{"id":1953,"date":"2020-04-18T16:41:53","date_gmt":"2020-04-18T16:41:53","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=1953"},"modified":"2020-04-18T16:41:53","modified_gmt":"2020-04-18T16:41:53","slug":"italie-le-virus-et-le-travail-dans-les-usines-qui-ne-ferment-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/italie-le-virus-et-le-travail-dans-les-usines-qui-ne-ferment-pas\/","title":{"rendered":"ITALIE: Le virus et le travail dans les usines qui ne ferment pas"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\">Diego Bossi (travailleur chez Pirelli)<br \/>\nPartito di Alternativa Comunista,<br \/>\nla section italienne de la LIT-QI<br \/>\n15 avril 2020<\/p>\n<p>Nous, les travailleurs, nous l&rsquo;avons toujours su\u00a0: tous ceux qui parlent \u00e0 tort et \u00e0 travers de notre travail, qui d\u00e9cident de ce qui est s\u00fbr et de ce qui ne l&rsquo;est pas, et qui d\u00e9terminent les r\u00e8gles et les m\u00e9thodes de nos t\u00e2ches, sont ceux qui n&rsquo;ont jamais fait notre travail et, surtout, qui ne l&rsquo;ont jamais compris. Cela aurait-il pu \u00eatre diff\u00e9rent pendant les mois dramatiques du coronavirus\u00a0? Face \u00e0 la trag\u00e9die de dizaines de milliers de victimes dans le monde, cette r\u00e8gle, non \u00e9crite mais connue de longue date par les travailleurs, pourrait-elle cesser d&rsquo;\u00eatre valable\u00a0? Absolument pas. Au contraire\u00a0: pour sceller l&rsquo;incomp\u00e9tence, la d\u00e9connexion de la r\u00e9alit\u00e9 et le refus total de toutes les \u00e9vidences les plus \u00e9l\u00e9mentaires, les sceaux de la r\u00e9publique bourgeoise, les lettres avec ent\u00eate de si\u00e8ges importants et les annexes des patrons, de leur gouvernement et des directions syndicales complices ne manquent pas. La condamnation \u00e0 mort de milliers de femmes et d&rsquo;hommes est sanctionn\u00e9e \u00e0 coups de d\u00e9crets annonc\u00e9s dans les m\u00e9dias, de m\u00e9morandums d&rsquo;intention, d&rsquo;accords et d&rsquo;ordonnances.<\/p>\n<p>La canule \u00e0 oxyg\u00e8ne qui a manqu\u00e9 \u00e0 de nombreux prol\u00e9taires, morts dans la solitude et sans m\u00eame une derni\u00e8re caresse de leurs proches, a \u00e9t\u00e9 intub\u00e9e de toute urgence dans la trach\u00e9e du profit bourgeois:\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les usines ne peuvent pas <\/em><em>fermer\u00a0! <\/em><em>L\u00e0 nous prendrons soin de votre s\u00e9curit\u00e9\u00a0! Nous prendrons toutes les mesures n\u00e9cessaires\u00a0!<\/em> \u00bb Et alors que d&rsquo;interminables caravanes de v\u00e9hicules de l&rsquo;Arm\u00e9e transportent les d\u00e9pouilles de la ville de Bergame vers la cr\u00e9mation, d&rsquo;autres endroits sont inond\u00e9s par un nombre sans commune mesure et incontr\u00f4lable de travailleurs, arm\u00e9s des fameuses mesures con\u00e7ues pour eux, pour produire des marchandises qui sont soudain devenues \u00ab\u00a0essentielles\u00a0\u00bb, d\u00e9fiant la particule inf\u00e2me de quelques dizaines de nanom\u00e8tres. Une explication s&rsquo;impose\u00a0: c&rsquo;est quoi un nanom\u00e8tre. Prenez le ruban de couture dans le tiroir de grand-m\u00e8re, regardez attentivement l&rsquo;espace entre deux encoches qui d\u00e9finissent un millim\u00e8tre, divisez maintenant cet espace par un million; oui, vous avez bien compris, un million. Voil\u00e0, c&rsquo;est \u00e7a un nanom\u00e8tre. Imaginez-vous qu&rsquo;une si petite cr\u00e9ature a le courage de contester l&rsquo;imposant protocole d&rsquo;entente entre le gouvernement, l&rsquo;organisation patronale Confindustria et les secr\u00e9tariats nationaux des syndicats CGIL, CISL et UIL\u00a0?<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas facile de coller les morceaux de cette \u00e9norme catastrophe. Les visiteurs de notre site ont d\u00e9j\u00e0 pu consulter diff\u00e9rentes contributions, \u00e9crites et en vid\u00e9o, qui ont comment\u00e9 les jours de l&rsquo;urgence \u00e9pid\u00e9mique sous diff\u00e9rents aspects.<a href=\"#sdendnote1sym\"><sup>i<\/sup><\/a> Essayons maintenant de raconter le point de vue de la classe ouvri\u00e8re et du travail dans les usines. Mais allons-y dans l&rsquo;ordre.<\/p>\n<p><strong>La bourgeoisie au temps de l&rsquo;urgence du Coronavirus<\/strong><\/p>\n<p>Habituellement, lorsque je parle avec les travailleurs, j&rsquo;essaie toujours d&rsquo;\u00e9viter des expressions comme \u00ab\u00a0mauvais patrons\u00a0\u00bb. Que ce soit clair\u00a0: j&rsquo;utilise bien le terme \u00ab\u00a0patron\u00a0\u00bb, mais j&rsquo;\u00e9vite d&rsquo;associer des adjectifs qualificatifs au nom, car si je parle de mauvais patrons, je reconnais implicitement qu&rsquo;il y a de bons patrons, ou des patrons moins mauvais. Et le r\u00e9sultat est la pr\u00e9dominance du subjectif sur l&rsquo;objectif, conduisant l&rsquo;interlocuteur \u00e0 id\u00e9aliser le r\u00f4le du patron sur la base de la morale bourgeoise, att\u00e9nuant ainsi son r\u00f4le et sa localisation mat\u00e9rielle dans les relations de production. Le patron n&rsquo;est ni bon ni mauvais, ou du moins, il ne l&rsquo;est que dans l&rsquo;\u00e9troite marge subjective et non pertinente, associ\u00e9e \u00e0 son r\u00f4le. Le patron est le patron; il n&rsquo;orientera pas ses choix sur la base de sa bont\u00e9 ou de sa m\u00e9chancet\u00e9. Au contraire\u00a0: il les orientera sur la base de son r\u00f4le mat\u00e9riel, poursuivant l&rsquo;accumulation de son capital et sa survie sur le march\u00e9\u00a0; et autour de ces choix, il construira la rh\u00e9torique destin\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, il d\u00e9veloppera le r\u00e9cit utile pour donner une apparence romantique \u00e0 la nature impitoyable du profit.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en comprenant pleinement ce concept que nous pourrons comprendre clairement comment tant d&rsquo;actions partiellement discordantes de la bourgeoisie s&rsquo;int\u00e8grent dans l&rsquo;image g\u00e9n\u00e9rale de nos jours. Discordantes parce qu&rsquo;elles avancent vers des solutions diff\u00e9rentes, mais seulement partiellement, car elles se d\u00e9ploient \u00e0 partir d&rsquo;une origine commune\u00a0: la recherche du profit.<\/p>\n<p>Marx a \u00e9crit que la bourgeoisie n&rsquo;est pas monolithique,<a href=\"#sdendnote2sym\"><sup>ii<\/sup><\/a> faisant la distinction entre les int\u00e9r\u00eats particuliers de certains secteurs, et les int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques et g\u00e9n\u00e9raux de la classe dirigeante. Alors que les premiers peuvent \u00e9ventuellement diverger de patron \u00e0 patron, les seconds unissent tous les patrons.<\/p>\n<p>Cela d\u00e9passe le cadre de cet article de d\u00e9velopper une r\u00e9flexion int\u00e9ressante sur la relation dialectique qui lie les int\u00e9r\u00eats particuliers aux int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux, et je ne le ferai donc pas. Mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ces bases que nous avons \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins, au cours des deux derniers mois, des diff\u00e9rentes r\u00e9actions du patronat, o\u00f9 chacun a poursuivi ses int\u00e9r\u00eats particuliers\u00a0: ceux qui avaient int\u00e9r\u00eat \u00e0 poursuivre une production en plein essor, et ont vu la demande cro\u00eetre de fa\u00e7on exponentielle, ont fait de faux papiers pour ne pas fermer\u00a0; ceux qui, par contre, traversaient des crises pr\u00e9existantes \u00e0 l&rsquo;urgence du coronavirus, en ont imm\u00e9diatement profit\u00e9 pour tout arr\u00eater et licencier les travailleurs.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout, le concept est \u00e9l\u00e9mentaire\u00a0: si je gagne de l&rsquo;argent, je garde ou j&rsquo;augmente ma source priv\u00e9 de revenus en continuant \u00e0 rester ouvert et \u00e0 produire\u00a0; sinon, j&rsquo;en profite pour r\u00e9duire les d\u00e9penses en socialisant les co\u00fbts salariaux avec l&rsquo;argent de la communaut\u00e9. Le mal est fait, l&rsquo;acte final est la moquerie sagement r\u00e9pandue par les canaux bourgeois d&rsquo;information, le fameux r\u00e9cit que voici, une histoire capable de transformer le crime du capitalisme en un acte h\u00e9ro\u00efque et altruiste des patrons\u00a0: Ont-ils ferm\u00e9 et laiss\u00e9 des travailleurs \u00e0 la maison pour demander de l&rsquo;argent \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat apr\u00e8s avoir fait des profits milliardaires ? \u00ab\u00a0<em>Nous avons fait ce sacrifice pour \u00e9viter de propager le virus.\u00a0<\/em>\u00bb Ont-ils continu\u00e9 la production pour faire des profits en infectant les travailleurs\u00a0? \u00ab\u00a0<em>Nous remercions les h\u00e9ros en bleu et leur grand sens des responsabilit\u00e9s pour sauver l&rsquo;\u00e9conomie italienne de la catastrophe.<\/em>\u00a0\u00bb Produisent-ils du mat\u00e9riel qui, selon eux, serait essentiel, en obligeant les travailleurs \u00e0 travailler par postes ext\u00e9nuants\u00a0? \u00ab\u00a0<em>Nous faisons <\/em><em>le possible et l&rsquo;impossible pour assurer les fournitures n\u00e9cessaires pour faire face \u00e0 l&rsquo;urgence.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les jeux sont faits, la farandole est termin\u00e9e, tout le monde assis. Mais cette fois, vingt mille personnes ne se sont plus jamais relev\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Les astuces du massacre<\/strong><\/p>\n<p>On pourrait dire\u00a0: <em>\u00c1 chaque loi sa <\/em><em>fraude\u00a0!<\/em> <a href=\"#sdendnote3sym\"><sup>iii<\/sup><\/a> Mais ici, la fraude est d\u00e9j\u00e0 contenue dans la loi. Les fraudeurs ont donc la vie tr\u00e8s facile dans le pays de <em>Tot\u00f2 qui vend la fontain<\/em><em>e de Trevi<\/em>,<a href=\"#sdendnote4sym\"><sup>iv<\/sup><\/a> Ils ont vendu l&rsquo;essentialit\u00e9 des marchandises, l&rsquo;urgence de la production, l&rsquo;urgence des approvisionnements, le tout dans un cadre r\u00e9glementaire adapt\u00e9 aux besoins de Confindustria.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u00e9norme flux d&rsquo;informations, d&rsquo;articles, d&rsquo;analyses et d&rsquo;opinions de ces derniers mois, o\u00f9 ont circul\u00e9 m\u00eame des centaines de canulars, le sens des mots \u00ab\u00a0essentiel\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0urgent\u00a0\u00bb s&rsquo;est dilu\u00e9, trois concepts fondamentaux pour la ma\u00eetrise des \u00e9pid\u00e9mies, trois filtres, compl\u00e9mentaires entre eux, pour r\u00e9guler le monde du travail, efficaces uniquement s&rsquo;ils sont appliqu\u00e9s tous, et avec d\u00e9termination.<\/p>\n<p>L&rsquo;<em>essentialit\u00e9<\/em> du produit distingue les marchandises superflues de celles qui ne peuvent pas manquer en cas d&rsquo;urgence\u00a0: le pot \u00e0 bonsa\u00ef du masque ffp3, par exemple. Il faut ensuite appliquer le crit\u00e8re de la destination du produit essentiel, o\u00f9 l&rsquo;on distinguera la <em>n\u00e9cessit\u00e9<\/em> du masque pour le personnel de la structure sanitaire de celle pour les ouvriers de l&rsquo;atelier du d\u00e9partement de peinture. Enfin, le crit\u00e8re d&rsquo;<em>urgence<\/em> doit \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9, appliqu\u00e9 \u00e0 une estimation r\u00e9elle des marchandises en stock, afin de ne produire que les quantit\u00e9s n\u00e9cessaires pour garantir certains services et fournitures de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, ne produire que l&rsquo;essentiel, pour l&rsquo;exp\u00e9dier uniquement vers les destinations n\u00e9cessaires, en quantit\u00e9 suffisante pour garantir le fonctionnement.<\/p>\n<p>Cela ne s&rsquo;est pas pass\u00e9 comme \u00e7a. Partant de la farce gouvernementale de \u00ab\u00a0fermer tout, sauf tout\u00a0\u00bb, o\u00f9 une tr\u00e8s longue liste de productions autoris\u00e9es a mortifi\u00e9 le concept m\u00eame d&rsquo;exception, notre patronat a utilis\u00e9 l&rsquo;argument de la n\u00e9cessit\u00e9 et de l&rsquo;urgence de mani\u00e8re discr\u00e9tionnaire et frauduleuse. Le patron moyen a qualifi\u00e9 sa production d&rsquo;\u00ab\u00a0essentielle\u00a0\u00bb pour la soci\u00e9t\u00e9. Essentielle, oui, mais pour lui-m\u00eame. Ainsi, la bourgeoisie a profit\u00e9 de la croissance de la demande du march\u00e9, n\u00e9e de la panique et du d\u00e9sespoir, pour produire \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9 sans s&rsquo;arr\u00eater. Ils ont converti et exploit\u00e9 une partie de leur production pour avoir l&rsquo;alibi de maintenir les usines ouvertes, et de produire des produits non essentiels \u00e0 pleine capacit\u00e9. Ils ont omis les donn\u00e9es de tout entrep\u00f4t de stockage pour revendiquer l&rsquo;urgence de la production. Des centaines de milliers de travailleurs et de travailleuses sont all\u00e9s travailler, ont utilis\u00e9 les transports en commun, ont pass\u00e9 des heures dans les usines et sont retourn\u00e9s chez eux, et ils ont infect\u00e9 les membres de leur famille, qui avaient fait le sacrifi\u00e9 de ne pas sortir pour se conformer aux mesures de confinement.<\/p>\n<p>Cependant, une application correcte des crit\u00e8res mentionn\u00e9s ci-dessus aurait fait une \u00e9norme diff\u00e9rence\u00a0: supprimer du nombre total d&rsquo;usines ouvertes, toutes celles qui ne produisent pas de biens essentiels\u00a0; supprimer ensuite des usines qui produisent des biens essentiels, toutes les lignes de production qui ne produisent pas de biens essentiels\u00a0; supprimer ensuite des lignes de production restantes toutes les productions qui, bien qu&rsquo;\u00e9tant des biens essentiels, sont destin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;usage hors de la fili\u00e8re d&rsquo;urgence\u00a0; enfin, de ce petit nombre restant, \u00e9liminer encore toute la production dont des stocks suffisants sont disponibles pour garantir l&rsquo;approvisionnement pendant des p\u00e9riodes de moyen \u00e0 long terme. Les milliers deviendraient des centaines, puis des dizaines, puis des unit\u00e9s. Des nombres absolument g\u00e9rables du point de vue de la s\u00e9curit\u00e9 au travail\u00a0: peu de personnes, et avec un dispositif de protection individuelle vraiment efficace\u00a0; diminution des horaires, et moins d&rsquo;attroupements. La s\u00e9curit\u00e9 de la communaut\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 garantie, les quelques travailleurs au travail mieux prot\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais le capitalisme ne peut pas se le permettre. Le capitalisme est l&rsquo;otage du profit, il ne peut pas fermer. Et \u00e0 mesure qu&rsquo;augmentait le profit, les cadavres qui lui \u00e9taient vers\u00e9s augmentaient en parall\u00e8le.<\/p>\n<p><strong>Boucliers en carton<\/strong><\/p>\n<p>Mais venons-en maintenant \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e qui devrait assurer les travailleurs au travail, venons-en aux r\u00e8gles \u00e9labor\u00e9es par ceux qui n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 vus dans une usine ou que le travailleur n&rsquo;a jamais vu. Il y a diff\u00e9rentes cat\u00e9gories. Il y a le propri\u00e9taire, qui au mieux conna\u00eet l&rsquo;usine depuis le pont de commandement\u00a0; il y a les ministres et les dirigeants, qui font la visite guid\u00e9e des usines en suivant le chemin pi\u00e9tonnier trac\u00e9 sur le terrain, et pr\u00eatent leur sourire aux objectifs de la presse bourgeoise, qui les d\u00e9peint dans des poses amicales avec le patron attitr\u00e9\u00a0; il y a les grands noms du syndicat, ceux qui ont d\u00e9but\u00e9 dans les usines et les ateliers, mais qui depuis lors n&rsquo;ont vraiment pas compris autre chose des travailleurs, que la fa\u00e7on de cesser de l&rsquo;\u00eatre, avec l&rsquo;abus des permis syndicaux, les d\u00e9tachements pour des missions r\u00e9gionales et finalement au sommet national, des ann\u00e9es et des ann\u00e9es de vente de la peau ouvri\u00e8re au capital, pour un strapontin parmi les fauteuils des patrons \u00e0 la table de la bourgeoisie.<\/p>\n<p>Regardons donc sp\u00e9cifiquement les principales mesures de pseudo-s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9vues dans le protocole d&rsquo;accord sign\u00e9 par le gouvernement, Confindustria et les directions de CGIL, CISL et UIL, ces boucliers en carton pour se prot\u00e9ger du javelot impitoyable du virus.<\/p>\n<p>&#8211; <em>La temp\u00e9rature corporelle \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e<\/em>. Le propri\u00e9taire \u00ab\u00a0pourra\u00a0\u00bb, s&rsquo;il le veut, mesurer la temp\u00e9rature aux ouvriers \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e, et si quelqu&rsquo;un a une temp\u00e9rature sup\u00e9rieure \u00e0 37,5 \u00b0, il ne pourra pas entrer \u00e0 l&rsquo;usine. Pourtant, deux informations tr\u00e8s simples ont \u00e9t\u00e9 abondamment r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et expliqu\u00e9es par les professionnels de la sant\u00e9\u00a0: 1) les asymptomatiques (il para\u00eet qu&rsquo;il y en a 10 fois plus les personnes avec des sympt\u00f4mes) sont contagieux, et il n&rsquo;est pas dit que le virus contract\u00e9 d&rsquo;un asymptomatique se manifeste de mani\u00e8re asymptomatique, puisque cela d\u00e9pend toujours du cas par cas\u00a0; 2) m\u00eame apr\u00e8s la disparition des sympt\u00f4mes, on peut rester contagieux pendant plusieurs jours, car cela d\u00e9pend de la capacit\u00e9 subjective \u00e0 expulser la charge virale. Cette mesure \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e, en esp\u00e9rant que le travailleur n&rsquo;aie pas pris les transports en commun, a donc la m\u00eame capacit\u00e9 de pr\u00e9vention qu&rsquo;un billet de loterie.<\/p>\n<p>&#8211; <em>La distanciation<\/em>. Ici, nous entrons dans l&rsquo;absurde. L&rsquo;usine n&rsquo;est pas celle que l&rsquo;on montre pendant quelques secondes dans le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. L&rsquo;usine est faite d&rsquo;endroits impensables, de ravins, de tunnels et d&rsquo;endroits \u00e9troits. Les travailleurs sont cens\u00e9s travailler situ\u00e9s dans un certain endroit \u00e9loign\u00e9 d&rsquo;autres lieux, mais ce n&rsquo;est pas du tout le cas. Les travailleurs effectuent souvent des travaux indescriptibles dans des situations et des positions pr\u00e9caires et \u00e0 des distances rapproch\u00e9es entre eux.<\/p>\n<p>&#8211; <em>Les vestiaires<\/em>. Ce sont des pi\u00e8ces ferm\u00e9es avec des dizaines de rang\u00e9es de casiers adjacents, la plupart du temps, il y a peu de douches, o\u00f9 des files d&rsquo;attente sont form\u00e9es pour laver la graisse, les huiles, les solvants et tout autre salet\u00e9 d\u00e9go\u00fbtante possible et imaginable. La distanciation se traduit par une impossibilit\u00e9 d&rsquo;utilisation, car elle donnerait lieu \u00e0 des heures de file d&rsquo;attente, et en outre, elle ne pourrait pas \u00eatre g\u00e9r\u00e9e uniquement avec des crit\u00e8res quantitatifs, car il est n\u00e9cessaire d&#8217;emp\u00eacher des travailleurs de casiers voisins d&rsquo;entrer en m\u00eame temps\u00a0: il faut non seulement d\u00e9cider combien de travailleurs peuvent entrer \u00e0 la fois, mais aussi lesquels doivent entrer dans le m\u00eame groupe. La seule fa\u00e7on de s\u00e9curiser les vestiaires est de les fermer, mais cela oblige les travailleurs \u00e0 rentrer chez eux, y compris en empruntant les transports en commun, en tenue de travail (avec tout ce que cela comporte en termes d&rsquo;hygi\u00e8ne).<\/p>\n<p>&#8211; <em>La cantine<\/em>. Concernant la cantine, la discussion est encore plus compliqu\u00e9e, il y a peu de choses \u00e0 faire. Les tours de pause de cantine sont toujours les m\u00eames, le personnel aussi. Soit on r\u00e9duit le temps des pauses d\u00e9j\u00e0 petites, qui comprend l&rsquo;aller-retour du lieu de travail \u00e0 la cantine, soit on rallonge l&rsquo;\u00e9tendue globale des heures de pauses, for\u00e7ant les travailleurs \u00e0 manger leur repas \u00e0 des moments inappropri\u00e9s. Sans parler des travailleurs de la cantine qui, eux aussi, comme tout le monde, sont de possibles vecteurs de contagion. Et la nourriture\u00a0? Qui garantit que la nourriture servie n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 en contact avec le virus, de la po\u00eale \u00e0 l&rsquo;assiette\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; <em>Les espaces de pause et les salles de bain<\/em>. Toutes les aires de pause et les salles de bain sont des foyers potentiels. Il arrive souvent qu&rsquo;elles soient pleines de monde, et dans ce cas, une distanciation contr\u00f4l\u00e9e n&rsquo;est pas praticable. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une entr\u00e9e et les travailleurs devraient \u00eatre arr\u00eat\u00e9s quelques m\u00e8tres avant, mais ils risqueraient alors de faire la pause dans la file d&rsquo;attente. Qui contr\u00f4le si l&rsquo;acc\u00e8s aux aires de repos et aux services est bien r\u00e9glement\u00e9, surtout \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des usines, o\u00f9 les propri\u00e9taires cachent souvent et volontairement leurs irr\u00e9gularit\u00e9s (et qui sait combien il y en a)\u00a0? C&rsquo;est la Repr\u00e9sentation Syndicale Unitaire (RSU) des organisations syndicales qui ont souscrit cette catastrophe noir sur blanc\u00a0?<\/p>\n<p>Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s les plus avanc\u00e9s qui se battront pour les conditions de s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs devront se battre non seulement contre le patron, mais \u00e9galement contre leur propre bureaucratie syndicale.<\/p>\n<p>Nous pourrions continuer ainsi pendant des heures, \u00e0 parler de quarantaines non appliqu\u00e9es, de masques artisanaux et d&rsquo;autres mesures approximatives et imprudentes que les nombreux t\u00e9moignages recueillis dans nos interventions syndicales nous ont rapport\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9 est que ni les usines ni la mobilit\u00e9 dans les transports en commun n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour r\u00e9sister \u00e0 une pand\u00e9mie. Tout le reste est de la merde, nous en sommes aux ch\u00e8res et vieilles r\u00e8gles vides pour prot\u00e9ger les entreprises sans diminuer les risques des travailleurs, le stratag\u00e8me habituel et bien connu pour transformer les responsabilit\u00e9s objectives (et subjectives) des patrons en responsabilit\u00e9s subjectives des travailleurs.<\/p>\n<p><strong>Quelle solution\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Parfois, la meilleure fa\u00e7on d&rsquo;indiquer une route est d&rsquo;indiquer les routes \u00e0 ne pas emprunter.<\/p>\n<p>Qui devrait prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats des travailleurs\u00a0? Les patrons qui les exploitent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os pour faire des profits\u00a0? Les gouvernements qui, apr\u00e8s avoir bloqu\u00e9 les d\u00e9placements et les rassemblements, ont envoy\u00e9 des millions de travailleurs au travail\u00a0? Puis il y a les dirigeants des grandes bureaucraties syndicales\u00a0 ceux qui devraient repr\u00e9senter les travailleurs, les gestionnaires de la lutte de classes\u00a0; ceux qui pavanent avec la broche rouge sur le costume ray\u00e9, les professionnels du \u00ab\u00a0peut-\u00eatre\u00a0\u00bb, avec un pied sur la place publique et un autre dans les palais\u00a0 ceux qui chantent <em>Bella Ciao<\/em> sur sc\u00e8ne puis s&rsquo;en vont escort\u00e9s par la voiture bleue\u00a0; ceux qui saluent les travailleurs avec le poing serr\u00e9, la m\u00eame main qui a serr\u00e9 la main des industriels, des banquiers et des ministres\u00a0; ceux qui pendant trente ans, jour apr\u00e8s jour, accord apr\u00e8s accord, ont appauvri les travailleurs, mortifi\u00e9 le droit de gr\u00e8ve, accapar\u00e9 la repr\u00e9sentation syndicale, pour arriver \u00e0 ce dernier chapitre honteux et criminel\u00a0: envoyer des millions de travailleurs \u00e0 risquer leur vie et celle des membres de leur famille, sur la base de r\u00e8gles qui ne servent qu&rsquo;\u00e0 donner aux patrons un dossier pour ne pas arr\u00eater leurs profits. Ces bureaucrates sauront-ils prot\u00e9ger nos int\u00e9r\u00eats de classe\u00a0?<\/p>\n<p>Malheureusement, m\u00eame le c\u00f4t\u00e9 du syndicalisme conflictuel continue de manquer l&rsquo;occasion de construire une alternative cr\u00e9dible \u00e0 la CGIL au CISL et \u00e0 l&rsquo;UIL\u00a0: une galaxie de micro-bureaucraties, dissoci\u00e9e de la classe, qui, en raison de dynamiques sectaires et autor\u00e9f\u00e9rentielles, est incapable de former un front unique contre les patrons, leurs gouvernements et les syndicats de concertation.<\/p>\n<p>Il y a beaucoup d&rsquo;ouvriers et de travailleurs qui nous disent qu&rsquo;ils ne veulent rien avoir \u00e0 faire avec la politique parce que la politique les a d\u00e9\u00e7us. Je leur dis \u00e0 tous:\u00a0: la politique continuera de vous d\u00e9cevoir, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que vous ne faites pas de politique. La solution ne consiste pas \u00e0 r\u00e9pudier les partis et les syndicats, mais \u00e0 emp\u00eacher ces outils pr\u00e9cieux et irrempla\u00e7ables de se bureaucratiser et de se retrouver dans les tentacules du capital.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, il est plus que jamais n\u00e9cessaire de nous r\u00e9approprier nos syndicats, d&rsquo;exiger de vrais outils de d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re\u00a0: C&rsquo;est nous qui devons d\u00e9cider quoi faire, et le faire\u00a0; personne ne doit le faire pour nous\u00a0!<\/p>\n<p>Il est essentiel de construire un parti r\u00e9volutionnaire international de cadres enracin\u00e9s dans les luttes, avec influence sur les masses, pour guider le prol\u00e9tariat vers la victoire avec la classe ouvri\u00e8re \u00e0 la t\u00eate.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e7a la solution que nous pr\u00e9conisons. Et c&rsquo;est \u00e7a notre invitation \u00e0 tous les prol\u00e9taires du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#sdendnote1anc\">i<\/a>Vous trouverez nos publications sur le th\u00e8me coronavirus en cherchant avec ce mot cl\u00e9 sur le site du PdAC &lt;https:\/\/www.partitodialternativacomunista.org&gt; (en italien) et sur le site de la LIT-QI &lt;https:\/\/litci.org\/fr\/&gt; (en fran\u00e7ais) ou &lt;https:\/\/litci.org\/es\/&gt; (en espagnol).<\/p>\n<p><a href=\"#sdendnote2anc\">ii<\/a>Karl Marx, <em>Le Capital, <\/em>Livre III<\/p>\n<p><a href=\"#sdendnote3anc\"><em>iii<\/em><\/a><em>Fatta la legge, trovato l\u2019inganno<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#sdendnote4anc\">iv<\/a>Allusion \u00e0 un \u00e9pisode du 19e si\u00e8cle, mis en sc\u00e8ne dans le film film<em> Tot\u00f2truffa 62<\/em> de Camillo Mastrocinque (1961). La fontaine est une attraction touristique tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e. (NdT)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Diego Bossi (travailleur chez Pirelli) Partito di Alternativa Comunista, la section italienne de la LIT-QI 15 avril 2020 Nous, les travailleurs, nous l&rsquo;avons toujours su\u00a0: tous ceux qui parlent \u00e0 tort et \u00e0 travers de notre travail, qui d\u00e9cident de ce qui est s\u00fbr et de ce qui ne l&rsquo;est pas, et qui d\u00e9terminent les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":1956,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false},"categories":[3492,3505],"tags":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/il_virus_e_le_fabbriche-1.jpg?fit=699%2C394&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1953"}],"collection":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1953"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1953\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1956"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1953"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1953"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1953"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}