Home ROYAUME UNI Pourquoi le Labour a-t-il perdu ? Et quoi ensuite pour la classe ouvrière ?

Pourquoi le Labour a-t-il perdu ? Et quoi ensuite pour la classe ouvrière ?

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Le 12 décembre 2019, des élections législatives anticipées ont eu lieu au Royaume Uni (RU), dans une ambiance dominée par le Brexit, la sortie de ce pays de l’Union européenne après 47 ans d’adhésion, une sortie décidée à 51,9 % par le référendum du 23 juin 2016 et devenue effective le 31 janvier 2020.
Au RU, deux partis s’alternent au pouvoir depuis la deuxième Guerre mondiale : le Parti Travailliste (« Labour ») et le Parti Conservateur (Conservatory ou « Tory »). En 2010, après 13 ans de gouvernement Labour de Tony Blair, les Tories ont pris la relève, alors que le Labour continuait quinze ans de déclin. En 2017 toutefois, après le référendum, le Labour, dirigé par Jeremy Corbyn depuis 2015, a fait une remontée spectaculaire. Mais les Tories sont restés au gouvernement, en coalition avec un petit parti de l’Irlande du Nord. Et en 2019, encouragés par la victoire du Brexit, ils ont dissout le parlement et appelé à des élections anticipées, dans l’espoir d’être à nouveau seuls maîtres du jeu, sous la houlette de Boris Johnson, et de mettre le Brexit à exécution. Leur victoire a dépassé les attentes, avec 365 députés (43,6%) contre 203 du Labour (32,32%).
Nous présentons ici quelques extraits d’une déclaration, datée du 24 décembre, de la International Socialist League (ISL), la section britannique de la Ligue Internationale des travailleurs – Quatrième Internationale. Le texte complet est disponible sur notre site, www.lct-cwb.be.

Les résultats des élections révèlent à quel point est profonde la colère contre le Labour. Corbyn était très impopulaire dans de nombreuses zones de la classe ouvrière, car il battait le record des trahisons de longues années d’austérité laboriste.
Le Labour a perdu parce que l’écrasante majorité de la classe ouvrière dans les bastions laboristes avait voté pour le Brexit. Et le 12 décembre 2019, ils ont voté pour le seul parti en conditions de sortir la Grande-Bretagne de l’UE.
Les travailleurs se sont sentis de plus en plus abandonnés depuis l’époque de Thatcher. Fermeture de puits dans les années 80 et 90 ; privatisations et partenariats public-privé (PFI) dans les secteurs des soins de santé et de l’éducation par le Labour de Blair ; l’invasion de l’Irak ; la montée du travail précaire ; les familles qui doivent choisir entre nourrir leurs enfants ou chauffer leur maison ; l’âge de la retraite à 67 ans ; l’austérité des Tories mise en œuvre par le Labour et la pauvreté endémique qui en est l’héritage. Tout cela a conduit à la rupture avec le Labour, qui n’a jamais construit une lutte de masses dans la rue contre la politique des Tories.
Les dirigeants corbynistes ont donc agi pour défendre l’appareil bureaucratique du Labour. Leur mot d’ordre est devenu « dites ce que vous pensez être gagnant, pas ce que vous pensez être juste » ! Mais sans lutte de masses, rien ne changera.
Lorsque Jeremy Corbyn a été élu, des millions de travailleurs ont estimé qu’il y avait une nouvelle possibilité d’en finir avec le soutien de Blair au néolibéralisme. Les paroles de Corbyn étaient différentes, et de nombreux jeunes syndicalistes et militants de quartier étaient d’accord, mais la pratique ne correspondait pas aux mots.
En suggérant qu’un gouvernement travailliste pourrait mettre en œuvre les promesses de son manifeste sans défier les banques, les multinationales et les institutions financières, et sans lutte de masses, Corbyn a permis à Johnson d’apparaître plus crédible concernant le Brexit. Les promesses électorales du manifeste de Corbyn ne pouvaient être crédibles que si elles étaient liées à la défense d’un Brexit socialiste. Ce qui signifierait également une augmentation concrète et permanente de la solidarité et de la lutte commune avec les travailleurs européens.

Le Labour : de l’anti-austérité en paroles seulement
Le 29 octobre 2019, l’ISL a écrit que Corbyn « n’essaie pas d’unir les travailleurs dans la lutte de masses dans la rue. En fait, avec sa politique, le Labour ne gagnera même pas les prochaines élections. » Nous n’avons jamais pensé que Corbyn gagnerait, mais l’ampleur de la majorité obtenue par Johnson montre que la fureur de classe contre l’austérité augmente.
Cependant, les luttes locales ne commenceront pas sous la direction du Labour ou du TUC. Corbyn a toujours affirmé être contre l’austérité, mais il a donné des instructions aux Conseils dans le sens de faire des coupes lors de l’établissement du budget. Dans la pratique, le Labour a expulsé tout conseiller qui votait contre les coupes, comme les quatre qui l’ont fait, il y a quatre ans, et qui furent les derniers à voter en ce sens. Depuis lors, tous les conseillers corbynistes ont voté pour mettre en œuvre l’austérité tory. Et la grande majorité de la gauche a imposé l’autocensure et n’a fait que l’éloge de Corbyn.
Le Parti Socialiste (SP- section de la CIO au RU) appelle toujours à l’impossible tâche de transformer le Labour, tout en critiquant désormais Corbyn. Ils oublient qu’ils ont dit que la « révolution Corbyn » pourrait ouvrir une voie ouvrière et socialiste. Et même maintenant, ils appellent encore le Labour à devenir un parti ouvrier, dans lequel ils seraient évidemment admis.
Les candidats travaillistes ont pris la parole lors des rassemblements de grève en décembre, mais c’était plus pour gagner des votes que pour construire le mouvement de masses. Un appel général à une lutte de masses pour mettre fin à l’austérité n’a jamais été lancé lors des élections par le Labor ou par la direction des syndicats du TUC. Mais des grèves nationales et locales ont eu lieu.
La grande majorité des corbynistes ont arrêté leurs luttes contre l’austérité lorsque Corbyn a été élu, et tous les conseillers corbynistes ont continué de voter pour des coupes. Ils ont continué avec des Partenariats public-privé (PFI) et ils ont rendu hommage à Corbyn à travers leur chant Oh Jeremy Corbyn.

Le Labour n’est pas un parti socialiste
Au cours des 40 dernières années, chaque attaque a également donné lieu à de nouvelles possibilités d’organiser la classe, mais en général, cela n’a jamais été fait ou a été abandonné. Quand les luttes avançaient et commençaient à être gagnées, ce fut précisément le moment où les bureaucraties et leurs amis abandonnaient la bataille. Et parfois ils ne s’engageaient même pas dans la lutte. Ce fut le cas dans la lutte contre le Poll tax, menée par The Militant (maintenant le Parti Socialiste) qui a dissout le mouvement juste après la manifestation massive de Londres ; ou encore lorsque la majorité des syndicats ont manqué de se mobiliser contre l’invasion de l’Irak. La plupart des groupes anti-austérité et anti-coupes qui sont apparus de 2012 à 2015 se sont effondrés parce que lutter contre l’austérité signifiait, dans la pratique, combattre Corbyn et ses partisans.
Le soutien de Corbyn pour un grand Labour d’Ouverture signifiait l’acceptation de positions telles que le Remain (contre la sortie de l’UE), l’austérité imposée aux Conseils, la capitulation au sionisme et le refus d’appeler à une lutte de masses dans la rue, tout en soutenant le programme nucléaire Trident, les armes nucléaires et l’OTAN.
Concernant les promesses de fermer les centres de détention, dans lesquelles deux centres seraient fermés, Labour Lefts, prenant la parole dans des réunions avec des travailleurs immigrés et des demandeurs d’asile, déclarait que le Labour allait fermer tous les centres de détention. Mais cela signifiait en fait que huit centres resteraient ouverts.

Et maintenant… ?
Il y aura certainement une première période de confusion, avec les Tories à l’offensive, et en même temps certaines attentes d’amélioration de la situation dans les secteurs des travailleurs qui ont voté Tory. Mais le gouvernement Tory va approfondir sa guerre sociale contre les travailleurs, les jeunes et les opprimés.
Le gouvernement tory de Boris Johnson a annoncé qu’il prévoyait d’introduire des niveaux de service minimum dans le secteur des transports lors d’une action sociale, ce qui rendrait illégales les grèves totales et favoriserait les sociétés ferroviaires privées. Les syndicats de base et les communautés de la classe ouvrière doivent donc soutenir l’opposition du syndicat RMT et exiger que tous les syndicats prennent des mesures contre ces lois, y compris une grève, et qu’ils organisent une grève générale avec tous les syndicats pour mettre fin à cette attaque !
Le recul du Labour concernant le sionisme a donné à Johnson une plus grande opportunité d’attaquer. Pendant l’élection, il a menacé de proscrire au RU tout organisme public (y compris les autorités locales) qui organiserait un soutien à la campagne internationale BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) contre Israël. La lutte de solidarité palestinienne au RU doit construire une véritable lutte pour empêcher Johnson de mettre en œuvre la menace.
Il faut construire une solidarité internationale avec les grévistes français et avec la lutte de masses des situations révolutionnaires dans le monde, du Chili à Hong Kong.
Le 16 décembre, United Voice of the World a annoncé une victoire en matière de sous-traitance à l’hôpital St Mary de Londres – seulement obtenue par des grèves répétées. Cela montre qu’une lutte immédiate est à la fois possible, nécessaire et éventuellement victorieuse.
Quoi qu’il arrive, la méfiance à l’égard du Labour se poursuivra à cause des trahisons du Labour et du TUC depuis l’époque de Thatcher, et les approches sectorielles et bureaucratiques des dirigeants syndicaux. Aujourd’hui, certains Corbynistes accusent même la classe ouvrière, plutôt que la direction réformiste de gauche, de la défaite électorale.
Des luttes syndicales sont prévues pour janvier et elles doivent être largement soutenues par les militants de base. Il peut, et il doit y avoir une augmentation de l’action organisée contre l’austérité, les privatisations et le travail précaire.
Il a été démontré que la possibilité d’une solution réformiste est morte. Seule une lutte de masses de la classe ouvrière dans la rue, contre les emplois précaires, reliant les syndicats aux communautés et à ceux qui luttent contre l’oppression, pourrait réussir, tandis que toute victoire aux Conseils ou au Parlement doit être utilisée pour renforcer ces luttes.
Au cours de cette élection, Corbyn n’a jamais mentionné le soutien à la classe ouvrière française (ou à toute autre lutte ouvrière internationale). Nous devons briser ce moule. L’internationalisme signifie une solidarité active, pas quelque chose pour en faire un discours de jour férié.
Même les meilleurs parlementaires travaillistes subordonnent toute lutte de classes au Parlement. Pour eux, y compris pour Corbyn, le socialisme viendra en réformant le capitalisme étape par étape.
L’ISL se battra dans toutes sortes d’alliances et de comités de travailleurs, elle le fera de manière amicale avec d’autres groupes de gauche qui veulent vraiment construire des alliances ouvrières dans la lutte contre le gouvernement, les patrons, les Conseils ou contre toute personne qui opprime la classe ouvrière. Mais toute alliance doit être extrêmement combative, et hostile à ceux qui entravent le développement de l’indépendance de la classe ouvrière.
Après la défaite retentissante du Labour et l’incapacité organique de Corbyn et de la gauche du Labour de présenter une véritable alternative au brutal déclin capitaliste, les travailleurs conscients, les jeunes opprimés et combatifs doivent envisager de construire un parti révolutionnaire. L’ISL est un instrument pour construire ce parti. Nous sommes un parti internationaliste, membre de la Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale.
Au cours de cette période, les travailleurs viendront sur le devant de la scène. Nous disons à tous ceux qui se basent sur la lutte des travailleurs, que la voie à suivre est la construction d’un parti révolutionnaire. Pour ceux parmi vous qui voient la nécessité d’un tel parti pour aider les luttes des travailleurs, nous vous exhortons à envisager de rejoindre l’ISL.

Lutte pour un salaire minimum de 10 £ l’heure !
Fin du travail précaire !
Combattre les attaques contre l’Allocation universelle. Pas de sanctions !
Égalité pour tous ; combattre pour mettre fin à toute oppression !
Pour la lutte ouvrière et socialiste afin de mettre fin à l’austérité !
Construction de grèves unifiées d’en bas. Pour une grève générale contre l’interdiction des grèves totales!
NON à la xénophobie et au racisme. Les immigrants sont les bienvenus ici !
Nationalisation totale – sous le contrôle des travailleurs et des utilisateurs – des transports, de l’énergie et de tous les services publics et les hauts commandements de l’économie !

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