{"id":2456,"date":"2021-09-27T19:28:15","date_gmt":"2021-09-27T17:28:15","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=2456"},"modified":"2021-09-27T19:28:15","modified_gmt":"2021-09-27T17:28:15","slug":"afrique-du-sud-reprendre-le-chemin-de-la-lutte-contre-lanc-et-le-parti-communiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/afrique-du-sud-reprendre-le-chemin-de-la-lutte-contre-lanc-et-le-parti-communiste\/","title":{"rendered":"Afrique du Sud : reprendre le chemin de la lutte, contre l&rsquo;ANC et le parti communiste"},"content":{"rendered":"<p>Par C\u00e9sar Neto et Yves Mwaya Manas, publi\u00e9 dans <em>Opini\u00e3o Socialista<\/em>, hebdomadaire du PSTU \u2013 Section br\u00e9silienne de la LIT-QI \u2013 16\/09\/2021<\/p>\n<p><em>La vague de pillage qui a eu lieu en Afrique du Sud en juillet a montr\u00e9 la faillite du mod\u00e8le de gouvernement tripartite ANC\/COSATU\/Parti communiste. La gauche en g\u00e9n\u00e9ral et la gauche r\u00e9formiste en particulier tentent de minimiser les \u00e9v\u00e9nements dans ce pays. Ce texte tentera de montrer : a) que 300 morts montrent \u00e0 quel point la Nation arc-en-ciel de Mandela est r\u00e9pressive ; b) que l&rsquo;explosion sous forme de pillages est une expression de la pauvret\u00e9 des masses ; et c) que le mod\u00e8le stalinien de r\u00e9volution par \u00e9tapes impos\u00e9 par le Parti communiste, l&rsquo;ANC et la centrale syndicale COSATU, a \u00e9chou\u00e9. La gauche r\u00e9formiste et la gauche stalinienne en particulier pr\u00e9f\u00e8rent ne pas discuter de la faillite de ce mod\u00e8le. La bourgeoisie et sa presse grand public, plus r\u00e9alistes, parlent de la fin d&rsquo;un cycle. Certains \u00e9tablissent m\u00eame une relation entre les vingt-sept ann\u00e9es de gouvernement ANC\/COSATU\/PC et les vingt-sept ann\u00e9es du gouvernement de Kenneth Kaunda, en Zambie. Il existe de nombreuses similitudes entre ces deux processus : leur origine dans les luttes et leur d\u00e9cadence politique et la r\u00e9pression de ceux qui luttent.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab\u00a0Actuellement, dans la premi\u00e8re quinzaine de juillet,\u00a0<\/em><em>il peut sembler superficiellement que tout\u00a0<\/em><em>est plus ou moins revenu \u00e0 la normale. En fait,\u00a0<\/em><em>dans les profondeurs du prol\u00e9tariat comme\u00a0<\/em><em>dans les sommets de la classe dominante,\u00a0<\/em><em>se pr\u00e9parer presque automatiquement le d\u00e9clenchement d\u2019un nouveau conflit\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a>.\u00a0<\/em><em>TROTSKY<\/em><\/p>\n<p><strong>La lutte h\u00e9ro\u00efque contre l&rsquo;apartheid<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9gime d&rsquo;apartheid a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 en 1948, par le Premier ministre de l&rsquo;\u00e9poque et pasteur protestant Daniel Fran\u00e7ois Malan du Parti national. L&rsquo;apartheid avait un objectif \u00e9conomique clair, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;industrie sud-africaine arri\u00e9r\u00e9e ne pouvait pas rivaliser avec les grandes entreprises capitalistes europ\u00e9ennes et o\u00f9, pour pouvoir y r\u00e9sister un minimum, elle devait r\u00e9duire ses co\u00fbts de production et produire dans des conditions analogues au travail des esclaves. Il \u00e9tait donc n\u00e9cessaire d&rsquo;opprimer et de d\u00e9courager les travailleurs afin de pouvoir les soumettre. L&rsquo;interdiction faite aux Noirs de fr\u00e9quenter les places, les h\u00f4pitaux et les \u00e9coles r\u00e9serv\u00e9s aux Blancs, ainsi que la criminalisation des mariages interraciaux, faisaient partie de ce syst\u00e8me d&rsquo;oppression-exploitation pour une production \u00e0 faible co\u00fbt. La r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;apartheid, impos\u00e9 en 1948, a commenc\u00e9 d\u00e8s les premiers jours et a pris de l&rsquo;ampleur dans les ann\u00e9es 1970, 1980 et 1990. La r\u00e9sistance au r\u00e9gime de l&rsquo;apartheid a inspir\u00e9 la lutte des militants noirs et du mouvement ouvrier dans le monde entier. Dans les ann\u00e9es 80 et 90, les luttes se sont radicalis\u00e9es avec le d\u00e9clenchement de gr\u00e8ves g\u00e9n\u00e9rales de masse, de gr\u00e8ves \u00e9tudiantes, de diverses formes de boycott, d&rsquo;occupation de terres, etc. Au plus fort de la lutte pour vaincre le r\u00e9gime d&rsquo;apartheid, plusieurs townships (bidonvilles) sont devenus de v\u00e9ritables zones lib\u00e9r\u00e9es o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;entrait pas et o\u00f9 la communaut\u00e9 s&rsquo;auto-organisait pour les t\u00e2ches d&rsquo;\u00e9ducation, de la r\u00e9partition de la nourriture et des services et de l&rsquo;autod\u00e9fense. Les travailleurs et les jeunes se sont arm\u00e9s pour d\u00e9fendre leurs communaut\u00e9s contre les repr\u00e9sentants de l&rsquo;\u00c9tat sud-africain.<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, les masses noires, souvent avec le soutien de travailleurs blancs, affichaient une haine contre l&rsquo;apartheid, contre l&rsquo;\u00c9tat sud-africain et avan\u00e7aient \u00e0 grands pas vers la compr\u00e9hension de la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9truire le capitalisme. Il y avait en cours un processus r\u00e9volutionnaire continu qui effrayait la grande bourgeoisie nationale et \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>N\u00e9gociation ou approfondissement de la lutte ? R\u00e9volution par \u00e9tapes ou R\u00e9volution permanente?<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9norme pression d&rsquo;une situation r\u00e9volutionnaire a forc\u00e9 le grand capital \u00e0 ouvrir des canaux de n\u00e9gociation. Est-il correct de n\u00e9gocier, de faire des concessions, de d\u00e9mobiliser lorsque nous sommes \u00e0 l&rsquo;offensive ? Cette question a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e par de nombreux militants. Dans la pratique, les militants s&rsquo;interrogeaient sur la meilleure voie \u00e0 suivre : la n\u00e9gociation ou l&rsquo;approfondissement de la lutte. Sur un plan marxiste plus th\u00e9orique, il y avait le vieux d\u00e9bat entre la th\u00e9orie stalinienne de la r\u00e9volution par \u00e9tapes ou celle du marxisme r\u00e9volutionnaire, de la Lettre au comit\u00e9 central de la Ligue des communistes \u00e9crite par Marx, les Th\u00e8ses d&rsquo;avril de L\u00e9nine ou de la R\u00e9volution permanente de Trotsky.<\/p>\n<p>La n\u00e9gociation signifiait retirer les travailleurs et les jeunes de la rue, freiner et d\u00e9mobiliser en \u00e9change de l&rsquo;octroi de droits d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;approfondissement des luttes passait par la construction des instances de double pouvoir qui mettait en discussion la fameuse question \u00a0\u00bb qui gouverne ici ? \u00ab\u00a0, les travailleurs ou la bourgeoisie, mais cela passait aussi par le d\u00e9veloppement de l&rsquo;armement des ouvriers et des jeunes qui existait d\u00e9j\u00e0 dans certains townships. S&rsquo;agit-il l\u00e0 d&rsquo;une vision extr\u00e9miste? Non. Les travailleurs se battaient depuis 1948 contre l&rsquo;apartheid et, comme nous l&rsquo;avons dit plus haut, les ann\u00e9es 1980 et 1990 ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment radicales.<\/p>\n<p>La n\u00e9gociation a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e au mouvement de masse par les organisations politiques, l&rsquo;ANC (Congr\u00e8s national africain), le Parti communiste d&rsquo;Afrique du Sud et par la centrale syndicale COSATU.<\/p>\n<p>La n\u00e9gociation s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;utilisation d&rsquo;un triptyque compos\u00e9 de la cooptation, de la d\u00e9mobilisation et de la d\u00e9moralisation du mouvement.<\/p>\n<p>Dans le processus de cooptation, des personnalit\u00e9s importantes ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es dans la n\u00e9gociation. Parmi eux, Thabo Mbeki, qui avait commenc\u00e9 \u00e0 militer en tant que leader \u00e9tudiant, avait \u00e9tudi\u00e9 en Russie et avait ensuite \u00e9t\u00e9 choisi pour faire partie du comit\u00e9 central du parti communiste ; Jacob Zuma, qui a pass\u00e9 dix ans en prison \u00e0 Robben Island avec Nelson Mandela ; et le principal leader des mineurs, Cyril Ramaphosa. Ces trois personnalit\u00e9s ont fini par devenir pr\u00e9sidents de l&rsquo;Afrique du Sud. Par co\u00efncidence, Mbeki a perdu le pouvoir et le contr\u00f4le de l&rsquo;ANC au profit de Zuma, et a \u00e9t\u00e9 contraint de d\u00e9missionner. Zuma a pris ses fonctions et a \u00e9t\u00e9 mis en accusation par son propre parti, dirig\u00e9 par Ramaphosa.<\/p>\n<p>Outre ces trois personnages importants qui ont acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, d&rsquo;innombrables autres dirigeants ont \u00e9t\u00e9 coopt\u00e9s dans diff\u00e9rents types d&rsquo;organes de contr\u00f4le politique et syndical des travailleurs, qui \u00e9taient alors en lutte.<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence de cette cooptation a \u00e9t\u00e9 la d\u00e9mobilisation, le retrait des travailleurs de la rue et le contr\u00f4le sur les organes ind\u00e9pendants qui avaient \u00e9t\u00e9 construits. Et en cooptant et en d\u00e9mobilisant, il a \u00e9t\u00e9 possible de tromper les travailleurs et les jeunes avec la promesse d&rsquo;une nation arc-en-ciel.<\/p>\n<p>Le premier acte majeur de d\u00e9mobilisation a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;assassinat de Chris Hani, chef du parti communiste d&rsquo;Afrique du Sud et chef de cabinet d&rsquo;uMkhonto we Sizwe , le bras arm\u00e9 du Congr\u00e8s national africain (ANC). Il a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 par Janusz Walu\u015b , un immigrant polonais, membre de l&rsquo;organisation d&rsquo;extr\u00eame droite AWB (Afrikaner Weerstandsbeweging -Mouvement de r\u00e9sistance afrikaner). L&rsquo;assassinat de Chris Hani a provoqu\u00e9 un \u00e9moi national et est survenu \u00e0 un moment fort des luttes contre l&rsquo;apartheid. Le corps de Hani a \u00e9t\u00e9 pleur\u00e9 au stade de la First National Bank \u00e0 Soweto. Les bus, les taxis et tout autre v\u00e9hicule ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s lors de tentatives de d\u00e9placement entre le stade et le lieu d&rsquo;inhumation. Lors de la veill\u00e9e nocturne organis\u00e9e \u00e0 la m\u00e9moire de Hani, des foules compos\u00e9es de jeunes noirs mirent le feu aux maisons voisines et attaqu\u00e8rent les voitures qui passaient<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Au moins deux personnes sont mortes dans ces troubles. Dans l&rsquo;une des maisons incendi\u00e9es, un homme blanc, membre de la direction de l&rsquo;AWB, a \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9 vif. Et presque tous les grands centres urbains d&rsquo;Afrique du Sud ont \u00e9t\u00e9 pill\u00e9s par des foules en col\u00e8re. Cela s&rsquo;est produit lorsque le pays \u00e9tait encore sous la pr\u00e9sidence de Frederick de Klerk, du Parti national. Nelson Mandela, principale figure de l&rsquo;opposition, mais qui n\u00e9gociait d\u00e9j\u00e0 avec le r\u00e9gime d&rsquo;apartheid, est pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision pour d\u00e9plorer la mort de Chris Hani, demander le calme et dire aux gens de rester chez eux et de prier pour l&rsquo;\u00e2me de Chris Hani.<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire Chris Hani est un exemple de d\u00e9mobilisation avec un parti pris politique. Cela a rev\u00eatu d&rsquo;autres formes, par exemple en vidant et en d\u00e9truisant les organisations populaires, de jeunesse ou syndicales.<\/p>\n<p>Dans le cas des syndicats, il y a eu une politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de vidage des entit\u00e9s syndicales via l&rsquo;institution du NEDLAC. En 1994, au d\u00e9but du gouvernement de Nelson Mandela, le Conseil national du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et du travail (NEDLAC, National Economic Development and Labour Council) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9. La fonction du NEDLAC<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>, entre autres, \u00e9tait de \u00ab\u00a0promouvoir la croissance \u00e9conomique et de rechercher un consensus et un accord sur la politique sociale et \u00e9conomique \u00ab\u00a0<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a>. Autrement dit, sa fonction premi\u00e8re \u00e9tait de rechercher un consensus entre les patrons, les employ\u00e9s et le gouvernement, et de parvenir \u00e0 des accords sur les questions de travail.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, \u00e9tant donn\u00e9 le rapport de forces favorable \u00e0 la classe ouvri\u00e8re, le gouvernement a vot\u00e9 dans cet organe tripartite avec les travailleurs. C&rsquo;\u00e9tait le consensus entre les travailleurs et le gouvernement, et auquel les hommes d&rsquo;affaires se sont \u00ab\u00a0soumis\u00a0\u00bb. Au fil du temps, le gouvernement s&rsquo;est progressivement rang\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des hommes d&rsquo;affaires. Le NEDLAC \u00e9tant le fruit d&rsquo;une loi, d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 ses d\u00e9cisions est une infraction, un crime.<\/p>\n<p>Ainsi, aujourd&rsquo;hui, avant de faire la gr\u00e8ve, il faut d&rsquo;abord rechercher le consensus. De cette fa\u00e7on, des mois et des ann\u00e9es s&rsquo;\u00e9coulent sans qu&rsquo;un consensus ne soit atteint. Si une gr\u00e8ve n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0autoris\u00e9e\u00a0\u00bb par le NEDLAC, il s&rsquo;agit d&rsquo;une gr\u00e8ve ill\u00e9gale. En mai 2020, une gr\u00e8ve des travailleurs de Volkswagen<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a> protestant contre la contamination par le Covid 19 a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e ill\u00e9gale et les militants ont \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9s. Pour proc\u00e9der au licenciement, Volkswagen a eu recours \u00e0 la loi soutenant le NEDLAC et les travailleurs ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s d&rsquo;\u00eatre radicaux pour ne pas avoir recherch\u00e9 le consensus.<\/p>\n<p>Ainsi, avec cette r\u00e9pression l\u00e9galis\u00e9e par le Conseil national pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et le travail, l&rsquo;incroyable mouvement syndical des ann\u00e9es 80 et 90 a \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9, vid\u00e9 et r\u00e9prim\u00e9.<\/p>\n<p><strong>1994 : l&rsquo;occasion manqu\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Le Congr\u00e8s national africain (ANC), le Parti communiste et la centrale syndicale COSATU sont arriv\u00e9s au pouvoir lors des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 1994, soutenus par une longue trajectoire de lutte, de formation de cadres, d&rsquo;insertion dans les luttes sociales, mais surtout, par leur poids \u00e9norme parmi les masses.<\/p>\n<p>Lors du congr\u00e8s de 1955 de l&rsquo;ANC, le document intitul\u00e9 Freedom Charter (Charte de la libert\u00e9) a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9, qui d\u00e9fendait la nationalisation des mines, des banques et de l&rsquo;industrie monopolistique comme suit. \u00ab\u00a0Le peuple partagera les richesses du pays !. La richesse nationale de notre pays, l&rsquo;h\u00e9ritage de tous les Sud-Africains, sera rendue au peuple ; la richesse min\u00e9rale du sous-sol, les banques et l&rsquo;industrie monopolistique seront transf\u00e9r\u00e9es \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 du peuple dans son ensemble ; toutes les autres industries et le commerce doivent \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s pour aider au bien-\u00eatre du peuple ; tous les gens ont des droits \u00e9gaux de commercer o\u00f9 ils veulent, de fabriquer et d&rsquo;entrer dans toutes les entreprises, tous les m\u00e9tiers et toutes les professions. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tapisme stalinien du parti communiste et de l&rsquo;ANC s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 clairement dans le programme de reconstruction et de d\u00e9veloppement (RDP) d\u00e8s 1994. Dans l&rsquo;introduction du RDP, Mandela d\u00e9clare : \u00ab\u00a0&#8230;<em> nous sommes sur le point d&rsquo;assumer les responsabilit\u00e9s du gouvernement et nous devons aller au-del\u00e0 de la Charte pour mettre en place un v\u00e9ritable programme de gouvernement. Ce document RDP est une \u00e9tape essentielle dans ce processus. Il repr\u00e9sente un cadre coh\u00e9rent et viable b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;un large soutien\u00a0\u00bb. Comme le dit Mandela lui-m\u00eame dans l&rsquo;introduction, \u00ab\u00a0il s&rsquo;agit d&rsquo;un cadre coh\u00e9rent, viable et b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;un large soutien\u00a0\u00bb, \u00e9changeant ainsi le nationalisme contre des t\u00e2ches d\u00e9mocratiques, en tant que premi\u00e8re et \u00e9tape d&rsquo;une dur\u00e9e ind\u00e9finie. \u00ab\u00a0Le RDP est un cadre de politique socio-\u00e9conomique int\u00e9gr\u00e9 et coh\u00e9rent. Il vise \u00e0 mobiliser l&rsquo;ensemble de notre peuple et les ressources de notre pays pour l&rsquo;\u00e9radication d\u00e9finitive de l&rsquo;apartheid et la construction d&rsquo;un avenir d\u00e9mocratique, non racial et non sexiste.\u00a0\u00bb (Point 1.1.1 du RDP). Ainsi, avec le RDP, la souverainet\u00e9 sur les minerais a \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9e contre \u00ab\u00a0la construction d&rsquo;un avenir d\u00e9mocratique, non racial et non sexiste<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>En moins de deux ans de gouvernement, le parti communiste et l&rsquo;ANC ont montr\u00e9 quelle \u00e9tait leur v\u00e9ritable politique \u00e9conomique. La phase des conqu\u00eates d\u00e9mocratiques et de la \u00ab\u00a0structure coh\u00e9rente, viable et b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;un large soutien\u00a0\u00bb, selon les termes de Mandela, s&rsquo;est transform\u00e9e en un plan n\u00e9olib\u00e9ral avec l&rsquo;application du plan GEAR (Growth, Employment and Redistribution &#8211; Croissance, emploi et redistribution). Le GEAR (engrenage en anglais) mettait l&rsquo;accent sur l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire et la r\u00e9duction du d\u00e9ficit en ramenant la fiscalit\u00e9 et les d\u00e9penses \u00e0 des proportions fixes du PIB. Gr\u00e2ce au GEAR, les priorit\u00e9s macro\u00e9conomiques d\u00e9clar\u00e9es du gouvernement sont devenues l&rsquo;inflation, la d\u00e9r\u00e9glementation des march\u00e9s financiers, la r\u00e9duction des droits de douane et la lib\u00e9ralisation du commerce, ainsi que la limitation des d\u00e9penses publiques. Un plan n\u00e9olib\u00e9ral n\u00e9 des entrailles de l&rsquo;\u00e9tapisme stalinien.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;ouverture de l&rsquo;\u00e9conomie et la d\u00e9sindustrialisation<\/strong><\/p>\n<p>Une partie des n\u00e9gociations impliquant l&rsquo;ANC\/Parti communiste et la grande bourgeoisie nationale et imp\u00e9rialiste portait sur l&rsquo;ouverture de l&rsquo;\u00e9conomie aux produits import\u00e9s. Ainsi, le r\u00e9gime d\u00e9mocratique bourgeois naissant dirig\u00e9 par Mandela a accept\u00e9 les contraintes imp\u00e9rialistes, tout comme les gouvernements n\u00e9olib\u00e9raux de Menen en Argentine, de Collor au Br\u00e9sil, entre autres gouvernements de la m\u00eame \u00e9poque. En cons\u00e9quence de ce processus<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a>, l&rsquo;industrie nationale n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 en mesure de faire face \u00e0 la technologie \u00e9trang\u00e8re et n&rsquo;a m\u00eame pas pu \u00eatre comp\u00e9titive en intensifiant l&rsquo;exploitation des travailleurs et en utilisant une main-d&rsquo;\u0153uvre semi-esclave comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;apartheid. La radicalisation des travailleurs ne permettait pas une telle attaque. Le r\u00e9sultat de ce processus a \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;industrie nationale a ferm\u00e9 ses portes ou a directement fait faillite, d\u00e9sindustrialisant le pays, augmentant le ch\u00f4mage, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Avec la d\u00e9sindustrialisation, l&rsquo;exploitation mini\u00e8re, totalement contr\u00f4l\u00e9e par les entreprises imp\u00e9rialistes, est devenue le centre de l&rsquo;\u00e9conomie du pays. En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;imp\u00e9rialisme contr\u00f4le aujourd&rsquo;hui l&rsquo;\u00e9conomie bien plus qu&rsquo;il ne le faisait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;apartheid.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;imp\u00e9rialisme ne pardonne pas : la strat\u00e9gie des mineurs en Afrique<\/strong><\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a aucun doute sur le r\u00f4le de l&rsquo;imp\u00e9rialisme dans cette phase de d\u00e9composition du capitalisme. Son contr\u00f4le politique, \u00e9conomique et militaire est gigantesque. Pour cette raison, nous ne pensons pas que l&rsquo;on puisse faire une r\u00e9volution par \u00e9tapes. Ou, comme le disent les staliniens, les castristes et les chavistes, d&rsquo;abord conqu\u00e9rir et consolider les droits d\u00e9mocratiques, puis passer aux questions \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Cette politique \u00e9tapiste, a conduit le stalinisme qui avait le contr\u00f4le du mouvement de masse, \u00e0 travers l&rsquo;ANC et la COSATU \u00e0 accepter et \u00e0 appliquer patiemment la politique de la Banque mondiale, appel\u00e9e la Strat\u00e9gie des mineurs en Afrique<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>. La strat\u00e9gie des mineurs en Afrique, s&rsquo;est attaqu\u00e9e \u00e0 deux questions centrales : a) la souverainet\u00e9 sur les ressources naturelles et b) la fin de l&rsquo;exploitation de ces ressources par des entreprises publiques. Quiconque a l&rsquo;occasion de lire le document de la Banque mondiale verra qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 \u00e0 la lettre pendant les vingt-sept ann\u00e9es de gouvernement du parti communiste et de l&rsquo;ANC. Le document a impos\u00e9 : a) de poursuivre les programmes d&rsquo;ajustement \u00e9conomique pour payer la dette ; b) que les gouvernements d\u00e9finissent clairement leurs strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement minier. Le secteur priv\u00e9 doit prendre la t\u00eate du mouvement ; c) que les incitations pour les investisseurs du secteur minier soient clairement d\u00e9finies dans la l\u00e9gislation sur les investissements ; d) que la fiscalit\u00e9 mini\u00e8re tienne compte des niveaux d&rsquo;imposition en vigueur dans d&rsquo;autres pays miniers afin de maintenir ou d&rsquo;\u00e9tablir la comp\u00e9titivit\u00e9 de l&rsquo;industrie nationale ; e) que la l\u00e9gislation mini\u00e8re r\u00e9duise le risque et l&rsquo;incertitude pour les investisseurs potentiels et garantisse un acc\u00e8s facile aux licences de prospection et aux concessions mini\u00e8res ; f) que les institutions gouvernementales abandonnent les fonctions op\u00e9rationnelles et de marketing ; et g) qu&rsquo;elles contr\u00f4lent l&rsquo;exploitation mini\u00e8re artisanale.<\/p>\n<p><strong>La dette publique impayable<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9normes mobilisations contre l&rsquo;apartheid depuis les ann\u00e9es 1970 s&rsquo;amplifiaient de jour en jour et mettaient en danger l&rsquo;existence du r\u00e9gime sud-africain ainsi que l&rsquo;Afrique du Sud capitaliste elle-m\u00eame. Au-del\u00e0 de la lutte interne, dans le m\u00eame temps, le rejet international du r\u00e9gime s\u00e9gr\u00e9gationniste raciste s&rsquo;amplifiait. En 1976, l&rsquo;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies a vot\u00e9 la r\u00e9solution 31\/33, dans laquelle elle exhortait les banques \u00e0 ne pas fournir d&rsquo;aide financi\u00e8re au gouvernement de la minorit\u00e9 blanche et \u00e9tendait la recommandation \u00e0 tous les \u00c9tats de cesser les nouveaux investissements et les pr\u00eats financiers \u00e0 l&rsquo;Afrique du Sud.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime, tout en exer\u00e7ant une r\u00e9pression interne, s&rsquo;est \u00e9galement attaqu\u00e9 aux pays voisins dans leur lutte anticoloniale, notamment l&rsquo;Angola, la Namibie et le Mozambique. \u00c0 cette fin, au milieu du blocus impos\u00e9 par l&rsquo;ONU, il \u00e9tait n\u00e9cessaire d&rsquo;acheter des armes et des munitions, de fournir une formation, une assistance et de faire de l&rsquo;espionnage. Vendues au march\u00e9 noir, les armes ont vu leur prix augmenter de 25 \u00e0 30 %.<\/p>\n<p>M\u00eame avec le blocus impos\u00e9, de nombreuses banques ont pr\u00eat\u00e9 de l&rsquo;argent \u00e0 l&rsquo;Afrique du Sud. Nous pouvons donc dire que la dette publique sud-africaine est a) une dette odieuse, car elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour acheter des armes et r\u00e9primer les gens \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du pays ; b) une dette ill\u00e9gale, car elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du blocus impos\u00e9 par l&rsquo;ONU, lorsque les transactions commerciales et financi\u00e8res avec l&rsquo;Afrique du Sud \u00e9taient interdites tant que l&rsquo;APARTHEID serait en vigueur ; et c) une dette ill\u00e9gitime, car elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour favoriser un secteur (l&rsquo;apartheid) et contre les int\u00e9r\u00eats de ceux qui ont lutt\u00e9 contre l&rsquo;apartheid et le colonialisme.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;elle soit odieuse, ill\u00e9gale et ill\u00e9gitime, le gouvernement arriv\u00e9 au pouvoir en 1994 a accept\u00e9 de payer cette dette.<\/p>\n<p><strong>La pauvret\u00e9 en Afrique du Sud est la cons\u00e9quence du vol des ressources naturelles et d&rsquo;une dette insoutenable.<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s vingt-sept ans de gouvernement de l&rsquo;ANC\/PC et de la centrale syndicale COSATU, en appliquant la th\u00e9orie stalinienne consistant \u00e0 conqu\u00e9rir d&rsquo;abord la d\u00e9mocratie et \u00e0 aller ensuite de l&rsquo;avant, nous devons faire un bilan tr\u00e8s s\u00e9rieux de la politique mini\u00e8re, de la politique face \u00e0 la dette publique, parce que les conditions de vie de la classe ouvri\u00e8re n&rsquo;ont pas progress\u00e9. \u00c0 bien des \u00e9gards, elles se sont aggrav\u00e9es.<\/p>\n<p>Les travailleurs ont perdu tous leurs droits, leurs retraites, le ch\u00f4mage a augment\u00e9 et s&rsquo;ils veulent se battre, ils doivent d&rsquo;abord demander la permission au Nedlac. Et dans ce cadre, ils ont vu leurs directions syndicales \u00eatre domestiqu\u00e9es et d\u00e9truites. La majorit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re vit dans de grandes townships sans eau ni \u00e9gouts.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9ducation n&rsquo;est plus gratuite. Toutes les \u00e9coles, \u00e0 tous les niveaux, sont payantes. Un dipl\u00f4me de droit \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Cap co\u00fbte 70 000 rands par an et un travailleur gagne au maximum 48 000 rands sur la m\u00eame p\u00e9riode. Les salaires des enseignants sont pay\u00e9s en partie par l&rsquo;\u00c9tat et en partie par les \u00e9tudiants. Le gouvernement s&rsquo;est compl\u00e8tement d\u00e9sengag\u00e9 de l&rsquo;\u00e9ducation et de la sant\u00e9 \u00e9galement.<\/p>\n<p><strong>Et pour finir, la d\u00e9moralisation<\/strong><\/p>\n<p>La mise en \u0153uvre de l&rsquo;\u00e9tapisme stalinien, au moment m\u00eame o\u00f9 les masses \u00e9taient en pleine effervescence, a sans aucun doute constitu\u00e9 une trahison de l&rsquo;ANC et du parti communiste. Les mesures de pr\u00e9servation et d&rsquo;expansion de l&rsquo;exploitation mini\u00e8re par les soci\u00e9t\u00e9s transnationales, le paiement de la dette, les politiques n\u00e9olib\u00e9rales de d\u00e9sindustrialisation, de flexibilisation des droits des travailleurs et de r\u00e9duction des d\u00e9penses de sant\u00e9 et d&rsquo;\u00e9ducation, appliqu\u00e9es sur vingt-sept ans, sont la premi\u00e8re et la derni\u00e8re raison du ch\u00f4mage, de la pauvret\u00e9 et de la mort par Covid.<\/p>\n<p>Comme nous l&rsquo;avons dit plus haut, la sortie n\u00e9goci\u00e9e s&rsquo;est faite par l&rsquo;utilisation du triptyque compos\u00e9 de la cooptation des combattants et des militants, et une fois qu&rsquo;ils \u00e9taient dans la structure du pouvoir, ces coopt\u00e9s ont voulu d\u00e9tourner toutes les tentatives de mobilisation. La d\u00e9moralisation est venue tout au long de ces vingt-sept ann\u00e9es de gouvernement de l&rsquo;ANC, du parti communiste et de la centrale syndicale COSATU.<\/p>\n<p>La cooptation a permis \u00e0 ces militants de s&rsquo;\u00e9lever socialement. Ramaphosa, l&rsquo;actuel pr\u00e9sident, a \u00e9t\u00e9 un leader \u00e9tudiant, un dirigeant important du syndicat des mineurs et est m\u00eame devenu un directeur de la soci\u00e9t\u00e9 britannique London Mining (Lonmin). Et plusieurs sont devenus des petits bourgeois ou directement des bourgeois. Cet assaut contre les structures de l&rsquo;Etat et l&rsquo;enrichissement est visible pour tout observateur attentif. Mais m\u00eame ceux qui ne suivent la politique qu&rsquo;\u00e0 travers les grands m\u00e9dias finissent par d\u00e9couvrir que les principaux dirigeants sont impliqu\u00e9s dans la fraude, le vol et la corruption.<\/p>\n<p>Ainsi, cette avant-garde qui a vaincu l&rsquo;apartheid, qui a subi toutes sortes de pers\u00e9cutions, qui a \u00e9t\u00e9 exil\u00e9e, qui a pass\u00e9 de longues ann\u00e9es en prison, a fini par capituler devant le processus de cooptation. La cooptation n&rsquo;est pas un probl\u00e8me moral, c&rsquo;est un probl\u00e8me politique. Un probl\u00e8me politique, puisqu&rsquo;ils ont clairement mis en \u0153uvre la conception stalinienne de r\u00e9volution par \u00e9tapes, qui a abouti \u00e0 troquer la Charte de la libert\u00e9 pour le RDP, le GEAR et une s\u00e9rie de politiques \u00e9conomiques qui sont \u00e0 la base du d\u00e9sastre \u00e9conomique et social que conna\u00eet l&rsquo;Afrique du Sud.<\/p>\n<p>Nous savons tous que dans les luttes, il y a plusieurs facteurs \u00e0 prendre en compte. Dans le cas sp\u00e9cifique des travailleurs, nous devons examiner le r\u00f4le de leurs dirigeants. Et cette direction, l&rsquo;ANC, le parti communiste et la centrale syndicale COSATU, se sont eux-m\u00eames discr\u00e9dit\u00e9s. Ils ont consciemment agi pour que le peuple quitte les rues et rentre \u00e0 la maison afin de garantir la gouvernabilit\u00e9 ou la \u00ab\u00a0paix sociale\u00a0\u00bb dont la bourgeoisie a tant besoin. Et ils ont consciemment agi pour coopter, d\u00e9mobiliser et d\u00e9moraliser.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;explosion du mouvement de masse. Et ce n&rsquo;est que le premier acte<\/strong><\/p>\n<p>La COSATU, qui est la principale organisation syndicale du pays, fait partie du gouvernement. Les autres organisations, en particulier NUMSA et SAFTU, sont des ruptures de gauche avec la COSATU, mais \u00e9tant de telles ruptures, elles portent les marques du vieux syndicalisme sans participation de la base et contr\u00f4l\u00e9 par des dirigeants qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9s par les anciens cadres staliniens sur la base des privil\u00e8ges, de l&rsquo;autoritarisme et de la conciliation de classe.<\/p>\n<p>Ainsi, la col\u00e8re et la rage des travailleurs ne rec\u00e8lent pas une forme organisationnelle qui les unisse, qui discute d&rsquo;un plan de luttes et d&rsquo;un programme \u00e0 r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>Un fait ext\u00e9rieur \u00e0 la vie quotidienne des travailleurs a fini par servir de d\u00e9tonateur. La lutte interne au sein du bloc ANC-PC-COSATU a conduit un secteur, dirig\u00e9 par l&rsquo;ancien pr\u00e9sident Zuma, \u00e0 organiser quelques petits pillages afin de faire pression sur l&rsquo;autre faction. Cela aurait pu \u00eatre une bonne tactique, n&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e dans laquelle vivent les masses du pays. Imm\u00e9diatement, les escarmouches de Zuma se sont transform\u00e9es en un formidable mouvement social, avec le pillage des grands supermarch\u00e9s, des centres commerciaux, des magasins et des camions de marchandises. La r\u00e9action de l&rsquo;\u00c9tat sud-africain a \u00e9t\u00e9 la m\u00eame que sous l&rsquo;apartheid : plus de 300 morts.<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;\u00e9tait que le premier acte. Les masses ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 leur force et retourneront dans les rues. Ou comme Trotsky l&rsquo;a dit en France en 1936 : \u00ab\u00a0<em>il peut sembler, \u00e0 regarder les choses superficiellement, que tout est plus ou moins rentr\u00e9 dans la norme. En fait, dans les profondeurs du prol\u00e9tariat comme dans les sommets de la classe dominante, se pr\u00e9pare presque automatiquement le d\u00e9clenchement d&rsquo;un nouveau conflit.<\/em> \u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Pillages : vol ou expropriation ?<\/strong><\/p>\n<p>Du point de vue des luttes ouvri\u00e8res, il y a beaucoup de pol\u00e9miques sur les pillages. Il y a ceux qui reconnaissent que les luttes spontan\u00e9es ne servent pas \u00e0 organiser la classe ouvri\u00e8re et ne les d\u00e9fendent donc pas. Et il y a ceux qui se placent dans le camp de la classe ouvri\u00e8re et reconnaissent les pillages comme une forme de lutte juste. Mais c&rsquo;est une pol\u00e9mique entre nous, nous qui luttons au coude \u00e0 coude avec les travailleurs.<\/p>\n<p>Il existe une autre pol\u00e9mique qui consid\u00e8re que si toutes les marchandises sont le fruit du travail, dont la bourgeoisie s&rsquo;approprie, le pillage n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;expropriation de ce qui appartenait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la classe ouvri\u00e8re. La bourgeoisie qui profite de l&rsquo;appropriation du travail d&rsquo;autrui ne peut que dire que c&rsquo;est du vol.<\/p>\n<p><strong>Le parti communiste dit que c&rsquo;est du vol et que cela doit \u00eatre criminalis\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Le PC, par le biais du Comit\u00e9 ex\u00e9cutif provincial de Gauteng, s&rsquo;est clairement prononc\u00e9 contre le pillage et pour la d\u00e9fense de l&rsquo;ordre capitaliste. La d\u00e9claration, publi\u00e9e les jours des pillages, est tr\u00e8s claire : [Le Comit\u00e9 ex\u00e9cutif de Gauteng] \u00ab\u00a0<em>a d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 de condamner la violence et les pillages en cours dans les termes les plus forts possibles. En tant que PCAS de Gauteng, nous consid\u00e9rons que ces actes de criminalit\u00e9 et de sabotage \u00e9conomique font partie d&rsquo;une contre-r\u00e9volution bien coordonn\u00e9e.<\/em> \u00ab\u00a0<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a><\/p>\n<p>Dans une autre d\u00e9claration, le Parti communiste d&rsquo;Afrique du Sud, membre du gouvernement tripartite, d\u00e9fend ouvertement la r\u00e9pression qui a entra\u00een\u00e9 la mort de 300 personnes. Le jour o\u00f9 il a fait sa d\u00e9claration, selon eux, il y avait 72 morts. En d&rsquo;autres termes, la mesure qu&rsquo;ils pr\u00e9conisaient a entra\u00een\u00e9 220 d\u00e9c\u00e8s suppl\u00e9mentaires. La d\u00e9claration parle d&rsquo;elle-m\u00eame :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Les responsables des meurtres, des autres actes de violence, des destructions, des pillages et des violations des droits de l&rsquo;homme qui y sont associ\u00e9es doivent \u00eatre tenus pour responsables. La supr\u00e9matie de notre constitution et, sur la base de celle-ci, l&rsquo;\u00c9tat de droit doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s et d\u00e9fendus. C&rsquo;est dans ce contexte que les mesures annonc\u00e9es par le gouvernement pour assurer la s\u00fbret\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 des citoyens respectueux de la loi et des autres ressortissants en Afrique du Sud, tout en prenant des mesures pour que les responsables rendent des comptes, ont \u00e9t\u00e9 largement salu\u00e9es par les Sud-Africains \u00e9pris de paix. L&rsquo;\u00c9tat doit renforcer son intervention conform\u00e9ment \u00e0 son mandat constitutionnel pour mettre fin \u00e0 la violence, au pillage, \u00e0 la destruction et au sabotage avec effet imm\u00e9diat<\/em>\u00ab\u00a0<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Il est n\u00e9cessaire de se pr\u00e9parer aux luttes \u00e0 venir<\/strong><\/p>\n<p>Les travailleurs, notamment les ch\u00f4meurs, les jeunes et les habitants des quartiers pauvres sont all\u00e9s se battre en dehors de leurs organisations. Ils n&rsquo;ont pas attendu la COSATU, le Numsa ou le Saftu et sont all\u00e9s se battre. Il est vrai qu&rsquo;ils ont souvent \u00e9t\u00e9 pris pour des lumpens au service de Zuma, mais cela n&rsquo;invalide pas leur volont\u00e9 de se battre. Plus que tout, ils ont montr\u00e9 que lorsqu&rsquo;ils descendent dans la rue, ils font peur au gouvernement et \u00e0 la bourgeoisie.<\/p>\n<p>Les besoins n&rsquo;ont manifestement pas \u00e9t\u00e9 satisfaits, car dans ce processus, on a vu quelle \u00e9tait la plus grande de toutes les faiblesses : l&rsquo;absence d&rsquo;un programme et d&rsquo;une direction qui transformerait la radicalisation en victoire.<\/p>\n<p>La bourgeoisie et le gouvernement pr\u00e9parent la contre-attaque. Ce ne sera pas contre Zuma. Ce sera contre les pauvres. Les premiers actes ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;invasion &#8211; sans ordonnance du tribunal &#8211; des maisons modestes dans les townships et toutes les marchandises trouv\u00e9es sans justification fiscale ont \u00e9t\u00e9 collect\u00e9es et rendues \u00e0 la bourgeoisie. La deuxi\u00e8me mesure est la vague d&rsquo;arrestations et de criminalisation des affam\u00e9s, avec le soutien explicite du parti communiste.<\/p>\n<p>Les masses comptent leurs morts, mais elles sont aussi fi\u00e8res de leurs actes de r\u00e9bellion et de bravoure. Les masses se sentent au moins semi-victorieuses. Elles r\u00e9p\u00e8tent s\u00fbrement le vieux refrain chant\u00e9 depuis l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;apartheid : \u00ab\u00a0la lutte continue !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais pour que \u00ab\u00a0La lutte continue\u00a0\u00bb, il est n\u00e9cessaire de vaincre les organisations actuelles, notamment l&rsquo;ANC, le PC et la COSATU. Il est n\u00e9cessaire d&rsquo;aider la classe ouvri\u00e8re, la jeunesse et les pauvres, dans la construction d&rsquo;un programme anti-imp\u00e9rialiste et anti-capitaliste. Un programme en totale opposition avec ce qui a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 au cours des vingt-sept derni\u00e8res ann\u00e9es. En plus du programme, il est \u00e9galement n\u00e9cessaire de construire des organisations syndicales et politiques qui appliquent ce programme. Nous, de la Ligue internationale des travailleurs, nous nous tenons, tr\u00e8s modestement, aux c\u00f4t\u00e9s de ceux qui veulent construire le programme et l&rsquo;organisation politique \u00e0 cette fin.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> LEON TROTSKY \u2013 O\u00f9 va la France <a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/ouvalafrance\/ouvalafrance.pdf\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/trotsky\/livres\/ouvalafrance\/ouvalafrance.pdf<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> THE DEATH OF CHRIS HANI: AN AFRICAN MISADVENTURE <a href=\"https:\/\/omalley.nelsonmandela.org\/omalley\/index.php\/site\/q\/03lv02424\/04lv03370\/05lv03422.htm\">https:\/\/omalley.nelsonmandela.org\/omalley\/index.php\/site\/q\/03lv02424\/04lv03370\/05lv03422.htm<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> <a href=\"http:\/\/www.labour.gov.za\/national_economic_developmnt_and_labour_council\">http:\/\/www.labour.gov.za\/national_economic_developmnt_and_labour_council<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> <a href=\"https:\/\/nedlac.org.za\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Nedlac-Protocols.pdf\">https:\/\/nedlac.org.za\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Nedlac-Protocols.pdf<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> <a href=\"https:\/\/litci.org\/en\/german-government-and-volkswagen-populism-and-repression-in-the-south-african-pandemic\/\">https:\/\/litci.org\/en\/german-government-and-volkswagen-populism-and-repression-in-the-south-african-pandemic\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> \u00c1frica: nacionalizar e estatizar a produ\u00e7\u00e3o mineral para poder viver. <a href=\"https:\/\/litci.org\/pt\/africa-nacionalizar-e-estatizar-a-producao-mineral-para-poder-viver-2\/\">https:\/\/litci.org\/pt\/africa-nacionalizar-e-estatizar-a-producao-mineral-para-poder-viver-2\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> <em>The International Bank for Reconstruction and Development\/ The World Bank . Strategy for African Mining\u00a0\u2013 Washington\/DC \u2013 1993 <\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.sacp.org.za\/content\/sacp-gauteng-calls-its-red-brigade-members-and-people-defend-our-hard-won-democracy\">https:\/\/www.sacp.org.za\/content\/sacp-gauteng-calls-its-red-brigade-members-and-people-defend-our-hard-won-democracy<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.sacp.org.za\/content\/sacp-expresses-its-message-heartfelt-condolences-families-lost-their-loved-ones-because\">https:\/\/www.sacp.org.za\/content\/sacp-expresses-its-message-heartfelt-condolences-families-lost-their-loved-ones-because<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par C\u00e9sar Neto et Yves Mwaya Manas, publi\u00e9 dans Opini\u00e3o Socialista, hebdomadaire du PSTU \u2013 Section br\u00e9silienne de la LIT-QI \u2013 16\/09\/2021 La vague de pillage qui a eu lieu en Afrique du Sud en juillet a montr\u00e9 la faillite du mod\u00e8le de gouvernement tripartite ANC\/COSATU\/Parti communiste. 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