{"id":1706,"date":"2019-05-12T06:54:00","date_gmt":"2019-05-12T06:54:00","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=1706"},"modified":"2019-05-12T06:54:00","modified_gmt":"2019-05-12T06:54:00","slug":"un-nouveau-printemps-en-afrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/un-nouveau-printemps-en-afrique\/","title":{"rendered":"Un nouveau Printemps en Afrique\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p><em>Photo: groupe Facebook &lsquo;Justice for Sudan&rsquo;<\/em><\/p>\n<p>En Alg\u00e9rie, Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis pr\u00e8s de 20 ans, a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 des manifestations populaires pendant deux mois et a \u00e9t\u00e9 contraint de d\u00e9missionner. Ensuite, au Soudan, quatre mois de manifestations contre le gouvernement d&rsquo;Omar al-Bashir ont finalement pouss\u00e9 l&rsquo;arm\u00e9e \u00e0 renverser et \u00e0 arr\u00eater le dictateur, au pouvoir depuis 30 ans.<br \/>\nCertains analystes, journalistes et historiens commencent \u00e0 parler d\u2019une \u00ab\u00a0nouvelle \u00e8re africaine\u00a0\u00bb qui commence par des r\u00e9volutions d\u00e9mocratiques contre des dictateurs qui ne r\u00e9sisteront pas longtemps.<br \/>\nCe que l&rsquo;on pourrait appeler le \u00ab\u00a0Printemps africain\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0Printemps arabe 2.0\u00a0\u00bb suit la voie des manifestations qui ont eu lieu il y a plus d&rsquo;un an en Tunisie, au Maroc et en Jordanie, mais dans des circonstances qui risquent d&rsquo;\u00eatre beaucoup plus explosives pour la r\u00e9gion, \u00e9tant donn\u00e9e l&rsquo;instabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les conflits militaires en Libye, en Syrie et au Y\u00e9men.<br \/>\nLe probl\u00e8me est que, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, dans la plupart des pays impliqu\u00e9s dans ce processus, les r\u00e9gimes bonapartistes se d\u00e9barrassent des dictateurs les plus d\u00e9test\u00e9s dans le but de garder le r\u00e9gime sain et sauf. C&rsquo;est le cas en Angola, o\u00f9 Jo\u00e3o Louren\u00e7o a remplac\u00e9 Jos\u00e9 dos Santos, enlis\u00e9 dans la corruption\u00a0; au Zimbabwe, o\u00f9 le sanguinaire Emmerson Mnangagwa a remplac\u00e9 Robert Mugabe, \u00e2g\u00e9 de 93 ans\u00a0; au Congo, o\u00f9 Joseph Kabila a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des \u00e9lections frauduleuses et mis en place son adversaire Felix Tshisekedi\u00a0; au Burkina Faso, o\u00f9 un pr\u00e9sident civil a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pour la premi\u00e8re fois en cinquante ans\u00a0; et maintenant au Soudan et en Alg\u00e9rie. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, le m\u00eame processus a eu lieu en Afrique du Sud, o\u00f9 Cyril Ramaphosa a remplac\u00e9 Jacob Zuma au pouvoir. Tous sont du m\u00eame parti que leur pr\u00e9d\u00e9cesseur. Voil\u00e0 comment \u00ab\u00a0c\u00e9der le manteau pour sauver la peau\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un processus r\u00e9volutionnaire incomplet, mais toujours en cours.<\/p>\n<p><strong>Les dictateurs et les r\u00e9gimes autoritaires ont peur.<\/strong><br \/>\nLe probl\u00e8me est que ces dirigeants ont peur, mais ils veulent rester au pouvoir, ce pour quoi ils utilisent tout d&rsquo;abord une r\u00e9pression violente et brutale. Et quand \u00e7a ne marche pas et qu&rsquo;ils se heurtent \u00e0 la r\u00e9sistance des masses, ils passent \u00e0 des man\u0153uvres politiques.<br \/>\nAu Soudan, le ministre \u00e0 la D\u00e9fense, le g\u00e9n\u00e9ral Awad Ibn Auf, a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;avec la chute du gouvernement, le pays sera command\u00e9 pendant les deux prochaines ann\u00e9es par un \u00ab\u00a0gouvernement militaire de transition\u00a0\u00bb. En Alg\u00e9rie, le parlement a annonc\u00e9 une p\u00e9riode de transition qui d\u00e9butera le 4\u00a0juillet, avec des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales et la r\u00e9forme de la Constitution. Une transition qui durera au moins un an, et qui sera dirig\u00e9e par le pr\u00e9sident du S\u00e9nat, Abdelkader Bensalah, d\u00e9sormais le chef de l&rsquo;Etat par int\u00e9rim.<br \/>\nLe plan est d&rsquo;\u00e9liminer les dirigeants les plus us\u00e9s, tout en maintenant le r\u00e9gime, et de mener une transition de rien vers nulle part, en ne changeant que le d\u00e9cor.<br \/>\nCes propositions ne plaisent \u00e0 personne. Au Soudan, les dirigeants des manifestations ont rejet\u00e9 le \u00ab\u00a0coup d&rsquo;Etat dirig\u00e9 par le r\u00e9gime\u00a0\u00bb. En Alg\u00e9rie, les manifestations, dirig\u00e9es par les \u00e9tudiants, ont commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;orienter contre la nomination de Bensalah, accus\u00e9 \u00e0 juste titre d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0la continuit\u00e9\u00a0\u00bb, et contre le chef de l&rsquo;arm\u00e9e, le g\u00e9n\u00e9ral Ahmed Ga\u00efd Salah. Des manifestations qui sont r\u00e9prim\u00e9es par la police \u00e0 coups de matraque et au gaz.<\/p>\n<p><strong>Un nouveau printemps<\/strong><br \/>\nDepuis le Printemps arabe, vers la fin de 2010, la r\u00e9pression massive des manifestations a pr\u00e9valu dans pratiquement tous les pays de la r\u00e9gion, quelle que soit la nuance politique du gouvernement ou du bloc. C&rsquo;est le cas dans la R\u00e9publique islamique d&rsquo;Iran, de Hassan Rohani\u00a0; dans le Royaume d&rsquo;Arabie saoudite, du prince Mohammad bin Salman\u00a0; dans l&rsquo;\u00e9mirat de Qatar, de Tamin bin Hamad al-Thani\u00a0; dans la R\u00e9publique tunisienne semi-pr\u00e9sidentielle, de B\u00e9ji Caid Essebi\u00a0; dans la Turquie d&rsquo;Erdogan\u00a0; et dans l&rsquo;Egypte d&rsquo;Abdel al-Sissi.<br \/>\nD&rsquo;autre part, ce qui distingue ce printemps du pr\u00e9c\u00e9dent, c&rsquo;est que, bien qu&rsquo;il commence par des revendications d\u00e9mocratiques, qui exigent plus de libert\u00e9 pour la population dans son ensemble, il encha\u00eene ensuite avec les exigences \u00e9conomiques d&rsquo;une classe ouvri\u00e8re jeune, mis\u00e9rable et sans avenir. On exige des changements radicaux dans les politiques \u00e9conomiques, contre les gouvernements qui continuent d&rsquo;appliquer les anciennes recettes du Fonds mon\u00e9taire international avec sa politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et de retrait des investissements, fruit de l&rsquo;h\u00e9ritage colonial imp\u00e9rialiste. Tous avec des niveaux de corruption \u00e9lev\u00e9s, malgr\u00e9 l&rsquo;immense richesse naturelle et le potentiel \u00e9conomique, ce qui am\u00e8ne la population \u00e0 ha\u00efr carr\u00e9ment ses dirigeants.<br \/>\nCes manifestations ont \u00e9galement en commun l&rsquo;\u00e2ge avanc\u00e9 des gouvernants et la composition jeune et f\u00e9minine des manifestants. Le continent africain est le plus jeune du monde, avec plus de 60\u00a0% de la population \u00e2g\u00e9e de moins de 25\u00a0ans. La moyenne d&rsquo;\u00e2ge des manifestants est de 19\u00a0ans. Leur communication se fait via les r\u00e9seaux sociaux. Et d&rsquo;autre part, dans 15 pays, les gouvernants ont plus de 70\u00a0ans. Les femmes et les jeunes jouent un r\u00f4le de premier plan dans tous les pays et commencent \u00e0 s&rsquo;enthousiasmer dans des relations r\u00e9ciproques. Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, apr\u00e8s une d\u00e9cennie de manifestations sur la place Tahrir.<\/p>\n<p><strong>Apprendre avec les erreurs et les d\u00e9faites<\/strong><br \/>\nIl ne s&rsquo;agit pas seulement de faire valoir l\u2019aspect extr\u00eamement positif et massif des mobilisations du Printemps arabe\u00a0: il est \u00e9galement n\u00e9cessaire de tirer les le\u00e7ons des erreurs, des revers et des d\u00e9faites.<br \/>\nComme en Egypte, les g\u00e9n\u00e9raux alg\u00e9riens et soudanais ont brad\u00e9 leurs dictateurs afin d&rsquo;apaiser la col\u00e8re des manifestants et de rester au pouvoir. Rappelons qu&rsquo;en Egypte, les g\u00e9n\u00e9raux qui ont aid\u00e9 \u00e0 renverser Hosni Moubarak ont \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9s en tant que gardiens de la r\u00e9volution\u00a0; et par la suite, ils ont \u00e9t\u00e9 les principaux agents de la mise en \u0153uvre du nouveau r\u00e9gime dictatorial. Actuellement, les g\u00e9n\u00e9raux alg\u00e9riens parlent express\u00e9ment d&rsquo;\u00e9viter \u00ab\u00a0la situation \u00e9gyptienne\u00a0\u00bb. Mais ce sont eux le v\u00e9ritable danger, car ce gouvernement regorge d&rsquo;alli\u00e9s de Bouteflika, y compris le Premier ministre.<br \/>\nEn Libye, le g\u00e9n\u00e9ral Khalifa Hafter veut profiter de la crise provoqu\u00e9e par l&rsquo;imp\u00e9rialisme apr\u00e8s la victoire \u00e9crasante des masses lors du renversement de Kadhafi, pour instaurer une nouvelle dictature, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;Assad en Syrie et de l&rsquo;intervention de l&rsquo;Arabie saoudite au Y\u00e9men. Les gouvernements imp\u00e9rialistes qui essaient de para\u00eetre d\u00e9mocratiques, suivis par de nombreuses organisations qui se disent d\u00e9fenseurs des travailleurs, essaient de montrer que les soul\u00e8vements dans la r\u00e9gion en 2011 ont conduit au chaos, au d\u00e9sordre et \u00e0 davantage d&rsquo;oppression.<br \/>\nLes travailleurs de ces pays sont confront\u00e9s au d\u00e9fi de continuer \u00e0 faire face \u00e0 ces r\u00e9gimes enracin\u00e9s dans la corruption, dans la soumission \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme et dans la surexploitation de la population. Les jeunes prol\u00e9taires de l&rsquo;Afrique du Nord et de l&rsquo;Afrique australe doivent comprendre qu&rsquo;il ne suffit pas de renverser le dictateur, qu&rsquo;il faut en finir avec tout le r\u00e9gime. Et pour cela, il est essentiel et n\u00e9cessaire de construire des organisations de travailleurs, des organisations autonomes et ind\u00e9pendantes par rapport aux patrons, \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme et \u00e0 tous les repr\u00e9sentants politiques de ceux-ci, dirig\u00e9es de mani\u00e8re d\u00e9mocratique en assembl\u00e9es et s\u00e9ances pl\u00e9ni\u00e8res.<br \/>\nLes forces de s\u00e9curit\u00e9 ont d\u00e9j\u00e0 tu\u00e9 des dizaines de manifestants au Soudan, et elles attaquent sans discernement en Alg\u00e9rie. Mais il y a des soldats qui ont commenc\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger ceux qui protestaient contre la r\u00e9pression politique et les groupes paramilitaires. Il est essentiel que les ouvriers rejoignent ces soldats et forment des groupes d&rsquo;autod\u00e9fense afin de continuer \u00e0 prot\u00e9ger et \u00e0 entourer les manifestants.<br \/>\nEn ce nouveau Printemps, les manifestants alg\u00e9riens et soudanais \u2014 tout comme les angolais, les zimbabw\u00e9ens et les congolais \u2014 ne peuvent pas se contenter de c\u00e9l\u00e9brer ou de constater la chute de leurs dictateurs\u00a0: ils doivent tirer profit de cette victoire pour avancer plus, en ce moment o\u00f9 leur ennemi de classe est frapp\u00e9 par les mobilisations. Ils doivent continuer dans la rue, misant sur leur auto-organisation, r\u00e9clamant de profonds changements dans les r\u00e9gimes et dans le \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb dans lequel ils vivent, organisant les lieux de travail pour les affrontements. S&rsquo;ils parviennent \u00e0 avancer dans cette voie, nous serons t\u00e9moins d&rsquo;un Printemps victorieux qui se r\u00e9pandra dans toute la r\u00e9gion.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Photo: groupe Facebook &lsquo;Justice for Sudan&rsquo; En Alg\u00e9rie, Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis pr\u00e8s de 20 ans, a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 des manifestations populaires pendant deux mois et a \u00e9t\u00e9 contraint de d\u00e9missionner. Ensuite, au Soudan, quatre mois de manifestations contre le gouvernement d&rsquo;Omar al-Bashir ont finalement pouss\u00e9 l&rsquo;arm\u00e9e \u00e0 renverser et \u00e0 arr\u00eater le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":1707,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false},"categories":[3503,3504],"tags":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/litci.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/sudan-justice.jpg?fit=720%2C540&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1706"}],"collection":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1706"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1706\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1707"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1706"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1706"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/litci.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1706"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}