{"id":1245,"date":"2017-02-16T09:23:27","date_gmt":"2017-02-16T09:23:27","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=1245"},"modified":"2017-02-16T09:23:27","modified_gmt":"2017-02-16T09:23:27","slug":"cest-quoi-le-chavisme-le-nationalisme-bourgeois-au-temps-de-la-recolonisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/cest-quoi-le-chavisme-le-nationalisme-bourgeois-au-temps-de-la-recolonisation\/","title":{"rendered":"C&rsquo;est quoi le chavisme ? Le nationalisme bourgeois au temps de la recolonisation"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Joseph Weil <\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Membre de la Direction Nationale du PSTU, la section br\u00e9silienne de la LIT-QI<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><em>Article publi\u00e9 dans le Marxisme Vivant n\u00b010 de 2004<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le processus r\u00e9volutionnaire v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien est aujourd&rsquo;hui un des plus importants d&rsquo;Am\u00e9rique Latine. Le d\u00e9nouement de ce processus peut marquer pour longtemps le d\u00e9veloppement de la r\u00e9volution en Am\u00e9rique du Sud. C&rsquo;est pourquoi, il est fondamental que l&rsquo;avant-garde d&rsquo;activistes r\u00e9volutionnaires du sous-continent et du monde entier prennent part effectivement \u00e0 ce processus, en extrayant les conclusions sur son caract\u00e8re et sur ses perspectives.<\/p>\n<p>Le niveau de vie des travailleurs v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens est un des plus mis\u00e9rable du continent. Des d\u00e9cennies d&rsquo;attaques de l&rsquo;oligarchie, de spoliation par l&rsquo;imp\u00e9rialisme et de d\u00e9nationalisation des richesses ont produit un recul dans les conditions de vie du peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien, en mettant fin aux temps du \u00ab\u00a0bien-\u00eatre p\u00e9trolier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Chavez, arriv\u00e9 au pouvoir apr\u00e8s la grande mobilisation r\u00e9volutionnaire connue sous le nom de Caracazo (la r\u00e9bellion de Caracas), essaye de figurer comme le repr\u00e9sentant des masses pauvres contre les oligarchies, comme \u00ab\u00a0bolivarien\u00a0\u00bb, et \u00e0 cet effet, il utilise une partie du revenu p\u00e9trolier pour att\u00e9nuer cette mis\u00e8re \u00e0 l&rsquo;aide de mesures d&rsquo;assistance.<\/p>\n<p>Cette politique se heurte contre l&rsquo;orientation putschiste et recolonisatrice de Bush, particuli\u00e8rement en ce qui concerne la question du contr\u00f4le des sources d&rsquo;\u00e9nergie et du march\u00e9 p\u00e9trolier mondial. Bush veut un contr\u00f4le total sur les sources qui approvisionnent le march\u00e9 des Etats-Unis. C&rsquo;est la raison pour laquelle la relative ind\u00e9pendance de Chavez sur la question du p\u00e9trole et de l&rsquo;OPEP, mise en \u00e9vidence dans l&rsquo;opposition de Chavez \u00e0 l&rsquo;invasion de l&rsquo;Iraq, a ouvert le conflit avec le gouvernement des Etats-Unis, et que ce dernier a s\u00e9rieusement travaill\u00e9 durant ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour le renverser.<\/p>\n<p>Ces attaques de l&rsquo;imp\u00e9rialisme et la rh\u00e9torique pour le \u00ab\u00a0Tiers-Monde\u00a0\u00bb de Chavez produisent une sympathie et un enthousiasme des masses pauvres et des activistes v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens et d&rsquo;autres pays en d\u00e9fense du chavisme comme une \u00ab\u00a0option r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, en pleine d\u00e9sillusion g\u00e9n\u00e9rale avec les secteurs de gauche qui ont capitul\u00e9 face au n\u00e9olib\u00e9ralisme, comme par exemple Lula et le PT au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Toutefois, une analyse plus profonde des actions de Chavez et du caract\u00e8re de classe de son gouvernement et de son mouvement, d\u00e9montre que la tentative de Chavez de d\u00e9velopper un mouvement nationaliste bourgeois n&rsquo;a pas de grandes possibilit\u00e9s de succ\u00e8s. D&rsquo;abord, parce qu&rsquo;au temps de la globalisation et du n\u00e9olib\u00e9ralisme provoqu\u00e9s par la profonde crise \u00e9conomique internationale, et sous les attaques f\u00e9roces de l&rsquo;imp\u00e9rialisme contre les conqu\u00eates de la classe ouvri\u00e8re, il n&rsquo;y a plus de \u00ab\u00a0r\u00e9serves \u00e0 pomper\u00a0\u00bb, comme dans les ann\u00e9es 50. Deuxi\u00e8mement, parce que les bourgeoisies indig\u00e8nes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, sous l&rsquo;impact de la d\u00e9nationalisation des \u00e9conomies et de la recolonisation des pays semi-coloniaux, sont devenues des \u00ab\u00a0contrema\u00eetres\u00a0\u00bb des affaires imp\u00e9rialistes. C&rsquo;est pourquoi les bourgeoisies \u00ab\u00a0nationales\u00a0\u00bb du Venezuela, du Br\u00e9sil, d&rsquo;Argentine, du Mexique, etc. sont compl\u00e8tement serviles et incapables de combattre pour l&rsquo;ind\u00e9pendance de ces pays face \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme.<\/p>\n<p>Cela est devenu clair, au Venezuela, d&rsquo;une part par la soumission de la bourgeoisie putschiste \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme yankee et, d&rsquo;autre part, par les mesures \u00e9conomiques et politiques timides prises par Chavez qui ne ressemblent en rien \u00e0 ce qu&rsquo;ont fait Per\u00f3n dans ses deux premiers gouvernements, C\u00e1rdenas au Mexique, ou m\u00eame Allende au Chili. Chavez n&rsquo;a r\u00e9alis\u00e9 aucune nationalisation de richesses min\u00e9rales (comme le p\u00e9trole mexicain ou le cuivre chilien), ou d&rsquo;industries clefs, ni d&rsquo;am\u00e9liorations effectives pour les travailleurs (comme en Argentine sous Per\u00f3n dans les ann\u00e9es 40 et 50).<\/p>\n<h2>Chavez combat pour les pauvres?<\/h2>\n<p>Le fait qu&rsquo;un vaste secteur des masses v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes soutient Chavez et ses politiques sociales, pousse la majorit\u00e9 des intellectuels \u00e0 le prendre comme exemple, comme \u00ab\u00a0nouvelle voie\u00a0\u00bb, ou mieux, comme une voie \u00ab\u00a0possible\u00a0\u00bb actuellement.<\/p>\n<p>Quelles sont ces mesures qui lui valent tant de soutien ? Par exemple, Chavez a conclu un accord avec le gouvernement cubain pour envoyer<\/p>\n<p>10.000 m\u00e9decins au Venezuela contre du p\u00e9trole. Ces m\u00e9decins cubains ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s dans les quartiers les plus pauvres et s&rsquo;occupent gratuitement d&rsquo;une population qui, jusqu&rsquo;\u00e0 ce moment, \u00e9tait marginalis\u00e9e de tout type d&rsquo;assistance m\u00e9dicale. Il a aussi pris des mesures pour \u00e9tendre l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation aux secteurs les plus pauvres, il a ouvert des march\u00e9s d&rsquo;aliments \u00e0 bas prix dans les quartiers populaires et a distribu\u00e9 en m\u00eame temps quelques terres appartenant au gouvernement.<\/p>\n<p>L&rsquo;attitude de la gauche et de la grande majorit\u00e9 des intellectuels, face \u00e0 la politique de Chavez, est d\u00e9peinte dans un article de Tariq Ali, dans lequel il \u00e9crit : \u00ab\u00a0<em>Il y a quelques semaines j&rsquo;ai eu une longue conversation avec Chavez \u00e0 Caracas. Il \u00e9tait clair que ce que cherche le pr\u00e9sident n&rsquo;est rien de moins que la cr\u00e9ation d&rsquo;une d\u00e9mocratie sociale radicale, qui essaye de donner le pouvoir aux couches les plus faibles de la soci\u00e9t\u00e9. En ces temps de d\u00e9r\u00e9gulation, de privatisation et du mod\u00e8le anglo-saxon, dans lequel l&rsquo;\u00e9conomie dicte la politique, les objectifs de Chavez sont jug\u00e9s r\u00e9volutionnaires, m\u00eame si les mesures propos\u00e9es ne sont pas diff\u00e9rentes de celles du gouvernement Attlee en Grande-Bretagne d&rsquo;apr\u00e8s-guerre.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Par la suite, Tariq cite Chavez lui-m\u00eame : \u00ab<em> quand j&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 Chavez d&rsquo;expliquer sa philosophie, il a r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0je ne crois pas dans les postulats dogmatiques de la r\u00e9volution marxiste (&#8230;) Par exemple, s&rsquo;ils me disent que c&rsquo;est la raison pour laquelle on ne peut alors rien faire pour les pauvres, je r\u00e9ponds : en ce point nous nous s\u00e9parons. Je n&rsquo;accepterai jamais qu&rsquo;il ne puisse pas y avoir une redistribution de la richesse dans la soci\u00e9t\u00e9. <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Que voyons-nous, par exemple, si nous examinons de pr\u00e8s les mesures prises par Chavez \u00e0 la chaleur de la r\u00e9volution v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne ? Les masses, avec la m\u00e9thode de la mobilisation directe, ont h\u00e9ro\u00efquement mis en \u00e9chec deux tentatives de coup d&rsquo;\u00c9tat, mais aussi le coup institutionnel exprim\u00e9 dans le r\u00e9f\u00e9rendum r\u00e9vocatoire. Par la mobilisation, les masses ont mis en \u00e9chec la bourgeoisie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne et l&rsquo;imp\u00e9rialisme. Pour cela, elles ont eu recours \u00e0 l&rsquo;auto-organisation et \u00e0 l&rsquo;armement populaire, en paralysant et en divisant l&rsquo;arm\u00e9e et son sommet putschiste.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, bien que les mesures palliatives de Chavez signifient d&rsquo;importantes am\u00e9liorations pour le niveau de vie des masses les plus appauvries, elles ne r\u00e9solvent pas les probl\u00e8mes les plus graves, comme sont le ch\u00f4mage et l&rsquo;\u00e9norme in\u00e9galit\u00e9 sociale qui existe dans le pays. D&rsquo;autre part, ce type de rem\u00e8de cherche \u00e0 agir comme un \u00ab\u00a0calmant\u00a0\u00bb pour des masses radicalis\u00e9es et \u00e0 leur faire accepter les institutions bourgeoises de gouvernement, qui apparaissent sous un voile \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette politique d&rsquo;assistance est tr\u00e8s ancienne dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Dans des moments de convulsion sociale, ou pour pr\u00e9venir de grands d\u00e9bordements populaires, les gouvernements bourgeois conservateurs ou r\u00e9formistes l&rsquo;ont utilis\u00e9e dans diff\u00e9rents pays au si\u00e8cle pass\u00e9, que ce soit Roosevelt ou Johnson aux Etats-Unis, De Gaule ou Mitterrand en France, Attlee en Grande-Bretagne. Les politiques du type \u00ab\u00a0Faim Z\u00e9ro\u00a0\u00bb de Lula sont aussi des expressions de cette politique, qui a un objectif clair : convaincre les masses qu&rsquo;il est possible de r\u00e9soudre les graves probl\u00e8mes qui ont leur origine dans le capitalisme (la faim, des services de sant\u00e9 d\u00e9sastreux, le manque de logements populaires, la discrimination ethnique, etc.), sans r\u00e9volutionner le syst\u00e8me, sans rompre avec la bourgeoisie et l&rsquo;imp\u00e9rialisme.<\/p>\n<p>Ces intellectuels tiennent le discours selon lequel la r\u00e9volution \u00ab\u00a0n&rsquo;est pas possible\u00a0\u00bb. Ils veulent convaincre la classe ouvri\u00e8re et la gauche qu&rsquo;il vaut mieux soutenir quelqu&rsquo;un qui \u00ab\u00a0lutte encore pour les pauvres\u00a0\u00bb et pour un capitalisme avec distribution de la richesse. Mais, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;ils disent actuellement, les conditions politiques et \u00e9conomiques mondiales, sous l&rsquo;offensive n\u00e9olib\u00e9rale, r\u00e9duisent pratiquement \u00e0 z\u00e9ro les perspectives d&rsquo;un d\u00e9veloppement soutenu de processus progressifs d&rsquo;augmentation de droits sociaux ou du bien-\u00eatre social (un mod\u00e8le qui serait interm\u00e9diaire entre le n\u00e9olib\u00e9ralisme et le socialisme).<\/p>\n<p>Au contraire, ces options sont aujourd&rsquo;hui bien moins viables qu&rsquo;il y a 50 ans (quand d&rsquo;importantes conqu\u00eates sociales ont \u00e9t\u00e9 obtenues en Europe ou en Argentine). Il n&rsquo;y a aujourd&rsquo;hui pas de possibilit\u00e9s s\u00e9rieuses d&rsquo;am\u00e9liorer les conditions de vie des travailleurs et des masses sans attaquer les racines du syst\u00e8me capitaliste-imp\u00e9rialiste, sans avancer dans la direction d&rsquo;une r\u00e9volution ouvri\u00e8re et socialiste. Sans attaquer en profondeur les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;imp\u00e9rialisme et de la bourgeoisie, sans mettre un terme \u00e0 la rapine et la confiscation des richesses, il n&rsquo;a pas moyen d&rsquo;am\u00e9liorer de mani\u00e8re radicale la situation des masses v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas la voie de Chavez. Comme il l&rsquo;affirme lui-m\u00eame chaque fois qu&rsquo;on le lui demande, il pr\u00e9tend avoir de bonnes relations avec le patronat. Par exemple, il veut qu&rsquo;il y ait des fonds pour des programmes sociaux, qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas tant de corruption, pour pouvoir appliquer une partie plus grande du budget dans ce type de programmes d&rsquo;aide. Ce n&rsquo;est pas un agenda tr\u00e8s diff\u00e9rent de ce que la Banque Mondiale propose aujourd&rsquo;hui pour les pays p\u00e9riph\u00e9riques, c&rsquo;est-\u00e0-dire investir des fonds dans des projets sociaux ponctuels (\u00ab\u00a0concentration des frais\u00a0\u00bb, en finir avec les \u00ab\u00a0d\u00e9chets\u00a0\u00bb) pour les secteurs les plus pauvres, sans toucher \u00e0 la politique \u00e9conomique globale ni \u00e0 l&rsquo;agenda n\u00e9olib\u00e9ral.<\/p>\n<p>M\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;en a pas l&rsquo;air dans les discours, le probl\u00e8me de fond au Venezuela est que le chavisme suit les injonctions du FMI. Cela conditionne tout changement radical dans la gestion et dans l&rsquo;application des plans n\u00e9olib\u00e9raux, qui restent au centre de la politique \u00e9conomique v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne, avec les attaques correspondantes au niveau de vie des masses. Le ch\u00f4mage continue \u00e0 avoisiner les 20% de la population \u00e9conomiquement active. Les salaires continuent \u00e0 descendre malgr\u00e9 les hauts profits patronaux de 2003\u00ac2004 qui ont battu des records dans l&rsquo;industrie p\u00e9troli\u00e8re, dans l&rsquo;industrie automobile (Ford et GM) et dans les banques. Ford a tripl\u00e9 ses profits au cours du 1er trimestre 2004 et les banques ont eu 130% de profits en plus. Entre-temps, on discute sur la fin de la stabilit\u00e9 de l&#8217;emploi.<\/p>\n<h2>Le chavisme est-il anti-imp\u00e9rialiste ?<\/h2>\n<p>Les d\u00e9fenseurs de Chavez jouent aussi sur le d\u00e9senchantement face \u00e0 d&rsquo;autres options de gauche, comme le PT br\u00e9silien, qui applique aujourd&rsquo;hui la recette n\u00e9olib\u00e9rale avec un masque de gauche et capitule face \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme. Selon ses d\u00e9fenseurs, Chavez, serait au moins \u00ab\u00a0anti\u00acimp\u00e9rialiste\u00a0\u00bb.(2)<\/p>\n<p>Il est vrai que Chavez a un certain degr\u00e9 de confrontation avec l&rsquo;imp\u00e9rialisme. Toutefois, si nous donnons \u00e0 ce mot le sens de quelqu&rsquo;un qui effectivement r\u00e9siste et fait face \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme, il n&rsquo;est pas correct de caract\u00e9riser Chavez et ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs nationalistes, comme \u00e9tant \u00ab\u00a0anti\u00acimp\u00e9rialistes\u00a0\u00bb. Pour des raisons de classe, Chavez est incapable de faire face \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme jusqu&rsquo;au bout et avec tout ce que cela implique, c&rsquo;est-\u00e0-dire commencer \u00e0 exproprier ses propri\u00e9t\u00e9s parce qu&rsquo;il craint de rompre d\u00e9finitivement avec la bourgeoisie.<\/p>\n<p>Chavez essaye de trouver un terrain d&rsquo;entente avec l&rsquo;imp\u00e9rialisme. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais cess\u00e9 d&rsquo;approvisionner les Etats-Unis en p\u00e9trole ou de payer la dette ext\u00e9rieure, alors que tout le monde conna\u00eet le r\u00f4le du gouvernement de Bush dans le coup militaire pour l&rsquo;\u00e9carter. Au contraire, Chavez accomplit religieusement les accords \u00e9conomiques et financiers avec l&rsquo;imp\u00e9rialisme.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord, son gouvernement paye ponctuellement la dette ext\u00e9rieure et maintient les n\u00e9gociations de la ZLEA, m\u00eame s&rsquo;il fait des critiques \u00e0 sa forme actuelle et parle d&rsquo;un secteur de libre commerce bolivarien.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, non seulement il maintient sans interruption l&rsquo;approvisionnement de p\u00e9trole aux Etats-Unis \u00e0 des moments sensibles, mais il continue \u00e0 accueillir les investissements des transnationales am\u00e9ricaines dans les nouveaux secteurs du gaz et du p\u00e9trole, et il se met \u00e0 leur disposition pour \u00ab\u00a0stabiliser le prix international du p\u00e9trole\u00a0\u00bb, comme il l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9 apr\u00e8s le r\u00e9sultat du pl\u00e9biscite. Aujourd&rsquo;hui, le Venezuela produit 2,5 millions de barils de p\u00e9trole par jour, parmi lesquels 1 million sont produits par les entreprises priv\u00e9es imp\u00e9rialistes. Voil\u00e0 ce qui explique que les grandes multinationales du p\u00e9trole font de grands investissements dans le pays. Le gouvernement v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien articule un plan international de \u00ab\u00a0garantie d&rsquo;approvisionnement\u00a0\u00bb, associ\u00e9 \u00e0 Uribe (l&rsquo;homme du plan Colombie) et aux gouvernements mexicain et de l&rsquo;Am\u00e9rique Centrale. Dans ce plan, la t\u00e2che de PDVSA serait de garantir l&rsquo;approvisionnement et la construction de toute une grande infrastructure d&rsquo;ol\u00e9oducs et de gazoducs (le r\u00e9seau transguajira) qui relierait le Venezuela aux USA en passant par la Colombie et l&rsquo;Am\u00e9rique Centrale.<\/p>\n<p>L&rsquo;agence de presse officielle Venpress a accord\u00e9 beaucoup d&rsquo;attention \u00e0 une r\u00e9union sur ce plan qui s&rsquo;est tenue \u00e0 Washington : \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;image du Venezuela comme le pays avec les r\u00e9serves de gaz les plus importantes du continent et son r\u00f4le strat\u00e9gique pour couvrir les futures demandes du march\u00e9 am\u00e9ricain ont \u00e9t\u00e9 fortifi\u00e9s lors de la participation du Ministre de l&rsquo;\u00e9nergie et des mines, Rafa\u00ebl Ramirez, au sommet minist\u00e9riel tenu \u00e0 Washington les 17 et 18; d\u00e9cembre, une rencontre \u00e0 laquelle il a assist\u00e9 comme invit\u00e9 du D\u00e9partement de l&rsquo;\u00e9nergie des Etats-Unis<\/em>\u00ab\u00a0(3).<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, le processus de privatisation de la PDVSA \u00e9tatique vers les transnationales et la bourgeoisie continue, malgr\u00e9 des changements dans les postes de g\u00e9rance apr\u00e8s le lock-out p\u00e9trolier de 2002-2003. Le processus de privatisation n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et est stimul\u00e9 par les lois sanctionn\u00e9es par Chavez, tel que la Loi d&rsquo;Hydrocarbures qui, m\u00eame apr\u00e8s la tentative de coup d&rsquo;\u00c9tat et du lock-out, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e (voir encadr\u00e9).<\/p>\n<p>En quatri\u00e8me lieu, il n&rsquo;y a aucune attaque aux profits ou \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 capitaliste-imp\u00e9rialiste. Au contraire, ce qui existe, c&rsquo;est une s\u00e9rie de subventions et d&rsquo;avantages pour les patrons nationaux et \u00e9trangers : on r\u00e9duit les imp\u00f4ts du type TVA pour les grands chefs d&rsquo;entreprise, on donne des garanties pour les chefs d&rsquo;entreprise qui re\u00e7oivent des pr\u00eats des banques priv\u00e9es, etc.<\/p>\n<p>Cette ligne de concessions \u00e0 la bourgeoisie et \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme s&rsquo;est \u00e9tendue apr\u00e8s la victoire du Non dans le r\u00e9f\u00e9rendum. Les transnationales p\u00e9troli\u00e8res continuent \u00e0 exploiter le patrimoine national tranquillement et en \u00e9tendant leurs investissements dans le pays. Un putschiste d\u00e9clar\u00e9 et convaincu comme Gustavo Cisneros est non seulement en libert\u00e9, mais en plus il se r\u00e9unit avec Chavez et Carter. Son canal de TV est toujours membre d&rsquo;un oligopole des moyens de communication qui mentent sans retenue et attaquent le mouvement de masse. Le groupe Polar, le plus grand du pays, qui d\u00e9tient 70% de la distribution de farine et d&rsquo;autres aliments et qui, pendant le dernier lock-out patronal dissimulait des aliments pour que la population pauvre aie faim, suit tranquillement ses affaires.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;a pr\u00e9cis\u00e9 James Petras dans un article r\u00e9cent, <em>\u00ab\u00a0Chavez est plus pr\u00e8s du New Deal (4) que de la r\u00e9volution socialiste. Apr\u00e8s trois crises politiques (le coup militaire manqu\u00e9, la d\u00e9faite du lock-out et la d\u00e9faite de l&rsquo;opposition dans le r\u00e9f\u00e9rendum) le pr\u00e9sident a offert le dialogue et a propos\u00e9 d&rsquo;atteindre un consensus avec les principaux &lsquo;barons&rsquo; des moyens de communication et avec les autocrates des grandes entreprises et du gouvernement \u00e9tasunien, un consensus bas\u00e9 sur les actuelles relations de propri\u00e9t\u00e9, la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de communication et l&rsquo;extension des relations avec Washington.\u00a0\u00bb<\/em>( 5)<\/p>\n<h2>L'\u00a0\u00bbissue d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb a-t-elle \u00e9t\u00e9 un exemple d&rsquo;habilit\u00e9 ?<\/h2>\n<p>Un autre argument brandi en faveur de Chavez souligne son \u00ab\u00a0\u00e9thique d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb ou son \u00ab\u00a0habilit\u00e9 tactique\u00a0\u00bb en promouvant le pl\u00e9biscite et en ayant mis ainsi en \u00e9chec la droite et l&rsquo;imp\u00e9rialisme. Mais, contrairement \u00e0 ce que proclament ces d\u00e9fenseurs de Chavez, sa politique de laisser intacte la structure capitaliste et d&rsquo;accepter de porter le processus r\u00e9volutionnaire sur le terrain \u00e9lectoral, est une fa\u00e7on de d\u00e9vier le processus et de le diriger vers le terrain pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de la contre-r\u00e9volution et de l&rsquo;imp\u00e9rialisme. En v\u00e9rit\u00e9, la bourgeoisie \u00ab\u00a0faiblarde\u00a0\u00bb et l&rsquo;imp\u00e9rialisme ont recouru au terrain de la d\u00e9mocratie bourgeoise \u00e0 travers la r\u00e9colte de signatures et le pl\u00e9biscite parce que les masses ont cat\u00e9goriquement mis en \u00e9chec les coups d&rsquo;\u00c9tat de 2002 et 2003.<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme des masses v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes a fait reculer deux fois la tentative de coup d&rsquo;\u00c9tat, dirig\u00e9 par l&rsquo;imp\u00e9rialisme en alliance avec la bourgeoisie \u00e0 sa solde. L&rsquo;insurrection des masses contre le coup d&rsquo;\u00c9tat en 2002 est parvenu \u00e0 contr\u00f4ler Caracas et les principales villes du pays et, en deux jours, a mis en \u00e9chec le haut commandement de l&rsquo;arm\u00e9e et a oblig\u00e9 les putschistes \u00e0 reculer. La bourgeoisie n&rsquo;a pas eu d&rsquo;autre alternative que de permettre le retour de Chavez au gouvernement, comme seule possibilit\u00e9 pour r\u00e9cup\u00e9rer le contr\u00f4le sur les masses en insurrection.<\/p>\n<p>Chavez, de retour au pouvoir, a tent\u00e9 de concilier avec la droite putschiste et a \u00e9vit\u00e9 des mesures dures qui leur auraient enlev\u00e9 leurs sources de pouvoir tant dans les moyens de communication comme dans l&rsquo;industrie du p\u00e9trole. La premi\u00e8re chose qu&rsquo;a fait Chavez a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;appeler la population en r\u00e9bellion \u00e0 faire confiance aux institutions et \u00e0 retourner chez eux et \u00e0 d\u00e9sarmer les milices form\u00e9es dans la confrontation face au coup d&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p>M\u00eame avec la nouvelle conspiration et le lock-out p\u00e9trolier post\u00e9rieur, Chavez a accept\u00e9 la continuit\u00e9 du pouvoir \u00e9conomique intact des putschistes ; il n&rsquo;a pas touch\u00e9 \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des grands moyens de production ni des moyens de communication qui ont ouvertement soutenu les coups d&rsquo;\u00c9tat. Finalement, Chavez a essay\u00e9 la conciliation sur le terrain institutionnel en acceptant la \u00ab\u00a0m\u00e9diation\u00a0\u00bb internationale.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le jou\u00e9 par des figures comme Jimmy Carter, ainsi que par l&rsquo;OEA dans la pr\u00e9paration du r\u00e9f\u00e9rendum, avec le soutien de Lula et son Groupe d&rsquo;amis (dont faisaient partie Bush et Aznar), a \u00e9t\u00e9 celui d&rsquo;imposer des reculs au gouvernement Chavez en pr\u00e9parant une future capitulation compl\u00e8te. Ils ont impos\u00e9 une s\u00e9rie de restrictions au gouvernement mais ils ont laiss\u00e9 le champ libre \u00e0 la campagne pour le OUI dans les m\u00e9dias. Leur pr\u00e9occupation a \u00e9t\u00e9 de s&rsquo;assurer que, en obtenant la victoire, Chavez ne prenne pas de mesures contre l&rsquo;opposition. Et ils ont eu gain de cause. Leur plus grande victoire a \u00e9t\u00e9 de garantir que le chavisme accepte le terrain de la d\u00e9mocratie bourgeoise pour dissoudre les divergences. Cela pr\u00e9pare une d\u00e9faite future du processus r\u00e9volutionnaire puisque, sur ce terrain, le ma\u00eetre est celui qui a de l&rsquo;argent et du pouvoir \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Il convient d&rsquo;ailleurs d&rsquo;alerter que, bien que l&rsquo;imp\u00e9rialisme et la bourgeoisie ont connu une d\u00e9faite dans le r\u00e9f\u00e9rendum, la dynamique de la participation des masses n&rsquo;est pas celle de l&rsquo;action insurrectionnelle contre le coup de 2002. Et si aujourd&rsquo;hui, par la proximit\u00e9 des soul\u00e8vements r\u00e9volutionnaires, il a \u00e9t\u00e9 encore possible de mettre en \u00e9chec la droite dans le r\u00e9f\u00e9rendum, cela ne durera pas toujours. Avec l&rsquo;usure provoqu\u00e9e par la continuit\u00e9 du syst\u00e8me capitaliste et la domination imp\u00e9rialiste de l&rsquo;\u00e9conomie et des moyens de communication, le gouvernement nord-am\u00e9ricain et la bourgeoisie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne peuvent se r\u00e9organiser et, en combinant le boycottage \u00e9conomique et l&rsquo;opposition \u00e9lectorale, ils peuvent finalement soumettre Chavez \u00e0 l&rsquo;usure. Ils peuvent alors obtenir, par la voie d&rsquo;une n\u00e9gociation accept\u00e9e par Chavez, l&rsquo;imposition de leurs r\u00e8gles. Dans ce cas, il ne serait m\u00eame pas n\u00e9cessaire de le renverser. Ce n&rsquo;est pas par hasard qu&rsquo;un des hauts moments des pourparlers pour le pl\u00e9biscite, afin d&rsquo;en faire accepter le r\u00e9sultat, a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9union, instrumentalis\u00e9e par Carter, entre Chavez et le multimillionnaire Cisneros, putschiste de la premi\u00e8re ligne en 2002.<\/p>\n<p>Dans cette vision qui fait l&rsquo;\u00e9loge de \u00ab\u00a0l&rsquo;attitude d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb de Chavez, il manque \u00e9galement le rappel de quelques exp\u00e9riences latino-am\u00e9ricaines dont il faut faire le bilan. Par exemple, il y a lieu de faire une \u00e9valuation critique du sandinisme et de son inspirateur, le castrisme, dans la d\u00e9faite de la r\u00e9volution nicaraguayenne et de l&rsquo;Am\u00e9rique Centrale ; il y a lieu de voir comment les r\u00e8gles trac\u00e9es par la direction chaviste ressemblent \u00e0 celles de la direction du FSLN dans les ann\u00e9es 80.<\/p>\n<h2>Quels seront les prochains pas de l&rsquo;imp\u00e9rialisme ?<\/h2>\n<p>La comparaison avec les sandinistes au Nicaragua est ici \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. Malgr\u00e9 les concessions et les vacillations de Chavez et de sa confrontation limit\u00e9e, l&rsquo;imp\u00e9rialisme l&rsquo;attaque et a essay\u00e9 de le renverser par trois fois. L&rsquo;imp\u00e9rialisme yankee veut avoir le contr\u00f4le total du p\u00e9trole v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien et ne peut permettre le moindre signe d&rsquo;ind\u00e9pendance. L&rsquo;imp\u00e9rialisme agit ainsi parce qu&rsquo;il a besoin de piller des volumes chaque fois plus grands de richesses pour soutenir les profits des transnationales, principalement maintenant, alors que la r\u00e9sistance iraquienne compromet son plan de disposer des r\u00e9serves du Moyen-Orient.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de fond auquel doit faire face l&rsquo;imp\u00e9rialisme est le processus r\u00e9volutionnaire de masses qui est derri\u00e8re ces affrontements. Comme en Iraq, la v\u00e9ritable force du processus r\u00e9volutionnaire r\u00e9side dans la r\u00e9sistance des masses et non dans les dirigeants, m\u00eame s&rsquo;ils sont nationalistes et ont une ligne d&rsquo;ind\u00e9pendance relative, comme \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le cas de Saddam Hussein. Toutefois, la tactique de l&rsquo;imp\u00e9rialisme ne sera pas n\u00e9cessairement l&rsquo;invasion du Venezuela, comme elle l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 en Iraq. Il est plus probable qu&rsquo;il utilise la tactique utilis\u00e9e au Nicaragua. Pour arriver \u00e0 son objectif, il va varier et combiner la pression avec l&rsquo;objectif d&rsquo;expulser Chavez du pouvoir, avec l&rsquo;exigence de chaque fois plus de concessions pour n\u00e9gocier.<\/p>\n<p>M\u00eame si aujourd&rsquo;hui le gouvernement est \u00e0 un moment de haute popularit\u00e9, cela ne durera pas \u00e9ternellement. Comme l&rsquo;a montr\u00e9 la p\u00e9riode du lock-out, il peut y avoir une nouvelle usure dans la mesure o\u00f9 les promesses du gouvernement ne sont pas transform\u00e9es en une r\u00e9alit\u00e9 palpable. Cela para\u00eet \u00eatre le nouveau front choisi par les \u00ab\u00a0faiblards\u00a0\u00bb, ou du moins par ceux qui ont accept\u00e9 de se positionner, pour un temps, dans le domaine de la d\u00e9mocratie bourgeoise. Cette tactique donne de l&rsquo;air \u00e0 la bourgeoisie pour se restructurer et pour essayer de contre-attaquer dans une conjoncture plus favorable.<\/p>\n<p>En ce sens, il est important d&rsquo;analyser la port\u00e9e de quelques changements tactiques r\u00e9cents, qui peuvent signifier des modifications sur le terrain des relations de l&rsquo;imp\u00e9rialisme avec le chavisme. Apr\u00e8s le r\u00e9sultat du pl\u00e9biscite, Chavez a cherch\u00e9 de nouveau la conciliation avec les Etats-Unis et avec l&rsquo;opposition bourgeoise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne. Avec Carter et l&rsquo;OEA comme garants, il s&rsquo;est mis \u00e0 parler de stabiliser le p\u00e9trole et d&rsquo;ouvrir des relations avec l&rsquo;opposition \u00ab\u00a0civilis\u00e9e\u00a0\u00bb. Cela va de pair avec le fait qu&rsquo;apr\u00e8s la d\u00e9faite dans le pl\u00e9biscite, le gouvernement Bush a accept\u00e9 la victoire de Chavez. Un secteur important de la bourgeoisie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne s&rsquo;est mis \u00e0 ouvrir un nouveau front \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb d&rsquo;opposition et de pression dans la l\u00e9galit\u00e9, comme cela a \u00e9t\u00e9 clairement le cas avec Cisneros. Ces secteurs se mettent probablement \u00e0 jouer un r\u00f4le semblable \u00e0 celui de Violeta Chamorro dans le Nicaragua sandiniste : faire pression sur Chavez pour qu&rsquo;il fasse des concessions, et le soumettre \u00e0 l&rsquo;usure jusqu&rsquo;\u00e0 le renverser \u00e9lectoralement. Ou m\u00eame, obtenir qu&rsquo;il commence lui-m\u00eame \u00e0 reculer plus largement sur ses positions concernant le p\u00e9trole et qu&rsquo;il commence \u00e0 accepter l&rsquo;appropriation des richesses de fa\u00e7on plus profonde, dans le style de ce que fait Lucio Guti\u00e9rrez en \u00c9quateur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Annexes\u00a0:<\/h2>\n<h2>Une comparaison n\u00e9cessaire\u00a0:L&rsquo;exp\u00e9rience sandiniste au Nicaragua<\/h2>\n<p>Les sandinistes ont \u00e9t\u00e9 la direction d&rsquo;une gu\u00e9rilla de masses qui a d\u00e9truit, par une insurrection, l&rsquo;arm\u00e9e et la dictature criminelle d&rsquo;Anastasio Somoza, et qui a pris le pouvoir en 1979. Cela a conduit \u00e0 un processus r\u00e9volutionnaire dans toute la zone de l&rsquo;Am\u00e9rique Centrale, particuli\u00e8rement au Salvador, au Guatemala et au Honduras.<\/p>\n<p>Toutefois, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;a fait la direction de la gu\u00e9rilla de Cuba en 1959\u00ac61, le Front Sandiniste n&rsquo;a pas expropri\u00e9 la bourgeoisie qui avait soutenu la dictature. Le mot d&rsquo;ordre qui exprimait cette politique, avec l&rsquo;accord explicite de Fidel Castro, a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0le Nicaragua ne sera pas un nouveau Cuba\u00a0\u00bb. En synth\u00e9tisant, il s&rsquo;agissait d&rsquo;attaquer seulement les \u00ab\u00a0somozistes\u00a0\u00bb et de ne pas toucher les propri\u00e9t\u00e9s de la bourgeoisie \u00ab\u00a0lib\u00e9rale\u00a0\u00bb. On en est arriv\u00e9 \u00e0 faire des d\u00e9crets contre les occupations de terres ou d&rsquo;usines qui appartenaient \u00e0 des bourgeois n&rsquo;ayant pas \u00e9t\u00e9 des d\u00e9fenseurs de Somoza.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;une v\u00e9ritable r\u00e9volution agricole \u00e0 partir des bases paysannes ait suivi le renversement de Somoza en 1982, trois ans apr\u00e8s la prise du pouvoir 60% de l&rsquo;\u00e9conomie \u00e9tait priv\u00e9e, 81% des terres appartenaient aux grands propri\u00e9taires terriens, 75% des manufactures aux bourgeois nicaraguayens, ainsi que 80% du commerce en gros. On a continu\u00e9 \u00e0 payer la dette ext\u00e9rieure, bien qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 souscrite par le dictateur Somoza !<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cette bonne volont\u00e9 du gouvernement sandiniste, la bourgeoisie et l&rsquo;imp\u00e9rialisme, comme toujours \u00ab\u00a0peu reconnaissants\u00a0\u00bb avec ceux qui lui font des concessions, n&rsquo;acceptaient pas l&rsquo;ind\u00e9pendance conquise par le pays gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;insurrection. Ils se sont mis \u00e0 pr\u00e9parer le retour \u00e0 la \u00ab\u00a0normalit\u00e9\u00a0\u00bb et la mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du Front Sandiniste du pouvoir.<\/p>\n<p>A cette p\u00e9riode, Ronald Reagan, pr\u00e9sident des Etats-Unis, avait comme politique fondamentale l&rsquo;expulsion des sandinistes du pouvoir et la d\u00e9faite de la r\u00e9volution en Am\u00e9rique Centrale, pour assurer le contr\u00f4le imp\u00e9rialiste dans la zone et \u00e9craser toute tentative d&rsquo;orientation ind\u00e9pendante. Pour cela, en m\u00eame temps qu&rsquo;il finan\u00e7ait et armait la Contra (6), sa grande tactique a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;exiger des concessions aux sandinistes sur le terrain politique et d&rsquo;imposer la d\u00e9mocratie bourgeoise comme arme pour construire une opposition bourgeoise qui pourrait mettre le Front Sandiniste \u00e9lectoralement en \u00e9chec. La direction sandiniste a accept\u00e9 ces conditions pour maintenir son alliance avec la bourgeoisie \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette politique de la direction sandiniste (collaborer avec la bourgeoisie locale et l&rsquo;imp\u00e9rialisme tandis que les privations de la population pauvre augmentaient vertigineusement) a eu comme r\u00e9sultat, petit \u00e0 petit, l&rsquo;usure de la direction sandiniste. Ces p\u00e9nuries \u00e9taient provoqu\u00e9es par le boycottage \u00e9conomique imp\u00e9rialiste et les attaques de la Contra. Non seulement le Front Sandiniste n&rsquo;a pas fait face \u00e0 la bourgeoisie, mais il a emp\u00each\u00e9 les paysans de prendre les terres et les travailleurs de la ville d&rsquo;assumer le contr\u00f4le des entreprises. A cause de cela, le Front Sandiniste a entre autres perdu de plus en plus le contact avec les masses et a \u00e9t\u00e9 bureaucratis\u00e9 en reconstruisant l&rsquo;Etat bourgeois, d\u00e9truit pendant l&rsquo;insurrection. Alors qu&rsquo;il conciliait avec la bourgeoisie, les droits fondamentaux pour le mouvement ouvrier et paysan, comme le droit de gr\u00e8ve ou l&rsquo;occupation de la terre, ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s par des d\u00e9crets-loi \u00e0 partir d\u2019octobre 1980.<\/p>\n<p>La population pauvre approvisionnait les cadres et les soldats qui allaient combattre la Contra, mais la bourgeoisie refusait d&rsquo;envoyer ses fils \u00e0 la lutte pour la d\u00e9fense du pays.<\/p>\n<p>Les conditions de sant\u00e9 et le niveau de vie se d\u00e9t\u00e9rioraient de jour en jour. Contrairement \u00e0 Cuba, o\u00f9 les masses ont eu des acquis dans ces domaines clefs apr\u00e8s la r\u00e9volution, les masses nicaraguayennes, neuf ans apr\u00e8s que le Front Sandiniste ait pris le pouvoir, connaissaient encore une situation pitoyable. La bourgeoisie elle-m\u00eame a profit\u00e9 de cette situation, a responsabilis\u00e9 le gouvernement dans son pros\u00e9lytisme \u00e9lectoral et a fini par mettre en \u00e9chec le Front Sandiniste dans une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>Ils ont \u00e9t\u00e9 vaincus par la candidate Violeta Chamorro, qui avait \u00e9t\u00e9 la \u00ab\u00a0partenaire\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils avaient promue au gouvernement apr\u00e8s le renversement de Somoza, la personnification de la bourgeoisie \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, la raison pour laquelle \u00ab\u00a0on ne pouvait pas attaquer la propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;avoir un Gouvernement de Reconstruction Nationale et d&rsquo;\u00e9viter \u00e0 tout prix \u00ab\u00a0de perdre des alli\u00e9s\u00a0\u00bb. Mais, peu de temps apr\u00e8s avoir pris part \u00e0 ce gouvernement, Chamorro s&rsquo;est \u00e9cart\u00e9e et s&rsquo;est ensuite lanc\u00e9e comme opposition (avec d&rsquo;autres ex-alli\u00e9s bourgeois du sandinisme comme Alfonso Robelo) jusqu&rsquo;\u00e0 parvenir \u00e0 mettre en \u00e9chec le Front Sandiniste et sortir du pouvoir par la voie \u00e9lectorale, 10 ans apr\u00e8s l&rsquo;insurrection, en 1989.<\/p>\n<p>Un dirigeant sandiniste, Bayardo Arce, a d\u00e9clar\u00e9, en 1984, \u00ab\u00a0qu&rsquo;ils allaient construire le socialisme avec les dollars du capitalisme\u00a0\u00bb. Toutefois, ce qui est arriv\u00e9, c&rsquo;est que le capitalisme les a utilis\u00e9s pour reconstruire l&rsquo;Etat capitaliste, y compris l&rsquo;arm\u00e9e, avec les cadres de la gu\u00e9rilla eux-m\u00eames, et qu&rsquo;il les a ensuite us\u00e9s et expuls\u00e9s du pouvoir par la \u00ab\u00a0voie sans issue\u00a0\u00bb de la d\u00e9mocratie bourgeoise.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat tragique, outre la d\u00e9faite de la r\u00e9volution, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;incorporation de la direction sandiniste \u00e0 l&rsquo;appareil de l&rsquo;\u00c9tat et sa conversion \u00e0 la d\u00e9mocratie bourgeoise coloniale latino-am\u00e9ricaine. Ils se sont adapt\u00e9s d&rsquo;une telle mani\u00e8re au r\u00e9gime bourgeois que, jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, les d\u00e9nonciations de leur corruption font honte \u00e0 la gauche de la r\u00e9gion. Le Front Sandiniste a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;\u00eatre transform\u00e9 en un appareil \u00e9lectoral adapt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat bourgeois et \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme, avec des relations organiques avec la social-d\u00e9mocratie, et avec plusieurs de ses dirigeants transform\u00e9s en bourgeois.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>R\u00e9solution du Congr\u00e8s des travailleurs p\u00e9troliers<\/h2>\n<p>(21 octobre 2003 -Maracay) Cher Pr\u00e9sident,<\/p>\n<p>Nous, qui souscrivent la pr\u00e9sente, pr\u00e9occup\u00e9s par la situation actuelle de PDVSA, nous nous adressons \u00e0 vous afin de vous d\u00e9montrer que nous avons compris comment l&rsquo;action du pouvoir oligarchique de la droite nationale et transnationale, \u00e0 travers Miquilena et son entourage, a laiss\u00e9 un cadre l\u00e9gal qui permet subrepticement le processus de privatisation de notre industrie p\u00e9troli\u00e8re. Nous sommes sp\u00e9cifiquement pr\u00e9occup\u00e9s par l&rsquo;application discr\u00e9tionnaire de la Loi d&rsquo;Hydrocarbures (qui, par exemple, dans son article 20, permet le secret sur les n\u00e9gociations pour les multinationales), de la Loi Organique d&rsquo;Hydrocarbures Gazeux (articles 2 et 24 o\u00f9 on exclut la participation de l&rsquo;\u00c9tat dans les n\u00e9gociations) et des articles 301 (\u00e9galit\u00e9 de conditions entre investissement \u00e9tranger et national) et 303 (privatisation des filiales, associations et entreprises de PDVSA) de la Constitution de la R\u00e9publique Bolivarienne (&#8230;)<\/p>\n<p>PDVSA est au peuple. Pour une politique \u00e9nerg\u00e9tique souveraine.<\/p>\n<p>Avec ces stratag\u00e8mes l\u00e9gaux, ils pr\u00e9tendent \u00e9tendre \u00e0 65 ann\u00e9es les concessions d&rsquo;exploitation de gaz et \u00e0 40 ann\u00e9es celles du p\u00e9trole, conform\u00e9ment \u00e0 ce que ces normes proposent mais dans des conditions d\u00e9savantageuses pour le pays, en livrant notre richesse \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme contre lequel le Lib\u00e9rateur nous a mis en garde. Si les concessions grossi\u00e8res, accord\u00e9es avec ce que l&rsquo;on a appel\u00e9 l&rsquo;ouverture p\u00e9troli\u00e8re \u00e9taient une honte et un vol de la nation, le fait qu&rsquo;il existe un PLAN SECRET D&rsquo;AFFAIRES DE PDVSA nous pr\u00e9occupe (&#8230;) l&rsquo;application de ce plan d&rsquo;affaires impliquant \u00e0 la longue l&rsquo;augmentation de nouvelles n\u00e9gociations sans la contrepartie d&rsquo;imp\u00f4ts plus importants. Ces aspects constituent en outre l&rsquo;acceptation directe de la ZLEA en mati\u00e8re \u00e9nerg\u00e9tique (\u00e9galit\u00e9 de conditions entre le capital national et \u00e9tranger), ainsi que la privatisation d&rsquo;organismes publics et la livraison de nos richesses \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme guerrier et globalisant. (&#8230;)<\/p>\n<h2>Notes<\/h2>\n<p>(1) Journal La Jornada du 17\/8\/04, Mexique<\/p>\n<p>(2) Ignacio Ramonet va jusqu&rsquo;\u00e0 dire que Chavez est une expression actuelle de l'\u00a0\u00bbexemple de Bolivar\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, de la lib\u00e9ration de l&rsquo;Am\u00e9rique Latine, un Bolivar du 21\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>(3) Lusbi Portillo, \u201c\u00bfUribe y Chavez, proc\u00f3nsules del imperio?\u201d www.soberania.info, 4\/08\/04<\/p>\n<p>(4) Le New Deal a \u00e9t\u00e9 une politique du pr\u00e9sident am\u00e9ricain F.D. Roosevelt pour sortir de la d\u00e9pression de la d\u00e9cennie de 1930, en appliquant des fonds de l&rsquo;\u00c9tat dans des travaux et dans les r\u00e9gions les plus sous-d\u00e9velopp\u00e9es pour stimuler l&rsquo;\u00e9conomie, en particulier dans le secteur de la construction civile.<\/p>\n<p>(5) Article de 3\/9\/04, site Rebeli\u00f3n.<\/p>\n<p>(6) Les Contras sont les mercenaires paramilitaires qui fustigeaient de fa\u00e7on permanente le Nicaragua pour saboter l&rsquo;\u00e9conomie, bloquer le commerce et obliger les sandinistes \u00e0 n\u00e9gocier et \u00e0 c\u00e9der.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Joseph Weil Membre de la Direction Nationale du PSTU, la section br\u00e9silienne de la LIT-QI \u00a0Article publi\u00e9 dans le Marxisme Vivant n\u00b010 de 2004 &nbsp; Le processus r\u00e9volutionnaire v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien est aujourd&rsquo;hui un des plus importants d&rsquo;Am\u00e9rique Latine. 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