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Une alternative de classe et socialiste au Costa Rica

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Lors du Ve Congrès du MAS, les 30 mars et 1er avril, nous avons décidé de lancer la fondation du Parti des travailleurs.
 
Ce fait est l'aboutissement d'un premier processus d'accumulation d'un minimum de militants, un processus qui a aussi servi à tirer d'importantes conclusions sur le type de parti politique qu'il faut construire à partir de la gauche révolutionnaire au Costa Rica.
 
En octobre 2005, un groupe de militants étudiants a décidé de fonder le Mouvement vers le socialisme (MAS), dans le but de regrouper des dizaines de militants révolutionnaires qui avaient vécu de nombreuses années de dispersion et de fragmentation après la longue nuit des années quatre-vingt-dix. Ces dernières années, nous avons participé à des batailles majeures telles que le « NON au Traité de Libre Echange » (TCL), le rejet du projet minier Crucitas et différentes luttes en défense de l'éducation publique – en premier lieu le rejet de la Ve Convention du Fonds spécial pour l'enseignement supérieur (FEES). Nous avons aussi milité dans différents processus de lutte des organisations de travailleurs, y compris la défense des quais de la part de SINTRAJAP, les grèves dirigées par l'APSE pour défendre les salaires et la lutte que les travailleurs de la santé mènent pour défendre la Caisse de la Sécurité sociale (CCSS).
 
Bien que le centre de notre parti soit toujours la lutte politique par la mobilisation populaire, dans le dernier congrès, nous sommes arrivés à la conclusion qu'il faut une référence politique claire pour arborer l'étendard de l'indépendance de classe et de la nécessité du pouvoir politique pour la classe ouvrière. C'est le principal obstacle pour surmonter la fragmentation de la gauche et la profonde tendance syndicaliste du camp populaire au Costa Rica.
 
Au Costa Rica, la crise capitaliste mondiale s'est manifestée essentiellement dans le déficit budgétaire du gouvernement, ce qui a conduit à une attaque évidente contre la classe ouvrière, dans le but que ce soit elle qui paye pour la crise. Face à cette réalité, la classe ouvrière au Costa Rica ne dispose pas d'un parti politique propre, de sa classe, qui s'affiche non seulement comme une option électorale, mais comme le centre d'organisation de la classe ouvrière pour la lutte quotidienne contre le gouvernement, contre l'exploitation des patrons et contre le capitalisme.
 
Le capitalisme nous plonge dans la misère et l'exploitation
 
La crise capitaliste a approfondi les horreurs de ce système qui nous exploite. Alors qu'une poignée de gens devient de plus en plus riche, nous, les travailleurs, nous souffrons, avec des salaires insuffisants pour répondre à nos besoins et avoir une vie décente. Le chômage est une menace quotidienne pour des milliers de travailleurs, tandis que beaucoup d'autres voient comment leurs conditions de travail deviennent de plus en plus précaires et que le niveau d'exploitation augmente. Nous pensons donc que nous avons besoin d'un parti politique qui se bat chaque jour et qui organise la classe ouvrière dans son combat – un combat pour de meilleurs salaires, contre le chômage, pour la réduction des horaires, pour le droit à disposer de plus de jours de vacances et à les prendre dans des jours consécutifs afin d'assurer un vrai repos.
 
Le gouvernement et les patrons maintiennent les travailleurs du secteur privé sous une dictature
 
Alors que le gouvernement et les patrons se vantent sur la scène nationale et internationale du fait que le Costa Rica a plus de six décennies de démocratie ininterrompue, la réalité des travailleurs dusecteur privé est très différente. La persécution de l'organisation des travailleurs dans le secteur privé est seulement comparable à la situation de la classe ouvrière sous les dictatures fascistes des années '70 et '80 du siècle dernier. Il est inacceptable que nous, les travailleurs, nous n'ayons pas le droit d'organiser un syndicat, de distribuer un tract ou un journal, ou de formuler nos exigences dans notre lieu de travail ; il est inacceptable que nous soyons licenciés et que nous entrions dans des listes noires des entreprises. Cela n'a rien à voir avec une démocratie.
 
Par conséquent, en tant que PT, nous posons la nécessité de lutter pour le droit à l'organisation et la syndicalisation des travailleurs dans le secteur privé ; pour le droit aux conventions collectives et pour une vraie justice du travail, contre les heures supplémentaires obligatoires, pour respect de la journée de 8 heures et pour l'obligation de payer les heures supplémentaires.
 
Nous vivons dans une fausse démocratie, qui opprime le peuple et avantage les riches
 
A vrai dire, la situation d'oppression et de persécution n'est pas uniquement le sort de la classe ouvrière, mais de tout le peuple. Au Costa Rica, nous vivons dans une fausse démocratie, où les immigrants n'ont pas les moindres droits et sont contraints aux pires conditions de travail. Nos frères du Nicaragua n'ont aucun droit politique, en dépit du fait qu'ils jouent un rôle clé dans la production. Les femmes sont opprimées par un Etat qui place les dogmes de l'Eglise au-dessus du droit sur leur propre corps, que ce soit pour mettre fin à une grossesse non désirée ou pour arriver à être enceintes par fécondation in vitro. En outre, elles sont contraintes à des conditions de travail pires que celles des hommes, à des salaires inférieurs et au fardeau du travail domestique. La population avec une orientation sexuelle différente fait l'objet de discriminations et on lui refuse le droit de former une liaison de vie commune et d'entraide, officialisée par le mariage. Pour les paysans aussi, c'est une fausse démocratie. Ils sont de plus en plus nombreux à être dépouillés de leurs terres et contraints à devenir des ouvriers agricoles ou à migrer vers la ville, puisque l'Etat réserve la terre pour les grandes multinationales de l'agriculture.
 
C'est pourquoi, en tant que PT, nous posons la nécessité de lutter pour les droits de tout le peuple, sans quoi la démocratie est une illusion. Les travailleurs immigrés doivent avoir les mêmes droits que les autres travailleurs. Il faut rompre avec l'Eglise et avoir un Etat laïc qui garantit l'intégralité des droits des femmes et de toutes les personnes, indépendamment de leur préférence sexuelle. La terre doit être de ceux qui la travaillent, ce qui rend nécessaire la mise en œuvre d'une réforme agraire en profondeur afin d'assurer la souveraineté alimentaire.
 
Notre pays est également exploité par l'impérialisme, avec la complicité de la bourgeoisie nationale
 
Toute cette situation d'exploitation et d'oppression a un fil conducteur qui est l'impérialisme. Les grandes multinationales obtiennent la part du lion, alors que la bourgeoisie nationale leur ouvre amplement le pays en échange d'une part du butin. C'est pourquoi nous ne parviendrons pas vraiment à être une nation souveraine et indépendante, sans rompre définitivement avec l'impérialisme et garantir notre droit à avoir nos propres lois et notre propre politique économique.
 
Pour cela, il faut rompre avec le Traité de libre-échange (TLC) et avec les accords commerciaux avec d'autres impérialismes, comme l'européen. Il faut supprimer les patrouilles conjointes, les accords concernant la lutte contre les stupéfiants et d'autres accords militaires qui sont utilisés pour avoir l'armée « gringo » comme surveillant de la zone. De même, nous devons empêcher le pillage de nos ressources naturelles, que ce soit sous la forme de l'exploitation minière et l'extraction de pétrole ou par la destruction des parcs naturels pour la production d'électricité.
 
Le Costa Rica n'a toutefois pas la capacité de devenir une nation véritablement indépendante, en raison de l'étroitesse de ses frontières et de sa capacité limitée de production et d'accès aux ressources. Il est donc nécessaire de supprimer le morcellement de l'Amérique centrale et de devenir une vraie nation centre-américaine par la construction de la Fédération des Etats socialistes centre-américains.
 
La seule issue pour surmonter cet état d'exploitation et d'oppression est un projet ouvrier et populaire.
 
Pour remédier à cet état de misère et d'exploitation, imposé par capitalisme, nous avons besoin d'un plan issu de la classe ouvrière pour inverser cette situation. Cela nécessite l'échelle mobile des salaires qui implique un ajustement périodique des salaires selon l'évolution de l'inflation.
Il faut mettre en œuvre une échelle mobile de la journée de travail, où tout le travail à faire est réparti entre ceux qui ont besoin de travailler, avec la réduction des heures de travail sans perte de salaire. Nous devons mettre en œuvre un Plan de travaux publics, pour garantir les investissements dans la santé, l'éducation, l'infrastructure routière, et générer ainsi plus d'emplois. Il faut nationaliser les banques dans une banque d'Etat unique qui se met au service des besoins du peuple et non des grands banquiers. De la même manière, il faut veiller à ce que la production aussi soit faite pour répondre aux besoins du peuple, et non au profit des patrons, ce qui requiert que ces entreprises soient expropriées et placées sous le contrôle de leurs travailleurs.
 
La seule façon d'y parvenir est par le biais d'un gouvernement des travailleurs, avec une révolution socialiste, qui arrache le pouvoir à la bourgeoisie et le donne à la classe ouvrière.
 
La seule façon de mettre en œuvre cette proposition ouvrière et populaire est par le biais d'une alliance des travailleurs avec les étudiants, les paysans et tout le peuple. Cela exige une nouvelle direction syndicale, démocratique et de combat, qui a pour principal intérêt celui de l'ensemble de la classe ouvrière. Mais cela n'est possible que si nous, les travailleurs, nous nous organisons dans notre propre parti, le Parti des travailleurs. 
 
Nous n'avons pas l'intention d'assumer cette tâche tout seuls. Le socialisme sera mondial ou il ne sera pas. C'est pourquoi le PT fait partie de la LIT-QI, un courant mondial qui vise la reconstruction de la Quatrième Internationale, une organisation qui se propose comme tâche la lutte pour enterrer le capitalisme à l'échelle mondiale et bâtir, sur ses ruines, une société vraiment humaine : le socialisme.

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