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Le castro-chavisme sournois du PTS-FT

Le PTS-FT (1) semble ne rien apprendre des processus révolutionnaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Concernant la Syrie, il commence à esquisser la même orientation que celle maintenue pour la Libye. Dans le cas de la Libye, le fait que les masses se soient armées et aient renversé violemment un dictateur sanguinaire et pro-impérialiste comme Kadhafi, au point de le lyncher, à la vue du monde, ne représente pas un triomphe des masses pour le PTS-FT. Au contraire, pour eux, c’est l’impérialisme qui a gagné et qui a réussi à installer « un gouvernement encore plus pro-impérialiste que celui de Kadhafi ».

Pour ces hérauts de l’orthodoxie révolutionnaire, les actions héroïques des masses n’avaient rien à voir avec une révolution, car parmi les gens, il n’y avait pas de combattants, mais, au contraire, « des troupes au sol » centralisées par l’OTAN et les dirigeants bourgeois du Conseil national de transition (CNT).

Comme on peut le constater, cette position arrive à la même conclusion que celle du castro-chavisme, ornée toutefois de terminologie « trotskyste » et transitant par un autre chemin : 1) en Libye, il n’y a pas eu de révolution, mais une contre-révolution où l’impérialisme l’a emporté ; 2) la lutte des masses libyennes est le plus réactionnaire imaginable, s’agissant de « mercenaires » ou de « troupes au sol » de l’impérialisme ; 3) Kadhafi était, au moins, le moindre mal, parce que l’impérialisme l’a remplacé par « un gouvernement plus pro-impérialiste ».

Le PTS-FT maintient la même qualification que le castro-chavisme, et pour être conséquent, il devrait dire, au moins, que les marxistes révolutionnaires, nous devrions nous trouver dans le même camp militaire que celui deKadhafi, et maintenant à côté de la CNT qui veut désarmer les « troupes au sol » de l’OTAN. Mais il n’ose pas faire ce pas.

Le fait est que, pour le PTS-FT, les actions des masses ne valent presque rien. Pour eux, ce que nous voyons en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ne sont pas des révolutions, mais un « cycle de rébellions »(2). Ainsi, en Syrie il n’y a pas de guerre civile, mais seulement « une escalade de protestations et d’affrontements ».

Au moment de définir la situation de la lutte des classes en Syrie, l’impressionnante lutte menée par les masses n’est jamais prise en compte. Il n’y a que les orientations politiques de l’impérialisme qui comptent : « En Syrie se croisent donc la stratégie impérialiste de vaincre la révolte arabe, et l’offensive pour réaffirmer sa domination sur le Moyen-Orient. » Qu’en est-il des masses ? Ne sont-elles pas en train de se battre, ne fût-ce qu’inconsciemment, contre la stratégie impérialiste ?

Bien qu’il n’exprime pas explicitement un soutien au régime d’Assad et qu’il dise que les masses ne doivent entretenir aucun intérêt dans la préservation de ce régime, le PTS-FT tient à préciser qu’Assad « n’est pas un agent direct de l’impérialisme, comme l’Egyptien Moubarak, ni un  »converti » à l’alliance avec l’Occident, comme Kadhafi ». Assad ne serait donc pas un « agent direct » de l’impérialisme. C’est ce que dit le castro-chavisme. Mais qu’est-il donc ? Un dirigeant anti-impérialiste, ou au moins un nationaliste bourgeois qui commande un pays indépendant ?

Le PTS-FT fait un effort déguisé pour atténuer ou embellir le régime d’Assad, tout comme le castro-chavisme, et il affirme qu’avec ce dictateur au pouvoir, « il y a toujours des frictions importantes avec l’Occident, telles que son alliance avec l’Iran, son soutien à l’Hezbollah et son exigence envers Israël de restituer le Golan ». Le PTS-FT affirme, en outre, que s’il y avait une intervention militaire de l’impérialisme, l’intérêt de ce dernier serait d’établir un « régime plus fonctionnel » pour ses intérêts.

On aperçoit de nouveau, cette fois pour le cas de la Syrie, l’idée du moindre mal à partir e la possibilité d’un régime « plus fonctionnel » ou un gouvernement « plus pro-impérialiste », comme ce fut le cas avec Kadhafi.

D’autre part, le PTS-FT transfère le caractère contre-révolutionnaire du CNS aux actions des masses, en essayant de déprécier les actions de celles-ci. Pour ce parti, « la contradiction politique la plus importante du soulèvement est que, en absence de développement d’une dynamique révolutionnaire indépendante, il est subordonné au CNS et à son programme pro-impérialiste, comme un facteur de pression dans la recherche du  »changement de régime » subordonné aux Etats-Unis et à l’UE ».

Dans le cas de la Syrie, le PTS-FT n’a même pas attendu une intervention militaire pour annexer la lutte des masses au camp de la contre-révolution. C’est la même logique que celle du raisonnement par lequel les masses libyennes furent accusées d’être « des troupes au sol » subordonnées à l’impérialisme et à la CNT.

Le PTS-FT affirme que la stratégie doit être « d’imposer par voie révolutionnaire le renversement d’al-Assad et l’établissement d’un pouvoir ouvrier et populaire ». Nous sommes entièrement d’accord sur ce point. Le problème est que ces idéalistes, qui se disent maîtres dans la méthode d’analyse marxiste, confondent leurs désirs avec la réalité, ce qui est habituel chez eux.

Pour un marxiste révolutionnaire, ce sont les faits de la réalité, et non ses propres désirs, qui sont le point de départ. Ainsi, au lieu de nier l’ensemble du processus – en raison de l’absence d’une avant-garde de la classe ouvrière et d’une direction révolutionnaire – les marxistes doivent avoir, au sein du camp de la révolution, une politique pour surmonter ces graves limitations, une politique qui part des contradictions du processus révolutionnaire et qui en identifie les éléments progressistes, qu’il essaye alors de développer le plus possible.

Mais cette tâche devient impossible pour un courant qui ne parvient pas à identifier, globalement, où se trouve la révolution et où la contre-révolution, dans tout le processus politique qui secoue l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
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1 Le Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) est la section argentine de la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale (FT-QI).
2 Eduardo Molina, El imperialismo quiere imponer un « nuevo régimen » favorable a sus intereses. Sur le site Web de la Fraction Trotskyste, 3.2.2012. Toutes les citations sont de cet article.