{"id":2995,"date":"2022-02-23T18:59:14","date_gmt":"2022-02-23T17:59:14","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=2995"},"modified":"2022-02-23T18:59:14","modified_gmt":"2022-02-23T17:59:14","slug":"une-vision-marxiste-de-la-prostitution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/une-vision-marxiste-de-la-prostitution\/","title":{"rendered":"Une vision marxiste de la prostitution"},"content":{"rendered":"<p>Le gouvernement belge, via son \u00a0ministre de la justice, est en train de r\u00e9former le droit p\u00e9nal sexuel. Le projet, d\u00e9j\u00e0 approuv\u00e9 par le conseil des ministres, pr\u00e9voit une d\u00e9p\u00e9nalisation du prox\u00e9n\u00e9tisme, \u00e0 part si des profits \u00ab\u00a0anormaux\u00a0\u00bb sont r\u00e9alis\u00e9s. Nous ne rentrerons pas ici dans le d\u00e9tail de cette r\u00e9forme, mais signalons juste qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un pas en avant dans la l\u00e9galisation de la prostitution en Belgique.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, lors de la manifestation du 24 novembre dernier \u00a0contre les violences faites aux femmes, un groupe pour l\u2019abolition de la prostitution a \u00e9t\u00e9 violemment pris \u00e0 partie et expuls\u00e9 de la manifestation, preuve que le d\u00e9bat sur la prostitution est vif au sein du mouvement f\u00e9ministe et\u00a0 LGBT, \u00a0entre les personnes qui veulent l\u00e9galiser le \u00ab travail du sexe \u00bb et celles qui veulent\u00a0 abolir la prostitution.<\/p>\n<p>Nous publions ici, pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais, une contribution au d\u00e9bat qui a pour objectif d\u2019en discuter d\u2019un point de vue de classe.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La condition des femmes est l&rsquo;indicateur le plus clair et le plus \u00e9loquent pour \u00e9valuer un r\u00e9gime social et la politique de l&rsquo;\u00c9tat<\/em>\u00ab\u00a0. L\u00e9on Trotsky, \u00c9crits 1938.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Par: Rosa Cecilia Lemus, octobre 2015.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on en croit cette phrase de Trotsky, le r\u00e9gime social capitaliste dans lequel nous vivons et les politiques de ses \u00c9tats dans le monde ne passent pas le test. Les statistiques sur la violence \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes, que ses propres institutions &#8211; comme l&rsquo;ONU &#8211; ont qualifi\u00e9e de pand\u00e9mie mondiale, les chiffres de la pauvret\u00e9 qui montrent que les femmes repr\u00e9sentent 70 % des personnes les plus pauvres du monde, le nombre de femmes qui meurent \u00e0 la suite d&rsquo;avortements \u00e0 risque, le nombre croissant de grossesses non d\u00e9sir\u00e9es chez les adolescentes, la r\u00e9duction de leurs droits sociaux \u00e0 la suite des plans d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, et les chiffres effrayants sur la prostitution, la traite des \u00eatres humains et l&rsquo;exploitation sexuelle des enfants, sont des indicateurs clairs et \u00e9loquents.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, lorsque la restauration du capitalisme dans les anciens \u00c9tats ouvriers \u00e9clata au grand jour, la bourgeoisie mondiale n&rsquo;a pu cacher sa joie et a d\u00e9clar\u00e9 haut et fort la \u00ab\u00a0supr\u00e9matie du capitalisme sur le socialisme\u00a0\u00bb. Son porte-parole le plus audacieux, Fukuyama, est all\u00e9 encore plus loin, enterrant la lutte des classes une fois pour toutes. \u00c0 sa place, nous aurions le r\u00e8gne de la r\u00e9conciliation, du progr\u00e8s et du bien-\u00eatre pour tous. Est-ce qu&rsquo;il mangerait ses mots aujourd&rsquo;hui ? Ou dira-t-il que les chiffres des organes mondiaux de l&rsquo;imp\u00e9rialisme sont faux ?<\/p>\n<p>Comme les faits sont les faits et ne peuvent \u00eatre cach\u00e9s, ils ont d\u00e9velopp\u00e9 et continuent de d\u00e9velopper de profonds changements dans le langage, dans les concepts (signification), entretenant l&rsquo;illusion que cela changerait la r\u00e9alit\u00e9. Impossible. N\u00e9anmoins, cela a produit des effets, notamment sur certaines classes, en particulier sur la petite bourgeoisie carri\u00e9riste et la classe moyenne moderne. Prenons par exemple ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 cette ann\u00e9e [2015] en Gr\u00e8ce. Tsipras, le premier ministre, et Varoufakis, son ancien ministre des finances, ont focalis\u00e9 leur premi\u00e8re n\u00e9gociation avec l&rsquo;imp\u00e9rialisme europ\u00e9en sur le changement de nom, et cela a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme une victoire : \u00ab\u00a0Tro\u00efka\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0institutions\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0imp\u00e9rialisme\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0partenaires\u00a0\u00bb. Le pire est qu&rsquo;ils ont cru \u00e0 l&rsquo;histoire selon laquelle les imp\u00e9rialismes allemand et fran\u00e7ais les traiteraient d\u00e9sormais comme des \u00ab\u00a0partenaires\u00a0\u00bb. La r\u00e9alit\u00e9, toujours aussi t\u00eatue, a montr\u00e9 que malgr\u00e9 tous les changements de langage, les imp\u00e9rialistes continuent de les traiter comme un pays semi-colonial, dans lequel ils font ce que dit la tro\u00efka.<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9, aussi incroyable que cela puisse para\u00eetre, est que cette approche est assez id\u00e9aliste. L&rsquo;id\u00e9e ne change pas la r\u00e9alit\u00e9, sauf si elle est transform\u00e9e en action. L&rsquo;existence d\u00e9termine la conscience. Dans ce labyrinthe, le langage est devenu un v\u00e9ritable euph\u00e9misme. L&rsquo;imp\u00e9rialisme est appel\u00e9 \u00ab\u00a0communaut\u00e9 internationale\u00a0\u00bb ; les classes sociales sont appel\u00e9es \u00ab\u00a0strates\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0castes\u00a0\u00bb, ou simplement il n&rsquo;y en a pas, nous ne sommes que des citoyens ; et les prostitu\u00e9es sont appel\u00e9es \u00ab\u00a0travailleuses du sexe\u00a0\u00bb, avec l&rsquo;illusion qu&rsquo;en utilisant le mot travailleurs, parce que le travail \u00ab\u00a0dignifie\u00a0\u00bb les hommes et les femmes, les profondes implications sociales, \u00e9conomiques et psychologiques pour les femmes qui le font et pour la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble dispara\u00eetront par l&rsquo;art du langage. Un soulagement, pour une conscience coupable. De cette fa\u00e7on, les hommes qui les utilisent et les maltraitent peuvent partir heureux parce qu&rsquo;ils ont donn\u00e9 du \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb \u00e0 une femme qui aura de l&rsquo;argent pour acheter de la nourriture pour ses enfants, et la femme se sent bien parce qu&rsquo;elle a travaill\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, au-del\u00e0 des id\u00e9ologies que chacun des protagonistes peut avoir de lui-m\u00eame, la r\u00e9alit\u00e9 remet les choses \u00e0 leur place. C&rsquo;est un fl\u00e9au de cette soci\u00e9t\u00e9 capitaliste que des millions de femmes dans le monde doivent vendre leur corps pour survivre avec leur famille, si elles en ont une, ou qu&rsquo;il y ait un nombre croissant de filles et de gar\u00e7ons qui ne comprennent m\u00eame pas pourquoi ils doivent faire \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb. Ce syst\u00e8me capitaliste, au moins, n&rsquo;ose pas leur offrir la possibilit\u00e9 de vendre leur force de travail pour \u00eatre exploit\u00e9s par un entrepreneur, produisant des biens qui leur seront ali\u00e9n\u00e9s car, bien qu&rsquo;ils soient le produit de leur travail, ils ne leur appartiennent pas. Ces enfants, soumis \u00e0 cet esclavage, ne comprennent pas pourquoi, au lieu de jouer et de jouir de leur innocence, ils doivent \u00eatre exploit\u00e9s et utilis\u00e9s par un adulte.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 ne peut \u00eatre chang\u00e9e, peu importe le nombre de politiques, allant de la l\u00e9galisation \u00e0 la r\u00e9glementation et \u00e0 la criminalisation, pour la justifier et la l\u00e9gitimer. Le capitalisme et ses \u00c9tats sont incapables d&rsquo;\u00e9radiquer cette forme de violence \u00e0 l&rsquo;encontre des femmes, des enfants, des gays, des lesbiennes et des travestis, car elle est fonctionnelle \u00e0 leur syst\u00e8me d&rsquo;exploitation.<\/p>\n<p><strong>La plus ancienne \u00ab\u00a0profession\u00a0\u00bb du monde ?<\/strong><\/p>\n<p>Les gratte-papiers pay\u00e9s par la bourgeoisie r\u00e9p\u00e8tent, pour commencer, ses trait\u00e9s sur le sujet : \u00ab\u00a0le plus vieux m\u00e9tier du monde\u00a0\u00bb, et m\u00eame les gens ordinaires se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la prostitution de cette mani\u00e8re. Qu&rsquo;y a-t-il derri\u00e8re cette affirmation ? D&rsquo;abord, elle lui donne un sens d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on ne peut pas changer ce que l&rsquo;histoire a d\u00e9fini comme un trait \u00ab\u00a0caract\u00e9ristique\u00a0\u00bb et consubstanciel de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. Deuxi\u00e8mement, cela lui conf\u00e8re un sens \u00ab\u00a0respectable\u00a0\u00bb de profession ou de m\u00e9tier. Cependant, \u00e0 partir du marxisme et des recherches effectu\u00e9es par d&rsquo;\u00e9minents anthropologues comme Morgan et Bachofen, Frederick Engels, dans <em>L&rsquo;origine de la famille, de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de l&rsquo;\u00c9tat<\/em>, montre comment la prostitution, qui n&rsquo;existait pas dans les premi\u00e8res \u00e9tapes du d\u00e9veloppement humain, na\u00eet comme un fait social d\u00e9termin\u00e9 par les conditions de \u00ab\u00a0<em>production et de reproduction de la vie imm\u00e9diate<\/em>\u00ab\u00a0, qui provoque des changements dans la superstructure institutionnelle, familiale et juridique, et qui se consolide avec l&rsquo;\u00e9mergence de la monogamie et de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb <em>Comme nous l&rsquo;avons dit, il existe trois formes principales de mariage, correspondant \u00e0 peu pr\u00e8s aux trois stades fondamentaux de l&rsquo;\u00e9volution humaine : dans la sauvagerie, le mariage collectif ; dans la barbarie, le mariage syndiasmique ; <strong>dans la civilisation, la monogamie avec ses compl\u00e9ments, l&rsquo;adult\u00e8re et la prostitution<\/strong>. Entre le mariage syndiasmique et la monogamie, au stade sup\u00e9rieur de la barbarie, se glissent la soumission des femmes esclaves aux hommes et la polygamie<\/em>\u00ab\u00a0(1). Editores Mexicanos Unidos, p. 83 (c&rsquo;est nous qui soulignons).<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame ouvrage, Engels affirme que \u00ab\u00a0l&rsquo;abolition du droit maternel a \u00e9t\u00e9 la grande d\u00e9faite du sexe f\u00e9minin\u00a0\u00bb, faisant r\u00e9f\u00e9rence au fait qu&rsquo;avec le d\u00e9veloppement des forces productives, et avec elles de la fortune et de l&rsquo;accumulation, la d\u00e9finition de la parent\u00e9 et de l&rsquo;h\u00e9ritage par la ligne maternelle a commenc\u00e9 \u00e0 appara\u00eetre comme un obstacle pour les hommes, \u00e0 qui appartenaient les troupeaux, puisque les descendants des membres masculins ne restaient pas dans la gens et ne pouvaient donc pas h\u00e9riter.<\/p>\n<p>Ainsi, en m\u00eame temps que le droit maternel disparaissait, \u00ab\u00a0<em>la libert\u00e9 sexuelle du mariage collectif \u00e9tait de plus en plus retir\u00e9e aux femmes, mais pas aux hommes<\/em>\u00ab\u00a0. L&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 des femmes commence \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un crime grave, alors que pour les hommes, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme un comportement honorable.<\/p>\n<p>Engels poursuit : \u00ab\u00a0<em>Mais plus l&rsquo;ancien h\u00e9ta\u00efrisme<\/em> [la prostitution] <em>est modifi\u00e9 \u00e0 notre \u00e9poque par la production capitaliste \u00e0 laquelle il est adapt\u00e9, plus il se transforme en prostitution grossi\u00e8re et plus son influence devient d\u00e9moralisante. Et, \u00e0 vrai dire, cela d\u00e9moralise davantage les hommes que les femmes. La prostitution, chez les femmes, ne d\u00e9grade que les femmes malheureuses qui s&rsquo;y adonnent, et m\u00eame celles-ci \u00e0 un degr\u00e9 bien moindre qu&rsquo;on ne le croit g\u00e9n\u00e9ralement. <strong>D&rsquo;autre part, elle avilit le caract\u00e8re de l&rsquo;ensemble du sexe masculin<\/strong><\/em>\u00a0\u00bb (2) Idem.<\/p>\n<p>Que veut dire Engels par cette affirmation tr\u00e8s forte que la prostitution avilit le sexe masculin ? En premier lieu, parce que l&rsquo;essor de la prostitution appara\u00eet en m\u00eame temps que le besoin de l&rsquo;homme d&rsquo;\u00e9tablir le droit d&rsquo;h\u00e9ritage de ses biens priv\u00e9s \u00e0 ses propres enfants et non \u00e0 ceux des autres, et qu&rsquo;il a donc besoin de la fid\u00e9lit\u00e9 absolue des femmes pour le garantir. Mais il se r\u00e9serve une libert\u00e9 sexuelle totale par la polygamie et la prostitution. Il asservit doublement les femmes, en tant que propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e pour la reproduction de sa prog\u00e9niture et en tant que prostitution publique pour satisfaire sa luxure. Dans un autre sens, on pourrait interpr\u00e9ter que la femme qui est oblig\u00e9e de se prostituer pour survivre le fait par n\u00e9cessit\u00e9 ; l&rsquo;homme qui la paie, pour la simple satisfaction de son d\u00e9sir sexuel, transforme ainsi la femme en un simple objet, une marchandise ayant une valeur d&rsquo;usage.<\/p>\n<p>La prostitution et la monogamie dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste moderne restent de v\u00e9ritables antinomies, mais ins\u00e9parables, deux p\u00f4les d&rsquo;un m\u00eame \u00e9tat social. Le capitalisme pourra-t-il r\u00e9soudre cette contradiction qui est \u00e0 sa base mat\u00e9rielle ? Nous ne le pensons pas. Cette contradiction s&rsquo;est accentu\u00e9e ces derniers temps. D&rsquo;une part, avec son besoin d&rsquo;incorporer de grandes masses de femmes dans la production sociale, mais sans pouvoir en absorber la totalit\u00e9, en tant que produit des lois capitalistes du march\u00e9, il laisse d&rsquo;\u00e9normes contingents en dehors de l&rsquo;appareil productif, les poussant \u00e0 recourir \u00e0 la prostitution comme forme de survie. D&rsquo;autre part, elle a cr\u00e9\u00e9 de v\u00e9ritables industries du sexe, transformant un besoin humain en marchandise, approfondissant la vision de la femme comme objet sexuel, comme source de profit et comme source de revenu.<\/p>\n<p>Karl Marx, dans ses \u00e9crits sur l&rsquo;ali\u00e9nation du travail, a d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 l&rsquo;essence du capitalisme d&rsquo;une mani\u00e8re si magistrale qu&rsquo;elle est toujours d&rsquo;actualit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Il est arriv\u00e9 un moment o\u00f9 tout ce que les gens avaient consid\u00e9r\u00e9 comme inali\u00e9nable est devenu objet d&rsquo;\u00e9change, de trafic, et pouvait \u00eatre ali\u00e9n\u00e9. C&rsquo;est le moment o\u00f9 m\u00eame les choses qui \u00e9taient jusqu&rsquo;alors transmises mais jamais \u00e9chang\u00e9es ; les choses qui \u00e9taient donn\u00e9es mais jamais vendues ; les choses qui \u00e9taient acquises mais jamais achet\u00e9es : <strong>la vertu, l&rsquo;amour, l&rsquo;opinion, la science, la conscience, etc<\/strong>&#8230;, tout, en somme, est pass\u00e9 dans la sph\u00e8re du commerce. <strong>C&rsquo;est le temps de la corruption g\u00e9n\u00e9rale, de la v\u00e9nalit\u00e9 universelle<\/strong>, ou, pour nous exprimer en termes d&rsquo;\u00e9conomie politique, le temps o\u00f9 chaque chose, morale ou physique, convertie en valeur d&rsquo;\u00e9change, est amen\u00e9e sur le march\u00e9 pour \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 sa plus juste valeur<\/em>.\u00a0\u00bb Karl Marx, <em>La mis\u00e8re de la philosophie<\/em> (c&rsquo;est nous qui soulignons).<\/p>\n<p>Et ce ph\u00e9nom\u00e8ne, que Marx d\u00e9signe comme une caract\u00e9ristique de la soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur le mode de production capitaliste, touche en dernier ressort la classe d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e des moyens de production, la classe ouvri\u00e8re. Non seulement le capital les exproprie du produit de leur travail, mais il soumet leur vie enti\u00e8re aux lois du march\u00e9, o\u00f9 les travailleurs et les travailleuses n&rsquo;ont d&rsquo;autre choix que de vendre leur force de travail comme une marchandise, pour un salaire de mis\u00e8re. Que reste-t-il pour leur plaisir ?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Apr\u00e8s les exc\u00e8s de l&rsquo;habitude de boire, les exc\u00e8s sexuels constituent l&rsquo;un des principaux vices de nombreux travailleurs anglais. C&rsquo;est, en outre, une cons\u00e9quence fatale, une n\u00e9cessit\u00e9 in\u00e9luctable de la situation d&rsquo;une classe livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, qui n&rsquo;a pas les moyens de faire un usage convenable de cette libert\u00e9. La bourgeoisie ne leur a laiss\u00e9 que ces deux plaisirs, alors qu&rsquo;elle les a combl\u00e9s de toutes sortes de malheurs et de douleurs : la cons\u00e9quence est que les ouvriers, pour jouir un tant soit peu de la vie, concentrent toute leur passion autour de ces deux plaisirs, et s&rsquo;y livrent avec exc\u00e8s et dans le plus grand d\u00e9sordre. Lorsqu&rsquo;une personne est plac\u00e9e dans une situation qui ne peut convenir qu&rsquo;\u00e0 une b\u00eate, elle n&rsquo;a d&rsquo;autre choix que de se rebeller ou de succomber \u00e0 la bestialit\u00e9. Et si, de plus, la bourgeoisie elle-m\u00eame contribue directement au progr\u00e8s de la prostitution &#8211; combien des 40.000 filles qui remplissent chaque nuit les rues de Londres vivent aux d\u00e9pens de la bourgeoisie vertueuse, combien doivent \u00e0 la s\u00e9duction d&rsquo;un bourgeois d&rsquo;\u00eatre aujourd&rsquo;hui oblig\u00e9es d&rsquo;offrir leur corps \u00e0 quiconque passe pour vivre &#8211; la bourgeoisie a en effet moins que quiconque le droit de reprocher \u00e0 la classe ouvri\u00e8re sa brutalit\u00e9 sexuelle<\/em>\u00ab\u00a0. (Engels, The Situation of the Working Class in England).<\/p>\n<p>J&rsquo;essaie de montrer &#8211; et j&rsquo;esp\u00e8re avoir r\u00e9ussi &#8211; aux lecteurs qui ont une conscience critique, aux femmes actives qui sont indign\u00e9es par les trag\u00e9dies humaines, \u00e0 ceux qui ne prennent pas seulement plaisir \u00e0 contempler le monde mais veulent le transformer, que l&rsquo;oppression des femmes et la prostitution, qui en est l&rsquo;une des expressions les plus brutales, ne sont pas \u00e9ternelles et ne constituent pas une profession. C&rsquo;est l&rsquo;une des cons\u00e9quences les plus atroces de l&rsquo;oppression et de l&rsquo;exploitation capitalistes.<\/p>\n<p><strong>Les chiffres de la prostitution, de la traite et du commerce du sexe<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la suite de plusieurs enqu\u00eates men\u00e9es actuellement par diff\u00e9rentes organisations, nous constatons que presque tous s&rsquo;accordent \u00e0 dire que le commerce de la traite des \u00eatres humains, l&rsquo;internationalisation des mafias qui l&rsquo;entretiennent, la prostitution enfantine et le commerce de la pornographie ont atteint des niveaux scandaleux. Ils s&rsquo;accordent \u00e9galement \u00e0 dire que la plupart des personnes recrut\u00e9es de force sont des femmes et qu&rsquo;un pourcentage \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;entre elles sont mineures, et que le but de leur assujettissement est l&rsquo;exploitation sexuelle. La grande majorit\u00e9 provient de pays pauvres d&rsquo;Asie, d&rsquo;Am\u00e9rique latine et des Cara\u00efbes et est destin\u00e9e aux pays riches d&rsquo;Europe, du Japon et de l&rsquo;Est.<\/p>\n<p>Le 1er juin 2012, l&rsquo;Organisation internationale du Travail [OIT] a publi\u00e9 sa deuxi\u00e8me enqu\u00eate mondiale sur le travail forc\u00e9 ; ce rapport estime que l&rsquo;esclavage moderne dans le monde fait quelque 20,9 millions de victimes. Cette conclusion reconna\u00eet que la traite des \u00eatres humains se d\u00e9finit par l&rsquo;exploitation, et non par les d\u00e9placements. L&rsquo;OIT estime que 55% des victimes du travail forc\u00e9 sont des femmes et des filles, et que 98% d&rsquo;entre elles font l&rsquo;objet d&rsquo;un trafic \u00e0 des fins d&rsquo;exploitation sexuelle. En 2005, la premi\u00e8re estimation de l&rsquo;OIT faisait \u00e9tat de 12,3 millions de victimes du travail forc\u00e9 et de la traite \u00e0 des fins de commerce sexuel, soit un quasi-doublement en sept ans. Par r\u00e9gion, l&rsquo;Asie et le Pacifique (qui comprend l&rsquo;Asie du Sud) continuent de compter le plus grand nombre de victimes, m\u00eame si le rapport note que l&rsquo;Afrique a connu une augmentation depuis 2005.<\/p>\n<p><em>Dans son rapport de 2013, le rapporteur sp\u00e9cial des Nations unies sur la vente d&rsquo;enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en sc\u00e8ne des enfants d\u00e9clare : \u00ab\u00a0Depuis 2008, le monde a connu des changements consid\u00e9rables qui ont eu un impact important sur l&rsquo;ampleur et la nature de la vente et de l&rsquo;exploitation sexuelle des enfants. La progression de la mondialisation, l&rsquo;expansion continue de l&rsquo;utilisation de l&rsquo;internet, notamment dans les pays en d\u00e9veloppement, l&rsquo;augmentation des migrations &#8211; tant internationales qu&rsquo;internes &#8211; due notamment \u00e0 l&rsquo;urbanisation, la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re, les catastrophes naturelles, les conflits et les changements climatiques ont tous eu un impact sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des enfants\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Le rapport mondial 2012 sur la traite des personnes, publi\u00e9 par l&rsquo;Office des Nations unies contre la drogue et le d\u00e9lit, indique que \u00ab\u00a0<em>les cas d\u00e9tect\u00e9s de traite d&rsquo;enfants repr\u00e9sentaient 27\u00a0% au cours de la p\u00e9riode 2007-2010, contre 20\u00a0% en 2003-2006<\/em>\u00ab\u00a0. Les donn\u00e9es montrent une augmentation significative entre les deux p\u00e9riodes mentionn\u00e9es. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;augmentation a \u00e9t\u00e9 plus importante pour les filles. Entre 2006 et 2009, la proportion de filles par rapport au nombre total de victimes est pass\u00e9e de 13 \u00e0 17 %. Deux enfants victimes sur trois sont des filles<\/em>\u00ab\u00a0. Il poursuit&#8230; \u00ab\u00a0<em>Bien que les tendances ne soient pas homog\u00e8nes \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, le rapport indique que plus de 20 pays ont enregistr\u00e9 une nette augmentation de la proportion de cas de traite d&rsquo;enfants d\u00e9tect\u00e9s au cours de la p\u00e9riode 2007-2010 par rapport \u00e0 la p\u00e9riode 2003-2006. Il est important de noter qu&rsquo;en Afrique et au Moyen-Orient, plus de deux tiers des victimes de la traite d\u00e9tect\u00e9es sont des enfants. \u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, la traite \u00e0 des fins d&rsquo;exploitation sexuelle repr\u00e9sente 58\u00a0% du nombre total de cas d\u00e9tect\u00e9s.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme si cela ne suffisait pas, le rapport signale \u00e9galement une modalit\u00e9 effrayante : le trafic d&rsquo;organes. \u00ab\u00a0<em>Selon plusieurs \u00e9tudes sur le sujet, le \u00ab\u00a0tourisme\u00a0\u00bb de transplantation d&rsquo;organes a augment\u00e9 (&#8230;). Des personnes originaires de pays \u00e0 hauts revenus se rendent dans des r\u00e9gions pauvres o\u00f9 les gens sont pr\u00eats \u00e0 vendre leurs organes pour survivre. Plusieurs \u00e9tudes ont soulign\u00e9 que les membres les plus vuln\u00e9rables de la population sont particuli\u00e8rement touch\u00e9s par cette criminalit\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0. Les membres les plus vuln\u00e9rables de la population\u00a0: c&rsquo;est-\u00e0-dire les enfants, les femmes, les jeunes &#8211; appartenant bien s\u00fbr \u00e0 la classe ouvri\u00e8re et \u00e0 son arm\u00e9e de r\u00e9serve -, les ch\u00f4meurs, et les secteurs populaires les plus appauvris, vivant dans la p\u00e9riph\u00e9rie des grandes villes, parmi lesquels se trouve \u00e9galement la population noire.<\/p>\n<p>Encore une fois, le Rapporteur sp\u00e9cial de l&rsquo;ONU fait r\u00e9f\u00e9rence au modalit\u00e9s de la p\u00e9dopornographie<em> : \u00ab L&rsquo;utilisation abusive d&rsquo;Internet pour diffuser de la p\u00e9dopornographie est tr\u00e8s courante. Selon les estimations, le nombre d&rsquo;images d&rsquo;abus d&rsquo;enfants sur Internet se compte en millions et le nombre d&rsquo;enfants repr\u00e9sent\u00e9s individuellement se chiffre probablement en dizaines de milliers. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;\u00e2ge des victimes a diminu\u00e9 et les repr\u00e9sentations sont de plus en plus explicites et violentes. De plus en plus, les images sont diffus\u00e9es via des r\u00e9seaux de partage de fichiers peer-to-peer, ce qui rend la d\u00e9tection plus difficile\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Les estimations des Nations unies calculent que ce \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb rapporte annuellement des b\u00e9n\u00e9fices compris entre 5 et 7 milliards de dollars. Selon le magazine Forbes, la pornographie rapporte chaque ann\u00e9e environ 60.000 millions d&rsquo;euros dans le monde et compte environ 250 millions de consommateurs. Et autre fait int\u00e9ressant, entre 1998 et 1999, des femmes des pays de l&rsquo;Est ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre vues dans la prostitution de rue. C&rsquo;est-\u00e0-dire une fois le capitalisme restaur\u00e9. La prostitution et la traite sont associ\u00e9es \u00e0 des entreprises, tout comme le trafic de drogue et la contrebande d&rsquo;armes.<\/p>\n<p>Je me suis int\u00e9ress\u00e9 aux rapports des organismes officiels et aux chiffres qu&rsquo;ils reconnaissent eux-m\u00eames, pour montrer que nous n&rsquo;exag\u00e9rons pas lorsque nous d\u00e9non\u00e7ons cette dure r\u00e9alit\u00e9. Le capitalisme, fond\u00e9 sur les id\u00e9aux de la R\u00e9volution fran\u00e7aise qui proclamaient \u00ab libert\u00e9, justice et fraternit\u00e9 \u00bb, a montr\u00e9 et continue de montrer que ceux-ci ne s&rsquo;appliquent qu&rsquo;aux vainqueurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la bourgeoisie mondiale qui, dans la phase de d\u00e9veloppement imp\u00e9rialiste ne n\u00e9glige aucun effort pour maintenir ses taux de profit \u00e0 la hausse. L&rsquo;expression des \u00ab esclaves du capital \u00bb n&rsquo;est pas exag\u00e9r\u00e9e, car non seulement dans ce domaine de l&rsquo;exploitation sexuelle, mais m\u00eame dans des r\u00e9gions et des zones importantes de la plan\u00e8te, des branches de la production sociale de marchandises adoptent de v\u00e9ritables formes d&rsquo;esclavage, avec les c\u00e9l\u00e8bres zones franches et navires-usines en haute mer. Cette soci\u00e9t\u00e9 capitaliste montre des formes incroyables de barbarie ; Rappelons-nous seulement, comme un fait de plus, les catastrophes caus\u00e9es par le r\u00e9chauffement climatique et les images d&rsquo;immigr\u00e9s qui arrivent par milliers dans les pays europ\u00e9ens et qui sont trait\u00e9s par la r\u00e9pression. Beaucoup d&rsquo;entre eux sont des femmes et beaucoup\u00a0 seront pouss\u00e9es \u00e0 la prostitution.<\/p>\n<p><strong>La femme comme objet sexuel<\/strong><\/p>\n<p>La prostitution confirme, au quotidien et \u00e0 chaque instant, que les femmes sont transform\u00e9es en marchandise pouvant \u00eatre consomm\u00e9e par les hommes pour assouvir leurs app\u00e9tits sexuels. Peu importe leur \u00e2ge. Maintenant, des secteurs des LGBT sont aussi jet\u00e9s dans la prostitution par l&rsquo;homophobie qui les discrimine au travail et dans la soci\u00e9t\u00e9. Un autre des secteurs opprim\u00e9s qui subit le m\u00eame sort que de nombreuses femmes. Mais, quelle co\u00efncidence ! Derri\u00e8re tous ces crimes, qu&rsquo;ils soient li\u00e9s \u00e0 la prostitution, \u00e0 la p\u00e9dophilie, au viol, \u00e0 la cr\u00e9ation de r\u00e9seaux pornographiques ou \u00e0 leur utilisation, avec des r\u00e9seaux de traite, on ne trouve quasiment que des hommes. Qu&rsquo;y a-t-il derri\u00e8re cette obsession sexuelle perverse et agressive ?<\/p>\n<p>Certains soutiennent que des \u00ab\u00a0\u00e9tudes scientifiques\u00a0\u00bb montrent que les hommes et les femmes ont \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb des diff\u00e9rences importantes dans les d\u00e9sirs sexuels. Ainsi, le d\u00e9sir masculin serait plus fort, imparable, difficile \u00e0 apprivoiser ou, grossi\u00e8rement dit, \u00ab\u00a0plein de testost\u00e9rone agit\u00e9e, d\u00e9cha\u00een\u00e9e, incontr\u00f4lable\u00a0\u00bb. Au-del\u00e0 des \u00e9tudes s\u00e9rieuses de certains sexologues, on trouvera les explications dans les sph\u00e8res sociales et culturelles.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des m\u00e9dias les plus utilis\u00e9s aujourd&rsquo;hui, par toutes les branches de la production, est la publicit\u00e9, le marketing. Encore un gros business pour d\u00e9velopper \u00e0 fond la circulation des biens, utiliser les besoins et en cr\u00e9er de nouveaux, en s&rsquo;appuyant sur les images, le langage et leurs effets subjectifs sur la conscience ou, de fa\u00e7on plus moderne, influencer ou cr\u00e9er des imaginaires collectifs. Mais ces imaginaires collectifs, ces pr\u00e9jug\u00e9s qui ont d\u00e9j\u00e0 leurs fondements objectifs, sont port\u00e9s au paroxysme par les m\u00e9dias de masse pour pousser \u00e0 bout les besoins du march\u00e9, d&rsquo;un capitalisme qui, avec ses crises r\u00e9currentes de surproduction, cherche par l\u00e0 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 \u00e9couler des marchandises d&rsquo;une dur\u00e9e de vie de plus en plus courte.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, l&rsquo;image de la femme comme symbole sexuel, comme objet servant \u00e0 promouvoir la vente d&rsquo;autres marchandises, acquiert une force renouvel\u00e9e. Il s&rsquo;agit g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;une femme jeune et belle, aux proportions g\u00e9n\u00e9reuses, qui appara\u00eet nue ou l\u00e9g\u00e8rement v\u00eatue, ou v\u00eatue de mani\u00e8re tr\u00e8s suggestive. L&rsquo;effet recherch\u00e9 est d&rsquo;attirer l&rsquo;attention du sexe masculin, \u00e0 travers une image \u00e9rotique. Que ce soit pour promouvoir une voiture ou une moto, cette femme, hors de port\u00e9e de beaucoup d&rsquo;hommes, devient ainsi dans son imagination, par l&rsquo;art et la magie du message subliminal, un produit accessible, si vous achetez le produit dont elle fait la publicit\u00e9. La femme sert aussi de symbole de la r\u00e9ussite masculine, comme un troph\u00e9e. Selon la culture machiste de cette soci\u00e9t\u00e9, tout homme qui se respecte doit avoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s une femme d&rsquo;une grande beaut\u00e9 et distinction, signe ext\u00e9rieur de sa richesse. Ainsi, la femme devient un bien de plus que l&rsquo;homme doit poss\u00e9der pour signifier sa position sociale ou sa virilit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette culture machiste qui frappe \u00e0 chaque minute, \u00e0 chaque instant, l&rsquo;esprit des consommateurs avec de v\u00e9ritables rafales d&rsquo;images, dans l&rsquo;objectif clair de la renforcer, de la l\u00e9gitimer, est \u00e0 la base de ce qu&rsquo;ils appellent les \u00ab crimes passionnels \u00bb, les f\u00e9minicides ; en r\u00e9alit\u00e9, la violence d\u00e9cha\u00een\u00e9e par l&rsquo;id\u00e9e que \u00ab\u00a0si cette femme n&rsquo;est pas pour moi, elle n&rsquo;est pour personne\u00a0\u00bb, une justification enregistr\u00e9e dans les chroniques des tablo\u00efds du monde entier, avec ceci ou un autre argument commun : \u00ab\u00a0aveugl\u00e9 par la rage \u00e0 cause de l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 de sa femme \u00bb. Viols de rue, agressions verbales et psychologiques, regards audacieux, lubriques, bref, toutes ces violences, si courantes et quotidiennes, reposent sur cette conception de la femme comme objet sexuel.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre face est le symbole de la femme au foyer. Dans les publicit\u00e9s, une femme v\u00eatue de son tablier appara\u00eet, faisant la promotion d&rsquo;un produit d&rsquo;entretien ou de cuisine, ou d&rsquo;aliments pour enfants. Tous les r\u00f4les associ\u00e9s \u00e0 son r\u00f4le d&rsquo;esclave domestique, de ma\u00eetresse de maison, de m\u00e8re. Dans cet espace, c&rsquo;est elle qui d\u00e9cide, et l&rsquo;homme appara\u00eet avec un r\u00f4le secondaire. Elle, en plus d&rsquo;\u00eatre femme au foyer, travaille aussi, c&rsquo;est une femme moderne, qui apr\u00e8s avoir utilis\u00e9 les produits que le march\u00e9 lui propose pour \u00ab\u00a0soulager\u00a0\u00bb ses t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res, court travailler. C&rsquo;est une femme \u00ab\u00a0responsabilis\u00e9e\u00a0\u00bb, c&rsquo;est une guerri\u00e8re qui fait tout et, en plus, reste belle et soign\u00e9e. Et ces m\u00eames id\u00e9es sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 l&rsquo;infini dans les romans, dans les magazines, dans les nouvelles, dans les films, dans les chansons, dans l&rsquo;\u00e9ducation. C&rsquo;est la reproduction des id\u00e9es dominantes impos\u00e9es par la classe dirigeante par la force de l&rsquo;habitude.<\/p>\n<p><strong>L\u00e9galisation ou abolition\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab Dans le monde, il existe quatre approches pour faire face \u00e0 la prostitution. La prohibitionniste, fond\u00e9 sur la r\u00e9pression p\u00e9nale par l&rsquo;\u00c9tat, o\u00f9 le client est la victime et o\u00f9 on cherche \u00e0 sauvegarder la moralit\u00e9 ; la r\u00e9gulationniste, qui, incapable de combattre la prostitution, cherche \u00e0 la r\u00e9guler ; l&rsquo;abolitionniste, qui m\u00e8ne des poursuites p\u00e9nales contre les prox\u00e9n\u00e8tes et les clients, et l&rsquo;approche ouvri\u00e8re ou l\u00e9galiste, dans laquelle la prostitution est valoris\u00e9e comme un travail. (<\/em>Revue<em> SEMANA <\/em>Colombie 18\/08\/2015<em>).<\/em><\/p>\n<p>Dans le cadre de la r\u00e9union des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d&rsquo;Amnesty International du monde entier, dans laquelle cette ONG appelle \u00e0 l&rsquo;application d&rsquo;une politique de d\u00e9p\u00e9nalisation absolue de la prostitution \u00ab\u00a0consentie\u00a0\u00bb, son magazine fait un article dans lequel il envisage ces quatre approches. Nous devrions dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit, bien s\u00fbr, de quatre fa\u00e7ons dont les \u00c9tats capitalistes traitent le probl\u00e8me de la prostitution. Cela vaut la peine d&rsquo;\u00eatre clarifi\u00e9, ce sont des politiques bourgeoises. Le d\u00e9bat est venu \u00e0 l&rsquo;ordre du jour \u00e0 la suite des rapports de l&rsquo;ONU et de l&rsquo;OIT, consign\u00e9s dans cet article.<\/p>\n<p>Une grande partie des ONG qui pullulent dans les diff\u00e9rents pays ont adopt\u00e9 l&rsquo;approche \u00abl\u00e9galiste \u00bb, dans laquelle la prostitution est valoris\u00e9e comme un \u00ab m\u00e9tier \u00bb. Elles l&rsquo;argumentent \u00e0 partir d&rsquo;une position humaniste de d\u00e9fense des droits humains, de respect des droits sociaux de ceux et celles qui l&rsquo;exercent et contre la discrimination de ses victimes. \u00c9videmment, la vision bourgeoise de consid\u00e9rer les \u00ab\u00a0clients\u00a0\u00bb comme victimes de la \u00ab\u00a0tentation\u00a0\u00bb provoqu\u00e9e par les \u00ab\u00a0femmes immorales\u00a0\u00bb m\u00e9rite notre condamnation comme la plus pure expression de son double langage, puisqu&rsquo;elle p\u00e9nalise et pers\u00e9cute des victimes qu&rsquo;eux-m\u00eames cr\u00e9ent et recr\u00e9ent. C&rsquo;est un cas similaire \u00e0 celui du voleur qui vole une poule pour nourrir ses enfants parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas de travail et est condamn\u00e9 \u00e0 de longues ann\u00e9es de prison, tandis que les voleurs en col blanc qui pillent les caisses du tr\u00e9sor public se voient offrir leur manoir en guise de prison.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, nous convenons \u00e9galement que toutes, absolument toutes les femmes, ont droit \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sociale et \u00e0 l&rsquo;assistance m\u00e9dicale, financ\u00e9es et fournies par l&rsquo;\u00c9tat comme une obligation, sans discrimination d&rsquo;aucune sorte, comme il devrait en exister pour l&rsquo;ensemble de la population , et \u00e0 plus forte raison pour les travailleurs et les secteurs les plus pauvres. Nous d\u00e9fendons le droit pour les femmes qui se livrent \u00e0 la prostitution \u00e0 disposer d&rsquo;une formation professionnelle garantie par l&rsquo;\u00c9tat et que leur emploi soit \u00e9galement garanti par l&rsquo;\u00c9tat. Si elles s\u2019organisent \u00e0 cet effet, nous serons pr\u00eats \u00e0 les soutenir. De la m\u00eame mani\u00e8re que nous les d\u00e9fendrons de tout type de r\u00e9pression et de maltraitance.<\/p>\n<p>Mais, \u00e0 partir de l\u00e0, nous sommes absolument contre la l\u00e9galisation de la prostitution ou toute autre politique bourgeoise pour la r\u00e9glementer. Nous d\u00e9fendons la fin de la prostitution et de toutes les formes de marchandisation du corps f\u00e9minin. La politique d&rsquo;Amnesty International consistant \u00e0 la l\u00e9galiser pour ceux qui l&rsquo;exercent \u00ab avec consentement \u00bb et \u00e0 criminaliser la traite des \u00eatres humains est un leurre.<\/p>\n<p>Il est inexact qu&rsquo;il y ait consentement des femmes qui s&rsquo;y consacrent, car bien que dans certains cas cela soit le produit d&rsquo;une d\u00e9cision personnelle, cela se fait sur la base <strong>d\u2019absence d&rsquo;alternatives<\/strong>, forc\u00e9e par le manque de travail et par les conditions sociales d&rsquo;existence. Cette politique \u00e9limine-t-elle l&rsquo;existence des prox\u00e9n\u00e8tes ou va-t-elle simplement changer leur nom\u00a0; les appellera-t-on respectueusement des \u00ab entrepreneurs \u00bb ? Pr\u00e9viendra-t-elle la violence et la maltraitance des \u00ab clients \u00bb \u00e0 leur \u00e9gard ? Dans la logique du march\u00e9, celui qui ach\u00e8te une marchandise n&rsquo;a-t-il pas le droit de la \u00ab consommer \u00bb comme il l&rsquo;entend ?<\/p>\n<p>Non seulement une grande partie des ONG, mais m\u00eame des organisations politiques qui se revendiquent de gauche d\u00e9fendent cette position de l\u00e9galisation avec des arguments comme, par exemple, le fait qu&rsquo;il y ait des femmes qui se prostituent <strong>de leur plein gr\u00e9<\/strong> et en pleine conscience de leur libert\u00e9 sexuelle. Il se peut qu&rsquo;il y ait une minorit\u00e9 qui se prostitue par choix et m\u00eame des femmes bourgeoises qui le font pour le frisson de l&rsquo;aventure, pour \u00e9chapper \u00e0 leur vie inutile, mettant ainsi un peu d&rsquo;adr\u00e9naline dans la prostitution l\u00e9gale de leur mariage par int\u00e9r\u00eat. Mais cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la prostitution massive qui existe dans la soci\u00e9t\u00e9. La prostitution est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme ; \u00e0 notre \u00e9poque, \u00e0 l&rsquo;exploitation capitaliste et \u00e0 la destruction humaine qu&rsquo;elle produit.<\/p>\n<p>Nous en avons une preuve irr\u00e9futable \u00e0 Cuba : l&rsquo;un des plus grands acquis de la r\u00e9volution a \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;avec l&rsquo;expropriation de la bourgeoisie, la prostitution a pris fin, non par la r\u00e9pression mais par la r\u00e9\u00e9ducation et en donnant \u00e0 ces femmes une place dans le travail productif, qui ont ainsi recouvr\u00e9 leur dignit\u00e9. Alors qu&rsquo;avec le retour du capitalisme, la prostitution est \u00e9galement revenue et les \u00ab\u00a0jineteras\u00a0\u00bb sont devenues l&rsquo;une des plus grandes attractions du tourisme social qui a prolif\u00e9r\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele.<\/p>\n<p>Mais il y a plus encore. Ces m\u00eames courants, utilisant la th\u00e9orie marxiste sur la production de marchandises, argumentent : c&rsquo;est un travail comme un autre, car la femme vend sa force de travail et produit de la plus-value pour un patron. Le probl\u00e8me est que les femmes contraintes \u00e0 la prostitution ne vendent pas seulement leur force de travail, elles vendent leur corps, leur dignit\u00e9. Pour cette raison, cela ressemble beaucoup plus \u00e0 la vente de femmes qui se faisait pendant l&rsquo;esclavage. Et nous sommes totalement contre la l\u00e9galisation et la r\u00e9glementation de l&rsquo;esclavage, qui ne profite qu&rsquo;aux esclavagistes.<\/p>\n<p>Des enqu\u00eates men\u00e9es dans certains pays, principalement europ\u00e9ens, o\u00f9 la prostitution a \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9e, ont montr\u00e9 que les principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires de cette politique \u00e9taient les \u00ab\u00a0entrepreneurs\u00a0\u00bb du sexe ; le nombre d&rsquo;enfants et de femmes prostitu\u00e9es a augment\u00e9. Sa cons\u00e9quence fiscale \u00e9tait le paiement d&rsquo;imp\u00f4ts, engraissant les caisses de l&rsquo;\u00c9tat. Le rem\u00e8de s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 pire que le mal.<\/p>\n<p>La Su\u00e8de, o\u00f9 la l\u00e9galisation existait jusqu&rsquo;en 1999, a pris une d\u00e9cision radicale et a modifi\u00e9 sa l\u00e9gislation. La prostitution est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9e comme un aspect de la violence masculine \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes et des enfants. Elle est reconnue comme une forme d&rsquo;exploitation des femmes et comme un probl\u00e8me social important. Le pays p\u00e9nalise l&rsquo;achat de services sexuels, d\u00e9criminalise la vente de ces services et, plus r\u00e9cemment, agr\u00e9e des ressources pour aider les femmes qui veulent quitter leur profession, avec des plans de formation professionnelle. Le r\u00e9sultat est que les taux de prostitution ont chut\u00e9 de fa\u00e7on spectaculaire et que la traite des femmes et des filles a presque disparu.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience, dans un pays capitaliste, montre qu&rsquo;il est possible d&rsquo;avancer dans ce sens, et que la lutte pour les revendications d\u00e9mocratiques des femmes, par exemple, le droit \u00e0 l&rsquo;avortement l\u00e9gal, libre et gratuit, le droit de travailler dans des conditions d\u00e9centes, doit \u00eatre soutenue et fortement revendiqu\u00e9e par l&rsquo;ensemble des travailleurs, et qu&rsquo;il ne suffit pas de faire baisser les taux de prostitution\u00a0: il faut l&rsquo;\u00e9liminer compl\u00e8tement. Cela sera possible dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les moyens de production ne sont pas entre les mains de quelques-uns mais appartiennent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, o\u00f9 les femmes participent pleinement \u00e0 la production sociale ; Comme le dit Marx dans le Manifeste communiste : \u00ab <em>Il est \u00e9vident, d&rsquo;autre part, qu&rsquo;avec l&rsquo;abolition des rapports de production actuels, la communaut\u00e9 des femmes qui en est issue dispara\u00eetra, c&rsquo;est-\u00e0-dire la prostitution officielle et priv\u00e9e.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nous luttons pour une soci\u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement diff\u00e9rente du capitalisme, une soci\u00e9t\u00e9 socialiste dans laquelle les rapports humains, parmi lesquels ceux entre les sexes, peuvent \u00eatre fond\u00e9s sur une autre morale, celle de la solidarit\u00e9 et du bien commun, v\u00e9ritablement lib\u00e9r\u00e9e des conditionnements \u00e9conomiques bourgeois, lib\u00e9r\u00e9e de toutes sortes d&rsquo;oppression et de soumission, exempte de commercialisation et de r\u00e9ification, une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle transmettre, donner, livrer, acqu\u00e9rir, tout comme \u00ab\u00a0toute chose, morale ou physique\u00a0\u00bb, n&rsquo;est pas soumise \u00e0 la mis\u00e9rable loi de la valeur capitaliste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Source\u00a0: <a href=\"https:\/\/litci.org\/es\/una-mirada-marxista-sobre-la-prostitucion\/\">https:\/\/litci.org\/es\/una-mirada-marxista-sobre-la-prostitucion\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le gouvernement belge, via son \u00a0ministre de la justice, est en train de r\u00e9former le droit p\u00e9nal sexuel. 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