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UN SECOND FRONT S’EST OUVERT POUR L’IMPERIALISME

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L’Afghanistan

Nous reproduisons ici les parties principales de l’article publié sur le site de la LIT-QI (www.litci.org) le 7/6/06.


 


[…] Des images de télévision impressionnantes ont montré comment un secteur de la population de Kaboul, la capitale et la principale ville du pays, faisait face, avec des pierres et des bâtons, à des troupes armées jusqu’aux dents, attaquant les ambassades et les bureaux de l’ONU, du gouvernement et de la police, au cri de « mort aux Américains », « mort à Karzai » (le chef du gouvernement). Les soldats des Etats-Unis ont tiré sur la foule et ont causé au moins 14 morts et des dizaines de blessés. Tout a commencé quand un groupe de véhicules blindés militaires américains, voulant s?ouvrir le passage au milieu de la circulation de la ville, a renversé plusieurs automobiles de civils, et a tué cinq personnes. La réponse a été un véritable soulèvement populaire.


 


Un peu d’histoire


Ce qui c’est passé à Kaboul n’est pas un fait isolé mais le reflet d’un changement dans la situation du pays. […] En 2001, dans la première action militaire lancée par Bush après les attentats du 11 septembre, des troupes impérialistes ont envahi le pays et, après une victoire militaire rapide, ont renversé le régime taliban haï par un grand secteur de la population. Dans plusieurs villes, les envahisseurs impérialistes ont été reçus comme des libérateurs, puisque les talibans poursuivaient les minorités et exerçaient une grande oppression sociale et culturelle. Après leur défaite, les forces talibanes restantes se sont retirées dans les régions montagneuses limitrophes avec le Pakistan et ont commencé des actions ponctuelles contre le gouvernement fantoche et les troupes étrangères.


 


Le vrai visage de l’occupation


Le soutien initial de la population s’est vite évaporé en voyant les fraudes dans les travaux et dans les investissements promis par le « soutien étranger ». L’état des écoles, des hôpitaux, des routes, etc., est pitoyable et ces « travaux » ont seulement été un moyen pour enrichir les entreprises impérialistes engagées.


Le poids de l’occupation a même créé une économie parallèle administrée par l’ONU dans les grandes villes […] où une petite minorité de fonctionnaires étrangers, souvent à travers les ONG et leurs employés afghans, gagne un salaire bien supérieur à celui du reste des Afghans et côtoie la misère de la grande majorité.


D’autre part, le gouvernement Karzai a été maintenu par le soutien des troupes des Etats-Unis et leurs alliés impérialistes, mais n’a jamais contrôlé vraiment le pays. Pour organiser les élections « démocratiques », tant vantées par la propagande américaine, le gouvernement Karzai a conclu des accords avec les « seigneurs de la guerre » et a obtenu le soutien de leurs troupes. Ces accords permettaient à ces seigneurs de maintenir sous contrôle leurs régions et les institutions locales et de s’occuper librement de leurs activités criminelles, notamment le trafic de l’opium. Le gouvernement s’est limité à la capitale et à tenté d?administrer précairement l’ensemble du pays à travers ces accords.


 


Un changement dans la situation


Après presque cinq années d’occupation, le pays, les troupes impérialistes et le gouvernement fantoche de Karzai vivent une situation qualitativement différente. L’expérience de l’occupation a fait que des secteurs de plus en plus nombreux de la population se retournent contre les occupants.


Le changement d?opinion de la population, ces derniers mois, a ouvert un espace à une nouvelle résistance dans laquelle plusieurs groupes font face aux occupants et au gouvernement fantoche. Aujourd’hui, existent des zones entières dans lesquelles le gouvernement n’entre pas et où les troupes occupantes ne se rendent que lorsqu?il y a un grand déploiement militaire ou des attaques aériennes, sans pouvoir y maintenir des soldats de manière permanente. Les journalistes parlent de « zones libérées » dans les provinces de Paktia, Khost et Zabul, au sud et sud-est du pays, où le contrôle a toujours été précaire, et en Helmand, une zone stratégique du pays, où les attaques se sont multipliées récemment et où le gouvernement de Karzai n’aurait plus le contrôle effectif.


Parallèlement à ce développement de la résistance, les chefs talibans ont regagné du prestige parce qu’ils ont été, depuis le début, opposés à l’occupation, mais il est important de souligner que la résistance ne se limite pas à eux. Dernièrement, s?est mise en place une coordination entre différentes secteurs et tribus qui, sans être talibans, rejoignent la lutte armée contre les envahisseurs. Par exemple, Gulbudin Hekmatiar, un ancien allié de l’Iran et chef de la guérilla contre l’occupation de l’ex-URSS dans les années 80, a rejoint la résistance. Ce dirigeant a été ministre du gouvernement Karzai, a rompu avec lui et s’est déclaré contre l’occupation.


Ce qui s’est passé à Kaboul montre un approfondissement de ce processus, étant donné que la capitale était, jusqu’à présent, le seul lieu du pays où le gouvernement et les armées d’occupation paraissaient avoir un contrôle plus ferme.


 


Le « second front » qui fait peur


Il y a de « très mauvaises nouvelles » pour  Bush et pour l’ensemble de l’impérialisme. Le « second front militaire de la région » qu’ils craignaient tellement, s’est ouvert, contrecarrant la politique de Bush qui voulait une diminution des troupes américaines dans ce pays pour transférer le poids de l’occupation aux puissances impérialistes européennes, par le biais de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). Le plan était que l’Allemagne, l’Angleterre et l’Espagne se chargent de cette tâche. Par exemple, Zapatero a envoyé des troupes à l’Afghanistan pour montrer que le retrait espagnol de l’Irak, auquel la mobilisation des masses dans son pays l?avait contraint, ne signifiait nullement l’abandon du front inter-impérialiste avec les Etats-Unis.


La politique de Bush, qui a besoin de se concentrer sur l’Irak, se heurte maintenant à la détérioration de la situation en Afghanistan. Reflètant ces nouvelles préoccupations, John Hamre, directeur du Centre universitaire d’Études Stratégiques et Internationales, a dit au New York Times : « l’Afghanistan est la crise latente de cet été boréal », et il a ajouté: « Certains fonctionnaires nord-américains sont préoccupés face à la possibilité de se retrouver prisonniers dans une bataille prolongée, tandis que le contrôle échappe des mains du gouvernement central ». Cette situation pourrait signifier l’impossibilité de réduire le chiffre de 20.000 soldats nord-américains et de les remplacer par des troupes d’autres pays de l’OTAN, selon certains fonctionnaires à Washington. […]


Ce nouveau bourbier de l’impérialisme et de ses institutions (comme l’OTAN et l’ONU) est synonyme de « bonnes nouvelles » pour les travailleurs et les peuples du monde. La possibilité d’une défaite militaire de l’impérialisme en Afghanistan et en Irak est à l’ordre du jour avec de plus en plus de force. Comme révolutionnaires, nous soutenons sans hésitations la résistance du peuple afghan pour expulser les troupes des envahisseurs et les institutions de l’impérialisme (qu’elles soient nord-américaines, européennes ou « mondiales ») et pour renverser le gouvernement fantoche de Karzai, sans toutefois déposer aucune confiance ni aucun soutien politique aux directions de la résistance (parmi lesquelles, beaucoup ont déjà été des alliés des Etats-Unis).

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