{"id":1238,"date":"2017-02-16T09:15:58","date_gmt":"2017-02-16T09:15:58","guid":{"rendered":"https:\/\/litci.org\/fr\/?p=1238"},"modified":"2017-02-16T09:15:58","modified_gmt":"2017-02-16T09:15:58","slug":"quatre-decennies-de-lutte-revolutionnaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litci.org\/fr\/quatre-decennies-de-lutte-revolutionnaire\/","title":{"rendered":"Quatre d\u00e9cennies de lutte r\u00e9volutionnaire"},"content":{"rendered":"<h6><strong><em>Alejandro Iturbe <\/em><\/strong><\/h6>\n<h6><em>Membre de la Direction Nationale du FOS, la section argentine de la LIT-QI <\/em><\/h6>\n<h6><strong><em>Am\u00e9rico Gomes <\/em><\/strong><\/h6>\n<h6><em>Membre de la Direction Nationale du PSTU, la section br\u00e9silienne de la LIT-QI <\/em><\/h6>\n<h6><em>\u00a0<\/em><em>Article publi\u00e9 dans le Marxisme Vivant n\u00b010 de juin 2004<\/em><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le Venezuela est un pays privil\u00e9gi\u00e9 par ses richesses naturelles. Les r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res sont estim\u00e9es \u00e0 300 billions de barils et le gaz naturel \u00e0 2,2 billions de m\u00e8tres cube. La r\u00e9gion de l&rsquo;Orinoco, o\u00f9 se trouve Ciudad Guayana, produit de grandes quantit\u00e9s de fer et d&rsquo;aluminium. Les centrales hydro\u00e9lectriques de Macagua et de Santa Helena de Uiraem produisent 490 m\u00e9gawatts.<\/p>\n<p>Ces richesses ont permis une longue p\u00e9riode de stabilit\u00e9 \u00e9conomique. Quand l&rsquo;ancien pr\u00e9sident Carlos Andres Peres (CAP) a nationalis\u00e9 les industries ferro-mini\u00e8res en 1974, puis l&rsquo;industrie p\u00e9troli\u00e8re en 1976, l&rsquo;investissement public a augment\u00e9. L&rsquo;entreprise p\u00e9troli\u00e8re d&rsquo;\u00c9tat PDVSA, cr\u00e9\u00e9e en 1976, est la plus grande du monde, avec des associations internationales aux Etats-Unis et en Europe. Elle produit 2,7 millions de barils par jour, dont 70% vont aux Etats-Unis. Ces richesses ont \u00e9t\u00e9 la base de la constitution d&rsquo;une classe dominante absolument parasitaire, li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain et enkyst\u00e9e dans les appareils d&rsquo;\u00c9tat, un m\u00e9lange de bureaucratie gestionnaire et d&rsquo;une bourgeoisie agissant directement pour l&rsquo;imp\u00e9rialisme. C&rsquo;est pourquoi il \u00e9tait courant de d\u00e9signer le Venezuela comme l'\u00a0\u00bbArabie saoudienne de l&rsquo;Am\u00e9rique latine\u00a0\u00bb. Les recettes obtenues avec la vente du p\u00e9trole ont permis quelques concessions \u00e0 la population et le maintient d&rsquo;un r\u00e9gime de d\u00e9mocratie bourgeoise avec une certaine stabilit\u00e9 pendant presque 30 ans.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, le vol, la corruption et la soumission \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme ont conduit le pays \u00e0 une crise dans les ann\u00e9es 80, avec une situation d&rsquo;insolvabilit\u00e9, une \u00e9conomie en stagnation, une augmentation du ch\u00f4mage et du niveau de pauvret\u00e9, et la r\u00e9duction des d\u00e9penses sociales. Cette situation a donn\u00e9 lieu \u00e0 une s\u00e9rie de soul\u00e8vements et d&rsquo;insurrections qui ont mis la r\u00e9volution \u00e0 l&rsquo;ordre du jour.<\/p>\n<h2>De l'\u00a0\u00bbAccord de Punto Fijo\u00a0\u00bb \u00e0 la promotion de Ch\u00e1vez<\/h2>\n<p>Entre 1958 et 1989 (quand a lieu l&rsquo;insurrection ouvri\u00e8re et populaire connue sous le nom de \u00ab\u00a0<em>caracazo<\/em>\u00ab\u00a0), la politique bourgeoise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne a \u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur le r\u00e9gime institutionnel initi\u00e9 avec l'\u00a0\u00bbAccord de Punto Fijo\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;Accord a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 le 31 octobre 1958, dans la villa du m\u00eame nom, propri\u00e9t\u00e9 de Rafa\u00ebl Caldera (un de ses id\u00e9ologues). Y ont pris part les dirigeants les plus importants des trois principaux partis bourgeois du pays : Acci\u00f3n Democr\u00e1tica (AD), Partido Social Cristiano (COPEI) et Uni\u00f3n Republicana Democr\u00e1tica (URD). Le Parti Communiste v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien (PCV), assez de fort \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, a \u00e9t\u00e9 tenu explicitement en marge de l&rsquo;Accord.<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0Punto Fijo\u00a0\u00bb s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e, au d\u00e9but de cette m\u00eame ann\u00e9e, apr\u00e8s le renversement du gouvernement du g\u00e9n\u00e9ral Marcos P\u00e9rez Jim\u00e9nez. Ce dernier dirigeait depuis 1952 un r\u00e9gime personnaliste et dictatorial, soutenu par l&rsquo;arm\u00e9e, sans fonctionnement parlementaire, et un gouvernement dans lequel ces forces bourgeoises ne participaient pas. L'\u00a0\u00bbAccord de Punto Fijo\u00a0\u00bb d\u00e9finissait trois objectifs explicites :<\/p>\n<p>En finir avec l&rsquo;intervention permanente de l&rsquo;arm\u00e9e dans la vie politique du pays. Dans les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes, aucun gouvernement constitutionnel n&rsquo;avait pu terminer son mandat, \u00e9tant interrompus par des coups d&rsquo;\u00c9tat et des gouvernements militaires. Constituer un r\u00e9gime d\u00e9mocratique bourgeois solide et stable, bas\u00e9 sur les institutions \u00ab\u00a0normales\u00a0\u00bb de ce r\u00e9gime. Les trois partis devaient respecter le r\u00e9sultat \u00e9lectoral, soutenir le r\u00e9gime au parlement (sur la base d&rsquo;un \u00ab\u00a0programme minimal commun\u00a0\u00bb) et lors des \u00e9lections (leurs votes \u00e9taient additionn\u00e9s dans un Front Unitaire, comme indicateur de leur force et leur soutien populaire).<\/p>\n<p>Dans ce cadre, on proposait de former des gouvernements forts de coalition. La pr\u00e9sidence incombait au candidat ayant obtenu le plus voix, mais le gouvernement devait se former de fa\u00e7on \u00e9quilibr\u00e9e, avec des ministres des trois organisations.<\/p>\n<p>Avec ce crit\u00e8re, R\u00f3mulo Betancourt, candidat d&rsquo;AD, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident le 7 d\u00e9cembre 1958. En 1960, l&rsquo;URD a abandonn\u00e9 la coalition de gouvernement, ce qui a donn\u00e9 lieu alors au bipartisme classique AD-COPEI, en vigueur jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 90.<\/p>\n<h2>Une longue stabilit\u00e9<\/h2>\n<p>Les d\u00e9buts du r\u00e9gime de Punto Fijo n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 faciles. Il a d\u00fb faire face \u00e0 plusieurs tentatives de coup d&rsquo;\u00c9tat militaire, \u00e0 des luttes ouvri\u00e8res et populaires et \u00e0 des processus de gu\u00e9rilla(1) Toutefois, il s&rsquo;est peu \u00e0 peu consolid\u00e9 et a atteint une certaine stabilit\u00e9. Apr\u00e8s cinq ans, Betancourt a pu passer le flambeau pr\u00e9sidentiel \u00e0 un autre pr\u00e9sident \u00e9lu par voie \u00e9lectorale (Ra\u00fal Leoni), un fait presque sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;histoire v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne. Dans une d\u00e9cennie marqu\u00e9e par des coups d&rsquo;\u00c9tat militaires successifs dans beaucoup de pays latino-am\u00e9ricains, la bourgeoisie a \u00e9t\u00e9, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, pionni\u00e8re dans l&rsquo;application de la politique de \u00ab\u00a0r\u00e9action d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb dans le sous-continent, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans l&rsquo;utilisation des \u00e9lections et des m\u00e9canismes des institutions d\u00e9mocratiques bourgeoises pour r\u00e9soudre ses diff\u00e9rents et contr\u00f4ler le mouvement de masses.<\/p>\n<p>Le secret de cette stabilit\u00e9 institutionnelle a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9veloppement p\u00e9trolier du pays, un des principaux exportateurs mondiaux. Les recettes de la richesse p\u00e9troli\u00e8re ont permis \u00e0 la bourgeoisie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne de discuter de leurs affaires et de \u00ab\u00a0se repartir le g\u00e2teau\u00a0\u00bb de mani\u00e8re plus tranquille et, \u00e0 la fois, de pouvoir faire quelques concessions aux travailleurs et au peuple.<\/p>\n<h2>Les ann\u00e9es de l&rsquo;or noir<\/h2>\n<p>Dans les ann\u00e9es 70, on vit ce qui fut assur\u00e9ment les \u00ab\u00a0ann\u00e9es de l&rsquo;or noir\u00a0\u00bb du r\u00e9gime de Punto Fijo et de la bourgeoisie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne. En 1973, la guerre entre Isra\u00ebl et plusieurs pays arabes d\u00e9bouche sur une crise p\u00e9troli\u00e8re internationale, lors de laquelle le prix du p\u00e9trole a doubl\u00e9 en quelques semaines et a continu\u00e9 \u00e0 grimper par la suite. Les grandes compagnies p\u00e9troli\u00e8res internationales ont gagn\u00e9 des fortunes et, \u00e0 la fois, les pays exportateurs recevaient d&rsquo;importantes recettes additionnelles de dollars.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, en 1974, Carlos Andres P\u00e9rez (dirigeant d&rsquo;AD) assume la pr\u00e9sidence pour la premi\u00e8re fois. Les historiens disent \u00ab\u00a0qu&rsquo;il a re\u00e7u et a gouvern\u00e9 un Venezuela saoudien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>P\u00e9rez et la bourgeoisie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne ont pu se permettre un luxe inou\u00ef. On nationalise l&rsquo;industrie du fer en 1975, et l&rsquo;industrie du p\u00e9trole en cr\u00e9ant PDVSA (Petr\u00f3leo de Venezuela, Sociedad An\u00f3nima) en 1976. Les d\u00e9penses publiques augmentant de mani\u00e8re colossale : on construit des autoroutes, des barrages et des centrales \u00e9lectriques, des quartiers de logement populaires&#8230; La dette nationale interne et externe se multiplie par douze. La bourgeoisie et les classes moyennes du pays vivaient une \u00ab\u00a0d\u00e9bauche d&rsquo;importations\u00a0\u00bb d&rsquo;automobiles de luxe, d&rsquo;appareils \u00e9lectrom\u00e9nagers et d&rsquo;articles somptueux. En m\u00eame temps, la situation de plein emploi a permis aux travailleurs, suite \u00e0 leurs revendications et \u00e0 leurs luttes, d&rsquo;obtenir d&rsquo;importantes conqu\u00eates \u00e9conomiques. P\u00e9rez est devenu une figure de la politique mondiale : en 1975, il a re\u00e7u le prix Earth Care, accord\u00e9 par des organisations \u00e9cologistes, et en 1976 il est devenu vice-pr\u00e9sident de l&rsquo;Internationale Socialiste.<\/p>\n<p>Mais la f\u00eate n&rsquo;allait pas durer ; avec le gel et puis la chute du prix du p\u00e9trole vers la fin des ann\u00e9es 70, les recettes du pays ont commenc\u00e9 \u00e9galement \u00e0 chuter. P\u00e9rez a termin\u00e9 son mandat en 1979, mais il a laiss\u00e9 comme h\u00e9ritage une lourde dette publique, un \u00c9tat gigantesque et un r\u00e9gime de plus en plus corrompu.<\/p>\n<h2>Le contexte mondial des ann\u00e9es 80<\/h2>\n<p>Dans les ann\u00e9es 80, d&rsquo;importants changements dans la situation \u00e9conomique et politique mondiale ont eu lieu. Aux Etats-Unis Ronald Reagan a assum\u00e9 la pr\u00e9sidence et a d\u00e9velopp\u00e9 une politique beaucoup plus dure et plus offensive de l&rsquo;imp\u00e9rialisme yankee pour faire face au processus r\u00e9volutionnaire de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le triomphe du peuple vietnamien (1975) et les r\u00e9volutions en Iran et au Nicaragua (1979). Sur le terrain \u00e9conomique, une fois fini le \u00ab\u00a0boom \u00e9conomique d&rsquo;apr\u00e8s-guerre\u00a0\u00bb, une grande restructuration de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale a eu lieu : les industries lourdes, d&rsquo;une plus grande consommation d&rsquo;\u00e9nergie, c\u00e9daient du terrain et \u00e9taient remplac\u00e9es par des mat\u00e9riaux plus l\u00e9gers et des technologies avec une faible consommation \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Le prix du p\u00e9trole s&rsquo;effondrait sur les march\u00e9s mondiaux et les recettes v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes se r\u00e9duisaient radicalement, donnant lieu \u00e0 une crise \u00e9conomique de plus en plus accentu\u00e9e. Honorer la dette publique devenait de plus en plus lourd, ce qui obligeait les diff\u00e9rents gouvernements \u00e0 effectuer des ajustements permanents, ordonn\u00e9s par le FMI. Les conditions de vie des travailleurs et des masses se d\u00e9t\u00e9rioraient de plus en plus : le ch\u00f4mage augmentait, le pouvoir d&rsquo;achat du salaire baissait, les conqu\u00eates et les b\u00e9n\u00e9fices sociaux de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente s&rsquo;amenuisaient ou disparaissaient. Le m\u00e9contentement des masses s&rsquo;accumulait de plus en plus et les gr\u00e8ves des diff\u00e9rents syndicats ainsi que les manifestations estudiantines et les protestations populaires dans diff\u00e9rentes villes devenaient plus fr\u00e9quentes.<\/p>\n<p>En 1987, le gouvernement de Luis Herrera Campins (COPEI) a fait face \u00e0 des luttes ouvri\u00e8res qui ont culmin\u00e9s dans une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Dans cette mont\u00e9e Causa R, \u00e0 ce moment une petite organisation de gauche (stalinienne), a gagn\u00e9 le syndicat des m\u00e9tallos de Guayana.<\/p>\n<p>Acci\u00f3n Democr\u00e1tica (AD) \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0le parti du peuple\u00a0\u00bb, avec 58 ann\u00e9es d&rsquo;existence et une histoire de lutte contre la dictature de P\u00e9rez Jim\u00e9nez et de soutien \u00e0 la r\u00e9volution cubaine. C&rsquo;\u00e9tait un parti de masses qui dirigeait le mouvement syndical, \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;il contr\u00f4lait le syndicat CTV (Central de los Trabajadores de Venezuela).<\/p>\n<p>Dans ce cadre, Carlos Andres P\u00e9rez assume de nouveau la pr\u00e9sidence d\u00e9but 1989, apr\u00e8s avoir obtenu un r\u00e9sultat \u00e9lectoral important. Les travailleurs et les masses avaient l&rsquo;espoir que les \u00ab\u00a0ann\u00e9es d&rsquo;or\u00a0\u00bb de son gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent allaient se r\u00e9p\u00e9ter.<\/p>\n<h2>Le caracazo<\/h2>\n<p>Toutefois, ces espoirs n&rsquo;allaient pas durer. Les r\u00e9serves internationales \u00e9taient \u00e9puis\u00e9es et le d\u00e9ficit fiscal monstrueux, il y avait un d\u00e9sapprovisionnement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et les services publics \u00e9taient d\u00e9t\u00e9rior\u00e9s. Apr\u00e8s \u00e0 peine quelques jours, P\u00e9rez a lanc\u00e9 un paquet de mesures \u00e9conomiques brutales contre les travailleurs et le peuple : duplication de la valeur du dollar (ce qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 une mont\u00e9e en fl\u00e8che g\u00e9n\u00e9rale du prix de tous les produits), augmentations des int\u00e9r\u00eats bancaires, hausse de 80% du prix de l&rsquo;essence et de 40% de ceux de tous les services publics.<\/p>\n<p>La riposte ouvri\u00e8re et populaire n&rsquo;a pas tard\u00e9. Le m\u00e9contentement accumul\u00e9 pendant plusieurs ann\u00e9es a explos\u00e9 : les 27 et 28 f\u00e9vrier 1989, une grande insurrection contre les mesures \u00e0 lieu \u00e0 Caracas et dans toutes les zones voisines de la capitale, et des \u00e9v\u00e9nements similaires se sont produits dans plusieurs villes de l&rsquo;int\u00e9rieur. Des centaines de milliers de personnes des quartiers sont sorties en rue pour protester et piller des commerces et ont fait face \u00e0 une r\u00e9pression extr\u00eamement dure ordonn\u00e9e par le gouvernement, avec des barricades, des pierres et des armes. Cela a \u00e9t\u00e9 le plus grand et le plus violent fait de l&rsquo;histoire de la lutte de classes du pays : des centaines de personnes sont mortes lors de ces deux jours, la majorit\u00e9 dans les confrontations entre les manifestants et les forces de r\u00e9pression. La r\u00e9pression a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une extr\u00eame violence : officiellement, il y a eu 243 morts, mais on parle d&rsquo;un millier, dont beaucoup ont \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s dans des fosses communes(2). C&rsquo;\u00e9tait une action criminelle, en plein \u00e9tat de si\u00e8ge, avec des meurtres, des tortures et des emprisonnements arbitraires.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, il y a eu de nombreux cas de division dans l&rsquo;arm\u00e9e, avec des secteurs qui refusaient de r\u00e9primer ou qui tout simplement prenaient part aux pillages. Les masses dans la rue, menant une insurrection ouvri\u00e8re et populaire, ont donn\u00e9 un nouveau cours dans l&rsquo;histoire du Venezuela.<\/p>\n<p>Cette insurrection a mis en crise toutes les institutions du pouvoir, qui ont \u00e9t\u00e9 incapables de freiner la r\u00e9bellion. \u00ab\u00a0<em>En cinq jours le mythe de la d\u00e9mocratie bourgeoise la plus solide de l&rsquo;Am\u00e9rique Latine s&rsquo;est effondr\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0(3). Cela a \u00e9t\u00e9 la rupture des masses avec les institutions bourgeoises.<\/p>\n<p>La police s&rsquo;est dissoute au milieu du soul\u00e8vement. Le gouvernement a lanc\u00e9 l&rsquo;arm\u00e9e contre le peuple, cette arm\u00e9e qui a comme devise la phrase de Bolivar : \u00ab\u00a0Maudit soit le soldat qui fait feu contre son peuple, et celui qui le fait n&rsquo;aura ni patrie ni drapeau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le n\u00b0 41 de <em>Correo Internacional <\/em>de juillet 1989, la revue de la LIT-QI, d\u00e9clarait : \u00ab\u00a0<em>Ces jours signifient la fin du Venezuela saoudien, auquel la richesse p\u00e9troli\u00e8re avait laiss\u00e9 trente ans de stabilit\u00e9 \u00e9conomique et politique exceptionnels en Am\u00e9rique Latine<\/em>\u00ab\u00a0. En d&rsquo;autres mots, le m\u00eame concept \u00e9tait exprim\u00e9 par la presse v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne elle-m\u00eame : \u00ab\u00a0<em>Rien ne sera plus le m\u00eame dans ce pays dor\u00e9navant (&#8230;) Le 27 f\u00e9vrier pass\u00e9, dans les premi\u00e8res heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, un nouveau Venezuela est n\u00e9<\/em>.\u00a0\u00bb (revue Elite, 14\/3\/89).<\/p>\n<p>Ses bases \u00e9conomiques \u00e9tant affaiblies \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, ses institutions gouvernementales corrod\u00e9es par la corruption et l&rsquo;usure, les partis bourgeois, la gauche r\u00e9formiste et la bureaucratie syndicale de la CTV ayant re\u00e7u un coup dur, et presque sans soutien populaire, le r\u00e9gime de Punto Fijo entamait son agonie, apr\u00e8s \u00ab\u00a0le coup mortel\u00a0\u00bb re\u00e7u lors du caracazo. Comme un r\u00e9sultat apr\u00e8s coup, P\u00e9rez d\u00e9missionnait en 1993, au milieu de nouvelles mobilisations populaires et apr\u00e8s un jugement politique pour corruption.<\/p>\n<h2>Des ann\u00e9es de corruption et de crise -la mont\u00e9e de Chavez<\/h2>\n<p>A partir de l\u00e0, il y eu plusieurs ann\u00e9es de convulsions sociales. Les partis traditionnels (AD et COPEI) tombaient en ruine, Causa R se transformait en une organisation avec une influence de masses et les anciens gu\u00e9rilleros devenaient des n\u00e9o-lib\u00e9raux, les \u00ab\u00a0gauchistes\u00a0\u00bb s&rsquo;alliaient avec l&rsquo;imp\u00e9rialisme et les syndicalistes avec les militaires, l&rsquo;arm\u00e9e s&rsquo;est divis\u00e9e et une nouvelle centrale syndicale est apparue. En outre, des centaines d&rsquo;organismes de base ont \u00e9t\u00e9 construites, parmi lesquelles les cercles bolivariens, signifiant un saut dans l&rsquo;organisation de la classe ouvri\u00e8re et des quartiers prol\u00e9taires.<\/p>\n<p>Dans une tentative de r\u00e9pondre \u00e0 cette situation de crise institutionnelle globale, le colonel Hugo Ch\u00e1vez, avec un groupe de jeunes officiers, a dirig\u00e9 une tentative de coup militaire en f\u00e9vrier 1992. Il a essuy\u00e9 un \u00e9chec et a \u00e9t\u00e9 captur\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 20 ans de prison. Depuis la prison, il a commenc\u00e9 \u00e0 gagner du prestige parmi les secteurs ouvriers et populaires parce qu&rsquo;il apparaissait oppos\u00e9 au \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En 1993, Carlos Andres P\u00e9rez a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 par des mobilisations populaires et des accusations de corruption. Apr\u00e8s sa d\u00e9mission, les \u00e9lections ont \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9es par le vieux politicien bourgeois Rafa\u00ebl Caldera, avec Convergencia Democr\u00e1tica, une formation peu repr\u00e9sentative. Il a obtenu 25% des voix, avec 60% d&rsquo;abstention. Le dirigeant syndical des usines sid\u00e9rurgiques de Guayana, Andres Vel\u00e1squez, de Causa R, a eu la seconde place avec un vote surprenant, mais la fraude a garanti l&rsquo;\u00e9lection de Caldera. En 1994, par exigence populaire, Caldera a lib\u00e9r\u00e9 Ch\u00e1vez. Ce dernier a commenc\u00e9 \u00e0 former son propre courant politique, le Mouvement Bolivarien R\u00e9volutionnaire, et a initi\u00e9 son parcours vers la candidature pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en d\u00e9cembre 1998, avec 56,24 % des votes. Sa victoire sur tous les candidats de l&rsquo;oligarchie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne a \u00e9t\u00e9 une expression d\u00e9form\u00e9e du processus r\u00e9volutionnaire ainsi que de la crise socio\u00ad\u00e9conomique qui n&rsquo;avait pas pu \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e par les plans \u00e9conomiques de Caldera. Ch\u00e1vez prend la pr\u00e9sidence en f\u00e9vrier 1999 et, dans son discours, il organise un pl\u00e9biscite pour former une Assembl\u00e9e Constituante, dans le but de recomposer les structures d\u00e9truites de l&rsquo;\u00c9tat. Le \u00ab\u00a0OUI\u00a0\u00bb a obtenu 73% des votes et les bolivariens obtiennent une tr\u00e8s ample majorit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s constituants.<\/p>\n<p>L&rsquo;Assembl\u00e9e promulgue un Congr\u00e8s unicam\u00e9ral, certains droits et garanties du peuple, ainsi que plusieurs revendications concernant travail, et elle r\u00e9forme le pouvoir supr\u00eame judiciaire et \u00e9lectoral. Finalement, elle institue le r\u00e9f\u00e9rendum consultatif, r\u00e9vocatoire et de confirmation. Le terme \u00ab\u00a0V\u00e8me R\u00e9publique\u00a0\u00bb appara\u00eet et le pays change de nom, devenant la R\u00e9publique Bolivarienne du Venezuela. En 2000, apr\u00e8s une gr\u00e8ve p\u00e9troli\u00e8re fortement r\u00e9prim\u00e9e par le gouvernement, il y a de nouvelles \u00e9lections. La balance p\u00e9troli\u00e8re \u00e9tait en hausse. Ch\u00e1vez est r\u00e9\u00e9lu, cette fois pour un mandat de 6 ans.<\/p>\n<p>Il y avait toutefois des contradictions avec l&rsquo;imp\u00e9rialisme, fondamentalement parce que celui-ci voulait appliquer \u00e0 tout prix un projet n\u00e9olib\u00e9ral au Venezuela. Et il n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;accord que, pour contenir le processus r\u00e9volutionnaire, il \u00e9tait n\u00e9cessaire d&rsquo;avoir en premi\u00e8re ligne un leader populiste qui ne s&rsquo;incline pas totalement aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>La politique \u00e9conomique de Ch\u00e1vez incluait, outre l&rsquo;approvisionnement r\u00e9gulier des Etats-Unis en p\u00e9trole, des d\u00e9valuations de la monnaie et le paiement ponctuel de la dette ext\u00e9rieure,. Il n&rsquo;a jamais attaqu\u00e9 le ch\u00f4mage, les bas salaires ou la mis\u00e8re de la majorit\u00e9. Malgr\u00e9 cela, le gouvernement des Etats-Unis \u00e9tait tr\u00e8s irrit\u00e9 par Ch\u00e1vez. Le pr\u00e9sident faisait des d\u00e9clarations anti-imp\u00e9rialistes, et principalement de soutien \u00e0 Cuba, qui b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une forte solidarit\u00e9 de la part V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens.<\/p>\n<p>Il a lanc\u00e9 des lois comme celles des hydrocarbures, de la Terre et de la P\u00eache qui, malgr\u00e9 les critiques bourgeoises, n&rsquo;apportaient aucune transformation importante. Il a critiqu\u00e9 la Loi antiterroriste de Bush, il a rendu visite \u00e0 Saddam Hussein et \u00e0 Anuar Gadafi, il a d\u00e9fendu l&rsquo;inviolabilit\u00e9 de l&rsquo;espace a\u00e9rien pour les avions militaires am\u00e9ricains et il a critiqu\u00e9 la Zone de Libre Echange des Am\u00e9riques (ZLEA).<\/p>\n<p>Dans le secteur p\u00e9trolier, il n&rsquo;a jamais propos\u00e9 de revoir l&rsquo;ouverture faite par Caldera, qui a permis l&rsquo;entr\u00e9e des multinationales dans l&rsquo;exploration du p\u00e9trole. Il a \u00e0 peine essay\u00e9 d\u2019obtenir un plus grand contr\u00f4le de l&rsquo;\u00c9tat sur PDVSA, avec une plus grande participation fiscale pour am\u00e9liorer les recettes, en plus de d\u00e9fendre l&rsquo;OPEP comme cartel r\u00e9gulateur des prix. L&rsquo;imp\u00e9rialisme, qui n&rsquo;acceptait pas cette politique, a organis\u00e9 le coup d&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;avril 2002, le lock-out du mois de d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e et ensuite le r\u00e9f\u00e9rendum r\u00e9vocatoire.<\/p>\n<h2>Coup d&rsquo;\u00c9tat et insurrection populaire en 2002<\/h2>\n<p>En avril 2002, la r\u00e9volution et la contre-r\u00e9volution se sont trouv\u00e9es face \u00e0 face. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la f\u00e9rocit\u00e9 de l&rsquo;imp\u00e9rialisme et des secteurs de la bourgeoisie nationale qui cherchaient \u00e0 \u00e9craser tout mouvement de r\u00e9volte ou d&rsquo;insubordination contre l&rsquo;imp\u00e9rialisme, de l&rsquo;autre, la disposition r\u00e9volutionnaire des masses.<\/p>\n<p>L&rsquo;alliance contre-r\u00e9volutionnaire incluait la Fedecamaras (la f\u00e9d\u00e9ration patronale v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne), les archi-bureaucrates de la CTV, la haute bureaucratie \u00e9tatique de PDVSA, les militaires li\u00e9s aux anciennes oligarchies, les dirigeants d&rsquo;AD et de COPEI, la haute hi\u00e9rarchie de l&rsquo;\u00e9glise catholique, et les propri\u00e9taires des grands moyens de communication comme Gustavo Cisneros (qui a 70 compagnies dans 39 pays, avec plus de 35.000 employ\u00e9s). Tous \u00e9taient d\u00fbment articul\u00e9s par l&rsquo;imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain et son ambassadeur Charles Shapiro.<\/p>\n<p>Cette coalition a convoqu\u00e9 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale pour le 9 avril, d&rsquo;abord pour 24 heures et l\u2019a ensuite transform\u00e9e en une gr\u00e8ve ind\u00e9termin\u00e9e. Le 11 avril, ils ont men\u00e9 une marche vers le Palais Pr\u00e9sidentiel de Miraflores, avec l&rsquo;objectif clair de provoquer un conflit sanglant. La marche \u00e9tait compos\u00e9e de provocateurs et de membres de la Police M\u00e9tropolitaine de Caracas (sous les ordres de l&rsquo;anti-chaviste Alfredo Pena) qui ont fait face \u00e0 des activistes des cercles bolivariens. La mort de 15 personnes dans ce conflit a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9tonateur du coup d&rsquo;\u00c9tat : on a accus\u00e9 Ch\u00e1vez de \u00ab\u00a0g\u00e9nocide\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb. Des militaires putschistes ont captur\u00e9 le pr\u00e9sident et l&rsquo;ont men\u00e9 au fort Tiuna, le quartier g\u00e9n\u00e9ral des rebell\u00e9s. Ils ont annonc\u00e9 sa d\u00e9mission et ont appel\u00e9 Pedro Carmona, de la Fedecamaras, pour occuper le poste de Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Ils ont imm\u00e9diatement form\u00e9 un nouveau gouvernement et ont annonc\u00e9 les nouveaux d\u00e9crets qui ont supprim\u00e9 le nom de R\u00e9publique Bolivarienne ; ils ont dissous l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale, le Tribunal Sup\u00e9rieur de Justice et le Conseil National \u00c9lectoral ; ils ont \u00e9cart\u00e9 des maires et des gouverneurs, et ont annul\u00e9 l&rsquo;accord entre Cuba et le Venezuela sur l&rsquo;\u00e9change p\u00e9trolier, l\u2019assistance m\u00e9dicale et sportive.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le coup d&rsquo;\u00c9tat, ils ont envoy\u00e9 la r\u00e9pression dans les rues : des forces putschistes soutenues par des groupes paramilitaires (form\u00e9s par des groupements de droite comme Primera Justicia), des militants d&rsquo;AD et de l&rsquo;organisation suppos\u00e9e de \u00ab\u00a0gauche\u00a0\u00bb Drapeau Rouge (avec des fusils et des revolvers) ont fait la chasse aux militants chavistes et aux dirigeants syndicaux et de quartiers. Sous des ordres des maires de Caracas, Chacao et Baruta, ils ont envahi des maisons et ont captur\u00e9 des activistes. Ils ont cass\u00e9 l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;ambassade cubaine et ont essay\u00e9 de l&rsquo;envahir pour chercher d&rsquo;\u00e9ventuels exil\u00e9s. Cette nuit l\u00e0, il y a eu plusieurs morts.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, Ch\u00e1vez n&rsquo;a jamais sign\u00e9 sa d\u00e9mission. Au d\u00e9but les masses ne r\u00e9agissaient pas, \u00e0 cause de la d\u00e9sinformation ; par la suite, elles ne croyaient pas que Ch\u00e1vez avait d\u00e9missionn\u00e9 ; finalement, elles ont commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir. Dans la nuit du 12, les protestations ont commenc\u00e9 \u00e0 Caracas, et le 13, elles se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es dans tout le pays. En Guayana, les travailleurs m\u00e9tallos ont occup\u00e9 les usines avec les directeurs \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, et ont attendu par la suite des ordres de leurs dirigeants. Les travailleurs du p\u00e9trole de Puerto La Cruz et les travailleurs de Carabobo se sont pr\u00e9par\u00e9s pour r\u00e9sister. A Maracay, le peuple a \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la caserne des parachutistes et a demand\u00e9 des armes. Les principales casernes du pays se trouvaient dans cette situation : leurs alentours pris la population. C&rsquo;est ce qui a fait pencher la balance du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;insurrection. Les soldats organisaient des assembl\u00e9es pour d\u00e9battre et ont d\u00e9cid\u00e9 de ne reconna\u00eetre que le gouvernement de Ch\u00e1vez.<\/p>\n<p>A Caracas, des milliers de personnes ont envahi les rues, sont descendus des collines comme lors du \u00ab\u00a0caracazo\u00a0\u00bb, jusqu&rsquo;aux casernes pour demander des armes. Dans les rues, ils ont mont\u00e9 des barricades pour faire face \u00e0 la Police M\u00e9tropolitaine. Il y a eu des coups de feu, des concerts de casseroles, des jets de pierres et des tirs qui venaient des collines. Ils ont ferm\u00e9 les avenues avec des barricades en bois et des pneus en feu. Ils ont encercl\u00e9 les r\u00e9seaux de t\u00e9l\u00e9vision et ont exig\u00e9 qu&rsquo;on mette la v\u00e9rit\u00e9 \u00ab\u00a0au grand jour\u00a0\u00bb. Les gens \u00e9taient organis\u00e9s et il y avait des chefs, normalement les chefs de quartier des cercles bolivariens. Il y a eu encore une fois une insurrection classique \u00e0 Caracas : la ville \u00e9tait entre les mains du peuple et la r\u00e9volution a mis en \u00e9chec le coup d&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p>Par la suite la r\u00e9sistance militaire anti-putschiste a commenc\u00e9, avec les parachutistes de la base \u00ab\u00a0Libertador\u00a0\u00bb Maracay et les troupes de la marine de Catia La Mar. Les putschistes ont eu peur et ont fait des appels par les moyens de communication pour que les gens ne viennent pas \u00e0 Caracas. Le commando de la Garde d&rsquo;Honneur, avec un contingent de 3.000 hommes, responsable de la s\u00e9curit\u00e9 du palais pr\u00e9sidentiel, a pris partie pour Ch\u00e1vez : arm\u00e9s de fusils et de pistolets, ils se sont install\u00e9s dans le bureau principal et d&rsquo;autres ailes du b\u00e2timent.<\/p>\n<p>En voyant que \u00ab\u00a0le sol se d\u00e9robait sous ses pieds\u00a0\u00bb, Carmona a abrog\u00e9 les d\u00e9crets du jour pr\u00e9c\u00e9dent et a annonc\u00e9 qu&rsquo;il convoquerait l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale de mani\u00e8re extraordinaire. Mais c&rsquo;\u00e9tait trop tard : avec le peuple dans les rues, les militaires lui retirant leur soutien, Carmona essaye de s&rsquo;enfuir, mais il est captur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du palais pr\u00e9sidentiel m\u00eame. La bourgeoisie n&rsquo;a pas d&rsquo;autre possibilit\u00e9 pour faire face aux masses en insurrection que de ramener Ch\u00e1vez, avec la t\u00e2che de recomposer l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<h2>Ch\u00e1vez s&rsquo;entend avec les putschistes<\/h2>\n<p>Une fois le coup d&rsquo;\u00c9tat mis en \u00e9chec, l&rsquo;approfondissement du processus r\u00e9volutionnaire exigeait la d\u00e9sarticulation et la d\u00e9faite de la conspiration de mani\u00e8re d\u00e9cisive. Mais Ch\u00e1vez a suivi le chemin inverse. Le seul prisonnier a \u00e9t\u00e9 Pedro Carmona, qui s&rsquo;est ensuite enfui dans l&rsquo;ambassade de Colombie. Les autres n&rsquo;ont subi aucune peine. Les canaux de t\u00e9l\u00e9vision ont continu\u00e9 \u00e0 fonctionner et \u00e0 conspirer. Toute la direction de PDVSA est rest\u00e9e intacte. De retour \u00e0 Miraflores, vers cinq heures du matin le dimanche, avec un crucifix en main, Ch\u00e1vez a dit : \u00ab\u00a0Du calme, tout va bien, retournez \u00e0 vos maisons, tout est sous contr\u00f4le&#8230; Les Cercles Bolivariens, s&rsquo;il vous pla\u00eet, je ne les veux pas arm\u00e9s ; il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9volution pacifique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>Le lock-out patronal et les mobilisations ouvri\u00e8res<\/h2>\n<p>Les putschistes ont continu\u00e9 \u00e0 conspirer et ont pr\u00e9par\u00e9 une nouvelle offensive. Ils avaient maintenu leurs positions et ont m\u00eame avanc\u00e9 dans quelques secteurs, prot\u00e9g\u00e9s par l&rsquo;impunit\u00e9. La nouvelle attaque a \u00e9t\u00e9 le lock\u00adout qui a commenc\u00e9 le 2 d\u00e9cembre et a dur\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 f\u00e9vrier. Le principal objectif de ce lock-out \u00e9tait de limiter la production et la distribution de p\u00e9trole : ils pr\u00e9tendaient couper l&rsquo;oxyg\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne. La haute direction de PDVSA a essay\u00e9 de paralyser l&rsquo;industrie \u00e0 travers l&rsquo;abandon et le sabotage, par le blocage et la destruction des contr\u00f4les automatis\u00e9s. Ils n&rsquo;y sont pas parvenus parce qu&rsquo;ils ont d\u00fb faire face aux ouvriers et aux techniciens des puits, des r\u00e9servoirs, des raffineries et des quais d\u2019embarquements.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, ils sont parvenus \u00e0 paralyser les raffineries d&rsquo;Amuay et d&rsquo;El Palito, ainsi que le pompage des r\u00e9servoirs qui, avec le blocus des capitaines des navires tanks, a coup\u00e9 l&rsquo;approvisionnement en essence dans une partie du pays ainsi que les exportations. On a ainsi satur\u00e9 les r\u00e9servoirs de p\u00e9trole et d&rsquo;essence dans les raffineries et les bateaux, ce qui a emp\u00each\u00e9 de continuer le raffinement ; \u00e0 partir de l\u00e0, le pompage dans les champs d&rsquo;extraction a d\u00fb \u00eatre arr\u00eat\u00e9. Cela a men\u00e9 \u00e0 la p\u00e9nurie de combustibles et de gaz domestique et industriel. Les r\u00e9actions populaires ont alors commenc\u00e9, avec l&rsquo;occupation des r\u00e9servoirs d&rsquo;essence, des tanks et des raffineries, accompagn\u00e9e de la neutralit\u00e9 de secteurs de l&rsquo;arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Il y a eu aussi un lock-out dans d&rsquo;autres secteurs : ils ont r\u00e9duit l&rsquo;horaire des banques et de leurs op\u00e9rations pour limiter le retrait d&rsquo;argent, faire pression sur la d\u00e9valuation de la monnaie et sur la fuite des capitaux. Les \u00e9coles priv\u00e9es, les commerces et les industries fermaient leurs portes, les patrons renvoyaient leurs employ\u00e9s \u00e0 la maison en leur garantissant leur salaire. Le probl\u00e8me de cette tactique est que, quand la paralysie se prolonge, ces secteurs de la bourgeoisie subissent des dommages par les pertes qu&rsquo;ils commencent \u00e0 avoir et, apr\u00e8s un mois, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre la fin du \u00ab d\u00e9blayage \u00bb et la recherche d&rsquo;une sortie n\u00e9goci\u00e9e. La petite bourgeoisie s&rsquo;est divis\u00e9e et le groupe \u00ab\u00a0Classe Moyenne en Positif\u00a0\u00bb, qui \u00e9tait contre les putschistes, est apparu.<\/p>\n<p>Les moyens de communication restaient entre les mains de la grande bourgeoisie nationale et diffusaient l&rsquo;information que la paralysie affectait plus de 80% de l&rsquo;\u00e9conomie. En outre, ils ont appel\u00e9 \u00e0 bloquer des avenues et des rues. Certains secteurs plus radicaux ont commenc\u00e9 \u00e0 effectuer quelques attentats terroristes, comme lancer une grenade contre l&rsquo;ambassade d&rsquo;Alg\u00e9rie, saboter des puits p\u00e9troliers, fermer des valves, casser des tuyauteries, d\u00e9truire des machines et des installations et voler des mat\u00e9riaux.<\/p>\n<p>Mais la r\u00e9sistance du peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper. A Caracas, la population s&rsquo;est organis\u00e9e dans les quartiers pour une juste distribution d&rsquo;essence et de gaz, pour la reprise des classes et la r\u00e9sistance contre les attaques de la droite et de sa police. Ils ont mont\u00e9 des commerces communautaires o\u00f9 on distribuait des aliments gratuits ou \u00e0 prix r\u00e9duits. Une foule immense a entour\u00e9 une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision priv\u00e9e, dans une zone r\u00e9sidentielle de haute classe moyenne, et l\u2019a oblig\u00e9 de diffuser un communiqu\u00e9 sign\u00e9 par plus de 100 organisations de quartier, politiques et syndicales en exigeant, entre autres, le contr\u00f4le social des moyens de communication. Entre la droite et les travailleurs, il y a eu des affrontements qui se sont sold\u00e9s par des morts et des bless\u00e9s des deux c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u00e9tat de Carabobo, les travailleurs organis\u00e9s par le mouvement syndical ont pris le d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;essence d&rsquo;Yagua et l&rsquo;ont mis en marche de fa\u00e7on manuelle. La m\u00eame chose a eu lieu en Carenero et Guatire. Les travailleurs du p\u00e9trole ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 la raffinerie d&rsquo;El Palito et l&rsquo;ont r\u00e9activ\u00e9e lentement, en raison du sabotage des pompes, et ils ont occup\u00e9 la compagnie de distribution Ferrari pour transporter l&rsquo;essence, sous la supervision de la Garde Nationale et du peuple.<\/p>\n<p>Dans la raffinerie de Puerto La Cruz, les travailleurs ont occup\u00e9 les lieux et en ont sorti le directeur, coupable de sabotage et qui pr\u00e9tendait la paralyser. Ils ont maintenu les installations op\u00e9rationnelles, de mani\u00e8re d\u00e9mocratique, en choisissant leurs superviseurs imm\u00e9diats. Dans l&rsquo;arm\u00e9e, se sont surtout la troupe et les bas et moyens commandements qui se sont solidaris\u00e9s avec l&rsquo;action.<\/p>\n<p>Les m\u00e9tallos de Guayana, qui ont vu la menace de paralysie des usines par manque de gaz dans les fours, ont d\u00e9cid\u00e9 de faire le voyage dans plus de 15 omnibus jusqu&rsquo;\u00e0 Anaco (zone productrice de gaz) et ont occup\u00e9 les entr\u00e9es de PDVSA -GAZ pour exiger la r\u00e9activation.<\/p>\n<p>La Parmalat a \u00e9t\u00e9 prise par la population, qui a exig\u00e9 sa r\u00e9ouverture. La brasserie Polar et Coca-Cola, \u00e0 Valence, ont \u00e9t\u00e9 occup\u00e9s par la Garde Nationale et on y a confisqu\u00e9 des milliers de litres d&rsquo;eau min\u00e9rale, de malte et de boissons rafra\u00eechissantes. Avec cela, bien qu&rsquo;ils aient annonc\u00e9 qu&rsquo;ils prendraient des mesures l\u00e9gales, ces entreprises ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9es de r\u00e9ouvrir leurs usines.<\/p>\n<p>Selon un travailleur du p\u00e9trole, cela a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0une guerre civile \u00e0 froid\u00a0\u00bb, parce que le peuple travailleur a commenc\u00e9 \u00e0 prendre le contr\u00f4le et a oblig\u00e9 le gouvernement et l&rsquo;arm\u00e9e \u00e0 durcir ses positions sur la suspension de la vente de devises, le contr\u00f4le des changes et des prix, et la d\u00e9mission d&rsquo;environ 5.000 saboteurs de PDVSA (surtout des cadres sup\u00e9rieurs et des directeurs).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Encore une fois, Ch\u00e1vez a cherch\u00e9 un accord<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s le coup d&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;avril, Ch\u00e1vez n&rsquo;a rien fait ni pour effectuer des changements \u00e9conomiques ou sociaux, ni pour cesser de payer la dette, ni pour \u00e9carter les militaires conspirateurs ou les membres de la direction de PDVSA qui avaient sabot\u00e9 la production. A la fois des militants populaires qui ont fait face aux putschistes ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s, et beaucoup d&rsquo;activistes r\u00e9volutionnaires sont morts ou ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s dans les confrontations.<\/p>\n<p>Le Tribunal Supr\u00eame de Justice, avec une majorit\u00e9 d&rsquo;opposition bourgeoise, a d\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0qu&rsquo;il n&rsquo;y avait eu aucun coup d&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb et qu&rsquo;il ne saisirait ni jugerait aucun saboteur bourgeois. L&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale, qui soutient Ch\u00e1vez, se divisait entre l&rsquo;aile \u00ab\u00a0radicale\u00a0\u00bb, qui faisait appel aux masses pour les utiliser comme base de man\u0153uvre, et l&rsquo;aile \u00ab\u00a0conciliatrice\u00a0\u00bb, qui tendait des ponts \u00e0 l&rsquo;opposition bourgeoise, en cherchant une issue \u00e9lectorale avec la seule condition qu&rsquo;on suspende la paralysie. Forts de leur impunit\u00e9, les conspirateurs pr\u00e9tendaient causer une crise \u00e9conomique dans le pays, mener la population \u00e0 l&rsquo;insurrection et pr\u00e9parer un nouveau coup d&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p>Comme m\u00e9diateur du conflit, Ch\u00e1vez a accept\u00e9 que cela soit le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;OEA, C\u00e9sar Gaviria, un pro-imp\u00e9rialiste, celui qui, alors pr\u00e9sident de Colombie durant l\u2019\u00e9pisode de la Constituante de 1991, a d\u00e9truit les mouvements partisans M-19 et EPL, en plus d&rsquo;offrir une couverture pour le meurtre de dizaines de dirigeants du FARC et de l&rsquo;ELN.<\/p>\n<p>Au Br\u00e9sil, Lula a annonc\u00e9 avec euphorie la formation du groupe \u00ab\u00a0Amis du Venezuela\u00a0\u00bb, pour servir d&rsquo;interm\u00e9diaire dans la crise. Un groupe totalement subordonn\u00e9 \u00e0 Gaviria et form\u00e9 par les pr\u00e9sidents Fox (Mexique), Lagos (Chili), Aznar (Espagne) et le gouvernement des Etats-Unis. Mais le lock-out a \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9chec par la r\u00e9sistance et l&rsquo;organisation de la classe ouvri\u00e8re et de la population la plus pauvre.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, Ch\u00e1vez a tout essayer pour garantir le contr\u00f4le sur l&rsquo;industrie p\u00e9troli\u00e8re : il a commenc\u00e9 une restructuration d&rsquo;en haut vers le bas, nommant des g\u00e9rants et des directeurs chavistes, avec une totale absence de participation d\u00e9mocratique des travailleurs, et il a pr\u00e9sent\u00e9 la proposition de diviser l&rsquo;entreprise en Oriental de Petr\u00f3leos S.A. et Occidental de Petr\u00f3leos S.A., ouvrant ainsi la possibilit\u00e9 l\u00e9gale de privatiser une partie de cette industrie.<\/p>\n<h2>La man\u0153uvre du pl\u00e9biscite<\/h2>\n<p>La troisi\u00e8me tentative de l&rsquo;imp\u00e9rialisme et des secteurs les plus \u00e0 droite de la bourgeoisie nationale pour renverser Ch\u00e1vez a \u00e9t\u00e9 le pl\u00e9biscite r\u00e9vocatoire de cette ann\u00e9e. Ces secteurs \u00e9taient \u00e9rod\u00e9s apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec du coup d&rsquo;\u00c9tat et du lock-out, tandis que les masses \u00e9taient plus fortes et organis\u00e9es. Voil\u00e0 pourquoi ils ont chang\u00e9 de tactique : puisqu&rsquo;il n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 possible de mettre en \u00e9chec la r\u00e9volution avec la confrontation directe, le mieux serait de la mettre en \u00e9chec \u00e0 travers la r\u00e9action d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Afin d&rsquo;y parvenir, ils ont fait une p\u00e9tition pour r\u00e9clamer un pl\u00e9biscite sur la continuit\u00e9 ou non de Ch\u00e1vez. La r\u00e9colte de signatures a \u00e9t\u00e9 une farce : la patronale, le gouvernement des Etats-Unis, l&rsquo;\u00c9glise et les multinationales ont investi de l&rsquo;argent dans cette campagne et ont oblig\u00e9 leurs employ\u00e9s \u00e0 signer ; il y a eu des fraudes scandaleuses, des falsifications de signatures, des signatures doubles et des signatures de personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es ; tout cela a \u00e9t\u00e9 certifi\u00e9 par les activistes du mouvement syndical et populaire.<\/p>\n<p>M\u00eame ainsi, ils ne sont pas parvenus \u00e0 atteindre le nombre suffisant de signatures et, comme c&rsquo;\u00e9tait tellement scandaleux, le Conseil National \u00c9lectoral, majoritairement identifi\u00e9 avec l&rsquo;opposition, n&rsquo;a pas pu reconna\u00eetre la validit\u00e9 du r\u00e9sultat. Mais le Minist\u00e8re de l&rsquo;Ext\u00e9rieur am\u00e9ricain, l&rsquo;OEA, le Centre Carter et les \u00ab\u00a0Amis du Venezuela\u00a0\u00bb ont fait pression. Finalement, Ch\u00e1vez a accept\u00e9 de r\u00e9aliser le r\u00e9f\u00e9rendum, et il l&rsquo;a pr\u00e9sent\u00e9 comme une victoire \u00e9tant donn\u00e9 que, selon lui, cela menait l&rsquo;opposition sur le terrain de conflit le plus favorable. L&rsquo;argument a \u00e9t\u00e9 de comparer ce vote avec une lutte populaire du 19<sup>\u00e8me <\/sup>si\u00e8cle et de dire que la lutte s&rsquo;\u00e9tait transform\u00e9e en une nouvelle \u00ab\u00a0Bataille de Sainte Agn\u00e8s\u00a0\u00bb(4).<\/p>\n<p>Le peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien avait mis en \u00e9chec l&rsquo;imp\u00e9rialisme et l&rsquo;oligarchie locale sur le terrain de la lutte de classes et dans les rues ; c&rsquo;est cela son terrain le plus favorable. On cherchait maintenant de d\u00e9vier la lutte vers le terrain de la d\u00e9mocratie bourgeoise putr\u00e9fi\u00e9e et frauduleuse, o\u00f9 la lutte de classes est d\u00e9form\u00e9e. C&rsquo;est bien le terrain le plus favorable pour les patrons, \u00e9tant donn\u00e9 que c&rsquo;est le pouvoir \u00e9conomique du plus fort qui y gagne.<\/p>\n<p>Pour convaincre le peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien, qui n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;accord avec le r\u00e9f\u00e9rendum, Ch\u00e1vez a fait valoir qu&rsquo;\u00e0 ce moment l\u00e0 les conditions socio\u00ad\u00e9conomiques et politiques \u00e9taient meilleures, que le rythme de croissance de l&rsquo;\u00e9conomie \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 12 % et que les prix du baril de p\u00e9trole \u00e9taient hauts. Les investissements dans le secteur social ont augment\u00e9, ainsi que les d\u00e9penses \u00e9tatiques avec des programmes de sant\u00e9, d&rsquo;\u00e9ducation, de construction de logements, de micro-entreprises et de r\u00e9forme agraire. L&rsquo;impact social \u00e9tait visible et favorisait les couches les plus pauvres de la population. Les organisations sociales responsables ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment implant\u00e9es dans les quartiers les plus pauvres. Avec cela, il affirmait qu&rsquo;il \u00e9tait impossible de perdre le scrutin. Il convient de souligner que ces programmes d&rsquo;assistance n&rsquo;am\u00e9liorent pas les revenus salariaux et ne cr\u00e9ent pas des projets d&#8217;emploi \u00e0 grande \u00e9chelle. Le ch\u00f4mage continue \u00e0 pr\u00e8s de 20 % et les niveaux de pauvret\u00e9 autour de 50 %.<\/p>\n<p>De fait, Ch\u00e1vez a gagn\u00e9 le r\u00e9f\u00e9rendum avec une marge de 18 points (59% contre 41%). C&rsquo;est une victoire populaire importante, principalement parce que le peuple a fait face au pouvoir \u00e9conomique des grands capitaux, les monopoles des moyens de communication et le soutien de Washington.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;imp\u00e9rialisme aussi a obtenu une victoire, parce qu&rsquo;il a men\u00e9 le processus r\u00e9volutionnaire sur le terrain de la d\u00e9mocratie bourgeoise, en fortifiant les institutions du r\u00e9gime et en cr\u00e9ant l&rsquo;illusion, pour des milliers de militants, que les Etats-Unis peuvent \u00eatre vaincus dans les urnes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum, Ch\u00e1vez a sign\u00e9 un accord de 5.000 millions de dollars avec Texaco-Mobil et Exxon, pour explorer les r\u00e9serves de p\u00e9trole et de gaz dans la Ceinture de l&rsquo;Orinoco. Ces compagnies p\u00e9troli\u00e8res veulent investir de 5 \u00e0 20 milliards de dollars dans de nouvelles explorations.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Notes <\/strong><\/p>\n<p>(1)Le plus important entre eux a \u00e9t\u00e9 celui dirig\u00e9 par Douglas Bravo, le haut dirigeant politique du Parti R\u00e9volutionnaire v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien (une scission gu\u00e9variste du PCV), qui a promu et dirig\u00e9 l&rsquo;organisation partisane Frente Jos\u00e9 Leonardo Chirinos. Le groupe a \u00e9t\u00e9 vainsu et Bravo emprisonn\u00e9.<\/p>\n<p>(2)La insurrecci\u00f3n de Febrero, Elio Comenares, Ediciones La Chispa. p. 60<\/p>\n<p>(3 ) La insurrecci\u00f3n de Febrero, Elio Comenares, Ediciones La Chispa. p 57 <sup>4 <\/sup><\/p>\n<p>(4) La \u00ab\u00a0Batalla de Santa In\u00e9s\u00a0\u00bb a eu lieu les 9 et 10 septembre 1859, conduite par Ezequiel Zamora pendant la R\u00e9volution F\u00e9d\u00e9rale (1859-1863). Zamora a dirig\u00e9 un soul\u00e8vement de paysans pauvres et d&rsquo;anciens esclaves contre les grands propri\u00e9taires fonciers. Dans la bataille, Zamora faisait semblant de s&rsquo;enfuir afin de mener les troupes ennemies \u00e0 un terrain plus favorable pour lui, et l\u00e0 il les a annihil\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alejandro Iturbe Membre de la Direction Nationale du FOS, la section argentine de la LIT-QI Am\u00e9rico Gomes Membre de la Direction Nationale du PSTU, la section br\u00e9silienne de la LIT-QI \u00a0Article publi\u00e9 dans le Marxisme Vivant n\u00b010 de juin 2004 &nbsp; Le Venezuela est un pays privil\u00e9gi\u00e9 par ses richesses naturelles. 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