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Congrès de fondation du Pd’AC

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 Ce n’est que le début !

 


Compte-rendu du congrès de fondation du Parti d’Alternative Communiste, section italienne de la Ligue Internationale des Travailleurs (Lit-QI).


 


                                                              A Rimini, les 5, 6 et 7 janvier 2007


 


Près de huit mois se sont écoulés depuis ce jour d’avril où, au lendemain de la victoire électorale de l’Union[1], quelques centaines de militants et dirigeants ayant rompu avec Refondation Communiste (car cette organisation allait rejoindre le gouvernement Prodi), ont donné le départ au processus de constitution d’un nouveau parti communiste. Ces mois n’ont pas été de tout repos : si, dès le début, beaucoup de militants venant de Refondation, ainsi que du syndicalisme de base et de la lutte de terrain, ont-ils rejoint notre projet, ce n’est qu’après une longue et généreuse dépense d’énergie de la part de nos militants que nous en avons récolté les fruits.



Après le passage de Refondation de l’autre côté de la barricade, nous avons cherché tout de suite à donner corps dans chaque ville d’Italie, et malgré le silence total de la presse nationale, à une consigne pour nous irrévocable : celle de la construction d’une organisation politique en mesure de représenter les intérêts des travailleurs, des chômeurs, des jeunes précaires, des immigrés ; la construction d’une opposition de classe, contre un gouvernement s’apprêtant à représenter les intérêts de Confindustria[2] et à infliger des durs coups aux classes populaires.


 


Nous avions prévu que, pour les travailleurs, le gouvernement Prodi allait être encore plus néfaste que le précédent : la Loi de Finances -avec des coupes sombres à la dépense sociale et l’ouverture des fonds de pension- a confirmé drastiquement nos prévisions. Nous avions prévu également que, avec les soutiens de Refondation Communiste et du Cgil[3], d’aucuns tenteraient de mettre un bâillon aux luttes et aux mobilisations. Dans les deux cas, nous avons vu juste, tout comme quand nous avons vu, dans ce drame pour la classe ouvrière italienne, l’ouverture concomitante d’un espace politique pour la construction d’un parti communiste digne de ce nom et capable de faire, de l’opposition à tout gouvernement patronal, le facteur déterminant de sa propre activité. Comme l’ont prouvé la manifestation du 4 novembre contre la précarité, la grève du 17 novembre, les manifestations des ouvriers de Mirafiori, les mobilisations des enseignants, des immigrés, des étudiants., les luttes ne se sont pas arrêtées. Le Parti d’Alternative Communiste se pose un objectif ambitieux : celui de donner corps à toutes ces revendications afin de construire, comme son nom l’indique, une véritable alternative. 


 


Après tant de travail.


 


Après la rupture d’avec Refondation Communiste, Projet Communiste avait su concilier deux exigences parallèles : d’une part, la réalisation de rencontres ouvertes proclamant notre appel à la construction d’un nouveau parti (présentations publiques dans toutes les villes, assemblées, conférences de presse.) ; d’autre part,  et depuis le début, la construction d’une opposition de classe au gouvernement, avec participation active à toutes les mobilisations et batailles qui n’ont pas manqué de se présenter, une fois tombées les illusions suscitées par Prodi. C’est pourquoi, les adhésions les plus significatives à notre projet étaient venues de la part d’ouvriers engagés dans la bataille contre le patronat et les bureaucraties syndicales,  de militants syndicaux, de représentants de mouvements des secteurs les plus exploités de la classe ouvrière, dont en premier lieu les immigrés.


                                                         


Grâce à un travail collectif et une vaste discussion, nous nous étions dotés, depuis avril dernier, d’organismes dirigeants provisoires. Ces organismes avaient produit un manifeste à thèse et des statuts qui, depuis octobre, avaient été débattus dans presque toutes les villes, avec apport de contributions significatives. Ceci nous avait permis de rapprocher beaucoup d’autres militants à notre projet, et de gagner des nouveaux adhérents (comme militants, ou comme sympathisants) à la constitution du parti. L’effort généreux déployé par nos cadres nous a prouvé concrètement, qu’un parti ne se construit pas par la participation aux salons télévisuels ni par le bluff médiatique, mais plutôt par l’action de militants en chair et en os. Aussi, le succès en a été enthousiasmant pour nous tous et, malgré les difficultés rencontrées, enfin le Parti d’Alternative Communiste (PdAC) allait voir le jour, au cours des 5, 6 et 7 janvier, à Rimini. Dans une salle comble, tant de délégués que d’invités, la discussion, «vraie», comme l’a définie un des participants, le camarade Bachu (porte-parole du Comité Immigrés d’Italie) a-t-elle été sans trêve, et presque tous les délégués (dont beaucoup, très jeunes) y sont intervenus. Ils ont apporté, à travers les trois sessions du congrès (politique, internationale et statuts), une contribution significative à la discussion des documents et à l’élaboration de la politique d’intervention du parti pour la prochaine période. Ici, à la différence de tant de congrès ou pseudo congrès, il n’y a rien eu d’artificiel, et les invités se sont surtout étonnés du fait suivant :  pas de « leader » pour dicter la ligne, mais une élaboration collective du projet politique.


 


On récolte les fruits.


 


Les travaux ont débuté par le rapport politique d’Antonino Marceca qui a analysé l’actuelle période en s’arrêtant, particulièrement, sur l’attaque déchaîné par le gouvernement avec le lancement de la Loi de Finances. Le rapport a réaffirmé les axes principaux de notre intervention,  selon l’objectif de construction d’une opposition de classe au gouvernement Prodi : intervention syndicale et dans les mobilisations sur la base d’une plate-forme transitoire ; parallèlement à la construction du parti, organisation d’espaces de lutte ; batailles contre la réforme des retraites et le vol sur le TFR[4] et la précarité (avec création de comités dans les lieux de travail etles quartiers) ; bataille pour la défense des droits des immigrés.


 


Outre les interventions des camarades déjà inscrits à Pc Rol, le congrès a entendu, au nom de leurs organisations respectives, les saluts des camarades Bachu, président du Comité Immigrés d’Italie, et Rizzo, du Slai-Cobas[5]. Ainsi que plusieurs invités internationaux ; les camarades : Bernard Filippi, dirigeant de la Fraction de Lutte Ouvrière ; au nom de la LIT-Ci (à laquelle nous avons adhéré, par décision du congrès), Zé Maria, un des principaux dirigeants du syndicat Conlutas, ancien candidat aux présidentielles de 2002 (en alternative à la droite ainsi qu’à Lula), et dirigeant du PSTU brésilien (parti qui a concouru à la présentation d’un tiers pôle dans la candidature d’Heloisa Helena aux dernières présidentielles) ; Angel Luis Caps (au nom du CEI de la LIT) et José Moreno Pau, tous deux membres de la direction du PRT espagnol ; Gil Garcia, dirigent de Ruptura-Fer du Portugal ; enfin, Jan Talpe et Gary Rubin, de la LCT de Belgique.


 


Parallèlement à la discussion politique, s’est tenue la discussion des status, avec le rapport du camarade Francesco Ricci qui a insisté sur les principes fondamentaux en la matière : nécessité de construire un parti de militants ; définition des critères d’adhésion au parti (accord sur le programme, militantisme actif, cotisation financière) ; refus d’un parti «flou», qui favoriserait l’influence de quelques « leaders ». Au cours de la discussion des statuts, une des propositions d’appellation du parti a enfin été choisie,  votée à la majorité.


 


Ensuite, une séance a été dédiée à l’analyse de la situation politique internationale et à définir notre position par rapport aux principales tendances internationales se réclamant du trotskisme. Le rapport détaillé de Valerio Torre, dans son analyse de la conjoncture historique -avec une attention particulière aux guerres du Proche-Orient et à la situation explosive en Amérique Latine- a examiné la définition de notre horizon stratégique, à partir de la nécessité de construire le parti de la révolution internationale, la Quatrième Internationale.


 


A travers le bilan de l’expérience et des erreurs du passé,  le rapport du camarade Torre a débouché sur une proposition concrète, et déjà adoptée à la majorité par la direction sortante, à savoir : une demande d’adhésion à la LIT Ci. Grâce au matériel diffusé par le groupe de travail international du parti en constitution, et à plusieurs rencontres avec des dirigeants et militants de la LIT en Italie, Madrid et Bruxelles, la discussion internationale du congrès a été très riche et s’est traduite par une enthousiaste approbation de la proposition ci-dessus.


 


Il s’est ensuivi un instant émouvant (si l’on peut se permettre l’expression) quand, intervenant au nom du CEI la LIT, le camarade Caps a défini ce moment comme historique et souligné -malgré des parcours jusqu’alors si différents-, l’extraordinaire coïncidence entre les positions politiques programmatiques de notre parti et celles de la LIT et ses sections. Aujourd’hui, la LIT compte avec une nouvelle section en Italie : c’est un petit pas en avant vers la reconstruction de l’Internationale trotskiste.


 


Et maintenant, au travail !


 


La constitution du Parti d’Alternative Communiste n’est que le début d’un parcours politique : désormais, il s’agira de le renforcer et d’en faire une référence crédible pour les mouvements de lutte qui surgiront dans les prochains mois. Les intentions du gouvernement Prodi envers les travailleurs étant d’ores et déjà clarissimes, plus les attaques contre les travailleurs seront graves, plus la construction d’une opposition de classe à ce gouvernement sera nécessaire. Un gouvernement qui jouit du soutien sans faille de Refondation Communiste et qui peut nous jouer la carte de la concertation.


 


Nous ne resterons pas à regarder : nous construirons le parti dans la lutte, pour organiser la lutte avec le parti. La tâche qui nous attend est ardue et ambitieuse, mais nous avons la force de la conviction pour nous soutenir. La conviction que seulement la révolution socialiste mondiale pourra libérer l’humanité de l’exploitation du travail, de l’oppression, de la guerre et du désastre écologique.     







[1] « Unione » : coalition hétéroclite dite de « gauche » (dont fait partie Refondation Communiste), créée en février 2005 autour de la candidature de Romano Prodi.



[2] « Confindustria » : Confédétation Générale de l’Industrie Italienne (confédération syndicale patronale).



[3] « CGIL » : Confédération Générale Italienne du Travail.



[4] TFR : système d’indemnités et de retraites par répartition.



[5] « Slai-Cobas » : Syndicat des Travailleurs Auto-organisés Inter-catégoriels

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