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Des armes pour la résistance ukrainienne !

Les événements récents confirment que nous sommes dans la décadence de l’époque impérialiste. Lénine a prédit que ce serait une époque de catastrophes et de conflits, de guerres et de révolutions. Après une pandémie qui a causé des millions de morts, avec des conflits sociaux et militaires dans une grande partie du globe, une augmentation de la crise économique, avec pour conséquence la croissance de la faim et de la misère pour la majorité de la population de la planète.

Par: Américo Gomes

Comme l’a écrit Trotsky, « la vie du capitalisme monopoliste à notre époque est une chaîne de crises. Chacune des crises est une catastrophe (dont la tentative de la surmonter…) prépare le terrain pour d’autres crises, plus profondes et plus étendues. »

Poutine veut reconstruire l’empire russe détruit par les bolcheviks.

Pour comprendre la signification réelle de la guerre en Ukraine, nous devons partir du concept de nations oppressives et opprimées développé d’un point de vue théorique et politique par Lénine. On lui doit l’élaboration d’une stratégie révolutionnaire pour les nations opprimées[1], basée sur les conclusions de Marx sur la question irlandaise.

Lénine a écrit qu’à l’époque impérialiste, la politique de la grande bourgeoisie internationale est une politique d’annexions et de guerres, d’oppression et d’exploitation. Il a établi le concept de « nations oppressives et opprimées« [2]. Avec la différenciation entre le nationalisme de la nation oppressive, régressif, et le nationalisme de la nation opprimée, progressif, et le droit à l’autodétermination. Il a ainsi fait de la lutte pour la souveraineté nationale contre l’oppression coloniale l’une des revendications démocratiques fondamentales du programme de la révolution permanente des révolutionnaires marxistes dans le cadre de la révolution socialiste.

Après la révolution de 1917 et la prise du pouvoir par les bolcheviks, la politique concrète de Lénine a été la formation de l’Union des républiques socialistes soviétiques, d’une manière totalement antagoniste à la formation de l’Empire russe, appelé par eux la « prison des peuples ». Les bolcheviks ont défendu l’autodétermination de toutes les nationalités et leur libre adhésion à l’URSS.

Staline a fait le contraire, en tentant de russifier la Géorgie, alors que Lénine était encore en vie, ce qui a même entraîné la rupture des relations personnelles entre les deux hommes. Après la mort de Lénine, Staline a poursuivi la mise en œuvre de cette politique à toute l’URSS, étouffant les nationalités, procédant à des génocides et à d’importants transferts de population, comme en Crimée[3].

C’est pourquoi Poutine polémique avec Lénine sur le sujet[4]. En un sens, il a raison. Poutine, comme il le dit lui-même, veut rétablir l’Empire russe, qui a été brisé par Lénine et les bolcheviks. A cette fin, le régime à l’intérieur de la Russie est également violent contre le peuple russe, un régime capitaliste bonapartiste, qui réprime violemment la classe ouvrière et les plus de 160 nationalités.

Les Grands-Russes entretiennent des préjugés contre les Tatars musulmans de Crimée, les Tchétchènes, les Géorgiens et les Kazakhs, et tous les peuples non blancs. Qui représentaient environ la moitié des travailleurs de Russie occupant les pires emplois et recevant les pires salaires.

Actuellement, Poutine soutient les dictatures au Bélarus, au Kazakhstan et en Tchétchénie. Pour cela, il a gagné la sanglante guerre de Tchétchénie en 2009 ; après avoir envahi la Géorgie en 2008, pour contrôler l’Ossétie du Sud ; en 2020, il a menacé d’envoyer des troupes au Bélarus pour réprimer le soulèvement populaire contre Loukachenko ; en janvier 2022, des troupes russes ont été envoyées au Kazakhstan pour réprimer les mouvements de protestation. Dans le cadre d’une politique oppressive et chauvine où il est explicite que l’invasion de l’Ukraine n’est pas une guerre défensive contre l’OTAN, mais bien une guerre offensive inscrite dans son projet de rétablissement de ce qui serait son espace vital.

Le pacifisme et la neutralité aident Poutine

Comme lors de tout événement majeur dans la lutte des classes, les organisations se réclamant de la classe ouvrière et du mouvement social se sont divisées, tout comme les organisations bourgeoises. Les staliniens et les néo-staliniens, et la plupart des partis communistes dans le monde, ont à nouveau utilisé la théorie des camps, en essayant de découvrir quelque chose de progressiste dans le gouvernement de Poutine, en répandant des mensonges et des falsifications sur le peuple ukrainien, tout cela pour se retrancher du côté du sanguinaire et du répresseur[5]. En quoi ils sont malheureusement suivis par certaines organisations trotskystes.

Cette position soutient tout régime capitaliste, aussi répugnant soit-il, comme celui de Poutine, Diaz-Canel, Ortega, Maduro ou Bachar el Asad, pour sa soi-disant opposition à l’impérialisme américain. Ils ferment les yeux sur ces gouvernements qui exploitent la classe ouvrière, commettent des crimes et du terrorisme d’État, des oppressions nationales, et même des guerres et des contre-révolutions contre leur propre peuple. En Ukraine, ils sont du côté de l’invasion et de l’occupation.

De l’autre côté, parmi ceux qui soutiennent à juste titre le droit à l’autodétermination du peuple ukrainien, la protection des droits des minorités nationales et qui sont favorables à la résistance, il y a malheureusement les pacifistes. Se fondant sur le sentiment d’une grande partie de la population mondiale en faveur de la paix et du rejet des offensives impérialistes, ils ne préconisent pas de soutien matériel à la résistance, comme l’envoi de médicaments et d’armes à la résistance ukrainienne.  Tous affichent les slogans « Stop à la guerre en Ukraine », « Non à l’expansion de l’OTAN », mais refusent de promouvoir des campagnes d’envoi de solidarité matérielle à l’Ukraine[6].

Les marxistes révolutionnaires doivent se différencier de la politique stalinienne, qui prône la victoire de Poutine ; et aussi des pacifistes, qui parient que les « pseudo-sanctions » impérialistes pourraient faire barrage à l’armée russe, ou que les Ukrainiens doivent accepter un accord qui démembre l’Ukraine ou viole sa souveraineté nationale.

Seule la mobilisation indépendante des travailleurs peut vaincre l’invasion russe. La paix ne sera obtenue qu’avec la défaite militaire de Poutine; ne pas le dire, c’est semer des illusions. Soutenir que les travailleurs ne doivent pas prendre les armes en cas de guerre pour se défendre est une politique impuissante et défaitiste pour la classe, là où elle devrait se transformer en une lutte révolutionnaire.

Ukrainiens préparant des cocktails molotov

Dans cette tranchée doivent se trouver les vrais révolutionnaires. Le devoir du prolétariat mondial doit être dicté par l’aide aux peuples opprimés dans leur lutte nationale contre les nations oppressives et contre leur propre impérialisme.

L’Ukraine : une nation opprimée qui lutte pour sa souveraineté nationale

La lutte de résistance de l’Ukraine, comme des autres pays de la région, contre la prison des peuples, devient une lutte pour la souveraineté nationale contre un pouvoir oppresseur, envahisseur et occupant.

En Ukraine, la révolution démocratique est arrivée en 2014 et a renversé le dictateur fantoche de Moscou, Ianoukovitch.  Elle a instauré une démocratie bourgeoise. Zelensky a été élu, c’est un gouvernement bourgeois, pro-impérialiste, favorable à l’entrée dans l’Union européenne, au même titre que les directions nationalistes de Catalogne et d’Écosse. Avant l’occupation russe, il appliquait un dur paquet de mesures du FMI – une modification de la constitution autorisant la vente de terres à des étrangers, des réductions de salaires et une réduction brutale des dépenses sociales, ainsi que des licenciements, en faveur des oligarques ukrainiens et russes qui ont des entreprises en Ukraine[7].

Au moment de l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie de Mussolini, l’Éthiopie était dirigée par l’empereur éthiopien, Hailé Sélassié, et Trotsky a répondu que ceux qui pensaient que la guerre italo-éthiopienne serait un conflit entre deux dictateurs rivaux se trompaient, ils ne voyaient pas que l’Éthiopie était une nation opprimée et que, par conséquent, la victoire de Mussolini serait une victoire impérialiste contre les mouvements nationalistes. Tandis que la victoire de l’Éthiopie serait un coup puissant, non seulement à l’impérialisme italien, mais à l’impérialisme dans son ensemble, et donnerait un puissant coup de pouce aux forces rebelles des peuples opprimés[8].

Donc, si Poutine triomphe en Ukraine, cela signifie le renforcement du recours à la force d’une nation oppressive contre une nation opprimée et l’attaque des peuples opprimés dans le monde entier. Sa victoire renforcera les nations impérialistes qui disposent d’une plus grande puissance militaire,  et cela légalisera le recours à la force pour mener à bien leurs conquêtes dans les colonies et les semi-colonies. C’est pourquoi elle justifie déjà, pour eux, la course aux armements.

Aucune confiance en Zelensky

Tout en misant sur l’auto-organisation de la résistance ukrainienne, nous devons avertir les combattants qu’ils ne peuvent avoir aucune confiance dans le gouvernement Zelensky, car en tant que bourgeois pro-impérialiste, il doit capituler et négocier avec Poutine en renonçant à l’intégrité territoriale ukrainienne et accepter la « finlandisation de l’Ukraine », en laissant le pays pro-impérialiste sans entrer dans l’OTAN, préconisée par des secteurs de l’impérialisme allemand et français, exprimée par Emmanuel Macron[9].

Zelensky fait partie de la bourgeoisie ukrainienne qui, avec le Mémorandum de Budapest en 1994, a remis à la Russie, en échange de sa protection, l’ensemble de son arsenal, le troisième plus grand arsenal nucléaire du monde, avec plus de 3 000 têtes nucléaires et 100 missiles balistiques. Ce qui a été soutenu par les États-Unis et la France.

La même bourgeoisie qui a soumis le pays au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, avec une dette qui dépasse 129 milliards de dollars, obligeant la classe ouvrière et les pauvres à payer cette dette par la réduction des programmes sociaux, des privatisations dans l’industrie, le licenciement des travailleurs et de travailleuses du secteur public et des réductions de salaires.

« Marx et Engels ont soutenu la lutte révolutionnaire des Irlandais contre la Grande-Bretagne, des Polonais contre le Tsar, bien que dans ces deux guerres nationalistes, les chefs étaient pour la plupart des membres de la bourgeoisie et même de l’aristocratie féodale. … dans tous les cas, des réactionnaires catholiques. (…) Mais nous, marxistes et bolcheviks, considérons la lutte des Rifains contre la domination impérialiste comme une guerre progressiste. (…) Parler de « défaitisme révolutionnaire » en général, sans faire de distinction entre pays exploiteurs et pays exploités, c’est faire une misérable caricature du bolchevisme et mettre cette caricature au service des impérialistes. (…) Tchang Kaï-chek est le bourreau des travailleurs et des paysans chinois. Mais aujourd’hui, il est obligé, malgré lui, de se battre contre le Japon pour le reste de l’indépendance de la Chine. Demain, il peut trahir à nouveau. C’est possible. C’est probable. C’est même inévitable. Mais aujourd’hui, il se bat. Seuls les lâches, les vauriens ou les imbéciles complets peuvent refuser de prendre part à ce combat.« [10]

Comme il est « inévitable » que Zelensky capitule devant l’invasion russe, il est essentiel que la résistance et la classe ouvrière construisent leur propre organisation et leur propre commandement militaire, afin de ne pas être subordonnés à la direction bourgeoise et pro-impérialiste.

Sur les sanctions et la guerre en Ukraine

Parmi ceux qui défendent la défaite russe en Ukraine, il y a ceux qui soutiennent les sanctions économiques contre la Russie, menées par les pays impérialistes, parmi eux, on trouvera le « Bureau politique de la Quatrième Internationale »[11], l’ancien Secrétariat unifié.

Nous devons comprendre qu’au-dessus du conflit entre l’impérialisme américain et européen contre le gouvernement de Poutine, ce sont leurs intérêts de classe qui prévalent. Les impérialismes donnent la priorité au maintien de l’ordre impérialiste mondial en Europe et dans le monde, qui est en crise, et non au droit à l’autodétermination du peuple ukrainien.

Pour cette raison, le soutien des gouvernements impérialistes à l’Ukraine est symbolique, partiel et insuffisant. Lié à l’acceptation en dernier ressort qu’elle soit occupée et divisée par la Russie (finlandisation). Un peu comme ce que les impérialistes anglais et français ont fait lorsque les nazis ont occupé la Tchécoslovaquie à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Macron, à la tête des gouvernants européens, a annoncé qu’ils n’accepteront pas l’Ukraine dans l’Union européenne[12].

Ils parlent de geler les avoirs des oligarques russes, et encore, partiellement, mais pas d’expropriation ou de confiscation de ces avoirs, pour les envoyer aux combattants ukrainiens. Au Royaume-Uni, l’argent des oligarques est nécessaire pour équilibrer le déficit commercial et fait partie du flux annuel de financement étranger. L’exemple le plus grotesque est celui du Portugal où les banques ont confisqué la fortune de 242 euros d’un de ces oligarques russes.

Les sanctions annoncées par l’impérialisme sont palliatives, démagogiques et cyniques. Leur objectif est d’essayer de gagner la conscience de la classe ouvrière en lui faisant croire que l’ONU et l’OTAN peuvent garantir la « sécurité collective », avec des sanctions gouvernementales, contre ceux qu’ils considèrent comme des « agresseurs ». Avec la fausse apparence de légalité d’un organisme pseudo-international. En créant un climat d' »unité nationale » contre la guerre, comme si une alliance entre la classe ouvrière et l’impérialisme était possible.

De cette manière, ils tentent d’empêcher les travailleurs de croire en leur propre force et d’éviter la mobilisation de la classe ouvrière pour soutenir les Ukrainiens dans cette guerre. Dans ce sens, ces sanctions ne sont même pas complémentaires aux actions de notre classe, en fait, elles sont opposées.

Il suffit de voir qu’en même temps qu’ils annoncent ces mesures partielles, ils continuent à acheter et à payer du pétrole et du gaz aux Russes[13]. Les Allemands et les Italiens disent qu’ils ne peuvent pas cesser de le recevoir ; les Britanniques, qui ne reçoivent que 4 % de leur gaz de la Russie ; et les Néerlandais, annoncent qu’ils prévoient de le couper en décembre, possiblement lorsque la guerre sera terminée. Pour donner une idée, la Russie a augmenté sa production et ses exportations de pétrole depuis l’invasion de l’Ukraine[14]. Quelque 15 milliards d’euros sont entrés en Russie depuis le début de l’invasion grâce aux exportations de gaz, de pétrole et de charbon vers l’Union européenne[15].

Cela n’est pas nouveau, car dans le cas de l’invasion de l’Abyssinie, aujourd’hui l’Éthiopie, par l’Italie fasciste, la Société des Nations, appelée par Lénine le « Repaire de brigands », a voté des sanctions économiques contre l’Italie, et a condamné la guerre comme étant illégale et comme étant une agression, les staliniens ont soutenu ces sanctions. Mais officieusement, les gouvernements britannique et français n’ont pris aucune mesure sérieuse contre l’Italie, les États-Unis ont continué à exporter, notamment du matériel de guerre, et les staliniens ont continué à vendre du pétrole. Ils étaient dénoncés par les trotskystes et les pan-africanistes tels que Padmore et James[16].

Pour Trotsky « Leur soutien aux sanctions fait partie intégrante de leur participation avec les sociaux-démocrates au front traître du « pacifisme officiel ». Pour lui, prendre la défense de l’Abyssinie contre l’Italie ne signifierait pas encourager l’impérialisme britannique à prendre des sanctions contre l’Italie[17].

Cela explique pourquoi le gouvernement des États-Unis, chef de l’OTAN, s’est opposé à l’envoi d’avions polonais aux combattants ukrainiens ou des équipements nécessaires pour que les Ukrainiens puissent eux-mêmes défendre leur territoire sur terre, dans les airs et sur mer, sans envoyer de troupes de l’OTAN.

Le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré sans ambages : « Une chose doit également être claire : l’OTAN n’interviendra pas militairement dans cette guerre. »

L’État espagnol et l’Italie envoient aux combattants ukrainiens les pires lance-missiles et mitrailleuses, de la vraie ferraille.

Les exigences que les révolutionnaires doivent formuler à l’égard des gouvernements impérialistes, sont subordonnées à la stratégie de lutte contre la nation oppressive, dans ce cas la Russie, et contre son ennemi intérieur, dans chaque pays capitaliste.

« Dans les pays impérialistes, alliés aux pays qui mènent des guerres progressistes et révolutionnaires, tout se réduit à cela : que le prolétariat lutte avec des moyens révolutionnaires pour un soutien militaire direct, efficace et contrôlé par lui, à la cause progressiste (« Des avions pour l’Espagne ! » s’écriaient les ouvriers français)« [18].

Pour le démantèlement de l’OTAN

Nous devons exiger des gouvernements, notamment des pays impérialistes, qu’ils remettent à la résistance ukrainienne des armes et tout le matériel nécessaire, sans aucune condition. En étant totalement contre l’entrée des troupes de l’OTAN dans le pays, et plus encore, en ne soumettant jamais le commandement des milices à des officiers impérialistes.

Personne n’oublie la longue histoire sanglante de l’impérialisme américain, depuis la guerre hispano-américaine, en passant par les guerres mondiales, la guerre du Vietnam, les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan et son soutien actuel à l’occupation de la Palestine et de l’Arabie saoudite au Yémen. Comme tous les gouvernements, les membres de l’OTAN et de l’Union européenne ont une histoire sordide d’occupations impérialistes dans le monde entier. C’est pourquoi nous préconisons la liquidation de l’OTAN avec le démantèlement de toutes ses bases militaires.

Nous avons une position similaire à celle adoptée par le Comité exécutif de la Quatrième Internationale lorsque le Japon a envahi la Chine. Les révolutionnaires se sont déclarés en faveur de la victoire de l’armée chinoise, commandée par Tchang Kaï-chek, contre l’impérialisme japonais. En dénonçant les intentions de l’impérialisme américain et la politique réactionnaire de Tchang Kaï-chek, tout en soutenant l’envoi de matériel militaire. En refusant le débarquement de troupes et en ne subordonnant en aucun cas la stratégie de l’armée chinoise au commandement de l’impérialisme[19].

Nous suivons la position dans le conflit en Abyssinie qui était « la défaite de l’Italie et la victoire de l’Éthiopie« , en empêchant le gouvernement italien de recevoir le soutien des autres puissances impérialistes et en favorisant l’envoi d’armes au peuple éthiopien[20].

Solidarité de classe

Les « sanctions impérialistes » n’ont rien à voir avec le « boycott international des travailleurs », qui est une forme d’action de la classe ouvrière, et un instrument de lutte.

Nous devons soutenir les actions des travailleurs qui, par le biais de leurs organisations, boycottent les produits russes. A commencer par le pétrole et le gaz, et donc les dockers d’Angleterre, de Hollande et des États-Unis qui ont refusé de décharger le pétrole en provenance de Russie sont exemplaires. À Liverpool et dans le Kent, ils ont arrêté le chargement et le déchargement du pétrole, avec des motions de soutien des pompiers (FBU) et des travailleurs généraux (Unite) qui ont condamné l’invasion et l’OTAN. Avec leurs dirigeants qui déclarent que ce pétrole est « sale du sang du peuple ukrainien » car il sert à financer l’armée russe.

Cela devrait être la tâche principale des travailleurs. « Un arrêt réel des exportations vers l’Italie sur décision des syndicats soviétiques aurait suscité un mouvement mondial de boycott incomparablement plus réel que les perfides « sanctions », mesurées à l’avance par des diplomates et des juristes en accord avec Mussolini« [21].

Des armes pour la résistance ukrainienne

La première étape consiste à se mobiliser et à organiser des manifestations publiques pour soutenir la résistance ukrainienne et la défaite militaire de la Russie. Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là, nous devons rendre ce soutien concret, en finances, médicaments, matériel militaire et armes pour les combattants.

Contrairement aux pacifistes qui ne préconisent que le « Non à la guerre » ou disent « Faites sortir les troupes d’Ukraine », nous considérons que la résistance ukrainienne doit vaincre l’invasion russe. Pour cela, nous ne pouvons pas croire la démagogie impérialiste, avec ses sanctions partielles, ni imaginer que Zelensky mènera cette lutte jusqu’au bout. Nous devons construire une véritable solidarité de classe pour qu’ils puissent gagner la guerre.

Il y a déjà des volontaires d’organisations de classe qui construisent des convois de soutien à la résistance et qui vont même se porter volontaires pour combattre les Russes. A l’exemple des pilotes de ligne noirs nord-américains partis combattre en Éthiopie. L’un d’eux, Hubert Julian, est devenu connu sous le nom d' »Aigle noir de Harlem » ; un autre, John C. Robinson, le « Condor noir« . Ils sont à l’origine de la création de l’armée de l’air éthiopienne[22].

L’impérialisme a une peur bleue d’armer ces milices de volontaires et de civils, ils disent que cela ouvrirait une boîte de pandore aux proportions inimaginables en Europe.

Des milices formées par des hommes et des femmes en uniformes militaires, comme à Kharkiv, portant des grenades et des AK-47 ou des sacs de sable pour la protection des bâtiments. Au quartier général de ces forces de défense territoriale, des centaines de personnes faisaient la queue pour rejoindre les forces civiles. On estime qu’il y a déjà 130 000 volontaires qui organisent des sessions de formation.

C’est également le cas dans d’autres villes comme Dnipro, Lviv, Kramatorsk et Kiev, où des dizaines de volontaires remplissent des bouteilles en verre et coupent des mèches pour préparer des cocktails Molotov. Parmi eux, on trouve des ingénieurs, des chauffeurs, des ouvriers du bâtiment, des cuisiniers, des infirmiers et des professionnels de la santé. Dans la région de Kiev, on estime qu’environ 18 000 armes ont été remises à des civils. Les prisonniers ayant une expérience militaire ont été libérés à condition de partir au combat et de rejoindre les 36 000 réservistes, les 5 000 retraités de la garde nationale et les 5 000 autres retraités de la police des frontières.

L’échec de la guerre éclair de l’armée russe a intensifié, d’une part, le bombardement des centres urbains de Kharkiv, Marioupol et Kiev ; et l’action de la résistance, d’autre part. Les combats se durcissent dans la banlieue nord-ouest de Kiev, en : Irpine, Borodyanka, Boutcha, Gostomel, laissant la population privée d’électricité, de chauffage et de couverture téléphonique, passant plusieurs jours dans des sous-sols froids et humides, inadaptés pour se protéger des missiles Grad ou Iskander utilisés par l’armée russe.

Si Kiev, Kharkov, Marioupol et d’autres villes résistent, avec un désavantage militaire impressionnant, c’est parce qu’il existe une grande mobilisation populaire, non seulement de combattants, mais aussi de personnes non armées, qui forment des chaînes humaines pour entraver l’avancée des chars russes et organisent des manifestations de protestation contre l’envahisseur, comme à Energodar.

Défaitisme révolutionnaire russe

Lénine a soutenu que le défaitisme révolutionnaire de sa propre bourgeoisie était une politique stratégique du prolétariat, qui s’est matérialisée dans la formule de Karl Liebknecht selon laquelle l’ennemi des travailleurs se trouve dans leur propre pays. Trotsky prévient que cette politique, comme toutes les autres, ne peut être considérée de manière dogmatique, et qu’il faut différencier les particularités de chaque conflit. Les bolcheviks ont appliqué la politique défaitiste différemment pendant la période tsariste et après février 1917[23].

La clé est d’établir une politique d’indépendance du prolétariat pour établir sa lutte et son processus de mobilisation, ce qui ouvre la possibilité d’une propagande révolutionnaire pour la lutte pour le pouvoir. « Le défaitisme est la politique de classe du prolétariat qui, même pendant la guerre, voit son principal ennemi chez lui, dans son propre pays impérialiste. Le patriotisme, au contraire, est une politique qui situe son principal ennemi en dehors de son propre pays. L’idée du défaitisme signifie en réalité la chose suivante : poursuivre une lutte révolutionnaire irréconciliable contre la bourgeoisie elle-même en tant qu’ennemi principal. Sans s’attarder sur le fait que cette lutte peut entraîner la défaite du gouvernement lui-même; dans un mouvement révolutionnaire, la défaite du gouvernement lui-même est un moindre mal. Lénine n’a ni dit ni voulu dire autre chose. On ne peut même pas parler d’une autre forme d’aide » pour provoquer la défaite. Faut-il renoncer au défaitisme révolutionnaire par rapport aux pays non fascistes ? »[24].

Trotsky affirmait que même pour renverser Hitler, il ne serait pas juste de soutenir les démocraties bourgeoises impérialistes en renonçant à une politique révolutionnaire indépendante[25]. Même la lutte contre le fascisme doit s’inscrire dans une lutte à mort contre son propre impérialisme[26]. Cet enseignement est fondamental pour le peuple russe, mais aussi pour les autres pays impérialistes.

À l’intérieur de la Russie, les manifestations défaitistes contre la guerre sont fondamentales, et peuvent en fait conduire à la défaite de l’invasion, comme cela s’est déjà produit au Vietnam avec l’armée américaine. Poutine le sait et craint ces mobilisations, aussi la répression contre ces manifestants est-elle brutale. Selon l’organisation de défense des droits de l’homme OVD-Info, 15 000 personnes ont été arrêtées lors de manifestations anti-guerre en Russie depuis l’invasion du 24 février. La Russie a adopté une nouvelle loi prévoyant des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 15 ans pour la diffusion de « fausses nouvelles » sur son armée ou l’appel à des sanctions contre le pays (sic). Poutine a récemment annoncé qu’il allait procéder à un nettoyage pour « purifier la Russie de la racaille et des traîtres« , annonçant que ces gens vont disparaître « d’eux-mêmes« . La menace de Poutine est intervenue deux jours après qu’une productrice de la chaîne publique russe Channel One, Marina Ovsyannikova, a interrompu le journal télévisé avec une bannière derrière la présentatrice sur laquelle on pouvait lire « Ils vous mentent« , dans une protestation publique contre la guerre en Ukraine. Le président de la chambre basse du parlement russe a dénoncé cette manifestation comme une « trahison » et a demandé qu’elle soit punie « avec toute la rigueur« .

Face à cette intimidation, des milliers de personnes signent des pétitions contre la guerre, des artistes manifestent contre Poutine, des professeurs de l’université de Moscou et même certains députés. Le sentiment anti-guerre pourrait encore s’exacerber à mesure que les soldats et les conscrits russes perdent la vie dans les combats avec la résistance militaire ukrainienne.

Ces protestations doivent être soutenues par les travailleurs du monde entier. Et encouragées à se transformer en manifestations et en grèves, voire en désertions, comme lors de la Première Guerre mondiale ou comme cela s’est produit avec l’armée portugaise lors des luttes d’indépendance des colonies.

La stratégie de lutte contre les gouvernements capitalistes et impérialistes qui prétendent soutenir la lutte du peuple ukrainien doit être menée par d’autres tactiques. Nous devons exiger des armes pour l’Ukraine, mais sans que cela se confonde avec un soutien à d’éventuelles mesures adoptées par ces gouvernements, et sans que cela puisse justifier l’augmentation de la course aux armements dans ces pays, tant souhaitée par ces gouvernements.

L’Allemagne a annoncé qu’elle allait tripler son budget de défense pour rééquiper ses forces armées. Avec l’argument frauduleux de la défense de la « liberté et de la démocratie » ou comme une réponse à l’agression de Poutine. La France possède l’une des plus grandes industries militaires, dont le Royaume-Uni est le seul rival en Europe. Ces deux pays disposent de leurs propres armes nucléaires. L’Italie s’est engagée à augmenter les dépenses de défense de 2%, Macron a annoncé qu’au cours de son second mandat, les dépenses militaires seraient les plus élevées de tous les temps et Boris Johnson que ces dépenses seraient les plus élevées depuis la guerre froide. Divers autres pays européens procèdent à des augmentations similaires de leurs budgets militaires. Face à cette intimidation, des milliers de personnes signent des pétitions contre la guerre, des artistes manifestent contre Poutine, des professeurs de l’université de Moscou et même certains députés. Le sentiment anti-guerre pourrait s’enflammer davantage si des soldats et des conscrits russes perdent la vie dans les combats avec la résistance militaire ukrainienne.

Pour la défaite militaire de la Russie

Seule l’action indépendante et la solidaire des travailleurs du monde entier, associée à la résistance armée de l’Ukraine et au défaitisme révolutionnaire des travailleurs russes, peuvent arrêter l’agression de Poutine et le vaincre.

L’armement du prolétariat pour son auto-défense est la principale leçon que la classe doit apprendre dans ce conflit. Comme en Chine et en Ethiopie, aujourd’hui en Ukraine, il est essentiel que les travailleurs participent à la lutte contre l’agression et l’invasion russes, comme ce fut le cas face à l’empire japonais et les fascistes italiens. Même sous la direction de Zelensky, comme auparavant sous celle du Kuomintang ou de l’empereur Haïlé Sélassié.

Une politique pacifiste va à l’encontre de la solidarité avec la résistance ukrainienne. Mais toutes les formes de violence et de guerre ne sont pas réactionnaires ; lorsqu’elles sont aux mains des opprimés, elles sont des instruments de libération de l’oppression. La lutte de libération au Vietnam, qui a vaincu l’impérialisme français et celui des États-Unis, s’est appuyée sur l’utilisation de la force militaire, tout comme la lutte de libération des colonies portugaises en Afrique et la guerre civile américaine qui a mis fin à l’esclavage aux États-Unis.

La neutralité dans la lutte entre oppresseurs et opprimés favorise l’oppresseur. C’est pourquoi les révolutionnaires soutiennent toutes les guerres contre la domination, l’oppression et l’exploitation.

Les mouvements sociaux et les organisations de la classe ouvrière doivent soutenir la résistance ukrainienne car il s’agit d’une nation opprimée. Nous devons nous solidariser avec le mouvement anti-guerre russe qui pourrait s’élargir au point de remettre en question le gouvernement de Poutine. Nous sommes contre toute intervention impérialiste par le biais de l’OTAN. Nous ne soutenons pas la fraude des fausses et hypocrites sanctions impérialistes. Nous devons exiger des gouvernements impérialistes l’arrêt du commerce du gaz et du pétrole russes dans le monde entier ainsi que des armes pour les combattants de la résistance, en premier lieu pour démasquer ces gouvernements.

Nous devons développer efficacement la solidarité de la classe ouvrière en envoyant des médicaments et du matériel militaire à nos frères et sœurs ukrainiens. Car nous savons que seule cette solidarité peut vaincre l’invasion de Poutine.

Cette action permettra d’éduquer les masses sur le fait que pour le renversement de leurs propres gouvernements, elles doivent prendre part à la lutte militaire, même si c’est pour un temps sous leurs ordres, puisque malheureusement, ce sont eux qui sont aux commandes dans la guerre pour l’indépendance ou l’autodétermination. En attendant, les révolutionnaires doivent se préparer politiquement au renversement de ces gouvernements, « c’est la seule politique révolutionnaire« [27].

 

Traduction : Michael Lenoir et Silas Teixeira

[1] Trotsky : 90 ans du Manifeste Communiste

[2] « La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes (Thèses) », février 1916

[3] Texte de référence : Derniers écrits et journaux intimes, Editions Sundermann.

[4] https://br.rbth.com/politica/2016/01/26/putin-esclarece-declaracao-polemica-sobre-lenin_562435

[5] https://www.brasildefato.com.br/2022/03/01/como-a-esquerda-mundial-ve-a-guerra-entre-russia-e-ucrania

[6] [Parmi ces organisations, nous trouvons la « Coalition Stop the War » (STWC), sous la direction des Corbynistes et du SWP ; le « Manifeste : Résistance féministe contre la guerre » ; et la « Déclaration de la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale » (FT-CI), https://www.laizquierdadiario.com/No-a-la-guerra-Fuera-las-tropas-rusas-de-Ucrania-Fuera-la-OTAN-de-Europa-del-este-No-al-rearme-imperialista-Por-la-unidad-internacional-de-la-clase-trabajadora-Por-una-politica-independiente-en-Ucrania-para-enfrentar-la-ocupacion-rusa-y-la-dominacion

[7] Michael Roberts. https://thenextrecession.wordpress.com/2022/03/20/ukraine-russia-like-an-earthquake

[8] Trotskisme contre centrisme en Grande-Bretagne – Partie III, Le déclin de l’ILP, SUR LES DITERS ET LES POINTS FORTS D’OSLO

[9] https://www.abc.es/internacional/abci-finlandizacion-ucrania-posible-salida-conflicto-rusia-o-brindis-202202081342_noticia.html

[10] Léon Trotsky, Sur la guerre sino-japonaise, (septembre 1937).

[11] Déclaration sur la guerre. https://puntodevistainternacional.org/project/no-a-la-invasion-de-ucrania-por-parte-de-putin-apoyo-a-la-resistencia-ucraniana-solidaridad-con-la-oposicion-rusa-a-la-guerra/

[12] https://www.gazetadopovo.com.br/mundo/breves/lideres-da-ue-descartam-rapida-adesao-da-ucrania/

[13] https://elpais.com/internacional/2022-03-19/bruselas-teme-que-las-sanciones-a-la-energia-rusa-quiebren-la-unidad-europea-frente-a-putin.html

[14] https://www.elfinanciero.com.mx/mundo/2022/03/17/sanciones-economicas-le-hacen-cosquillas-a-rusia-su-produccion-y-exportaciones-de-petroleo-subieron-en-marzo/

[15] Données du CREA (Centre for Research on Energy and Clean Air).

[16] Américo Gomes, Stalinisme et panafricanisme, https://litci.org/pt/stalinismo-e-pan-africanismo/

[17] Trotskisme contre centrisme en Grande-Bretagne – Partie III, Le déclin de l’ILP, ON Dictateurs et les hauteurs d’OSLO

[18] Rudolf Klement, Principios y tácticas en la guerra, 1937

[19] Resolución sobre la intervención norteamericana en China, 1941, Comité Ejecutivo de la IV Internacional.

[20] Trotsky, Le conflit italo-éthiopien, 1935.

[21] Léon Trotsky, La Révolution trahie, chapitre 8, La politique étrangère et l’armée.

[22] Américo Gomes, Stalinisme et panafricanisme, https://litci.org/pt/stalinismo-e-pan-africanismo/

[23] Trotsky, « Le défaitisme est toujours valable », 1936.

[24] Un pas vers le patriotisme social, 1939

[25] La guerre et la Quatrième Internationale, 1934

[26] Léon Trotsky, Phrases et réalité

[27] Léon Trotsky, Sur la guerre sino-japonaise, (septembre 1937).bb