UP fait reculer Marine Le Pen.<\/p>\n<p>Une surprise relative de ces r\u00e9sultats se trouve dans le score de M\u00e9lenchon, beaucoup plus proche d\u2019une qualification pour le second tour que les derniers sondages ne l\u2019indiquaient (environ 7 points de plus). Le faible \u00e9cart avec Marine Le Pen (environ 400\u00a0000 voix, soit 1,20%) a fait rager beaucoup d\u2019\u00e9lecteurs\/trices de l\u2019UP. M\u00e9lenchon am\u00e9liore son score de 2017, contrairement \u00e0 ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu par les instituts de sondage, tant en voix qu\u2019en pourcentages (7,71 millions de voix en 2022 contre 7,06 millions en 2017, et 21,95% contre 19,58%). Il semble que les derniers jours et m\u00eame les derni\u00e8res heures ont vu beaucoup de personnes se d\u00e9cider \u00e0 voter pour le candidat n\u00e9o-r\u00e9formiste. Des abstentionnistes potentiel.les se sont d\u00e9cid\u00e9.es \u00e0 le faire, et des personnes qui pensaient initialement pour d\u2019autres candidatures de gauche se sont finalement tourn\u00e9es vers M\u00e9lenchon, per\u00e7u comme seule possibilit\u00e9 d\u2019emp\u00eacher un duel Macron-Le Pen au second tour. Mais finalement, les scores de M\u00e9lenchon pr\u00e9vus par les derniers sondages ont sans doute fait que beaucoup d\u2019\u00e9lecteurs\/trices potentiel.les de M\u00e9lenchon n\u2019y ont pas cru. Et l\u2019\u00e9miettement des candidatures de l\u2019ensemble des gauches, et en particulier celle du PCF Fabien Roussel, a fait l\u2019objet d\u2019am\u00e8res critiques.<\/p>\n<p>Un autre \u00e9l\u00e9ment doit \u00eatre relev\u00e9. Finalement, la candidature Zemmour et donc la division de l\u2019extr\u00eame droite n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fatale \u00e0 Marine Le Pen, bien au contraire. Le cr\u00e9neau typique de cette mouvance politique, et en g\u00e9n\u00e9ral du FN puis du RN (ins\u00e9curit\u00e9, x\u00e9nophobie, islamophobie) a \u00e9t\u00e9 principalement occup\u00e9 par Zemmour. Cela a pouss\u00e9 Marine Le Pen, toujours en qu\u00eate d\u2019une respectabilit\u00e9 d\u00e9mocratique et qui confirme et amplifie la banalisation de son parti, \u00e0 mettre l\u2019accent de sa campagne ailleurs, et en particulier sur la d\u00e9fense de la population la plus modeste, avec des th\u00e9matiques autour de la lutte pour le pouvoir d\u2019achat, contre la hausse des prix, etc. Un tel choix, bien s\u00fbr fallacieux et d\u00e9magogique, mais op\u00e9r\u00e9 dans un contexte de reprise de l\u2019inflation et de fins de mois difficiles, s\u2019est av\u00e9r\u00e9 payant. De son c\u00f4t\u00e9, Zemmour, qui avait r\u00e9ussi \u00e0 recruter des cadres du RN (notamment l\u2019avocat Gilbert Collard, et la ni\u00e8ce de Marine Le Pen, Marion Mar\u00e9chal), qui assurait de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e qu\u2019il serait pr\u00e9sent au second tour, et qui semblait menacer r\u00e9ellement la candidate du RN, a vu la dynamique de sa campagne s\u2019arr\u00eater, puis s\u2019effriter \u00e0 partir de la mi-f\u00e9vrier, alors qu\u2019il repr\u00e9sentait encore 15% dans les sondages d\u2019opinion. Pourquoi cela\u00a0? Plusieurs \u00e9l\u00e9ments semblent avoir jou\u00e9\u00a0: d\u2019abord son brutal ultra-lib\u00e9ralisme a d\u00fb choquer une partie de son \u00e9lectorat potentiel. De plus, lorsqu\u2019il a d\u00fb, par moments, parler d\u2019autre chose que de ses obsessions racistes et islamophobes, il n\u2019a pas sembl\u00e9 en capacit\u00e9 de r\u00e9pondre s\u00e9rieusement \u00e0 toute une s\u00e9rie de questions qui pr\u00e9occupent l\u2019\u00e9lectorat\u00a0: emploi, protection sociale, sant\u00e9, pouvoir d\u2019achat\u2026 Enfin, les d\u00e9clarations de Zemmour sur la guerre en Ukraine l\u2019ont fait plonger\u00a0: longtemps admirateur du \u00ab\u00a0patriote\u00a0\u00bb Poutine, Zemmour a fait le pari que la Russie n\u2019envahirait pas l\u2019Ukraine, puis il a jug\u00e9 que l\u2019arriv\u00e9e de r\u00e9fugi\u00e9.es ukrainien.nes en France risquait de d\u00e9stabiliser le pays, et qu\u2019il valait mieux que ces r\u00e9fugi\u00e9.es restent en Pologne. Sur ce point Marine Le Pen a su \u00eatre plus en phase avec l\u2019opinion publique\u00a0: elle semble \u00eatre parvenue \u00e0 faire oublier son soutien pass\u00e9 \u00e0 Poutine, notamment lors de son invasion de la Crim\u00e9e, et le fait que le RN \u00e9tait largement financ\u00e9 par une banque russe proche du dictateur. Elle l\u2019a fait en condamnant plus ouvertement l\u2019invasion, et en se montrant bien plus accueillante vis-\u00e0-vis de ces r\u00e9fugi\u00e9.es.<\/p>\n<p><strong>Un nouveau duel Macron-Le Pen, remport\u00e9 par le pr\u00e9sident sortant. <\/strong><\/p>\n<p>Dans les semaines qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le premier tour, Macron n\u2019avait pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 annoncer les mauvais coups antisociaux qui forment le c\u0153ur du programme pour son nouveau mandat. En particulier, deux mesures tr\u00e8s impopulaires ont \u00e9t\u00e9 mises en avant\u00a0: le recul de l\u2019\u00e2ge de la retraite jusqu\u2019\u00e0 65 ans, sous pr\u00e9texte de s\u2019aligner sur la moyenne europ\u00e9enne\u00a0; et le conditionnement du RSA (Revenu de solidarit\u00e9 active) destin\u00e9 aux plus d\u00e9muni.es, \u00e0 une activit\u00e9 professionnelle hebdomadaire de 15 ou 20 heures. Derri\u00e8re l\u2019argument boueux de la lutte contre l\u2019assistanat et de la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre la France au travail, il s\u2019agit \u00e9videmment de proc\u00e9der \u00e0 de nouveaux transferts de valeur en faveur des plus riches. Ces deux mesures cl\u00e9s, Macron n\u2019a donc pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 les mettre en avant \u00e0 la mi-mars, encourag\u00e9 dans son arrogance par des sondages qui le pla\u00e7aient tr\u00e8s largement en t\u00eate des intentions de vote. Avec ces annonces, Macron visait aussi \u00e0 s\u2019assurer les suffrages d\u2019un \u00e9lectorat conservateur et assez nanti. Toutefois, les derni\u00e8res \u00e9tudes d\u2019opinion avant le premier tour indiquaient un resserrement, avec \u00e0 la fois une baisse de Macron et une forte hausse de Marine Le Pen. Les tout derniers sondages, tout en restant favorables \u00e0 Macron, rendaient m\u00eame cr\u00e9dible un score sup\u00e9rieur de Le Pen. Et les projections pour le second tour annon\u00e7aient des r\u00e9sultats de plus en plus serr\u00e9s. Toutefois l\u2019avance de Macron sur Le Pen au premier tour (environ 1,7 millions de voix et 4,7 points) s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e plus forte que ne semblaient l\u2019indiquer les derniers sondages. Et les \u00e9tudes d\u2019opinion entre les deux tours ont indiqu\u00e9 une nouvelle augmentation de l\u2019\u00e9cart entre les deux finalistes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le premier tour, la plupart des candidat.es \u00e9limin\u00e9.es ont donn\u00e9 des consignes de vote plus ou moins pr\u00e9cises pour le second. Pour Le Pen\u00a0: Zemmour et Dupont-Aignan. Ouvertement pour voter Macron\u00a0: P\u00e9cresse, Hidalgo, Jadot, Roussel. Sur le mode \u00ab\u00a0pas une voix pour Le Pen\u00a0\u00bb, mais sans appeler \u00e0 voter Macron, M\u00e9lenchon et Poutou. \u00ab\u00a0Ni Macron ni Le Pen\u00a0\u00bb pour Arthaud, et aucune consigne de vote pour Lassalle. Mais les enqu\u00eates d\u2019opinion montraient nettement qu\u2019entre les consignes de vote des candidat.es et les intentions de vote de leurs \u00e9lecteurs\/trices pour le second tour, il y avait un beau hiatus. Il est de plus en plus apparu que c\u2019\u00e9tait essentiellement l\u2019\u00e9lectorat m\u00e9lenchoniste qui tenait la cl\u00e9 du second tour. Or cet \u00e9lectorat semblait globalement h\u00e9sitant et divis\u00e9, se r\u00e9partissant de mani\u00e8re fluctuante entre une large part d\u2019intentions d\u2019abstention ou de vote blanc ou nul, une autre large part d\u2019intentions de vote Macron pour faire barrage \u00e0 Le Pen, et une minorit\u00e9 d\u2019intentions de vote Le Pen pour en finir avec Macron. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que cet \u00e9lectorat ait \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement courtis\u00e9 par les deux finalistes. Pour lui plaire, Le Pen a insist\u00e9 sur les questions sociales. Et Macron n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 jouer les \u00ab\u00a0n\u00e9gociateurs\u00a0\u00bb, parlant de n\u2019augmenter l\u2019\u00e2ge de la retraite jusqu\u2019\u00e0 64 ans (seulement\u00a0!) et d\u2019organiser un d\u00e9bat avec r\u00e9f\u00e9rendum sur la question. Ce cynisme n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 apparaitre pour ce qu\u2019il est\u00a0: d\u00e8s le lendemain de la victoire de Macron le 24 avril, l\u2019un de ses lieutenants, le ministre de l\u2019Economie Bruno Le Maire n\u2019a pas exclu de recourir \u00e0 l\u2019article 49.3 pour faire passer en force la nouvelle contre-r\u00e9forme des retraites annonc\u00e9e par Macron<a href=\"#_edn22\" name=\"_ednref22\">[22]<\/a>. Une nouvelle insulte aux \u00e9lecteurs\/trices ayant vot\u00e9 Macron au second tour pour faire barrage au RN\u00a0!<\/p>\n<p>Finalement, l\u2019\u00e9cart au second tour entre Macron et Le Pen \u00e9tait plus large que ne le laissaient pr\u00e9sager m\u00eame les ultimes sondages\u00a0: il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu avec environ 18,7 millions de voix et 58,55% des bulletins exprim\u00e9s, contre 13,3 millions et 41,45% \u00e0 Marine Le Pen. Mais la victoire du pr\u00e9tentieux de l\u2019Elys\u00e9e doit \u00eatre relativis\u00e9e, pour diff\u00e9rentes raisons. En premier lieu, l\u2019abstention au second tour s\u2019est \u00e9lev\u00e9e \u00e0 28,01%, en hausse par rapport au second tour de 2017 (25,44%), et aussi par rapport au premier tour cet ann\u00e9e (26,31%). A ceci il convient d\u2019ajouter plus de 3 millions de bulletins blancs ou nuls, non pris en consid\u00e9ration en France (il y en avait un million de plus en 2017). En second lieu, Macron perd environ deux millions de voix par rapport \u00e0 2017 (environ 18,7 millions en 2022 contre 20,7 en 2017) et en pourcentage il recule de 66,10% \u00e0 58,55%. En troisi\u00e8me lieu, d\u2019une certaine fa\u00e7on il y a sans doute deux vainqueurs \u00e0 cette \u00e9lection\u00a0: Macron ET Le Pen. Jamais l\u2019extr\u00eame droite n\u2019avait atteint de tels scores \u00e0 une \u00e9lection de cette importance. En 2017, Marine Le Pen recueillait environ 10,6 millions de voix au second tour. Cette ann\u00e9e elle approche les 13,3 millions. Il est donc clair que l\u2019extr\u00eame droite s\u2019est renforc\u00e9e pendant le premier quinquennat Macron. Rappelons qu\u2019en 2017, ce dernier annon\u00e7ait vouloir \u00ab\u00a0<em>faire reculer les extr\u00eames<\/em>\u00a0\u00bb. Bien \u00e9videmment, LES extr\u00eames, cela regroupait aussi, dans l\u2019esprit de Macron, la France Insoumise. Mais sur ces deux plans, l\u2019\u00e9chec de Macron est patent.<\/p>\n<p>En fait, Macron a \u00e9t\u00e9 largement r\u00e9\u00e9lu gr\u00e2ce aux voix d\u2019\u00e9lecteurs\/trices de gauche, de M\u00e9lenchon en particulier, inquiet.es de la perspective de voir Marine Le Pen acc\u00e9der \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e. A part les DOM, o\u00f9 l\u2019\u00e9lectorat m\u00e9lenchoniste a clairement bascul\u00e9 vers Marine Le Pen pour battre le pr\u00e9sident sortant, il semble qu\u2019une majorit\u00e9 d\u2019\u00e9lecteurs\/trices de l\u2019UP ait finalement choisi de glisser un bulletin Macron dans l\u2019urne, m\u00eame en se pin\u00e7ant le nez\u00a0! <em>De fait, l\u2019argument de la lutte contre le \u00ab\u00a0fascisme\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_edn23\" name=\"_ednref23\">[23]<\/a><em>, un terme qu\u2019il est faux de galvauder, car cette cat\u00e9gorie politique m\u00e9riterait une \u00e9tude approfondie hors du champ de cet article, a \u00e9t\u00e9 largement mis en avant, de la droite mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 des secteurs de l\u2019extr\u00eame gauche. Et la peur suscit\u00e9e par le RN et le \u00ab\u00a0fascisme\u00a0\u00bb aux portes de l\u2019Elys\u00e9e a, \u00e0 nouveau, aid\u00e9 Macron, m\u00eame si c\u2019est dans une moindre mesure qu\u2019il y a cinq ans. <\/em>Le pr\u00e9sident r\u00e9\u00e9lu en convient lorsqu\u2019il reconnait au Champ de Mars, le soir m\u00eame du 24 avril\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nombre de nos compatriotes ont vot\u00e9 ce jour pour moi\u00a0non pour soutenir les id\u00e9es que je porte mais pour faire barrage \u00e0 celles de l&rsquo;extr\u00eame droite\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_edn24\" name=\"_ednref24\">[24]<\/a><em>., Quelle conclusion politique en tirer, selon lui ? Faut-il s\u2019attendre \u00e0 des concessions, \u00e0 une politique moins dure, moins antisociale\u00a0? Que nenni\u00a0! Car il faut bien voir que son mandat, contrairement aux apparences, il le tient non de l\u2019\u00e9lectorat, mais de la haute bourgeoisie, et celle-ci, pour augmenter son taux de profit, a besoin d\u2019un pouvoir politique qui continue \u00e0 attaquer les acquis sociaux. Certes, Macron a d\u00e9clar\u00e9 vouloir \u00eatre \u00ab\u00a0le pr\u00e9sident de tous\u00a0\u00bb, incluant \u00e0 la fois l\u2019\u00e9lectorat de M\u00e9lenchon et de Le Pen, entre autres. Mais rappelons qu\u2019il avait tenu le m\u00eame type de discours en 2017, alors que sa politique a ensuite \u00e9t\u00e9 un affront permanent \u00e0 l\u2019\u00e9lectorat de gauche. Les d\u00e9clarations de Bruno Le Maire \u00e0 propos des retraites, rappel\u00e9es plus haut, laissent entendre que Macron II sera aussi brutal et m\u00e9prisant que Macron I\u00a0! Du moins si la suite de la s\u00e9quence politique le lui permet.<\/em><\/p>\n<p><strong>Les \u00e9lections l\u00e9gislatives des 12 et 19 juin<\/strong><\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident sortant est r\u00e9\u00e9lu, mais l\u2019ancien gouvernement (Castex) reste en place pour l\u2019instant. La Constitution indique que le pouvoir l\u00e9gislatif doit \u00eatre renouvel\u00e9, avec des \u00e9lections \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s. 577 si\u00e8ges sont \u00e0 pourvoir, et les grandes man\u0153uvres politiciennes dans cette perspective ont commenc\u00e9 d\u00e8s le lendemain du second tour de la pr\u00e9sidentielle. Rappelons que les \u00e9lections l\u00e9gislatives qui vont se tenir les 12 et 19 rel\u00e8vent d\u2019un scrutin majoritaire uninominal (\u00e0 deux tours)<a href=\"#_edn25\" name=\"_ednref25\">[25]<\/a> par circonscription. Les 577 circonscriptions sont tr\u00e8s in\u00e9gales quant \u00e0 la population inscrite, et tout a \u00e9t\u00e9 fait, \u00e0 diverses reprises, au niveau du d\u00e9coupage \u00e9lectoral, pour rendre bien plus difficile l\u2019\u00e9lection d\u2019un.e d\u00e9put\u00e9.e de gauche (qui n\u00e9cessite bien plus de voix dans les circonscriptions populaires) que de suffrages de droite (dans les circonscriptions ais\u00e9es). Les \u00e9lections l\u00e9gislatives, telles qu\u2019elles sont organis\u00e9es, ont la particularit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale d\u2019amplifier les majorit\u00e9s parlementaires. De fait, des forces \u00e9lectorales importantes au niveau national se retrouvent facilement avec une repr\u00e9sentation r\u00e9duite, voire nulle au niveau des si\u00e8ges au parlement. Cela est en particulier le cas pour le FN puis le RN (qui n\u2019a longtemps eu aucun.e d\u00e9put\u00e9.e et n\u2019en a que 6 dans l\u2019Assembl\u00e9e actuelle) et pour la FI (qui n\u2019y a que 17 \u00e9lu.es), malgr\u00e9 les scores de Marine Le Pen et Jean-Luc M\u00e9lenchon en 2017. Le mode de scrutin des l\u00e9gislatives, ajout\u00e9 aux incertitudes politiques encore en cours, font qu\u2019il est impossible \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 cet article est \u00e9crit, de faire des pronostics un tant soit peu \u00e9tay\u00e9s quant au r\u00e9sultat de ces \u00e9lections.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, on peut d\u00e9j\u00e0 percevoir quelques tendances et faire quelques observations.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, il est \u00e0 noter que si la chute des \u00ab\u00a0partis de l\u2019alternance molle\u00a0\u00bb (PS et LR) est patente au niveau national avec les r\u00e9sultats de la pr\u00e9sidentielle, les vieux appareils en question tiennent encore le coup au niveau local. Il est m\u00eame frappant de constater \u00e0 quel point les principales forces politiques autour des deux finalistes \u00e0 la pr\u00e9sidentielle (La R\u00e9publique en Marche &#8211; LREM \u2013 pour Macron, RN pour Le Pen) ont un poids \u00e9lectoral local et un nombre d\u2019\u00e9lus \u00e0 ces niveaux (municipal, d\u00e9partemental, r\u00e9gional) bien plus faibles que les forces aujourd\u2019hui nationalement d\u00e9chues (LR et PS). Comme le pr\u00e9cise L. Cr\u00e9mieux, \u00ab\u00a0<em>Le PS, les R\u00e9publicains et leurs \u00e9lu\u2219es apparent\u00e9\u2219es sont bien plus pr\u00e9sents dans les institutions d\u00e9partementales et r\u00e9gionales que ne l\u2019est En Marche : 685 conseillers d\u00e9partementaux pour le PS et 838 pour LR, (et un nombre \u00e9quivalent pour les Conseils r\u00e9gionaux), largement devant les 400 conseillers d\u00e9partementaux et 118 conseillers r\u00e9gionaux d\u2019En Marche. De m\u00eame, dans les villes de plus de 30 000 habitants, il y a 50 maires PS et apparent\u00e9\u2219es, 99 LR et apparent\u00e9\u2219es, 3 En Marche et alli\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn26\" name=\"_ednref26\">[26]<\/a>. Cette r\u00e9alit\u00e9 institutionnelle paradoxale ne peut manquer d\u2019avoir des cons\u00e9quences, et \u00e0 plusieurs niveaux. Du c\u00f4t\u00e9 de Macron, qui doit absolument disposer d\u2019une majorit\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale pour imposer sa politique, l\u2019op\u00e9ration r\u00e9ussie de destruction des appareils nationaux du PS et de LR doit se compl\u00e9ter n\u00e9cessairement par des tactiques d\u2019alliances et de d\u00e9bauchage au niveau local, \u00e0 la fois du c\u00f4t\u00e9 de la droite traditionnelle que de la gauche bourgeoise. La politique politicienne \u00e9tant ce qu\u2019elle est, les marchandages et les ralliements opportunistes devraient aller bon train dans les prochaines semaines. Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019extr\u00eame droite, toute la question est de savoir quel est l\u2019avenir de \u00ab\u00a0Reconqu\u00eate\u00a0\u00bb, le parti mont\u00e9 par Zemmour pour la pr\u00e9sidentielle. Pour le RN et Marine Le Pen, le choix fait est de d\u00e9truire cet encombrant rival, et de r\u00e9it\u00e9rer l\u2019op\u00e9ration qui a fonctionn\u00e9 lors de la pr\u00e9sidentielle\u00a0: imposer une sorte de \u00ab\u00a0vote utile\u00a0\u00bb pour le RN d\u00e8s le premier tour des l\u00e9gislatives. A ce niveau, les r\u00e9seaux locaux de notables RN ne sont pas pl\u00e9thoriques, mais ils sont plus denses que ceux du nouveau parti d\u2019extr\u00eame droite, tout juste arriv\u00e9 sur la sc\u00e8ne politique. Et m\u00eame s\u2019il est hautement improbable que le RN puisse disposer d\u2019une majorit\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, il est vraisemblable qu\u2019il soit en mesure d\u2019augmenter substantiellement son nombre de parlementaires. L\u2019enjeu est aussi financier (les subventions aux partis en d\u00e9pendent), et la pr\u00e9sence des r\u00e9seaux pro-Zemmour sur ce chemin est un obstacle \u00e0 \u00e9liminer.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 de M\u00e9lenchon que les choses semblent devoir bouger le plus rapidement. En effet, son bon score semble avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine d\u2019une dynamique politique unitaire qui n\u2019avait pas exist\u00e9 en 2017, qui a pr\u00e9cis\u00e9ment fait d\u00e9faut \u00e0 l\u2019UP pour la pr\u00e9sidentielle, et qui a co\u00fbt\u00e9 le second tour \u00e0 son candidat. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s la pr\u00e9sidentielle, M\u00e9lenchon et l\u2019UP ont pris contact avec toute une s\u00e9rie de forces politiques pr\u00e9sentes \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, pour leur proposer un accord en vue de ces l\u00e9gislatives. Depuis, des r\u00e9unions se sont multipli\u00e9es avec les organisations suivantes\u00a0: EELV, G\u00e9n\u00e9rations, le PCF, le NPA. Le PS, ou du moins une partie majoritaire de celui-ci a frapp\u00e9 \u00e0 la porte de l\u2019UP, pour faire partie d\u2019un accord \u00e9ventuel. Tout n\u2019est pas encore jou\u00e9 au moment o\u00f9 cet article est boucl\u00e9, mais on peut d\u00e9j\u00e0 constater les \u00e9l\u00e9ments suivants.<\/p>\n<ul>\n<li>G\u00e9n\u00e9rations, le petit mouvement anim\u00e9 par l\u2019ancien candidat PS \u00e0 la pr\u00e9sidentielle 2017, Benoit Hamon, et membre du P\u00f4le \u00e9cologiste<a href=\"#_edn27\" name=\"_ednref27\">[27]<\/a>, qui avait soutenu Jadot \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 signer un accord avec la FI, pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives de juin, d\u00e8s le 28 avril, avec l\u2019objectif de parvenir \u00e0 un gouvernement de rassemblement dirig\u00e9 par M\u00e9lenchon.<\/li>\n<li>Un second accord a \u00e9t\u00e9 conclu le 2 mai entre EELV et la FI valid\u00e9 par le conseil f\u00e9d\u00e9ral d\u2019EELV \u00e0 une tr\u00e8s large majorit\u00e9. Une \u00ab\u00a0nouvelle Union populaire \u00e9cologique et sociale\u00a0\u00bb va voir le jour<a href=\"#_edn28\" name=\"_ednref28\">[28]<\/a>. L\u2019accord s\u2019est fait notamment sur le SMIC \u00e0 1400\u20ac, le blocage des prix des produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, le retour \u00e0 la retraite \u00e0 60 ans, le principe d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e8gle verte\u00a0\u00bb et d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e8gle d\u2019or climatique\u00a0\u00bb, et l\u2019instauration d\u2019une VI<sup>e<\/sup> R\u00e9publique incluant le RIC (r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019initiative citoyenne). En cas de majorit\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, J.L. M\u00e9lenchon deviendrait premier ministre. Parmi les questions les plus \u00e2prement d\u00e9battues, il y a eu celle de l\u2019Union europ\u00e9enne, dont EELV est un d\u00e9fenseur acharn\u00e9. L\u2019id\u00e9e avanc\u00e9e par la FI d\u2019une d\u00e9sob\u00e9issance aux r\u00e8gles europ\u00e9ennes \u00e9tait inacceptable pour EELV. Le compromis pass\u00e9 stipule que la \u00ab\u00a0Nouvelle alliance\u00a0\u00bb envisage de \u00ab\u00a0<em>d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 certaines r\u00e8gles europ\u00e9ennes<\/em>\u00bb (surtout \u00e9conomiques et budg\u00e9taires) mais maintient le \u00ab\u00a0<em>respect de l\u2019Etat de droit<\/em>\u00a0\u00bb des trait\u00e9s europ\u00e9ens. Autre point d\u2019achoppement, finalement surmont\u00e9\u00a0: la r\u00e9partition des circonscriptions (une centaine de circonscriptions accord\u00e9es au p\u00f4le \u00e9cologiste, semble-t-il).<\/li>\n<li>Mardi 3 mai, le PCF d\u00e9cide de rejoindre la \u00ab\u00a0Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale\u00a0\u00bb. Le principal point d\u2019achoppement avec la FI \u00e9tait la question de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire (le PCF continue \u00e0 la d\u00e9fendre, la FI veut en sortir), mais l\u2019accord sign\u00e9 stipule que les deux partis d\u00e9fendront des positions diff\u00e9rentes sur ce sujet \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Sur les rares points de d\u00e9saccord restant, le PCF a obtenu de garder une certaine autonomie d\u2019expression (par exemple \u00e0 propos de la nationalisation des banques). Le PCF obtient 50 circonscriptions dans cet accord, avec 11 pour les d\u00e9put\u00e9s PCF sortants (notamment Fabien Roussel)<a href=\"#_edn29\" name=\"_ednref29\">[29]<\/a>.<\/li>\n<li>Mercredi 4 mai, au moment de boucler cet article, on apprend que le PS, \u00e0 son tour, et au prix d\u2019une forte division en son sein, pouvant facilement mener \u00e0 la rupture, vient de valider un accord avec la FI. Un communiqu\u00e9 commun FI-PS annonce\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nous voulons faire \u00e9lire des d\u00e9put\u00e9s dans une majorit\u00e9 de circonscriptions, pour emp\u00eacher Emmanuel Macron de poursuivre sa politique injuste et brutale et battre l&rsquo;extr\u00eame droite\u00a0\u00bb, cet accord devant \u00eatre valid\u00e9 le 5 mai par le conseil national du PS. <\/em><\/li>\n<li><em>Du c\u00f4t\u00e9 du NPA, la bataille interne est tr\u00e8s rude. Rien n\u2019est encore d\u00e9cid\u00e9, mais une majorit\u00e9 de la direction ex\u00e9cutive pousse depuis le d\u00e9but des discussions \u00e0 un accord avec la FI. Une bonne partie (combien exactement\u00a0?) des militant.es s\u2019y opposent. Les r\u00e9centes concessions faites par la FI, en particulier \u00e0 EELV et au PS pour obtenir un accord \u2013 quant au principe m\u00eame de l\u2019inclusion du PS dans l\u2019accord, vu les lourdes concessions faites, notamment sur l\u2019UE \u2013 semblent faire gagner du terrain aux opposant.es \u00e0 un tel accord. Philippe Poutou, lui-m\u00eame partisan de la ligne d\u2019ouverture du NPA vers la FI, semble d\u00e9sabus\u00e9 et \u00e9crit : \u00ab\u00a0<\/em><em>en quelques jours, on est pass\u00e9s du refus cat\u00e9gorique de s\u2019entendre avec le PS \u00e0 une volont\u00e9 FI-PS r\u00e9ciproque et presque enthousiaste de trouver un terrain d\u2019entente. Cela se traduit logiquement par un programme tr\u00e8s minimaliste et bien s\u00fbr \u00e0 un partage des circonscriptions acceptable pour le PS, histoire de sauver le plus de postes possible. Plus FI cherche \u00e0 s\u2019entendre avec le PS et EELV, plus le socle commun s\u2019arrondit et se r\u00e9duit. La retraite \u00e0 60 ans devient \u00ab l\u2019objectif \u00bb de la retraite \u00e0 60 ans, l\u2019abrogation de la loi El-Khomri devient l\u2019abrogation des \u00ab aspects r\u00e9gressifs \u00bb de la loi, la d\u00e9sob\u00e9issance avec les r\u00e9glementations europ\u00e9ennes est relativis\u00e9e et si peu claire, sans parler de l\u2019abandon de l\u2019arr\u00eat du nucl\u00e9aire (pas une mince affaire) ou d\u2019autres points importants de ce qui aurait pu constituer un programme de rupture. Donc l\u2019unit\u00e9 souhait\u00e9e, l\u00e9gitime, y compris pour nous, cette unit\u00e9 prend forme effectivement mais perd en radicalit\u00e9 potentielle, en originalit\u00e9 ou m\u00eame en point d\u2019appuis pour la suite. Car m\u00eame affaibli, le PS (avec aussi EELV), arrive encore \u00e0 donner le ton, \u00e0 fixer ses limites et mettre en avant ses revendications concernant le partage des circonscriptions\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_edn30\" name=\"_ednref30\">[30]<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour conclure sur la question des l\u00e9gislatives, disons qu\u2019il y a de fortes chances qu\u2019un accord tr\u00e8s large unisse la plus grande partie des diverses gauches les 12 et 19 juin. Tout n\u2019est pas jou\u00e9, car le PS n\u2019a pas encore valid\u00e9 l\u2019affaire en interne, et parce que le NPA n\u2019a pas encore fait son choix et connait un tr\u00e8s fort tangage dans ses rangs. Observons que de toutes les organisations de gauche et d\u2019extr\u00eame gauche pr\u00e9sentes \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, LO est la seule qui refuse clairement d\u2019entrer dans la logique d\u2019un tel accord avec la FI.<\/p>\n<p><strong>Et maintenant\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Ajoutons quelques consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales. D\u2019abord, on constate, comme le fait am\u00e8rement Philippe Poutou, que la logique des accords pass\u00e9s par la FI d\u00e9porte la ligne g\u00e9n\u00e9rale vers la droite, vers moins de radicalit\u00e9. La politique institutionnelle nous a d\u00e9j\u00e0 habitu\u00e9.es \u00e0 cela, mais cette loi de la \u00ab\u00a0politique institutionnelle unitaire\u00a0\u00bb, que certain.es, notamment au NPA, voudraient faire passer en fraude pour une politique l\u00e9niniste de front unique, s\u2019applique toujours. Ensuite, m\u00eame si nous manquons encore d\u2019\u00e9tudes pr\u00e9cises sur ce point, la pouss\u00e9e unitaire \u00e0 la base semble effective, en particulier dans les milieux populaires et ouvriers. Beaucoup semblent vouloir pousser les directions de la \u00ab\u00a0gauche\u00a0\u00bb ou m\u00eame de la \u00ab\u00a0g\u00f4che\u00a0\u00bb, \u00e0 s\u2019unir, dans l\u2019espoir de remporter les l\u00e9gislatives et d\u2019annuler en partie les r\u00e9sultats de la pr\u00e9sidentielle. Mais beaucoup de confusion y pr\u00e9side. M\u00eame si les m\u00e9dias parlent de la \u00ab\u00a0gauche radicale\u00a0\u00bb en particulier pour la FI, il est important de garder en t\u00eate que la FI est une force politique n\u00e9o-r\u00e9formiste, qui vise \u00e0 changer la soci\u00e9t\u00e9, non pas dans un sens anticapitaliste radical, mais seulement dans un sens anti-n\u00e9olib\u00e9ral\u00a0; et au moyen de luttes institutionnelles, et non pas de luttes r\u00e9volutionnaires et insurrectionnelles. La diff\u00e9rence est \u00e9norme. Et il faut garder pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit les sombres m\u00e9saventures et les \u00e9checs complets de cette \u00ab\u00a0gauche radicale\u00a0\u00bb-l\u00e0, cit\u00e9e plus haut (Syriza, <em>Podemos<\/em>, <em>Bloco de Esquerda<\/em>), auxquels on devrait ajouter<em> Rifondazione <\/em>en Italie. Ce qui est commun \u00e0 tous ces courants n\u00e9o-r\u00e9formistes, c\u2019est qu\u2019ils ne savent pas ou ne veulent pas voir ce qu\u2019est l\u2019Etat bourgeois, pour qui il est fait (la bourgeoisie), et qu\u2019ils n\u00e9gligent totalement le fait que cette bourgeoisie est pr\u00eate \u00e0 tout pour d\u00e9fendre son pouvoir et ses privil\u00e8ges, quoi qu\u2019il en co\u00fbte au reste de l\u2019humanit\u00e9 et \u00e0 la plan\u00e8te enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Une anecdote significative de cette impr\u00e9paration des n\u00e9o-r\u00e9formistes \u00e0 l\u2019affrontement de classe est disponible sur internet. Le philosophe et \u00e9conomiste Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, impliqu\u00e9 dans les multiples luttes sociales de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, a \u00e0 plusieurs reprises exprim\u00e9 l\u2019id\u00e9e que la bourgeoisie ferait tout pour mettre KO un gouvernement M\u00e9lenchon<a href=\"#_edn31\" name=\"_ednref31\">[31]<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On imagine un gouvernement La France Insoumise, et il y a un pr\u00e9sident M\u00e9lenchon qui se retrouve au pouvoir. Qu\u2019est-ce qui se passe\u00a0? (\u2026) Ce qui se passe, c\u2019est que le gouvernement est torch\u00e9 en deux\u00a0 semaines<\/em>\u00a0\u00bb. Et Lordon explique \u00e0 la fois la sp\u00e9culation financi\u00e8re, avec notamment ses effets sur les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, et aussi la haine d\u00e9chain\u00e9e contre le gouvernement de gauche par les m\u00e9dias du capital. Que r\u00e9pond M\u00e9lenchon \u00e0 la question\u00a0de la dette fran\u00e7aise attaqu\u00e9e par la finance internationale. Il dit : \u00ab<em>\u00a0Ben, on va voir<\/em>\u00a0\u00bb. Son interlocuteur lui demande\u00a0plus pr\u00e9cis\u00e9ment : \u00ab\u00a0Qu\u2019est-<em>ce qu\u2019on fait contre la finance internationale\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb. R\u00e9ponse de M\u00e9lenchon\u00a0: \u00ab\u00a0<em>on se bat, on se d\u00e9fend. Mais j\u2019ai des bonnes armes<\/em>\u00a0\u00bb. Et il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je pense que ce n\u2019est pas raisonnable que la France soit attaqu\u00e9e\u00a0(\u2026) Le r\u00e9sultat pourrait \u00eatre d\u00e9sastreux pour tout le monde (\u2026) Je pense que les gens seront raisonnables. Ils ne feront pas trop de b\u00eatises. Mais je ne recommande \u00e0 personne de s\u2019attaquer \u00e0 la France si c\u2019est moi qui m\u2019en occupe\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb. Voil\u00e0, c\u2019est tout\u00a0! M\u00e9lenchon, contrairement \u00e0 Lordon, ne veut pas comprendre et dire que l\u2019affrontement central avec la bourgeoisie, et en particulier l\u2019expropriation de celle-ci dans les secteurs les plus importants de l\u2019\u00e9conomie, est une question incontournable.<\/p>\n<p>Il est encore trop t\u00f4t pour pr\u00e9voir ce qui sortira des scrutins des 12 et 19 juin. Mais une dynamique autour de la FI et de la nouvelle alliance large de gauche en gestation est possible. Cette nouvelle configuration avec une union des gauches semble d\u2019ailleurs agacer de nombreux\/ses commentateurs\/trices toujours prompt.es \u00e0 d\u00e9fendre la stabilit\u00e9 de l\u2019ordre bourgeois. Mediapart parle m\u00eame d\u2019un \u00ab\u00a0<em>vent de panique<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn32\" name=\"_ednref32\">[32]<\/a>. On y lit notamment\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00c0 mesure que la possibilit\u00e9 d\u2019un accord de toutes les gauches et des \u00e9cologistes en vue des \u00e9lections l\u00e9gislatives des 12 et 19\u00a0juin <\/em><a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/020522\/legislatives-insoumis-et-ecolos-ouvrent-la-voie-un-accord-historique\"><em>se concr\u00e9tise<\/em><\/a><em>, le \u00ab\u00a0cercle de la raison\u00a0\u00bb politico-m\u00e9diatique flirte avec la crise de nerfs. La centralit\u00e9 politique du courant m\u00e9lenchoniste depuis le 10\u00a0avril (fort de 22\u00a0% des suffrages exprim\u00e9s), et sa potentielle capacit\u00e9 d\u2019entra\u00eenement pour recomposer la gauche ne passent pas aupr\u00e8s des d\u00e9fenseurs z\u00e9l\u00e9s du statu quo <\/em>\u00bb. Et ces d\u00e9fenseurs de l\u2019ordre existant ulc\u00e9r\u00e9s par la gauche \u00ab\u00a0radicale\u00a0\u00bb en gestation se recrutent \u00e0 la fois parmi les politicien.nes des ex-partis de l\u2019alternance molle (comme Jean-Fran\u00e7ois Cop\u00e9, Eric Woerth ou Fran\u00e7ois Bayrou du c\u00f4t\u00e9 de la vrai droite\u00a0; Fran\u00e7ois Hollande, Jean-Christophe Cambad\u00e9lis ou Julien Dray dans la fausse gauche), au RN (rien de moins que son pr\u00e9sident par int\u00e9rim Jordan Bardella), ou parmi la toute-m\u00e9diocratie m\u00e9diatique dominante, avec des prescripteurs d\u2019opinion tels que Renaud D\u00e9ly (Le Monde) ou Elizabeth L\u00e9vy (CNews). On peut d\u2019ailleurs imaginer que la liste de ces belles \u00e2mes va s\u2019allonger si la dynamique s\u2019approfondit autour de la FI. Certainement, la situation politique serait diff\u00e9rente en cas de victoire macroniste aux l\u00e9gislatives ou si le 19 juin, la majorit\u00e9 parlementaire se trouvait r\u00e9unie autour de M\u00e9lenchon. Mais c\u2019est malgr\u00e9 tout peu probable. Et si cela arrivait, un avis de temp\u00eate politique, et peut-\u00eatre sociale, serait \u00e0 l\u2019ordre du jour.<\/p>\n<p>Les travailleurs\/ses devraient avoir des inqui\u00e9tudes inverses de tout le beau monde\u00a0\u00e9voqu\u00e9 plus haut: comprendre qu\u2019une unit\u00e9 \u00ab\u00a0de gauche\u00a0\u00bb institutionnelle bas\u00e9e sur des \u00e9lections, et incluant des forces qui ont d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 \u00e0 de multiples reprises qu\u2019elles n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 les trahir, ne pourra pas faire le poids face \u00e0 la dictature de la bourgeoisie. C\u2019est bel et bien une r\u00e9volution qu\u2019il faut pr\u00e9parer, et pour cela, un parti r\u00e9volutionnaire est n\u00e9cessaire. Malheureusement, on voit \u00e0 quel point l\u2019extr\u00eame gauche est d\u00e9faillante dans ce pays\u00a0: entre le NPA qui se laisse embobiner par la FI, et LO qui est plus ferme mais ne propose rien, on ne voit pas \u00e0 ce stade de force politique alternative capable de proposer une v\u00e9ritable issue de classe aux luttes qui s\u2019annoncent et face aux d\u00e9sillusions auxquelles il faut s\u2019attendre.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Selon la Constitution de la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle se joue tous les cinq ans au suffrage universel direct \u00e0 deux tours. Le second tour, s\u2019il a lieu, c\u2019est-\u00e0-dire si aucun.e candidat.e n\u2019obtient la majorit\u00e9 absolue des suffrages exprim\u00e9s lors du premier, ne peut opposer que les deux candidat.es arriv\u00e9.es en t\u00eate du premier tour.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> Macron s\u2019est illustr\u00e9 par son m\u00e9pris du peuple, affich\u00e9 publiquement \u00e0 plusieurs reprises\u00a0: que penser d\u2019un pr\u00e9sident qui d\u00e9clarait lors d\u2019une inauguration, peu apr\u00e8s son \u00e9lection de 2017, qu\u2019il y a \u00ab\u00a0<em>les gens qui r\u00e9ussissent et les gens qui ne sont rien<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? Qui r\u00e9pond \u00e0 un ch\u00f4meur\u00a0qui lui explique ne pas trouver de travail dans son domaine, l\u2019horticulture : \u00ab\u00a0<em>Je traverse la rue et je vous trouve un travail<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0(15 septembre 2018) ? Ou qui parle des Fran\u00e7ais comme de \u00ab\u00a0<em>Gaulois r\u00e9fractaires au changement<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? Ou qui se plaint que l\u2019Etat mette \u00ab\u00a0<em>un pognon de dingue dans les minimas sociaux<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0sans beaucoup de r\u00e9sultats ?<\/p>\n<p>[3]Titres d\u00e9cern\u00e9s par les sociologues Michel Pin\u00e7on et Monique Pin\u00e7on-Charlot \u00e0 Sarkozy puis \u00e0 Macron. Cf\u00a0: Le pr\u00e9sident des riches. Enqu\u00eate sur l&rsquo;oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy. La D\u00e9couverte, 2010\u00a0; et Le pr\u00e9sident des ultra-riches. Chronique du m\u00e9pris de classe dans la politique d\u2019Emmanuel Macron. La D\u00e9couverte, 2019.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> Qui taxe les int\u00e9r\u00eats du capital de fa\u00e7on uniforme, \u00e0 12,8%, moins que la tranche la plus basse de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu (14%).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> Le mouvement social d\u2019opposition ayant \u00e9t\u00e9 battu, la mise en \u0153uvre de cette r\u00e9forme a \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9e uniquement par l\u2019arriv\u00e9e de la pand\u00e9mie de Covid-19. Mais Macron veut maintenant aller encore plus loin dans l\u2019attaque, en retardant \u00e0 65 ans l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de d\u00e9part \u00e0 la retraite (62 aujourd\u2019hui).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> On peut citer par exemple la mort de l\u2019octog\u00e9naire Zineb Redouane, le 2 d\u00e9cembre 2018, en marge d\u2019une manifestation marseillaise de Gilets jaunes la veille, \u00e0 la fen\u00eatre de son appartement au 4<sup>e<\/sup> \u00e9tage.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> Deux exemples seulement\u00a0: mensonges du gouvernement au d\u00e9but de la pand\u00e9mie, expliquant que les masques ne servaient \u00e0 rien, pour cacher que les stocks existants avaient disparu\u00a0; mensonges sur le fait que les enfants ne seraient pas contagieux\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> Notamment\u00a0: les autorisations de sortie \u00e0 r\u00e9diger pour aller faire ses courses ou promener son chien\u00a0; le pass sanitaire et la culpabilisation des personnes non-vaccin\u00e9es, que Macron a d\u00e9clar\u00e9 publiquement vouloir \u00ab\u00a0emmerder\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> Des manifestations syndicales ont \u00e9t\u00e9 aussi brutalis\u00e9es par la police, notamment pendant le mouvement contre la r\u00e9forme macroniste des retraites.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\">[10]<\/a> En janvier, il avait juste d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il en avait \u00ab\u00a0envie\u00a0\u00bb mais sans avoir encore \u00ab\u00a0clarifi\u00e9 le sujet\u00a0\u00bb. <a href=\"https:\/\/www.bfmtv.com\/politique\/elections\/presidentielle\/emmanuel-macron-officialise-sa-candidature-a-l-election-presidentielle-dans-une-lettre-aux-francais_AN-202203030607.html\">https:\/\/www.bfmtv.com\/politique\/elections\/presidentielle\/emmanuel-macron-officialise-sa-candidature-a-l-election-presidentielle-dans-une-lettre-aux-francais_AN-202203030607.html<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\">[11]<\/a> Cela s\u2019est produit 7 fois. C\u2019\u00e9tait le cas en 1965 (duel De Gaulle-Mitterrand), en 1974 et en 1981 (Giscard-Mitterrand), en 1988 (Chirac-Mitterrand), en 1995 (Chirac-Jospin), en 2007 (Sarkozy-Royal), en 2012 (Sarkozy-Hollande). Les exceptions ont eu lieu en 1969 (avec deux candidats de droite, De Gaulle et Poher, tandis que le principal parti d\u2019opposition, le PCF, appelait \u00e0 l\u2019abstention), en 2002 (duel droite extr\u00eame-droite entre Chirac et Jean-Marie Le Pen) et finalement, lors des deux derni\u00e8res \u00e9lections, en 2017 et 2022 (Macron-Marine Le Pen).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\">[12]<\/a> Parmi de nombreuses contre-v\u00e9rit\u00e9s historiques, Zemmour a notamment pr\u00e9tendu que P\u00e9tain avait prot\u00e9g\u00e9 les juifs.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\">[13]<\/a> Th\u00e9orie complotiste d\u2019extr\u00eame droite, introduite en 2010 en France par l\u2019\u00e9crivain Renaud Camus, qui affirme que la population de souche, fran\u00e7aise et europ\u00e9enne, serait remplac\u00e9e progressivement par une population non-europ\u00e9enne, essentiellement d\u2019Afrique subsaharienne et du Maghreb. Un processus voulu et organis\u00e9 par une \u00ab\u00a0\u00e9lite\u00a0\u00bb politique, pour des raisons id\u00e9ologiques et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\">[14]<\/a> L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle sous la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique a connu une diminution tendancielle significative de la participation, passant d\u2019un taux d\u2019abstention de 15,2% en 1965, \u00e0 22,4% en 1969, puis \u00e0 15,8% en 1974, \u00e0 18,9% en 1981, 18,6% en 1988, 21,6% en 1995, puis au record de 28,4% en 2002, suivi d\u2019une remont\u00e9e de la participation \u00e0 16,23% en 2007, et de nouvelles baisses avec 20,52% et 22,23% en 2017. Cf\u00a0: <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Abstention_%C3%A9lectorale_en_France\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Abstention_%C3%A9lectorale_en_France<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\">[15]<\/a> Ces chiffres et les suivants proviennent du m\u00eame site\u00a0: <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Abstention_%C3%A9lectorale_en_France\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Abstention_%C3%A9lectorale_en_France<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\">[16]<\/a> LR est le nom du parti dont l\u2019origine se situe dans le gaullisme (RPF). Sous de Gaulle on a eu l\u2019UNR en 1958, puis l\u2019UDR. Ensuite ce courant s\u2019est appel\u00e9 le RPR, puis il s\u2019est retrouv\u00e9 dans l\u2019UMP, puis dans LR.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\">[17]<\/a> M\u00eame dans la capitale, dont elle est maire, Hidalgo n\u2019obtient que 2,17% des suffrages. Une v\u00e9ritable d\u00e9route\u00a0! Cf\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/politique\/anne-hidalgo-pas-prophete-dans-sa-ville-de-paris-20220411_K6FZWJU2NRH3ZFJFIPUX4CJASU\/\">https:\/\/www.liberation.fr\/politique\/anne-hidalgo-pas-prophete-dans-sa-ville-de-paris-20220411_K6FZWJU2NRH3ZFJFIPUX4CJASU\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\">[18]<\/a> Zemmour (7,07%), P\u00e9cresse (4,78%), Jadot (4,63%), Lassalle (3,13%), Roussel (2,28%), Dupont-Aignan (2,06%), Hidalgo (1,75%), Poutou (0,77%) et Arthaud (0,56%).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\">[19]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/elections\/presidentielle\/presidentielle-2022-les-plus-jeunes-ont-vote-jean-luc-melenchon-les-plus-vieux-emmanuel-macron_5075344.html\">https:\/\/www.francetvinfo.fr\/elections\/presidentielle\/presidentielle-2022-les-plus-jeunes-ont-vote-jean-luc-melenchon-les-plus-vieux-emmanuel-macron_5075344.html<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\">[20]<\/a> DOM\u00a0: d\u00e9partements d\u2019outre-mer. Ce sont 4 d\u00e9partements qui sont des colonies rest\u00e9es telles dans la r\u00e9publique fran\u00e7aise\u00a0: Guadeloupe, Martinique, Guyane, R\u00e9union.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\">[21]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/elections\/presidentielle\/resultats-presidentielle-2022-comment-expliquer-la-remontee-de-jean-luc-melenchon-au-soir-du-premier-tour_5075833.html\">https:\/\/www.francetvinfo.fr\/elections\/presidentielle\/resultats-presidentielle-2022-comment-expliquer-la-remontee-de-jean-luc-melenchon-au-soir-du-premier-tour_5075833.html<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref22\" name=\"_edn22\">[22]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.20minutes.fr\/politique\/3277479-20220425-presidentielle-2022-maire-provoque-polemique-refusant-ecarter-493-retraites\">https:\/\/www.20minutes.fr\/politique\/3277479-20220425-presidentielle-2022-maire-provoque-polemique-refusant-ecarter-493-retraites<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref23\" name=\"_edn23\">[23]<\/a> Il faudrait au moins un long article pour discuter de ces questions. Tr\u00e8s bri\u00e8vement, disons ceci\u00a0: le terme de \u00ab\u00a0fascisme\u00a0\u00bb est historiquement dat\u00e9, et se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des partis de masses interclassistes, d\u2019essence petite-bourgeoise mais incluant des prol\u00e9taires \u00e9gar\u00e9s, et financ\u00e9s par la bourgeoisie pour \u00e9craser les organisations ouvri\u00e8res. Il y a un danger d\u2019extr\u00eame droite, et une fascisation rampante des esprits, en France et ailleurs, mais les partis de cette mouvance, qu\u2019ils participent ou non au gouvernement (Trump, Bolsonaro, Orban par exemple) sont tr\u00e8s diff\u00e9rents des partis d\u2019Hitler et de Mussolini, en particulier parce qu\u2019ils n\u2019ont pas (encore) les moyens politiques d\u2019\u00e9craser le prol\u00e9tariat, m\u00eame s\u2019ils le souhaitent.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref24\" name=\"_edn24\">[24]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/economie\/france\/au-dela-de-la-victoire-de-macron-le-vote-pour-l-extreme-droite-etend-ses-territoires-915240.html\">https:\/\/www.latribune.fr\/economie\/france\/au-dela-de-la-victoire-de-macron-le-vote-pour-l-extreme-droite-etend-ses-territoires-915240.html<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref25\" name=\"_edn25\">[25]<\/a> Pour \u00eatre \u00e9lu au 1<sup>er<\/sup> tour, un candidat.e doit recueillir plus de 50% des suffrages exprim\u00e9s et un nombre de voix au moins \u00e9gal \u00e0 25% des \u00e9lecteurs\/tries inscrit.es. Au second tour, on peut avoir\u00a0: les deux candidat.es en t\u00eate au premier tour, mais aussi les suivant.es \u00e0 condition que ces candidat.es aient obtenu au moins 12,5% des inscrit.es. On peut ainsi avoir, au second tour des \u00e9lections triangulaires, voire quadrangulaires.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref26\" name=\"_edn26\">[26]<\/a> <a href=\"http:\/\/www.inprecor.fr\/article-FACE-A-L%E2%80%99HOSTILITE-POPULAIRE,-MACRON-A-IMPOSE-SA-REELECTION?id=2546\">http:\/\/www.inprecor.fr\/article-FACE-A-L%E2%80%99HOSTILITE-POPULAIRE,-MACRON-A-IMPOSE-SA-REELECTION?id=2546<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref27\" name=\"_edn27\">[27]<\/a> Coalition politique lanc\u00e9e en 2020 apr\u00e8s les \u00e9lections municipales, apr\u00e8s la victoire de listes \u00e9cologistes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\">[28]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.challenges.fr\/politique\/eelv-et-lfi-passent-un-accord-historique-pour-les-legislatives_811567\">https:\/\/www.challenges.fr\/politique\/eelv-et-lfi-passent-un-accord-historique-pour-les-legislatives_811567<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref29\" name=\"_edn29\">[29]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.publicsenat.fr\/article\/politique\/legislatives-que-contient-l-accord-entre-le-pcf-et-lfi-205263\">https:\/\/www.publicsenat.fr\/article\/politique\/legislatives-que-contient-l-accord-entre-le-pcf-et-lfi-205263<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref30\" name=\"_edn30\">[30]<\/a> <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/jean-marc-b\/blog\/020522\/philippe-poutou-garder-un-cap-radical-meme-s-il-est-minoritaire\">https:\/\/blogs.mediapart.fr\/jean-marc-b\/blog\/020522\/philippe-poutou-garder-un-cap-radical-meme-s-il-est-minoritaire<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref31\" name=\"_edn31\">[31]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=OXhC9042YRg\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=OXhC9042YRg<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref32\" name=\"_edn32\">[32]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/030522\/union-des-gauches-le-cercle-de-la-raison-panique?xtor=EREC-83-%5bQUOTIDIENNE%5d-20220503&amp;M_BT=1976669439438\">https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/030522\/union-des-gauches-le-cercle-de-la-raison-panique?xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20220503&amp;M_BT=1976669439438<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles viennent de se tenir en France, les 10 et 24 avril dernier[1]. 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