{"id":2300,"date":"2021-05-17T19:18:26","date_gmt":"2021-05-17T17:18:26","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=2300"},"modified":"2021-05-17T19:18:26","modified_gmt":"2021-05-17T17:18:26","slug":"quelques-reflexions-autour-de-la-commune-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/quelques-reflexions-autour-de-la-commune-de-paris\/","title":{"rendered":"Quelques r\u00e9flexions autour de la Commune de Paris"},"content":{"rendered":"<p>Le 150<sup>e<\/sup> anniversaire de la Commune de Paris a donn\u00e9 lieu \u00e0 beaucoup d\u2019\u00e9tudes, d\u2019ouvrages, de commentaires et d\u2019enthousiasme dans le public. Bien plus que les cent ans de la R\u00e9volution russe.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Par: Michael Lenoir<\/p>\n<p><strong>La Commune toujours en vogue<\/strong><\/p>\n<p>Cette diff\u00e9rence, frappante, tient \u00e0 un ensemble de facteurs, au moins trois. Contrairement \u00e0 la R\u00e9volution bolchevique, dont les suites staliniennes terrifiantes ont induit un d\u00e9go\u00fbt, souvent confus mais assez g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, la Commune a p\u00e9ri \u00e9cras\u00e9e dans un massacre impitoyable, et a ainsi gard\u00e9 le statut d\u2019un fait historique \u00e9ph\u00e9m\u00e8re mais grandiose, non souill\u00e9 par un processus d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif. De plus, la r\u00e9volution parisienne de 1871 a conserv\u00e9 une sympathie assez g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 gauche et est encore c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans le mouvement ouvrier, tandis qu\u2019au sein de celui-ci, la R\u00e9volution d\u2019Octobre a toujours \u00e9t\u00e9 clivante par nature. Comme ces derni\u00e8res ann\u00e9es, apr\u00e8s l\u2019effondrement du soi-disant \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019Est, les courants libertaires ont le vent en poupe \u2013 au moins en termes d\u2019influence id\u00e9ologique \u2013 dans une s\u00e9rie de pays, c\u2019est l\u2019aspect non-autoritaire, voire libertaire de la Commune qui est souvent brandi comme un drapeau. Tr\u00e8s nombreux ont \u00e9t\u00e9 les mouvements r\u00e9volutionnaires \u2013 quoique d\u2019ob\u00e9diences diverses \u2013 reprenant la terminologie communaliste, de Shanghai au Chiapas, d\u2019Oaxaca\u00a0au Rojava. Fr\u00e9quentes aussi sont les luttes sociales actuelles qui s\u2019en r\u00e9clament en partie ou en totalit\u00e9, de la ZAD de Notre-Dame des Landes \u00e0 une fraction des Gilets jaunes. Ajoutons \u00e0 cela les courants de pens\u00e9e critique qui s\u2019en saisissent, \u00e0 l\u2019instar de Murray Bookchin, th\u00e9oricien du municipalisme libertaire. Et ce ne sont l\u00e0 que quelques exemples.<\/p>\n<p>Mais s\u2019il ne manque pas de raisons de se passionner pour la Commune de Paris, voire de s\u2019\u00e9merveiller de son esprit de libert\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de solidarit\u00e9, de sa spontan\u00e9it\u00e9 \u00e9galement, on ne peut pas laisser de c\u00f4t\u00e9 son issue tragique, qui m\u00e9rite nos r\u00e9flexions. Ce n\u2019est en aucun caas insulter la Commune que de se pencher sur ses faiblesses et ses erreurs, de chercher \u00e0 saisir le de sa terrible d\u00e9faite. Cette d\u00e9marche est incontournable pour tirer des le\u00e7ons actualis\u00e9es de cette grandiose mais \u00e9ph\u00e9m\u00e8re exp\u00e9rimentation historique, afin, peut-\u00eatre, de faire en sorte que des insurrections ouvri\u00e8res et populaires ne soient pas interrompues par une abominable boucherie, et d\u00e9bouchent enfin, au contraire, sur des victoires durables et cumulatives. Pour comprendre ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement la Commune, tentons d\u2019abord de saisir quelles \u00e9taient les forces sociales et politiques pr\u00e9sentes dans le camp communard.<\/p>\n<p><strong>Trotsky, la Commune et le parti manquant<\/strong><\/p>\n<p>Les bolcheviques ont beaucoup \u00e9tudi\u00e9 la Commune, afin d\u2019en tirer les le\u00e7ons pour, cette fois, gagner face aux poss\u00e9dants et aux oppresseurs. Pour les marxistes-r\u00e9volutionnaires \u2013 contrairement aux anarchistes \u2013 c\u2019est une affaire entendue que ce qui manquait \u00e0 la Commune de Paris, c\u2019\u00e9tait un parti r\u00e9volutionnaire. Dans sa pr\u00e9face \u00e0 l\u2019ouvrage de C. Tal\u00e8s en 1921,\u00a0Trotsky explique que les masses ouvri\u00e8res ont besoin d\u2019un parti pour gagner, m\u00eame si ce sont elles qui font la r\u00e9volution. Pourquoi\u00a0?<\/p>\n<p><em>La Commune nous montre l\u2019h\u00e9ro\u00efsme des masses ouvri\u00e8res, leur capacit\u00e9 de s\u2019unir en un seul bloc, leur don de se sacrifier au nom de l\u2019avenir, mais elle nous montre en m\u00eame temps l\u2019incapacit\u00e9 des masses de choisir leur voie, leur ind\u00e9cision dans la direction du mouvement, leur penchant fatal \u00e0 s\u2019arr\u00eater apr\u00e8s les premiers succ\u00e8s, permettant ainsi \u00e0 l\u2019ennemi de se ressaisir, de r\u00e9tablir sa position<\/em><a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Un peu plus loin, Trotsky pr\u00e9cise en quelques mots ce qu\u2019il entend par parti r\u00e9volutionnaire\u00a0:<\/p>\n<p><em>Le parti ouvrier \u2013 le vrai \u2013 n\u2019est pas une machine \u00e0 man\u0153uvres parlementaires, c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience accumul\u00e9e et organis\u00e9e du prol\u00e9tariat. C\u2019est seulement \u00e0 l\u2019aide du parti, qui s\u2019appuie sur toute l\u2019histoire de son pass\u00e9, qui pr\u00e9voit th\u00e9oriquement les voies du d\u00e9veloppement, toutes les \u00e9tapes et en extrait la formule de l\u2019action n\u00e9cessaire, que le prol\u00e9tariat se lib\u00e8re de la n\u00e9cessit\u00e9 de recommencer toujours son histoire\u00a0: ses h\u00e9sitations, son manque de d\u00e9cision, ses erreurs. Le prol\u00e9tariat de Paris n\u2019avait pas un tel parti<\/em><a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Un parti, en quelque sorte, pour que le prol\u00e9tariat cesse d\u2019avoir \u00e0 jouer les Sisyphe\u00a0! Un parti pour l\u2019action, mais aussi un parti-m\u00e9moire. Si l\u2019existence d\u2019un tel parti r\u00e9volutionnaire faisait bel et bien d\u00e9faut en 1871 \u2013 l\u2019Association Internationale des Travailleurs, ou AIT, ou Premi\u00e8re Internationale, fond\u00e9e \u00e0 Londres en 1864 ne r\u00e9pondait pas \u00e0 ces crit\u00e8res, je vais y revenir \u2013 je noterai aussi que l\u2019absence d\u2019un tel parti est intimement li\u00e9 aux faiblesses qui ont conduit la Commune \u00e0 son l\u2019\u00e9crasement. Mais il vaut la peine d\u2019aller plus loin dans la r\u00e9flexion. C\u2019est possible car l\u2019histoire de la Commune a beaucoup progress\u00e9 depuis 1921. Dans cette perspective, je tenterai d\u2019apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponses \u00e0 deux \u00a0questions\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Pourquoi un parti r\u00e9volutionnaire tel que celui souhait\u00e9 par Trotsky n\u2019existait-il pas en 1871\u00a0? Il existe \u00e0 cela des causes objectives et surtout subjectives, certaines d\u2019ordre mat\u00e9riel, et d\u2019autres relevant du domaine id\u00e9ologique, les unes et les autres \u00e9tant entrem\u00eal\u00e9es, comme on va le voir.<\/li>\n<li>En quoi, effectivement, un vrai parti r\u00e9volutionnaire des travailleurs\/ses aurait eu plus de capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9viter l\u2019issue fatale de la Commune\u00a0? On remarquera, \u00e0 ce sujet, que certaines des causes qui emp\u00eachaient l\u2019\u00e9mergence d\u2019un tel parti ont en m\u00eame temps jou\u00e9 un r\u00f4le direct dans l\u2019affaiblissement de la Commune et le renforcement de la contre-r\u00e9volution versaillaise.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>A propos des conditions d\u2019\u00e9mergence d\u2019un parti r\u00e9volutionnaire prol\u00e9tarien en 1871<\/strong><\/p>\n<p>Ce que je voudrais faire ressortir ici, c\u2019est que les conditions historiques ne permettaient pas encore au prol\u00e9tariat parisien de disposer d\u2019un parti r\u00e9volutionnaire \u00e0 la fois suffisamment implant\u00e9 et m\u00fbr politiquement pour affronter la situation avec efficacit\u00e9. Par conditions historiques, je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la fois aux conditions objectives, li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tat des structures sociales, en particulier des structures de classes\u00a0; et aux conditions subjectives, aux perceptions et \u00e0 la conscience des acteurs de la Commune et \u00e0 leur structuration en \u00ab\u00a0partis\u00a0\u00bb. Pourtant, il suffit de jeter un coup d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019histoire de France et de Paris depuis la fin du XVIII<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, pour se dire que la capitale fran\u00e7aise avait connu davantage de r\u00e9volutions que d\u2019autres, donc plus de le\u00e7ons \u00e0 en tirer qu\u2019ailleurs dans le monde\u2026 Et pourtant, il n\u2019existait pas un parti capable d\u2019en synth\u00e9tiser les enseignements. L\u2019AIT s\u2019\u00e9tait beaucoup d\u00e9velopp\u00e9e en France et \u00e0 Paris durant les derni\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019Empire, participant aux luttes ouvri\u00e8res dans tout le pays. Mais l\u2019AIT, regroupement ouvrier large, ne poss\u00e9dait absolument pas le degr\u00e9 de coh\u00e9rence et de centralisation d\u2019un parti r\u00e9volutionnaire tel que d\u00e9crit par Trotsky. L\u2019AIT \u00e9tait tr\u00e8s jeune et le d\u00e9bat y avan\u00e7ait pas \u00e0 pas.<\/p>\n<p><em>Paris, capitale des r\u00e9volutions<\/em><\/p>\n<p>Repla\u00e7ons d\u2019abord la Commune dans le temps long, pour rappeler qu\u2019elle prend place apr\u00e8s une s\u00e9rie de secousses r\u00e9volutionnaires. Celles-ci agitent la France, et particuli\u00e8rement Paris, \u00e0 partir de la R\u00e9volution fran\u00e7aise (1789-1794), et incluent en particulier les r\u00e9volutions r\u00e9put\u00e9es \u00ab\u00a0lib\u00e9rale\u00a0\u00bb en Juillet 1830, et \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb en 1848. Lors de chacune de ces r\u00e9volutions, le peuple &#8211; et en particulier sa composante ouvri\u00e8re \u2013 a vers\u00e9 son sang, mais en fin de compte son sacrifice a renforc\u00e9 une autre classe, ou une fraction des classes dominantes, propulsant celle-ci au sommet du pouvoir politique. Mais le terreau r\u00e9volutionnaire \u00e9tait fertile, et entre ces grandes dates, de nombreuses \u00e9meutes et tentatives d\u2019insurrections sont aussi venues ponctuer la vie politique du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9crasement des ouvriers parisiens en juin 1848, les classes dominantes confient les cl\u00e9s du pays au Prince Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, neveu de l\u2019ex-empereur fran\u00e7ais. A partir du coup d\u2019Etat r\u00e9alis\u00e9 par celui-ci le 2 d\u00e9cembre 1851, la France vit sous le joug du Second Empire. Le r\u00e9gime, tr\u00e8s autoritaire, permet \u00e0 la classe capitaliste de prosp\u00e9rer en r\u00e9alisant de somptueuses affaires. Le pays s\u2019industrialise rapidement et fait un bond en avant dans l\u2019industrie lourde et tout particuli\u00e8rement dans le domaine des transports ferroviaires. La sp\u00e9culation financi\u00e8re aussi va bon train. A partir de la fin des ann\u00e9es 1860, l\u2019empire est dit \u00ab\u00a0lib\u00e9ral\u00a0\u00bb\u00a0: il est un peu moins autoritaire, mais s\u2019enfonce aussi dans des difficult\u00e9s \u00e9conomiques et politiques. Pour y \u00e9chapper, l\u2019Empereur se lance dans une fuite en avant belliqueuse \u2013 qui lui sera fatale \u2013 contre la Prusse. La guerre, d\u00e9clar\u00e9e le 19 juillet 1870, tourne vite tr\u00e8s mal pour le r\u00e9gime : le 2 septembre, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise subit une d\u00e9faite cuisante \u00e0 Sedan, et l\u2019Empereur est fait prisonnier par l\u2019arm\u00e9e prussienne. D\u00e8s que la nouvelle de cette humiliation imp\u00e9riale et nationale se r\u00e9pand, le peuple descend dans la rue pour abattre le r\u00e9gime, en particulier \u00e0 Lyon, \u00e0 Marseille et \u00e0 Paris, o\u00f9 sans difficult\u00e9, la r\u00e9publique est d\u00e9clar\u00e9e. La r\u00e9volution du 4 septembre est mue par une aspiration globale \u00e0 la r\u00e9publique, clairement majoritaire dans les grandes villes, et se fonde sur des consid\u00e9rations \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb\u2026 Mais \u00ab\u00a0r\u00e9publique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb ne signifient pas la m\u00eame chose pour le petit peuple parisien et pour les individus que son soul\u00e8vement va porter au gouvernement dit \u00ab\u00a0de la D\u00e9fense nationale\u00a0\u00bb. En quelques mois, ce hiatus va relever d\u2019une douloureuse \u00e9vidence.<\/p>\n<p><em>Prol\u00e9taires et Communard.es<\/em><\/p>\n<p>Les historien.nes s\u2019accordent \u00e0 reconnaitre le r\u00f4le essentiel jou\u00e9 par la classe ouvri\u00e8re parisienne dans l\u2019\u00e9mergence et l\u2019animation de la Commune. Toutefois, on a constat\u00e9 un biais d\u2019interpr\u00e9tation qui a longtemps consist\u00e9 \u00e0 plaquer peu ou prou les structures et caract\u00e9ristiques du prol\u00e9tariat du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sur celui de 1871. Depuis une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, en particulier gr\u00e2ce aux travaux de \u00a0Jacques Rougerie, il est devenu plus clair qu\u2019il r\u00e9sidait l\u00e0 une source d\u2019erreurs importante. Cet historien majeur de la Commune va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 \u00e9crire\u00a0:<\/p>\n<p><em>Le communard n\u2019a rien du prol\u00e9taire moderne. Tout comme la Commune est adoss\u00e9e \u00e0 la tradition, \u00e0 la m\u00e9moire de la Grande R\u00e9volution, de m\u00eame chez le Parisien du peuple de 1871, il y encore bien des traits, \u00e0 peine rajeunis, du sans-culotte lointain, notamment la revendication d\u2019une participation directe \u00e0 l\u2019exercice du pouvoir, ou un furieux anticl\u00e9ricalisme<\/em><a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Rien du prol\u00e9taire moderne\u00a0? J. Rougerie va sans doute trop loin\u00a0: la base de la Commune est avant tout ouvri\u00e8re, et l\u2019ouvrier et l\u2019ouvri\u00e8re du Paris de 1871 sont d\u00e9j\u00e0 des prol\u00e9taires\u00a0: ils ne poss\u00e8dent pas les moyens de production et doivent vendre leur force de travail. Mais c\u2019\u00e9tait des prol\u00e9taires moins concentr\u00e9s que celles et ceux du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et ils et elles poss\u00e8dent souvent des qualifications, lesquelles sont mises en p\u00e9ril par la m\u00e9canisation capitaliste. En 1871, le prol\u00e9tariat de 1871 avait certes beaucoup cr\u00fb depuis sa phase purement embryonnaire de 1793, et avait aussi chang\u00e9 qualitativement. Mais la phase de sa \u00a0gestation lui conservait alors une partie de ses caract\u00e9ristiques d\u2019origine. Le processus ininterrompu de prol\u00e9tarisation de la soci\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 massif par la suite, conduisant \u00e0 des transformations qualitatives de la classe. Celle-ci avait encore beaucoup chang\u00e9 au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, quand s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e l\u2019historiographie li\u00e9e au mouvement ouvrier (surtout au PCF).<\/p>\n<p>Sur les 79 membres \u00e9lus de la Commune, on trouvait une trentaine d\u2019ouvriers et d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0artisans\u00a0\u00bb, nombre approximatif vu le caract\u00e8re trop strict de cette classification pour l\u2019\u00e9poque<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a>. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, parmi les Communard.es, on comptait certes des prol\u00e9taires vendant leur force de travail \u00e0 des patrons d\u2019usines capitalistes. Mais plus nombreux \u00e9taient des ouvrier.es qualifi\u00e9.es, voire hautement qualifi\u00e9.es \u2013 dont certains \u00e9taient devenus petits patrons artisans, et dont la profession s\u2019exer\u00e7ait dans de petites unit\u00e9s productives. Les Communard.es avaient aussi des professions non manuelles (employ\u00e9.es, vendeurs\/ses, comptables, enseignant.es, avocat.es, journalistes, m\u00e9decins, universitaires\u2026). Beaucoup des m\u00e9tiers, d\u2019hommes ou de femmes, ont disparu depuis. Mais pour ce qui est du monde ouvrier, et pour illustrer mon propos en me limitant aux seuls \u00e9lus de la Commune, je citerai quelques exemples de ces professions ouvri\u00e8res et manuelles, souvent tr\u00e8s qualifi\u00e9es. Eug\u00e8ne Varlin, ouvrier d\u2019\u00e9lite, n\u2019\u00e9tait pas le seul relieur du Conseil de la Commune\u00a0: c\u2019\u00e9tait aussi le m\u00e9tier d\u2019Adolphe Cl\u00e9mence. Joseph Oudet et Gabriel Ranvier \u00e9taient peintres sur porcelaine, ainsi qu\u2019Alfred Puget, devenu par la suite comptable. Eug\u00e8ne Pottier a \u00e9t\u00e9 dessinateur sur \u00e9toffes, avant d\u2019\u00eatre po\u00e8te et d\u2019\u00e9crire les paroles de l\u2019Internationale. Henry Champy \u00e9tait un petit patron orf\u00e8vre\u00a0; Antoine Demay, statuaire\u00a0; et le marxiste hongrois L\u00e9o Frankel, orf\u00e8vre et horloger m\u00e9canicien. Albert Theisz, le directeur des Postes de la Commune, \u00e9tait ciseleur en bronze.<\/p>\n<p>Les \u00e9lus \u00e9taient assez nombreux parmi les cordonniers\u00a0: Emile Cl\u00e9ment, Simon Dereure, Jacques Durand, Alexis Trinquet, ou Charles Ledroit, devenu ensuite photographe, tandis qu\u2019Auguste Serraillier, envoy\u00e9 de Marx pour l\u2019AIT, \u00e9tait ouvrier formier pour botte, et Fortun\u00e9 Henry, maroquinier.\u00a0Louis Chalain, militant de l\u2019AIT, \u00e9tait ma\u00e7on. Charles Amouroux \u00e9tait chapelier et Clovis Dupont, vannier. Benjamin Barr\u00e9 travaillait comme ouvrier du bois, Hubert G\u00e9resme, comme ouvrier chaisier,\u00a0tandis que le militant de l\u2019Internationale Jean-Louis Pindy \u00e9tait menuisier. Une autre cadre de l\u2019AIT, Benoit Malon, \u00e9tait ouvrier teinturier, comme Victor Cl\u00e9ment.\u00a0Le Conseil Communal avait aussi int\u00e9gr\u00e9 des m\u00e9tallurgistes de diverses qualifications\u00a0: Emile Duval, fondeur en fer\u00a0; Charles Ostyn, ouvrier tourneur\u00a0; ou les militants de l\u2019AIT Camille Langevin, ouvrier m\u00e9canicien et tourneur sur m\u00e9taux, et Adolphe Assi, ouvrier m\u00e9canicien, de l\u2019AIT \u00e9galement, qui s\u2019\u00e9tait fait embaucher comme m\u00e9canicien-ajusteur chez Schneider au Creusot, et avait jou\u00e9 un r\u00f4le important dans les gr\u00e8ves de 1870 de cette grande entreprise.<\/p>\n<p>La Garde nationale parisienne, et sa F\u00e9d\u00e9ration avec ses instances \u00e9lues et r\u00e9vocables, dont le Comit\u00e9 central, \u00e9taient plus ouvri\u00e8res dans leur composition sociale que le Conseil de la Commune, qui proportionnellement int\u00e9grait davantage d\u2019intellectuels, dont certains (journalistes, enseignants, avocats, universitaires\u2026) pouvaient plus facilement se faire connaitre plus largement que les manuels. Mais cela ne remet pas en cause une forte pr\u00e9sence globale du travail manuel, tr\u00e8s majoritaire dans la base populaire de la Commune, et fortement repr\u00e9sent\u00e9 dans son Conseil. Si les m\u00e9tiers manuels sont tr\u00e8s pr\u00e9sents dans la Commune, il faut aussi noter qu\u2019une grande partie d\u2019entre eux sont r\u00e9serv\u00e9es aux femmes, qui gagnent en moyenne moiti\u00e9 moins que les hommes. Ces m\u00e9tiers n\u2019apparaissent pas, car m\u00eame sous la Commune, le monde des institutions politiques reste un monde d\u2019hommes, les femmes ne votant pas. Et il n\u2019y apparait donc pas les multiples professions r\u00e9serv\u00e9es aux femmes, et souvent disparues. Celles-ci apparaissent dans les comptes-rendus des Conseils de guerre suivant la Commune\u00a0: on y trouve notamment des ling\u00e8res, des blanchisseuses, des repasseuses, des modistes, des brodeuses, des piqueuses de bottines des matelassi\u00e8res, des culotti\u00e8res, des gileti\u00e8res, des ganti\u00e8res, des couturi\u00e8res de robe, des passementi\u00e8res, des cartonni\u00e8res\u2026 <a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a>. De nombreux m\u00e9tiers manuels, donc, tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9s, souvent qualifi\u00e9s, et pratiqu\u00e9s pour l\u2019essentiel dans de petites unit\u00e9s de production, souvent \u00e0 domicile.<\/p>\n<p>En tout cas, l\u2019erreur m\u00e9thodologique consistant \u00e0 parer le peuple communard de caract\u00e9ristiques sociologiques, ou de modes de pens\u00e9e propres au prol\u00e9tariat fran\u00e7ais vivant un demi-si\u00e8cle, voire un si\u00e8cle plus tard, conduit \u00e0 ne pas comprendre l\u2019incapacit\u00e9 dans laquelle se trouvait alors la classe ouvri\u00e8re de cr\u00e9er un parti tel que celui d\u00e9crit par Trotsky.<\/p>\n<p><em>Le Paris ouvrier sous la Commune<\/em><\/p>\n<p>Pour y voir plus clair, il faut plonger dans les donn\u00e9es d\u00e9mographiques. Paris est alors une ville d\u2019environ deux millions d\u2019habitant.es. On y d\u00e9nombre une majorit\u00e9 de cat\u00e9gories populaires\u00a0menant une vie tr\u00e8s rude. Ces cat\u00e9gories sont tr\u00e8s concentr\u00e9es dans les quartiers nord et est de la capitale, tandis que les bourgeois r\u00e9sident \u00e0 l\u2019ouest (et beaucoup ont fui depuis le si\u00e8ge par l\u2019arm\u00e9e prussienne en septembre 1870). Les cat\u00e9gories populaires incluent le petit peuple exclus de l\u2019emploi\u00a0 (vivant de la mendicit\u00e9, de la prostitution, ou de petits larcins)\u00a0; les ouvrier.es d\u2019ateliers ou d\u2019usines\u00a0; les employ\u00e9.es de bureau\u00a0; les petits fonctionnaires\u00a0; les artisans\u00a0et petits commer\u00e7ants.<\/p>\n<p>La population ouvri\u00e8re repr\u00e9sente une majeure partie de la population active\u00a0: on compte pr\u00e8s de 500\u00a0000 ouvri\u00e8res et ouvriers<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a>. Cinq ans plus t\u00f4t, en 1866, 57% des Parisien.nes vivaient d\u2019activit\u00e9s industrielles, et 12% d\u2019activit\u00e9s commerciales. On comptait alors 455\u00a0400 ouvri\u00e8res et ouvriers, 120\u00a0600 employ\u00e9.es (dans les magasins et les services), 140\u00a0000 patrons et 100\u00a0000 domestiques<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>. Parmi les ouvri\u00e8res et ouvriers, la moiti\u00e9 travaillait dans la confection et les m\u00e9tiers d\u2019art, et un dixi\u00e8me dans le b\u00e2timent<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a>. Si la population ouvri\u00e8re est majoritaire dans Paris, sa r\u00e9partition dans l\u2019\u00e9conomie et la structure productive sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes de ce qui va pr\u00e9valoir \u00e0 partir de la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et surtout au XX<sup>e<\/sup>. Laissons J. Rougerie nous d\u00e9crire ce monde disparu\u00a0:<\/p>\n<p><em>La petite industrie r\u00e8gne en maitresse\u00a0: plus de 60% des \u00ab\u00a0patrons\u00a0\u00bb travaillent seuls ou avec un seul ouvrier. Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de minuscules \u00e9choppes, d\u2019une foule d\u2019ateliers petits et moyens, existent de solides fabriques de 50, 100, parfois 500 ouvriers\u00a0: maisons d\u2019orf\u00e8vrerie, de bronze, fabriques d\u2019objets en m\u00e9tal. Deux usines de locomotives passent le millier d\u2019ouvriers, Cail \u00e0 Grenelle, Gouin \u00e0 Batignolles\u00a0; les ateliers du Chemin de fer du Nord \u00e0 La Chapelle sont, depuis 1848 une forteresse m\u00e9tallurgique. Des entrepreneurs de toute taille font travailler \u00e0 domicile la main d\u2019\u0153uvre dispers\u00e9e du v\u00eatement, majoritairement f\u00e9minine, de la chaussure, du meuble\u00a0; maisons de confection, grands magasins font une rude concurrence \u00e0 l\u2019artisan ind\u00e9pendant\u00a0[\u2026] \u00a0Il y a, tout en bas de l\u2019\u00e9chelle, le journalier au travail incertain, tout en haut l\u2019ouvrier artiste. Il y a l\u2019ouvrier de vieille souche parisienne, et l\u2019ouvrier r\u00e9cemment immigr\u00e9. Chaque m\u00e9tier a sa couleur et ses lieux propres [\u2026] Cette \u00e9tonnante diversit\u00e9 fait aussi une \u00e9tonnante unit\u00e9\u00a0; il s\u2019est forg\u00e9 comme une \u00ab\u00a0nationalit\u00e9\u00a0\u00bb ouvri\u00e8re parisienne.<\/em><a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\">[9]<\/a><\/p>\n<p>On saisit que parmi les cat\u00e9gories ouvri\u00e8res, ce qui pr\u00e9domine en 1871, c\u2019est l\u2019ouvri\u00e8re ou l\u2019ouvrier qui travaille dans un atelier ou une tr\u00e8s petite unit\u00e9 de production, et non pas une grande usine. En France et \u00e0 Paris, il existe d\u00e9j\u00e0 bien s\u00fbr de grandes entreprises, mais la main d\u2019\u0153uvre est surtout diss\u00e9min\u00e9e dans de petites, souvent de tr\u00e8s petites entreprises. Le cadre g\u00e9n\u00e9ral est encore celui d\u2019un capitalisme encore tr\u00e8s concurrentiel, les monopoles arriveront plus tard.<\/p>\n<p><em>Cons\u00e9quences id\u00e9ologiques de la sociologie du Paris de 1871<\/em><\/p>\n<p>Ce point est loin d\u2019avoir une importante seulement descriptive\u00a0: cette r\u00e9alit\u00e9 influe forc\u00e9ment sur la conscience de la majorit\u00e9 des prol\u00e9taires parisien.nes et sur leur perception de ce qu\u2019est le capitalisme, et la repr\u00e9sentation qu\u2019ils et elles ont de leurs principaux ennemis. Ce que le peuple ouvrier rejette, c\u2019est le pouvoir politique de ceux d\u2019en haut et les corrompus qui s\u2019y vautrent ou tournent autour\u00a0; ce sont les \u00ab\u00a0vautours\u00a0\u00bb, comme on appelle notamment les profiteurs des p\u00e9nuries, ou les propri\u00e9taires d\u2019immeubles (les sangsues auxquelles il faut payer son loyer). Sans oublier les cur\u00e9s et la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique, b\u00eates noires quasi-unanimes des Communard.es. Le rejet des patrons en tant que tels n\u2019est pas massivement r\u00e9pandu, contrairement \u00e0 1936 par exemple. C\u2019est que la grande majorit\u00e9 du monde ouvrier parisien est encore proche du (petit) patron, qui travaille \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. La majorit\u00e9 de ces prol\u00e9taires voit le patron comme un artisan, souvent besogneux et comp\u00e9tent, une personne avec laquelle on entretient souvent des relations personnelles, pas comme un exploiteur capitaliste. Le lien avec l\u2019exploitation capitaliste et l\u2019extorsion de plus-value n\u2019est pas \u00e9vident \u00e0 \u00e9tablir dans un cadre o\u00f9 la plupart des petits patrons sont aussi compagnons de travail de leurs ouvri\u00e8res et ouvriers. Les rapports de production capitalistes sont encore largement embryonnaires. La situation est diff\u00e9rente dans les usines plus d\u00e9velopp\u00e9es. Mais encore une fois, celles-ci sont peu nombreuses. Malgr\u00e9 tout, le prol\u00e9tariat dans certains secteurs, bien que tr\u00e8s \u00e9parpill\u00e9 entre de nombreuses petites unit\u00e9s de production, est parvenu \u00e0 s\u2019organiser lors d\u2019actions de classe de grande envergure\u00a0: c\u2019est le cas des relieurs, qui ont men\u00e9 de grandes gr\u00e8ves en 1864 et 1865, puis des ouvriers du bronze en 1866, et cela a donn\u00e9 l\u2019occasion \u00e0 l\u2019Internationale de se construire et de montrer son utilit\u00e9. Mais au fond, cette structuration particuli\u00e8re du prol\u00e9tariat montant, encore tr\u00e8s atomis\u00e9, influe n\u00e9cessairement sur son niveau de conscience et sur sa compr\u00e9hension du monde capitaliste. Et cela a des cons\u00e9quences imm\u00e9diates plus larges, id\u00e9ologiques et politiques. C\u2019est en particulier le cas sur la question de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production\u00a0: beaucoup d\u2019ouvriers et d\u2019ouvri\u00e8res n\u2019envisagent pas l\u2019expropriation de leur propre patron, souvent un artisan proche d\u2019eux. Et cela, m\u00eame s\u2019il est juste de consid\u00e9rer que la Commune se situe dans une opposition objective au capital\u2026 Ce que ce dernier a d\u2019ailleurs fort bien compris.<\/p>\n<p>Notons que l\u2019expropriation du capital n\u2019est pas mise en avant comme mot d\u2019ordre par la Commune. Deux faits l\u2019illustrent: l\u2019attitude des Communard.es vis-\u00e0-vis de la Banque de France (sur laquelle je reviens plus loin), et la remise en activit\u00e9 des ateliers abandonn\u00e9s par leurs propri\u00e9taires. Lorsqu\u2019elle d\u00e9cr\u00e8te la r\u00e9quisition des ateliers abandonn\u00e9s, la Commune choisit de les remettre aux associations ouvri\u00e8res qui se constitueraient \u00e0 cet effet. Ce n\u2019est certes pas une simple mesure de circonstance\u00a0: le d\u00e9cret pr\u00e9voyait \u00ab\u00a0<em>qu\u2019en cas de retour du patron, l\u2019association ouvri\u00e8re conserverait l\u2019atelier. Mais signe du compromis de la politique communarde, le patron b\u00e9n\u00e9ficierait d\u2019une indemnisation<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\">[10]<\/a>. Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019une majorit\u00e9 d\u2019\u00e9lus se disant \u00ab\u00a0socialistes\u00a0\u00bb \u2013 le terme de \u00ab\u00a0communiste\u00a0\u00bb est bien moins revendiqu\u00e9 \u2013 au Conseil de la Commune,\u00a0le socialisme des Communard.es est tr\u00e8s flou, et son contenu fait d\u00e9bat. \u00ab\u00a0<em>Une id\u00e9e \u00e9tait unanimement partag\u00e9e par les communards\u00a0: le travail devait recevoir sa juste r\u00e9tribution. Mais de l\u00e0, de nombreux chemins partaient, voire divergeaient. Il est clair aussi que les mesures proprement socialistes furent limit\u00e9es<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\">[11]<\/a>. L\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale qui pr\u00e9vaut, c\u2019est de r\u00e9partir la valeur produite entre les producteurs, et non au profit des exploiteurs. Mais quant aux mesures \u00e0 prendre, au degr\u00e9 d\u2019affrontement avec la propri\u00e9t\u00e9 capitaliste, le flou et l\u2019ind\u00e9cision pr\u00e9dominent. La Commune n\u2019a pas le projet clair de s\u2019attaquer \u2013 au moins pas directement ou pas tout de suite \u2013 \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production. Alors que l\u2019expropriation de la bourgeoisie et la propri\u00e9t\u00e9 collective des moyens de production vont devenir un \u00e9l\u00e9ment programmatique cl\u00e9 des partis socialistes, puis communistes, cela ne fait pas du tout l\u2019unanimit\u00e9 parmi le Paris communard.<\/p>\n<p>Plus exactement, les Communard.es parlent, certes, de la coop\u00e9ration du travail. Mais si propri\u00e9t\u00e9 collective de l\u2019outil de travail il doit y avoir, la forme anticapitaliste que l\u2019on a connu plus tard \u2013 l\u2019expropriation des maitres du capital par un gouvernement prol\u00e9tarien (ou se pr\u00e9tendant tel) \u2013 n\u2019est pas \u00e0 l\u2019ordre du jour. En fait, il r\u00e8gne en 1871 une assez grande confusion quant \u00e0 la structure de la propri\u00e9t\u00e9 et le cadre de la production \u00e0 mettre en place. Les luttes des derni\u00e8res ann\u00e9es n\u2019ont pas encore permis d\u2019aller loin dans le d\u00e9bat programmatique et strat\u00e9gique. Le <span style=\"text-decoration: line-through;\">C\u2019est que<\/span> le marxisme est encore loin d\u2019avoir pris toute sa place dans le mouvement ouvrier, tandis que l\u2019anarchisme est encore au d\u00e9but de son expansion dans le Paris de l\u2019\u00e9poque. Cela nous am\u00e8ne directement \u00e0 la question suivante\u00a0: mais qui sont donc ces Communard.es\u00a0? Que sait-on de leur pens\u00e9e politique, de leurs aspirations ? Comment sont-ils et elles organis\u00e9.es, dans quels \u00ab\u00a0partis\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p><em>Id\u00e9es rassemblant le camp communard <\/em><\/p>\n<p>Lorsque la Commune se met en place, il n\u2019existe pas de \u00ab\u00a0parti\u00a0\u00bb communard au sens o\u00f9 l\u2019entend le mot \u00ab\u00a0parti\u00a0\u00bb aujourd\u2019hui. A partir de septembre 1870, des militant.es de l\u2019AIT et d\u2019autres ont tent\u00e9, \u00e0 partir de la mise en place des \u00ab\u00a0comit\u00e9s de vigilance\u00a0\u00bb, de f\u00e9d\u00e9rer ceux-ci dans le Comit\u00e9 central des vingt arrondissements. Cela pourrait s\u2019assimiler \u00e0 un embryon de parti, destin\u00e9 \u00e0 regrouper sur tout Paris, \u00e0 raison de deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s par arrondissement, les r\u00e9volutionnaires socialistes. Mais l\u00e0 aussi, cette d\u00e9limitation reste tr\u00e8s large. L\u2019auto-organisation dans les arrondissements, en plus des clubs, lieux de d\u00e9bats intenses et quotidiens pr\u00e9sents dans toute la ville (mais plus particuli\u00e8rement dans les quartiers populaires), permet aux militant.es de s\u2019adresser aux masses laborieuses et de faire agir ensemble les personnes les plus avanc\u00e9es. Mais les d\u00e9cantations politiques prennent du temps.<\/p>\n<p>On peut d\u00e9nombrer trois grands courants id\u00e9ologiques parmi les Communard.es\u00a0: le courant proudhonien, le courant blanquiste et le courant n\u00e9ojacobin. Chaque courant a ses caract\u00e9ristiques particuli\u00e8res, mais des divergences et contradictions se manifestent \u00e0 la fois entre ces groupes et en leur sein. Durant les derni\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019Empire, pendant le gouvernement de la D\u00e9fense nationale, et pendant la courte p\u00e9riode du 18 mars au 28 mai, des d\u00e9cantations toucheront toutes les sensibilit\u00e9s. De la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019il faut saisir que la classe ouvri\u00e8re parisienne de 1871 est fort diff\u00e9rente de celle du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il est n\u00e9cessaire de comprendre que ces courants politiques, aujourd\u2019hui disparus, ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des pr\u00e9curseurs de ceux apparus ensuite (socialistes, anarchistes, socio-d\u00e9mocrates, communistes, etc.). En 1871, les d\u00e9bats programmatiques et strat\u00e9giques \u00e9taient \u00e0 peine \u00e9bauch\u00e9s. En fait, la chute de la Commune de Paris va largement contribuer \u00e0 d\u00e9velopper le d\u00e9bat au sein du mouvement ouvrier international.<\/p>\n<p>Plusieurs grands points font consensus parmi les courants propuls\u00e9s dans l\u2019animation de la Commune\u00a0: un rejet cat\u00e9gorique de la r\u00e9action monarchique et imp\u00e9riale, et une d\u00e9testation des aristocrates, comme 80 ans plus t\u00f4t\u00a0; une exigence r\u00e9publicaine visc\u00e9rale, malgr\u00e9 une d\u00e9finition assez floue de cette r\u00e9publique, mais qui peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e par des expressions \u00e9manant de la mouvance communarde elle-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0r\u00e9publique d\u00e9mocratique et sociale\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9publique universelle\u00a0\u00bb\u00a0; une volont\u00e9 farouche d\u2019en d\u00e9coudre avec le clerg\u00e9 et son influence sur la soci\u00e9t\u00e9. Disons maintenant quelques mots sur les trois courants politiques susmentionn\u00e9s.<\/p>\n<p><em>Proudhonisme<\/em><\/p>\n<p>Proudhon affirme son opposition \u00e0 l\u2019Etat et au principe d\u2019autorit\u00e9, qu\u2019il rejette aussi bien dans une monarchie que chez les jacobins. Pour lui, la r\u00e9volution doit se fonder sur l\u2019id\u00e9e de r\u00e9ciprocit\u00e9. Promoteur des id\u00e9es mutuellistes, il s\u2019oppose \u00e0 tout \u00e9tatisme<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\">[12]<\/a>. Voulant fonder l\u2019ordre politique sur la libert\u00e9 et non l\u2019autorit\u00e9, il d\u00e9fend ardemment les id\u00e9es de d\u00e9centralisation et de f\u00e9d\u00e9ration, principe contractuel devant r\u00e9gir tant les relations \u00e9conomiques que les choix politiques.<\/p>\n<p>Les id\u00e9es de Proudhon (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1865), poss\u00e9daient encore beaucoup d\u2019influence sur la classe ouvri\u00e8re parisienne en 1871. M\u00eame si Proudhon et ses partisans d\u00e9non\u00e7aient de nombreux m\u00e9faits du syst\u00e8me, dans leur perception, le march\u00e9 \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 juste par nature, et ni l\u2019\u00e9change de marchandises<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\">[13]<\/a>, ni le salariat n\u2019\u00e9taient remis en cause. Leur critique restait partielle, ne percevant pas le processus d\u2019exploitation inh\u00e9rent au capitalisme, ancr\u00e9 sur l\u2019extorsion de plus-value. Ils pensaient plut\u00f4t que tous les maux de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque \u00e9taient li\u00e9s \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes ext\u00e9rieurs au march\u00e9\u00a0: interventions politiques, constitution de grandes entreprises et de monopoles&#8230; Pour ce courant, un march\u00e9 parfaitement concurrentiel devait permettre une coexistence harmonieuse entre maitres, compagnons et apprentis \u2013 un peu comme dans un pass\u00e9 mythifi\u00e9 \u2013 pour \u00f4ter la menace de ruine de cette petite \u00e9conomie de march\u00e9 que fait planer la concurrence de la grande industrie. On per\u00e7oit l\u00e0 une incompr\u00e9hension du fait que la concurrence capitaliste engendre t\u00f4t ou tard le monopole, par concentration et centralisation. On comprend aussi que cette vision du monde \u00e9tait assez en harmonie avec les pens\u00e9es du monde encore pr\u00e9dominant des ouvrier.es et artisan.es. On saisit aussi que la question de l\u2019expropriation du capital ne se posait pas pour les tenants de cette vision.<\/p>\n<p><em>Blanquisme<\/em><\/p>\n<p>Sur bien des points, les blanquistes, peu th\u00e9oriciens, se trouvaient \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des proudhoniens. Blanqui (surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019Enferm\u00e9\u00a0\u00bb du fait de ses longues ann\u00e9es accumul\u00e9es en prison) et ses partisans s\u2019inspiraient des ann\u00e9es 1792-1793, des h\u00e9bertistes et de la commune r\u00e9volutionnaire de l\u2019\u00e9poque. Ils r\u00e9fl\u00e9chissaient avant tout en termes d\u2019action, de prise du pouvoir, de strat\u00e9gie et de tactique pour y parvenir. L\u2019\u00e9meute et le coup de force y tenaient la place centrale. L\u2019insurrection \u00e9tait vue comme un art. Cela impliquait la construction d\u2019un appareil disciplin\u00e9, constitu\u00e9 de militants tr\u00e8s d\u00e9vou\u00e9s, pr\u00eats \u00e0 tout. La construction d\u2019un outil politique passe ici au tout premier plan, et vise \u00e0 une prise du pouvoir destin\u00e9e \u00e0 \u00e9tablir une dictature r\u00e9volutionnaire. Pour Blanqui et ses partisan.es, le peuple doit \u00eatre instruit mais cela prendra un certain temps. C\u2019est pourquoi une dictature r\u00e9volutionnaire doit se mettre en place, et gouverner dans cette perspective. Mais quelle dictature r\u00e9volutionnaire\u00a0? Pour Engels\u00a0:<\/p>\n<p><em>Etant donn\u00e9 que Blanqui con\u00e7oit toute r\u00e9volution comme un coup de main, il s\u2019ensuit, de toute n\u00e9cessit\u00e9, l\u2019instauration d\u2019une dictature apr\u00e8s son triomphe, j\u2019entends non pas une dictature de la classe r\u00e9volutionnaire \u2013 la dictature du prol\u00e9tariat \u2013, mais la dictature de la poign\u00e9e de ceux qui ont fait le coup de main et qui eux-m\u00eames \u00e9taient d\u00e9j\u00e0, auparavant, organis\u00e9es sous la dictature d\u2019un seul homme ou de plusieurs<\/em><a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>On suppute de possibles d\u00e9rives autoritaires en cas de prise du pouvoir r\u00e9ussie par les blanquistes. Autre caract\u00e9ristique du blanquisme\u00a0: un ardent patriotisme. C\u2019est ce qui les conduit un temps, avec d\u2019autres, \u00e0 mettre sous le coude leur opposition au gouvernement de la D\u00e9fense nationale, alors que les Prussiens s\u2019approchent de Paris puis en font le si\u00e8ge. Pour H. Lef\u00e8bvre\u00a0:<\/p>\n<p><em>Le pur patriotisme de Blanqui et des blanquistes en fait un trait d\u2019union entre les autres tendances. Ces tendances [\u2026] ont un programme plus ou moins \u00e9labor\u00e9. A ce titre, elles divergent\u00a0: mais elles partagent toutes, pendant le si\u00e8ge, le patriotisme passionnel plus que raisonn\u00e9 des blanquistes<\/em><a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p><em>N\u00e9o-jacobinisme<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est le courant le plus influent et le plus nombreux parmi les \u00e9lus de la Commune, avec \u00e0 sa t\u00eate la figure embl\u00e9matique de Charles Delescluze. Moins prol\u00e9tarien dans sa composition que le courant proudhonien, voire m\u00eame du blanquisme en partie prol\u00e9taris\u00e9 des derni\u00e8res ann\u00e9es, les n\u00e9ojacobins \u00e9taient souvent connus par l\u2019interm\u00e9diaire de leurs intellectuels, avocats, journalistes, universitaires. Le \u00ab\u00a0quarante-huitard\u00a0\u00bb Delescluze avait \u00e9tudi\u00e9 le droit et commenc\u00e9 sa vie comme juriste avant d\u2019\u00eatre journaliste. Le tr\u00e8s controvers\u00e9 F\u00e9lix Pyat \u00e9tait journaliste, tandis que Pascal Grousset \u00e9tait m\u00e9decin. Tout comme le courant blanquiste, le courant n\u00e9ojacobin est tr\u00e8s inspir\u00e9 par la R\u00e9volution fran\u00e7aise, mais il puise plut\u00f4t son inspiration dans la pens\u00e9e et l\u2019action de Robespierre que dans celle d\u2019H\u00e9bert. Pour les n\u00e9ojacobins, la R\u00e9volution commenc\u00e9e en 1789 n\u2019\u00e9tait pas finie, et il fallait la mener \u00e0 son terme, car depuis la contre-r\u00e9volution de 1794, \u00e0 part le court interm\u00e8de de 1848 \u00e0 1851, la r\u00e9publique avait \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9e par la r\u00e9action, royaliste et imp\u00e9riale. La place prise par le courant n\u00e9ojacobin tenait largement \u00e0 son opposition, ch\u00e8rement pay\u00e9e, au coup d\u2019Etat de 1851 et \u00e0 son opposition \u00e0 l\u2019Empire qui avait valu une tr\u00e8s large estime \u00e0 ses figures de proue.<\/p>\n<p>Le mot d\u2019ordre de \u00ab\u00a0r\u00e9publique\u00a0\u00bb unissait bien s\u00fbr les n\u00e9ojacobins, et bien au-del\u00e0. Mais quelle r\u00e9publique\u00a0? Selon D. Gluckstein, \u00ab\u00a0<em>pour certains, c\u2019\u00e9tait la \u2018R\u00e9publique, une et indivisible\u2019, telle qu\u2019\u00e9nonc\u00e9e par Robespierre, ce qui mettait l\u2019accent sur le besoin d\u2019un \u00e9tait fort pour faire avancer la soci\u00e9t\u00e9. Des Jacobins plus \u00e0 gauche pr\u00e9f\u00e9raient le slogan de \u2018R\u00e9publique d\u00e9mocratique et sociale\u2019<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\">[16]<\/a>.<\/p>\n<p><em>L\u2019Internationale<\/em><\/p>\n<p>L\u2019Internationale et sa f\u00e9d\u00e9ration parisienne ne repr\u00e9sentent pas \u00e0 proprement parler un quatri\u00e8me courant, car l\u2019AIT regroupe des militant.es de combat, hommes et femmes, uni.es dans une perspective socialiste. L\u2019AIT participe aux gr\u00e8ves et aux luttes politiques tout en faisant des efforts d\u2019\u00e9laboration programmatique, mais le socialisme en question n\u2019est pas qualitativement mieux d\u00e9fini en son sein que dans toute la Commune. Depuis sa cr\u00e9ation en 1864, l\u2019AIT s\u2019est beaucoup d\u00e9velopp\u00e9e dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019Empire, mais elle reste un regroupement politiquement tr\u00e8s large. Au-del\u00e0 de sa particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre un internationale, ce qui la fait jouir d\u2019une large estime populaire, tout en g\u00e9n\u00e9rant beaucoup d\u2019illusions sur sa puissance et sa richesse, elle fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9pression sp\u00e9cifique des pouvoirs r\u00e9actionnaires (l\u2019Empire d\u2019abord, la r\u00e9action versaillaise ensuite). Mais l\u2019AIT agr\u00e8ge des militant.es habit\u00e9.es par des convictions diverses. Certains internationaux sont aussi blanquistes. C\u2019est le cas d\u2019Emile Duval, qui va jouer un r\u00f4le militaire important (de l\u2019insurrection du 18 mars jusqu\u2019\u00e0 sa mort le 3 avril), m\u00eame si le contact de l\u2019Internationale le pousse \u00e0 s\u2019\u00e9loigner des m\u00e9thodes trop purement militaristes des blanquistes. Bien des membres de l\u2019AIT sont tr\u00e8s \u00a0influenc\u00e9s par Proudhon, \u00e0 commencer par Charles Beslay, sur lequel je vais revenir.<\/p>\n<p>Parmi les \u00e9lus de la Commune, peu de membres de l\u2019AIT \u00e9taient marxistes. On peut citer Auguste Serraillier, qui vivait exil\u00e9 \u00e0 Londres depuis le coup d\u2019Etat de 1851, o\u00f9 il devint un homme de confiance de Marx, sur la proposition duquel l\u2019AIT l\u2019avait envoy\u00e9 en Belgique comme secr\u00e9taire-correspondant, avant qu\u2019il rejoigne Paris le 6 septembre 1870. L\u00e9o Frankel, nomm\u00e9 d\u2019abord membre de la Commission du Travail et de l\u2019Echange, puis d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la Commune \u00e0 cette fonction, faisait aussi partie des partisans de Marx dans l\u2019AIT. En dehors du Conseil de la Commune, il faut aussi citer le cas d\u2019Elisabeth Dmitrieff, \u00e2g\u00e9e de seulement 20 ans au moment de la Commune, r\u00e9volutionnaire russe internationaliste qui avait d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 la fondation d\u2019une section de l\u2019AIT en Suisse, avant d\u2019aller voir Marx \u00e0 Londres, puis de s\u2019engager \u00e0 fond dans la Commune de Paris, notamment avec la cr\u00e9ation de l\u2019Union des Femmes pour la d\u00e9fense de Paris et le soutien aux bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Tels sont donc les courants id\u00e9ologiques et politiques qui vont se r\u00e9partir le poids des influences sur le cours de l\u2019exp\u00e9rience de la Commune. Pour conclure, disons les choses suivantes. Premi\u00e8rement,\u00a0 m\u00eame si les n\u00e9ojacobins sont les plus nombreux, aucun des courants politiques et id\u00e9ologiques pr\u00e9sent\u00e9s ci-dessus ne poss\u00e8de un clair ascendant face aux autres. Deuxi\u00e8mement, tous sont radicalement r\u00e9publicains, mais les conceptions de la r\u00e9publique diff\u00e8rent. Troisi\u00e8mement, m\u00eame lorsque ces courants parlent de socialisme, la vision de ce dernier reste assez floue\u00a0; en particulier, la question de l\u2019attitude vis-\u00e0-vis de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e n\u2019est pas tranch\u00e9e parmi les forces communardes. Quatri\u00e8mement, les blanquistes, parfois marqu\u00e9s par un penchant autoritaire, poss\u00e8dent une exp\u00e9rience militaire et sont r\u00f4d\u00e9s \u00e0 l\u2019affrontement violent avec le pouvoir, mais ils sont minoritaires et assez carents quant au projet socialiste et sur le plan des propositions politiques g\u00e9n\u00e9rales. Cinqui\u00e8mement, les proudhoniens, m\u00e9fiants par principe vis-\u00e0-vis de l\u2019Etat, sont tr\u00e8s concern\u00e9es par les questions \u00e9conomiques et sociales, mais ti\u00e8des quant aux initiatives \u00e0 prendre au plan politique et militaire. Sixi\u00e8mement, les n\u00e9ojacobins sont tr\u00e8s marqu\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience de la grande R\u00e9volution fran\u00e7aise, mais cela les conduit souvent \u00e0 utiliser des concepts et des mots d\u2019ordre politiquement d\u00e9pass\u00e9s. Apr\u00e8s ce bref \u00e9tat des lieux, on devine que les points forts de certains de ces courants sont contrebalanc\u00e9s par les points faibles des autres, et r\u00e9ciproquement.<\/p>\n<p><strong>Le 18 mars\u00a0: quelles suites lui donner\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><em>Une \u00ab\u00a0insurrection\u00a0\u00bb spontan\u00e9e\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, la \u00ab\u00a0mont\u00e9e \u00e0 l\u2019assaut du ciel\u00a0\u00bb du 18 mars n\u2019est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Apr\u00e8s un si\u00e8ge d\u2019environ cinq mois par les arm\u00e9es prussiennes, et un peu plus de temps pass\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir la r\u00e9alit\u00e9 du gouvernement de \u00ab\u00a0D\u00e9fense nationale\u00a0\u00bb mis en place \u00e0 partir du 4 septembre 1870 \u2013 le peuple de Paris a progressivement compris que malgr\u00e9 son nom, il s\u2019agissait d\u2019un gouvernement de capitulation et de trahison nationale \u2013 toute une s\u00e9rie de facteurs ont pr\u00e9par\u00e9 le terrain pour le 18 mars. Mentionnons juste quelques faits, dans les semaines qui le pr\u00e9c\u00e8dent, pour tenter de mesurer l\u2019\u00e9tat d\u2019exasp\u00e9ration dans lequel ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es les couches populaires de Paris, les poussant ainsi \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019insurrection\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s des mois de privations, de famine et de froid \u2013 mais des souffrances tr\u00e8s in\u00e9galement r\u00e9parties selon les classes sociales \u2013 l\u2019occupation d\u2019une partie de Paris, du 1<sup>er<\/sup> au 3 mars, par les troupes allemandes et leur parade sur les Champs-Elys\u00e9es, voulues par Bismarck et accept\u00e9es par Thiers, est une v\u00e9ritable insulte faite aux sacrifices consentis et suscitent la col\u00e8re du peuple. Mais les mesures alors prises par le gouvernement et l\u2019Assembl\u00e9e nationale ultrar\u00e9actionnaire (dite des \u00ab\u00a0Ruraux\u00a0\u00bb) \u00e9lue le 8 f\u00e9vrier ne pouvaient que porter la situation \u00e0 incandescence. D\u2019abord, le choix, apr\u00e8s l\u2019armistice, de \u00ab\u00a0d\u00e9capitaliser Paris\u00a0\u00bb en d\u00e9cidant de d\u00e9placer le parlement de Bordeaux \u00e0 Versailles, la capitale des rois, ville-symbole honnie par le peuple r\u00e9publicain, conduit celui-ci \u00e0 penser que les r\u00e9actionnaires, monarchistes et autres, menacent la r\u00e9publique. Ensuite, les classes populaires de Paris, d\u00e9j\u00e0 dans la mis\u00e8re, sont attaqu\u00e9es violemment au porte-monnaie : alors que le ch\u00f4mage est g\u00e9n\u00e9ral, la solde de 1,50 franc par jour vers\u00e9e aux membres de la Garde nationale leur permet de tenir un peu mieux le coup \u00e0 eux et leurs familles\u00a0; le gouvernement d\u00e9cide justement de supprimer cette solde pour tous ceux qu\u2019il ne reconnait pas comme indigents et dans l\u2019incapacit\u00e9 de travailler\u00a0: une telle attaque affecte aussi bien la petite bourgeoisie artisane et commer\u00e7ante que le monde ouvrier. De plus, alors que les traites commerciales avaient vu leurs \u00e9ch\u00e9ances report\u00e9es depuis le d\u00e9but de la guerre, et que les affaires n\u2019avaient pas repris, voici que cette Assembl\u00e9e de nantis vote que toutes les \u00e9ch\u00e9ances prorog\u00e9es depuis sept mois devront \u00eatre pay\u00e9es dans les 48 heures, ce qui ne pouvait que conduire \u00e0 la faillite des centaines de milliers de petits commerces. Les loyers en souffrance depuis des mois allaient aussi devoir \u00eatre pay\u00e9s aux propri\u00e9taires, dont les int\u00e9r\u00eats \u00e9go\u00efstes \u00e9taient fid\u00e8lement repr\u00e9sent\u00e9s au gouvernement et au parlement. Sans compter la dette de guerre de cinq milliards de francs or que la France allait devoir r\u00e9gler \u00e0 l\u2019Allemagne, et que les poss\u00e9dants voulaient faire payer au peuple\u2026<\/p>\n<p>Pour finir, vient l\u2019affaire des canons. Ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 pay\u00e9s par souscription par le peuple parisien pendant le si\u00e8ge, mais Thiers veut les r\u00e9cup\u00e9rer. Au-del\u00e0, ce dernier veut en finir avec le double pouvoir repr\u00e9sent\u00e9 par le Comit\u00e9 central de la Garde nationale et infliger une d\u00e9faite majeure au peuple r\u00e9volt\u00e9 de Paris. Il lui faut donc le d\u00e9sarmer. Mais la Garde nationale est rendue de plus en plus m\u00e9fiante\u00a0: certains de ces canons avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s par le gouvernement dans la zone de Paris que les arm\u00e9es de Bismarck devaient occuper, et la Garde nationale s\u2019\u00e9tait mobilis\u00e9e pour les mettre en lieu s\u00fbr, sur les hauteurs du nord-est parisien, \u00e0 Montmartre en particulier. Mais pour beaucoup de F\u00e9d\u00e9r\u00e9s<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\">[17]<\/a>, tout cela sentait la trahison\u2026 De plus, Thiers avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9chou\u00e9 \u00e0 reprendre une partie de ces armes. Il fait toutefois prendre la d\u00e9cision au conseil des ministres du 17 mars d\u2019envoyer, d\u00e8s la nuit suivante, une troupe de quelque 15 000 \u00ab\u00a0lignards\u00a0\u00bb (soldats de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re), non seulement pour r\u00e9cup\u00e9rer les canons, \u00e0 Montmartre (4\u00a0000 hommes) et ailleurs (6\u00a0000 hommes envoy\u00e9s \u00e0 Belleville, aux Buttes Chaumont, \u00e0 la Villette)<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\">[18]<\/a>, mais aussi avec l\u2019objectif de faire arr\u00eater une s\u00e9rie de \u00ab\u00a0meneurs\u00a0\u00bb r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>En un sens, mais en un sens seulement, \u00ab\u00a0l\u2019insurrection\u00a0\u00bb du 18 mars n\u2019est donc pas compl\u00e8tement spontan\u00e9e\u00a0: la col\u00e8re populaire \u00e0 son origine est provoqu\u00e9e directement par la volont\u00e9 des classes poss\u00e9dantes, de leur gouvernement et de leur parlement de d\u00e9sarmer ce qu\u2019ils appellent \u00ab\u00a0la canaille\u00a0\u00bb et de leur infliger une d\u00e9faite majeure, et cette agression militaire vient apr\u00e8s les provocations rappel\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment. Mais le cours de cette journ\u00e9e est, lui, r\u00e9ellement spontan\u00e9, car personne n\u2019a programm\u00e9 cette insurrection. Ni le Comit\u00e9 central de la Garde nationale, ni l\u2019AIT, ni aucun des courants politiques pr\u00e9sent\u00e9s plus haut. Les acteurs et actrices du 18 mars, ce sont bien les masses populaires, \u00e0 commencer par les femmes de Montmartre qui ont fait face \u00e0 la troupe et l\u2019ont emp\u00each\u00e9e de r\u00e9cup\u00e9rer les canons. C\u2019est le long retard, impr\u00e9vu, des attelages pour \u00e9vacuer les canons, et surtout la mobilisation des Montmartroises, leurs appels \u00e0 la fraternisation, qui va pousser les soldats de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 refuser d\u2019ob\u00e9ir aux ordres du g\u00e9n\u00e9ral Lecomte, qui voulait faire tirer sur la foule. L\u2019ex\u00e9cution de ce dernier et de son coll\u00e8gue Cl\u00e9ment-Thomas, reconnu et arr\u00eat\u00e9 non loin de l\u00e0, sont \u00e9galement des faits spontan\u00e9s, intervenus d\u2019ailleurs contre la volont\u00e9 des gardes nationaux pr\u00e9sents. Tandis que la chaleureuse fraternisation entre le peuple et les soldats s\u2019approfondit \u00e0 Montmartre, la r\u00e9volte s\u2019\u00e9tend, et des sc\u00e8nes de fraternisation se r\u00e9p\u00e8tent ailleurs dans Paris. Graduellement, les masses populaires inondent les rues et avenues parisiennes, tandis que des barricades sont \u00e9rig\u00e9es un peu partout. De fil en aiguille, les masses convergent vers l\u2019H\u00f4tel de Ville. A l\u2019aube et dans cette matin\u00e9e du 18 mars, la plupart des militant.es (\u00e0 l\u2019exception de Duval, Eudes, Ranvier, Henry, de Louise Michel et peut-\u00eatre quelques autres)<a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\">[19]<\/a>, sont absent.es. Ils ne seront \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre qu\u2019en fin de matin\u00e9e, et surtout dans l\u2019apr\u00e8s-midi, bien apr\u00e8s les instants d\u00e9cisifs. Pr\u00e9cisons que la r\u00e9union du Comit\u00e9 central de la Garde nationale s\u2019\u00e9tait termin\u00e9e tr\u00e8s tard dans la nuit du 17 au 18.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit donc d\u2019un soul\u00e8vement impromptu. On est \u00e9merveill\u00e9 par la puissance de cette spontan\u00e9it\u00e9. Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 planifi\u00e9. Personne n\u2019imaginait que ce jour 18 mars allait \u00eatre le point de d\u00e9part d\u2019une r\u00e9volution. La mati\u00e8re explosive s\u2019\u00e9tait accumul\u00e9e dans Paris. L\u2019\u00e9tincelle est venue de l\u2019attaque arm\u00e9e de Thiers et des siens contre le peuple de Paris, condition n\u00e9cessaire pour mettre \u00e0 genoux ce dernier et lui imposer les mesures r\u00e9actionnaires d\u00e9cid\u00e9es. Un Thiers press\u00e9 de r\u00e9gler son compte \u00e0 la \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb parisienne avant l\u2019installation \u00e0 Versailles de l\u2019Assembl\u00e9e des \u00ab\u00a0Ruraux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>La fuite de l\u2019ex\u00e9cutif \u00e0 Versailles. Que faire \u00e0 ce moment\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019apr\u00e8s-midi du 18, Thiers donne l\u2019ordre \u00e0 ses ministres et \u00e0 tous ses fonctionnaires de quitter Paris et de venir s\u2019installer \u00e0 Versailles. Le pouvoir ex\u00e9cutif national fait donc le choix de d\u00e9serter la capitale. L\u2019appareil d\u2019Etat bourgeois, abandonn\u00e9, s\u2019effondre \u00e0 Paris\u2026 pour aller se reconstituer ailleurs. Prendre l\u2019H\u00f4tel de Ville a donc \u00e9t\u00e9 un jeu d\u2019enfant pour le Comit\u00e9 central de la Garde nationale ce jour-l\u00e0. Mais que faire alors, une fois qu\u2019on y est install\u00e9\u00a0? C\u2019est ici que la puissance de la spontan\u00e9it\u00e9 montre ses limites. D\u2019autant que la question \u00e9tait tout sauf simple.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite, la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir se pose. Quelle est donc la l\u00e9gitimit\u00e9 du Comit\u00e9 central de la Garde nationale, et pour faire quoi ? La r\u00e9ponse tr\u00e8s majoritaire est la suivante\u00a0: il faut proc\u00e9der tr\u00e8s rapidement \u00e0 l\u2019\u00e9lection de la Commune de Paris, et remettre ensuite tout le pouvoir \u00e0 son Conseil \u00e9lu. Oui mais entretemps\u2026 que faire de l\u2019ennemi\u00a0? Lors du Comit\u00e9 central qui se r\u00e9unit le 19 au matin, on entend certes dire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il faut marcher sur Versailles, disperser l\u2019Assembl\u00e9e et appeler la France enti\u00e8re \u00e0 se prononcer<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\">[20]<\/a>. Mais l\u2019opinion qui pr\u00e9vaut alors est plut\u00f4t celle-ci\u00a0: \u00ab\u00a0<em>nous n\u2019avons mandat que d\u2019assurer les droits de Paris. Si la province pense comme nous, qu\u2019elle nous imite<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\">[21]<\/a>. Parmi le Comit\u00e9 central, les blanquistes appellent \u00e0 poursuivre Thiers jusqu\u2019\u00e0 Versailles (notamment Emile Eudes et Emile Duval, qui vont bient\u00f4t jouer tous les deux un r\u00f4le important au plan militaire). Mais ceux-ci sont minoritaires. Globalement, plusieurs commentateurs insistent sur le fait que l\u2019insouciance pr\u00e9vaut, en premier lieu parmi le peuple de Paris. Comme l\u2019explique C. Tal\u00e8s, au lendemain du 18 mars, on s\u2019inqui\u00e8te d\u2019un retour offensif de l\u2019arm\u00e9e, \u00ab\u00a0<em>partout s\u2019\u00e9l\u00e8vent des barricades\u00a0; on les regarde avec une confiante satisfaction, on pense que \u2018s\u2019ils reviennent, ils seront bien re\u00e7us\u2019<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn22\" name=\"_ednref22\">[22]<\/a>. De son c\u00f4t\u00e9, Lissagaray note que le dimanche 19, \u00ab\u00a0<em>un soleil de printemps riait aux Parisiens<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn23\" name=\"_ednref23\">[23]<\/a>. C\u2019est bien compr\u00e9hensible\u00a0: apr\u00e8s des mois de grande souffrance, et une somptueuse victoire historique la veille, pourquoi ne pas profiter du beau temps\u00a0?<\/p>\n<p>Ce contexte de na\u00efvet\u00e9 optimiste largement partag\u00e9e incite l\u2019immense majorit\u00e9 du Comit\u00e9 central de la Garde nationale \u00e0 n\u00e9gliger de se poser une question cruciale\u00a0: que compte faire Thiers \u00e0 Versailles\u00a0? N\u2019y a-t-il pas un grand danger \u00e0 lui laisser la possibilit\u00e9 d\u2019y pr\u00e9parer la contre-offensive\u00a0? C\u2019est ce qu\u2019une poign\u00e9e de r\u00e9volutionnaires devine justement, mais ils sont trop isol\u00e9s pour arracher la d\u00e9cision d\u2019une offensive arm\u00e9e contre Thiers et Versailles. Le Comit\u00e9 central choisit donc de ne pas poursuivre l\u2019avantage militaire et de se concentrer sur la transmission, la plus rapide possible, des pouvoirs qu\u2019il a entre ses mains \u00e0 une assembl\u00e9e communale \u00e9lue. Arr\u00eatons-nous un instant sur ce choix, souvent comment\u00e9, et qui a d\u2019ailleurs conduit Marx \u00e0 formuler ses critiques\u00a0\u00e0 ceux qu\u2019il appelle les \u00ab\u00a0<em>trop g\u00e9n\u00e9reux vainqueurs du 18 mars<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn24\" name=\"_ednref24\">[24]<\/a> :<\/p>\n<p><em>Dans sa r\u00e9pugnance \u00e0 accepter la guerre civile engag\u00e9e par Thiers avec sa tentative d\u2019effraction nocturne \u00e0 Montmartre, le Comit\u00e9 central commit, cette fois, une faute d\u00e9cisive en ne marchant pas aussit\u00f4t sur Versailles, alors enti\u00e8rement sans d\u00e9fense, et en mettant ainsi fin aux complots de Thiers et de ses ruraux. Au lieu de cela, on permit encore au parti de l\u2019ordre d\u2019essayer sa force aux urnes, le 26 mars, jour d\u2019\u00e9lection de la Commune<\/em><a href=\"#_edn25\" name=\"_ednref25\">[25]<\/a>.<\/p>\n<p>En effet, malgr\u00e9 la volont\u00e9 du Comit\u00e9 central de proc\u00e9der imm\u00e9diatement aux \u00e9lections de la Commune, les pourparlers avec les d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains et maires d\u2019arrondissements de Paris (pouvant l\u00e9galement organiser une \u00e9lection) ont train\u00e9 en longueur, obligeant le Comit\u00e9 central \u00e0 reporter le scrutin. Ce n\u2019est que le 28 mars que la Commune est proclam\u00e9e, et elle ne se met au travail que le 29. Ce sont donc dix jours qui ont ainsi \u00e9t\u00e9 perdus pour le rapport de forces militaire, dix jours que Thiers a su utiliser, tandis que lors du \u00ab\u00a0sauve qui peut\u00a0\u00bb bourgeois du 18 mars \u00e0 Versailles, l\u2019appareil militaire des poss\u00e9dants, en lambeaux, \u00e9tait min\u00e9 par la d\u00e9sob\u00e9issance.<\/p>\n<p>Quels arguments, en faveur d\u2019une offensive imm\u00e9diate des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s contre Thiers et les Versaillais, auraient pu pr\u00e9valoir\u00a0? En premier lieu, le fait que Thiers lui-m\u00eame n\u2019avait jamais cach\u00e9 qu\u2019il voulait que le pouvoir politique se replie sur Versailles pour mieux contre-attaquer et s\u2019emparer de Paris en \u00e9crasant les insurg\u00e9s. Il avait d\u2019ailleurs sugg\u00e9r\u00e9 le m\u00eame plan en 1848, sans \u00eatre suivi alors. Mais ce vieux bourgeois a de la suite dans les id\u00e9es\u00a0: le 18 mars, il comprend tr\u00e8s vite que c\u2019est ce qu\u2019il peut et doit faire, d\u2019o\u00f9 son ordre de transf\u00e9rer imm\u00e9diatement l\u2019ex\u00e9cutif et toute l\u2019administration du pays \u00e0 Versailles. En second lieu, les quelques milliers de morts ouvri\u00e8res de juin 1848 auraient pu servir \u00e0 rappeler que la bourgeoisie, m\u00eame \u00ab\u00a0r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb, n\u2019avait d\u00e9j\u00e0 pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 recourir \u00e0 la boucherie pour en finir avec l\u2019insubordination ouvri\u00e8re. Dans le camp ouvrier et populaire, on note ici \u00e0 la fois une tragique magnanimit\u00e9, une incompr\u00e9hension de ce que sont les classes dominantes, de leur d\u00e9termination \u00e0 maintenir leur ordre par tous les moyens, et un non-apprentissage des le\u00e7ons de l\u2019histoire. Certes, bien s\u00fbr, en 1871, les rep\u00e8res historiques dans ce domaine remontaient \u00e0 juin 1848. On s\u2019en souvenait dans les familles, mais tr\u00e8s peu d\u2019individus \u00e9taient en mesure d\u2019en avoir tir\u00e9 compl\u00e8tement les enseignements et de les avoir retenus.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce niveau qu\u2019un parti-organisation de classe en m\u00eame temps qu\u2019un parti-m\u00e9moire, un parti tourn\u00e9 vers l\u2019action r\u00e9volutionnaire ayant tir\u00e9 les le\u00e7ons de l\u2019histoire, comprenant les lois de la lutte des classes, sachant \u00e9valuer l\u2019ennemi, ses plans et ses projets, a fait d\u00e9faut. Un parti qui aurait compris le jeu que jouaient les classes dominantes et qui aurait su expliquer que l\u2019int\u00e9r\u00eat de Thiers \u00e9tait de gagner du temps pour r\u00e9organiser son appareil militaire, et que le temps perdu par le peuple parisien insurg\u00e9 \u00e9tait du temps offert \u00e0 Thiers. Si le Comit\u00e9 central avait \u00e9t\u00e9 sous une plus grande influence de r\u00e9volutionnaires form\u00e9s et exp\u00e9riment\u00e9s, ces explications auraient pu avoir un \u00e9cho sup\u00e9rieur. Il appartient d\u2019ailleurs aux nombreux m\u00e9rites d\u2019Eug\u00e8ne Varlin d\u2019avoir pouss\u00e9 les Internationaux parisiens \u00e0 s\u2019investir massivement dans le Comit\u00e9 central de la Garde nationale, organisme que certains de ses camarades percevaient initialement avec indiff\u00e9rence ou m\u00e9fiance. Mais si l\u2019influence de Varlin a permis de faire \u00e9lire un certain nombre de militants de l\u2019AIT au Comit\u00e9 central, leur pr\u00e9sence n\u2019a pas suffi \u00e0 faire pencher la d\u00e9cision du 19 mars dans le sens de l\u2019offensive contre les fuyards r\u00e9actionnaires. Ceci permet aussi de v\u00e9rifier que l\u2019AIT avait bien des m\u00e9rites, mais n\u2019avait pas eu le temps de devenir le parti coh\u00e9rent et d\u00e9termin\u00e9 du prol\u00e9tariat qui, de fait, faisait d\u00e9faut. D\u2019ailleurs, apr\u00e8s la r\u00e9volution du 4 septembre 1870, Marx, et Varlin lui-m\u00eame, se montraient prudents\u00a0: bien loin de pousser \u00e0 l\u2019insurrection, ils doutaient des possibilit\u00e9s de l\u2019AIT de jouer tout son r\u00f4le, et voulaient avant tout organiser et construire l\u2019Internationale.<\/p>\n<p>Thiers, qui s\u2019inqui\u00e9tait peu apr\u00e8s sa fuite vers Versailles, de possibles poursuites de la part des Parisiens, a donc pu mettre \u00e0 profit sa retraite dans la ville royale pour r\u00e9organiser l\u2019arm\u00e9e, r\u00e9cup\u00e9rer des unit\u00e9s militaires d\u2019autres r\u00e9gions, n\u00e9gocier avec Bismarck la lib\u00e9ration de soldats que l\u2019Allemagne d\u00e9tenait prisonniers et l\u2019incorporation de ceux-ci dans le vaste camp militaire en expansion qu\u2019\u00e9tait Versailles, entrainer tous ces hommes arm\u00e9s en les soustrayant aux influences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de la Presse communarde, les soumettant au contraire au bourrage de cr\u00e2ne de l\u2019id\u00e9ologie dominante. De fait, les 72 jours de l\u2019\u00e9pop\u00e9e communarde ont \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode o\u00f9 le rapport de forces n\u2019a cess\u00e9 de se d\u00e9t\u00e9riorer pour le peuple et de s\u2019am\u00e9liorer pour les Versaillais. Le 2 avril, les Versaillais attaquent d\u00e9j\u00e0 Courbevoie par surprise, et initient la pratique \u2013 qui ne s\u2019interrompra qu\u2019apr\u00e8s la fin de la Semaine sanglante \u2013 de l\u2019ex\u00e9cution sommaire de prisonniers. D\u00e8s ce moment, les Parisien.nes entendront quotidiennement rugir le son du canon. La guerre civile avait commenc\u00e9 avec l\u2019action du 18 mars. Elle red\u00e9marre pour de bon, \u00e0 cette occasion. Aussit\u00f4t apr\u00e8s, les 3 et 4 avril, les Communard.es indign\u00e9.es d\u00e9cident de sortir de Paris et de s\u2019attaquer \u00e0 Versailles. Mais l\u2019attaque, non pr\u00e9par\u00e9e, a la funeste surprise de se faire bombarder depuis le fort du Mont Val\u00e9rien qui \u00e9taient aux mains des Versaillais, contrairement \u00e0 ce qu\u2019avait laiss\u00e9 croire Charles Lullier, nomm\u00e9 commandant en chef de la Garde nationale parisienne par le Comit\u00e9 central le 19 mars (mais r\u00e9voqu\u00e9 peu apr\u00e8s). <em>Last but not least<\/em>, les Versaillais avaient d\u00e9j\u00e0 grandement repris du poil de la b\u00eate en termes num\u00e9riques et d\u2019organisation pendant les deux semaines \u00e9coul\u00e9es. La d\u00e9faite militaire communarde le 4 avril a un effet assez d\u00e9vastateur sur le moral et contribue \u00e0 \u00e9loigner du combat un certain nombre de gardes nationaux. La p\u00e9riode qui commence alors, et qui conduit jusqu\u2019\u00e0 la Semaine sanglante, va multiplier les morts de Parisien.nes par bombardement et voir les positions versaillaises se renforcer, gagnant progressivement du terrain en direction de Paris, avant l\u2019irruption du 21 mai.<\/p>\n<p>Quelles auraient pu \u00eatre les cons\u00e9quences d\u2019un choix offensif contre Versailles imm\u00e9diatement apr\u00e8s le 18 mars\u00a0? Trotsky, fort exp\u00e9riment\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019insurrection et de strat\u00e9gie militaire, \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p><em>L\u2019ennemi s\u2019\u00e9tait enfui \u00e0 Versailles. N\u2019\u00e9tait-ce pas une victoire\u00a0? En ce moment, on aurait pu \u00e9craser la bande gouvernementale presque sans effusion de sang. A Paris, on aurait pu faire prisonniers tous les ministres, avec Thiers en t\u00eate. Personne n\u2019aurait lev\u00e9 la main pour les d\u00e9fendre. On ne l\u2019a pas fait. Il n\u2019y avait pas d\u2019organisation de parti centralis\u00e9e, ayant une vue d\u2019ensemble sur les choses et des organes sp\u00e9ciaux pour r\u00e9aliser ces d\u00e9cisions. Les d\u00e9bris de l\u2019infanterie ne voulaient pas reculer sur Versailles. Le fil qui liait les officiers et les soldats \u00e9taient bien mince. Et s\u2019il y avait eu \u00e0 Paris un centre dirigeant de parti, il aurait incorpor\u00e9 dans les arm\u00e9es en retraite \u2013 puisqu\u2019il y avait possibilit\u00e9 de retraite \u2013 quelques centaines ou bien quelques dizaines d\u2019ouvriers d\u00e9vou\u00e9s, en leur donnant les directives suivantes\u00a0: exciter le m\u00e9contentement des soldats contre les officiers et profiter du premier moment psychologique favorable pour lib\u00e9rer les soldats des officiers et les ramener \u00e0 Paris pour s\u2019unir avec le peuple. Cela pouvait \u00eatre facilement r\u00e9alis\u00e9, d\u2019apr\u00e8s l\u2019avis m\u00eame des partisans de Thiers. Personne n\u2019y pensa<\/em><a href=\"#_edn26\" name=\"_ednref26\">[26]<\/a>.<\/p>\n<ol>\n<li>Rougerie semble avoir pris parti en faveur de la mod\u00e9ration, et critiqu\u00e9 l\u2019approche offensive pr\u00e9conis\u00e9e par Eudes et Duval, et soutenue par Marx puis par Trotsky. Pour lui, la majorit\u00e9 du Comit\u00e9 central a r\u00e9fl\u00e9chi comme suit, et l\u2019historien parait lui donner raison\u00a0:<\/li>\n<\/ol>\n<p><em>Versailles tomberait peut-\u00eatre. Mais ensuite, \u00e0 quelle atroce guerre civile allait-on \u00eatre conduit, sous les yeux de l\u2019occupant\u00a0? Il fallait d\u2019abord consolider la situation dans la capitale<\/em><a href=\"#_edn27\" name=\"_ednref27\">[27]<\/a>.<\/p>\n<p>Qui voit juste\u00a0? On entre ici dans le domaine de l\u2019histoire-fiction, donc mieux vaut s\u2019abstenir de prendre un ton p\u00e9remptoire. Je ferai juste quelques remarques. Le 19 mars, la Garde nationale parisienne disposait d\u2019un rapport de forces nettement favorables face \u00e0 Versailles. En tout cas, ce rapport de forces n\u2019a plus jamais \u00e9t\u00e9 aussi favorable. Thiers le savait, qui craignait une offensive communarde \u00e0 ce moment-l\u00e0. Il aurait \u00e9t\u00e9 possible sur le plan militaire d\u2019infliger effectivement une d\u00e9faite \u00e0 la r\u00e9action bourgeoise et aristocratique. Certes, l\u2019occupant allemand \u00e9tait aux portes de Paris. Quelle aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019attitude de Bismarck face \u00e0 des Communards triomphant des Versaillais\u00a0? Et celle des soldats allemands\u00a0? Difficile \u00e0 dire, mais on peut imaginer que les sommets de l\u2019Etat allemand auraient h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 engager le combat contre une insurrection victorieuse de Paris face \u00e0 Versailles, ne serait-ce que par crainte d\u2019une fraternisation r\u00e9volutionnaire\u00a0: les soldats allemands n\u2019auraient-ils pas risqu\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0contamin\u00e9s\u00a0\u00bb par les \u00ab rouges\u00a0\u00bb\u00a0? Dans un tel contexte, il aurait peut-\u00eatre alors mieux valu faire le voyage de retour vers l\u2019Allemagne. Il est, au moins, certain que cette pr\u00e9occupation aurait pes\u00e9 dans les r\u00e9flexions de Guillaume et de Bismarck. Quant aux autres corps de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise dispers\u00e9s dans le pays, on peut penser \u00e9galement que les chances de fraternisation avec la Commune auraient augment\u00e9 apr\u00e8s le d\u00e9mant\u00e8lement des appareils r\u00e9actionnaires, politiques et militaires battus \u00e0 Versailles. On peut alors imaginer que cela aurait renforc\u00e9 les insurrections communalistes des villes de province, tandis que, plus faibles qu\u2019\u00e0 Paris, celles-ci se sont arr\u00eat\u00e9es d\u00e9but avril.<\/p>\n<p>Impossible, donc, d\u2019affirmer quoi que ce soit sur ce point. Mais sur la base de ces quelques r\u00e9flexions, il est permis de se dire que \u00ab\u00a0l\u2019atroce guerre civile\u00a0\u00bb redout\u00e9e dans le cadre national et en pr\u00e9sence de l\u2019ennemi allemand aux portes de Paris n\u2019aurait peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 aussi atroce que la guerre civile bien r\u00e9elle, la guerre de classe qui s\u2019est sold\u00e9e par la Semaine Sanglante et l\u2019\u00e9crasement de la Commune le 28 mai. En tout cas, si les insurg\u00e9.es parisien.nes avaient tout de suite triomph\u00e9 de Versailles, ils et elles se seraient trouv\u00e9.es dans une position consolid\u00e9e et auraient dispos\u00e9 d\u2019un ascendant plus fort sur la province et ses villes. C\u2019est pourquoi je pense que la position d\u00e9fendue par Eudes et Duval, puis par Marx et enfin par Trotsky tient la mer.<\/p>\n<p><em>La question de la Banque de France<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019autre point souvent critiqu\u00e9 comme une erreur majeure des Communard.es, notamment par Marx et ses successeurs. Mais cette critique est venue plus tard, apr\u00e8s l\u2019\u00e9crasement de la Commune. P.O. Lissagaray, notamment, est virulent sur ce sujet quand il \u00e9crit son histoire publi\u00e9e en 1876 :<\/p>\n<p><em>Toutes les insurrections s\u00e9rieuses ont d\u00e9but\u00e9 par saisir le nerf de l\u2019ennemi\u00a0: la caisse. La Commune est la seule qui ait refus\u00e9. Elle abolit le budget des cultes qui \u00e9tait \u00e0 Versailles et resta en extase devant la caisse de la haute bourgeoisie qu\u2019elle avait sous la main<\/em><a href=\"#_edn28\" name=\"_ednref28\">[28]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans le feu de l\u2019action, la position adopt\u00e9e au nom de la Commune a \u00e9t\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e et respectueuse de la propri\u00e9t\u00e9. Mais \u00e0 part le d\u00e9saccord de Varlin, peut-\u00eatre de quelques autres, elle n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 combattue. Il faut mesurer que cette question n\u2019a pas pu \u00eatre pens\u00e9e \u00e0 l\u2019avance, et qu\u2019elle \u00e9choit aux leaders de la r\u00e9volution comme un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9gler urgemment, mais auquel personne n\u2019\u00e9tait\u00a0 pr\u00e9par\u00e9. Au-del\u00e0 des donn\u00e9es purement financi\u00e8res, quels sont les principaux acteurs, mais aussi les pr\u00e9occupations, les modes de pens\u00e9e, les conceptions id\u00e9ologiques en jeu\u00a0?<\/p>\n<p>Alors que l\u2019ex\u00e9cutif et ses administrations avaient fui \u00e0 Versailles, la Banque de France ne pouvait pas en faire autant. Elle restait bloqu\u00e9e \u00e0 Paris, ne pouvant ni transporter, ni mettre en danger tout son or, ses coffres et ses dossiers dans un tel d\u00e9placement. D\u00e8s le 19 mars, le Comit\u00e9 central de la Garde nationale s\u2019est pos\u00e9 le probl\u00e8me du financement des d\u00e9penses de la ville, \u00e0 commencer par les gardes nationaux dont il fallait payer la solde quotidienne de 1,50 francs. Et cela, dans un contexte de vide administratif. C\u2019est donc, avant m\u00eame l\u2019\u00e9lection de la Commune que la question des relations avec la Banque de France a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e. D\u2019apr\u00e8s les chiffres donn\u00e9s par Lissagaray, la Banque de France disposait de quelque trois milliards de francs, dont il donne ainsi le d\u00e9tail\u00a0: \u00ab\u00a0<em>num\u00e9raire 77 millions, billets de banque 166 millions, portefeuille 899 millions, valeurs en garantie d\u2019avance 120 millions, lingots 11 millions, bijoux en d\u00e9p\u00f4t 7 millions, titres d\u00e9pos\u00e9s 900 millions, soit deux milliards 180 millions. Huit cent millions en billets n\u2019attendaient que la griffe du caissier, griffe facile \u00e0 faire<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn29\" name=\"_ednref29\">[29]<\/a>.<\/p>\n<p>Ce sont d\u2019abord Fran\u00e7ois Jourde, comptable de profession, et Eug\u00e8ne Varlin, qui sont charg\u00e9s de l\u2019affaire, en tant que d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s aux Finances du Comit\u00e9 central. Ils interviennent dans un cadre d\u00e9j\u00e0 d\u00e9fini comme temporaire, avant qu\u2019une Commune l\u00e9gitimement \u00e9lue fasse les choix fondamentaux. En n\u00e9gociant avec Rouland, le gouverneur de la Banque, puis avec le sous-gouverneur De Pl\u0153uc apr\u00e8s le d\u00e9part du premier pour Versailles le 23 mars, ils obtiennent six avances d\u2019un montant total de 2,5 millions de francs, \u00ab\u00a0<em>pour parfaire le paiement des indemnit\u00e9s dues aux gardes nationaux, \u00e0 leurs femmes et enfants\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_edn30\" name=\"_ednref30\">[30]<\/a>. Apr\u00e8s la proclamation de la Commune, l\u2019interlocuteur num\u00e9ro un de la Banque de France devient\u00a0 Charles Beslay. C\u2019est un ancien patron, tr\u00e8s proche de Proudhon, partisan de l\u2019association du capital et du travail, ayant adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019AIT en 1866. C\u2019est le doyen du Conseil de la Commune, et il rejoint sa Commission des Finances, devenant d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aupr\u00e8s de la Banque de France. Souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0le bourgeois de la Commune\u00a0\u00bb, il entend respecter la l\u00e9galit\u00e9 et s\u2019oppose \u00e0 une saisie de la Banque par la Commune. Il connait tr\u00e8s bien les dirigeants de la Banque de France qui se disent bien contents de traiter avec lui. La Commission des Finances a \u00e0 sa t\u00eate Fran\u00e7ois Jourde, \u00e9lu lui aussi le 26 mars, nomm\u00e9 D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aux finances par le Conseil de la Commune. C\u2019est un gestionnaire honn\u00eate et scrupuleux, respectueux lui aussi du droit et de la Banque de France. A la Commission des Finances, Beslay et Jourde sont entour\u00e9s de Varlin, de Victor Cl\u00e9ment, et Dominique R\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour Beslay, Jourde, et la plupart des \u00e9lus de la Commune, Paris n\u2019est pas tout le pays, et donc il ne serait pas correct de s\u2019emparer de la Banque de France. De fa\u00e7on coh\u00e9rente avec le paradigme f\u00e9d\u00e9raliste, il s\u2019agit de s\u2019adresser aux villes de France pour cr\u00e9er une f\u00e9d\u00e9ration de communes qui pourra ensuite tisser des relations avec la Banque de France. Dans une interview donn\u00e9e au quotidien de droite Le Figaro publi\u00e9e le 13 mars 1873, Beslay d\u00e9clare\u00a0:<\/p>\n<p><em>Je suis all\u00e9 \u00e0 la Banque avec l\u2019intention de la mettre \u00e0 l\u2019abri de toute violence du parti exag\u00e9r\u00e9 de la Commune, et j\u2019ai la conviction d\u2019avoir conserv\u00e9 \u00e0 mon pays l\u2019\u00e9tablissement qui constituait notre derni\u00e8re ressource financi\u00e8re<\/em><a href=\"#_edn31\" name=\"_ednref31\">[31]<\/a>.<\/p>\n<p>Quand \u00e0 Jourde, il a d\u00e9clar\u00e9 lors de son proc\u00e8s devant le Conseil de guerre\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai d\u00e9fendu, l\u00e0 comme ailleurs, les m\u00eames principes, le respect de la propri\u00e9t\u00e9 et des droits priv\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn32\" name=\"_ednref32\">[32]<\/a>. Selon l\u2019historien N. Delalande\u00a0:<\/p>\n<p><em>Cette mod\u00e9ration financi\u00e8re \u00e9tait, pour Jourde et bien d\u2019autres, une des conditions du \u2018salut de la Commune et de la R\u00e9publique\u2019. Toutes les mesures qui auraient pu fragiliser le cr\u00e9dit de la Banque de France auraient \u00e9t\u00e9 contre-productives, notamment parce que le gouvernement parisien devait rassurer le reste de l\u2019Europe s\u2019il souhaitait pouvoir s\u2019approvisionner<\/em><a href=\"#_edn33\" name=\"_ednref33\">[33]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette position n\u2019\u00e9tait pas celle de Varlin. D\u00e8s le 19 mars, il avait propos\u00e9 de s\u2019emparer de la Banque de France devant le Comit\u00e9 central, vu le retard pris dans le paiement des gardes nationaux. Cette id\u00e9e fut \u00e9cart\u00e9e, au profit de l\u2019id\u00e9e d\u2019un emprunt de deux millions de francs. Par la suite, Varlin, toujours soucieux de d\u00e9fendre une ligne de masse, laisse sa proposition de c\u00f4t\u00e9. Selon P. Lejeune\u00a0:<\/p>\n<p><em>Cette proposition de Varlin est en accord avec l\u2019ensemble de ses id\u00e9es\u00a0; ant\u00e9rieurement, lors de r\u00e9unions de l\u2019AIT, il s\u2019\u00e9tait prononc\u00e9 pour l\u2019abolition du monopole de la Banque de France. Et pourtant il va avoir une attitude l\u00e9galiste ce 19 mars et les jours suivants. [\u2026] Pourquoi cette mod\u00e9ration, ce l\u00e9galisme\u00a0? Varlin en ce 19 mars est inquiet de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des \u00e9v\u00e9nements, il connait les masses parisiennes, il sait qu\u2019elles ne sont pas pr\u00eates \u00e0 prendre le pouvoir. Le rejet m\u00eame de sa proposition de s\u2019emparer de la Banque de France lui prouve que le Comit\u00e9 central lui-m\u00eame reste sur des positions l\u00e9galistes (son intention, imm\u00e9diatement d\u00e9clar\u00e9e, de proc\u00e9der \u00e0 des \u00e9lections le prouve \u00e9galement)<\/em><a href=\"#_edn34\" name=\"_ednref34\">[34]<\/a>.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me que la Commune doit r\u00e9gler est donc de divers ordres. Sur le plan politico-id\u00e9ologique, on saisit le paradoxe\u00a0: que doit faire un pouvoir qui se veut strictement municipal face \u00e0 une source de financement colossale, mais dont l\u2019activit\u00e9 rel\u00e8ve de tout le territoire national\u00a0? On voit bien ici qu\u2019il y a conflit entre les principes revendiqu\u00e9s d\u2019autonomie communale et la simple exigence de survie de Paris et de sa population. Le respect de la l\u00e9galit\u00e9 \u2013 une l\u00e9galit\u00e9 bourgeoise, mais qui n\u2019\u00e9tait pas assez clairement per\u00e7ue comme telle \u2013 a pr\u00e9valu, et la Commune a laiss\u00e9 dormir entre ses murs un tr\u00e9sor qui aurait pu grandement contribuer \u00e0 d\u00e9molir son ennemi, et qui au contraire a permis \u00e0 ce dernier de triompher en proc\u00e9dant \u00e0 une boucherie sans nom.<\/p>\n<p>En ne saisissant pas la Banque de France, la Commune a laiss\u00e9 l\u2019institution financi\u00e8re continuer \u00e0 fonctionner selon ses r\u00e8gles et ses choix, et notamment \u00e0 financer l\u2019op\u00e9ration de reconqu\u00eate de Paris par Thiers et ses sbires. Le camp versaillais le comprend tr\u00e8s bien. Voici ce qu\u2019en dit l\u2019auteur anti-communard Maxime Du Camp\u00a0: \u00ab\u00a0<em>pendant que la Commune harcelait la Banque de Paris pour lui soutirer quelques billets de mille francs, la Banque de France donnait des millions au gouvernement de la l\u00e9galit\u00e9. Les troupes affluaient, prenaient corps, s\u2019organisaient et la paie ne leur faisait point d\u00e9faut\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_edn35\" name=\"_ednref35\">[35]<\/a>. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Lorsque M. Thiers avait besoin d\u2019argent, il pr\u00e9venait M. Rouland, celui-ci envoyait \u00e0 qui de droit une d\u00e9p\u00eache t\u00e9l\u00e9graphique, et l\u2019argent arrivait<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn36\" name=\"_ednref36\">[36]<\/a>.<\/p>\n<p>Si elle avait mis la main sur la Banque de France \u2013 au plan militaire, une affaire facile \u00e0 r\u00e9aliser par la Garde nationale \u2013 la Commune aurait, \u00e0 l\u2019inverse, pos\u00e9 des probl\u00e8mes de financement aux Versaillais et \u00e0 leur arm\u00e9e. Les ressources financi\u00e8res saisies auraient autoris\u00e9 un mieux-vivre du peuple de Paris, et le renforcement militaire de la capitale. Comment respecter les principes f\u00e9d\u00e9ratifs et ne pas l\u00e9ser la province\u00a0? Une issue r\u00e9volutionnaire et d\u00e9mocratique aurait pu \u00eatre de donner \u00e0 Paris un quota d\u2019acc\u00e8s aux richesses de la Banque, tout expliquant cette position \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et en engageant le dialogue avec la province et ses villes. Ceci aurait pu y relancer la dynamique communaliste et la solidarit\u00e9 avec la capitale. Il va sans dire que ce genre de r\u00e9flexion est infiniment plus facile \u00e0 mener avec 150 ans de recul, \u00e0 froid\u00a0! Mais il faut aussi comprendre que les confusions id\u00e9ologiques sur la propri\u00e9t\u00e9 ont jou\u00e9 un grand r\u00f4le dans cette question cruciale. Le d\u00e9bat sur le socialisme, ses objectifs et ses moyens n\u2019\u00e9tait pas all\u00e9 assez loin en 1871 pour permettre \u00e0 la proposition initiale de Varlin de devenir une d\u00e9cision du pouvoir r\u00e9volutionnaire en construction.<\/p>\n<p>En fin de compte, selon J. Rougerie\u00a0:<\/p>\n<p><em>On a estim\u00e9 les d\u00e9penses de la Commune \u00e0 42 millions de francs\u00a0: les trois quarts allaient \u00e0 la guerre, ce qui laissait bien peu de chose pour une quelconque r\u00e9forme [\u2026] La Banque [de France] versa, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, une petite vingtaine de millions. Dans le m\u00eame temps, les avances qu\u2019elle fit \u00e0 Versailles s\u2019\u00e9lev\u00e8rent \u00e0 257 millions de francs<\/em><a href=\"#_edn37\" name=\"_ednref37\">[37]<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est donc plus de douze fois plus d\u2019argent qui a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 par les assassins versaillais pour s\u2019armer et \u00e9craser la Commune, que par cette derni\u00e8re pour survivre au jour le jour. Le l\u00e9galisme majoritaire parmi les \u00e9lus communards lui aura co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher.<\/p>\n<p><strong>Quelles le\u00e7ons pour aujourd\u2019hui\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces deux questions majeures, la Commune a certes eu \u00e0 souffrir d\u2019autres erreurs et a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u2019autres limites. Sa strat\u00e9gie militaire et le fonctionnement de sa d\u00e9fense ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9faillants, malgr\u00e9 la vaillance de certains de ses responsables \u2013 on pense notamment \u00e0 Duval, \u00e0 Dombrowski, ou \u00e0 Wroblewski \u2013 et malgr\u00e9 l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de bien des gardes nationaux et du peuple de Paris. Beaucoup des sympathisant.es de la Commune lui ont reproch\u00e9 de perdre un temps infini dans des d\u00e9bats st\u00e9riles alors m\u00eame qu\u2019elle \u00e9tait en danger de mort. Elle s\u2019est divis\u00e9e sur la question du Comit\u00e9 de salut public (5 membres nomm\u00e9s par le Conseil de la Commune) mis en place par sa majorit\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> mai et cens\u00e9 rem\u00e9dier \u00e0 sa relative paralysie, mais sans y parvenir\u00a0; mais minorit\u00e9 et majorit\u00e9 se sont retrouv\u00e9es dans les combats de la Semaine sanglante. On a aussi relev\u00e9 d\u2019autres faiblesses communardes, \u00e0 commencer par l\u2019insuffisante \u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9e \u00e0 gagner politiquement le soutien de la province, un enjeu crucial. Par ailleurs, bien qu\u2019ils se soient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 internationalistes, en particulier en offrant de hautes responsabilit\u00e9s \u00e0 des \u00e9trangers, polonais, italiens, hongrois, etc. les Communard.es ont ignor\u00e9 les solidarit\u00e9s possibles avec les \u00e9v\u00e8nements insurrectionnels se d\u00e9roulant alors en Alg\u00e9rie<a href=\"#_edn38\" name=\"_ednref38\">[38]<\/a>. On pourrait encore ajouter l\u2019absence de mise en avant du droit de vote des femmes, alors m\u00eame que celles-ci ont jou\u00e9 un grand r\u00f4le dans la Commune, prenant la parole dans les clubs, s\u2019organisant notamment dans l\u2019Union des femmes pour la d\u00e9fense de Paris et le soin aux bless\u00e9s, r\u00e9clamant des armes \u2013 souvent, les empoignant \u2013 et d\u00e9fendant les barricades. Toutes ces carences sont r\u00e9elles mais dues aux limites trac\u00e9es par l\u2019\u00e9poque et son environnement id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Mais tout cela ne doit pas ternir le profond sentiment d\u2019admiration que l\u2019on \u00e9prouve en constatant l\u2019immense courage et la cr\u00e9ativit\u00e9 du peuple et des travailleurs\/ses et de leur Commune. Leur \u0153uvre bien s\u00fbr a \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e par la bri\u00e8vet\u00e9 de son existence, mais elle a creus\u00e9 certains sillons que m\u00eame la r\u00e9publique bourgeoise n\u00e9e de son \u00e9crasement a utilis\u00e9 plus tard\u00a0: c\u2019est le cas pour la s\u00e9paration de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat, ou encore pour l\u2019instruction obligatoire (m\u00eame si le contenu de l\u2019\u00e9cole de Jules Ferry diff\u00e9rera profond\u00e9ment des choix p\u00e9dagogiques de la Commune). Son foisonnement lib\u00e9rateur en faveur des arts m\u00e9riterait aussi davantage de d\u00e9veloppements. Ses incursions dans le domaine de la propri\u00e9t\u00e9 et du pouvoir patronal sont rares, h\u00e9sitants \u2013 on l\u2019a vu \u2013 mais significatifs\u00a0: interdiction du travail de nuit des ouvriers boulangers\u00a0; r\u00e9quisition des unit\u00e9s de production abandonn\u00e9es. Dans d\u2019autres domaines, par contre, la Commune a juste eu le temps de pr\u00e9parer le terrain pour un monde qui n\u2019est pas encore advenu\u00a0: on pense ici \u00e0 son projet \u00e9ducatif pour toutes et tous, la\u00efque, int\u00e9gral et gratuit, fond\u00e9 sur la confiance plac\u00e9e dans la curiosit\u00e9 et l\u2019intelligence de l\u2019enfant, et qui s\u2019oppose aux besoins de s\u00e9lection que l\u2019instruction doit satisfaire du point de vue de la bourgeoisie. C\u2019est enfin et surtout son existence m\u00eame, avec son grand d\u00e9sir de d\u00e9mocratie, directe, populaire, par en-bas, qui force l\u2019int\u00e9r\u00eat et l\u2019admiration, avec la volont\u00e9 du peuple travailleur de contr\u00f4ler ses \u00e9lus, de limiter leurs revenus et de les r\u00e9voquer au besoin.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui donc, la Commune reste une r\u00e9f\u00e9rence populaire, un marqueur pour les luttes et les perspectives politiques. Puissent sa qu\u00eate d\u2019une d\u00e9mocratie authentiquement populaire et sa soif d\u2019\u00e9mancipation, rester des sources d\u2019inspirations pour nous-m\u00eames et les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir. Bien s\u00fbr, l\u2019\u00e9poque est diff\u00e9rente, les classes sociales et leurs id\u00e9ologies se sont transform\u00e9es, et vu le degr\u00e9 d\u2019interconnexion du monde actuel, une r\u00e9volution ne doit pas seulement chercher \u00e0 coordonner des villes d\u2019un m\u00eame pays, mais des pays entre eux.<\/p>\n<p>Mais puisse aussi la rude d\u00e9faite de la Commune nous servir de le\u00e7on, partout\u00a0: l\u2019ennemi, le moloch capitaliste, est cupide, impitoyable et barbare. Il n\u2019est pas possible de transiger avec lui. Il doit \u00eatre trait\u00e9 impitoyablement\u00a0: expropri\u00e9 \u00e9conomiquement, bris\u00e9 politiquement et militairement, et jet\u00e9 dans les poubelles de l\u2019histoire. Pour cela, non seulement la plus large libert\u00e9 politique et l\u2019auto-organisation sont de mise, mais un parti r\u00e9volutionnaire, implant\u00e9 dans la classe travailleuse, d\u00e9mocratique et porteur des le\u00e7ons de l\u2019histoire, est indispensable. Apr\u00e8s bien des espoirs d\u00e9\u00e7us, un tel parti fait encore d\u00e9faut aujourd\u2019hui, au plan national comme au plan international.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> L. Trotsky, \u00ab\u00a0<em>Les le\u00e7ons de la Commune<\/em>\u00a0\u00bb, in L\u2019Anticapitaliste n\u00b0122, janvier 2021, p. 25.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> J. Rougerie\u00a0: <em>Paris insurg\u00e9. La Commune de 1871<\/em>, Gallimard 1995, p. 69.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> L. Godineau\u00a0: <em>La Commune de Paris par ceux qui l\u2019ont v\u00e9cue<\/em>, Parigramme 2010, p. 50.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> L. Bantigny\u00a0: La <em>Commune au pr\u00e9sent. Une correspondance par-del\u00e0 le temps<\/em>, La D\u00e9couverte 2021, p. 160.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> Idem, p. 34.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> J. Rougerie\u00a0: <em>La Commune<\/em>, PUF 1988, p.12.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\">[10]<\/a> J.L. Robert\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La Commune, r\u00e9volution socialiste<\/em>\u00a0\u00bb, in M. Cordillot (coord.)\u00a0: <em>La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l\u2019\u00e9v\u00e8nement, les lieux<\/em>. Editions de l\u2019Atelier 2021, p. 931-933.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\">[11]<\/a> Idem p. 931.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\">[12]<\/a> H. Lef\u00e8bvre\u00a0: <em>La proclamation de la Commune. 26 mars 1871<\/em>, La Fabrique 2018, p. 135.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\">[13]<\/a> D. Gluckstein\u00a0: <em>The Paris Commune. <\/em><em>A Revolution in Democracy<\/em>. Haymarket 2018, p. 61.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\">[14]<\/a> K. Marx &amp; F. Engels : <em>Inventer l\u2019inconnu. Textes et correspondances autour de la Commune<\/em>, La Fabrique 2008, p. 277.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\">[15]<\/a> H. Lef\u00e8bvre, op. cit. p. 144.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\">[16]<\/a> D. Gluckstein\u00a0; op. cit. p. 70. Ma traduction.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\">[17]<\/a> F\u00e9d\u00e9r\u00e9s\u00a0: c\u2019est ainsi que l\u2019on appelle les Gardes nationaux parisiens, r\u00e9unis par une F\u00e9d\u00e9ration mise en place en f\u00e9vrier et mars 1871, o\u00f9 le tous les \u00e9lus, soldats ou officiers, de la Garde nationale parisienne, du niveau de la compagnie \u00e0 celui du bataillon, de la l\u00e9gion et de la f\u00e9d\u00e9ration parisienne sont mandat\u00e9s et r\u00e9vocables.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\">[18]<\/a> M. Cordillot\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le 18 mars\u00a0: du soul\u00e8vement \u00e0 la r\u00e9volution<\/em>\u00a0\u00bb, in M. Cordillot (coord.) op. cit. p. 200.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\">[19]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\">[20]<\/a> P.O. Lissagaray\u00a0: <em>1871<\/em>. Editions de Delphes, p. 86.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\">[21]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref22\" name=\"_edn22\">[22]<\/a> C. Tal\u00e8s\u00a0: <em>La Commune de 1871<\/em>. Spartacus 1998, p. 53.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref23\" name=\"_edn23\">[23]<\/a> P.O. Lissagaray, op. cit. p. 86.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref24\" name=\"_edn24\">[24]<\/a> Karl Marx\u00a0: <em>La guerre civile en France<\/em>. 1871. Editions sociales 1975, p. 57.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref25\" name=\"_edn25\">[25]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref26\" name=\"_edn26\">[26]<\/a> L. Trostsky, op. cit. p.25-26.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref27\" name=\"_edn27\">[27]<\/a> J. Rougerie\u00a0: <em>La Commune<\/em>, PUF 1988, p.55.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\">[28]<\/a> P.O. Lissagaray, op. cit. p. 160.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref29\" name=\"_edn29\">[29]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref30\" name=\"_edn30\">[30]<\/a> E. Cavaterra, <em>La Banque de France et la Commune de Paris (1871)<\/em>, L\u2019Harmattan 1998, p. 56.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref31\" name=\"_edn31\">[31]<\/a> E. Toussaint, \u00ab\u00a0<em>La Commune de Paris, la banque et la dette<\/em>\u00a0\u00bb, in Les Utopiques, <em>La Commune de Paris. M\u00e9moires, horizons<\/em>, Sylllepse 2021, p. 270.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref32\" name=\"_edn32\">[32]<\/a> N. Delalande : \u201c<em>Les finances de la Commune<\/em>\u201d, in M. Cordillot (coord.) op. cit. p. 484.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref33\" name=\"_edn33\">[33]<\/a> Idem, p. 485.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref34\" name=\"_edn34\">[34]<\/a> P. Lejeune\u00a0: <em>Pratique militante &amp; \u00e9crits d\u2019un ouvrier communard. Eug\u00e8ne Varlin<\/em>. L\u2019Harmattan 2002, p. 159.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref35\" name=\"_edn35\">[35]<\/a> Cit\u00e9 dans E. Toussaint, art. cit., p. 271.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref36\" name=\"_edn36\">[36]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref37\" name=\"_edn37\">[37]<\/a> J. Rougerie\u00a0: <em>La Commune et les Communards. <\/em>Gallimard 2018, p. 44.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref38\" name=\"_edn38\">[38]<\/a> Voir notamment sur ce sujet Q. Deluermoz\u00a0: <em>Commune(s) 1870-1871, Une travers\u00e9e des mondes au XIXe<\/em> si\u00e8cle, Seuil 2021, p. 67 et suivantes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 150e anniversaire de la Commune de Paris a donn\u00e9 lieu \u00e0 beaucoup d\u2019\u00e9tudes, d\u2019ouvrages, de commentaires et d\u2019enthousiasme dans le public. Bien plus que les cent ans de la R\u00e9volution russe. Par: Michael Lenoir La Commune toujours en vogue Cette diff\u00e9rence, frappante, tient \u00e0 un ensemble de facteurs, au moins trois. 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