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L’impérialisme ouvre une époque de guerres et de révolutions

 

Cet article a été publié dans la revue Marxisme Vivant nº 9, 2004. Il a été un hommage à Lénine aux 80 ans de sa mort – il est mort le 21 janvier de 1924.  
 
Marx a étudié en détail le système capitaliste mais n’a pas pu voir sa transformation en impérialisme. La plus grande contribution de Lénine à la théorie marxiste est l'étude et la caractérisation de cette étape particulière, supérieure, du capitalisme.  Toutes les grandes stratégies du léninisme vont découler de cette analyse de la réalité du capitalisme mondial.
 
Lénine synthétise son analyse de la manière suivante :
 
« Il faut commencer par définir, de la manière la plus précise et complète possible, ce qu'est l'impérialisme. L'impérialisme est une phase historique spéciale du capitalisme qui a trois particularités : l'impérialisme est
     (1) capitalisme monopoleur ;
     (2) capitalisme parasitaire ou en décomposition ;
     (3) capitalisme agonisant.
 
La substitution de la libre concurrence par le monopole est la caractéristique économique fondamentale, l'essence de l'impérialisme. Le monopole se manifeste en 5 formes principales :  
          1) cartels, consortiums et trusts ;
          2) situation monopoleuse des banques (…) ;
          3) conquêtedes sources de matières premières par les trusts (…) ;
          4) le partage (économique) du monde entre les cartels internationaux a commencé (…) ;
          5) le partage territorial du monde (des colonies) est achevé. » (1)
 
Tous ces éléments ont été développés à l'extrême dans ce que l’on appelle aujourd'hui la « globalisation », sans que le système impérialiste aie changé qualitativement : la domination du monde par les transnationales est en train de se compléter par la fureur néo-libérale, où 3 ou 4 grandes transnationales dominent chacune des grandes branches productives (pétrochimie, automobile, informatique, armement, alimentaire, etc.). Les banques mettent la main sur le gros des profits de ces grandes entreprises, en monopolisant le capital « productif » et aussi le « spéculatif », ce qui constitue un des axes du néolibéralisme. La conquête des sources de matières premières et le partage du monde colonial se fait depuis longtemps et avance vers une nouvelle répartition. L’objectif est que les transnationales dominent plus directement, de manière plus vaste et plus profonde les pays coloniaux et semi-coloniaux. Ce à quoi nous assistons est la recolonisation du monde, qui fut aussi un des axes du néolibéralisme.
 
L'impérialisme est un système mondial d'oppression coloniale et d'étranglement financier de l'immense majorité de la population de la planète par un nombre restreint de pays « avancés », au service des grandes entreprises transnationales et d'un club sélecte de magnats.
L'internationalisation de la production a atteint un degré jamais vu, qui s'étend sur tout le globe au service de la production de marchandises, tout le processus productif demeurant extrêmement coordonné au niveau international (dans le cadre des transnationales, sans mettre un terme à l'anarchie de la production capitaliste).
 
Pour Lénine, ce changement d'étape du capitalisme en impérialisme, représente aussi un changement d'époque historique : on passe de l'étape de l'enfance du capitalisme (la libre concurrence), dont le développement est relativement « pacifique », à la phase adulte (ou plutôt sénile) des monopoles, de l'impérialisme : une époque de grandes confrontations de classes, de guerres et de révolutions.
 
Tant que ce système d'exploitation et d’oppression s'appuiera sur la propriété privée des moyens de production (les entreprises privées), il ne pourra pas se passer des guerres, qui sont le résultat naturel de la lutte pour les marchés et les matières premières. La force des armes est celle qui décide en dernier ressort des nécessités du système impérialiste. Ceci a été démontré lors de deux guerres mondiales, de plusieurs guerres contre-révolutionnaires et des guerres coloniales.  L'invasion de l'Iraq au service des transnationales et des banques américaines (dont les propriétaires se frottaient les mains au lendemain de la prise Bagdad) en est la preuve la plus récente.
 
Aujourd'hui, cette caractérisation de l'impérialisme paraît évidente, mais en ce temps là, au début du XXème siècle, on s’imaginait, par exemple, que l'impérialisme était une « politique » et qu'il n'avait pas de racines profondes dans l'économie et dans l’émergence des monopoles. En ce moment, il y en avait beaucoup, y compris Kautsky (déjà en 1915), qui disaient que l’on pouvait changer l’ « orientation » de l’impérialisme. C'est ce que répètent aujourd'hui ceux qui veulent lutter contre le « néolibéralisme » sans lutter contre l'impérialisme. Comme si l'impérialisme n'était pas un « système » mais une politique économique que l’on résoudrait par le simple changement de Bush par Kerry. Mais celui qui pense ainsi se trompe. En général, les réformistes raisonnent de cette manière quand ils ne participent pas au gouvernement, et quand ils y arrivent, ils déposent les armes et reconnaissent que « la globalisation est inévitable», car ils ne veulent pas lutter contre le système.
 
Vers 1915-1920, il y avait une grande polémique avec les réformistes « sociaux-démocrates », les grands-parents de Blair-Schroeder-Lula, qui dirigeaient des partis ouvriers de masses, particulièrement le parti allemand. Kautsky (un des dirigeants les plus importants de la social-démocratie en Allemagne, qui était « la patrie du marxisme») polémiquait avec Lénine en offrant une autre vision du processus de développement du capitalisme. Sa théorie du « super-impérialisme » défendait que l'internationalisation du capital apporterait la paix entre les peuples à partir d'une harmonisation de la production mondiale, conquise par les trusts (les transnationales d'aujourd'hui). C'est-à-dire que l’affrontement entre les divers impérialismes pour le partage du monde serait supplanté par l'exploitation générale du monde par le capital financier, uni à l'échelle internationale. Par son contenu cette « théorie » essayait de démontrer l'impossible : que sous la domination du capital financier, les contradictions s’atténueraient au lieu de s'accentuer. La réalité des guerres mondiales a balayé cette illusion qui, entre-temps, servait à justifier la trahison de ces dirigeants qui ont soutenu « leurs » bourgeoisies dans la guerre impérialiste.
 
De nos jours, un italien, Toni Negri, suit le même chemin que Kautsky : pour lui, l’impérialisme n’existe plus. Il y a maintenant un « empire du capital » qui n'a  plus de nationalité ni de maisons-mères, qui s'est éloigné de sa base territoriale (l'Etat national) et qui, par conséquent, n’a plus besoin de l'Etat comme garant de ces entreprises qui ont cessé d'être américaines, allemandes ou japonaises. Les contradictions du système s’atténuent et on avance vers le contrôle par des organisations supranationales, considérées comme des superstructures de l'« empire ». Encore une fois, ces “théories” ne correspondent pas à la vie réelle et représentent une capitulation à l’impérialisme ; il s'agit de camoufler sa domination.
 
L’Etat impérialiste est vital pour garantir la domination de ces entreprises transnationales, dont 85% sont américaines ou européennes. Pour se partager le monde et le recoloniser, il faut utiliser la force. Voilà pourquoi les forces armées impériales (dont les casques bleus de l’O.N.U.) sont de plus en plus utilisées pour imposer le contrôle des sources de matières premières de la planète. C’est dans ce but que l’Etat national américain dispose actuellement de troupes dans 180 pays.
 
La « globalisation » n’est rien de plus ni de moins que l’impérialisme, définit scientifiquement par Lénine en 1916. Ce n’est pas une nouvelle étape du capitalisme mais un pas de plus dans l’internationalisation de la production mondiale ainsi qu’un pas de plus dans la décadence de ce système.
 
La nouvelle recolonisation du monde entraîne les guerres coloniales et avec elles la preuve de la fausseté de l’argument de Tony Negri. L’Etat national reste fort et en vigueur dans tous les pays impérialistes en tant que garant de la domination du monde de la part des entreprises et des banques transnationales. Mais ce n’est pas tout : les gouvernements sont les agents directs de ces entreprises. Il suffit de voir les relations « charnelles » de Bush et de son staff avec les compagnies pétrolières.
 
« L’impérialisme est le capitalisme agonisant » : beaucoup disent que ceci est une exagération de Lénine, que la vie a démontré qu'il n’en est rien. Ceux qui disent cela doivent, soit vivre dans une tour de cristal (parce que même en vivant au Etats-Unis, on ne peut cesser de voir la décomposition et la pauvreté de secteurs entiers de la population, principalement les noirs et les immigrants), soit être des fétichistes qui se laissent berner par la belle façade de la société de consommation. Dans le dernier cas, il faut prendre en considération, comme l’a dit Marx, que dans le capitalisme la beauté des marchandises se transforme en une destruction de l'homme et de la nature.
 
L'alternative pour le monde d'aujourd'hui est le socialisme (la destruction de l'impérialisme par une révolution violente des travailleurs de la campagne et de la ville) ou la barbarie impérialiste des guerres et de la destruction. Il suffit de voir la faim et les épidémies dans certains régions du continent africain ou les poches de cette misère dans chacune des grandes villes.
 
Le sous-produit de l'offensive impérialiste contre les peuples (dans son nouveau rêve de recolonisation et de domination coloniale et de classe) est en train de donner lieu à une situation révolutionnaire partout dans le monde, plaçant à l'ordre du jour des révolutions prolétariennes dans plusieurs pays, en commençant par les pays coloniaux et semi-coloniaux. L'impérialisme avec toute sa force, avec le plus grand appareil militaire jamais imaginé, n'est pas capable de mettre en échec des pays comme l'Iraq ou même l'Intifada palestinienne.
 
 
L'avènement de l'impérialisme achangé complètement le monde. Cela a bouleversé tout « l'ordre » des choses dans tous les aspects de la vie. L'impérialisme a corrompu une partie du mouvement ouvrier en commençant par sa crête, un secteur de « l'aristocratie ouvrière » et d’importants secteurs de l'intellectualité. Cet embourgeoisement, qui a commencé en Angleterre, a été un produit du pillage colonial dont une petite partie à été distribuée entre les classes opprimées de ces mêmes pays impérialistes. Ceci à produit une couche de véritables « agents » de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier. « C'est la partie subornée avec les super-bénéfices impérialistes ».
 
« La bourgeoisie a fait naître, a élevé et s'est assujetti les "partis ouvriers bourgeois" des réformistes dans tous les pays (…) du point de vue économique, l'aristocratie ouvrière a mûri et a franchi le pas vers la bourgeoisie (…) Sur la base économique, les institutions politiques du capitalisme moderne – presse, parlement, syndicats, congrès, etc. – ont créé des prébendes et des privilèges politiques qui correspondent aux économiques, pour les employés et les travailleurs respectueux, dociles, réformistes (…) La bourgeoisie impérialiste attire et récompense les représentants et les adeptes des « partis ouvriers bourgeois » avec des postes bien payés et confortables, dans un gouvernement, un parlement, des commissions, la direction de syndicats ouvriers (…) Et c’est dans ce même sens qu'agissent les organismes de la démocratie bourgeoise. » (2)
 
Cette aristocratie ouvrière, achetée par l'impérialisme, est devenue la base sociale des partis opportunistes de masses de la IIème Internationale et aussi, de cette façon, le soutien social de la bourgeoisie. Ceci a été démontré clairement quand, en 1914, les grands partis ouvriers de masses de l'Europe, marxistes, ont soutenu « leurs » bourgeoisies dans la première guerre mondiale, abandonnant ainsi l'internationalisme prolétarien défini dans le Manifeste Communiste et défendant le fait que des travailleurs tuent d'autres travailleurs,  pour la défense de « leurs » patries.
Les axes politiques de ce courant opportuniste se résument en ceci : remplacer la lutte entre les classes par la collaboration entre les classes ; abandonner la dictature du prolétariat et se mettre à « défendre la démocratie » ; renoncer à la lutte révolutionnaire pour un cadre d’actions « légales », parlementaires ; et un manque de confiance dans la révolution.
 
Le réformisme est un courant du mouvement ouvrier et social que la bourgeoisie utilise pour tromper les pauvres. Quand la bourgeoisie « concède » des réformes, elle essaye toujours de faire marche arrière et de les utiliser pour  tromper et diviser les travailleurs. Aucune réforme n'est suffisamment solide pour durer sous le capitalisme. La bourgeoisie essaye de corrompre un secteur de la classe ouvrière pour perpétuer l'esclavage salarial. Mais l’histoire a démontré à mainte reprise que les grandes réformes sont toujours un produit collatéral de grandes luttes et révolutions, jamais, dans aucun cas, le résultat de négociations en haut-lieu. Par exemple : la montée révolutionnaire qui a suivi la Deuxième Guerre Mondiale et qui a menacé de prendre le pouvoir dans toute l’Europe, a obligé l'impérialisme à «accorder » « l’Etat Providence » qui perdure jusqu'à nos jours et que la bourgeoisie européenne essaye de mettre en quarantaine et de détruire.
 
En réalité, le réformisme et les réformistes n’obtiennent jamais une réforme sérieuse, au contraire, ils sont les fossoyeurs des réformes. Partout, les bourgeoisies et les parlementaires (réformistes et néo-libéraux) négocient la fin des réformes en échange des 30 pièces de Judas.
 
La nouvelle phase du capitalisme, l'époque des guerres et des révolutions, avec la corruption d'un secteur de la classe ouvrière, a engendré la division du mouvement ouvrier et a provoqué la fin du parti « unique » de la classe ouvrière, qui a prédominé à toute l'époque « pacifique » du développement capitaliste. Depuis lors, le mouvement de masses se divise entre le soutien à des partis réformistes (sociaux-démocrates),  parlementaires, avec fonctionnement relâché, et l’émergence de partis révolutionnaires, avec un fonctionnement centralisé démocratiquement. De plus, une gamme de courants intermédiaires, que Lénine qualifiait de centristes ou réformistes « honnêtes », est apparue. Ces derniers représentent le pire type de réformisme, parce qu’avec leurs « bonnes » intentions, ils trompent mieux les masses.
Les centristes sont précisément la dernière « digue de contention » pour maintenir l'avant-garde révolutionnaire séparée de la tâche de la construction d’un véritable parti léniniste. Etant donné que les grands réformistes se sont  démasqués rapidement devant les masses par leurs trahisons évidentes à la cause prolétarienne, les centristes essayent d'attirer les secteurs qui commencent à rompre avec le réformisme pour les embrigader dans une « semi-rupture » avec les réformistes et  la bourgeoisie. Ce sont les pires ennemis du mouvement révolutionnaire des travailleurs car ils se sont déguisés de façon mimétique dans les rangs du mouvement socialiste, marxiste révolutionnaire.
 
Comment fait le réformisme pour tromper les travailleurs ?
 
« Le réformisme s'adapte au parlementarisme bourgeois, en dissimulant le caractère bourgeois de la démocratie contemporaine et en réclamant seulement son extension, son application complète. » (3)
 
Voici la grande consigne actuellement de tous les réformistes, intellectuels, « gauchistes » : la démocratie « radicale », «l'extension » de la démocratie. Maintenant, le Secrétariat Unifié de la IVème Internationale a inventé la démocratie « sans limites », en se transformant en aile d'extrême gauche… de la démocratie bourgeoise ! ! !
 
La principale conclusion tirée par Lénine, qui change tout le fonctionnement de n’importe quelle organisation dans le mouvement ouvrier, est qu'à partir de l’avènement de l’impérialisme et de la corruption d’une partie de la classe ouvrière par la bourgeoisie, il faut ajouter au principe marxiste fondamental qu’est la lutte contre la bourgeoisie et l’impérialisme, un autre principe marxiste : la lutte implacable contre les agents de la bourgeoisie dans le mouvement de masse. « Il n'y a pas de doute que cette lutte est le principal problème immédiat de l’Internationale.  Une lutte contre l'impérialisme qui n'est pas indissolublement liée à la lutte contre l'opportunisme est une phrase vide ou une tromperie. » (4) « Ces éléments sont nos ennemis de classe. Ils sont passés dans le camp de la bourgeoisie (…) Ce sont des bourgeois dans le mouvement ouvrier ».(5) Ce sont des « impérialistes ».
 
C'est pourquoi, Lénine plaide en faveur d'une lutte internationale, non seulement pour une rupture politique, ce que beaucoup défendaient en ces temps-là, mais aussi pour une rupture organisationnelle à tout niveau. Il fallait former des partis séparés et une nouvelle Internationale, la IIIème, pour remplacer la IIème qui, selon les termes de Rosa Luxemburg, s'était transformée en un « cadavre malodorant ».
 
La rupture est tellement profonde qu'elle arrive, naturellement, jusqu'à la base sociale des organisations. Tandis que la base des partis réformistes est l'aristocratie ouvrière, la base des partis révolutionnaires doit être, selon Lénine,  la «masse inférieure » non corrompue ;  il faut aller « plus bas et plus au fond, aux véritables masses ».
 
A tout ce processus de corruption qui s'est produit à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, s’est ajouté la corruption et la bureaucratisation de toute l'avant-garde mondiale par  les « Etats Ouvriers Bureaucratiques ». La défaite de la révolution européenne et l'isolement de l'URSS ont donné lieu à une « contre-révolution » interne, effectuée par une bureaucratie usurpatrice, qui à expulsé les ouvriers du pouvoir et s’est mise à l’exercer  au service de ses privilèges, comme une « caste » qui parasite l’organe ouvrier, non capitaliste mais déjà profondément dégénéré à tous les niveaux.
 
A tout cela s’est ajouté un long processus de paix « relative » dans les pays impérialistes (le boom européen d’après-guerre et la domination du monde par les Etats-Unis) qui, grâce à l'exploitation et la destruction, a donné lieu au retard et à l’esclavage des colonies, et à des super-profits dont une petite partie à été distribuée à la classe ouvrière et à la petite bourgeoisie des pays impérialistes, ce qui s’est manifesté dans ce qu'on appelle « l’Etat-Providence ». Ces « miettes » ont servi pour créer la domination de la social-démocratie dans le mouvement social et de mettre en vitrine la« paix sociale » et la démocratie dans ces pays. La majorité de la gauche d'aujourd'hui, principalement celle « du monde civilisé » impérialiste, est le produit de 55 années de la « paix » du « bien-être » relatif dans les pays avancés. Elle est la fille dialectique de ces « privilèges » qui tombent de la table du banquet impérialiste, et c'est pourquoi elle se laisse si facilement attraper par la « démocratie » impérialiste.
 
Ce fait objectif, qui amène les masses des pays avancés à défendre sincèrement « cette » démocratie comme une conquête, a influencé directement les masses des anciens Etats Ouvriers dans leur adhésion à la « démocratie bourgeoise », qui allait de pair,  comme il ne pourrait pas en être autrement, avec la restauration capitaliste.
 
Ce sont des faits objectifs d'une telle ampleur historique qui produisent cette capitulation tellement « unanime » de la gauche mondiale face à la « démocratie ».
 
Ce sont de tels faits qui ont amené une bonne partie de la gauche trotskiste européenne à franchir la barrière de classe : aujourd'hui le Secrétariat Unifié de la IVème Internationale et d’autres secteurs anciens trotskistes parlent de construire des partis d’un « nouveau » type : ce que l’on appelle les « partis anticapitalistes », dans lesquels on efface les différences entre réformistes et révolutionnaires, ce qui se traduit par une tentative d’effacer de la conscience des révolutionnaires un des principaux enseignements de Lénine : « la première condition du véritable communisme est de rompre avec l'opportunisme ».
 
 
A partir de l’étude de l’impérialisme, Lénine a vu qu’un des axes fondamentaux du système est l’oppression et l’exploitation des colonies, même au prix de guerres mondiales, pour garantir un « partage » de ces colonies entre les différents bandits impérialistes. De là, il tira la conclusion suivante pour le programme :
 
“ …le point central dans le programme social-démocrate doit être la division des nations entre celles qui oppriment et les opprimées, division qui constitue l'essence de l'impérialisme. » (6)
 
De cela se dégage un programme qui défend courageusement le droit à l'autodétermination nationale, sans exclure l'indépendance. Ce programme fut mis en pratique après la prise du pouvoir par les bolcheviques en garantissant ce droit à l'autodétermination contre le chauvinisme « grand russe ». Cette politique fut décisive pour former une union libre autour de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). En 1922, dans un télégramme à Kamenev, Lénine disait : « je déclare une guerre à mort au chauvinisme russe. Je le mangerai avec toutes mes molaires saines… Il est indispensable d'insister pour qu’un Russe, un Ukrainien, un Géorgien, etc.… président à tour de rôle le CEC de la Fédération. Indispensable ! » 
 
De cette manière, la révolution nationale (de libération nationale) devient partie intégrante de la révolution socialiste, qui débute par le fait de garantir les tâches démocratiques (d'indépendance nationale, partage de la terre, etc. ) de la révolution, pour atteindre son point culminant dans l'expropriation de la bourgeoisie, comme partie de la révolution socialiste internationale.
 
Cette stratégie révolutionnaire de lutte des peuples coloniaux a été un très grand  mérite du bolchevisme et de Lénine, et s'est transformée, à partir de la révolution russe, en une référence dans la lutte des peuples des pays coloniaux.
 
« Il est nécessaire de savoir faire la distinction entre le nationalisme d'une nation qui opprime et le nationalisme d'une nation opprimée, entre le nationalisme d’une grande nation et le nationalisme d'une petite nation… Celui qui n'a pas compris cela, n'a pas compris l'attitude véritablement révolutionnaire prolétarienne face au problème national… ». (7)
 
Du temps de Lénine, beaucoup de révolutionnaires s'opposaient alors à la défense de la « nation » opprimée car les réformistes de la IIème Internationale ont trahi la classe ouvrière au nom de la « défense de la patrie ». Mais la différence est que cette patrie-là était la patrie impérialiste, opprimante. Lénine a essayé dans une lutte constante de convaincre tout le mouvement international que la défense d’une nation opprimée contre la nation opprimante est une obligation pour les communistes. Il combattit même de front les pacifistes, affirmant qu’il y a deux guerres légitimes, qui sont « les nôtres » :  la guerre nationale, pour l’indépendance nationale contre l’impérialisme, et la guerre civile, de classe, révolutionnaire.
 
Au début de l'après-guerre, en 1945, l'impérialisme a été obligé, grâce à la révolution, « d'accepter » l'indépendance de plusieurs colonies dans le monde. C'est la vieille politique qui consiste à  « abandonner quelques bagues pour ne pas perdre les doigts ». Mais comme aucune « réforme » ne peut durer sous le capitalisme, l’impérialisme en revient à se répartir le monde et le soumettre à la domination de « ses » transnationales, jusqu’au dernier recoin de la planète. C’est la recolonisation de la planète.
 
La vieille structure coloniale redevient prédominante. Les plans impérialistes que nous connaissons, comme le néo-libéralisme, servent à garantir cette « nouvelle » structure coloniale : les pays « pauvres », « sous-développés» se spécialisent dans la production de matières premières (ou, au mieux, sont utilisés comme des plates-formes d’exportations) qu’ils vendent à bas prix, et ensuite ils achètent très cher lesproduits industrialisés dans des zones spéciales, ce qui génère un déficit brutal dans leurs comptes publics. Tout le patrimoine public est vendu à des entreprises transnationales, les banques impérialistes font les célèbres « prêts » pour boucher le « trou », ce qui produit une dépendance externe des endettés puisque toute la production et la commercialisation de ces pays s’organise autours d’un objectif : envoyer de l’argent vers le centre impérialiste. A cette domination économique correspond la soumission complète de toute la structure politique des pays « sous-développés » aux diktats du FMI, de la Banque Mondiale, de l’OMC, etc. Nous voyons revenir les mécanismes infernaux de l’esclavage colonial.
La relation entre les pays impérialistes et les pays coloniaux est la démonstration la plus évidente de la décadence du système capitaliste.  Depuis l’apparition de l’impérialisme, aucun pays pauvre n’a pu, au sein du système capitaliste, avoir un développement indépendant. 
N’importe quel pays ne peut se développer d’un point de vue économique que s’il rompt avec le capitalisme et l’impérialisme. Le premier exemple fut l’URSS même qui cessa d’être un pays attardé et semi-féodal pour être (à son apogée) la seconde puissance de la planète. Nous pouvons dire la même chose de la Chine, de Cuba, etc.
 
Avec l’impérialisme, le capitalisme perd tout caractère progressiste et devient absolument réactionnaire. En même temps, avec l’avènement de l’impérialisme, la bourgeoisie ne joue plus un rôle progressif, même pas au sein de sa « révolution démocratique bourgeoise ». 
 
L’histoire démontre que seule une révolution prolétarienne, socialiste, peut garantir l’indépendance des pays coloniaux et garantir un développement ultérieur des forces productives, déjà sous le régime prolétaire.
 
La révolution anti-coloniale et de libération nationale se convertit en partie intégrante de la révolution socialiste internationale. La révolution nationale et la révolution sociale s’unissent en une seule révolution : prolétarienne et socialiste, avec la classe ouvrière à sa tête, entraînant derrière elle les pauvres de la campagne et de la ville.
 
C’est cela l’expérience du XXème siècle, qui fut en grande partie orientée par l’expérience de Lénine, de la révolution russe et de la IIIème Internationale qui unifia les « peuples coloniaux » sous ses mots d’ordres.
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1 Lénine, Oeuvres Complètes dans la version espagnole, volume 30, p. 170
2 Lénine, O. C. volume 30 p. 182
3 Lénine, O. C. volume 37 p. 301
4 Lénine, O. C. volume 30 p. 145
5 Lénine, O. C. volume 31 p. 180
6 Lénine, O. C. volume 27 p. 66
7 Lénine, O. C. volume 45 p. 375