{"id":1871,"date":"2020-02-21T18:58:42","date_gmt":"2020-02-21T18:58:42","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=1871"},"modified":"2020-02-21T18:58:42","modified_gmt":"2020-02-21T18:58:42","slug":"crise-politique-et-reorganisation-politico-syndicale-dans-letat-espagnol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/crise-politique-et-reorganisation-politico-syndicale-dans-letat-espagnol\/","title":{"rendered":"Crise politique et r\u00e9organisation politico-syndicale dans l&rsquo;\u00c9tat espagnol"},"content":{"rendered":"<p>Juan Ramos<\/p>\n<p>La crise \u00e9conomique, \u00e9clat\u00e9 en 2008, a \u00e9branl\u00e9 comme un mouvement tectonique l&rsquo;ancienne stabilit\u00e9 sociale de l&rsquo;Espagne. La bulle sp\u00e9culative immobili\u00e8re a \u00e9t\u00e9 crev\u00e9e, et l&rsquo;\u00e9conomie espagnole, tr\u00e8s \u00e0 la merci de cette bulle, car fortement endett\u00e9e envers les banques europ\u00e9ennes, s&rsquo;est effondr\u00e9e, ce qui est all\u00e9 de pair avec la r\u00e9cession \u00e9conomique mondiale. Entre 2011 et 2013, plus de deux millions d&#8217;emplois ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits\u00a0; la pauvret\u00e9 est mont\u00e9 en fl\u00e8che et les familles ont d\u00fb ajuster fortement leurs d\u00e9penses. Il y a eu 400 000 expulsions de logement depuis cette date.<\/p>\n<p>Le peuple travailleur a subi la crise de plein fouet, alors que les responsables s\u2019en sont mis plein les poches. Certains cas sont rest\u00e9s grav\u00e9s dans la m\u00e9moire collective\u00a0: 86 cadres de Bankia ont empoch\u00e9 15,5 millions d&rsquo;euros de cette soci\u00e9t\u00e9 comme revenu \u00ab\u00a0suppl\u00e9mentaire\u00a0\u00bb (\u00e9chappant au contr\u00f4le fiscal), des millions qui s&rsquo;ajoutent \u00e0 leurs salaires d\u00e9j\u00e0 volumineux. (Miguel Blesa, le pr\u00e9sident de Bankia, avait empoch\u00e9 20 millions d\u2019euros en huit ans comme r\u00e9mun\u00e9ration \u00ab\u00a0normale\u00a0\u00bb.) Alors que la population souffrait, le roi Juan Carlos se rendit en Afrique en safari pour chasser des \u00e9l\u00e9phants, ce que l\u2019on a su par hasard parce qu&rsquo;il s\u2019y est cass\u00e9 la hanche. Qui plus est, atteignant le comble du non-sens, les gouvernements r\u00e9gionaux et locaux avaient mis en place de grandes infrastructures absolument inutiles, au profit de leurs amis des grandes entreprises de construction, comme le c\u00e9l\u00e8bre a\u00e9roport sans avions de Castell\u00f3n.<\/p>\n<p>Les gouvernements qui se sont succ\u00e9d\u00e9, celui du PSOE avec le \u00ab\u00a0social-d\u00e9mocrate\u00a0\u00bb Zapatero et celui du PP avec Rajoy, ont appliqu\u00e9 les m\u00eames recettes n\u00e9olib\u00e9rales pour \u00ab\u00a0sortir de la crise\u00a0\u00bb. 100\u00a0milliards d&rsquo;euros ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 au sauvetage des banques qui avaient provoqu\u00e9 le <em>crack<\/em>, tout en faisant des coupes de 20\u00a0milliards dans les budget de la sant\u00e9 publique et de l&rsquo;\u00e9ducation. Les deux gouvernements ont mis en \u0153uvre des r\u00e9formes du travail qui ont conduit aujourd&rsquo;hui \u00e0 une pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019emploi jusque-l\u00e0 inconnue. Les deux ont attaqu\u00e9 les pensions publiques. Et ils ont r\u00e9form\u00e9 en <em>fast track<\/em> la Constitution, intouchable depuis 1978, afin d&rsquo;\u00e9tablir pour le paiement de la dette aux cr\u00e9anciers (principalement les grandes banques espagnoles, fran\u00e7aises et allemandes) la priorit\u00e9 absolue sur tout droit social. Encore une fois, le capital financier a gagn\u00e9.,<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;impact de la crise \u00e9conomique sur la confiance des citoyens envers les institutions<\/strong><\/p>\n<p>La situation d\u00e9crite ci-dessus a men\u00e9 \u00e0 une profonde remise en question des institutions politiques qui nous gouvernaient et avec lesquelles les riches \u00e9taient devenus encore plus riches, aux d\u00e9pens de la classe ouvri\u00e8re et avec l&rsquo;appauvrissement de la classe moyenne. Les partis politiques et le syst\u00e8me \u00e9lectoral ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement remis en cause.<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, le syst\u00e8me \u00e9lectoral mis en place en 1978 avait tout laiss\u00e9 \u00ab\u00a0bien ficel\u00e9\u00a0\u00bb,<a href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a> sans m\u00eame respecter le vieux principe de la d\u00e9mocratie bourgeoise d\u2019\u00ab\u00a0une personne, une voix\u00a0\u00bb. Au contraire, il privil\u00e9gie les circonscriptions rurales (plus conservatrices) par rapport aux urbaines (avec une plus grande concentration ouvri\u00e8re). Et au sein de chaque circonscription, les grands partis sont privil\u00e9gi\u00e9s par rapport aux plus petits. De cette mani\u00e8re, par exemple, lors des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales de 2015, il fallait 461 553 voix pour une candidature de <em>Unidad Popular &#8211; Izquierda Unida<\/em> alors que 58 663 voix suffisaient pour le Parti Populaire (PP) de Rajoy.<\/p>\n<p>Le discr\u00e9dit est surtout apparu \u00e0 la lumi\u00e8re des tr\u00e8s nombreux cas de corruption. Depuis 2000, il y a eu plus de 2 000 affaires de corruption aux quatre coins de l&rsquo;\u00c9tat. Le PP a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement impliqu\u00e9 et ce parti a m\u00eame \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par la justice pour son financement ill\u00e9gal. Depuis l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;ancien ministre franquiste Manuel Fraga jusqu&rsquo;\u00e0 Rajoy, tous les tr\u00e9soriers du parti ont \u00e9t\u00e9 mis en accusation. Quatre pr\u00e9sidents de la Communaut\u00e9 de Madrid sont \u00e9galement impliqu\u00e9s dans des cas de corruption.<\/p>\n<p>Les cas de corruption ont g\u00e9n\u00e9ralement trait \u00e0 l&rsquo;immobilier ou au secteur bancaire\u2026 justement les secteurs qui ont le plus profit\u00e9 de la crise sur le plan \u00e9conomique et qui y ont notamment contribu\u00e9.<\/p>\n<p>Outre la corruption ill\u00e9gale, il en existe une autre, l\u00e9gale, qui se pratique ouvertement et qui montre les relations entre les gouvernements et les grands capitalistes de la banque ou de la brique. Ce sont les d\u00e9nomm\u00e9es \u00ab\u00a0portes tournantes\u00a0\u00bb, par lesquelles les politiciens finissent syst\u00e9matiquement par si\u00e9ger au Conseil d&rsquo;administration de grandes entreprises, en r\u00e9compense pour leurs bons services. Pour ne pas faire long, mentionnons seulement que l&rsquo;ancien pr\u00e9sident Felipe Gonz\u00e1lez (PSOE) est devenu Conseiller chez <em>Gas Natural,<\/em> et l&rsquo;ancien pr\u00e9sident Aznar (PP) chez <em>Endesa<\/em>.<\/p>\n<p>Sachant tout cela, il n\u2019est pas surprenant que, d\u2019apr\u00e8s les sondages, les <em>politiciens<\/em> \u00e9taient (et sont actuellement) la deuxi\u00e8me pr\u00e9occupation principale de la population, apr\u00e8s le ch\u00f4mage. Dans les nombreuses mobilisations, les chansons les plus entonn\u00e9es \u00e9taient syst\u00e9matiquement \u00ab\u00a0<em>il ne nous repr\u00e9sentent pas<\/em>\u00a0\u00bb, ou encore \u00ab<em>\u00a0PSOE, PP, c&rsquo;est la m\u00eame merde<\/em>\u00a0\u00bb. Et les dirigeants \u00e9taient trait\u00e9s de \u00ab\u00a0chorizos\u00a0\u00bb (voleurs).<\/p>\n<p>Deux autres grandes expressions de la crise institutionnelle m\u00e9ritent un chapitre \u00e0 part. La premi\u00e8re serait la monarchie. En plus de la c\u00e9l\u00e8bre chasse en Afrique, la famille royale a \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9e dans des affaires de corruption, le gendre du Roi \u00e9tant actuellement en prison. Le discr\u00e9dit \u00e9tait si grand que, pour la premi\u00e8re fois, le Roi Juan Carlos a \u00e9t\u00e9 contraint d&rsquo;abdiquer en faveur de son fils, afin d&rsquo;essayer de dorer le blason de l&rsquo;institution.<\/p>\n<p>Mais la grande crise institutionnelle concerne la Catalogne. Historiquement, l&rsquo;Espagne a \u00e9t\u00e9 construite autour de la nationalit\u00e9 castillane, mais elle n&rsquo;a jamais r\u00e9ussi \u00e0 int\u00e9grer d&rsquo;autres peuples tels que la Catalogne, Euskal Herria ou la Galice. De mani\u00e8re diff\u00e9rente, d\u2019autres territoires sont \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab\u00a0nationalit\u00e9s\u00a0\u00bb, comme l\u2019Andalousie ou le Pays de Valence.<\/p>\n<p>Le franquisme a tent\u00e9 de r\u00e9soudre ce \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb en niant brutalement la diversit\u00e9 nationale. L&rsquo;Espagne \u00e9tait \u00ab\u00a0<em>une, grande et libre<\/em>\u00a0\u00bb. Outre les organisations ouvri\u00e8res, les partis et les syndicats nationalistes ont \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement extermin\u00e9s, toute expression culturelle propre aux territoires \u00e9tait durement pers\u00e9cut\u00e9e, y compris l&rsquo;utilisation de leur propre langue. On a m\u00eame impos\u00e9 l&rsquo;espagnolisation des noms.<\/p>\n<p>Le d\u00e9clin de la dictature franquiste a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par une forte mont\u00e9e en puissance du mouvement ouvrier, mais aussi par l\u2019explosion sociale des nationalit\u00e9s opprim\u00e9es. La <em>Transition<\/em> <a href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a> a essay\u00e9 un nouvel ajustement, permettant un certain degr\u00e9 d&rsquo;autonomie dans le cadre juridique des \u00ab\u00a0<em>Communaut\u00e9s autonomes<\/em>\u00a0\u00bb, en r\u00e9alit\u00e9, en diluant les nationalit\u00e9s parmi d&rsquo;autres territoires sans aucune r\u00e9alit\u00e9 nationale propre.<\/p>\n<p>Cet arrangement a tenu bon pendant des dizaines d&rsquo;ann\u00e9es, avec plus ou moins de tensions selon le moment et le lieu. Mais avec la crise, la stabilit\u00e9 a vol\u00e9 en \u00e9clat en Catalogne. Au fil des ans, en particulier depuis 2012, la situation s\u2019est r\u00e9chauff\u00e9e, mobilisant continuellement des millions de Catalans. L&rsquo;apog\u00e9e du processus de souverainet\u00e9 a \u00e9t\u00e9 un r\u00e9f\u00e9rendum d&rsquo;autod\u00e9termination qui a eu lieu le 1er octobre 2017. Malgr\u00e9 le fait que des milliers de policiers ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s de partout dans l&rsquo;\u00c9tat pour matraquer les \u00e9lecteurs, il y a eu plus de deux millions de voix pour l&rsquo;ind\u00e9pendance, avec une plus grande participation que dans beaucoup d&rsquo;autres r\u00e9f\u00e9rendums l\u00e9gaux.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, et malgr\u00e9 le fait que le gouvernement catalan a trahi la volont\u00e9 populaire en proclamant l\u2019ind\u00e9pendance pour la suspendre exactement huit secondes plus tard, l\u2019\u00c9tat a emprisonn\u00e9 le gouvernement et a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intervention dans l\u2019autonomie catalane, un fait in\u00e9dit depuis la <em>Transition<\/em>. Depuis lors, la r\u00e9pression est quotidienne, avec des \u00e9pisodes tels que le r\u00e9cent emprisonnement de plusieurs activistes sociaux accus\u00e9s de \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>La Mont\u00e9e et la chute de <em>Podemos<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons caract\u00e9ris\u00e9 le PSOE comme une partie structurelle centrale du R\u00e9gime monarchique. Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de la crise, il y avait \u00e0 sa gauche la coalition de <em>Izquierda Unida<\/em> (IU &#8211; Gauche Unie, bas\u00e9e sur l&rsquo;ancien Parti Communiste Espagnol), qui \u00e9tait \u00e0 son tour parfaitement int\u00e9gr\u00e9e au r\u00e9gime. Le c\u00e9l\u00e8bre groupe a l&rsquo;initiative de <em>Podemos<\/em> \u00e9tudiait alors l\u2019incapacit\u00e9 de IU \u00e0 accueillir la vague d\u2019indignation, et il d\u00e9cid\u00e2t de lancer le nouveau parti \u00e0 couleur violette. Pour son lancement, <em>Podemos<\/em> a eu recours \u00e0 l&rsquo;assistance essentielle de la <em>Gauche anticapitaliste<\/em>, le parti \u00ab\u00a0mandeliste\u00a0\u00bb en Espagne.<\/p>\n<p><em>Podemos<\/em> a su accompagner la vague d\u2019indignation sociale qui traversait le pays \u00e0 cette \u00e9poque et qui avait son origine dans le<em> 15M,<\/em> le <em>Mouvement des Indign\u00e9s,<\/em> et ensuite les <em>Mareas,<\/em> les mar\u00e9es en d\u00e9fense des services publics. Avec un discours qui remettait en question ce qu&rsquo;\u00ab\u00a0<em>ils appellent d\u00e9mocratie et ne l&rsquo;est pas<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Podemos<\/em> incriminait tous les partis bourgeois de faire partie d&rsquo;une \u00ab\u00a0<em>caste<\/em>\u00a0\u00bb et avan\u00e7ait une liste de propositions radicales. C\u2019\u00e9tait toutefois un pari ouvertement \u00e9lectoraliste, limit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;horizon institutionnel. La fi\u00e8vre \u00e9tait de courte dur\u00e9e, le temps d&rsquo;arriver aux limites impos\u00e9es par le r\u00e9gime. De la d\u00e9nonciation de la \u00ab\u00a0caste\u00a0\u00bb, ils sont pass\u00e9 \u00e0 se fixer comme objectif politique principal l&rsquo;entr\u00e9e en tant que ministres dans un gouvernement du PSOE. Iglesias, qui se vantait de \u00ab\u00a0<em>vivre comme les gens<\/em>\u00a0\u00bb dans des quartiers ouvriers, a emm\u00e9nag\u00e9 dans un chalet exclusif de 600 000 euros. Les <em>r\u00e9publicains <\/em>d&rsquo;antan sont pass\u00e9s \u00e0 demander au Roi d&rsquo;interc\u00e9der en leur faveur. De la d\u00e9fense d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum concernant la Catalogne, ils sont pass\u00e9 \u00e0 appeler \u00e0 accepter l&#8217;emprisonnement des dirigeants du mouvement ind\u00e9pendantiste.<\/p>\n<p>Chemin faisant, le parti perdait des branches, bien que toujours vers la droite. Le caract\u00e8re hautain et arrogant des intellectuels du noyau dirigeant a transform\u00e9 l\u2019histoire de <em>Podemos<\/em> en un interminable bouleversement interne, en une vague interminable de d\u00e9missions et de luttes r\u00e9solues \u00e0 coups de d\u00e9crets. Les combats internes sont rarement marqu\u00e9s par des d\u00e9bats politiques de fond, mais plut\u00f4t par ce que l\u2019on appelle commun\u00e9ment le \u00ab\u00a0<em>combat pour les si\u00e8ges<\/em>\u00a0\u00bb. Pratiquement aucune tendance progressiste ne s&rsquo;est d\u00e9gag\u00e9e du processus, \u00e0 l&rsquo;exception de petits groupes. Malgr\u00e9 le virage brutal de Podemos, les <em>Anticapitalistes,<\/em> le groupe mandeliste qui a dissous son parti pour devenir une tendance interne, restent placidement \u00e9tablis en son sein, jouant son r\u00f4le de <em>tampon \u00e0 gauche<\/em> pour freiner les ruptures, en \u00e9change de postes au sein de l&rsquo;appareil du parti. Peu \u00e0 peu, la formation violette est en train de perdre son soutien \u00e9lectoral, alors qu&rsquo;en m\u00eame temps le PSOE la r\u00e9cup\u00e8re, un PSOE pour lequel <em>Podemos<\/em> a syst\u00e9matiquement fait campagne, en le traitant comme le \u00ab\u00a0fr\u00e8re a\u00een\u00e9\u00a0\u00bb n\u00e9cessaire pour former un \u00ab\u00a0gouvernement progressiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 la droite de Podemos, et comme l&rsquo;aboutissement de sa crise interne, est apparu <em>M\u00e1s Pa\u00eds<\/em>, le parti d&rsquo;\u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n, ancien num\u00e9ro deux de Pablo Iglesias. <em>M\u00e1s Pa\u00eds<\/em> <a href=\"#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a>appara\u00eet avec le leitmotif de soutenir gratuitement le PSOE au gouvernement, se pr\u00e9sentant comme la \u00ab\u00a0gauche responsable\u00a0\u00bb, oppos\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;intransigeance\u00a0\u00bb d&rsquo;Iglesias. C&rsquo;est-\u00e0-dire, balayer les derni\u00e8res objections que <em>Podemos<\/em> continue \u00e0 soulever contre le Parti Socialiste. Le pari d&rsquo;Errej\u00f3n est un missile direct contre <em>Podemos<\/em>, en essayant de le liquider et de le r\u00e9int\u00e9grer dans le PSOE, et de ce fait dans la \u00ab\u00a0respectabilit\u00e9 totale\u00a0\u00bb du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;il \u00e9crive ou non son dernier chapitre, <em>Podemos<\/em>, qui est n\u00e9 en se proclamant h\u00e9ritier politique du <em>15M<\/em>, en a \u00e9t\u00e9 son fossoyeur. Son bilan fondamental a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;aider \u00e0 r\u00e9orienter l&rsquo;indignation sociale vers les institutions. Ces institutions qui souffraient d&rsquo;une grave crise de l\u00e9gitimit\u00e9, et que <em>Podemos<\/em> a r\u00e9ussi \u00e0 enjoliver. Le parti est pass\u00e9 de la mobilisation au bulletin de vote, d&rsquo;\u00ab\u00a0encercler le Congr\u00e8s\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;applaudir. Comme l&rsquo;\u00e9crivait alors de mani\u00e8re perspicace son porte parole, qui s&rsquo;\u00e9tonnait de la r\u00e9action visc\u00e9rale de secteurs de la droite lors de son entr\u00e9e au Congr\u00e8s des D\u00e9put\u00e9s\u00a0: ce qui nuisait \u00e0 l&rsquo;institution n&rsquo;\u00e9tait pas leur entr\u00e9e, mais le fait \u00ab\u00a0<em>qu&rsquo;il y avait tant de gens d\u00e9sillusionn\u00e9s qui restaient dehors<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>La \u00ab\u00a0gauche radicale\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Ce que nous pourrions qualifier de \u00ab\u00a0gauche radicale\u00a0\u00bb en Espagne a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9e depuis la <em>Transition<\/em> par de petits groupes. On aurait pu penser qu&rsquo;apr\u00e8s onze ann\u00e9es de crise \u00e9conomique et d&rsquo;instabilit\u00e9 institutionnelle, il y aurait eu un bond en avant dans son d\u00e9veloppement. Mais la v\u00e9rit\u00e9 est \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9\u00a0: en g\u00e9n\u00e9ral, c&rsquo;est son int\u00e9gration institutionnelle qui a avanc\u00e9.<\/p>\n<p>La gauche basque abertzale (patriote) et la catalane \u00e9taient au moins des organisations anti-r\u00e9gime, bien que nous ne pouvons pas les qualifier d&rsquo;extr\u00eame gauche. Dans les moments les plus difficiles toutefois, elles ont r\u00e9pondu en s&rsquo;alignant derri\u00e8re le R\u00e9gime. Au Pays Basque (Euskal Herria), apr\u00e8s avoir mis fin d\u00e9finitivement au conflit arm\u00e9 qui a marqu\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 pendant 40 ans, Bildu est devenu un gestionnaire efficace des institutions locales ou autonomiques et a red\u00e9fini sa strat\u00e9gie autour de la recherche de l&rsquo;alliance avec le Parti Nationaliste Basque, l&rsquo;obs\u00e9quieux repr\u00e9sentant de la bourgeoisie basque. En Catalogne, la CUP <a href=\"#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a> et les diff\u00e9rents courants en son sein n&rsquo;ont pas de responsabilit\u00e9s gouvernementales au del\u00e0 de quelques mairies mineures, contrairement \u00e0 Bildu. Entre-temps, ils ont \u00e9t\u00e9 incapable de rompre politiquement avec la direction ind\u00e9pendantiste officielle, dont ils apparaissent comme l&rsquo;aile gauche. Ils n&rsquo;ont pas d\u00e9nonc\u00e9 que jxCAT et l&rsquo;ERC, les partis au gouvernement de la <em>Generalitat<\/em>, ont trahi le r\u00e9f\u00e9rendum, l&rsquo;objectif de ceux-ci n&rsquo;\u00e9tant autre que de forcer une n\u00e9gociation avec le r\u00e9gime. Et ils n&rsquo;ont jamais dit clairement que l&rsquo;autod\u00e9termination sera impossible avec la direction ind\u00e9pendantiste actuelle \u00e0 la t\u00eate, vu que celle-ci ne veut pas d&rsquo;insurrection populaire, ni rien qui l&rsquo;\u00e9loigne des gouvernement de l&rsquo;UE.<\/p>\n<p>Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, <em>Izquierda Anticapitalista<\/em>, les membres espagnols du <em>Secr\u00e9tariat-Unifi\u00e9 &#8211; Quatri\u00e8me Internationnale<\/em>, h\u00e9ritier de la LCR historique, font structurellement partie de <em>Podemos<\/em>, sous la forme d&rsquo;une tendance interne appel\u00e9e <em>Anticapitalisas<\/em>. Pour cela, ils ont dissout leur parti et ils ont liquid\u00e9 ainsi d\u00e9finitivement leur projet r\u00e9volutionnaire. Ils gouvernent la ville de Cadiz en Andalousie, o\u00f9 rien ne les distingue de la gestion men\u00e9e par d&rsquo;autres mairies li\u00e9es \u00e0 <em>Podemos<\/em>. Quelques autres groupes plus petits se sont dissous dans <em>Anticapitalistas<\/em> ou dans la CUP, ou se sont subordonn\u00e9s strat\u00e9giquement \u00e0 eux.<\/p>\n<p>En tant que <em>Corriente Roja<\/em>, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 surmonter avec succ\u00e8s le tsunami qu&rsquo;a repr\u00e9sent\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne <em>Podemos<\/em>, mais nous continuons \u00e0 \u00eatre une organisation de taille tr\u00e8s modeste, m\u00eame si nous avons fait des progr\u00e8s dans notre insertion dans la classe ouvri\u00e8re. Aux \u00e9lections de 2019, nous avons obtenus 9.812 votes. Nous avons avanc\u00e9, mais notre capacit\u00e9 d&rsquo;influencer politiquement la classe ouvri\u00e8re et la jeunesse reste toujours tr\u00e8s r\u00e9duite.<\/p>\n<p><strong>Le \u00ab\u00a0<em>Syndicalisme alternatif\u00a0<\/em>\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Les ann\u00e9es de pointe de la mobilisation de cette p\u00e9riode \u00e9taient connues internationalement par l&rsquo;explosion du <em>15M<\/em>, mais il y avait aussi une autre s\u00e9rie de mobilisations d&rsquo;une grande pertinence. Nous parlons des gr\u00e8ves g\u00e9n\u00e9rales, o\u00f9 la pression de la base et le syndicalisme alternatif ont jou\u00e9 un r\u00f4le fondamental\u00a0; de la gr\u00e8ve dans les mines et de la <em>Marche Noire<\/em>, qui ont re\u00e7u une intense solidarit\u00e9 alors que les mineurs se d\u00e9fendaient de fa\u00e7on tranchante contre la violence r\u00e9pressive des unit\u00e9s anti-\u00e9meute\u00a0; des <em>Marches de la Dignit\u00e9<\/em> qui ont r\u00e9uni des dizaines de milliers de gens \u00e0 Madrid avec un programme ax\u00e9 sur le non-paiement de la dette et l\u2019abrogation des r\u00e9formes du travail\u00a0;. d&rsquo;\u00ab\u00a0<em>Encercler le Congr\u00e8s<\/em>\u00a0\u00bb, ce qui pointait sur le c\u0153ur du syst\u00e8me parlementaire du R\u00e9gime\u00a0; des <em>Mar\u00e9es blanches et vertes<\/em>, en d\u00e9fense des soins de sant\u00e9 ou de l&rsquo;\u00e9ducation.<\/p>\n<p>A la chaleur de ces mobilisations et des milliers de luttes contre les licenciements, les privatisations, etc., le r\u00f4le des CCOO et de l&rsquo;UGT a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 nu.<a href=\"#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a> Leurs appareils font partie du R\u00e9gime et en tant que tels, ils ont \u00e9t\u00e9 balay\u00e9s par le discr\u00e9dit, perdant des milliers de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s syndicaux. De ce fait, ils ne disposent actuellement ni en Galice ni en Euskal Herria d&rsquo;une majorit\u00e9 syndicale, des r\u00e9gions o\u00f9 les syndicats d&rsquo;orientation nationaliste les d\u00e9passent en implantation. Et ils n&rsquo;en disposent pas non plus dans des secteurs importants tels que les transports. Le syndicat CGT,<a href=\"#sdfootnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a> depuis des ann\u00e9es d&rsquo;allure anarchiste, a \u00e9galement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du discr\u00e9dit de CCOO-UGT.<\/p>\n<p>Il y a eu une large dispersion syndicale, compos\u00e9e de syndicats de territoire, de secteur ou m\u00eame d&rsquo;entreprise. En g\u00e9n\u00e9ral, ces ruptures sont all\u00e9 \u00e0 gauche, \u00e0 la recherche de positions plus engag\u00e9es dans la lutte. Dans ce contexte s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 le syndicats des <em>Commissions de Base<\/em> (Co.bas) apr\u00e8s une rupture anti-bureaucratique des CCOO. Et contrairement aux autres petits syndicats, Co.bas ne s\u2019est pas autoproclam\u00e9, mais a plut\u00f4t avanc\u00e9 une orientation strat\u00e9gique de regroupement syndical vers une Centrale Unique des Travailleurs, combative et avec d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p>En tant que <em>Corriente Roja<\/em>, nous participons activement dans la promotion de Co.bas, \u00e0 partir du respect de son autonomie et de sa pluralit\u00e9, justement \u00e0 cause du r\u00f4le qu&rsquo;il peut jouer dans la r\u00e9organisation de la classe ouvri\u00e8re et dans sa mobilisation. Co.bas est \u00e9galement un modeste syndicat qui, gr\u00e2ce \u00e0 une proposition syndicale combative et d\u00e9mocratique, a r\u00e9ussi une implantation dans des secteurs du travail \u00e0 Madrid, en Catalogne, aux Canaries et en Andalousie, ainsi qu&rsquo;actuellement en Aragon, apr\u00e8s sa r\u00e9cente fusion avec la <em>Intersindical<\/em>, un syndicat implant\u00e9 dans d\u2019importantes entreprises m\u00e9tallurgiques de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Nous savons que le politique et le syndical sont imbriqu\u00e9s l&rsquo;un dans l&rsquo;autre, mais ne sont pas la m\u00eame chose, loin de l\u00e0. Nous savons aussi que la mobilisation et l&rsquo;organisation de la classe ouvri\u00e8re sont l&rsquo;ingr\u00e9dient principal de la R\u00e9volution. Il existe en Espagne un riche processus, encore mol\u00e9culaire, de r\u00e9organisation de la classe ouvri\u00e8re. Aider \u00e0 reconstruire un syndicalisme combatif, d\u00e9mocratique et unitaire, capable de r\u00e9sister \u00e0 la bureaucratie syndicale, cela peut jouer un r\u00f4le d\u00e9cisif. Surtout dans un contexte o\u00f9 les nu\u00e9es d&rsquo;une nouvelle r\u00e9cession \u00e9conomique annoncent de nouvelles convulsions, alors que le r\u00e9gime est secou\u00e9 par le conflit catalan et se fissure de plus en plus, et que <em>Podemos<\/em>, du fait de son d\u00e9clin, ne pourra d\u00e9j\u00e0 plus jouer le r\u00f4le de frein qu&rsquo;il a jou\u00e9 dans le pass\u00e9 imm\u00e9diat.<\/p>\n<p><a href=\"#sdfootnote1anc\">1<\/a> \u00ab\u00a0Atado y bien atado\u00a0\u00bb &#8211; l&rsquo;expression fut utilis\u00e9 par le dictateur Franco pour d\u00e9crire comment il avait laiss\u00e9 les choses bien en ordre apr\u00e8s avoir d\u00e9sign\u00e9 en juillet 1969 Juan Carlos comme Prince h\u00e9ritier.<\/p>\n<p><a href=\"#sdfootnote2anc\">2<\/a> Ce terme indique la r\u00e9organisation du r\u00e9gime apr\u00e8s la mort de Franco en 1975, moyennant le pacte entre, d&rsquo;une part, l&rsquo;appareil d&rsquo;\u00c9tat franquiste, le pouvoir \u00e9conomique et l&rsquo;Eglise, et d&rsquo;autre part, l&rsquo;opposition d\u00e9mocratique (le parti communiste, le parti socialiste et les repr\u00e9sentants des bourgeoisies p\u00e9riph\u00e9riques.) (NdT)<\/p>\n<p><a href=\"#sdfootnote3anc\">3<\/a> Litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0davantage de <em>pays<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#sdfootnote4anc\">4<\/a> Candidatures d&rsquo;Unitat Popular &#8211; Candidatures d&rsquo;Unit\u00e9 Populaire, une coalition politique de la gauche ind\u00e9pendantiste catalane, cr\u00e9\u00e9e en d\u00e9cembre 1986. (NdT)<\/p>\n<p><a href=\"#sdfootnote5anc\">5<\/a> Les <em>Comisiones Obreras<\/em> furent organis\u00e9es dans les ann\u00e9es 1960, surtout par le Parti communiste espagnol, pour s&rsquo;opposer aux syndicats verticalistes de Franco. Depuis les ann\u00e9es 1970, elles sont le premier syndicat en Espagne. La <em>Union General de los Trabajadores<\/em> est l&rsquo;organisation historique des travailleurs li\u00e9e au PSOE. (NdT)<\/p>\n<p><a href=\"#sdfootnote6anc\">6<\/a> La <em>Confederaci\u00f3n General<\/em> <em>del Trabajo<\/em> est une scission de la CNT, le syndicat historique anarchosyndicaliste, redevenu l\u00e9gal apr\u00e8s la mort de Franco.La CGT est la troisi\u00e8me force syndical espagnole (NdT)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Juan Ramos La crise \u00e9conomique, \u00e9clat\u00e9 en 2008, a \u00e9branl\u00e9 comme un mouvement tectonique l&rsquo;ancienne stabilit\u00e9 sociale de l&rsquo;Espagne. 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