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De Gaza à Jérusalem, la Palestine résiste

La menace que le nettoyage ethnique continue dans le petit quartier palestinien de Sheikh Jarrah, à Jérusalem, a fait exploser une étincelle qui se propage dans toute la Palestine historique : la résistance héroïque et historique atteint désormais tous les coins, malgré la violence sioniste brutale. Et la solidarité internationale va de l’avant.

Soraya Misleh – PSTU

la section de la LIT-QI au Brésil

le 12 mai 2021

Acculé, Israël a reporté de 30 jours une audience sur les expulsions à Sheikh Jarrah, ce qui démontre la force de la résistance. Celle-ci ne faiblit pas et elle peut effectivement empêcher ce processus de se poursuivre, non seulement dans le quartier, mais dans toute la Palestine. Il y a plusieurs autres endroits qui connaissent la même situation, comme Silwan, également à Jérusalem. Et il y a également des menaces d’expulsion dans les villes occupées en 1948, lors de la Nakba (la catastrophe, avec la création de l’Etat d’Israël sur 78 % de la Palestine historique par un nettoyage ethnique planifié).

Depuis Gaza, la résistance a envoyé un message pour tenter d’arrêter l’offensive brutale à Jérusalem. Aujourd’hui, la bande étroite et appauvrie, soumise à un siège israélien criminel depuis près de 14 ans, saigne à nouveau. Depuis le 10 mai, les 2 millions de Palestiniens qui vivent à Gaza subissent des bombardements sionistes massifs. Jusqu’à présent, 53 personnes ont été tuées – dont 14 enfants et 3 femmes – et 320 blessées.

Quatre-vingt pour cent de la population de Gaza est constituée de personnes déplacées à l’intérieur du pays, enfants de la Nakba. En d’autres termes, ce sont des réfugiés « de l’intérieur ». L’étroite bande – d’un peu plus de 340 km2 – rassemble une population majoritairement jeune, qui a grandi au milieu des bombardements, soit massifs, soit de harcèlement au compte gouttes. Ces derniere-s, pourtant courants, sont invisibles aux yeux du monde. Quatre-vingt pour cent de la population est au chômage et dépend de l’aide humanitaire, même pour se nourrir. Rien n’entre ou ne sort sans l’autorisation d’Israël, qui déverse encore des contaminants dans les cultures et l’eau des Palestiniens – aujourd’hui 96 % sont impropres à la consommation. Les forces d’occupation tirent également sur les agriculteurs et les pêcheurs de Gaza qui cherchent à gagner leur vie.

Les Palestiniens dépendent de la permission de quitter l’étroite bande pour se faire soigner lorsqu’ils sont gravement blessés ou tombent malades. Les rares infrastructures hospitalières sont délabrées et l’électricité n’est disponible que quelques heures par jour – ce qui a constitué un obstacle supplémentaire face à la pandémie de Covid-19, pour laquelle Israël refuse les vaccins dont il dispose copieusement dans l’État sioniste.

Dans l’escalade qui a commencé il y a trois jours, ce n’est pas Israël qui répond ou se défend, comme il le prétend faussement. Il s’agit encore une fois d’une agression, car la résistance par tous les moyens possibles est légitime face à l’occupation. Même les Nations Unies (ONU) le reconnaissent. En outre, Israël a entamé un processus de nettoyage ethnique et de violence brutale dans le quartier palestinien de Sheikh Jarrah à Jérusalem, et il a profané de manière provocante la mosquée Al-Aqsa, le troisième site le plus important pour les musulmans, et cela en pleine période sainte du Ramadan. Il y a déjà plus de 400 blessés et de nombreux prisonniers politiques à Jérusalem.

Étant donné le soutien qui vient de Gaza, Israël en profite pour massacrer à nouveau toute la population locale : une punition collective et un nettoyage ethnique pour que personne ne bouge.

En 2005, l’État sioniste a retiré les 8000 colons qui vivaient dans des bourgades de l’étroite bande – parce qu’il a compris qu’il était trop coûteux en termes militaires de les garder, que cela ne valait pas la peine. Et depuis lors, la voie était ouverte aux massacres, sans risque de frapper ces colons. En 2006, le Hamas a remporté démocratiquement les élections et a pris le contrôle de l’étroite bande. Peu après, Israël a décrété le blocus meurtrier qui impose aux Palestiniens la faim, le froid, la misère – un « régime forcé », selon les termes d’un dirigeant sioniste. Le siège est soutenu par la dictature égyptienne. Le résultat est que la moitié des enfants souffrent de malnutrition chronique. Et à partir de décembre 2008, ce furent les bombardements et les massacres.

C’est entre cette fin d’année 2008 et le début de 2009 que s’est produite la première offensive violente d’Israël, qui allait devenir habituelle. Il y a eu 1400 morts en un peu plus de 30 jours. Les infrastructures détruites – écoles, hôpitaux, maisons, services de base – ne pourront jamais être reconstruites. En 2012, une autre attaque a duré une semaine et a coûté 150 vies palestiniennes. Et cette année-là, l’ONU a déclaré dans un rapport que la crise humanitaire était si dramatique que Gaza deviendrait inhabitable en huit ans (d’ici 2020).

En 2014, 51 jours de bombardements et d’opérations terrestres ont causé la mort de 2200 Palestiniens, dont 530 enfants. En 2018, le 30 mars, Journée palestinienne de la terre, a marqué le début de la Grande Marche du retour. Les snipers sionistes et leurs bombes n’ont même pas épargné les médecins, les infirmiers et les journalistes ; au contraire, ils les ont pris pour cible. Au 31 décembre de la même année s’y sont ajoutés encore 159 morts et 20 000 blessés. Avec toute cette histoire, de nombreuses personnes à Gaza ont perdu des jambes, des bras ou la vue.

L’étroite bande – occupée militairement en 1967, en même temps que la Cisjordanie et Jérusalem-Est – survit néanmoins et révèle une nouvelle fois sa résistance.

 

La Palestine de 1948

Les protestations se propagent également en Palestine occupée en 1948 (actuellement dénommée État d’Israël). Selon un rapport publié sur le site de Middle East Eye, des centaines de Palestiniens sont descendus dans la rue dans des villes comme Nazareth, Haïfa, Jaffa et Lod, entre autres, pour dénoncer les attaques contre Jérusalem et Gaza. À Umm al-Fahm, ils ont mis le feu à des pneus pour bloquer les routes. La répression israélienne a fermé les accès pour empêcher l’arrivée de nouveaux manifestants, a tiré des bombes lacrymogènes et des grenades étourdissantes pour tenter de mettre fin aux mobilisations. Au moins deux Palestiniens ont été blessés. Le lundi 10, un Palestinien a été tué à Lod et l’État sioniste a déclaré l’état d’urgence.

Les « Palestiniens de 1948 » comptent environ 1,5 million de personnes qui descendent des quelques survivants de la Nakba après l’occupation de 1948. Ils vivent sous 60 lois racistes, traités comme des citoyens de seconde ou troisième classe. Il y a des villages bédouins qui ont été détruits plus de 180 fois, comme Al-Araqeeb. Les Palestiniens reconstruisent et refusent de quitter leurs terres. Dans ces villages, situés dans le Néguev (le désert dans le Sud, au Sinaï), Israël refuse même la fourniture des services de base.

En Cisjordanie, occupée en 1967, les près de 3 millions de Palestiniens – qui font face à un régime d’apartheid institutionnalisé – se joignent également à la résistance. Des manifestations ont eu lieu le mardi 10 mars dans des villes comme Ramallah, Naplouse, al-Bireh, Qalandia et d’autres et ont rassemblé des centaines de Palestiniens. La violence de l’occupant est toujours brutale, avec de nombreuses arrestations. A Ramallah, l’Autorité palestinienne, gestionnaire de l’occupation, a réprimé une manifestation.

À Beyrouth, capitale du Liban, il y a également des signes de résistance. Des Palestiniens et des Libanais se sont unis dans des protestations contre le nettoyage ethnique à Jérusalem. Toujours selon le rapport de Middle East Eye, le mardi 11 mai, ils ont marché sur plus de 2 km du camp de réfugiés de Mar Elias à celui de Chatila. Le pays arabe compte plus de 192 000 réfugiés vivant dans 12 camps officiels enregistrés par l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Le taux de chômage y est de 90 %. Ils font partie des 5 millions de personnes vivant dans des camps dans les pays arabes, dans l’attente d’un retour.

« Ce qui se passe à Sheikh Jarrah n’est pas distinct de ce que vivent les réfugiés palestiniens dans les camps ou à Gaza. C’est un mauvais service que de les traiter comme des questions distinctes… Et les droits des réfugiés doivent être inclus pour élargir la solidarité. » C’est ce qu’a déclaré l’activiste palestinienne Thuraya à Middle East Eye.

La résistance unit des chemins qui ne peuvent se rencontrer en ce moment, montrant que la société fracturée il y a 73 ans ne perd pas son identité de peuple unique, dont le cœur est et sera toujours Jérusalem.

Chaque impulsion de cette résistance héroïque et historique affaiblit un peu plus le projet colonial sioniste. Que l’Intifada (soulèvement populaire) puisse prospérer depuis Jérusalem, et qu’un jour les Palestiniens de toutes les régions sous occupation et réfugiés puissent se réjouir devant l’Esplanade des Mosquées, en savourant le goût de la terre, avec le traditionnel thé maramiya.

Pour la fin des massacres à Gaza !

Fin du nettoyage ethnique !

Vive Sheikh Jarrah !

Pour une Palestine libre, du fleuve à la mer, avec le retour des millions de réfugiés sur leurs terres !