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Le 1er mai en Ukraine on célèbre la solidarité internationale de la classe ouvrière

 

Le 1er mai, une soixantaine de membres de syndicats, de mouvements sociaux et des militants de gauche se sont réunis à Lviv pour la Conférence internationale sur les dimensions de la guerre afin de discuter de ses répercussions sur la classe ouvrière ukrainienne et de la nécessaire solidarité internationale de la classe ouvrière pour consolider la résistance ukrainienne contre l’agression militaire menée par le président russe Vladimir Poutine.

Par Fabio Bosco, le 4 mai 2022

Le lieu ne pouvait pas être plus approprié. L’Ukraine est au centre de la lutte des classes internationale et la résistance contre l’agression militaire russe est un sujet très important pour la classe ouvrière internationale tout comme celui des peuples opprimés luttant pour libérer leur nation.

La conférence s’est tenue au Palais municipal de la culture Hnat Khotkevych Lviv, un lieu construit par des travailleurs de diverses nationalités en 1934 pour les activités syndicales, politiques et culturelles. Le site a été le site d’un important congrès antifasciste en 1936, avec des représentants d’Ukraine, de Pologne et de Biélorussie. Le palais est situé au même endroit que celui dans lequel l’occupation nazie a imposé la formation d’un ghetto pour emprisonner et écraser la population d’origine juive pendant la Seconde Guerre mondiale. [   ]

La délégation internationale était composée de syndicalistes de l’OZZ Inicjatywa Pracownicza de Pologne, de la CSP-Conlutas du Brésil, de l’Union Syndicale Solidaires de France, de l’ADL-Cobas d’Italie, de Geguzes 1-osios profesiné sajunga (G1PS) de Lituanie, en plus de deux membres de l’organisation socialiste RCIT.

Cette délégation a été reçue par une quarantaine de militants ukrainiens, dont des syndicalistes du Syndicat des mineurs et des métallurgistes de Kryvyi Rih, des travailleurs de la construction civile et des chemins de fer de Lviv, de membres de l’organisation de femmes Feminist Workshop, de l’organisation de défense des droits des réfugiés Work Safe, ainsi que du groupe de gauche Sotsyalnyi Rukh organisateur de l’événement.

Les horreurs de la guerre

La conférence a traité de différents aspects de la guerre. L’un d’entre eux était la participation de la classe ouvrière à la résistance armée. Des syndicalistes de Kryvyi Rih ont fait un reportage en direct par vidéoconférence sur l’auto-organisation armée des travailleurs dans l’un des principaux centres industriels du pays, à 60 km du front militaire. Une autre histoire émouvante est celle d’un jeune militant socialiste ukrainien, membre de l’organisation de gauche Sotsyalnyi Rukh, qui s’est enrôlé dans l’armée et qui a envoyé un message de solidarité internationale – ouvrière et socialiste – en uniforme et avec un fusil à la main.

La situation dans les zones sous occupation militaire russe ou sur les lignes de front montre un autre visage de la guerre. Un syndicaliste des chemins de fer a décrit la situation dramatique dans la région autour de Kherson, où la population, en particulier dans les petites villes environnantes, n’a pas régulièrement accès à la nourriture, aux médicaments et aux soins médicaux spécifiques, et est victime d’extorsion aux checkpoints [postes de contrôle] de l’armée ennemie. Un militant bénévole et une infirmière ont raconté dans une transmission en direct depuis Kiev [Kyiv] la situation dans les hôpitaux et les centres de traitement pour les personnes atteintes de maladie mentale ou ayant des besoins spéciaux dans la capitale, où les bombardements se conjuguent à un manque de personnel sanitaire et social ainsi que de provisions, ce qui constitue un scénario dévastateur.

L’autre aspect, c’est la situation de la population dans des zones plus éloignées du front militaire, comme c’est le cas à Lviv et dans la majeure partie du pays. Les effets de la guerre y sont également dramatiques. L’un des rapports traitait des effets sur la santé mentale de la population, dont une partie souffre de dépression et de culpabilité du survivant alors que des milliers de compatriotes ont perdu la vie. Un autre rapport traitait de la situation des femmes sur qui responsabilité de subvenir aux besoins des familles est retombée.

Il y a aussi la situation des réfugié.e.s, qu’ils soient à l’intérieur du pays ou dans les pays voisins. Il existe des centaines de signalements de traite d’êtres humains, que ce soit pour un travail précaire ou la prostitution.

Contrairement aux efforts de la classe ouvrière pour résister à l’agression militaire russe, le parlement ukrainien sous l’hégémonie des partis bourgeois libéraux a voté pour un assouplissement général des droits du travail pendant la guerre, qui est utilisé en particulier par les grandes entreprises dans les zones éloignées du front pour suspendre le paiement régulier des salaires et le droit du travail. Cette décision, entérinée par le gouvernement Zelensky, affaiblit la résistance et constitue un aspect anti-ouvrier de plus de cette guerre.

Le lancement de la campagne pour l’annulation de la dette extérieure de l’Ukraine est une autre question très importante. Cette dette, en plus d’être illégitime, a été multipliée avec le début de l’agression russe le 24 février. Malgré la campagne, les puissances impérialistes et les banques internationales restent muettes sur la possibilité d’annuler cette dette injuste.

Enfin, la solidarité avec les syndicalistes biélorusses du syndicat des travailleurs de l’industrie de la radio et des composants électroniques a été rappelée. Ces syndicalistes sont en prison pour « extrémisme », pour avoir ouvertement condamné l’agression militaire contre l’Ukraine.

Les travailleurs aident le convoi vers l’Ukraine

Cette conférence internationale a été complétée par l’arrivée du convoi de l’aide ouvrière en Ukraine. Le convoi a été lancé par des organisations du réseau syndical international de solidarité et de luttes pour exprimer la solidarité de la classe ouvrière internationale avec la classe ouvrière ukrainienne.

À partir d’une liste d’articles d’urgence établie par des syndicalistes ukrainiens, 800 kilos de médicaments, des trousses de premiers soins, des aliments secs, des aliments pour bébés prêts à consommer, des piles et des groupes électrogènes ont été livrés au syndicat indépendant des mineurs de Kryvyi Rih. [ ]

Participation de la LIT-QI

La Ligue internationale des travailleurs (Quatrième internationale) est fière de rester inconditionnellement dans le camp armé de la résistance ukrainienne contre l’agression militaire russe. Face à la plupart des organisations de gauche qui oscillent entre le soutien à l’agression militaire, la neutralité ou le pacifisme, la LIT-QI soutient la résistance ukrainienne ainsi que son droit à l’autodéfense avec des armes venant même des pays impérialistes. Nous n’accordons aucune confiance au gouvernement Zelensky qui, en tant que représentant des intérêts de l’oligarchie ukrainienne, soutient une réforme du travail qui affaiblit sa propre résistance à l’agression russe. Nous défendons également la dissolution de l’OTAN, de l’OTSC et de tous les pactes militaires utilisés pour maintenir l’ordre capitaliste international. [ ]

Nous encourageons la collecte de fonds pour le Syndicat des mineurs indépendants de Kryvyi Rih et participons aux manifestations du 1er mai dans plusieurs pays où nous portons un message de soutien inconditionnel à la résistance ukrainienne.

Nos militants faisaient partie de la délégation brésilienne du CSP-Conlutas qui, avec d’autres organisations du Réseau syndical international, a encouragé le convoi d’aide des travailleurs en Ukraine, et qui a participé à la Conférence internationale à Lviv le 1er mai, matérialisant l’unité de la classe ouvrière internationale.

Les militants de la LIT-QI ont déjà vécu une expérience similaire pendant la guerre en Bosnie (1992-1995), lorsqu’ils ont participé à la campagne internationale d’aide ouvrière en Bosnie, qui a organisé 12 convois d’aide humanitaire, livrés au syndicat des mineurs de Tuzla. [ ]

Nous continuerons à aider, au mieux de nos capacités, à favoriser la victoire de la résistance ukrainienne et son développement ultérieur dans d’autres pays, en particulier en Russie, dans les pays voisins et les pays opprimés.

 

Traduit de l’espagnol par Delphine Rumpczyk