Home BELGIQUE Et entre-temps… « les grands accords »

Et entre-temps… « les grands accords »

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Editorial de En Lutte n° 109 de février 2018

Tensions au gouvernement ? Crise, ou crisette ? Les medias sont à l’affût de tel ou tel haut-placé pour dire du mal de tel autre et un « bien informé » parlerait même de chute du gouvernement, d’élections anticipées. Mais dans les quartiers généraux des partis au gouvernement, c’est clair : ils ont un calendrier à suivre et on avance avec les « reformes socio-économiques ».

Ce gouvernement a été marqué par des situations dans lesquelles des « tensions » apparaissaient suite à des déclarations provocatrices de certains de leurs membres, principalement de la N-VA. Cependant, après un peu de fumée fortement médiatisée, et des déclarations dites « fermes » de la part du Premier ministre, ils serrent les rangs et ça continue.

Le gouvernement se sent renforcé et il est sûr qu’en son sein, personne ne lui opposera des obstacles pour continuer. Pour le MR, « entre notre programme et celui de la N-VA, il y a 80 % en commun » (LS 12/01/18). Et malgré certaines apparences, la politique migratoire fait partie de ces 80 %.

Nous devons constater que, malgré plusieurs mobilisations dans le passé, ou certaines tensions internes, toutes les réformes proposées par le gouvernement sont appliquées ou en cours d’application, et c’est cela qui est prioritaire pour la bourgeoise, qui ne veut pas de « crises ».

Face aux attaques du patronat et de son gouvernement, la réponse des directions syndicales, qu’elles soient fédérales, régionales ou de telle ou telle centrale, est lamentable. Pour nous, leur  position est complètement fausse. Elles se limitent à exiger seulement de participer aux négociations sur l’application des réformes.

Il n’y a plus de mobilisation nationale contre les réformes du gouvernement, aucune action importante centralisée, et des manifestations plutôt démoralisantes pour les travailleurs, qui voient de moins en moins l’importance ou l’utilité d’aller manifester. En effet, actuellement, notre classe mène des luttes purement défensives, et nous ne réussissons pas à obtenir de victoires importantes. Oui, notre classe est en recul, la situation des ménages se détériore, les conditions de travail aussi, le travail précaire se généralise, et même nos droits démocratiques et sociaux sont bafoués, comme le droit de grève.

Robert Venteuil, secrétaire général de la FGTB, regrette qu’il n’y ait pas de place pour une réelle concertation (Le Soir 17/01/18), et cependant, ce même dirigeant a participé à des discussions avec le patronat et a signé des accords sur les pensions, le chômage, les travailleurs en congé de maladie, les salaires, etc., sans tenter même d’avoir l’avis des principaux concernés, les travailleurs.

La FGTB Wallonne, pour sa part, s’occupe depuis des mois d’essayer de constituer une « liste de gauche », qu’elle appellerait à soutenir. Pour les travailleurs, pas besoin donc de se mobiliser et de s’organiser : il suffit de voter de temps en temps, el la direction syndicale est là pour leur dire pour quel parti. Actuellement, elle discute avec le PS, Ecolo et le PTB.

Nous ne devons pas tomber, encore une fois, dans le piège des élections Nous devons exiger la rupture avec les partis politiques traditionnels, responsables des politiques libérales ; ou avec ceux qui, pour caresser l’électorat dans le sens du poil, avec la collaboration des medias, adoucissent leur langage et nous proposent des solutions comme n’importe quel parti en période électorale, sans dénoncer le fond du problème, le système capitaliste et ses institutions.

Pas de confiance dans les directions syndicales qui nous trahissent : elles nous mènent à l’échec et à la démobilisation. Il est nécessaire de nous organiser et de nous solidariser avec ces petites luttes qui existent quand-même et arrachent parfois des victoires, et de poser ainsi les bases pour une dynamique  syndicale alternative, de classe et combative.

Aucune liste « de gauche » comme celles que nous avons déjà connues en Belgique ou ailleurs, ne pourra représenter nos intérêts, sauf si elle émane de la lutte quotidienne des travailleurs.

Voilà notre principal défi : s’organiser dans les luttes pour obtenir des victoires et construire une alternative politique propre à notre classe, qui lutte ouvertement contre le patronat, contre ses partis et son gouvernement, contre le capitalisme et pour le socialisme.

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