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Loi sur l’IVG en Espagne

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Avortement libre, en toute sécurité, et gratuit !

A bas Gallardón ! A bas le gouvernement des coupes budgétaires et de la répression !
« Loi pour la protection de la vie conçue et des droits des femmes enceintes. » C'est le nom donné par le ministre de la Justice espagnol, Alberto Ruiz-Gallardón, à son projet pour réformer la loi sur l'avortement. Déjà dans son titre, la loi ne laisse à nous, les femmes, ni le droit de décider ce que nous faisons de notre sexualité, ni de notre corps. C'est une loi de plus, de la politique répressive du gouvernement Rajoy ; comme la « Loi bâillon », qui se présente, elle aussi, contradictoirement, comme « Loi de Protection de la sécurité du citoyen ». *

   Dans le cadre de la politique guidée par la Troïka et l'UE et au profit des banques et des grandes entreprises multinationales, le gouvernement ajoute maintenant le contrôle de « l'ordre social » et impose la morale catholique qui bâillonne les femmes et rend à l'Etat le pouvoir de décider de nos vies. Bien que ce soit l'Eglise catholique et le noyau dur ultraconservateur du Parti Populaire qui mettent en avant ce projet de loi qui bâillonne les femmes, cette réforme ne répond pas uniquement à des questions idéologiques. Il y a aussi de fortes raisons économiques en jeu, car le plan est de limiter le plus possible les services de base de la santé publique pour faire des « économies » dans les soins de santé. Tout comme ils coupent dans les budgets pour la reproduction assistée et le financement public des méthodes de contraception, ils veulent aussi réduire ce droit à l'avortement, pour faire des économies.

Aucun terme, aucun préalable : le droit de décider, sans restrictions !

La réforme sur l'interruption volontaire de grossesse de Gallardón représente un mélange pervers entre la loi sur les préalables, qui existait depuis 1985, et la loi actuellement en vigueur. Cette dernière a aussi ses limites : en imposant des termes, nous sommes traités comme des gens incapables de prendre une décision par nous-mêmes. Dans la nouvelle loi, l'avortement ne sera autorisé que dans deux cas : le viol (jusqu'à la 12e semaine) ; et les risques pour la santé physique ou mentale de la femme (jusqu'à la 22e semaine), à condition que ce risque soit « permanent ou de longue durée ». L'anomalie fœtale grave n'est même pas prise en considération, bien qu'on acceptera ce motif si la femme considère que l'attente d'un enfant avec des malformations « incompatibles avec la vie » cause dommage à sa santé mentale. Pour cela, toutefois, la femme doit le prouver avec deux certificats médicaux, et elle devra observer une période de réflexion de sept jours après la réception des conseils verbaux. Mais pourquoi faut-il allonger encore la période de réflexion dans ces cas ? Sur quoi une femme dans cette situation doit-elle encore réfléchir, alors qu'il existe déjà un jugement médical qui conseille l'avortement ?
   Le texte présenté par le ministre de la Justice traite les femmes comme des êtres immatures, sans jugement propre ni conscience. Il associe la maladie mentale avec la décision d'avorter et il privilégie le critère de la santé par rapport au droit de décider. Qui plus est, il donne plus d'espace à l'objection de conscience, non seulement des médecins, mais de tout le personnel impliqué dans l'interruption de la grossesse, qu'aux femmes. Et en plus de tous ces obstacles, il y a le manque de cliniques publiques pour réaliser des interruptions volontaires de grossesse, ce qui allongera les délais, et aura comme conséquence, dans certains cas, que certaines femmes ne pourront pas la réaliser, bien que leur cas obéisse aux préalables.

A bas la double morale du gouvernement et de l'Eglise catholique !

Gallardón lui-même, imbu d'un paternalisme abject, qualifie ces femmes qui choisissent, à un certain moment dans leur vie, de ne pas avoir un enfant, comme des « victimes ». Et nous disons à Gallardón : eh oui ! Nous sommes des victimes, mais victimes des politiques et des coupes sociales de ce gouvernement ! Le ministre a également eu le culot d'affirmer au Congrès que beaucoup de femmes choisissent d'avorter à cause de ce qu'il appelle « la violence structurelle de genre » (manque d'aides publiques pour l'économie, l'emploi ou les entreprises). Et maintenant, dans son texte, il n'y a pas une seule référence à ces mesures sociales et économiques qu'il exigeait ; de plus, tout ce qui concerna la santé sexuelle et reproductive y est gommé : l'accès aux méthodes de contraception en toute sécurité, ou encore les programmes de planification familiale.
   Puisqu'il est démontré que le moyen le plus efficace pour réduire le nombre d'avortements est la prévention, pourquoi ce service est-il éliminé de la sécurité sociale ? Pourquoi cette opposition à l'éducation affective et sexuelle dans les écoles ? Et si la loi est faite pour protéger le droit à la maternité, pourquoi pose-t-on des limites à l'accès à la procréation assistée pour les femmes lesbiennes ?
   Nous nous opposons également au fait que l'Eglise catholique, qui promeut cette réforme, nous donne des leçons moralisatrices. Cette institution est responsable d'innombrables crimes au cours des années sous Franco, elle est parsemée de nombreux cas de pédophilie et de trafic de bébés, et par la censure sur l'utilisation des contraceptifs, elle condamne des milliers de femmes, en particulier en Afrique, à l'infection par le sida et les maladies sexuellement transmissibles, les menant, elles et leurs enfants, à une mort presque certaine.
   Le Parti Populaire et son secteur ultracatholique proposent une réglementation qui, non seulement, limite la capacité de décision pour les femmes, mais qui les pousse aussi à une impasse. Aux femmes en manque de ressources, sans emploi, sans conditions de travail décentes, sans avenir… il ne reste que deux options : l'avortement clandestin, qui met leur santé et leur vie en danger, ou la grossesse sans garanties matérielles pour elles-mêmes et pour leur enfant.

Il faut annuler cette loi dans la rue ! Unité, oui, pour se battre !

Certains gouvernements européens ont critiqué publiquement la réforme du gouvernement Rajoy concernant l'avortement – c'est le cas de la France –, mais derrière cette réforme, il n'y a pas seulement l'idéologie de l'extrême droite. Cette loi fait aussi partie des politiques de répression imposées par la Troïka et l'UE, quivont de pair avec le démantèlement des droits de la classe ouvrière et, dans ce cas, de l'un de ses secteurs les plus touchés : les femmes. Nous devons aussi lutter contre le jeu de la double morale de l'UE.
   Face au pillage de nos droits démocratiques, les travailleuses et les organisations des travailleurs doivent aller de l'avant et s'unir dans cette lutte. Nous allons nous battre pour l'annulation de la loi Gallardón, mais nous savons que ce n'est pas suffisant. Car il n'est pas possible de mettre fin à la répression, à l'oppression et à la misère, si ce gouvernement, ce régime et ce système – qui préservent leurs bénéfices et leurs privilèges par l'inégalité – restent en place. Par conséquent, il faut promouvoir et unifier les luttes qui mobilisent actuellement les gens partout en Espagne, et il faut continuer jusqu'au bout. Nous ne pouvons pas attendre 2015 pour nous débarrasser de Rajoy. Qu'ils dégagent tous ! Il faut renverser ce gouvernement et éliminer ce régime corrompu et patriarcal !

L'éducation sexuelle pour la prévention,
la contraception pour ne pas avorter,
l'avortement légal pour ne pas mourir !

Avortement libre, en toute sécurité, gratuit,
et sans objection de conscience dans la sécurité sociale !
La religion hors des salles de classe, plus aucune subvention pour l'Eglise catholique !

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*Un article de la Commision Femmes de Corriente Roja, la section espagnole de la LIT-QI
Corriente Roja participe aux manifestations organisées dans tout le pays, contre la réforme de la loi de Gallardón sur l'avortement. Elle invite, particulièrement, à participer à l'acceuil du Train de la Liberté, partie d'Asturies et attendu le samedi 1er février à 12 h, à la gare d'Atocha à Madrid !

 

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